Casquette Verte et la SaintéLyon 2017 (73.1 km / 1950 D+) – 06 h 56 min 48 sec – 66ème au général.

Casquette Verte et la SaintéLyon 2017 (73.1 km / 1950 D+) – 06 h 56 min 48 sec – 66ème au général.

Et ben voilà. C’est fait. Troisième SaintéLyon finie. C’est drôle comme mes sentiments post-course évoluent avec les années. Je me revois encore, le lendemain de ma première SaintéLyon. J’étais alors totalement halluciné par ma réalisation. Sur mon petit nuage. Fasciné par ce que j’avais entrepris et réussi. L’anormalité de ce que je venais de faire m’apportait le sentiment profond d’être « différent ».. en totale plénitude.. à 15 mètres du sol. Je ne touchais plus terre pendant des semaines. Maintenant, tout à changer. Je suis très heureux. Ca va de soit. Mais je trouve ça étrangement normal. Qu’il y a-t-il de si spécial à courir la SaintéLyon en moins de 7h ? Qu’il y a-t-il d’étonnant à parcourir 73.1 km et quelques 1950 D+ à bonne vitesse sur des chemins et routes pleines de neiges et de verglas ? Est-ce vraiment incroyable de transpercer l’air et le vent glacial dans la nuit sombre entre Saint-étienne et Lyon ?.. Cette course a toujours autant de goût pour moi. Je la savoure avec toujours autant d’entrain. Mais, il est vrai, qu’après 3 ans, et trois SaintéLyon, la sagesse l’emporte sur l’exaltation. Tout est simplement normal en fait. Une normalité qui fait partie intégrale de mon nouveau quotidien. Celle d’un jeune Trailer en devenir dans le monde du Trail. J’entre en Trailibanie. La frontière est maintenant loin derrière moi. Mon visa de course est bien tamponné. Je ne suis plus un sans-papier dans ce monde kilométrique. Les douaniers auront beau me pourchasser pour me ramener à la frontière.. Je courrais plus vite encore. Pour à jamais, leur échapper !

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Je tiens à vous informer tout de suite. Je ne vais pas faire un récit km par km pour raconter mon aventure. Je vais plutôt faire un résumé au feeling. Comme j’ai vécu ma course. Je vous promets que j’ai tenté de faire court et rapide. Mais vous le savez bien dans mon langage.. court et rapide.. ça peut partir en couille à tout moment.

Il faut dire qu’en réalité, je ne suis pas capable (comme lors de mes autres récits) de faire un résumé détaillé et de commenter l’évolution de mon expérience de manière très descriptive. En fait, il y a une raison à tout cela. J’ai décidé dans le SAS de Saint-Etienne de ne pas regarder ma montre lors de la course. De la vivre au feeling. Sans profil de course à surveiller, sans connaissance de mon kilométrage, ni de mes temps intermédiaires. Je vous sers donc un résumé rapide accompagné de son coulis de remarques sur un lit de questions. J’espère que vous avez de l’appétit.

 

Avant-Propos : 

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu cette phrase d’Albert Einstein, mais je la trouve assez approprié aujourd’hui pour expliquer ma troisième SaintéLyon :  » La folie.. c’est tenter de faire plusieurs fois la même expérience et d’en attendre un résultat différent. « .

Cette expérience, pour moi, c’est la SaintéLyon. Une course nocturne, de 72 km avec un peu de dénivelé, pas mal de bitume et des conditions météo variant selon les éditions. Quoi de plus pertinent comme valeur d’étalonnage me direz-vous ?

Cette aventure. Ce test annuel. Ce repère dans ma progression. Je l’ai réalisé maintenant 3 fois. Et j’ai obtenu un résultat différent à chaque fois. En physique ou en chimie, on conclurait que l’environnement ou que la préparation de l’expérience n’ont pu qu’être différent pour mener à des résultats si divergeant. Mais en Trail, on peut rapidement analyser que la différence dans le résultat obtenu n’est que le substrat d’une progression d’année en année. 10 h 51 min en 2015. 08 h 25 min en 2016. Et 06 h 56 min cette année.

La courbe est belle. Mais que signifie-t-elle vraiment au fond ? Une évolution ? Un simple retour sur investissement ? Une flatterie d’égo ? Ou plus certainement, le commencement de quelque chose de bien plus fort..? Ayant fait un bac S… Je le sais, chaque courbe atteint un jour une limite. Celle-ci se calcule d’ailleurs. Mais je n’en suis pas encore là. Ma courbe n’est pas encore tracée à l’encre indélébile. Je peux, encore, en un coup de gomme (et quelques entrainements plus spécifiques), appliquer du crayon à papier pour changer sa trajectoire. Pour modeler sa forme. Changer son orbite. Pour qui sait, un jour, atteindre ma lune !

 

21 h 40 : Navette Lyon –> Saint Etienne. 

Le départ de la course est dans 2 h. Le car pénètre aux abords de Saint-Etienne. J’ai pris le tout dernier pour m’y rendre en partant de Lyon. L’ambiance est silencieuse. La lumière du plafond est éteinte. Après avoir jeté un coup d’oeil à la température extérieure diffusée sur un petit écran à l’avant, je nettoie la vitre embuée afin de découvrir le paysage environnant. Je me rends rapidement compte qu’il y a pas mal de neige sur les trottoirs. Cela promet des conditions jurassiques sur le parcours. Je suis heureux.

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Il est des nuits comme celle de la SaintéLyon, où l’on a pas sommeil. Pourtant, pour la première fois, j’ai réussi à m’endormir sur le trajet. Je n’avais pas réussi à le faire lors des deux dernières éditions. Je suis plutôt chanceux cette année. Je ne suis plus du tout stressé avant mes courses. Je pense que c’est l’habitude qui fait cela.

Ma tête, collée contre la vitre du car, a réussi à trouver le sommeil sans trop de mal. Il n’y a que ce DEBILE (et il n’y a pas d’autres mots), au fond du car, qui a cru essentiel de tester son sifflet de secours qui a réussi à briser mes rêveries. Je me réveille difficilement. Les bâillements et les étirements ne sont pas de trop. La bête sort d’hibernation. Je me donne encore 15 à 20 minutes pour me réveiller totalement.

 

21 h 53 : Hall d’attente @Saint Etienne. 

Après avoir subi une fouille très approfondie de mon sac et de tous ces recoins, je me suis installé dans le hall de gauche. Les autres années, j’arrivais près de 2 h à l’avance. J’avais le temps de me préparer, de me reposer et de grignoter un morceau avant de partir dans le SAS. Cette année, je n’ai pas le temps. J’ai la sensation d’être en retard. Je suis en plein syndrome du lapin blanc.

A peine installé, je sors toutes mes affaires que j’organise méticuleusement en trois blocs : Un pour tout de suite, un pour la course, un pour l’après-course. Celui de l’après-course, avec les affaires chaudes et propres ainsi que les bières me donne déjà très envie. Cela n’a même pas commencé et je m’imagine déjà être au bout. Excès de confiance ou dénis des difficultés à venir. Difficile à dire.

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Je ne prends pas le temps de regarder autour de moi. C’est dommage. J’adore vraiment cette ambiance de fin du monde qu’on retrouve chaque année dans ces halls. Il y a vraiment matière à de super reportages photos. Certains dorment dans des duvets ultra-techniques. D’autres s’amusent entre amis. D’autres encore, vérifient chaque détail de leur équipement. Avis aux photographes en mal de sensations humaines : Les deux halls d’avant course sont un terreau fertile pour de super clichés !

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Il est 22 h. J’hésite encore entre partir en short ou en collant + short. La légèreté apportée par un short pourrait m’être utile. Pour prendre ma décision, je décide de ressortir dehors vérifier la température. En traversant la foule, je remarque certains coureurs qui me reconnaissent et disent à leurs potes « Oh. Regarde. Casquette Verte.. ». Cela me fait rire ! Pas trop le temps de discuter avec du monde avant le départ, je m’empresse de sortir. M’y voici. Le vent qui souffle de la droite vers la gauche me souffle (à l’oreille cette fois) qu’il ne serait pas sage de partir jambes découvertes. Je file rejoindre mes affaires.

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3.. 2.. 1.. déshabillage. Je suis tout nu. Hihi. Au milieu de cette foule. Et je m’en fiche. Et dire que j’étais ultra pudique, il y a quelques années. Mes fesses profitent de la foule.. et la foule profite (ou pas) de mes fesses. J’enfile mon caleçon. Un caleçon Nike Pro Combat très près du corps, dont les coutures ne risquent en aucun cas d’irriter ma peau sur une grande distance.

J’enchaine ensuite avec mes chaussettes rembourrées (toujours chez Nike) et j’enfile mon collant (Encore un Nike.. décidément). J’ajuste maintenant mon short au dessus du collant en faisant bien attention à ne pas générer de plis. J’ai la sensation d’être plus qu’ultra vêtus. Je vais certainement regretter à un moment ou à un autre la légèreté si appréciable de courir en short. Mais qu’à cela ne tienne, la fraicheur ressentie en sortant dehors m’a convaincu dans ma décision.

Pour le haut, cela sera l’option triple couches. Au niveau de la peau, le T-shirt de l’UTMB très technique, qui permettra de tenir mon corps à bonne température. Ensuite, j’additionne deux t-shirts manches longues en espérant que cela suffise à couper l’impact du vent sur le tissu qui sera rapidement plein de sueur.

Pour ce qui est de mon sac, je décide de partir léger. Dans la grande poche, je glisse simplement mon iPhone et une couverture de survie. Dans les poches latérales, je cale 3 gels de chaque côté (4 gels Gü et deux gels coups de fouet). j’ajoute à cela deux pâtes de fruits. Cela devrait suffire. Je remplis mes deux flasques de 500 ml. A vrai dire, je n’ai pas tellement peur de manquer d’eau étant donné le froid qui va me couper la soif.

Enfin, j’enfile mon Buff des Templiers pour couper le vent au niveau du cou et je vise ma Casquette sur ma tête. Ne reste plus qu’à ajuster ma nouvelle PETZL NAO + sur la Casquette et à enfourner ma veste Salomon Bonnati dans la poche extensible de mon sac. Je suis prêt. Encore en chaussette, mais prêt.

Le choix des chaussures a été simple. Je n’ai pas eu le temps de préparer mes nouvelles Salomon Sense 5 Ultra pour la SaintéLyon. J’ai donc opté pour mes chaussons préférés : Les Salomon SpeedCross 4. J’ai ressorti ma paire qui m’a servi pour la Diagonale des Fous. Ce n’est pas vraiment un grigri, mais je pense les garder longtemps celles-ci. Les crampons sont étonnamment encore en bonnes formes. J’espère qu’ils me seront utiles pour la neige et le verglas annoncés. Je glisse mes pieds dedans. Le coloris extérieur vert pomme lors de l’achat a laissé place à une couleur fade sali par ma dernière sortie boueuse dans le bois de Vincennes. Je m’en fiche totalement.

Pour faire fuir mes derniers doutes, je décide simplement, de trouver une plaque de verglas à l’extérieur pour bien me rendre compte de l’adhérence ou non sur ce type de terrain. Par chance, j’en trouve une à proximité du hall. Je mets le pied dessus. J’agite quelque peu. Cela couine. Je fais quelques pas en arrière, je passe en courant dessus. Ca semble être plus qu’efficace. Ok. Ce n’est pas la stabilité absolue, mais franchement, pour une rencontre entre plastique et glace, je trouve que la date se passe plutôt bien. Sa accroche bien entre eux !

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Je retourne dans le hall. Le speaker annonce le départ dans une heure tout pile. Je n’ai plus de temps à perdre. Je veux vraiment bien me placer dans les SAS pour être au contact de l’élite dès le départ de la course. Je pense que si je pars avec les meilleurs, je peux réellement tenir le rythme et aller chercher une performance de haute volée. Au moins sur les 40 premiers kilomètres en tout cas. Je m’empresse donc de ranger ma valise. Je dis un aurevoir et je souhaite une bonne course à mes collègues, puis je file en direction des cars pour déposer mon bagage.

Arrivé dans la rangée de car pour le dépôt des sacs, je me rends compte que j’ai du mal à lire les petits écriteaux donnant les numéros de dossards. Cela risque de me pénaliser en fin de course si ma vision baisse. Il faudra que je pense un jour à me faire faire des lunettes de course je pense. Je remets mon bagages en prenant bien soin de remercier le bénévole et en lui souhaitant bien du courage.

Je file en direction des SAS. Cela grouille déjà pas mal à l’extérieur des halls. Je trouve qu’il y a déjà beaucoup de monde sur le chemin. Cela ne sent pas bon pour moi.

En entrant dans la ligne droite du départ, je suis littéralement dégouté. Il y a déjà au moins 1000 personnes dans l’allée. Je ne vais pas pouvoir me faufiler pour me mettre tout à l’avant. Je ne me scandalise pas. Je reviens rapidement à la raison en me disant que c’est peu être ça aussi la course en amateur. Sans sponsors, sans être dans l’élite. Il n’y a pas de privilèges et il faut réellement se battre pour être dans les meilleurs conditions au départ. J’avance donc jusqu’à être bloqué par la foule. Vu le nombre de personnes devant moi, je sais déjà que je vais devoir partir dans le second SAS. 10 à 15 minutes après l’élite. Autant dire, que je peux oublier ma stratégie d’accrocher la tête de course pour avancer.

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22 h 45 : SAS de départ @Saint Etienne. 

J’ai été prévoyant cette année. J’ai investi dans un plaid qui doit me tenir chaud lors de l’heure d’attente immobile. J’ai bien fait. Je suis dans mon cocon. Je finis de serrer mon short et je prends le temps de grignoter une barre CLIFF. Il est temps pour moi de rentrer dans ma course. Je ne me suis pas du tout concentrer pour le moment. J’ai bien sûr un peu pensé à ma stratégie, mais je ne me suis pas encore décidé sur la tactique définitive.

Je ferme les yeux. Je respire lentement pour rentrer en moi même. J’insuffle par le nez comme à mon habitude. Je l’ai déjà raconté, mais j’adore vraiment cette sensation du vent (glacial cette fois) qui rentre dans mes narines et qui titille le conduit mènant l’air jusqu’à ma gorge. Je commence à me dire : « Bon.. Tu vas partir avec 15 minutes de retard. Tu vas devoir certainement slalomer entre les coureurs sur les 20 premiers km pour trouver ta place.. Ne cherche pas à tout prix à rattraper l’avant de la course sinon tu vas te cramer et tu n’en auras plus sous le pied pour les 20 derniers km. Profite du bitume sur les 7 premiers km pour envoyer comme tu sais le faire.. et une fois hors de la ville, prends ton rythme de croisière. Tu as appris à courir dans les montées.. tu sais le faire.. donc tu te sors les doigts et tu vas le faire.. S’agissant du verglas, c’est simple, tu sais qu’il peut être traitre ! Ta seule façon de ne pas te faire avoir et de l’éviter. Au moindre signal, change ta trajectoire et concentre toi sur tes appuis pour ne pas te mettre en danger. Tu redoutes par dessus tout de tomber et de te blesser.. ok. Donc tu fais attention, mais ce n’est pas une raison suffisante pour te mettre à marcher. 72 bornes.. Ca doit bien être possible pour toi de les faire sans marcher.. juste en courant.. tu as conscience de tes capacités.. cours complètement au feeling. Sans filet. Sans réfléchir. Avance comme tu sais le faire. Tes acquis et la connaissance de ton corps doivent te permettre de le faire.. D’ailleurs.. Tu ne devrais même pas regarder ta montre pendant la course. Cela serait un bon moyen de briser tes repères. Ne fait confiance qu’à toi même ! ».

Après cette séance de discussion avec mon moi, je suis complètement dans ma course. Le regard est droit. Profond. Mes sourcils sont légèrement froncés. Je suis déterminé. Il m’a fallu simplement 5 minutes pour me mettre dedans. C’est cool. Je suis prêt !

 

23 h 30 : Le premier SAS s’élance @Saint Etienne. 

Savoir que mes concurrents directs que je voulais affronter (et oui.. j’en suis là maintenant ^^) sont déjà en route pour Lyon m’énerve un peu. Je me suis fait à l’idée (et pas Johnny cette fois) (en relisant, je viens de me rendre compte que j’ai écri cela lundi.. Merci pour tout Johnny.. Je continuerai à t’écouter en courant..), mais je suis tout de même un peu dégouté. Pour me faire passer ce goût amère, je parle avec deux nanas à ma droite. C’est leur première SaintéLyon. J’essaie de les rassurer et de leur donner quelques bons conseils. Elles semblent super motivées. C’est très cool. J’oublis un moment qu’à chaque seconde qui passe la tête de la course s’éloigne.

Nous avançons jusqu’à l’arche. Nous allons partir dans 5 minutes. Je me suis rendu compte en avançant que quelque chose me gène dans ma chaussure. Comme une brindille. Je me baisse pour l’enlever. Je suis à genou au milieu du SAS. Le coureur devant moi qui sautille, n’y prête pas attention. Il décide de faire un talon fesse pour s’étirer. ET BIIIIIIIIIIIIIIM. Le talon droit dans la tronche. Par – 4 degrés. Ca réveille. « Surtout ne t’excuse pas hein ! ». Je ne prononce pas ces mots, mais dans ma tête cela résonne. Je n’ai pas envie de m’embrouiller. Je ne dis rien. Ce choc m’a bien agité. Deux ans en arrière, je me serai servi de celui-ci pour expliquer telle ou telle défaillance dans ma course. Mais là, clairement, je passe outre. Cela fait parti de la course.

3 minutes avant le départ. Je sautille pour me réchauffer. Je me suis décidé à partir plutôt vite. Voir très vite. Un bon rythme d’entrainement classique de 10 km. En sautillant, je me rends compte que ma vessie est pleine. Il faut que je prenne une décision est vite. Pas de bouteilles à gros goulot ? Rien ? Je traverse mon SAS en direction du bord. Je saute la barrière et file uriner sur un arbre. Je commence à pisser sur celui-ci. Mais que vois-je ? Un peu de neige sur la droite.. Le souvenir d’avoir uriner sur la gelé lors de la Diagonale revient à moi. Je dessine un Smiley. Le contour de la tête. Petit pinçage. Premier oeil. Deuxième pinçage. Second oeil. Troisième pinçage.. Je lui dessine un sourire. Je lui ai fait un smile incroyable à ce bonhomme. Ce petit pipi m’a permis de me relâcher. Je me marre tout seul. Je gravis à nouveau la barrière. Et hop. Je suis prêt. 30 secondes avant le départ.

Je regarde ma montre. Le GPS est prêt. C’est parfait. Il n’y a plus qu’à. C’est parti pour 73.1 km. Je n’ai aucune pression. Ca va le faire.

10. 9. 8..

J’agite mes bras tendus vers l’avant en direction du sol.

7. 6. 5..

Je teste mon accroche au sol.

4. 3. 2..

Je fais un cercle avec ma tête pour détendre ma nuque.

1. 0…….

C’est parti !

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(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

 

23 h 45 : Départ de ma troisième SaintéLyon. 

Je suis à l’avant de mon SAS. Une grosse centaine de coureurs sont devant moi. Je décide de suite de prendre la corde et d’accélérer. Je galère un peu à doubler et je risque plusieurs fois de percuter des spectateurs. Ca passe. Mais ça passe juste. En à peine 150 mètres, j’arrive à me dépatouiller de la foule pour courir sans être bousculé.

Ma foulée est bonne. J’ai un peu peur de me claquer, partant à froid, mais je ne ressens aucune gène. Alors j’envoie du bois. 500 mètres après le départ, je repère le petit groupe de meneur parti en Sprint. Ils sont 4 ou 5.

Je les rattrape sans forcer 300 mètres plus loin à la sortie d’un virage. Ils sont partis trop vite par rapport à leur niveau. Ils commencent déjà à ralentir. Je ne comprends pas trop leur stratégie. Moi je suis en mode Antoine Guillon.. Dit le Métronome. Je suis lancé sur mon rythme. Je les rattrape et les dépose presque aussi sec. Un coureur s’accroche à moi et nous avançons à deux. Après un virage sur la gauche, et un petit monticule à grimper, le champ de vision est complètement dégagé dans une longue ligne droite qui nous précède. Il n’y a personne devant nous. Les derniers du premier SAS sont tout de même partis 10 minutes plus tôt. Ca serait étonnant de les rattraper tout de suite.

J’adore la sensation d’être seul dès le début d’une course. Ca donne l’impression d’être en tête de course. En réalité, je dois être 1000 ou 1200 ième. Mais peu importe, je déguste le vide devant moi. Il m’attire.

Nous avançons à deux. Le bruits de nos chaussures qui claquent sur le bitume résonnent fort. Ca envoie sec sur les deux premiers kilomètres. Je le sais car mes mollets sont étonnamment douloureux. Je ne me mets jaimais à une telle vitesse dès le départ à l’entrainement. Je crains la blessure idiote.

Après 3 km. Je ressens encore que mes jambes sont un peu froides. Il va m’en falloir un peu plus pour monter en chaleur. Cela tire pas mal. Ce n’est pas agréable, mais si je n’envoie pas, mes jambes vont mettre plus de temps à s’assouplir. Les mollets brulent. Je sens la tension naissante dans les tendons. Je pense à autre chose. Cela fonctionne rapidement. Dans une longue ligne droite, je repère au loin le troupeau formé par l’arrière du premier SAS. Ca a été rapide pour les rattraper. C’est parti pour une grande partie de slaloms et de dépassements.

La route est très large. Je passe sur la voie à contre-sens pour ne pas avoir à slalomer. Le différentiel de vitesse avec les coureurs que je dépasse est assez impressionnant. Le mec qui est parti avec moi du SAS n°2 me dit : « C’est n’importe quoi. On a été obligé de partir dans le SAS n°2, et regarde les coureurs que l’on dépasse. Franchement, ça leur aurait fait quoi de partir un peu plus tard… ». Je lui réponds que « C’est ça aussi la course. Ca en fait parti ». Tout comme il est idiot d’en vouloir aux personnes âgées qui font leurs courses le samedi matin en plein rush, il est idiot de dénigrer les coureurs qui ont eu l’ambition de partir le plus tôt possible pour faire le meilleur classement possible. Peu importe le recul que l’on peut avoir sur l’intérêt de faire partir d’abord les meilleurs, chacun a le droit d’avoir envie. Il faut respecter cela.

Après les 7 km de villes et de bitumes, je suis maintenant chaud. Nous allons commencer les sentiers. Je n’ai pas encore dépassé tout le troupeau. Il va me falloir au moins 4 ou 5 kms de plus. Dès le premier rétrécissement, je me retrouve bloqué dans un petit bouchon. J’espère que cela ne va pas durer.

Dans le premier sentier. Un sentier de 4×4, double monotrace, je découvre la sensation de courir sur la neige. C’est en fait super agréable. Elle est assez damée par le passage des quais et des coureurs me précédant. J’accroche bien dessus. On s’enfonce juste assez pour amortir. J’ai l’impression de courir sur de la moquette en réalité. C’est tout simplement génial !! Seul les passages où il y a 10 cm de neige brassée, dans lesquelles on s’enfonce réellement gênent ma foulée et désorganisent mon rythme. Je comprends vite que je vais pouvoir envoyer tout le long de la course.

Pour le moment, c’est une session de slaloms serrés entre les coureurs. « Je paaaaasse à gauche.. »  » Je passe à droite… » « A droite…. » « A gauche… ». Je vis cette course, comme une scène de poursuite en voiture filmée par Luc Besson. Un bon petit bout, façon Samy Naceri dans Taxi 3 (Oui.. C’est l’instant culture de mon récit ^^). Je vais beaucoup plus vite que les coureurs que je dépasse. Cela donne à ma course une impression de vitesse encore plus grande. Dans ma tête résonne la musique de Dick Tale – Misirlou (-> https://www.youtube.com/watch?v=kjay_sZLSj4).

Je ne me calme pas dans les premières montées, je continue à envoyer comme une brute. J’ai décidé de foncer jusqu’au premier ravitaillement (km 15). Mon souffle est tout à fait dans le rythme. Je n’ai aucune alerte qui me dirait de ralentir. J’envoie. Tout simplement.

Rien de plus à raconter sur cette première partie. J’étais très à l’aise. De temps en temps je suis fait sortir de ma concentration par des coureurs qui m’ont reconnu. « ALLER CASQUETTE VERTE !! ».. Je commence à vraiment adorer cela. Trois coureurs se sont portés à mon niveau « Salut.. Ca va ? T’as l’air d’avoir la pêche. Encore bravo pour ta Diagonale. » Pas le temps de dire plus que cela généralement. Je suis un peu trop rapide pour le début de la course, et les quelques supporters qui m’accostent semblent se mettre en sur régime pour le faire. Je ne veux pas trop ralentir. Je réponds donc poliment, et je leur souhaite une bonne course, avant de repartir vers l’avant.

C’est quand même sacrément kiffant. Vous l’imaginez bien. (Oui. Si vous n’avez pas déjà lu un de mes récits, je vous fait un petit point « ego de la Casquette »).. Je suis assez égocentré comme personne.. J’ai énormément de mal avec le fait d’être faussement humble.. Ou plutôt, je ne suis pas à l’aise avec la fausse modestie.. Faire semblant que « Ce n’est pas si dur ».. dire que « Ce n’est pas grand chose ».. ou bien exprimer le fait que « c’est plus de la chance, que du boulot à l’entrainement » m’énerve énormément. J’ai les pieds sur terre. Je sais très bien que je ne suis pas François D’Haene, ou Kilian Jornet. Loin de là ! Mais si j’ai atteint le niveau que j’ai actuellement, c’est avant tout le résultat d’énormément de sacrifices et d’un nombre immense d’heures passées à m’entrainer. D’après les premiers retours que j’en ai, plus précisément, d’après les premiers retours que vous me faites, cela ne semble pas trop détestable vu de l’extérieur. J’essaie de me contrôler promis. Mais voilà. Je préfère être clair en disant que « Oui.. Cela flatte mon ego que l’on me félicite ou que l’on me reconnaisse.. mais cela ne veut pas dire que j’ai pris la grosse tête.. Il fallait que je le dise pour être transparent avec vous 😀 C’est fait.. revenons à la course.

2017-gilles_reboisson-1883-3391839© crédit photos Gilles Reboisson 

Nous entrons dans Saint-Christo-En-Jarez. Je reconnais maintenant les villages/villes que l’on traverse. C’est quand même pratique d’avoir déjà fait la course. On a l’impression de revenir dans un endroit que l’on connait déjà. Même si j’y passe que quelques minutes une fois par an. C’est toujours un plaisir.

 

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RAVITO N°1 – SAINT-CHRISTO-EN-JAREZ / 15,8 km / Horaire : 01 H 01 

Etant donné que je n’ai pas regardé ma montre, je ne connais pas le temps que j’ai mis pour faire ce segment. Et je ne connaitrais pas d’ailleurs ni le temps des prochains, ni mon classement à chacun d’entre eux. Je savais juste alors, que j’ai avancé à bon rythme sur les 15 premiers km. Ca a vraiment du bon de ne pas savoir…

TEMPS DE COURSE : 01 H 10 MIN 15 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 495 m. 

Vitesse moyenne sur le segment : 13.46 km/h. 

Classement : 50ème. 

Si j’avais su.. 13.46 km/h.. pour 16 bornes.. alors qu’il en reste 56 à faire. Je pense que j’aurais vraiment ralenti pour me préserver. Bon, par contre, si j’avais su que j’étais 50ième au classement à ce moment là, clairement, j’aurai tenu la vitesse encore pas mal de temps !

Je fais le tour par la droite du ravitaillement. Je cours à fond. Les autres années, en arrivant dans les ravitaillements, je prenais le temps de marcher un peu. Là, il n’en n’ai même pas question ! Je monte les marches en courant pour atteindre les tentes. J’en profite pour tâter mes flasques. Elles sont encore aux 3/4 remplies. Je n’ai presque pas bu pour le moment. Je décide pourtant de zapper le ravitaillement et de traverser la zone à fond. En ressortant, je prends juste le temps d’avaler un gel. Et c’est reparti. Le prochain est dans 12 km. Si j’ai autant soif que sur les 16 premiers.. Je n’aurai pas de problème d’hydratation.

Un bon km après le ravito, j’entends un trailer conseiller son collègue : « Ce qu’il faut faire, c’est de prendre l’eau dans sa bouche.. de la garder un peu.. de la réchauffer.. avant d’avaler.. sinon le froid va te défoncer l’estomac.. ». Bordel. Mais c’est vraiment pas con son truc. Je viens d’apprendre quelque chose. Il faut dire que le vent glacial que l’on se prend en pleine poire, rafraichit à fond les flasques et l’eau qu’elles contiennent. Depuis le début, je bois de l’eau givrée comme un débile. Et c’est vrai que je ressens une petite gène dans l’estomac. Dorénavant, pour chaque gorgée, cela sera 15 secondes au four bucal avant d’avaler. Cela passe tout de suite mieux. MERCI L’INCONNU. Tu m’as appris un truc. Bon. ok. C’est chiant. Car pendant 15 secondes, tu dois désynchroniser ton souffle et respirer du nez. Mais les avantages sur le moyen et le long terme sont certains. Je conseille cette méthode à tout le monde maintenant 😉

Pas trop de souvenir de ce segment. Je sais avoir enchainé pas mal de passage en sous-bois plutôt abrité, me permettant d’accélérer et beaucoup de grands tracés assez droit dans lesquelles il faut rester concentré pour continuer à courir peu importe la pente.

Tous les chemins sont recouverts d’une neige épaisse. Le plus souvent, c’est un tapis de velours. Il n’y a que l’espace entre les deux monotraces au sol qui est recouvert de 15 à 25 cm de poudreuse. J’y plonge un pied de temps en temps lorsque je dois dépasser plusieurs coureurs en diagonale. J’ai de la chance, car jusqu’à présent, mes chaussures ne sont pas humides. Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir les pieds trempés, ni même la sensation de froid à leur niveau. Tout va bien, en somme.

 

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(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

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(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

Sur le plat, j’avance vite. Je double quelques coureurs, mais ce n’est pas non plus le même volume que sur le premier segment. En montée, je cours tout le long, je dépasse à chaque fois les personnes autour de moi. Et dès le sommet atteint, je ne freine pas, et je relance. Cela me permet encore de doubler beaucoup de coureurs.

Sur ce segment, je me souviens d’avoir atteint une cime de colline (je n’ose plus dire montagne après la CCC et la Diagonale). Je m’en rends compte car le vent qui vient de la gauche s’est intensifié d’un coup. J’ai déjà mis ma veste depuis 5 ou 6 km. Elle me protège bien des rafales. Et heureusement, car elles sont frigorifiques.

A mon rythme, j’ai de la chance, car la chaleur de mon corps reste naturellement élevée. Par contre, j’ai une pensée pour ceux derrière qui vont devoir marcher sur ce type de partie. Ca va être une toute autre histoire pour eux. Ils vont se peler les miches GRAVE. J’aurais bien aimé vivre cette sensation avec eux.

L' »arrière » des courses et l’ambiance qui y règne me manquent totalement ! A par les quelques personnes qui m’ont reconnu et qui sont venus rapidement discuter.. je n’ai pas prononcé un mot depuis le début. Je suis seul face à ma course. Personne dans mon rythme pour partager ces sensations avec moi. C’est un peu dommage.

Je suis seul, d’accord. Mais en réalité, je ne suis pas seul ! J’ai beaucoup pensé à cette fille que j’ai rencontré depuis quelques semaines. J’aime m’échapper de ma course en pensant à elle. « Et si tu lui demandais de venir dormir avec toi dimanche soir ? Ca serait bien. Bon.. tu serais dans un état pitoyable. Et le moindre câlin serait une souffrance, mais cela serait bien ». « Comment et surtout quand vas-tu la présenter à tes potes ? Est -ce que tu penses que cela va bien se passer ? ». « Tu penses qu’elle voudra bien continuer à te fréquenter quand elle va se rendre compte de la place que prend la course dans ta vie ? Passer après des entrainements dans le bois de Vincennes.. tu comprends bien que ça peut être grisant avec le temps… ». Au fur et à mesure, je me rends compte en pensant à elle que c’est la deuxième SaintéLyon que je fais en pensant à une fille. Etre seul. Face à soit même. Dans la nuit. Cela fait beaucoup réfléchir. Les pulsions masculines ressortent. L’écorché vif que l’on a au fond de soit fait surface. Les sentiments sont brutes. Tu te fais la liste de tout ce que tu voudrais lui dire. Là. Maintenant. Tout de suite. J’hésite d’ailleurs à marcher pendant quelques minutes, prendre mon portable et l’appeler pour lui dire. Dommage. Priorité à la course. On verra en rentrant. (Ps : Je sais que tu lis ces lignes.. donc deux choses. Premièrement : Ne me tombe pas dessus avec un « Ah ouais.. Comme ça.. Tu penses à une fille différente par course.. Merci.. top.. c’est super.. et l’an prochain.. tu penseras à laquelle hein ? ».. Je ne fais que décrire un constat que j’ai remarqué. Et puis regarde.. penser à toi, m’a fait tenir et terminer en 1h30 de moins que l’an dernier.. autant dire que tu es au dessus du lot, pour ne pas dire de l’autre 😉 – Deuxièmement : On se voit tout à l’heure. J’aurai alors tout le temps de te dire ce que j’ai eu envie de te dire 😉 ).. Désolé pour le petit aparté. Revenons au trail ^^.

Le segment se passe plutôt bien pour moi. Je ne me suis presque pas arrêté de courir pour passer en marche rapide. Sur une longue route tout en bitume, je commence à me chanter une chanson. Et puis niveau chanson atroce, qui te tient bien au corps.. celle là fait une entrée fracassante dans le TOP 3 des pires chansons que j’ai eu dans la tête en course officielle depuis que je me suis mis à courir. Pour rappel, les deux autres c’était Damso – Θ. Macarena pendant 50 bornes sur la CCC et Celine Dion – Pour que tu m’aimes encore pendant tout mon Marathon de Paris en 2016. Autant vous dire que cette nouvelle chanson prise de tête a du potentiel ! Je ne sais pas si vous connaissez, mais voilà, il s’agit de : Maurane – L’Un Pour L’Autre. Dites-vous bien que je me suis répété la partie de la chanson que je connaissais en boucle pendant bien 30 km.. Et 30 km de Maurane en BOUCLE.. c’est TRES TRES TRES LONG.

« Ils sont fait L’un pouuuuuuuuuur l’autreeeeeeeeeeeeeeeeeeee ! »

« Séparé.. Séparé.. Sépaaaaré.. Sépaaaaaré.. On ne le pourra jaaaaaaaaaaamais.. Oh Noonnn.. Noooooooooooon. On ne pourra ja – mais les sé – pa – rer !! ». 

EN BOUCLE ! Le fada. C’était terrible. J’ai beau eu tenté de penser à une autre chanson. Elle revenait tout le temps.. « Séparé.. Séparé.. Sépaaaaré.. Sépaaaaaré.. ». Bon ça occupe hein. Tu te demandes bien comment c’est possible d’avoir ça dans la tête, alors que tu ne l’as pas entendu depuis des années.. mais voilà. C’était ma chanson sur cette SaintéLyon 2017. Ca fait rêver… n’est ce pas ?

Descente prononcée dans un couloir assez étroit en forme de demi tube. Je sais où je suis.  C’est la petite descente avant le deuxième ravitaillement. C’est passé tout seul. J’accélère dans le dénivelé pour atteindre rapidement le ravito. En bas, tournant à 90° sur la gauche. Il y a quelques supporters. J’en profite pour les applaudir tout en relançant à fond. Tournant à droite. Un staff me dit de ralentir. Je ne l’écoute pas. Je pénètre dans le ravitaillement à fond. Et je m’arrête net.. devant une flaque d’eau immense… (Un des rares avis négatifs que j’aurai sur l’ensemble des ravitaillements de la course).

 

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RAVITO N°2 – SAINTE-CATHERINE / 28,2 km / Horaire : 02 H 12 

TEMPS DE COURSE : 02 H 21 MIN 51 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 850 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 10.42 km/h. 

Classement : 74ème. 

Je vais passer pas plus de 2 minutes dans le ravitaillement. Je recharge simplement mes deux flasques. C’est drôle d’ailleurs. Avant la course, j’ai parlé avec mes collègues et lorsque je leur ai dit qu’aux ravitaillement, je me fais remplir mes flasques, ils m’ont dit « Mais WHAAAAAAAT ? » « Nous, on remplit tout nous même… ». En y repensant bien, c’est vrai qu’il y a deux , trois ans.. quand j’étais à l’arrière, je devais me démerder tout seul pour remplir mes flasques. Et vas-y que tu dois choper une bouteille. Et vas-y que tu dois te remplir les réserves en tremblant et donc tu te mets fatalement de l’eau sur les gants.. Ce qui n’est pas super confortable lorsque tu cours par – 7°. J’avais oublié cela.

Maintenant, je ne conçois plus de ravitaillement où je me démerde tout seul. Je donne toujours mes flasques ouvertes et un bénévole me les remplis. J’ai pris gout à ce confort à vrai dire. Et même, j’en viens même à penser que j’aimerai bien avoir une assistance perso’ maintenant. Cela serait pratique. Elle m’échangerait les flasques vides par d’autres remplies.. Je gagnerai bien 1min10 par ravitaillement.. Soit presque 7 minutes sur toute la course. C’est dingue ! Sans trop m’en rendre compte, même cet acte banal est devenu une nécessité première pour moi. Cela en deviendrait même effrayant. Bref.. tout ça pour dire, que je repars avec assez d’eau pour tenir des km.

Je pioche quelques pâtes de fruit, j’avale deux bouts de saucissons et je repars avec une grosse poignée de chips. Vous devez le savoir, sur les 300 mètres en sortant du ravitaillement, je marche assez rapidement pour effectuer mon grignotage. C’est ma petite habitude à moi. Nouveauté : C’est la première fois que je prends des chips sur un trail. Je me suis forcé à le faire en repensant à ma carence en sel sur la Diagonale. Okay. Ce ne sont pas trois chips qui vont me sauver la vie. Mais dans la tête cela change tout. Je finis mon ravitaillement en avalant quelques bouts de mandarines. J’adore cela. Je m’en gave depuis des semaines.

En traversant le village/ville (je n’ose plus marquer uniquement « village », j’ai trop peur de me faire taper sur les doigts par les habitants.. encore pire.. ils pourraient me pourrir l’an prochain en me lançant des tomates dessus à mon passage.. okay.. J’exagère.. mais cela serait drôle quand même..), en traversant donc cette CHARMANTE VILLE TRES BELLE ET TRES ACCUEILLANTE un autre trailer me reconnait.. J’ai envie de discuter.. je lui demande comment ça va pensant bien commencer la discussion.. il me répond « Pas au top du tout. Je pense abandonner ! ».. Et VLAN ! Bon bah, écoute, moi je vais continuer hein.. je voulais simplement parler et rire un peu.. Je l’encourage et je lui dis un « Tiens bon.. ça va revenir.. » puis je repars en courant à mon rythme de croisière.

Je suis reparti plutôt en forme du ravitaillement. J’ai avalé assez rapidement ces 30 premiers kilomètres. Je n’ai pas du tout la sensation d’avoir déjà fait presque la moitié de la course. Je suis très à l’aise. Cela ne va pas durer.

Vers le KM 31 (je pense) et jusqu’au KM 37.. j’ai un gros coup de moins bien. J’ai vraiment du mal à avancer rapidement. Impossible de placer la moindre accélération. Je lutte déjà pour tenir mon rythme. J’ai la sensation d’un manque total d’énergie. Je me trouve même facilement des excuses « C’est normal.. tu as fait une grosse saison 2017.. Tu t’attendais à quoi ? hein ? Finir dans le TOP 100 dans la SaintéLyon.. Franchement.. tu le sais bien.. tu es réaliste.. Ce n’est pas possible d’enchainer une CCC .. une Diagonale.. et une SaintéLyon.. redescend sur terre ! »..

Et puis bizarrement, ce qui est rarement mon cas, je manque d’envie. D’envie d’avancer.. Je le remarque car je passe en marche rapide de plus en plus souvent dans les montées. Au troisième ou au quatrième passage en marche rapide, je me surprends même à me dire.. « Bon, écoute. Il y a un petit feu là bas.. pourquoi tu ne t’arrêterais pas. Tu attendrais tes potes 1 ou 2 h et puis tu finis tranquillement avec eux. Ca pourrait être sympa aussi.. »…

Ah Démon !! Ah Sacripant !! Ah Tartarin !! Qu’est ce que tu voudrais me faire faire.. Ralentir.. mais n’es-tu pas fou ? Qu’est ce qui te prend ? Re-saisit toi petit bonhomme. Il y a encore 6 ou 7 kilomètres tu étais frais comme un gardon.. et là tu voudrais finir en marchant ?! Mais où est ta fougue ? Où est ton arrogance ? Où est la Casquette Verte frifrole et dynamique.. Tu vas avaler un gel coup de fouet, tu vas te forcer à avancer un peu au dessus de ta zone de confort, et tu vas voir d’ici 10 minutes c’est reparti. Je m’exécute. Et effectivement, 10 minutes plus tard cela va beaucoup mieux.

J’entame donc la descente vers Saint-Genou/Chaussan avec de l’entrain. Je suis d’ailleurs très content car je descends avec une aisance de dingue. Alors que les autres coureurs ralentissent du fait de la technicité et des plaques de verglas, moi j’accélère comme une bombe dans les passages techniques. Je redouble pas mal de coureurs. Je pense réellement que c’est la combinaison deux choses qui me permet de descendre mieux maintenant :

(1) L’expérience acquise lors de la CCC et de la Diagonale. On ne va pas se le cacher longtemps. La SaintéLyon n’est pas technique du tout à côté de ces courses. Il y a quelques passages qui sortent un peu du lot. Mais ils sont relativement courts, la technicité n’est pas extreme et les hauteurs à descendre ne sont pas traumatisantes pour le corps. En d’autres termes, les passages techniques de la SaintéLyon ne sont pas des enchainements de trois ou quatre km de descentes ultra techniques où tu finis épuisés par les chocs, les cuisses et les genoux en feu ; et surtout, ton cerveau n’est pas en surchauffe à force de s’être concentré sur chaque millimètre pendant de longues dizaines de minutes. Ces petits passages sont donc un régal pour moi. Je prends énormément de plaisir maintenant. Merci l’expérience.

(2) Les heures d’entrainement pour travailler ma foulée en descente et principalement mes appuis. J’ai énormément bossé là dessus ces 8 derniers mois. Le bon appui. La bonne posture dans la pente. Les enchainements rapides d’appuis tel le jeu de jambes d’un boxeur.. Les coups de pattes sur les bords pour éviter des obstacles.. les appuis très rapides au sommet de pierres pour les dépasser façon panthère.. tout.. j’applique toutes mes connaissances et cela fonctionne merveilleusement bien. Trop bien d’ailleurs. Je déboule à une grosse vitesse et je dois faire attention de ne pas déstabiliser de coureurs sur mon passage. Quel kiffe quand même. Y a encore du taff. Mais c’est une belle réussite pour moi. Une vrai victoire sur mes défauts passés de foulée en descente.

En dépassant certains coureurs, je sens que certains tentent de me suivre. Mauvaise idée. J’ai le souvenir d’un jeune (27 – 30 ans) assez grand, avec des épaules carrés. Je le dépasse, et quelques secondes plus tard, je me rends compte qu’il prend mon allure et effectue les mêmes appuis que les miens. Je pense qu’il ne regarde plus tellement loin devant. Il doit être fixé dans mes appuis et dans mes mollets. Cela ne me dérange pas à vrai dire. Je continue à mon rythme et tant mieux si je peux amener du monde derrière moi.

Tout à coup, bruit de plastique qui glisse.. silence.. et BIM ! Sur le cul. Le mec derrière moi à louper un appui latéral que j’ai fait pour esquiver une plaque de verglas et a mis un pied en plein milieu. Je m’arrête pour l’aider à se relever. Cela semble aller. On repart. Il décide de me suivre à nouveau. Cela tient 60 secondes. Vlaaaaaan. Deuxième plaque de verglas.. Même cause, même conséquence. Je m’arrête à nouveau et je l’aide à se relever. Il se marre. Moi aussi. Je lui dis « Bon, écoute.. c’est pas contre toi.. mais je pense que c’est dangereux pour ta fin de course si tu continues à me suivre.. ». Il me répond « C’est clair. J’arrête. T’es un maboule ! ». On se tape dans la main, on se sourit assez mort de rire et je repars à fond. J’espère qu’il a fini sa course ! Moi, je profite de la fin de descente pour continuer à envoyer. Je me souviens même que j’ai commencé à couper des virages à l’intérieur en sortant du chemin principal et que c’est passé comme dans du beurre. Quel kiffe total ! Malheureusement, on enchaine avec une partie bitumée pour finir la descente. Dommage.

 

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RAVITO N°3 – SAINT-GENOU/CHAUSSAN / 41,4 km / Horaire : 03 H 38 

TEMPS DE COURSE : 03 H 48 MIN 05 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1277 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 9.21 km/h. 

Classement : 78ème. 

Aucun souvenir du ravitaillement. Non pas que j’étais fatigué. Ce n’était pas le cas. Mais je crois l’avoir fait en mode « Eclair ». J’ai déboulé à fond dedans. M’arrêtant de courir uniquement devant une table. Remplissage d’une flasque sur deux. Et je suis reparti en courant directement. Et dire que l’an dernier, j’avais pris le temps de faire un selfi à cet endroit là ^^. Certaines choses se perdent !

Je fais un rapide point de mon état. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mon passage a vide est maintenant terminé. Je suis bien dans ma course. J’ai fait plus de la moitié. J’ai encore les jambes fraiches. Je sais qu’il me reste trois segments de plus ou moins 10 km. Ca va se faire tranquillement. Je n’ai pas de soucis à me faire.

« Ils soooooont fait. L’un.. Pour.. L’autreeeeeeeeeeeeeeee ! »… Bordel ! Elle ne me lache pas la coquine ! Chanson de m*rdeeeeeee !

Rien à dire sur ce segment. 11 km assez facile. Sans trop de difficultés. Un peu trop roulant dans mon souvenir sur la fin. On commence à avoir un ratio bitume / sentier de plus en plus grand. Le bitume est synonyme de deux choses pour moi : L’obligation de courir et des douleurs dans les genoux. D’ailleurs, après quelques bons km de bitume, je ressens une douleur dans la hanche droite qui me lance de temps en temps lorsque j’essaie d’allonger un peu. Je reste dans un bon rythme, tout en prenant garde à ne pas déclencher la douleur.

On traverse des villages/villes complètement vides. Okay. Il est plus de 4 h du matin. Mais c’est un peu tristounet je trouve. Je ne souffre pas tant que ça, donc j’ai le temps d’observer les maisons et le paysage éclairés par ma PETZL. Les autres années, j’avais déjà des douleurs assez terribles à ce moment de la course.. cela me rendait aveugle de l’environnement. Là, je profite du paysage. J’éclaire fréquemment les maisons sur le bord, ainsi que les champs avec les arbres fruitiers. Tout est encore blanc autour de moi. Cela ne va pas durer.

En haut d’une colline, un peu avant le 50ième km, je vois au loin les lumières de Lyon. Ca sent déjà la fin. C’est arrivé plus vite que prévu me dis-je. Toujours en comparaison des autres années, je me rappelle que le prochain ravitaillement était un point d’ancrage bien identifié dans mes deux précédentes éditions. La première année, c’est là que j’avais lâché mes collègues et que j’avais lancé un semi-marathon ultra rythmé pour finir. Et l’an dernier, je mettais appliqué la stratégie d’avancer le plus vite possible jusqu’à ce point et de voir après avec les forces qu’il me restait pour finir. Cette année, cela semble être un passage comme un autre. Pas du tout un point crucial de ma course. Je m’étonne même à jouer au commentateur de ma propre course.. « Et oui.. Jean michel.. Casquette Verte ne semble pas surpris par ce qu’il est entrain de faire.. Cela semble facile.. tout à fait normal.. Sa stratégie de courir tout le long est la bonne.. il est en parfaite adéquation avec sa tactique de départ.. Il semble ne pas douter.. ».

Ce manque total de doute, est vraiment le commentaire le plus important pour comprendre ma course. En dehors de mon petit passage à vide, vite écarté. Je n’ai jamais douté une seule seconde de mes capacités. Je n’ai jamais eu l’impression de me mettre en danger.. de me faire mal.. J’ai plutôt pris énormément de plaisir. D’habitude, je prends du plaisir, par ce que je me fais mal. Là, je prends du plaisir car j’arrive à faire facilement ce que je sais faire. C’est drôle cette sensation de maitriser son sujet. J’ai beau avoir 50 km dans les cannes. Je sais très bien que j’en ai encore sous le pied pour tenir à ce rythme sur les 20 derniers km et que je vais même pouvoir accélérer si je veux. Ajoutons à cela une paille, un diabolo grenadine et quelques grains de raisins et c’est limite le paradis pour moi.

Après ce constat que TOUT VA BIEN. Je me remets un peu en selle et je commence à accélérer pour relier rapidement le ravitaillement. C’est assez bizarre, je commence à doubler des personnes qui sont en mode randonnées avec des bâtons. Ils ont un dossard avec le numéro en vert. Je pense qu’il doit s’agir des personnes qui sont sur le 44 km. Pour moi, plus de marche rapide. Que de la course. Je traverse la ville à fond les ballons. Quand je reconnais au loin les rues qui doivent m’amener au ravito je commence même à me mettre dans le rouge en sprintant.

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Je finis mon sprint à l’intérieur de la salle. Les personnes présentes, pas mal de coureurs en relais et pas mal de coureurs du 44 km me regardent un peu étonnés. Tout est au ralenti dans le gymnase. Il y règne un silence monacale. Et moi. Je déboule comme une furie au milieu d’eux en mode « Heeeeey, Comment ça va bien Soucieu-En-Jarrest ? Est-ce que vous êtes chauuuuuuuuuuds ? ». Pas de réponse. Tant pis.

 

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RAVITO N°4 – SOUCIEU-EN-JARREST / 52,3 km / Horaire : 04 H 44 

TEMPS DE COURSE : 04 H 53 MIN 50 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1521 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 9.94 km/h. 

Classement : 80ème. 

Remplissage des flasques. Un bout de chocolat. Une poignée de chips. Quelques quartiers de mandarines.. et OH SURPRISE.. Il y a des Pim’s. GAVAAAAAAAAAAGE. J’en prends trois ! Ce n’est que de la gourmandise. Je repars en courant depuis le milieu du gymnase. Je le sais.. c’est bientôt fini.

Je prends un peu de temps en courant au ralenti pour réussir à manger mes chips et pour boire un peu d’eau. Il fait beaucoup moins froid maintenant. Je n’ai plus besoin de réchauffer l’eau pour l’avaler. C’est déjà ça de gagner.

A la sortie de la ville. Je m’arrête 30 secondes. Pause pipi. Il n’y a plus de neige. Dommage, j’aurais tenter d’écrire C(asquette)V(erte)… Je repars avec un coureur. Il a un dossard avec les numéros en rouge. Cela fait bien 25 km que je cours avec les personnes qui ont ce type de dossards. J’ai compris à leur façon de courir qu’il s’agit de personnes qui font la SaintéLyon en relai. Je le sais, car beaucoup font du yoyo au niveau de leur vitesse. Ils ne sont pas tellement régulier. Ils arrivent à placer des accélérations à des moments, où un coureur en solo ne peut pas (ou plus) les placer. Et à d’autres moments, ils sont obligés de ralentir en conséquence de leurs accélérations. Cela ne m’a pas du tout aidé de courir avec eux. Il a été impossible pour moi de trouver des bons repères pour étalonner ma forme. Quand, à de rares moments, je tombe sur un dossard solo, je prends le temps d’analyser sa foulée, sa forme. De faire des comparaisons dans le mouvement des bras. C’est très instructif de regarder les autres coureurs. Cela permet vraiment de se jauger.

J’ai l’impression, mais ce n’est peu être qu’une impression. Mais je suis de plus en plus droit et métronomique dans mes mouvements. Chaque mouvement de bras est précis. Chaque foulée est strictement égale à la précédente. En comparaison avec les autres coureurs, j’ai l’impression de gagner en énergie du fait de moins me perdre dans gestes improbables. Il me faudra plus de courses et d’heures de comparaison pour me rendre compte de la véracité ou non de cette remarque, mais c’est la première fois que je m’en rends un peu compte. Si quelqu’un a couru avec moi, je suis très intéressé par son avis sur ma posture, et sur la régularité ou non de ma foulée.

Rien à raconter de spécial sur ce segment non plus. (A chaque fois que je marque cette phrase, 20 secondes plus tard je me rappelle de deux ou trois souvenirs et c’est parti pour 5 ou 6 paragraphes.. là, pour une fois je n’ai qu’un seul souvenir qui me revient.. et il n’est pas des plus intéressant).

4 ou 5 km après le ravitaillement. Je vois un panneau « Poubelle à 400 M ». Je dis OUIIIIIIIIIIII !! Bravo l’organisation ! Enfin des poubelles en dehors d’une zone de ravitaillement. Cela fait bien deux ans que j’en rêve. Je me trimballe tout le temps mes déchets et ceux que je ramasse, que cela soit des gels ou des papiers d’emballage.. A chaque fois, aux ravitos, je suis tellement dans mon objectif de récupérer de l’eau que j’oublie souvent de les jeter. Là, c’est parfait. Ces poubelles tombent à point nommé. J’ai oublié de vider mes poches lors des quatre ravitaillements passés. Elles sont pleines et commencent à me gêner. Je prends le temps de m’arrêter et de tout jeter. C’est mineur me direz-vous de jeter proprement ces déchets. Mais pour moi, c’est important. Si seulement, on pouvait voir ce principe appliqué sur chaque course. Cela serait le rêve ! (A BON ENTENDEUR.. SALUT..).

Chose promis. Chose due. Je n’ai pas d’autres paragraphes qui me viennent à l’esprit. Je pourrais inventer des rencontres.. inventer des pensées.. mais je n’ai rien à vous offrir de vraiment vécu. Simplement à vous raconter, comme à chaque récit, que je cours, et que je cours encore.

En arrivant aux abords du ravitaillement de Chaponost.. (Aaaaaaaaah.. peu être que j’ai quand même un petit souvenir qui traine… MOUAHAHAHAHAHAHAAHAHAH), je me rappelle que des caméras sont présentes à l’entrée. J’ai envie de faire un salut magistral avec ma Casquette. Petit oubli de ma part, j’ai une PETZL accrochée sur la casquette avec un fil qui part dans mon sac pour ne pas avoir à porter le poids de la batterie sur la tête. Me voilà donc, 10 mètres avant la porte. Je soulève d’un coup ma Casquette.. et je sens une résistance.. Le con.. J’essaie de faire quand même quelque chose.. Je sautille en faisant une petite virgule du talon.. Je m’imagine déjà bien ridicule sur les vidéos. Bordel.. J’aurai du y penser avant.

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En regardant la vidéo sur le site Livetrail. Je suis très déçu. L’extrait de 30 secondes a du être mal calibré. Je ne me vois même pas. Je me rappelle que je suis arrivé en sprint. A fond les ballons. Je pense que la caméra s’est déclenchée trop tard. Dommage ^^. J’avais terriblement envie de vous faire vivre ce moment de solitude.

 

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RAVITO N°5 – CHAPONOST / 62,1 km / Horaire : 05 H 42

TEMPS DE COURSE : 05 H 51 MIN 45 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1696 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 10.14 km/h. 

Classement : 72ème. 

La course est bientôt finie. C’est passé tellement vite. C’est dingue. Je tends mes flasques aux bénévoles, en demandant, comme à mon habitude, « Un GRAND whisky et un PETIT Ricard ». Comme souvent, les bénévoles sont un peu surpris.. puis rigolent l’air déstabilisés. Je leur demande s’ils savent qui a gagné de la course. A priori, l’information n’est pas arrivée jusqu’à eux. J’avais mis une pièce sur Thibaut Baronian. J’aimerai bien qu’il remporte une course un de ces quatre. Et si cela pouvait être aujourd’hui, en terre lyonnaise, sur cette emblématique SaintéLyon, cela serait magique ! J’ai commencé à suivre un peu ce coureur. Je me retrouve pas mal dans sa mentalité.. entre performance et sur-entrainement.. entre déconnade et expertise trailistique.. Entre plaisir et passion.. bref. J’aime bien ce type !

Je repars chaud comme une baraque à frites pour les 11 derniers kilomètres. Je pourrais envoyer du sale dès le début, mais j’ai envie d’en garder un peu sous le pied pour enchainer à fond les 4 derniers. Je repars donc à un bon rythme, mais légèrement en dessous de ma zone rouge.

J’ai bien en mémoire la fin du parcours. Un petit bout de bitume. Un passage entre les maisons sur des chemins en montée et en descentes. Je le sais, ces routes sont assez larges pour doubler sans problème. Ensuite, ce sera un moment culte de la SaintéLyon : Une FAT descente tout en bitume et une FAT montée (double montée attention.. pas mal se font piéger par le deuxième bout que l’on ne voit pas du bas) à côté de l’aqueduc.. Un peu de navigation dans l’accrobranche et puis on traverse une zone bien urbanisée.. un petit square.. quelques immeubles.. des escaliers qui piquent après 70 bornes.. Les quais.. Les ponts.. et puis la délivrance..

Je le connais par coeur ce segment. Cela va me permettre de le gérer sans problème. Bon, je le connais par coeur okay.. mais pas de nuit ! Même si je n’ai pas regardé ma montre, je fais rapidement le constat que l’an dernier il faisait jour à ce moment de la course. Et là, on devine encore mal la fin de la nuit. J’ai envie d’arriver à la Halle Tony Garnier avant que le jour se lève. J’en ai parlé avec mes collègues avant de partir. On ne s’est pas lancé le défi.. mais je me le lance maintenant. J’espère qu’il n’est pas trop tard. Je ne cède pas à la tentation de regarder ma montre.

Sur les 5 premiers kilomètres.. j’envois tranquillement. Je dépasse beaucoup de coureurs en relais et énormément de coureurs du 44 km (les dossards aux chiffres verts). Je suis vraiment très en forme. Je m’imagine devoir refaire 70 kilomètres dans le sens inverse.. Je ne dirai pas non.

Dans une petite montée cassante, juste avant d’attaquer la grande descente en bitume où l’on peut envoyer, je me fais rattraper par un coureur. Il a un dossard aux chiffres noirs. Ma compétitivité revient alors à moi. Je le laisse prendre 10 mètres d’avance. J’analyse sa foulée. Puis je me mets en chasse.

Très rapidement, je le dépasse et prends les commandes. Il a accéléré lui aussi. Je ne veux pas encore lancer mon accélération final. Je me retiens encore un peu. Nous allons très vite, mais je ne suis pas à bloc. Il me dépasse à nouveau. Je me demande s’il fait parti des coureurs du premier ou du second SAS. S’il s’agit d’un coureur du premier, alors j’ai 15 minutes d’avance sur lui (à peu près). S’il s’agit d’un coureur du second SAS. C’est un concurrent direct. C’est drôle de dire cela. Je ne connais ni mon temps, ni mon kilométrage exacte, ni ma vitesse, ni mon classement et pourtant, je suis en mode compétition.

A chaque fois, sur les fins de course, j’ai tendance à les vivre comme une vrai compétition, mais là, cela n’a presque aucun sens. Je ne sais même pas si je suis 70 / 150 / 200 ou 300ième.. Je me bats pour quoi ? Pour l’honneur ? Je n’y songe même pas. Pour le classement ? Franchement.. tant que tu n’es pas dans le TOP 10, tu n’es pas à une place près. Est-ce un concours de (désolé pour l’expression) « bite » ? Je ne pense pas non plus. Cela serait trop bestial.

Je pense que je me bats, car on joue. C’est réellement un jeu à ce moment là, de se concurrencer. De se tester.. de faire sentir à l’autre qu’on est soit plus fort.. soit qu’on bluffe en lui faisant croire qu’on est dans le rouge avant de mettre une grosse accélération..

D’ailleurs.. Je bluffe.. Dans la grande descente en bitume.. je fais mine d’accélérer puis de ralentir d’un coup en soufflant.. il me dépasse alors rapidement.. je reprends son rythme en restant assez loin pour qu’il ne m’entende pas.. une bonne quinzaine de mètres.. Au milieu de la descente, je décide de le laisser envoyer jusqu’en bas.. j’attaquerai dès le début de la montée tout en bitume.. droit dedans..

En bas, de la descente, je suis juste derrière lui. On traverse une zone de travaux. Je demande gentillement avec une voix reposée et aimable aux coureurs du 44 km de nous laisser passer. En écoutant ma voix, je pense qu’il s’en rend compte. Il s’en rend compte qu’en fait de mon côté, tout va bien. J’ai pris l’ascendant psychologique. Ne reste plus qu’à prouver dans le début de la montée, que ma voix fait échos de ma bonne forme. Lorsqu’il s’est retourné pour me jeter un regard, j’ai remarqué directement qu’il semblait bien épuisé par ses dernières accélérations. Nos regards se sont croisés. Je pense qu’il sait très exactement ce qu’il va se passer.

En attaquant les premiers mètres de la montée, je le laisse partir devant. Juste 3 ou 4 mètres. Histoire de prendre de l’élan. Je pense qu’il met tout dans la bataille. Trop tard. Je lance la machine. Droit dedans. Les montées tout en bitume avec un bon %, c’est devenu maintenant une passion. Je suis très très à l’aise dedans. En à peine 40 mètres de distances, je lui mets 15 mètres. Je ne me retourne pas pour vérifier. Je suis déjà passé à autre chose. Je veux gravir ce passage le plus rapidement possible. Cela tourne à fond. Les cuisses ne sont pas douloureuses. Je profite du moment. Mon souffle est régulier, mais il n’est pas stressé. Je suis encore une fois très content de réussir à passer ce genre de passage après 67 km sans aucune difficulté.

Contrairement à la première année, je sais que cette montée est double. Elle s’effectue en deux temps. Il ne faut pas tout envoyer dans la partie visible d’en bas, car après un tournant sur la gauche, un deuxième bout se dresse devant nous. Et ce n’est pas un petit bout.

Juste avant le tournant.. j’entends un mec qui se speed « Heeey Casquette Verte… » Je lui sers la main.. Je suis tout sourire. Lui aussi, semble-t-il. Il me dit qu’il a accéléré pour me dire bonjour. C’est super cool. On discute un peu (je ne me rappelle plus trop de quoi), et nous nous souhaitons une bonne fin de course. Sympa ce genre de rencontre au milieu d’une difficulté finale de course.

Je finis la montée. Je suis très serein. Enfin plutôt, je suis sûr de mon fait. Je ne me dis pas qu’il faut absolument aller vite. Et pourtant j’avance vite. Je ne suis pas du tout affolé. Je ne souffre pas du tout. Je sais que c’est précisément à cet endroit là, juste après un virage à droite à 90° que je vais lancer mon sprint final. 4 km à fond les ballons. Sans retenue. Là.. je vais souffrir. Là.. on va pousser la bête dans les cordes. Là.. on va titiller le cardio’ à pleine main.. Là.. on va aimer souffrir !

Virage sur la droite. J’ai relancé le rythme depuis une dizaine de mètres. Ce changement d’orientation me propulse dans mon finish. Je décide d’enlever ma veste. A quoi peut bien me servir un coupe vent. Je vais le fendre.. je n’ai pas besoin qu’on me le coupe. Les manches et mon torse légèrement humide récupèrent rapidement la fraicheur de la nuit. J’ai presque un peu froid. Cela me motive à accélérer. Ma foulée est étonnamment naturelle. On pourrait croire que je commence à peine ma course. Je n’ai aucune retenue dans mes mouvements. Tout est limpide. Presque trop simple.

Après quelques virages en ville où j’ai bien fait attention à prendre les intérieurs pour garder de la vitesse, nous arrivons dans une zone que j’affectionne particulièrement sur le parcours de la SaintéLyon. Le passage dans les bois remplis d’installations d’accro-branche. Le sol y est assez mou. On peut envoyer sans trop de problème. Plusieurs monotraces sans technicité s’offrent à nous. Je peux exprimer totalement mes talents de navigation. Cela tombe bien, car il y a du monde. Les coureurs du 44 km et ceux des relais n’avancent plus très vite. J’arrive à regarder assez loin pour anticiper mes dépassements. A gauche. A droite. Les coureurs s’écartent. Je peux avancer sans être ralenti. Je déguste chaque mètres de cette descente. Je suis étonné par forme. Dans un virage en dévert sur la gauche, je me surprends même à couper droit dans la pente tout en accélérant. J’ai la drôle d’impression d’avoir un moteur qui me pousse à avancer. Presque une assistance électrique qui décuplerait ma vitesse trop humaine.

Les quelques rondins glissés en travers du chemin forment des petites marches hautes d’à peine quelques dizaines de centimètres. Je me rappelle avoir tant souffert sur celles-ci il y a 2 ans. Chaque bonds qu’elles me faisaient faire étaient une épreuve tant physique que mental. Là. C’est tout à fait différent. Je m’en amuse presque. Ma foulée est rythmée par les chutes provoquées à leurs passages. J’en viens presque à appuyer le pas pour ressentir un peu plus de douleur dans les cuisses. J’ai envie de me sentir souffrir. J’en envie que cela fasse mal. J’ai envie que la douleur m’emporte en dehors de la course. Qu’elle m’amène à me transcender. Qu’elle me fasse oublier la simplicité. Qu’elle m’emporte, dans ce joyeux monde des sensations extrêmes.. celui-ci même qui doit faire de moi, un autre moi.

Fin de la zone d’accro-branche. Virage sur la gauche. On rejoint le bitume pour une dernière mini-montée un peu cassante. Je décide de la faire en courant normalement. Sans sprinter. Un autre coureur du 72 km me double. Il est plié en deux. Les mains sur les cuisses. Il est dans ce joyeux monde des sensations extrêmes. Je l’envie presque.

J’entends son souffle lourd. Je le sens très atteint par la fin de sa course. Moi, je suis complètement à l’aise. Entre deux souffles très prononcés de sa part, je tente d’ouvrir la discussion en le faisant rire : « Tout doux…. l’animal… Tu vas nous faire une syncope là ! ». Il ne bronche pas. Reste dans la même position. Mains sur les cuisses et grandes enjambées. Il tourne légèrement sa tête vers moi en commençant sa phrase, puis la remet dans l’axe de la montée. « Heeee..eeeeeeuheee..he..euhuhhhee.. Je veux terminer sous les 7 h 15… ». Il a eu beaucoup de mal à me dire cela. Il est déterminé. Mais je sens dans sa voix de la détresse. Comme s’il sentait que ce n’était déjà plus possible. Je comprends de suite que cela ne sert à rien de lui parler plus longtemps. Je vais le déranger. Il avance un peu devant moi. Une fois 5 mètres devant, je prends son rythme. Droit comme un I. Je n’ai pas besoin de mettre mes mains sur les cuisses.

En le suivant, je réalise qu’il m’a dit vouloir faire moins de 7 h 15. C’est dingue. Moi qui visait un objectif 8h. Je n’ai pas forcé mon talent de toute la course et je suis sur cette base horaire. Ni une ni deux, je décide d’accélérer et de finir à fond. Je déclenche mon ultime accélération. En 20 secondes, j’ai rattrapé le souffleur de l’extrême et je file devant lui. Me voilà parti pour finir la course à bloc.

Je cours comme à l’entrainement. Je suis très concentré. 3 minutes ont passé et je n’ai pas réfléchi une seule seconde à m’en garder sous le pied pour finir en sprint total sur le dernier kilomètre. Je suis entrain d’avancer dans ma zone rouge. C’est le kiffe. Je traverse une rue gardée par un bénévole que je salue et remercie. Il m’indique le chemin en direction d’un petit square. A l’entrée de celui-ci, il faut esquiver un passage anti-scooter. Lorsque vous marchez c’est le genre de truc déjà chiant. Lorsque vous courrez à fond.. c’est une séance de danse du ventre que vous devez interpréter. Zlllllllip.. Zliiiiiiiiiip. Je me suis complètement déformé, mais c’est passé à fond. En entrant dans ce petit square bénéficiant d’une légère montée, je commence à pousser mon premier cri d’extase et de douleur. Ce genre de cri qui vient du fond du corps. L’expression du dépassement de soi. Cela ne sera pas le dernier.

Zliiip..Zliiiiiiip. Je ressors du square comme j’y suis entré. Nous sommes dans une zone très résidentiel. Avec quelques immeubles comme simple décors. Ma PETZL est encore allumée. Elle ne sert plus à rien. L’éclairage public est suffisant. Nous sommes définitivement en ville maintenant. Je traverse la zone résidentielle à fond. Mes cris commencent à se faire entendre de plus en plus. Je ne lache rien. Je déboule comme jamais. Les coureurs qui marchent, me regardent arriver. Un peu étonné. Puis m’entendent passer. Je peux presque me mettre à leur place et sentir la perturbation d’air légère que je déclenche à leur niveau. Ma foulée est déterminée. Je finis de grimper dans les lotissements.

Si vous n’avez jamais fait la SaintéLyon et que vous compter la faire : MERCI DE SAUTER CE PARAGRAPHE. Il va vous spoiler une particularité plutôt sympa de la fin de course.

(Bon je vous aurai prévenu…). La fameuse série d’escaliers pour descendre au fleuve. Je ne sais de combien de marches cette descente est fournie. Tout ce que je peux vous dire, c’est que si vous êtes déjà au bout de vos limites, cet escalier va tout simplement vous achever. Heureusement, je suis en pleine forme. je vais pouvoir pour la première fois descendre à fond les marches. Je me lance dedans comme on se lance dans une piscine un après-midi d’août dans la région d’Aix en Provence. Splaaaaaaaash. Je suis dedans. Je prends tout de suite le rythme qui sera le mien jusqu’en bas. Une marche par une marche. De manière ultra cadencée. Chaque pas résonne. Les crampons de mes SpeedCross semblent préférer les sentiers enneigés. Je commence à pousser des cris plus petits.. plus chuchotés. Des cris de douleurs. Infimes. Que seul moi et les coureurs que je double peuvent entendre. Des petits « hain.. hain.. hain.. ». Chaque marche dispose de son cri. Pas de jalouses. Je relève rapidement la tête entre deux séries de marches. Je suis déjà presque en bas. C’est dingue. La première année, j’avais eu l’impression de passer des minutes entières dans cette descente. Là.. j’ai du avaler la difficulté en quelques dizaines de secondes. Le temps de faire ce constat et me voici en bas.

Je relance comme un dingue. Cette relance me fait hurler. Deux trailers qui marchent, se fichent de moi. Je les entends quelques dizaines de mètres derrière imiter mes gémissements. Cela m’énerve un peu. J’aurai envie de leur expliquer. Qu’ils comprennent. Mais je préfère me dire qu’ils ont raison. Que c’est étrange ce que je fais. Que c’est moi qui suis dans l’irréel et eux dans la réalité.

Tournant à 180° à droite. Je rejoins les quais. Je tiens bien ma vitesse. Je ne suis pas tout  à fait au maximum de ce que je peux faire, mais j’avance bien. Je repère que que la Saône est haute cette année. Quelques 20 cm de plus et on aurait les pieds trempés. Le temps d’y penser et me voilà déjà dans l’escalier pour remonter sur le pont qui longe l’autoroute. J’enchaine les marches à fond. Je m’aide pour la première fois de ma course de mes mains en saisissant les barrières pour m’assister dans leur franchissement. Cela fonctionne terriblement bien. Je repense à ma conviction absolue de ne jamais utiliser de bâtons en course. Quand je vois à quel point cela peut m’aider sur un si petit escalier, je me dis que dans l’ultra long, cela pourrait me servir un jour. Ma conviction n’est plus absolue.

Le bénévole et une nana qui l’accompagne en haut de l’escalier m’encouragent et me félicitent. Je les remercie tout en relançant en direction du pont. Je le sais c’est presque fini. Il ne manque plus qu’un petit kilomètre avant d’atteindre la fameuse arche d’arrivée. Je ne pense plus à rien. J’essaie juste de tenir mon rythme. Sur le pont, un couple de passants, pas du tout au courant de la course, ne m’entendent pas arriver. A 5 mètres d’eux, j’appuie ma foulée afin qu’ils me laissent passer. Rien n’y fait. Je dois faire un bon sur le côté gauche en passant complètement de travers pour les éviter. Cela fonctionne. Juste juste. Mais cela fonctionne. Je m’excuse en atterrissant. C’est drôle. Je continue droit vers l’arrivée.

Deuxième pont. J’ai l’impression qu’ils ont changé le revêtement. J’avais le souvenir d’un revêtement en latte de bois, qui humides, ressemblaient plus à des savons glissants qu’à un sol de fin de course. Je ralentis sur les 10 premiers mètres pour prendre le pouls de mon adhérence. Cela tient parfaitement. Pas d’inquiétude à avoir. C’est parti. A bloc jusqu’à la fin.

Pont traversé. Je ne comprends pas bien. Des barrières me guident vers la droite. La fin du tracé a été modifié. Je pense que c’est à cause des problèmes de circulation causés les années précédentes. Qu’à cela ne tienne. Je prendre la courbe. Devant moi, un bon troupeau prend toute la largeur de la chaussée. Je dois les prévenir de mon arrivée. Cela tombe bien, j’ai encore envie de crier. Je lache un grand cri de souffrance. Le troupeau se retourne. Etonné. Ils s’écartent vite. L’un crie « C’est génial ce que tu fais ! » « Courage ! » « T’es au bout ! ». Ces paroles simples. Déjà presque trop entendues, ont toujours de l’effet sur moi. Je me déchire. J’accélère encore.

Virage sur la gauche. Je traverse la route dont la circulation est coupée et j’entre dans la zone de la Halle Tony Garnier. Je ne lache rien. Je continue à sprinter. Second virage à gauche. Je rentre de l’enclos. J’ai bien sûr repéré la caméra. Mais je suis bien trop concentré cette fois pour effectuer un petit signe à mes amis qui regardent le live sur LiveTrail.

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Virage à droite. Ayé. La voilà la Halle. J’y pénètre à fond. Les applaudissements résonnent. Je le sais. Encore 15 mètres et c’est définitivement terminé. Devant moi, un groupe de quelques coureurs finissent leurs courses tranquillement. Je décide de ralentir pour pouvoir lancer ma figure de fin sans être gêné.

Me voilà donc. A 6 mètres de l’arche de l’arrivée. Complètement à l’arrêt. J’attends que le groupe soit passé. Je mime le mouvement avant-arrière des sauteurs en longueur. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je me lance (PROFITE BORDEL.. PROFIIIIIIIIIIIIIIIIIIIITE). Trois pas et m’y voilà. Je le lance. Mon traditionnel 360 de l’arrivée !!!

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Et ben voilà. C’est fait. Troisième SaintéLyon finie. C’est drôle comme mes sentiments post-course évoluent avec les années. Je me revois encore, le lendemain de ma première SaintéLyon. J’étais alors totalement halluciné par ma réalisation. Sur mon petit nuage. Fasciné par ce que j’avais entrepris et réussi. L’anormalité de ce que je faisais m’apportait le sentiment profond d’être « différent ».. en totale plénitude.. à 15 mètres du sol. Je ne touchais plus terre pendant des semaines. Maintenant, tout à changer. Je suis très heureux. Ca va de soit. Mais je trouve ça étrangement normal. Qu’il y a-t-il de si spécial à courir la SaintéLyon en moins de 7h ? Qu’il y a-t-il d’étonnant à parcourir 72 km et quelques 1700 D+ à bonne vitesse sur des chemins et routes pleines de neiges et de verglas ? Est-ce vraiment incroyable de transpercer l’air et le vent glacial dans la nuit sombre entre Saint-étienne et Lyon ?.. Cette course a toujours autant de goût pour moi. Mais, il est vrai, qu’après 3 ans, et trois SaintéLyon, la sagesse l’emporte sur l’exaltation. Tout est simplement normal en fait. Une normalité qui fait partie intégrale de mon nouveau quotidien. Celle d’un jeune Trailer en devenir dans le monde du Trail. J’entre en Trailibanie. La frontière est maintenant loin derrière moi. Mon visa de course est bien tamponné. Je ne suis plus un sans-papier dans ce monde kilométrique. Les douaniers auront beau me pourchasser pour me ramener à la frontière.. Je courrais plus vite encore. Pour à jamais, leur échapper !

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Distance : 73.1 km

Dénivelé : 1950 m D+

Temps de course : 06 h 56 min 48 sec. 

Allure moyenne : 10.52 km/h.

Classement général : 66ème. 

Classement dans ma catégorie (Senior Homme) : 49ème.

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Récit DIAGONALE DES FOUS 2017 (165.69 km / 9553 D+) – 33 h 30 min / 82ème au général (49ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Récit DIAGONALE DES FOUS 2017 (165.69 km / 9553 D+) – 33 h 30 min / 82ème au général (49ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Dans ma Diagonale vous viendrez
D’ailleurs ce n’est pas ma Diagonale
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Seulement des fous habillés de T-shirts jaunes et blancs
Je suis resté longtemps dans cette Diagonale
Personne n’est venu
Mais toutes les heures et toutes les minutes
Je vous ai attendu

Je ne faisais rien
C’est-à-dire rien de sérieux
Quelque fois, le matin, le jour ou la nuit
Je poussais des cris d’animaux
Je gueulais comme un âne
De toute mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Dans votre Diagonale.
Il faut être fou comme l’homme l’est souvent
Pour dire des choses aussi folles

Dans ma Diagonale tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça
Et quand tu seras entrée dans ma Diagonale
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout
Comme cette médaille pendue au col de ces t-shirts jaunes et blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
Voilà
Dans ma Diagonale qui n’est pas ma Diagonale tu viendras.

Petite introduction poétique, utilisant les lettres de Prévert à des fins narratives, pour décrire ce qui est et restera indescriptible. Quelle course ! Quelle épreuve ! Quel moment hors norme ! Il va me falloir des bibliothèques entières pour trouver les mots qui sont à la hauteur de la radicalité de ce challenge.

J’ai vécu une expérience de vie qui sort du commun. Quelque chose de réellement exceptionnelle. Ce n’est peut-être pas la lune. Peu-être pas. Mais franchement, cela y ressemble. Qui osera dire qu’il peut rester modeste après une telle course ? Qui arrivera à redescendre sur terre assez vite pour décrire parfaitement ce qu’il s’est passé ? .. Pas moi. Je ne vous promets en rien un récit détaillé, conventionnellement habituel et chronologique. Je vous promets le sel à la lecture de ma plume. Je vous promets le miel à la découverte de mon aventure. Je vous promets le ciel au dessus de ce comte. Des instants et des fragments pour que ma légende soit douce.

 

Lundi 16 octobre – 16 h 09 – @ Aéroport d’Orly – J moins 3 avant la course.

C’est là que tout commence. Dans ce hall d’Aéroport. Je suis propre sur moi. Plein de bonnes intentions. La peur et le doute ne m’atteignent pas. Je suis à des milliers de kilomètres de mon aventure encore. La distance et le temps me permettent encore de me sentir en dehors de tout cela.

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L’aérogare est rempli de personnes attendant leur vol. En me promenant, je remarque pas mal de coureurs. C’est bel est bien le début de quelque chose. Je repère ce groupe de personnes. Les mâles adultes sont affutés et semblent bien attendre quelque chose d’autre qu’un simple avion. Ils sont entourés d’enfants et de femmes tous vêtus de T-shirt bleus marqués des quelques mots : Diagonale Des Fous 2017. Nous sommes là pour la même raison. Il est assez cocasse d’être à Orly et de voir partout des trailers. Il vole dans l’air une ambiance de pré-course. Quelque chose va se passer. Bientôt.

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Dans la file d’attente, beaucoup de passagers « normaux » me regardent curieusement. Ils se posent la question  » Ah lui. Il doit certainement faire la course ! ». Nonchalamment, ils m’épient de la tête aux pieds. Ces mollets sont-ils robustes ? Son torse et ses bras sont-ils bien maigres ? Sa posture et sa concentration prouvent-ils qu’il va le faire ?.. Certains m’adressent la parole pour me demander si je fais bien le grand raid. Je réponds sympathiquement que oui. Nous conversons ensemble. J’explique mon point de vu sur la course. Ils semblent admiratifs tout en ne comprenant pas bien le pourquoi du comment. Un homme agé m’explique que son fils l’a fait il y a quelques années et que je vais souffrir. Je lui rétorque que j’ai beaucoup de respect pour son fils et que je suis bien venu pour cela.

Mon comportement arrogant et sûr de soit semble provoque une curiosité chez mes interlocuteurs. J’attisse l’intérêt tout autant que je créé chez les passagers de mon vol une volonté de dire « Prends garde à toi jeune homme.. tu sembles sous-estimer ce qu’il va t’arriver.. ». J’aime beaucoup me mettre dans cette position. Faire croire que je suis inconscient de ma destiné.. que rien ne n’importe.. alors qu’au fond je suis totalement concentré et au courant des difficultés que je vais rencontrer. Belmondo (dans Itinéraire d’un enfant gâté) m’a appris que ne jamais avoir l’air étonné. Que cette attitude permet d’une part de prendre l’ascendant dans la conversation, mais aussi elle permet d’être admiré. Et je ne vous le cache pas. J’aime briller.

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Jusqu’à présent quand je prenais l’avion c’était pour partir en vacances.. pour aller voir mes grands parents dans le sud.. simplement pour aller quelque part. Maintenant, me voilà dans la salle d’embarquement, et je prends l’avion pour aller courir sur des sentiers à plus de 10.000 km de chez moi. N’est-ce pas déjà fou ? Qu’est ce qui me pousse à faire cela ? Pourquoi partir si loin pour simplement courir ? Les sentiers ne sont-ils pas suffisants près de chez moi ? Que vais-je chercher de l’autre côté du globe que je ne trouverais pas de ce côté ci ? Toutes ces questions, je me les pose. J’ai déjà la douce impression d’être embarqué dans quelque chose qui me dépasse complètement. Se sentir hors de son propre contrôle.. quitter sa zone de confort.. Faire entrer tout son soi dans une zone de turbulence. J’ai cette douce sensation d’être une bouteille lancée à la mer, battue par les flots.. emportée par le courant.. moi qui affectionne tant tout contrôler.. c’est étrange, mais j’aime drôlement cela.

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Me voici à bord. Dans cet avion, je capte quelques conversations. Je me nourris de ce que j’entends pour mieux m’échapper du flots qui doit me guider droit dans ma Diagonale. Un enfant, assis sur le siège devant moi dit « Papa.. Papa.. Il y a un truc pour les pop-corn ! ». Le père répond  » Ce n’est pas pour les pop-corn mon chéri. C’est pour vomir.. Je t’expliquerai ». Dur retour aux réalités pour ce bambin qui de son oeil juvénile arrive encore à trouver de la beauté, là où il n’y a que de la practicité appartenant au monde adulte. Je fais très vite le parallèle avec ma course. Celle-ci voudrait me faire peur. Cette réalité voudrait tout faire pour m’envoyer des signaux de dangers. Et pourtant de mon oeil juvénile je ne vois dans cette course qu’une grande gourmandise tel le pop-corn dans le sac à vomi.

Nous avons décollé. L’écran devant moi affiche 9345 km restant et 10 h 18 de vol.. Nous sommes rapidement à une altitude supérieur à 10.000 m.. C’est le dénivelé que nous allons devoir faire. Je me dis « Bah.. tu vois.. ce n’est pas si difficile.. Si une prouesse technologique munie de deux réacteurs puissants est capable de le faire.. pourquoi pas toi ? ».

Voilà une semaine que je fais attention à mon alimentation. Uniquement du riz, des pâtes et un peu de viande. Le repas Air France nous ai servi. Je le regarde. Il me regarde. Je suppose que de toute façon, je ne peux pas sortir mon réchaud et faire cuire de l’eau entre deux rangées de sièges. Force toi petit bonhomme. Cela semble dégueulasse.. cela l’est très certainement. Mais tu n’as pas d’autres choix. Sort de ta zone de confort et prend des forces. Tu penses bien que de toute façon l’ensemble des autres coureurs, tout comme toi, vont bien s’alimenter de ce médiocre repas.

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Les salops. Sur le plateau qui nous est servi, a été glissé une mignonnette de planteur. Je me suis interdit de boire de l’alcool avant la course. Et je me trouve face à elle. Cette petite bouteille me fait de l’oeil. Elle me dit que ce n’est pas méchant. Que de toute façon, j’aurai largement le temps d’évacuer ses molécules avant de prendre le départ. J’hésite à craquer. La tentation est forte. Puis je regarde par la fenêtre. Je repense à toutes ces heures d’entrainement. A tous ces sacrifices. Ce n’est pas le moment de céder. Dans un geste de bravoure, je ramasse la mignonnette et la glisse dans ma sacoche. Le moi intérieur prononce « Tu pensais être une tentation ma petite.. et bien maintenant tu seras une récompense ». Je garde donc la petite bouteille pour l’après course.

Les heures de vol avancent. Lentement. Très lentement. Je passe une des pires nuits de ma vie. Mon siège est cassé. Je ne peux pas le passer en position allongée. Je ne sais où mettre mes jambes. J’ai froid. Je m’enroule dans la couverture qui nous a été donnée. J’enfile le cache-yeux pour tenter de dormir. Rien n’y fait. Je n’y arrive pas. Je sais que je dois absolument dormir pour arriver en forme à La Réunion. Mais rien n’y fait. Alors je pense. Je réfléchis. Je commence à me faire ma course dans la tête avant que cela soit mes pieds qui la fassent. Je suis encore loin d’imaginer tout ce qu’il va m’arriver. Pour le moment, tout ce que j’imagine c’est le fait d’avancer. Je me vois déjà fatigué. Tentant de courir sur les sentiers. Je ne m’imagine pas arriver au bout.

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Le jour s’est levé.. Sur cette immensité.. Je crois que j’ai rêvé.. que ce soir je mourrais.. (7 notes de piano).. Le jour s’est levé.. Plein de perplexité.. Si ce n’était pas un rêve.. Qui va s’en aller.. s’en aaaaaaaaaller ! Et oui, j’étais au concert de Téléphone il y a quelques semaines alors forcément.. Quand j’ai envie d’écrire que le jour s’est levé, la mélodie de Jean-Louis Aubert me revient droit dedans.

L’Ile de la Réunion se dresse dans mon hublot. C’est magnifique. Nous sommes au milieu de nul part vu de Paris. Au beau milieu d’un immense Océan que beaucoup disent Indien. Les pentes semblent douces vues de haut.  Les montagnes paraissent collines. Les distances paraissent courtes. Avec cette hauteur et ce recul, on ne peut avoir peur. Et puis, c’est tellement beau. Qui peut être effrayé par une belle fleur aux couleurs charmantes, poussant tel un nénufar sur des eaux lisses et claires.

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Atterrissage. « Ladies and Gentleman.. bienvenue à La Réunion.. La température extérieure est de 27 degrés. L’ensemble de l’équipage vous remercie d’avoir fait confiance à notre compagnie.. et encourage tout particulièrement les raideurs du Grand Raid.. ». Petit message sympa. Cela donne le ton.

A la sortie de l’aéroport, je repère une grande banderole « Bienvenu ZOT’ TOUT' ». L’accent Réunionnais me plait déjà. Bagage à l’épaule, je marche en direction deux jeunes femmes habillées aux couleurs du Grand Raid. Elles m’indiquent le chapiteau qu’il faut rejoindre.

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Je file en direction du premier ravito’ de la course. Les quelques passagers que j’avais identifié comme des trailers à Orly se confirment l’être en prenant le même chemin que moi.

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Je suis accueilli par Robert Chicaud. Le président du Grand Raid. Cet homme est une légende pour moi. J’ai vu tant d’interviews de lui en préparant la course. J’ai l’impression de déjà le connaitre. Je m’adresse à lui comme à une vieille connaissance. Je lui explique que je suis très content d’être là pour cette course, car j’ai 25 ans et que la course qu’il préside a le même âge que moi. Nous sommes donc fait pour nous rencontrer.

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Sous le stand, deux réunionnais jouent de la musique et une jeune femme très belle danse pour nous accueillir. Cela fait un peu « Les bronzés 1 » comme ambiance, mais cela reste tout à fait charmant. Une table sur la gauche nous permet de nous ravitailler. J’y prends de l’eau, un café et grignote quelques spécialités locales. Je repère des fruits vers le fond. J’aimerais bien mordre dans ce beau fruit rouge. L’acidité et la fraicheur qui le composent seraient parfaits pour bien commencer mon alimentation sur l’île. En tendant mon bras vers celui-ci, je repère un petit écriteau. J’arrête mon geste net.. je lève les yeux au ciel et rigole.

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Pas mal de raideurs nous ont rejoint sous la tente. Il est tant d’avoir un petit briefing. Robert Chicaud prend la parole. Il accueille avec beaucoup d’humour et de sympathie. Je suis assez fasciné par cet homme. Je me vois très facilement avec 50 ans de plus, dans sa chemise blanche à prononcer les mêmes mots que les siens. Ce sera bien ! Après nous avoir donné les plannings et les rendez-vous importants, Robert nous souhaite une belle course et nous demande d’aller pointer auprès de son collègue placé un peu plus loin.

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En arrivant à la table de pointage, je me rends compte que le Grand Raid n’est en rien une usine à trailers déshumanisée. Le recensement est fait complètement à l’arrache. On ne nous demande pas de formalités administratives, de carte d’identité ou quoi. Juste notre nom qui est recherché dans des feuilles froissées.

Pour la première fois, je prononce la phrase « Alexandre Boucheix.. Diagonale des fous ». Ca en jète. J’ai bizarrement honte de le dire. J’ai presque peur que le bénévole lève les yeux et me demande « Vous êtes sure ? ». Je ne sais pourquoi je garde cette légère timidité. J’ai bien le droit d’être là. Je ne suis pas ici par hasard. On ne me force pas la main. Je suis venu de mon plein gré. Etrange comme sentiment.. n’est ce pas ?

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Je quitte l’aéroport et je rejoins mon hôtel. Le Saint-Denis. Dans le quartier Roland-Garros de la capitale. Stratégiquement placé, à 600 mètres du Stade de la Redoute.

Arrivé à l’hôtel, je défais rapidement mon sac et je sors de celui-ci mon malto. Il faut absolument que je m’y mette maintenant. La course est dans très exactement moins de 3 x 24 h.. Je dois passer en mode Malto-Régime. C’est devenu presque pathologique comme habitude. Je ne sais pas si cela a réellement un effet positif sur ma course. Mais ce que je sais c’est que si je n’en prenais pas avant.. en mode gavage.. j’aurai l’impression de ne pas tout faire pour me mettre dans les meilleures conditions pour réussir ma course.

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Je quitte ma chambre pour faire un petit tour dans la ville et m’habituer à la température locale. Je sue comme un cochon. Je ne sais pas si c’est la nuit blanche que je viens de faire, ou si c’est simplement mon corps qui vit mal le climat local, mais je me sens épuisé.

Lors de mon petit tour, je me rends compte que peu de restaurants sont ouverts le mardi. Il va pourtant bien falloir que je trouve de quoi m’alimenter sérieusement. J’essaie de trouve un italien à proximité de mon hôtel. Je m’imagine déjà bien manger uniquement des pâtes et des pizzas jusqu’à la course.

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Après mon petit tour, je retourne à l’hôtel et je me couche pour faire une sieste. Je me réveille quelques heures plus tard et je ressors car l’air conditionné de ma chambre ne va pas m’aider à m’acclimater. Je m’assis sur le front de mer. L’immensité de l’océan qui me fait face ne m’évoque rien. Je trouve cela simplement magnifique et dépaysant. Comme tout front de mer qui se respecte, celui-ci est emprunté par quelques coureurs le soir venant. Il est 17h30 et la noirceur de la nuit commence à se faire sentir. Je regarde les coureurs qui passent. Je me demande si ce sont des participants du Grand Raid qui font tourner les jambes. Je ne sais pas. Moi, j’ai décidé d’arrêter de courir le jour précédent. Je ne courrais pas avant Jeudi 22h et le grand départ. Voir quelques sportifs, chaussures aux pieds me fait bien sûr me poser la question « Suis-je prêt ? ».. Je préfère ne pas y répondre et me dire que de toute façon, si ce n’est pas le cas, c’est trop tard pour s’en rendre compte. J’évacue rapidement ces idées de ma tête.

Un jeune homme (je pense qu’il est bourré) s’arrête à ma hauteur. Il me salue et en voyant ma bouteille d’eau blanche de malto me demande avec un fort accent réunionnais « Est-ce O glacé dan’a bouteille ? ».. Ah non bonhomme. Ca c’est pas de l’eau. C’est mieux que ça. C’est du malto mon gars.. T’en veux ? Ca fait un peu dealer comme réponse, mais ma réponse n’attise pas sa gourmandise. Il repart comme il est venu.. titubant.

 

Mercredi – 09 h – Veille de jour de course. 

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Je dois aller prendre un bus jaune pour rejoindre Saint Pierre de l’autre côté de l’Ile. C’est là-bas que doivent nous être donné notre dossard et nos sacs assistances. Je longe le front de mer pour rejoindre la gare routière. J’y arrive un peu avant 9 h. La température est déjà très élevée. Je prends un ticket au guichet. Je suis étonné. Il ne me coute que 2 €. Je trouve ça relativement très peu cher pour faire un peu plus de 100 km de bus.

Je retourne en direction de mon bus. Il y a déjà beaucoup de monde qui fait la queue. La foule est composée d’un mélange de personnes qui sont dans leur quotidien et de coureurs qui tentent de rejoindre Saint Pierre. Les deux communautés s’observent. Les locaux semblent se sentir un peu envahis dans leurs habitudes. Les coureurs eux, semblent un peu trop sûrs de leurs faits et ont l’air d’attendre que tout se passe bien pour eux car ils sont « quand même » des coureurs du Grand Raid. Il n’en est rien en réalité.

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Le premier bus arrive. Tout le monde se rapproche de manière complètement désorganisée. Une femme fait le tri à l’entrée. Les gens se bousculent pour monter en premier. Je comprends vite qu’il va falloir jouer des coudes pour monter dedans. Le bus se remplit petit à petit. Je suis encore à 4mètres de la porte. La femme à l’intérieur compte le nombre de places restantes. Il n’en reste plus qu’une dizaine et il est interdit de rester debout dans le bus. Je devrai donc attendre le prochain.

Dans mon attente, je rencontre trois coureurs. Deux français et un anglais. Nous parlons un peu de la course.. des chaussures que nous allons mettre.. des dernières informations que nous avons sur l’épreuve et sur la météo. J’adore ce genre de moment.

Le deuxième bus arrive. C’est à nouveau la foire d’empoignes pour monter dedans. J’y grimpe après que beaucoup de personnes soient montées. Cela fait déjà 50 minutes que je suis là. J’en ai marre. Une fois dans le bus, je me dirige vers le fond. Je ne vois aucune place. Je comprends que cela ne va pas être possible encore une fois. La femme me demande de descendre. Je suis un peu dégouté, mais je ne m’énerve pas. Je devrai encore prendre le prochain. Je serai donc en retard à Saint Pierre.

Nous rediscutons avec les coureurs. Nous parlons maintenant de nos courses passées. Je me rends compte que je n’ai pas un niveau si élevé que cela. Les autres ont déjà fait beaucoup de grandes courses (UTMB – UT4M – TDS – Grand Raid des Pyréennés – Endurance Trail de Millau..) et dans des temps de dingues. Le doute revient en moi. Suis-je bien à ma place ? Ai-je assez de background pour tenter la Diagonale ? .. Moi qui aime tant partager mes expériences avec d’autres coureurs.. là, cela me fait peur.. cela me fait redescendre sur terre.. bien ancré.

 

10h15. Le troisième bus arrive. Je me suis stratégiquement placé au centimètre près de là où la porte du bus doit s’ouvrir. Cette fois-ci c’est la bonne. Je peux rentrer et m’assoir à l’intérieur. C’est parti pour un peu plus de 2 h de bus. J’espère que le paysage sera sympa.

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Le trajet est particulièrement long. Nous nous sommes arrêtés beaucoup de fois sur la route. J’ai découvert des paysages assez incroyables. Que cela soit l’autoroute en construction sur l’eau, les plages de palmiers, les ravines pleines de cailloux où bien les montagnes sur ma gauche.. tout est impressionnant.

Nous descendons à la Gare routière de St Pierre. J’ai terriblement envie de pisser. Merci le malto-régime. Je passe aux toilettes et j’en profite pour me confectionner une nouvelle bouteille de malto. Ca fait un peu l’ivrogne du village qui picole son Ricard en pleine rue, mais aux yeux des coureurs c’est tout à fait normal.

Je reste avec l’anglais. Il est arrivé ce matin à La Réunion après une grosse nuit de vol durant laquelle il n’a pas dormi. Il semble très fatigué. Nous traversons Saint Pierre en direction de la Mairie. La chaleur est très lourde. Je m’imagine devant courir sous celle-ci. Cela va être dantesque.

Nous arrivons au village départ. Nous sommes en retard de 30 minutes sur la fermeture de l’enregistrement pour la Diagonale. Il y a déjà 200 mètres de queue pour la prochaine course.. La mascaraigne je crois. Nous passons devant toute la queue et je demande aux bénévoles comme faire pour récupérer notre dossard. Ceux-ci nous indiquent de passer devant tout le monde et de nous dépêcher.

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Nous entrons dans l’espace réservé aux coureurs de la diag’. Il n’y a plus personne. Nous sommes définitivement très en retard. Si j’avais su, je serai parti plus tôt de Saint Denis. Je donne ma convocation et ma pièce d’identité à la table d’inscription. Les bénévoles souriant et sympathiques me fournissent mon graal. Mon dossard. Ayé. Je l’ai. Cela se confirme maintenant. Le début de mon aventure est proche.

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Je traduis pour mon collègue anglais les informations qui nous sont données. Nous n’avons pas encore couru et il semble complètement perdu. Je pense que cela l’aide beaucoup que je soit là à côté de lui. Je me sens utile.

En arrivant à la tente pour récupérer nos T-shirts et débardeurs de course, on nous informe qu’il n’y a plus de sacs assistances pour le moment et qu’il n’y a plus que du XL en T-shirt. Par chance, je récupère un débardeur en M et je prends tout de même le T-shirt XL. Je ne pourrais pas courir avec, mais cela me fera toujours un souvenir. Je regrette vraiment d’être en retard. Je m’en veux. Moi qui suis pourtant si organisé d’habitude. Là, j’ai merdé grave. Tant pis, il faudra faire avec.

Nous récupérons par la suite la casquette du grand raid. Une super casquette type sahara. Elle est magnifique. Je n’ai pas bien lu le règlement. Je ne sais pas si celle-ci est obligatoire sur la course. Une chose est sûre, je ne la mettrai pas. Elle fera surement le voyage avec moi, dans mon sac, mais elle ne sera jamais sur ma tête. Elle ne remplacera jamais ma tendre Casquette Verte. Il me vient l’idée de commander une casquette verte en mode sahara. Je me le note pour plus tard.

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Il est 13 h. Nous avons une heure à tuer avant de revenir chercher les sacs assistances. Je n’arrive pas à comprendre que l’organisation n’ai pas prévu assez de sacs. Je suis presque sûr que c’est simplement un bénévole qui a du oublier les cartons de sacs quelque part. Ce fait pas bien méchant de désorganisation confirme mon idée selon laquelle la course est organisée un peu à l’arrache. Que cela semble très cadrée, mais qu’en réalité ce n’est qu’un effet de posture. Il est vrai qu’après avoir vécu la machine industrielle qu’est l’UTMB tout parait amateur.

Nous faisons le tour des stands. Nous recevons des dizaines de cadeaux. C’est super sympa. Et vas-y que je récupère des piles, du saucisson, des buffs, des casquettes, des portes-clés.. tout l’univers du marketing de course est là. Les exposants sont très sympas. Nous pouvons discuter avec sans qu’ils nous poussent à la consommation. Ils sont bien là pour les coureurs, mais ne sont pas là pour des prospects. C’est agréable.

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J’ai repéré la boutique du Grand Raid dans les jardins de la mairie. Je veux y passer pour acheter quelques souvenirs. En m’y approchant quelque peu, je repère qu’ils vendent des t-shirts qui ressemblent aux t-shirts officiels de la course. Coup de chance, ce sont exactement les mêmes. Je demande si par hasard, il resterait un T-shirt en M. La personne n’est pas sûre. Elle se retourne. Fouille dans les cartons.. ressort un t-shirt.. « Non.. celui-ci c’est du L.. Cela ne va pas du L ? » .. euh non merci. Vous êtes sûr qu’il n’en reste pas ? Il se retourne à nouveau et demande à Marie-Cécile si elle n’a pas vu le carton des T-shirts M. Elle lui répond que peut-être par là bas, derrière, il a une chance. Il patauge dans quelques cartons à nouveau.. Enfouit ses bras sous une table.. dans un tas de sacs et de d’emballages et ressort de ce bourbier.. tenant à bout de bras.. la dernière tunique qui semble à ma taille.. AAAAAAAH.. c’est encore plus beau que la bartavelle royale dans La Gloire de mon père ! Le voilà mon garçon. Tout chaud ! Il se cachait bien le galopin. Tient. Je suis tout simplement heureux. C’est bête d’être heureux pour quelque chose d’aussi futile. Mais je le suis entièrement.

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Pour finir notre attente, nous allons chercher quelque chose à boire dans la rue qui surplombe le jardin. Les restaurants ont installé un groupe de musique et des stands. C’est un peu l’ambiance kermesse. J’aime beaucoup cela. Au détour d’un restaurant, je repère une connaissance dans un T-shirt vert marqué de la brand Asics. Il s’agit de Xavier Thévenard. Je l’ai déjà croisé du côté de Métabief dans le Jura, lors du Trail du Mont D’or. J’ai beaucoup de respect pour cette machine de guerre. Je regarde ces mollets. Ils sont incroyablement dessinés. Je ne vais pas le déranger. Je sais qu’il est venu ici pour faire une super performance. J’espère pour lui que cela va bien se passer. J’ai pris ce jeune homme en sympathie, pour ne pas dire que je suis fan. J’aimerai beaucoup le voir gagner la course. Cela ne me dérange en rien qu’il me mette 10 – 15 – 20 – 30 h dans la vue. Tant qu’il fait une performance incroyable. Je le laisse concentré et je file prendre un ice-tea frais dans une petite boulangerie.

Nous nous asseyons dans les jardins, à l’ombre d’un arbre. Nous attendons que nos montres affichent 14 h. C’est à cette heure que doivent arriver les sacs assistances. Une américaine nous a rejoint. Une femme de 45 ans, mère de deux enfants qui est venue depuis le fin fond des états-unis pour courir cette course. Elle semblent incroyablement concentrée. Nous échangeons nos impressions. Elle me dit être étonnée par mon âge. Il est vrai, que des jeunes hommes de 25 ans qui partent dans un délire comme celui-ci, nous en avons croisé peu depuis ce matin.

De manière assez maternelle, elle me pose des questions sur ma préparation en faisant bien attention à toujours commencer ses questions par des « Es-tu sûr de bien avoir… » « Je suis sûre que tu t’es bien entrainé, mais … ». Cette femme est une mère et cela se ressent. Avec toute la politesse qu’une américaine peut avoir, elle me fait passer un message de précaution et de tendresse que seule une femme ayant des enfants peut avoir.. Je me sens dorloter dans notre conversation. C’est amusant. Mais je n’ai ni besoin de câlins, ni besoin de réconfort.. je suis grand.. tatoué.. vacciné.. J’ai beau avoir l’air d’un minot.. je vais lui prouver que son affectation maternelle n’est pas fondamentale.. et qu’une relation de compétiteur à compétiteur serait plus convenue. Plutôt que de tuer le père et coucher avec ma mère, je vais mettre à mal monsieur Sigmund Freud et son erroné complexe d’Œdipe en prouvant que l’homme que je suis ne fait en rien une contestation de sa propre existence.. qu’il ne tente pas de cicatriser son narcisse.. qu’il est simplement là pour prouver que l’impossible ne l’est pas et que la fatalité n’existe pas. Désolé pour ce passage digne des commentateurs en bas de page du site psychologie.com, mais bien qu’amicale, la conversation avec cette mère m’a.. avec du recul.. choqué dans mon moi intérieur.. Passons.. nous sommes là pour une course.. pour pas philosopher !

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Nous récupérons enfin nos sacs assistances. Je suis fin prêt ! Maintenant, retour à Saint Denis, manger.. dodo.. et ce sera le grand jour. En rentrant vers la gare routière, l’anglais me demande de m’arrêter dans une boutique de running. Il souhaite s’acheter une veste de pluie. Il me fait rire. Nous sommes à 30 h du début de la course, ses affaires ne sont pas prêtes et il s’en fiche.. VIVE LE FLEGME ANGLAIS. Je joue au traducteur dans la boutique. La vendeuse est charmante (voir SUPER MIGNONNE !!!).. Je tombe sous le charme de son regard.. mais ce n’est pas le moment. Elle me dit qu’elle sera sur un ravito vers le km 100. J’espère la recroiser alors. A la caisse, on nous offre une casquette et une paire de tongs Raidlight. Mais bras sont bien chargés maintenant. C’est vraiment du grand n’importe quoi.

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La température est toujours aussi élevée. Au bord de l’eau, là où nous sommes, le ciel est découvert. Mais ce n’est pas le cas sur les hauteurs. J’ai un peu de mal à imaginer la météo que nous allons avoir. Je repousse à plus tard les décisions que je dois prendre vis à vis de mon équipement.

La ville de Saint Pierre est tout comme Saint Denis, très étonnante. C’est vraiment un petit bout de France à 10.000 km de celle-ci.. au milieu d’un océan indien qui a amené par ces flots un peu d’Asie et d’Afrique dans la culture locale. J’ai énormément de mal à comprendre l’univers dans lequel je suis plongé. Sur ma droite une boulangerie, sur ma gauche un restaurant qui sent bons les épices.. presque antillais.. En face, une boutique au style asiatique.. Sur les torses des enfants des maillots du PSG, de l’OM et des T-shirts aux couleurs de leur île. Je trouve ici un vrai melting pot culturel, quelque chose que je n’ai jamais connu ailleurs. Cela me rappelle, peu être un peu, en forçant le trait, l’ambiance que j’ai pu connaitre à Malte. Je suis fasciné par tout ce qui m’entoure. Mais j’ai beaucoup de mal à en comprendre les tenants et aboutissants. Il me faudrait des semaines pour m’acclimater à une culture si riche me dis-je.

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15 h 42 – Me voici de retour à la station de bus. Je prends à nouveau un ticket pour faire le retour. Je passe acheter une grande bouteille d’eau et je me dépêche de faire une mixture de malto avant que le bus arrive. Un vrai petit junky..

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C’est reparti pour 2h30 de bus. Je suis toujours avec l’anglais et nous avons retrouvé un des coureurs avec qui nous avons fait l’aller le matin. Tout le monde est fatigué. Devoir faire cet Aller-retour la veille de la course, ce n’est vraiment pas de tout repos. Je vais devoir faire une grosse nuit pour évacuer tout cela.

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Le paysage défile. C’est interminable. Je n’ai qu’une envie : Passer chercher un truc à manger et rentrer à mon hotel pour me coucher.

Dans le bus, j’apprends la méthode locale pour demander au chauffeur d’ouvrir la porte depuis l’arrière. Vous savez bien. Ce moment, où de manière limite énervée, à Paris, nous crions LA POOOOOOOOOORTE en direction de l’avant de bus.. Ici la méthode est plus sobre et efficace. Il suffit de claquer de manière assez forte ses mains deux fois pour faire la demande. CLAP CLAP. La porte s’ouvre. C’est presque automatique. On pourrait mettre un clapeur cela fonctionnerait aussi bien. J’adhère à cette méthode. Je tenterai le coup à Paris. Cela sera drôle. Les gens me prendront pour un fou.. mais on verra bien.

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Rentré à l’hôtel, je m’empresse de vider mes sacs sur mon lit. C’est une belle collection de cadeaux que j’ai là. J’ai un peu l’impression d’avoir passé ma journée à vagabonder dans la Foire de Paris et de rentrer avec pleins de choses inutiles, mais cela me ravit amplement. Le moi consommateur est comblé.

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Un petit malto pour la route.. et je pars chercher mon dernier diner avant la course. La tension commence à se faire sentir. Je vis ce moment comme l’ultime diner.. le dernier.. celui que l’on ne veut pas louper.. celui qui nourrit autant l’âme que la panse. Je souhaite trouver un endroit qui fait du riz ou des pâtes. Je ne veux vraiment pas faire d’écarts alimentaires maintenant. Cela serait trop idiot. La cuisine réunionnaise me tente bien.. mais clairement c’est trop dangereux de tenter le coup ce soir. Je garde cela pour l’après-course.

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Je vagabonde un peu dans les rues de Saint Denis. L’offre en terme de restauration rapide est vraiment grande. A chaque coin de rue, on trouve des restaurants ou des « bouis-bouis » qui permettent de se restaurer. Je m’arrête devant une devanture dans laquelle je repère du riz et des pâtes. Cela ne semble pas ISO-14001 à fond, mais ça fera amplement l’affaire. Je commande une ration de riz et une autre de nouilles sautées. Cela sera parfait.

En attendant d’être servi je parle un peu avec les deux personnes derrière le comptoir. J’explique que je suis là pour le Grand Raid. Ils me demandent si je suis venu exprès de la métropole ? Ils semblent assez fascinés par le fait qu’un jeune parigo, un peu banlieusard sur les bords ai fait 10.000 km simplement pour venir découvrir une course à pied de dingue sur leur île. Je leur explique ma motivation, le pourquoi qui m’a amené jusqu’à là. Ils comprennent bien la passion que j’ai pour cette épreuve. Ils m’encouragent à aller au bout, tout en n’excluant pas les précautions que je dois prendre face aux difficultés que je vais rencontrer. L’un des deux me dit que j’ai aussi énormément de chance, car je vais découvrir des endroits que même eux n’ont jamais vu. Des endroits paradisiaques, tout droit sortis d’un film fantastique proche de la science-fiction.. Je saisis les deux portions et leur tends mes sous. Ils me regardent. Me demandent si je suis sérieux.. Tu fais le grand raid.. C’est gratuit pour toi. Je refuse et dépose mon argent sur le comptoir. Ils m’expliquent, qu’ils ne le prendront pas. C’est un honneur pour eux. Je reprends ma monnaie et je les remercie mille fois. J’ai un peu du mal à y croire. On m’a offert ma bouffe simplement car je vais tenter le grand raid. C’est super sympa de leur part. Mais étant donné que cela leur parait normal, cela me met la pression. Je suis heureux. Merci les gars. C’est chic de votre part !

Petite pub pour eux : Resto + sur La rue Pasteur à Saint Denis. Merci les gars. Votre générosité et votre bienveillance sont des atouts pour votre île ! Vous êtes tout simplement humainement géniaux. Si un jour je reviens sur l’île, vous pouvez être sûrs que je passerais vous faire un coucou 😀 (Et en plus.. leur bouffe est SUPER BONNE !!).

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Il est maintenant 20 h. La course commence très exactement dans 26 heures. Je suis rentré à l’hôtel et j’ai fini de manger. Je me suis bien gavé. C’est parfait. J’ai en moi toute l’énergie dont j’aurai besoin pour la course. Un petit malto, et je relis la liste du matériel obligatoire histoire d’être bien sûr de n’avoir rien oublié.

1 lampe frontale ou torche avec piles ou batteries de rechange. Ca c’est bon. Mon collégue Ronald m’a prêté sa Petzl NAO et Philippe, un autre collégue m’a prêté une batterie supplémentaire.
1 couverture de survie d’une dimension minimum de 1,4m X 2m. Elle est toujours là. Elle n’a pas bougé depuis la CCC.
1 réserve d’eau d’un minimum d’un litre. Je vais partir avec deux flasques et le camelbag.. je suis large !
1 sifflet. Directement sur mon Sac Salomon S-Lab. C’est good.
2 bandes élastiques adhésives permettant de faire un bandage ou un strapping d’une longueur minimum de 2,50 m. et de 6 à 8 cm de largeur. J’avais déjà un bout à la CCC. Il suffit d’en découper un deuxième me dis-je.
1 réserve alimentaire constante et suffisante pour relier les points de ravitaillement. Vu la quantité de gels que j’ai, je peux même organiser un ravito pirate sur la course !
1 vêtement de pluie imperméable avec capuche, et coutures thermo-soudées. Je sors de ma valise ma belle petite veste Salomon Bonatti. Elle sent encore la pluie de la CCC. Bon. Peu être pas quand même. Mais c’est dans la tête.
1 vêtement chaud type « seconde peau » à manche longues en tissus technique adapté à l’environnement. Comme sur la CCC, ce sera mon t-shirt manche longue des templiers qui jouera ce rôle.
1 gobelet par personne (réutilisable). Bon clairement, c’est pas le plus pratique mais Agnès Duhail (de la boutique Team Outdoor chez qui je m’équipe) m’en a offert un petit Salomon un jour. Ca fera l’affaire pour l’aspect obligatoire en tout cas.
1 pièce d’identité. Ayant récemment perdu ma carte d’identité et n’étant quand même pas assez con pour prendre mon passeport, cela sera mon permis de conduire..

Bon j’ai tout.. enfin.. attend.. Est-ce que j’ai bien lu.. 2 bandes élastiques adhésives de 2.50 mètres de longueur !! C’est quoi ce délire. Je croyais que c’était comme sur la CCC. Qu’une bande d’un mètre suffisait. Je pense pas en avoir assez pour faire 2 mètres 50. Je n’ai pas de mètre en plus. Je m’allonge pas terre, dans ma chambre. Je bloque le bout du rouleau au niveau de mon pied et je tire jusqu’au dessus de ma tête. Cela se bloque au niveau de haut de mon avant bras.. Là, clairement, j’ai un problème. Demain, je mets mon réveil et direction la pharmacie. Je prie pour qu’il en reste encore. Les coureurs ont du se jeter dessus ! Quel con ! J’aurai pas pu lire cela avant ?

 

8 h – Jeudi 19/10 – Jour de course.

Je sors doucement de ma nuit. Je ne me suis pas couché trop tard et j’ai plutôt bien dormi. Je me sens très en forme. Bien préservé. C’est la première fois depuis des mois que je n’ai pas couru pendant 3 jours de suite. Tout mon corps est parfaitement en phase avec le début d’une course. Je ne le sais pas encore, mais la prochaine fois que j’irai me coucher, cela sera dans plus de deux jours.

Je file sous la douche. Je profite de l’eau qui coule sur moi. Cette sensation est extraordinaire. Je le sais. Je n’aurai pas de moments de confort comme celui-ci durant la course. Je profite de la caresse de l’eau. Je rajoute du gel douche plusieurs fois pour me sentir propre comme un sous neuf.

Je sors de la douche. Les gouttes tombent au sol. Une à une. Je prends du temps avant d’attraper ma serviette et de me sécher. Lorsque je le fais, je m’enroule lentement dans celle-ci. Je me fabrique un petit cocon de coton autour de moi. Je tire calmement les bouts de la serviette vers l’extérieur afin de me sécher par appui et non par frottement. Un fois sec, je me brosse les dents comme jamais. J’y passe presque 10 minutes. Je me nettoie les oreilles et je prends de longs moments à me passer les mains dans les cheveux. J’ai du passer 40 minutes en tout dans cette salle de bain. Mais j’ai senti que c’était essentiel. Avant de partir dans une nouvelle saison de mer, on ravale le chalutier.. on frotte bien les ustensiles extérieurs pour leur redonner une apparence neuve. On lustre les bois, jusqu’à ce qu’ils scintillent. J’ai simplement fait de même. C’est très agréable. Et cela fait entièrement parti d’un rituel. Je pense qu’ainsi je dis à mon corps.. Je te préviens.. c’est pas tous les jours la fête comme cela.. tu vas souffrir je le sais.. alors je te dorlote.. j’ai confiance en toi.. Ne me fait pas défaut.

Je pars prendre mon petit déjeuner chez Paul juste en face. Deux pains au chocolat.. (et oui.. on a beau être dans le sud.. ici ce ne sont pas des chocolatines.. comme quoi !) et un café allongé. Je les prends à emporter histoire de relier une pharmacie que j’ai repéré sur google maps.

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J’entre dans la pharmacie. J’espère vraiment qu’il reste des bandes. Je m’approche du comptoir. Je n’ai même pas besoin de demander ce dont j’ai besoin. La pharmacienne me dit  » Grand raid ? ».. je hausse les épaules et souris légèrement pour répondre affirmativement. Elle me relance « Vous avez besoin de bandes je suppose ? ».. Cette femme est devin.. ou sinon nous sommes simplement tous de mauvais lecteurs d’éléments obligatoires.. Elle se retourne et s’en va dans l’arrière boutique. Elle en revient avec deux bandes en me précisant que c’est des spéciales « Grand Raid ». Je passe à la caisse. 22 € ! Ah oui ! Ce sont effectivement des spéciales « Grand Raid ». Ils se gavent un peu, mais je ne leur en veux pas. J’ai mes deux bandes. Je suis maintenant serein. Je vais pouvoir prendre le départ sans problème.

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Il est 10h. La course commence dans très exactement 12h. Plus qu’une demi-journée à attendre. Je dois préparer mes affaires ainsi que mes sacs d’assistances.

Je sors une feuille de papier sur laquelle je fais plusieurs rubriques : Départ / Sac de course / Sac assistance Cilaos / Sac assistance Sans Soucis / Sac assistance Arrivée. Je note scrupuleusement dans chaque rubrique l’ensemble des affaires que je vais devoir prendre. C’est un moment assez stressant. Je reste très concentré pour ne pas me tromper et pour ne rien oublier.

Etant donné la température que j’ai observée ces trois derniers jours, je décide de commencer la course avec :

-> Une paire de Salomon Speedcross 4 assez neuve.

-> Assortie de chaussettes Nike rembourrées, assez neuves elles aussi.

-> Un caleçon Nike Pro Combat.

-> Mon T-Shirt UTMB qui a l’avantage d’être très léger.

-> Et le débardeur de la diagonale par dessus. (Son port est obligatoire du départ au second ravito, puis de l’avant dernier ravito à l’arrivée).

-> J’emporte bien sûr aussi : mon sac Salomon S-Lab dans lequel on retrouve : Ma réserve de gels + Pâtes de fruits / Ma veste Bonatti / Mon t-shirt de sur-couche des Templiers / Mes deux flasques / Mon camelback / La casquette sahara du grand raid / Les deux bandes de strapps / Mon permis de conduire / 50 € / La Petzl NAO de Ronald ainsi que la rallonge pour avoir la batterie dans le sac / Une batterie mobile / Mon chargeur de montre / Mon iPhone et un mouchoir).

-> Ne reste plus qu’à mettre au poignet ma Garmin Forerunner 325.

-> Et bien entendu ma Casquette Verte visée sur la tête.

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C’est la première fois que je dois utiliser des sacs assistances. Je ne sais pas tellement quoi m’être dedans. Je me dis que la stratégie d’en mettre trop plutôt que pas assez doit être la bonne.

Pour m’aiguiller dans mes décisions, je regarde les temps de passage que j’estime faire. Je me suis fixé un objectif de finir la course en 39 h. Cela veut donc dire que d’après mes estimations, le jour se lèvera un peu après que je sois au sommet du Nez de Boeuf (vers le Km 43).. J’arriverai à la première base de vie vers 10 h du matin vendredi. La nuit devrait retomber lorsque je serai au niveau de Grand Place les bas Ecole (km 100). J’attendrai donc la seconde base de vie de Sans Soucis vers 03 h du matin samedi.. Le jour devrait se lever à nouveau au niveau du croisement du chemin Ratineau/Kaala (km136) et je terminerai tranquillement la course pour arriver aux alentours de 13 h le samedi à la Redoute. Avec ces temps de passage en tête, bien que je sache que je peux complètement passer à côté de ceux-ci, je finis de remplir mes sacs assistances. Tout parait si simple dit maintenant. Sur le moment c’était plutôt le stress totale. J’ai failli faire des piles ou faces pour me décider des choix à faire.

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Dans mon premier sac assistance, je place des affaires de rechange au cas où.. Rien de bien compliqué, un short, un t-shirt, une paire de chaussette. Rien de chaud. Que du change. J’ajoute une réserve de gels et de pâtes de fruits.. Des piles et ma seconde batterie de NAO.. Après une longue hésitation, je place dans ce sac ma seconde paire de Salomon Speedcross 4. Je me dis que de toute façon, si ma paire de départ me fait mal, après 12 h de course, je devrais m’en rendre compte et que cela ne servirait à rien de les mettre dans mon second sac. J’ajoute aussi une batterie mobile chargée à bloc. Elle me servira à charger ma montre qui logiquement n’aura pas lâcher avant. Enfin, je glisse ma frontale de rechange dans ce sac. Je me dis que si ma NAO m’a lâché avant, j’en aurai de toute façon bien besoin lors de la deuxième nuit avant d’arriver à Sans Soucis. Ce premier sac m’attendra à Cilaos. Au km 65.

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Dans mon second sac assistance, je mets à nouveau des affaires de rechange. Plus chaudes que les premières. Un t-shirt manche courte ainsi qu’une t-shirt manche longue assez chaud, une paire de chaussette et un buff. Je n’oublis pas de mettre à nouveau une autre réserve de gels et de pâtes de fruits.. Des piles.. une batterie mobile et du saucisson. Cet autre sac m’attendra à Sans Soucis. Au km 126.

Je ne sais vraiment pas si j’ai mis assez d’affaires et d’équipements de rechanges dans mes sacs. Mais au moins c’est fait. Je n’ai plus à me tracasser avec cela.

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11 h 25. Toutes mes affaires sont prêtes maintenant. Je vais juste faire un aller-retour dans mon nouveau restaurant rapide préféré et je ferai une petite sieste par la suite.

Dans la rue, j’estime la résistance de mon corps à la chaleur. Il fait super chaud. Je sue rien qu’en marchant. Les 27 degrés à l’ombre que la pharmacie annonce ne m’étonnent pas. Il fait plus ou moins le même temps que les jours précédents. C’est bien dégagé au bord de l’eau, par contre on voit des gros nuages dès les premières hauteurs à l’arrière plan de la ville. Est-ce qu’il ne fait pas trop froid là haut ? Est-ce que l’on va se prendre un peu de pluie ? Est-ce que cela ne va pas trop être humide et chaud ? J’espère vraiment que j’ai fait les bons choix en terme d’équipement. Cela m’énerverait énormément d’avoir des défaillances à cause de problèmes matériels et pas à cause de mon corps.

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Je retrouve mon copain d’hier soir au service de Resto +. Je prends une simple ration cette fois. Un mélange de pas mal de riz blanc et d’un peu de nouilles sautées. Je ne veux pas non plus être trop lourd ou avoir des problèmes digestifs au départ de la course. Il ne reste plus que 10 h avant le grand départ. La pression monte gentillement. Je commence à être bien concentré, mais je tente de ne pas trop y penser. J’aimerai bien réussir à dormir après manger.

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13 h. Je me mets au lit pour faire une petite sieste de 2h. Je ne m’endors pas vraiment. Je commence à faire la course dans ma tête. Impossible de ne penser à rien. Impossible de ne me concentrer sur rien. J’arrive un instant à tout évacuer. A faire le vide. Puis au bout de 15 ou 20 secondes, cela revient. C’est impossible. Je n’y arriverai pas. Le départ est trop proche maintenant. Cela fait 6 mois que j’y pense jour et nuit, ce n’est pas à 9 h du départ que je vais réussir à faire abstraction.

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15 h. Je n’ai pas réussi à m’endormir. J’estime tout de même que j’ai réussi à me reposer. En faisant un diagnostic complet de mon état aussi bien physique que mental, je pense que je suis prêt. Je ne pourrai pas être plus prêt que cela. Mes jambes, mes fesses et les muscles de mon dos sont affutés et bien reposés. Je n’ai aucune douleur dans les articulations importantes. Je n’ai pas de gêne dans le thorax. Mes voix respiratoires sont libérées. Je ne tousse pas, je ne renifle pas. Au niveau de la caboche, je n’ai pas mal à la tête. Ma nuque, pourtant si raide d’habitude est complètement détendue. Mes tremblements habituels au niveau des avants bras et des mains ne sont pas présents. Je n’ai pas faim et je ne ressens aucun besoin de manger. Je continue à me forcer à boire énormément et cela ne semble pas me gêner. Encore une fois. Je suis bel et bien prêt. Cela me fait très plaisir et me rassure.

J’enfile mes chaussettes et mon caleçon. Je le sais la prochaine fois que je les enlève cela sera dans très, mais alors très longtemps. Je fais bien attention à ce qu’il n’y ait aucun pli, ou que les coutures ne se positionnent pas bien. Je me glisse dans mon t-shirt UTMB et je mets par dessus le débardeur de la course. Je saute dans mon short que je resserre au niveau de la taille sans toutefois le serrer trop fort. Je laisse les fils pendre vers l’extérieur. Cela serait con qu’un si petit bout de tissu technique se loge dans une pliure et m’irrite à force que les kilomètres passent.

Pour finir, je prends mon dossard. Je replis le profil vers l’arrière afin de ne laisser que mon numéro visible (775). Je saisis 4 épingles et je tente d’attacher celui ci au niveau de mon short sur ma jambe droite. Au premier essai, je trouve que celui-ci est bien droit, mais qu’il me gène un peu. Je tente de courir en faisant des allers-retours dans ma chambre en grimpant et sautant de mon lit. Oui. Cela me gène un peu. Je le déplace de quelques centimètres vers le centre de mon short. Je recommence mes A/R. C’est mieux, mais ce n’est toujours pas cela. Je redéplace le tout d’un centimètre et demi (ET OUI.. nous en sommes à ce niveau de précision.. c’est de l’ultra.. pas la course des choux-fleurs organisée par l’amical de Charenton-Le-Pont.. ^^). C’est mieux maintenant. J’espère qu’il ne craquera pas. Je finis en chaussant mes Speedcross que je laisse complètement détendue pour le moment. Je vise ma Casquette sur ma tête. Me voici fin prêt. Allons affronter notre avenir. Allons castagner notre destin. Allons utiliser notre passé afin d’abattre notre futur !

Je passe devant ma glace. Je me regarde le fond du regard. Je m’observe. L’air de dire « Tu sais ce qu’il te reste à faire bonhomme ! ». C’est partiiiiiiiiiiiii !

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Nous avons rendez-vous près de la caserne Lambert afin de prendre les bus qui doivent nous amener à Saint Pierre. D’après l’organisation, le trajet va durer 3h. J’espère que les bus sont assez confortables pour que je puisse me reposer un peu.

En longeant la route qui passe au bord de l’océan, certaines voitures ralentissent à mon niveau. Les occupants me font des grands gestes de sympathie. D’autres crient « ALLEZ LE RAIDEURS ! ».  » BRAVO CHAMPION !! » « COURAGE. ».. Tous ces encouragements s’ajoutent à des coups de klaxons sympathiques. La fête a déjà commencé sur l’île de la Réunion. On sent bien à ce moment que l’on fait parti d’un tout et que ce que l’on s’apprête à faire est énorme. Tout le monde m’avait prévenu en me disant « Tu vas voir.. Le grand raid.. c’est THE événement sur l’île.. Tout le monde est super investi et encourage les coureurs ! ». C’est effectivement le cas. A chaque encouragement, je ne peux m’empêcher de faire un petit signe de remerciement et de rire de manière flattée. Au premier abord, je suis effectivement très flatté.. mais au fond de moi je me dis que c’est un peu abusé. Je n’ai rien fait pour le moment. Je suis juste sorti de mon hotel, habillé en raideur. Je pourrai faire demi tour et aller me coucher, cela fonctionnerait aussi. Loin de moi cette idée. Je prends avec humour et gourmandise l’ensemble des encouragements sur le chemin.

Après avoir traversé un pont passant au dessus d’une rivière je repère au loin sur la gauche les pilonnes du Stade de la Redoute.. Il s’agit de l’arrivée de la course. Voilà où je dois revenir. Voilà où tout doit se terminer. Nul part ailleurs. Je dois absolument revenir là avant dimanche 15 h. L’objectif est visible. Cela le rend concret et atteignable. J’y crois. Je suis motivé. Au loin, sur la droite, je repère un troupeau de T-shirts blancs et jaunes. Je suppose que nous allons attendre les bus là bas. Je me rapproche.

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Je suis assis comme tout le monde dans l’herbe au niveau du bord de la route. J’ai bien fait attention à ne pas me mettre en dessous d’un cocotier. J’ai repéré qu’il y avait des noix en hauteur. Cela serait une histoire drôle (enfin pas si drôle que ça) de se faire assommer par une noix et de ne pouvoir prendre le départ de la course.

Les automobilistes qui passent sur la route sont de plus en plus encourageants. Que cela soit les voitures, les camions, les motos et les passants à pied, tout le monde fait le maximum de bruits pour nous encourager. Les raideurs restent très calmes. Personne ne leur répond. Je commence de mon côté à me prendre au jeu. Je me lève et fais des grands coucou à chaque coup de klaxon. Je ne vais pas vivre de moments comme celui-ci tous les jours. Autant en profiter quitte à perdre un peu d’énergie. Le sourire et la chaleur humaine sont plus forts que les quelques calories perdues en restant debout et en leur répondant.

 

16 h. Les bus arrivent. Au moment de monter dans le mien, j’entends un voix derrière moi « Alexander.. Alexander.. ». Voilà qui voilà mon anglais préféré. (Pour info’ : Il n’y a que 9 anglais qui se lancent sur la Diagonale). Je le salue et nous échangeons quelques mondanités. Je ne veux pas être impoli, mais je veux me reposer durant le trajet. Je m’assoie donc seul. Il fait de même. Je pense que nous sommes exactement dans le même état d’esprit.

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Première constatation.. dans le bus, il n’y a qu’une seule femme. Je sais que sur les courses que j’ai pu faire il y a généralement moins de femmes que d’hommes, mais là c’est l’hécatombe. Bon, okay.. je n’avais pas prévu de faire une séance Tinder pendant la course.. mais c’est dommage je trouve.

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Juste avant que le bus ne démarre, deux réunionnais rentrent dans le car qui est pour le moment particulièrement silencieux. Il s’agit d’un coureur et son pote. Son pote l’aide à s’installer et à porter ces affaires. Avant de repartir, il lui dépose une bonbonne de flotte de 5L. C’est assez cocasse. Tout le monde dans le bus à des flasques ultra-modernes et lui il se trimballe une bonbonne de flotte ambiance tiers monde.

Les deux se marrent énormément. En repartant, son pote lui dit « A vendredi fin d’apres-midi hein.. je t’attends pas apres » ! #CoupDePression. La bonne humeur de celui-ci et la relation d’amitié qu’ils ont me rappellent que je serai de mon côté complètement seul sur la course. Pas d’assistance, pas d’amis, pas de copine sur le parcours ou aux ravitaillements. Je fais abstraction.

 

16h15. La file de bus démarre. Le silence le plus absolu règne dans le notre. Pourtant, il y a pas mal de monde.

Rapidement, nous tombons dans les bouchons. Le Grand Raid et son départ à Saint Pierre doit bien foutre la merde au niveau des transports sur l’île. D’habitude, j’observe tout, j’analyse tout. Je me mets à la place du chauffeur. Dans ma tête, je déploie mes propres stratégies de conduite pour estimer de la conduite du chauffeur. Cette fois, je décide que ce n’est pas mon boulot. Je me laisse aller complètement. Je fais confiance. Je pose ma tête contre la vitre et j’essaie de dormir. Bien entendu, je n’y arrive pas.

Le bus s’arrête à plusieurs arrêts. Au second un réunionnais d’un certain âge (pour ne pas dire vieux) monte dans le car. Au moment de redémarrer, nous entendons sa petite fille lui crier : « Papi.. Papi..fait attention. Te casse pas la jambe !  » Cro’ MEUGNON.. Marrant en plus. Cela détend l’atmosphère une trentaine de secondes. Je retourne dans mes pensées.

Plus loin, au bout d’une heure trente de car, nous nous arrêtons au milieu de nul part. Près de l’océan. Cela ne peut pas être un arrêt pour récupérer des coureurs. Je n’hésite pas une seule seconde, je sors du car pour aller pisser. Je n’en pouvais déjà plus. Merci le malto. En regardant au loin derrière, je me rends compte du nombre de cars. Une vrai chenille. Je pensais qu’il n’y en avait que 3 ou 4. Il y en a plutôt 12 ou 13.

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Je monte une petite colline et me retrouve fasse à l’immensité d’eau. Je pisse tranquillement. En repartant je me cogne bêtement la malléole droite sur un bout de ferraille qui dépasse. Aie. Putin ! Est-ce que ça va ? Oui. Cela semble être simplement un coup. Je suis idiot. Je suis même plus qu’idiot. Je suis un con. Je dois vraiment faire attention. Ne pas me déconcentrer maintenant. Je retourne vers le car et j’en profite pour faire un selfie.

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Nous repartons. A chaque arrêt les coureurs montent. Les cars sont de plus en plus remplis. Pourtant le silence le plus complet continue d’y règner. Ma tête est visée contre la vitre. Je sens le vent qui me souffle sur les paupières fermées et dans les cheveux. J’apprécie ce moment. Quelques kilomètres plus loin, j’entends plusieurs trailers sortir des affaires de leur sac et prendre des photos. J’ouvre les yeux. L’intérieur du car est baigné d’une dense couleur rouge orangée. Je me retourne. Le soleil nous offre un magnifique couché dans les profondeurs de l’océan indien. C’est magnifique.

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Nous quittons la voie rapide et nous empruntons une bretelle de sortie. Nous nous retrouvons très rapidement à l’arrêt complet. Il y a un énorme bouchon. Les voitures sont partout. Tout le monde est garée n’importe comment. En regardant sur la gauche, je vois des raideurs qui sont endormis dans leur voiture. D’autres sont en train de finir de préparer leur affaires avec les personnes qui les assistent. Cela fourmille autour de nous.

Nous mettons 25 minutes à faire 400m. Une fois dans Saint Pierre, les cars s’arrêtent définitivement. Tous les raideurs prennent leurs sacs et nous descendons. C’est l’effervescence la plus totale dehors. On entend au loin la musique d’un concert d’un côté, des tamtams de l’autre. Les voitures sont en file indienne. Il y a des gens partout. Sur les talus, sur la route, sur les trottoirs. Je prends le temps de trouver un petit coin tranquille pour pisser à nouveau.

Plus on se rapproche, plus la musique et le bruit ambiant augmente. Certains raideurs se sont mis à marcher très vite. On se croirait dans le métro un soir du nouvel an. L’ambiance est chaude.

 

19h30. J’arrive au niveau des barrières pour les coureurs. Les bénévoles à l’entrée repère mon dossard et me laisse passer.

Nous devons commencer par donner nos sacs assistances pour chacune des trois bases de vies. Je donne le mien pour CILAOS en faisant bien attention à donner le bon, et je fais de même pour celui à destination de SANS SOUCIS.

En donnant le deuxième je remarque sur ma droite qu’un raideur semble avoir un léger problème. Je l’écoute parler avec les bénévoles : « Je me suis planté. J’ai laissé mon dossard dans un des deux sacs assistances que je vous ai donné ». LOL. Je regarde le raideur. Je regarde le bénévole. Le bénévole regarde le raideur. Il se retourne et regarde les deux camions remplis de sacs qui se ressemblent tous. Là je comprends que c’est la merde. Je n’aimerais pas être à sa place. Ni à la place des bénévoles d’ailleurs. Ne pouvant aider à dénouer la situation je quitte l’espace. Courage mec !

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Après avoir déposé mon dernier sac à destination de l’arrivée, je me dirige maintenant vers l’espace de vérification du matériel obligatoire. Je sais que j’ai toutes mes affaires, mais comme à chaque fois, je redoute un peu ce moment. C’est bizarre.

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J’arrive devant trois bénévoles. Ils ne me demandent pas de liste précise d’objets. Ils me disent simplement « Bon. Montre nous tout. ». Va savoir pourquoi, je suis stressé. Je commence à déballer toutes mes affaires de mon sac de manière assez décousue et pas du tout organisée. Les bénévoles sont jeunes. Ils sont plutôt arrangeants avec moi. Cela se passe bien. Je fais quelques vannes pour me détendre. Ils semblent alors plus stressés que moi au final. J’en rigole. C’est bon. J’ai tout. Je peux passer. En quittant l’espace, je me fais biper. C’est la première fois que je me fais biper depuis ma dernière course.. et ce n’est très certainement pas la dernière fois pour les deux prochaines journées à venir. C’est officielle. La course va commencer.

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Devant moi, un immense terrain recouvert de centaines de raideurs assis. On se croirait dans un festival de musique. Je suis sur-excité. Je tente de faire une petite vidéo sur Instagram afin de publier quelque chose avant la course. Celle-ci n’arrive pas à partir. Le réseau doit être saturé. Dommage. Je ne pourrais plus communiquer avec une connaissance avant quelques jours.

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Après être rapidement passé au niveau du ravitaillement pour grignoter quelque chose, je m’installe dans la zone d’attente. Je repère que beaucoup de coureurs se sont placés vers le fond à droite. Je suppose que c’est à cet endroit que les barrières vont être ouvertes pour nous permettre de rentrer dans le SAS de départ. Bien que ma stratégie n’est pas de partir comme une brute, j’aimerai mieux être à l’avant pour ne pas me retrouver dans les bouchons.

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Je m’assis sur un mélange de terre, de poussière et de cailloux dans un petit espace laissé entre les coureurs déjà présents. J’ai même la place pour allonger mes jambes si j’ai besoin. C’est grand luxe ^^.

Maintenant que j’ai deux heures à attendre avant le départ, je prends le temps de bien ranger mes affaires dans mon sac. La Bonatti dans la poche arrière extensible avec la casquette sahara. Les gels et les pâtes de fruits répartis de manière égale dans les deux poches latérales. Mon sac de congélation pour l’Iphone dans la surpoche de la poche intérieur. Mon vêtement de sur-couche bien enroulé et entouré d’élastiques calé d’un côté de mon sac. Mes bandes adhésives vers le fond. Par dessus, ma couverture de survie et mon permis de conduire. Encore au dessus, dans un autre sac de congélation, ma batterie mobile et la batterie de ma NAO. Je ferme le sac. Le secoue dans tous les sens. C’est parfait. Cela ne bouge pas trop.

Il ne me reste plus qu’à remplir mes flasques d’eau. L’une des deux fuit un peu. Ce n’est pas grave. Cela devrait tenir. Au pire j’ai mon camelbag qui est vide dans le dos au cas où.

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Tout est prêt. Je n’ai plus qu’à attendre. Autour de moi, certains discutent. D’autres dorment. Je tente de m’allonger et de me reposer. Je n’arrive pas à faire abstraction des conversations que j’entends. Les doutes des autres coureurs, leurs rires, leurs paroles résonnent en moi. Tout ce que j’entends me fait me poser des questions. Je tente de ne pas y penser mais c’est définitivement impossible. Je ne stresse pas. Mais la tension est clairement montée. J’y suis. Je suis de l’autre côte du globe. Saint Mandé et mon bois de Vincennes me paraissent si loin maintenant.

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La position allongée est pas mal. Mais au bout d’un moment j’en ai marre. Je bascule en mode assis. Nous entendons le concert (de Camille je crois) et l’animateur habituel du Grand Raid au loin. C’est assez drôle. Il y a une foule de personnes qui accompagnent les coureurs qui sont en train de kiffer un concert et une foule de coureurs qui eux stressent complètement en attendant la course. Ces deux foules bien différentes divergent complètement dans leur comportement. La chanteuse arrive à faire faire du bruit à la foule de spectateurs à l’aide de mécanismes de scène assez simple. Je me rappelle d’un moment tout à fait révélateur de l’ambiance de notre côté. L’animateur prend la parole. Fait faire un maximum de bruit au public, puis se tourne vers les raideurs et dit un truc du style  » Et maintenant je veux que les fous de la Diagonale fassent le maaaaaaaaaaaaaximum de bruiiiiiiiiiiiiiiiits ! « .. Gros bide ! Personne ne crie de notre côté. Tout le monde est bien trop concentré pour répondre à ses avances. C’est assez triste pour l’animateur, mais il le reconnait lui même « Je savais bien que cela n’allait pas marcher. Les fous sont déjà dans leur course. Concentré à 100 %. Restez y les gars. Vous allez mettre la folie sur le parcours tout à l’heure.. pour l’instant.. c’est au public de faire du bruiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit ». Belle pirouette !

Depuis que je suis rentré dans l’espace d’attente, trois personnes se sont retournées vers moi et m’ont salué « Heeeeeey, Casquette Verte ! ». Cela fait vraiment plaisir à chaque fois que cela m’arrive ça. Je m’en rappelle d’un. Assis pas loin de moi. Il me dit habiter sur Créteil à côté de chez moi et il me suit sur Strava. Nous discutons un peu et déconnons sur le fait que ce n’est pas le bois de Vincennes qui nous attend. C’est vraiment sympatoche cette toute petite notoriété. Cela me fait énormément de bien.

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21h05. La course démarre dans 55 minutes. Quelques coureurs ont commencé à se lever. Ce mouvement a fait se lever d’autres coureurs. Très vite, les 2400 raideurs sont debout, prêts à partir en direction des SAS. La pression est montée d’un coup. L’animateur l’a remarqué. Il fait encore plus monter la sauce.

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Je sens l’énergie du sol et les frissons de cette île grimpés en moi. Ils traversent tout mon corps. En commençant par mes pieds, des orteils au talon en passant par l’ensemble des nerfs et des tendons qui le constituent. Puis cette dynamique empruntent mes chevilles les entourant en tourbillonnant jusqu’au dessous de mes mollets. Je sens qu’à ce niveau les flux prennent leur temps, il grimpe lentement très à l’intérieur et sur le devant de ma jambe. Avant d’arriver au niveau de mes genoux, des boules d’énergies se forment. Tout à coup, je sens un éclair. Cela rentre dans mes mollets. C’est une explosion. Mes mollets s’activent. Les rares poils que j’ai dessus se dressent. Les veines visibles sur leurs côtés semblent en plein afflux sanguins. L’électricité continue à monter, elle prend petit à petit mes genoux en attaquant chaque os et tendons les constituant de manière unique et séparée. Les genoux sont pris. Cela continue, cela grimpe très vite dans mes cuisses, cela suit très exactement la courbure de mes muscles, comme une foulée. Le courant arrive au niveau de l’aine. Il suffit d’un déclic rapide pour sentir que cette partie fait partie du reste maintenant. Petite pause dans son escalade. Je ne sens plus l’énergie monter. Elle est très profond maintenant, puis, sans crier gare elle ressort par le bas de ma moelle épinière au niveau de mon coccyx. A partir d’ici, c’est le syndrome du thermomètre, je sens que cela grimpe graduellement, vertèbre par vertèbre, Zuuuuurb pif, Zuuuuuuuuuurb pif, zuuuuuuuurb pif. Arrivé au niveau de ma cage thoracique, je ressens à nouveau cette sensation de tourbillon qui vient m’entourer, comme un câlin que quelqu’un vous ferait en arrivant dans votre dos. L’énergie fait le tour puis d’un coup atteint mon plexus. Je me sens maitre de ma respiration maintenant. La tension continue en même temps à finir d’atteindre ma nuque, et se disperse dans mes épaules. Dans celles-ci, je ressens un picotement, puis un autre, puis un autre au niveau des bras. Un grand clac dans chaque intérieur des coudes me fait sentir que cela s’étend. Mes avants bras prennent part à ce mouvement. L’énergie s’enroule autour d’eux comme un cable des fonds marins. Piiiiif. Cela gratouille dans le haut des poignées. Un millième de seconde plus tard, je sens chaque métacarpes de mes mains communiquer avec les autres. Les phalanges si mettent aussi. Pour finir l’électricité passe par ma nuque, glisse sous mes oreilles sans les oublier, et arrive au niveau de mes pommettes. Mon nez frétille, puis ma lèvre supérieur. Ma mâchoire s’axe. Mon menton se durcit. Dans un dernier effort l’énergie qui s’est accumulée au niveau de ma nuque forme une sorte de losange qui pousse.. qui pousse encore. Je sens mon rythme cardiaque faire danser ce losange dans un mouvement de va et vient. A la une. A la deux. Et à la troiiiiiiiiiiiiiiiiiiis. Je ressens une immense décharge électrique dans l’ensemble de mon crâne. Cela vibre de partout là haut. Tiiiiine. Tiiiine. Tiiiiine. J’entends ce bruit métallique d’écrous qui finissent de se serrer les uns aux autres. Ma tête bascule légèrement en arrière. Les yeux sont grands ouverts et regardent droit dans les profondeurs du ciel. Mes bras sont tendus. Mes doigts sont droits, complètement étirés les uns par rapport aux autres en direction du sol. Mes jambes sont solidement ancrées dans la terre. Je suis prêt. Je suis entièrement en osmose avec mon moment. Entièrement en osmose avec ma course. Peu importe ce qu’il va se passer. Rien ne peut m’arrêter. Ouvrez les grilles. Je veux avancer dans le SAS. Lâcher l’homme qui est en moi !

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La grille s’ouvre. Un premier mouvement de foule nous fait avancer de 10 mètres. Les organisateurs sont dépassés. Cela devient dangereux. Ils nous arrêtent un temps afin de fluidifier le passage.

Lorsqu’il réouvre le passage, les raideurs poussent. Je me sens porté par la foule. C’est très dangereux. Nous avons fait 50 mètres. J’ai failli tomber 3 fois. Je me retrouve pousser complètement sur le côté droit, impossible de revenir vers le centre. Nous arrivons au niveau des premiers supporters. Ils crient. Ils nous applaudissent. On dirait que c’est un lâcher de moutons.

Tous, nous avançons de manière complètement désordonnée. Cela semble fonctionner. J’arrive à me dépatouiller de la foule et j’avance enfin en courant un peu. Petit virage sur la droite, puis petit virage sur la gauche, dernière ligne droite de 80 mètres avant l’arche de départ.

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Crédit photo : ZotZimages Abraham sur Facebook. 

 

21h40. Je suis à 15 mètres de la ligne de départ. Autour de moi, tout le monde semble très concentré. Nous sommes maitres de nos destins maintenant. Je parle avec quelques coureurs autour de moi. Nous débriefons les quelques mètres que nous venons de faire. C’était super dangereux. Je suis sûr que quelques coureurs se sont déjà blessés dans ce mouvement de foule. Les trois virages que nous avons fait m’ont complètement désorienté. Je ne sais plus de quel côté l’océan se trouve et de quel côté se trouve la terre. La seule chose que je sais c’est que la route est droite en face de moi, et que c’est là que se trouve mon objectif, mon graal, ma destiné.

10 min avant le départ. Je repère mon collègue anglais quelques rangées devant moi. Il se retourne vers moi et me fait une grimace l’air de dire « I have no idea what i’m doing there ! ». Il me fait rire. J’arrête de parler avec mes collègues et je me concentre. Je vérifie que ma PETZL fonctionne bien. Je l’éteins pour l’instant.

Je me baisse lentement en direction de mes chaussures que je resserre afin qu’elles me tiennent bien aux pieds. Je commence à me dire que je dois absolument prendre cette course au sérieux. Dans 10 minutes je partirai. Et ce n’est pas comme d’habitude pour une petite heure dans le bois de Vincennes. C’est pour une durée indéterminée.

Avec ma courte expérience en longue distance, je sais qu’il m’est strictement impossible d’imaginer le vrai temps que je vais passer sur les sentiers. 30 ? 40 ? 50 ? Peu être même 60 heures. Qui sait ? Au fond, je ne préfère pas savoir. Cela me permet de me retrouver dans une zone de flou assez confortable. Est-ce qu’un enfant toucherai une plaque brulante s’il savait précisément le mal que cela allait lui faire ? Je ne pense pas. Je préfère me dire que la plaque est peu être brulante, ou peu être pas.

 

3 minutes avant le départ. Je repère sur ma droite, juste quelques mètres devant moi le compteur. Il est à 00 h 00 min 00 sec. Je l’imagine déjà défiler dans ma tête. A chaque pas que je ferai, les diodes qui le composent se déclencheront afin de former des chiffres nouveaux les uns après les autres. Le nombre de combinaisons va être immense. Le tout est de penser qu’à chaque nouvelle combinaison, on aura avancé et que l’on sera plus proche de la combinaison finale. C’est qui ouvrira la porte d’un repos bien mérité.

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Crédit photo : ZotZimages Abraham sur Facebook. 

 

1 minute avant le départ. Je le sais. Je n’ai pas vraiment de stratégie de course. Je ne me le cache pas. Ma plus longue expérience de course est la CCC. C’est encore frais dans ma tête. Je me rappelle bien de moi à l’arrivée, après les 101 km. J’étais fatigué, mais pas non plus au bout de moi même. Je dois pouvoir aller plus loin que cela. De toute façon, si je veux finir, c’est sûr, je devrais aller plus loin que cela. Je ne me dis pas tellement qu’il faut que je m’économise sur le début. J’ai une telle envie d’avancer que je pense partir au feeling et que si rapidement les premières sensations sont bonnes alors je continuerai à mon rythme sans freiner mon appétit d’avancer. Je souhaite vraiment me laisser aller à la gourmandise de la course.

10 secondes avant le départ. T’es chaud Mireille ! Ca va être bien. Profite à fond. Tu ne vis cela qu’une fois dans la vie. Profite. Profite. Profite.

9. 8. 7. 6. 5. 4. 3. 2. 1… C’est partiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

depart

Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

 

(1) SAINT PIERRE – Ravine Blanche – Km 0 – Altitude 6m

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 0 km / 0 D+ – Temps de course : 00 h 00 min. 

Je passe la ligne de départ. Je déclenche ma montre. Le GPS m’a rapidement trouvé 5 minutes avant le départ. Je piétine un peu. Il est difficile de rentrer dans son rythme les 400 premiers mètres. La route est relativement étroite étant donné le nombre de concurrents et la masse de supporters sur les côtés.

Au bout de quelques centaines de mètres, l’euphorie monte en moi. Je suis resté très sérieux jusqu’à là. Mais comment voulez-vous rester sérieux alors qu’autour de vous c’est littéralement le feu. Pas à un centimètre n’est disponible sur les côtés de la route. Il y a une foule immense de supporters. Ils crient. Ils soufflent dans des instruments qui font des bruits de klaxons. Ils nous applaudissent et nous encouragent de manière si intense. Je n’arrive pas à rester de marbre face à cette ambiance. Je commence à courir sur les cordes. Je vais taper quelques mains d’enfants et d’adultes. Je me suis déconcentré. Et au final ce n’est pas si mal.

Au bout de 2 km. Je fais un point sur moi même. Je ne suis pas parti en sprint. Mais simplement à un bon rythme. Je commence déjà à doubler pas mal de coureurs et à me positionner. De temps en temps cela ralentit devant moi et je suis obligé de slalomer un peu pour passer. C’est parfois embêtant, mais ce n’est pas non plus l’horreur. Je sens qu’à ce rythme, je vais rapidement pouvoir m’échapper du gros du peloton et me retrouver dans des espaces un peu plus propice à une course solitaire.

Nous longeons l’océan. Il y a toujours autant de monde et de bruit au bord de la course. Cela fait maintenant 3 km que nous avançons et je n’ai pas encore vu un seul trou de plus d’un mètre dans les supporters. C’est incroyable. Mes jambes ont doucement pris le rythme. Je mouline plutôt bien. Les sensations sont très bonnes. Je sue déjà beaucoup. Mais c’est normal. Nous n’avons pas commencer à prendre de la hauteur et il fait relativement très chaud. Je me dis que j’ai bien fait de partir en T-shirt manche courte et sans buff.

J’ai bien avancé. J’ai un peu plus d’espace pour courir sans être gêné maintenant. J’arrive à lever les yeux et à voir loin devant moi. Cela tombe bien, car c’est le moment choisi par l’organisation pour déclencher un feu d’artifice. Toutes ces couleurs, c’est magique. Dans quelle course avez-vous le droit d’être encouragé par un feu d’artifice.. Il n’y en a pas beaucoup selon moi. J’arrive à profiter du spectacle tout en avançant.

Je fais des petits points de fixations du regard de temps en temps lorsque des groupes de supporters sont plus amusants que d’autres. Je me rappelle de quelques groupes. Le premier, une famille réunionnaise légèrement en contrebas de la route. Ils ont des chaises en plastiques pour attendre les coureurs. Là, ils sont tous debout. Les enfants dansent. Les pères de famille sont légèrement en retrait et applaudissent chaudement. Les mères de famille semblent bien excitées. Elles applaudissent et crient avec un timbre de voix assez aigu. C’est la fête à Saint Pierre de La Réunion.

Virage sur la gauche. Nous rentrons dans la ville et le relief commence à s’élever un peu. Je grimpe très facilement ces premières côtes. C’est un bonheur pour moi. Je me teste à ce moment là. Et cela semble répondre présent sans problème. Je ne me fatigue même pas dans la montée. La sensation d’être en apesanteur est totale. A l’entrainement, je serai essoufflé de monter ce genre de petites côtes avec de la cadence. Là, aucun problème. J’avance comme sur du plat.

Après quelques virages, nous sommes à nouveau dans un quartier assez résidentiel. Ma stratégie de partir assez vite pour éviter les bouchons plus tard commence déjà a bien fonctionné. Il y a des trous devant et derrière moi. Encore beaucoup de coureurs sont là, mais je peux courir totalement librement.

Je repère au loin un virage sur la gauche avec énormément de supporters. Cela me donne l’envie d’accélérer un peu. J’arrive à leur niveau. Là, c’est le tour de France clairement. La foule forme un conduit mince où nous ne pouvons que passer à la queue leuleu entre les supporters. Cela dure uniquement 30 ou 40 mètres. Mais c’est grandiose. Les supporters nous tapent sur les épaules et dans le dos. Cette sensation d’encouragement physique est incroyable. Je ne laisse pour le moment rien paraitre de ma joie. Mais elle est immense intérieurement.

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Crédit Photo : GP Photographies sur Facebook. 

Nous sortons de la ville et nous plongeons maintenant dans des champs de cannes à sucre à perte de vue. Les sentiers types routes de 4×4 ont remplacé le bitume. Nous nous retrouvons rapidement dans le noir. Je n’ai pas allumé ma PETZL pour le moment. J’arrive à utiliser la lumière des autres raideurs pour avancer. Je semble être un des derniers à ne pas avoir allumé ma lanterne.

Des petits groupes de coureurs commencent à se former étant donné que le sentier commence à grimper de plus en plus fort. Je ne marche pas. J’arrive très facilement à courir dans les montées. Je me demande un instant si cela ne m’épuise pas. Mais au fond, je m’en fou complètement. Je me dis comme souvent que ce sont des kilomètres faciles et autant en profiter pour bien avancer. Ma stratégie de garder la batterie sur la PETZL commence à faire face à la réalité de la course. Les champs de cannes à sucre dans lesquelles nous sommes ne laissent que très mal passer la lumière. C’est très sombre parfois. Etant donné qu’il y a peu de trous ou de cailloux sur le sentier je ne l’allume toujours pas.

J’avance toujours aussi bien. Je passe d’un groupe à un autre très aisément. Entre deux groupes, je ne vois pas grand chose du chemin. Ouuuups. J’ai failli trébucher. Là, il y avait un trou. Je commence à allumer ma PETZL par intermittence lorsque je suis entre deux groupes de coureurs.

Nous approchons du premier ravitaillement. Je repère au loin une petite tente avec trois tables. Quelque chose de très simple.

 

(2) RT BASSIN PLAT – Km 7 – Altitude 140 m

Cumul D+ = 140 m / Temps de course : ?

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 140 D+ 

Le ravitaillement est plus un simple point d’eau qu’un véritable espace de repos. Je n’ai pas tellement bu dans mes flasques pour le moment. Je n’ai pas besoin de les recharger. Je prends deux gobelets d’eau que j’avale presque cul sec. Pas mal de coureurs esquivent carrément la tente placée dans un virage sur la droite. Voir une trentaine de coureurs passés en simplement 40 secondes me fait dire qu’il faut que je reparte vite. Je remercie les bénévoles et me retourne dans le sens de la marche.

En quittant le ravitaillement, j’ai le souvenir de longer un mur de parpaing. Sur le talus à gauche, pas mal de supporters nous encouragent. Les flashs des appareils photos me rendent aveugle de temps en temps. Je me concentre à nouveau sur ma course. Maintenant plus de rigolades.. le prochain ravitaillement est dans 8 km. Je n’ai fait que courir pour le moment, alors pourquoi pas continuer !

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Crédit Photo : GP Photographies sur Facebook. 

Je pense être dans les 300 premiers coureurs. Etant donné que je suis parti plutôt à l’avant du SAS de départ et que j’ai du doubler 200 coureurs. Cela doit être plutôt pas trop mal. Je n’y pense pas vraiment. En réalité, je pense surtout que nous allons maintenant passer à une autre phase de la course. La phase « BOUFFE DU DENIVELE ».. Je regarde rapidement le profil de la course que mon collègue m’a plastifié. Je ne prends pas le temps de vérifier mes temps de passage. Je regarde simplement la distance jusqu’au prochain ravito’ et le dénivelé à effectuer. A priori, c’est parti pour un + 526 mètres de dev’. C’est sur cette portion que je vais me rendre compte si cela va le faire ou pas. Pour le moment, mes jambes ont répondu présentes sans problème. Je glisse mon profil de course dans une petite poche à droite de mon short.

J’ai peu de souvenirs de cette portion. Les dizaines d’heures de courses qui vont suivre ont malheureusement effacé énormément de souvenirs. Va savoir. J’ai peu être parlé avec des coureurs, fait des rencontres sensationnelles, vécu des moments intenses. Ou sinon, j’ai couru tout simplement. Une chose est sûre cette portion a commencé par de nouveaux longs passages dans les champs de cannes à sucre. J’ai l’impression d’être dans le film Signs. Je n’ai jamais traversé de champs de cannes à sucre en courant jusqu’à là dans ma vie. Je ne pensais pas que cette plante était aussi grande. Bon, ce n’est pas non plus le sapin de Noël du Rockefeller Center, mais cela doit bien faire 2 ou 3 mètres de haut. Cette hauteur à proximité direct de moi me donne une sensation d’être dans un tunnel. Ou plutôt dans une paille. Vivement la fin de ce passage. J’ai envie de sentir à nouveau un léger souffle de vent sur moi. Avec tout ce que je transpire, cela me rafraichira un peu.

Je continue ma stratégie d’avancer de groupe en groupe. J’attrape un petit troupeau. Je reste à l’arrière 15 ou 20 secondes et dès que je ressens qu’ils ne sont pas dans mon rythme j’accélère en doublant par le côté. Rapidement je les dépasse et mets une bonne distance entre nous. Jusqu’à atteindre le prochain groupe. Je ne trouve pas de concurrent qui soit dans le même rythme un peu saccadé que moi. Cela ne me dérange pas outre mesure.

Nous sommes maintenant bien sorti des champs de cannes à sucre. Nous avons attaqué le dénivelé. Parfois, lorsque la route tourne un peu sur notre gauche nous avons une vision dégagée en direction de Saint Pierre. Le départ ne parait pas si loin. Cela doit faire 10 km que l’on court, mais j’ai l’impression que la zone de départ est à 3 ou 4 km à vol d’oiseaux.

Regarder les lumières de la ville me permet d’évaluer la quantité de dénivelé effectuée. Je désespère un peu car j’ai vraiment l’impression que nous sommes encore très bas. Assez bêtement, je regarde si dans les options de ma montre je ne trouve pas l’altitude. Je connais pourtant ma montre par coeur, je sais bien que je n’ai pas cette option. Pourtant à plusieurs reprises, j’essaie de trouver dans les multiples écrans les quelques chiffres qui me permettraient de me situer en terme d’altitude. Au bout de plusieurs échecs, j’opte pour une nouvelle grille de lecture. Je détermine le dénivelé en fonction du temps que j’estimerais mettre si je devais descendre tout droit jusqu’aux lumières du bord de l’océan.

Fin de la seconde portion. Je crois me souvenir que nous arrivons à nouveau dans une petite ville. Nous sommes repasser sur du bitume. Il y a à nouveau pas mal de supporters. Je ne réfléchis plus trop. Je décide de ne pas garder mon calme. Je tape toutes les mains qui me sont tendues. Les pauvres. Je sue tellement. Je pense que toutes les personnes à qui j’ai tapé la main doivent par la suite s’essuyer. Je m’en excuserais presque.

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Crédit Photo : GP Photographies sur Facebook. 

Je repère le ravitaillement un peu plus haut sur la gauche. Il y a énormément de foule à cette endroit là. Je reprends mon habitude d’applaudir le public. J’adore définitivement cela. Tout en courant, je lève mes avants bras afin d’applaudir légèrement au dessus de ma tête du côté gauche. Les supporters semblent adorer cela et m’applaudissent encore plus fort. Quel KIFFE ! 15 mètres avant d’entrer dans le ravitaillement, j’entends sur ma gauche derrière moi. ALLEEEEEEEEEEEEEEZ CASQUETTE VERTE ! Je me retourne légèrement et j’applaudis dans cette direction. Impossible de savoir qui m’a reconnu. C’est vraiment ultra motivant de se faire reconnaitre sur une course. Moi qui n’ai personne pour me faire assistance, j’ai l’impression de ne plus être seul maintenant.

 

(3) DOMAINE VIDOT – Km 14.64 – Altitude 660 m

Cumul D+ = 640 m / Temps de course : 01 h 25 min 27 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 526 D+ 

Classement : 146ème. 

Je pense que j’ai pris un peu de fromage, quelques carrés de chocolat, trois petits LU et quelques rondelles de saucisson. Je tends mes gourdes aux bénévoles devant moi afin de les faire remplir. J’ai bu mon litre depuis le départ et je me suis même retrouvé un peu à cours d’eau. Je ne prends pas le temps de faire remplir mon camelbag. L’excitation est trop forte encore. Je suis assez stressé. J’ai envie de repartir rapidement.

Alors que je termine de viser la tétine de ma première flasque, un raideur s’approche de moi sur ma droite. Je tourne ma tête vers lui. Il me regarde et se servant à grignoter. Je le reconnais. Il s’agit de KABURAKI TSUYOSHI. Le champion international de trail japonais. Je l’ai souvent vu en vidéo. Il fait régulièrement des TOP 5 sur les plus gros trails mondiaux. Je suis un peu halluciné. Je me dis qu’il y a deux possibilités : Soit il est dans le dur et c’est alors tout à fait normal. Soit je suis très bien classé et c’est pas trop normal. Je ne prends pas le temps de discuter avec lui. Je finis de replacer mes deux flasques et je repars du ravitaillement.

C’est parti pour la première vrai grosse difficulté du parcours. Une montée directe dedans de 10 km avec pas loin de 1040 de D+. Ca va pas rigoler dans les rangs. J’ai beaucoup d’énergie à ce moment là. Je ne réfléchis pas trop. Je recommence à courir directement à la sortie du ravitaillement. Nous plongeons rapidement dans une forêt épaisse.

J’ai très peu de souvenir de l’ensemble de cette section. Il n’y a rien du se passer de marquant pour moi. Je me rappelle d’un moment. J’ai un flash. Je suis entrain de courir. Nous sommes dans une montée. Je suis juste derrière un immense bonhomme. Je regarde son short. Il est complètement trempé. Je me dis qu’il a du se jeter un saut d’eau dessus. Puis je caresse avec mes mains mon T-shirt. Houaaaaaaa. Je suis complètement trempé aussi. On dirait que je sors d’une machine à laver. Je saisis alors plus fermement mon short. Il est dans un matière technique très fine qui absorbe peu l’eau. Il est complètement trempé lui aussi. Je prends quelques secondes pour le regarder. Il est luisant. Cela ne m’ait jamais arrivé. D’habitude, ok, mon t-shirt est bien humide. Mais là, je suis entièrement mouillé de la tête au pied comme si je sortais d’un bain de minuit et que j’avais oublié de prendre ma serviette. Le taux d’humidité doit être alors énorme. La jungle autour de nous parait si vivace. Les plantes locales doivent bien aimer ce climat. Pour l’instant, je suis comme ces plantes. Je profite du moment. Cela ne me dérange pas plus que cela.

La montée est très longue et technique. Il y a beaucoup d’obstacles et des trous qui nous empêchent totalement de courir. Même marcher rapidement est difficile. On se croirait au fin fond de la guyane dans un camp d’entrainement de la légion étrangère. Ok. J’en fais peu être un peu trop. Mais dans les flashs de souvenirs qu’il me reste, c’était vraiment un passage très compliqué. Il y a beaucoup de hauteurs sur notre route. Par hauteurs, j’entends des différences de topographies tellement grandes que l’on est obligé d’utiliser nos bras et de prendre appui sur la végétation environnante pour avancer. A chaque grosse marche naturelle, il faut prendre appui et pousser très fort sur les cuisses pour réussir à se hisser et continuer à avancer. Je regarde de temps en temps devant moi. Je ne vois pas à plus de 10 mètres étant donné la densité de végétation. Les coureurs ne le sont plus vraiment. Nous sommes tous des grimpeurs actuellement.

Ce terrain m’est favorable. Bien qu’à l’entrainement, je ne me retrouve jamais dans ce type de situation, je suis très à l’aise. J’avance bien. En tout cas, j’avance plus vite que beaucoup de coureurs. Je double énormément de groupes que je laisse littéralement sur le carreau. Au trois quarts de la montée, je reconnais à nouveau le champion japonais. Je reste derrière lui une trentaine de secondes. Il est incroyablement régulier. Pas un pas, pas une foulée, pas un levé de jambe n’est plus rapide qu’un autre. Il n’y aucune variation dans sa manière d’avancer. C’est très certainement son habitude. Pas la mienne. Je lui lance un « ON THE LEFT ! ».. J’active mon pas. Trois foulées me suffisent pour lui passer devant. Je fais un petit signe de remerciement, car il a pris le temps de s’écarter un peu pour me laisser un espace de passage. Je ne me retourne pas. J’avance à mon rythme et très rapidement. Je me rends compte que j’ai mis de la distance entre nous deux. C’est complètement futile me direz-vous, mais je suis très fier à ce moment là. J’ai déposé un champion de trail sans effort particulier. C’est presque normal. Cela rend la fin de cette montée sèche plus motivante. Je continue à doubler.

Nous avons mis fin à la montée très dure. Le terrain est toujours pentu, mais nous pouvons accélérer la foulée maintenant. Il reste 3 km de pente un peu plus douce jusqu’au prochain ravitaillement. Je relance bien. Je commence à me retrouver seul de temps à autres. Je pense avoir doublé 25 coureurs dans la montée. Et maintenant que je suis sur le plat j’en double encore plus.

Nous sommes sortis de la jungle. C’est un peu plus dégagé dans ce coin. Il commence à faire plus froid, voir frais. J’approche du ravitaillement numéro 3.

 

 

(4) NOTRE DAME DE LA PAIX – Km 31.53 – Altitude 1565 m

Cumul D+ = 2071 m / Temps de course : 03 h 02 min 03 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 10 km / 1040 D+ 

Classement : 95ème. 

Je n’ai pas le moindre souvenir de ce ravitaillement. C’est atroce. J’ai beau chercher. J’ai beau me concentrer très fort. Aucune image ne me vient.

J’avais estimé faire la dernière section en un peu plus de 2h. Au final, je regarde ma montre, et j’ai mis 40 minutes de moins que prévu. Est-ce que j’ai sous-estimé mes capacités ? Ou est-ce que je suis en train de me cramer totalement et mettre en péril le reste de mon aventure ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et puis je m’en tape. Je suis bien pour le moment. Je n’ai pas la sensation d’avoir déjà couru pendant 03 h et d’avoir fait plus de 30 km. J’ai l’impression que la course n’a pas réellement commencé. C’est étrange.

Je ne remplis pas encore une fois mon camelbag. Je me dis qu’avec l’humidité ambiante, je n’ai pas non plus besoin de trop boire. Ce sont 14 km et 756 de D+ qui m’attendent maintenant. Cela devrait passer sans.

J’ai à nouveau peu d’images de la portion suivante. En dénivelé absolu, nous grimpons encore. Mais ce n’est plus une montée sèche et unique. C’est un enchainement de nombreuses petites montées dans des monotraces, des plats de quelques dizaines de mètres et des descentes assez raides mais courtes. Nous jouons au grand jeu du cardio maintenant. L’alternance entre course sur le plat et en descente, suivi de marche rapide dans les montées peut jouer des tours. Pas à moi. Je suis au taquet. Je souffle légèrement plus fort qu’au commencement de la course. Mais je ne fais pas non plus un bruit de boeuf.

De temps en temps, le monotrace s’arrête et nous rejoignons des traverses de quelques centaines de mètres sur des chemins de 4×4. Avant de replonger sur du monotrace. J’ai le souvenir de passage assez dangereux d’ailleurs. Les monotraces sont en fait des bords de champs qui doivent servir aux vaches.

Qui dit vaches dit deux choses : Bouses et barbelés. Le premier B ne me pose pas temps de problème que cela. Je fais attention à ne pas glisser dedans. Je crois me souvenir avoir plongé le pied droit entièrement dedans lors d’une foulée trop engagée. Je me rappelle m’être dit « Pas de bol.. Rappelle toi absolument de ne pas lécher tes chaussures ou de les embrasser à la fin de la course. » Pourquoi le ferai-je ? Cela serait bétasse !

Le deuxième B.. de barbelés me pose plus de problèmes. Les monotraces sur lesquels nous sommes sont légèrement creusés. Un pas un peu trop dévié sur le côté et nous sommes certains de faire un écart. Je me reprends quelques fois. J’avance à une assez grande vitesse. Lorsque je fais un écart, je me retrouve à vive allure avec le coude qui passe à 20 cm des barbelés. A chaque fois, c’est un énorme flippe. Je me concentre énormément pour éviter le pire. Pourtant je l’imagine. Je m’imagine, loupant un virage, partant totalement dans le barbelé sans pouvoir l’éviter. Et j’imagine la souffrance provoquée par les déchirures d’abord de mes T-shirts puis de ma peau entaillée par ce démon métallique. J’ai peur. Concentre toi. Bordel. Concentre toi. Si tu fais attention, cela ne peut pas arriver. Pour rajouter de la semoule dans le couscous (paye ton expression en carton), j’ai rejoint un groupe de coureurs qui avancent super bien. Les gars relancent forts à la fin de chaque montée. Je reste avec eux. La vitesse moyenne du groupe est légèrement au dessus de ma zone de confort. Je ne m’essouffle pas, mais je suis obligé de me forcer à accélérer pour tenir l’allure. Les barbelés défilent encore plus vite à côté de moi.

Après la première bosse, je me rends compte que lorsque j’éclaire l’herbe sur le côté celle-ci est blanche. Comme s’il avait neigé. Est-ce une hallucination ? Est-ce un simple effet d’optique ? D’accord, il fait froid maintenant, mais cela ne peut pas être de la neige.

Je m’écarte lentement du sentier central pour courir dans l’herbe. Sur quelques foulées, je racle avec l’avant de ma chaussure l’herbe mi-haute. J’essaie d’estimer si c’est simplement trempé, ou si l’herbe est dure et gelée. Après quelques sensations de résistances à mes raclages, je fais le constat que c’est du gel. Plus nous avançons et plus ce gel est présent. D’abord, simplement l’herbe verte transformée en tapis blanc. Puis les touffes à mi-hauteur sont elles aussi très réfléchissantes dans le faisceau de la frontale. Et enfin, après encore quelques kilomètres de plus, les branches des arbres semblent figées. Ce n’est pas non plus l’hiver jurassique, mais c’est troublant. Je vous rappelle que quelques heures auparavant, j’étais tranquillou biloute entrain de courir au bord de l’océan indien, avec des supporters en maillots de bain, marcels et tongs aux pieds. Rentrer dans une phase totalement nouvelle de course me donne enfin l’impression d’avoir déjà parcouru un bon petit paquet de chemin.

Entre les champs réservés à nos amis à quatre pattes, nous arrivons de temps à autres à des barrières qu’il faut passer pour continuer notre chemin. J’ai le souvenir d’avoir passé 5 ou 6 de ces passages. Les uns semblables aux autres. Quatre petites barres métalliques ou en bois sur une échelle pour monter. Un palier sur le sommet et à nouveau quatre petites barres pour redescendre. Ces passages me permettent de respirer. Nous avançons à grande vitesse. Je me retrouve seul régulièrement.

En haut d’une de ces barrières, je prend le temps de regarder derrière moi. Je ne vois personne à 300 mètres au loin. L’envie un peu débile et très masculine d’uriner me vient. Me voilà, sortant mon ustensile, me tenant droit au sommet du passage faisant pipi et jouant avec la trajectoire du jet. Ah gah gah.. C’est con. Mais cela fait penser à autre chose. En tombant au sol, mon urine chaude fait fondre le gel sur l’herbe. Rapidement, de la fumée ressort de ce petit espace de quelques centimètres. On s’amuse bien. Hein ? .. Ce petit temps d’arrêt m’a refroidi. Je suis trempé et la fraicheur environnante a pris part de mon corps. J’enfile rapidement ma Salomon Bonatti pour garder la chaleur. Puis je reprends ma route. L’esprit et la vessie vide.

 

 

(5) NEZ DE BOEUF – Km 38.36 – Altitude 2040 m

Cumul D+ = 2406 m / Temps de course : 05 h 01 min 28 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 397 D+ 

Classement : 74ème. 

Bon. Autant vous prévenir tout de suite. Le premier ravitaillement dont je me rappelle c’est au kilomètre 65. Dans trois ravitaillements ^^. De toute façon, si vous avez déjà lu un de mes récits, vous savez comment je fonctionne. Je passe le moins de temps possible sous les tentes. Je remplis rapidement mes flasques d’eau. J’avale brièvement quelques petits trucs à grignoter et je file en direction de la sortie avec trois quartiers d’oranges et 3 ou 4 petit Lu. Sur les 200 ou 300 mètres suivants le ravitaillement, je grignote tranquillement ce que j’ai pris en prenant bien soin de garder mes épluchures avec moi.  J’ai gardé mes habitudes. La seule différence je pense se trouve dans le fait que je profite de chaque ravitaillement pour prendre des petits blocs de sucre dans lesquelles je croque et que j’avale rapidement. Sinon rien de nouveau. On ne change pas une équipe qui gagne hein.

Je regarde rapidement mon profil de course. Nous devons encore finir la montée afin d’atteindre le sommet de Piton Textor (je crois) et ensuite cela sera que de la descente qui semble douce jusqu’à Mare à Boue. Ce profil me convient parfaitement. Je ne suis pas encore rentré dans un mode de course séquencée. C’est à dire que je ne me donne pas encore comme objectif de simplement rejoindre le prochain ravitaillement. J’arrive à voir plus loin pour le moment. Le prochain ravitaillement, n’est qu’un point d’eau pour moi. Pas un but en soit.

Il fait froid dans cette dernière montée. S’arrêter même 3 minutes dans un ravitaillement et repartir au combat dans la nuit devient de plus en plus tranchant. Il est un peu plus de 3 h du mat’ je pense. Et à 3 h du mat’.. à 2300 m d’altitude. Ben c’est pas les tropiques, la piscine et la chaleur réunionnaise. C’est la nuit et il fait sacrément froid.

J’atteint seul le sommet rapidement. Pas grand monde derrière. Je repère assez loin devant quelques lumières. Je vais tenter d’envoyer un peu sur le début de la descente pour les rejoindre. J’ai rapidement un super rythme. Le début de la descente n’est pas vraiment uniforme et facile à courir. C’est de la vrai navigation, j’adore cela. Moi qui suit une sacré quiche en descente technique, là c’est parfait pour moi. Nous courons dans des rigoles. Il faut bien entendu faire très attention à ne pas faire d’écarts, au risque de voir la sanction des barbelés venir, mais cela se passe bien. Je prends beaucoup de plaisir dans cette partie. Je rejoins le groupe qui a accéléré lui aussi. Je vais rester un peu avec eux. Nous sommes 5 ou 6 coureurs. Cela faisait un moment que je ne mettais pas retrouver avec pas mal de monde comme cela.

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Après cette première partie de descente que j’ai adoré, je prends les commandes du groupe. La suite est plus cool et facile. Par cool et facile, j’entends simple et sans navigation. Cela en deviendrait presque monotone. On se croirait sur certaines sections de la CCC. C’est très roulant je trouve.

C’est la première fois depuis le début de la course que je cours pendant une vrai bonne durée sans m’arrêter ne serait-ce que 10 secondes. J’ai trouvé ma foulée de course. Légèrement moins rapide qu’à l’entrainement, mais je suis dans le haut de mon rythme. Les jambes basculent bien dans la pente qui est légère. Les seuls obstacles que l’on rencontre sont des espèces de rondins de bois placés en travers de la route qui forment des marches de peu de hauteurs. Je ne ressens pas les à-coups en descendant. Ces marches ne le sont pas en fait.

Même si je reste bien concentré afin de ne pas louper une fausse marche, je tourne ma tête de temps en temps vers la droite et vers la gauche. Ma frontale éclaire au loin. Je repère quelques vaches sur la droite. Je lance un vieux « Meuuuuuuuuuuuh » tout pourri. Pas de réponse. Je dois pas avoir l’accent.

La descente continue. J’ai le souvenir d’un sol particulièrement dur. Le gel a bien fait son travail pendant la nuit. Cela permet d’avancer vite, mais cela ne va pas être terrible pour les fibres musculaires des jambes qui vont se voir un peu traumatisées à la fin de celle-ci.

J’essaie de bien positionner mon corps face à la pente. Le point d’équilibre légèrement en avant. 3 à 5 cm devant mes jambes. Me pencher légèrement comme cela me donne de la vitesse. Au niveau des appuis j’essaie de toujours être bien sur le point le plus haut de la descente à tout moment. C’est difficile à décrire à l’écrit comme technique, mais en soit, si vous imaginez un sentier qui descend. Celui-ci n’est jamais vraiment plat sur la largeur. Il y a toujours un endroit qui est légèrement plus élevé que les autres. Par habitude, j’ai repéré que c’était souvent l’endroit où lors de la montée, les personnes passent peu dessus. Etre toujours lègérement en hauteur me permet de garder mon équilibre tout en étant bien dynamique. Enfin je fais bien attention à ne pas attaquer du talon. Je ne veux pas trop traumatiser mes genoux, mes cuisses et surtout mon dos. Je ne suis pas encore un grand descendeur et c’est toujours mon vrai point faible. Mais vous voyez bien que je fais beaucoup d’efforts pour passer au mieux ce genre de passage.

Le sol était dur. Et bien maintenant, il va l’être encore plus. Nous rejoignons une route tout en bitume. C’est d’un coup beaucoup moins agréable. Cela me rappelle mon entrainement dans la petite côte de Saint Maurice. Je me débrouille bien dans ce genre de passage maintenant. Mais clairement, c’est pas ce que je préfère.

Nous avançons vite. Je ne slalome pas sur la route. Je remarque même que je commence à aller chercher l’intérieur dans chaque virage. C’est ridicule. Mais dans ma tête je me dis « Pourquoi faire quelques centimètres en plus, si je peux gagner du temps en coupant tel Schumacher dans les épingles.. ». Je me prends au jeu. Si bien qu’au bout d’un moment, je relève la tête car j’ai l’impression de n’avoir pas vu de ruban de balisage depuis un bon moment. Je continue une bonne centaine de mètres. Pas de trace de ruban. Je me retourne vers les deux coureurs qui sont avec moi. Ils hésitent aussi. Notre vision est bien dégagée à cet endroit. Nous lançons les faisceaux de nos frontales dans la descente devant nous. Pas de traces de rubans.

Arrêt d’urgence…….. Aie, cela heurte les cuisses de s’arrêter comme cela. Nous faisons demi-tour et remontons la route en courant. Après 50 mètres je repère une lumière au loin sur ma gauche. Ca doit être par là bas. Nous remontons encore et croisons un réunionnais. Il connait par coeur la route. Il nous montre du doigt un ruban que nous n’avions pas vu. Il fallait sortir de la route sur la droite pour rejoindre un chemin qui passe juste au dessus. Franchement. Heureusement que nous nous en sommes rendu compte de notre erreur assez vite. J’aurais été dégouté de faire trop de kilomètres en plus à cause d’un petit passage mal balisé.

Nous reprenons notre course en descente sur le chemin. Qui finit lui même par couper une route en asphalte que nous rejoignons. Cette route va nous mener droit jusqu’au ravitaillement de Mare à boue.

Je ne connais toujours pas mon classement à ce moment de la course. Etant donné que j’ai du doubler seulement huit ou neuf personnes depuis le Nez de Boeuf, je pense que je suis à l’avant. Vers la 160ème place.

 

 

(6) MARE A BOUE – Km 48.69 – Altitude 1594 m

Cumul D+ = 2446 m / Temps de course : 06 h 10 min 20 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 10 km / 54 D+ 

Classement : 65ème. 

En entrant de le ravitaillement, on me donne mon classement.  » Tu es 65ème petit ! ». J’hallucine complètement. Je tape sur le TOP 100 à l’aise de la Diagonale Des Fous. Okay, j’ai l’impression d’avoir bien avancé, mais quand même. Je n’ai pas non plus forcé mon savoir faire. Je n’ai pas tapé dans mes réserves. J’ai fait pas loin de 50 km et j’en ai encore pas mal sous le pied. Je suis intégralement envahi par un sentiment de puissance. Je reviens vite à la raison en me disant.. attend Coco. Ok. C’est top. Tu pourras dire à tes enfants plus tard « Tu sais Papa il a été dans le top 100 de la Diagonale des Fous.. Who’s your Daddy ?! « .. Mais ça serait quand même mieux de pouvoir dire qu’il a terminé ensuite la course. Je n’ai même pas encore fait le tiers de ce que je dois effectuer. Cela fait plus de 6 h que je cours, et je il me reste 115 km à faire. Concentre toi !

Le ravitaillement était vide à mon arrivée. Nous sommes maintenant trois dedans. Aucun coureur ne nous a rejoint en plus. En repartant de celui-ci, je jette un coup d’oeil. Pas de trace d’autres coureurs qui arrivent. C’est dingue. Je ne pensais pas avoir aussi bien descendu que cela la précédente partie.

Maintenant direction la Mare à Joseph. Ca va être totalement autre chose. Un bon gros 700 D+ qui nous attend avant de plonger en direction de CILAOS, là ou m’attend mon premier sac assistance.

Je n’ai pas de souvenir du début de la montée. D’après le profil de course, cela monte légèrement pour finir en apothéose avec de la montée bien rude comme on aime. Avant de quitter le ravitaillement, j’ai vu que d’après mes calculs je devais faire cette section de 12 km en un peu plus de 2h30. Ca risque d’être un peu long. Mais au moins, au prochain ravitaillement, il fera jour.

J’ai un trou de mémoire d’une grosse heure. Impossible de me rappeler du moindre souvenir. Ma mémoire revient simplement lorsque nous attaquons le dur de la montée. Le jour s’est bien levé. Le soleil va bientôt piquer le bout de son nez. Nous sommes au dessus d’une mer de nuage. De temps en temps, je prends quelques secondes pour la regarder. C’est magistral.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

(Je crois que cette photo et la suivante sont en faite plus loin dans le parcours, mais dans ma tête nous avons passé ce genre d’endroit à ce moment là). 

Nous avançons dans une végétation qui est à hauteur de coureur. 2 mètres de haut. Pas plus. Ceci permet à la lumière du jour d’éclairer de plus en plus notre chemin. D’ailleurs ce n’est pas vraiment un chemin. Ni un sentier. C’est une sorte de tranchée tout en rochers qui fend la nature en deux. On se sent tout petit à ce moment là.

Je ne connais pas cette végétation. C’est la première fois pour moi que je découvre un tel paysage. L’instant est magique. Il va devenir fabuleux. En 10 secondes, le soleil est sorti de l’épaisse couche de nuages que nous surplombons. La lumière est rose, violette et légèrement orange. Rasante. Elle éclaire les mollets du coureur devant moi. Je lui dis. « Retourne toi. Retourne toi deux secondes ! ». Il prend appui sur le haut d’un rocher. S’arrête et se retourne. Il ne prononce aucun mot, mais pourtant j’entends distinctement un « Ah ouais. Quand même. » J’en profite pour me retourner aussi. Le point de vu est hallucinant. Nous sommes dans le premier tiers de la montée mais nous sommes assez haut pour être au dessus de la végétation. La mer de nuage est laitaise. Accrochée à une altitude fixe. Certains sommets dépassent légèrement de celle-ci en face de nous. Au loin, le soleil monte. il parait si proche. Un peu comme s’il n’était là que pour nous. Avec le paysage que je verrai plus tard depuis le Taïbit. C’est LE PLUS BEAU moment visuellement parlant de ma course.

Pas le temps de nous arrêter faire de photos. C’est dommage. Mais j’ai cette vision profondément enregistrée en moi. Pas besoin d’un iPhone pour m’en rappeler. Le soleil commence à faire son boulot. Il réchauffe nos corps refroidis par la nuit. Nous sommes maintenant 5 ou 6 coureurs bien rassemblés. Nous montons ensemble dans cette partie très très technique. Le passage est formé par de gros rochers, sur lesquels il faut prendre appui et rebondir pour atteindre les suivants. Je dois utiliser mes mains de temps en temps. Lorsque je le fais, je prend le temps de bien laisser ma pomme capter la fraicheur de la pierre. C’est électrisant. Nous continuons de monter en zig zag dans cette pente qui est pourtant assez droite. Le souffle n’est pas court. Je n’ai pas l’impression d’atteindre 2400 m d’altitude.

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(Crédit Photo : https://damiencloarec.com/)

Le seul bémol est que je commence à être à court d’eau. Le ravitaillement ne doit être plus qu’à 1.5 km maintenant. Mais je suis à sec. Cela fait bien 2 h que nous avons quitté Mare à Boue. Le litre est rapidement parti. Il faudra que je fasse plus attention par la suite. Je me dis aussi qu’il va falloir penser à remplir le camelbag maintenant.

Le sommet est presque atteint. Nous passons les fameuses échelles de la forêt de Duvernay. Une simple échelle métallique qui descend droit avec 8 barres assez glissantes. J’ai une petite pensée pour ZinZin reporter qui les a si bien montrées dans ses vidéos.

Le ravitaillement est légèrement plus bas. Dans la descente. Et quelle descente ! Je vous en parlerai après le prochain ravitaillement. Mais imaginez vous avoir monté une montagne très haute en altitude et d’un coup d’un seul devoir redescendre par une face presque à pique. Les jambes ne sont pas prêtes pour faire cela. C’est comme à l’école quand on sort d’un cours d’anglais et qu’on enchaine avec un cours d’Espagnol. Vous pouvez être sûres qu’à chaque fois que vous allez prendre la parole vous allez dire « So….. ». Là, c’est pareil. Le corps est désorienté. Heureusement que le ravitaillement vient rapidement couper ce changement d’univers.

 

 

(7) MARE A JOSEPH – Km 61.27 – Altitude 1401 m

Cumul D+ = 3150 m / Temps de course : 08 h 28 min 23 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 12 km / 700 D+ 

Classement : 57ème. 

A vrai dire. Je pense que je confonds. En regardant le profil et le descriptif de la course. J’ai l’impression que le ravitaillement était après la pire descente de toute ma vie. Pourtant, dans ma tête j’ai plutôt le souvenir que nous avons eu un ravitaillement puis que nous avons fait la descente. Bon. Etant donné que c’est mon récit. Que c’est moi qui raconte. Ben, vous aurez ma version. C’est très certainement la fausse. Mais c’est pas grave.

Au ravitaillement, je ne perds pas de temps. Je range la PETZL dans le sac. Le fait que la batterie ait tenu sans me lâcher pendant 7 h me fait plaisir. Je pense que la stratégie de ne pas trop l’allumer depuis le départ à jouer. Il fait complètement jour maintenant. Mes yeux se sont bien habitués à la lumière. J’ai un peu la sensation de sortir du métro, mais ça va vite s’arranger. La température est douce. Il fait même plutôt bon. Le soleil a bien réchauffé l’atmosphère et m’a fait quitter la sensation d’engourdissement que je commençais à ressentir sur la fin de la nuit.

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Je quitte le ravitaillement et nous attaquons donc la descente. (Bon.. plus j’écris.. plus je me dis que le ravitaillement était après la descente.. mais c’est pas grave). Nous voici donc dans du bon gros dénivelé négatif comme je n’aime pas.

Imaginez être à aqualand. En haut d’un toboggan qui descend tout droit. Imaginez vous maintenant entrain de courir dessus. Ajouter à cela des rochers, des marches de 60 cm de haut, des racines grosses comme mes cuisses et enfin un terrain en dévert’. Vous y êtes. J’y étais aussi. Qu’est ce que c’est technique. Qu’est ce que c’est difficile. A chaque pas, vous faites en réalité une petite chute. C’est très traumatisant pour les cuisses. Je commence à me faire doubler. Je n’arrive pas à comprendre comment les gens font. C’est inconcevable pour moi de prendre de la vitesse dans ce genre d’endroit. C’est tellement dangereux. Si un crampon de mes chaussures s’agrippe en dépassant un obstacle, c’est la lourde chute assurée.

La descente continue comme elle a commencé. Cela fait 15 minutes et c’est déjà interminable. Il faut souvent sauter, parfois se freiner au maximum pour chercher un angle de passage entre trois rochers. C’est violent. C’est cruel. C’est le trail. Le vrai.

En franchissant un gros rocher, je prends de la vitesse, je suis obligé d’accélérer mes deux prochains appuis pour ne pas terminé dans le ravin. Sur le premier appui, pas de problème. Sur le second, mon pied glisse sur le côté extérieur de la chaussure. Je ne peux me rattraper avec mes mains. Je tente alors de me lancer légèrement en arrière afin de ne pas tomber tête en avant. Joli 180. ET BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIM. Je chute pour la première fois, très brutalement sur la fesse gauche directement sur un rocher.

Je m’arrête une seconde de respirer pour estimer ma douleur. C’est bien piquant. Mais je pense que le sciatique n’a pas pris de décharge. Je me relève. J’ai la sensation d’avoir pris une bonne béquille (excusez la prochaine expression) dans le cul.. et comme vous vous en doutez. Ce n’est pas bien agréable. Le coureur devant moi s’est arrêté en m’entendant tombé. Il me demande si ça va. Je lui dis que ça va le faire. Je repars. Plus lentement encore. Surtout plus prudemment. Cette première chute sans trop de gravité m’a servi d’alerte. (Ps : Trois jours plus tard, j’ai un bleu.. Que dis-je un noir/jaune/vert sur la fesse gauche d’une bonne quinzaine de centimètres de diamètre. C’est MA-GNI-FAI-QUE mon chéri !).

Je suis prudent maintenant. Je m’arrête presque quand l’obstacle est trop dangereux. Je me fais à nouveau doubler. Mais comment font-ils. Je tente d’accrocher le coureur qui me devance maintenant. J’ai du mal à tenir son rythme. C’est dangereux. D’un coup, le raideur dévise. Et FLAAAAAN. Sur la cuisse. Je m’arrête et l’aide à se relever. Il s’est bien défoncé aussi. On rigole ensemble. L’air de dire.. Mais c’est quoi ce bordel. C’était pas marqué dans le roadbook qu’on allait se prendre des gamelles pourtant.. remboursé !

Un peu plus tard, j’entends une autre chute un peu plus haut. Décidément, cela n’arrête pas. J’émets la théorie que le sol est aimanté. Cela fait bien rire le mec devant moi. Le temps de rigoler et nous croisons un coureur complètement à l’arrêt. Il semble blessé. Nous lui demandons si cela va. Il nous répond « Entorse ! ».. Je lui demande s’il veut de l’aide pour descendre. Il me dit que c’est bon. Il va finir la descente doucement. Je prends alors conscience qu’à tout moment ma course peut s’arrêter. Je dois faire absolument attention. Cela serait triste d’arrêter maintenant après un début de course si réussie.

La dernière partie de la descente est moins accidentés. Le passage ressemble plus à un monotrace à peu près normal (c’est à dire sans rocher de 50 cm de haut au milieu tous les 40 cm). Nous alternons les ZigZag pour descendre. C’est comme dans les virages alpins pour monter ou descendre à Val Thorens. Un petit goût de rallye WRC. Sans frein à main.. ni amortisseur derniers cris.

Les virages serrés à 180° sont l’occasion de freiner et de relancer. De temps en temps ces virages sont remplacés par des petits escaliers métalliques. Il y a même une petite barrière pour se tenir. Ce n’est plus les marches de 60 cm de haut que l’on a connu sur la première section. D’ailleurs franchement. Qui est le con qui c’est dit que faire des marches de 60 cm était une bonne idée. Je suis pas ingénieur, loin de là. Mais étant donné que la taille moyenne d’un humain doit être autour de 165 cm. Les genoux ne doivent que rarement dépassés les 50 cm du sol. Est-ce que c’est vraiment logique de faire des marches aussi grandes. Les gens doivent être très grands dans la région, c’est pas possible. Ou sinon autre possibilité. Les mecs qui ont posé  les marches avait du retard sur le chantier. Et à la place de faire des marches de 20 cm, le chef de chantier s’est dit « Bon les mecs, il nous reste 3 ans à la place de 9 pour finir la portion haute. Je vous propose qu’on se casse pas trop le cul.. et qu’on ne fasse que des marches de 60 cm.. Les passants ne remarquerons rien.. vous verrez ! ».. ESCROCS ^^

Je m’amuse dans les virages sur la dernière partie. C’est déjà un peu plus à mon goût. Bon je m’amuse un peu trop d’ailleurs. Dans un virage à 150° sur la droite, je prends la courbe un peu trop à l’extérieur. Mon pied chasse dans la pente. C’est déjà trop tard. I’m fucked ! Me dis-je. Je crois me souvenir que j’ai du faire un bruit du style  » Ooooh .. Oooh .. Ohhhhhhh PUTIIIIIIIIIIIN !  » Tout en tentant de m’accrocher aux arbres présents dans le précipice. Ma chute s’arrête deux mètres sous le sentier. A vrai dire, je ne me suis pas fait mal. Juste je me suis fait très peur. Sans les arbres, je pense que je partais droit dans le vide. Assez flippant. Deux coureurs qui déboulent d’un peu plus haut m’ont vu. Ils s’arrêtent et m’aident à remonter. Je leur lance un « Merci les gars ». Je ne sais pas pourquoi je suis mort de rire. Je repars en courant, en leur faisant signe et en disant « Allez.. c’est repartiiiiiiiiii HiiiiHaaaa ! » (tout en imitant la voix d’un conducteur de manège à la foire du trône). Je pense qu’ils m’ont pris pour un taré.

Je finis la descente avec un coureur nord européen. Danois je pense. On débriefe ensemble la descente en anglais. Je n’ai pas trop de vocabulaire technique de course en anglais. Par contre, niveau vocabulaire de la peur, je suis armé.. Et vas-y que c’était dangerous, hazardous, insecure, perilous, precarious, risky ! Mon ami Danois (qui n’est l’est très certainement pas) semble être d’accord avec moi. Nous rejoignons la route, Maintenant nous fonçons vers Cialos. Cela fait du bien de recourir sur du plat. Nous avons même le droit à un peu de bitume. C’est agréable. Je crois avoir le souvenir que j’ai tellement accéléré que j’ai lâché mon collègue. D’après ma montre, j’ai la meilleur allure de toute ma course sur ce segment là. Proche du 4 min au km.

Si je ne me trompe pas, nous sommes accueillis dans les rues de Cilaos par des danseuses. Je prends un petit moment pour danser avec elles. C’est super cool. Elles sont en tenues locales (je pense), c’est très coloré. Cela change des mecs avec leur veste fluo avec lesquels j’ai passé mes 9 dernières heures. Il y a pas mal de foule. Je suis frais. Je recommence à applaudir la foule qui me le rend bien.

Ayé. Le premier point d’assistance est là. Je le vois. Je rentre sur le stade en courant. Je suis sur une piste de course. Cela ne m’arrive jamais. J’accélère comme un fou dans le virage. Cela rebondit presque. Je crâne un peu. Je finis mes petits bonds au niveau d’une tente. J’y repère les sacs assistances. Je vais pouvoir faire les changements de matériels nécessaires.

 

(8) CILAOS – Km 65.40 – Altitude 1210 m

Cumul D+ = 3256 m / Temps de course : 09 h 01 min 46 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 4 km / 110 D+ 

Classement : 54ème.

Une immense tente est placée au milieu du stade. Sur la pelouse. Il y a deux coureurs déjà installés. Le premier debout attend son sac. Le second assis, d’une quarantaine d’années est en train de se changer. Il semble déjà bien fatigué. Je donne mon numéro de dossard au bénévole. Il se retourne et récupère mon sac d’assistance dans le tas de sacs présents.

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Crédit photo : Réunion 1ère sur Facebook.

On me propose de m’assoir. Et puis quoi encore ? Vous avez pas un cocktail de fruits, une paille et un cupcake ?.. Je m’énerve un peu sur le noeud fait pour fermer mon sac. Mes mains tremblent et sont humides. J’ai du mal à défaire le tout et à l’ouvrir. Un des bénévoles m’aide.

Je commence tout d’abord par récupérer ma réserve de gels et de pâtes de fruits. Sur la première partie de course, je me suis forcé à en prendre un avant chaque grosse difficulté. Niveau gel, je suis équipé en deux types : Des gels GU que je prends 5 minutes avant les montées ou à mi-hauteur et les gels Overstim fruits rouges qui me donne un sacré coup de fouet lorsqu’il faut relancer. Je dispose 4 gels GU dans mes deux poches latérales et 2 gels coup de fouet.

J’enchaine ma petite logistique en enlevant la batterie de ma NAO et en récupérant une batterie neuve. Niveau fringue, je ne change pas. Je suis plutôt bien dans mes affaires depuis le début. Je n’ai pas l’impression de puer la mort. Cela devrait encore tenir sur les 60 prochains kilomètres jusqu’à Sans Soucis. Avant de rendre mon sac, je sors une batterie mobile ainsi que le fil pour recharger ma montre. Elle est à 40 %. Je vais tenter de la remonter à 100 % lors de la prochaine heure.

Je discute avec le bénévole assis à la table. Nous parlons des premiers qui sont passés depuis un bon moment maintenant. Il me dit que je parais autant en forme qu’eux. Cela me ravit. J’explique alors qu’au dernier pointage que je connais, j’étais dans les 65 au classement. Le coureur assis derrière moi me dit :  » Tu dois être beaucoup mieux maintenant. Moi je suis 35ème à l’entrée de CILAOS.. Tu dois être pas loin de 40″. Cela me laisse songeur. Entre temps, un caméraman s’est rapproché de moi, et me fait une petite interview. (D’ailleurs, si tu te reconnais, je veux bien récupérer la vidéo). Tout en finissant d’ajuster mon sac Salomon, je lui réponds que si je suis pas loin des 40 alors je vais repartir vite. Ce que je fais. Je n’accroche pas mon sac entièrement et je file.

En sortant du stade, je regarde sur la droite. Il y a 4 ou 5 coureurs en pleine assistance personnelle assis sur le bord. Nous nous regardons de manière amicale. Je m’arrête un peu plus loin au niveau du ravitaillement. Je prends uniquement 3 petits cubes de sucre et je me recharge en eau. Un des bénévoles me montre au loin le trajet que nous allons emprunter pour sortir du cirque de Cilaos. Il me montre très précisément le col du Taïbit. Cela me parait être un sacré morceau vu d’ici. Je décide alors de remplir mon camelbag d’un bon litre d’eau en plus de mes flasques. On ne sait jamais. Et vu la chaleur que l’on se tape maintenant. Je pense que cela va mettre utile. Une des filles présente derrière le stand me demande alors : »Mais tu as quel âge ? ».. je réponds « 25 ans.. mais j’en fais 14.. je sais ! ». Elle sourit. « Effectivement ! Courage à toi ». Sur les 14 prochains ravitos. On me demandera mon âge à chaque fois. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes qui participent à ce grand délire.

Je repars du ravitaillement. Dans ma main gauche, je tiens la batterie mobile reliée tout droit à ma Garmin. Coup de chance. Mon pote le danois repart en même temps que moi. Nous discutons un peu. Il semble plutôt frais. Mon sac est bien rempli. Il ne me gène pas, mais c’est la première fois depuis un moment que je sens réellement un poids conséquent tirant sur mes épaules. Je tate l’arrière de mon sac avec ma main droite afin de voir si tout est bien en place. Quel con. J’ai oublié de déposer la casquette sahara du Grand Raid. Pas le temps de faire demi-tour. Je vais devoir encore me la trimballer pendant 60 km pour rien.

J’ai mal regardé mon profil. Je pensais que nous allions attaquer de la montée directement. Ce n’est pas le cas. Nous devons tout d’abord descendre au fond du cirque. L’altitude sera alors uniquement de 920 m. La descente est assez simple. Le monotrace est bien formé. Aucun risque de se faire mal. Nous envoyons bien avec mon pote le danois. J’entends fréquemment les hélicoptères nous passer dessus. J’essaie de les repérer afin de faire un sourire à la caméra.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

Nous traversons une première rivière. Il faut sauter de cailloux en cailloux pour ne pas risquer de plonger une jambe dans l’eau. Au milieu de la rivière, je m’arrête. Je décide de lancer ma casquette dans l’eau afin de me rafraichir un peu. L’eau glisse sur mes cheveux et me goutte dessus. Cette fraicheur toute naturelle m’est particulièrement agréable. J’oublis pendant un instant la chaleur folle qui nous cuit depuis 30 minutes.

Nous remontons de la rivière et longeons le flan de montagne sur un monotrace toujours aussi praticable. Les seuls risques sont dans les tournants. Nous arrivons à fond dedans, et ils sont généralement bien fournis en gros rochers. Généralement, je suis 2 mètres derrière mon collègue sur les portions roulantes et je laisse un peu d’espace dans les virages pour éviter tout freinage intempestif. Après une accélération forte sur un passage roulant, s’offre à nous un gros virage sur la gauche à 180°. Ma course va basculer.

Je tape du pied droit un premier rocher. Ce choc me destabilise complètement. J’ai toujours ma batterie mobile dans ma main gauche. Impossible de me rattraper en lançant mon bras devant moi. Je chute lourdement au sol sur mon flan droit un gros mètre plus bas. Aiiiiiiie. C’est mon genou qui a tapé en premier. Et sur un rocher bien bondé et coupant. Je reste au sol.

La seconde que je passe allongé, le bras droit coincé dans le dos, dure 1 minute dans ma tête. Je réfléchis. J’essaie de savoir si cela va. Je suis complètement secoué. Je sens que j’ai mal à l’épaule, à la tempe, et je sens surtout que mon genou est engourdi. Le coureur danois s’est arrêté en m’entendant tombé. Il remonte vers moi en me demande si tout va bien. Il m’aide à me relever. Nous regardons tous les deux mon genou. Puis il me regarde dans les yeux l’air de dire « Pas de bol ! ». Je respire un grand coup. Je suis debout. Je frappe le sol du pied droit. Mon genou est très douloureux, mais je sens que je peux continuer à avancer. Je ne veux pas faire perdre de temps à mon ami. Je lui dit : « Ok. Let’s go. Keep Running. I’m OK ». Il repart.

(Photos à l’arrivée – clairement ça a eu le temps de bien cicatriser)

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Je redémarre tout doucement. Je teste de voir si cela tient. 100 mètres de presque plat m’aident à cela. J’arrive à nouveau à un virage sur la gauche identique à celui de ma chute. Je le passe précautionneusement. Easy. C’est passé. J’ai conjuré le sort.

Le danois m’a rapidement distancé. J’ai repris un peu d’allure mais ce n’est pas ça non plus. Je pense énormément à ma chute, à ma course, aux kilomètres qu’il reste à faire. Je me dis que c’est ça aussi la course. Que ce n’est pas la faute au destin. C’est normal. Cela fait parti de l’épreuve. S’il n’y avait pas des moments comme cela, cela ne serait pas le grand raid. Je suis venu pour cela bordel. Je regarde à nouveau mon genou. Mon sang coule sur ma jambe qui est maintenant rouge et très poussiéreuse. Je m’arrêterais bien 2 minutes pour nettoyer tout cela avec l’eau de mes flasques.

Coup de chance, nous arrivons à nouveau à un passage de rivière. Le danois est entrain de remplir sa casquette d’eau. Je prends un peu de temps pour m’enlever la poussière sur l’épaule, et la terre que j’ai sur les bras et dans les mains. Je fais bien attention à ne pas mettre d’eau de la rivière sur ma blessure. Je nettoie rapidement cela avec l’eau de mes flasques. Cela me fera moins d’eau pour la montée qui m’attend, mais ce n’est pas dramatique.

Nous repartons. J’arrive presque à tenir l’allure de mon ami. Je fais complètement abstraction de ce qu’il m’ait arrivé. Lorsque la réalité est dure.. cruelle.. on essaie d’en échapper. Toujours. On l’affronte un temps. Et peu importe si on gagne ou pas l’ascendant psychologique, humainement, le réflexe est d’en échapper. C’est très intéressant de voir comment notre imaginaire peut être sélectif. Il pourrait convertir ce genre de situation dans un état de stress des plus complets, pourtant il arrive à l’occulter. J’adore ce genre de moment. Cela me rend plus fort. J’ai mal. Très mal. Mais je vais si bien. Je suis si vivant.

J’ai repris mon rythme. Je suis légèrement moins rapide qu’avant mais j’avance plutôt pas trop mal quand même. Nous croisons une route bitumée. J’accélère. Je double même mon petit danois. Au loin, je repère un quad qui fonce dans notre sens. Je me dis que c’est une caméra de la course. Je vais pouvoir faire un joli sourire. Je me concentre sur la beauté de ma foulée. Arrivé à mon niveau, je comprends qu’il n’y a pas de caméra, lorsque je vois le champion japonais descendre du quad et repartir dans le sens inverse. Cela fait 300 mètres que j’ai loupé le chemin que nous devions prendre. Je fais demi tour et je suis le champion japonais. Rapidement, il me sème. C’est un vrai métronome ce bonhomme. Assez incroyable.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

(Photo prise à autre moment. Mais il s’agit bien de ce bonhomme :D)

Maintenant, nous sommes dans la montée. La vrai. La dure. Celle qui s’avale uniquement avec de la labeur et de la volonté. Je n’ai plus d’eau. J’espère que le prochain ravitaillement n’est pas loin. Je regarde mon profil. Je comprends vite que nous sommes à 1500 m du prochain. Par contre, il est très certainement 300 m D+ au dessus de nous. Je ne réfléchis plus. J’avance. Le décor est tout simplement magnifique à ce moment là. Ayant repris un peu de hauteur, nous voyons de temps en temps le cirque de Cilaos qui s’offre à nous sur notre droite. Je n’ai rarement vu quelque chose d’aussi majestueux. C’est un paysage de carte postale. Le décor permet de m’évader de la difficulté de la montée.

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Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

Je ne pense même plus à ma chute. Je monte au mental. Droit dedans. Je regarde ma montre. Je suis à 71 km et pas loin de 10 h de course. Je suis épaté par moi même. Ma fierté m’aide à continuer. Plus nous montons, plus la chaleur s’accentue. Il n’y a pas d’air, pas de vent. Je sue énormément. Je suis complètement trempé par la sueur. La dernière centaine de millilitres d’eau dont je dispose me permet de me refroidir la nuque. Je suis à nouveau seul. Je sens que le ravitaillement est proche. J’ai entendu un scooter ou une moto passer dans un virage juste avant. Ca va le faire bonhomme tient bon.

 

 

(9) DEBUT TAÏBIT – Km 72.03 – Altitude 1280 m

Cumul D+ = 3753 m / Temps de course : 10 h 19 min 19 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 454 D+ 

Classement : 45ème. 

J’arrive bien éreinté au ravitaillement. Les bénévoles repère rapidement que j’ai le regard un peu vide, et que je suis plein de terre. Une médecin s’approche de moi et regarde mon genou. Elle me propose de m’assoir pour me désinfecter. Je refuse poliment.  Elle me dit de faire tout de même attention à ne pas choper une maladie locale un peu bizarre. Je lui promets de faire très attention en passant les rivières. Elle respecte mon choix. C’est agréable.

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Je remplis entièrement mes deux flasques et fait mettre un bon litre d’eau dans le camelbag. Je ne veux absolument pas être en rade d’eau dans la montée du Taïbit. Le ciel est dégagé d’arbres au niveau du ravitaillement, j’arrive à voir que les sommets du coin sont relativement proche en distance, mais très éloignés en terme de dénivelé. Ca va être dantesque !

Avant de repartir. Je presse 4 bouts d’orange dans ma bouche. La fraicheur du fruit, et le gout de la fructose me font énormément de bien. Je pioche une poignée de saucissons que j’avale instantanément et je pique un Mars que je glisse dans ma poche. Je me retourne. Je regarde pendant 2 secondes la suite du chemin. Ca commence fort. Un escalier se dresse devant moi. Celui-ci semble nous faire gravir 20 mètres de dénivelé en à peine une centaine de mètres de distance. Le défi m’attire. Je crie mes remerciements aux bénévoles et les applaudis en partant dedans. La vingtaine de personnes présentes m’applaudissent et m’encouragent. C’est tout ce dont j’avais besoin. Je suis ressourcé. Je repars dans la course avec énormément de motivation.

Je ne me souviens pas bien de la montée. Tout ce dont je me rappelle c’est que j’y suis allé avec mes tripes. Les cuisses chauffent rapidement et nous supplient de s’arrêter. Il faut faire abstraction des signaux physiques et avancer au mental. Je suis plutôt à l’aise à cet exercice. La plus grande difficulté est le soleil qui tape sur les épaules, dans le dos et sur la tête. Je perds énormément d’eau. Rapidement mon corps est trempé. Je fais très attention à bien boire régulièrement. Deux gorgés. Pas plus. Par contre des grandes gorgées qui alimente mon corps. J’ai besoin de prendre des grandes gorgées. C’est presque psychologique. Si je sens que cela passe dans ma gorge et que cela prend du temps, j’ai l’impression d’avoir assez bu. Par contre, en prenant pleins de petites gorgée, je donne l’impression à mon corps que je ne l’alimente pas. C’est un peu louche, pas très legit’. Mais cela fonctionne. Que demande le peuple ?!

Au niveau du tiers ou de la moitié de la montée je dirais, j’ai déjà rattrapé 1 coureur et j’ai rejoins mon ami le danois. Décidément, on ne se lache pas. Après de nombreux escaliers interminables, nous arrivons ensemble dans un endroit complètement lunaire.

Dans la forêt, au milieu de nulle part, nous tombons sur une espèce de cabane à droite du sentier. Il y a plusieurs personnes qui nous attendent. Je repère très rapidement, le chef de la meute. Il s’agit d’un homme, assez grand, déguisé en chevalier du roi, voir en roi Dagobert. D’ailleurs je l’appelle ainsi.

Je connais en réalité cet endroit. Je l’ai découvert dans une des vidéos de Zinzin reporter (alias Denis Clerc). Effectivement, c’est quelque chose. Le roi Dagobert, nous propose un peu d’eau et des tisanes magiques. Autant vous dire que le coup de la tisane magique, je vais éviter. Par contre, le tuyau qui laisse couler un large filet d’eau me fait rêver. J’attends que mon danois finisse de s’arroser et je plonge ma tête dessous. J’y reste une vingtaine de secondes. Cela peut paraitre court comme cela, mais pour moi cela à durer bien 10 minutes dans ma tête. J’apprécie silencieusement le liquide qui coule sur mon crâne, glisse sur ma nuque, rentre sous mes omoplates et fuie sur mes côtes. C’est génial. Je sors ma tête de là. Remets ma casquette. Je goutte. Je repars en direction du chemin en tapant dans la main d’un enfant présent. Je remercie le roi. Il me dit « Repassez quand vous voulez.. ». Sans m’arrêter je lui dis « Alors.. là.. c’est pas prévu dans les jours à venir.. mais un jour qui sait ! Allez Tchao mon roi ! ».

Je prends mon temps après cet arrêt qui m’a enchanté. Je suis seul. Je continue mon ascension sans forcer. Escalier par escalier. Enchainement de rochers par enchainement de rochers. Non pas que je ne peux plus avancer rapidement. Mais je profite du moment.

Ce long moment est comme un werther’s original. Au début cela n’a pas trop de gout. Rapidement, le gout se répand et l’on meurt d’envie de croquer dedans. Si on le fait, le plaisir est intense mais disparait vite. Le mieux, si on souhaite en profiter à fond, c’est de le sucer lentement. D’aspirer de temps à autre le liquide qu’il laisse échapper. Jusqu’à ce que le bonbon soit très fin. De plus en plus fin. Cela prend pas mal de temps. A la fin, à la toute fin, le bonbon est une fine couche. Presque aussi fine qu’une feuille de papier. Il faut alors un dernier coup de langue pour plaquer la feuille sur son palais et le laisser disparaitre. C’est à cette vitesse que je termine de monter les 850 D+ du Taïbit. C’était succulent !

Les marches de la montée m’ont bien cassé les cuisses. Je n’ai plus un rythme de coureur. La bascule dans Marla est d’autant plus difficile. Nous redescendant très légèrement jusqu’à atteindre le ravitaillement.

 

 

(10) MARLA – Km 77.93 – Altitude 1580 m

Cumul D+ = 4572 m / Temps de course : 11 h 57 min 54 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 842 D+ 

Classement : 47ème. 

A ce stade de la course. Je suis très précisément à la moitié du parcours. 12 h pour faire la moitié du parcours. Je m’épate. Je sais très bien que la suite va être totalement différente. Je n’aurais pas du tout le même rythme, je vais mettre des heures à faire quelques kilomètres, là où j’avalais ça rapidement auparavant, mais cela ne me fait pas peur.

50 % de fait.. cela ne laisse que 50 % à faire. Chaque pas de plus vers l’avant est un pas de moins à faire faire l’arrivée maintenant. A vrai dire, je ne me rappelle même plus du départ. C’est déjà tellement loin tout ça. Je pense à l’avenir. Je pense aux prochaines grosses difficultés. Je suis d’ailleurs assez content car je ne suis toujours pas rentré dans un mode  » Objectif prochain ravito « . Je vois toujours plus loin que cela. C’est motivant pour continuer à bien avancer.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

Alors là. C’est simple. Déjà vous avez pu remarqué que je ne décris pas le ravitaillement. Pour cause. Je n’ai pas le moindre souvenir de celui-ci. Mais ce n’est que le début. Les 6 prochains kilomètres c’est pareil. 3 km de descente sèche, puis 3 km de montée avec pas loin de 506 m de D+.. Je n’en ai pas le moindre souvenir. J’ai du courir. C’est sur. C’est du marcher aussi. C’est certain. Mais le cerveau n’a pas stocké cela. Je pense que je commençais à avoir ma période de moins bien. Elle va durer jusqu’au Maïdo. 30 à 35 km plus loin. Je devais être dans le dur pour ne plus me rappeler de rien. Dans la concentration totale sur la course et sur le fait qu’il faille absolument que j’avance.

Passons.

 

(11) PLAINE DES MERLES – Km 85 – Altitude 1805 m

Pas de pointage selon le site SFR Grand Raid.

D’après mon application, j’arrive à la Plaine des Merles après 13 h 11 min de course. Soit vers 11 h du matin. J’ai du faire les les 7 km et les 500 de D+ en une grosse heure et quart. Cela me semble assez possible. Cela veut dire que j’ai quand même plutôt pas trop mal avancé.

C’est drôle, cela me rassure avec le recul de s’avoir que j’ai bien avancé sur cette partie dont je n’ai aucun souvenir. C’est un peu comme ces lendemains de soirée, où vous n’avez pas le moindre souvenir de comment vous êtes rentrés et vous retombez sur un ticket de Vélib ou de CB qui vous indique le chemin probable emprunté.

Je n’ai à nouveau pas le moindre souvenir du ravitaillement. Je vous l’ai dit. Nous sommes en plein dans mon trou noir qui dure 35 km. Ne vous attendez pas à des descriptions de la couleur de la nappe posée sur la table sous la tente du ravitaillement. Ce n’est pas possible. Bon dans le doute, je dirai bleu. Mais vraiment dans le doute.

J’ai quelques souvenirs qui me reviennent de la portion suivante. Celle-ci fait 10 km. Pas mal de descentes et de plats. Les premiers flashs qui me reviennent sont des randonneurs croisés. Pas mal de couples, et des familles.

Je me vois les dépasser sans trop de problèmes ou les croiser de face. Lorsque c’est le cas, ceux-ci s’arrêtent. Plombés par leur lourds sacs de randonnée et ils m’applaudissent ou m’encouragent dans toutes les langues. Chaque encouragement m’est très sympathique. Je me rappelle avoir de plus en plus de mal à leur répondre. A leur passage, je ne lève plus tellement la tête. Un merci presque inaudible sort de ma bouche.

Parfois, quelques mètres après les avoir dépassé je les entends parler de moi. « Oh. Il a l’air très fatigué celui-là… » –  » Il est jeune. Tu as vu !  » –  » Je ne sais pas comment il fait. « . Ces bribes de conversation volées résonnent en moi. Je les garde quelques centaines de mètres à chaque fois. L’accent, l’intonation et le timbre de voix qu’ils ont utilisés sont sauvegardés pendant une durée courte mais suffisante pour que j’analyse leurs pensées. Bref, je m’occupe comme je peux.

Par moment, j’arrive à accélérer de nouveau. Je me vois encore en train de passer sur des petits pontons de bois. Courir sur ceux-ci fait un bruit amusant. Le scratch scratch scratch de mes Speedcross est très différent sur ces pontons. C’est assez difficile à décrire, mais j’ai la sensation d’avancer plus vite en passant sur ce parquet d’extérieur. Pourtant ce ne sont que des vibrations de plastiques sur du bois. Mais ces vibrations énoncent un rythme. Une vérité sur mon allure. Sur mon état de forme. J’analyse chacune d’entre elles. Mieux que la dernière montre sortie dans le commerce qui vous fournit des indicateurs sur votre état de forme, je vous propose d’écouter les vibrations. C’est quand même plus sexy. N’est ce pas ?

Nous sommes dans le cirque de Mafate dorénavant. CIR – QUE – DE – MA – FATE. Ces syllabes me charment. Dommage que mes souvenirs soient vagues. Je devrais garder dans mon fort intérieur la résonance de celles-ci pour palier au manque visuel. Cela me va bien. Globalement, j’ai le souvenir d’une sensation de petitesse par rapport à l’environnement. De maintenant jusqu’à la sortie du cirque en haut du Maïdo, je sens bien que je suis une fourmi dans un environnement fort et maitre du lieu. Les hommes n’ont pas travaillé l’espace. Les aménagements ne sautent pas aux yeux. Il n’y en a presque pas. Seul le sentier, qui lui même est peu usé, laisse imaginer une présence humaine.

Vers le km 90, je me souviens avoir traverser un endroit enchanté. Quelque chose de féérique. Le sentier n’est presque plus visible. Les arbres sont assez élevés et ils sont éloignés les uns des autres d’une vingtaine de mètres. Cela donne de l’espace au champ de vision. Je crois que nous traversons une forêt de Tamarins tapissées de touffes d’herbes mi-hautes et de quelques fleurs. Il y a un peu de vent qui souffle de la gauche vers la droite. Je redresse un peu la tête dans ce passage de manière à prendre le vent sur mes deux joues. La joue gauche reçoit énormément de fraicheur. Je regarde de temps en temps le ciel au travers des branches d’arbres. On dirait un plan séquence d’un film de Terrence Malick (Style The Tree of Life ou La ligne Rouge). Les oiseaux chantent. Enfin, je sais, ils ne chantent pas. Ils sont simplement entrain de communiquer. « Et t’as vu ce couilon qui passe en courant. Qu’ils sont bêtes ces humains ! ».

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

Fini les rêveries. Nous repassons dans une zone de descente. Le sol y est assez mou. Cela permet d’allonger un peu la foulée. Il y a peu de cailloux. Par contre niveau racines c’est la fiesta. Mes yeux sont rivés dans le sol. Deux mètres devant moi. Je repasse en mode navigation. Ce mode de course permet de bien avancer, par contre, il est très prenant en terme d’énergie et de concentration.

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Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

Dans cette descente courte pour rejoindre le ravitaillement de Sentier Scout, je suis obligé de m’arrêter de temps en temps (toutes les 5 minutes) pour respirer 30 secondes et surtout pour reposer mes jambes. La descente commence à faire mal aux cuisses. C’est le début de la fin niveau physique. Je le sais. Je ne pourrai plus accélérer. J’ai rejoins 3 ou 4 coureurs. Nous nous croisons et nous dépassons selon les arrêts de chacun.

Cette stratégie d’arrêts réguliers fonctionne bien. Je repère cela car un coureur réunionnais, habillé tout de rouge vêtu qui coure plus rapidement que moi depuis une dizaine de km commence à faiblir. Avec mon système de Stop and Go, j’arrive facilement à le dépasser. Au bout d’un petit moment, je semble même en meilleure forme que lui. Il a bien repéré que cela fonctionne. Il me demande si c’est ma montre qui m’indique quand m’arrêter. Je lui réponds, que c’est le feeling. Il me dit qu’il va essayer dorénavant.

 

 

(12) SENTIER SCOUT – Km 92 (?) – Altitude 890 m

Pas de pointage selon le site SFR Grand Raid.

D’après ma montre. J’atteins ce point après 14 h 55 min de course. Soit vers 13 h. Cela voudrait dire que j’aurais mis 1 h 40 min pour faire 10 km et 900 de dénivelé négatif. Mais qu’est ce que j’ai bien pu branler bordel ? ^^

Avec le recul, je me dis.. bon okay. Tu étais dans le soucis à ce moment là. Tu as du t’arrêter régulièrement. Ceci explique cela. Mais bon. Cela fait mal à l’égo de s’en rendre compte. Si un jour je retourne sur la Diagonale. Clairement, je garderai de l’énergie pour exploser les temps de passage à ce niveau.

Hashtag PAS DE SOUVENIR DU RAVITAILLEMENT.

Hashtag AUCUN SOUVENIR DES 3 PROCHAINS KILOMETRES qui doivent m’amener au ravitaillement de l’Ilet à Bourse.

Ah si, je me rappelle de deux choses sur ce petit segment. La première : un petit pont suspendu qui rebondit. Blooong.. Blooong.. Bloooong.. Qu’est ce qu’on se marre. Suivi de mon second souvenir : des escaliers de dingues avec une barrière blanche sur la gauche. Je me vois encore grimpant les escaliers sans utiliser ma position des mains sur les cuisses, mais simplement en m’aidant de la barrière pour soulager mes jambes.

C’est light comme souvenir.

 

 

(13) ILET A BOURSE – Km 95.38 – Altitude 650 m

Cumul D+ = 5447 m / Temps de course : 15 h 23 min 28 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 3 km / 0 D+ ? 

Classement : 55ème. 

Encore une fois. Je n’ai pas de souvenir du ravitaillement. Je crois que c’est celui avec simplement de l’eau et peu de nourriture. Un raideur demande a une bénévole s’il peut récupérer une bouteille en plastique car ses flasques sont trouées. J’ai envie de te dire.. pas de bol : « Pas de bol ! ». Ca va être galère pour lui de continuer. Si je me rappelle du bon ravitaillement, c’est la première fois que je rencontre Fernanda Maciel. Elle est magnifique, juste à droite de moi. Elle avale une grande quantité d’eau. Je ne vous la décrirais pas plus pour le moment. Vous attendrez la montée du Maïdo 😉

J’ai rejoint 2 km avant d’arrivée au ravito, un petit groupe de 4 ou 5 coureurs. Tout le monde semble plutôt en forme. Je pense que je suis le plus fatigué du groupe. Ils s’arrêtent moins longtemps que moi. Je n’ai pas fini de faire remplir mes réserves d’eau. Ils sont déjà repartis. Tant pis, je continuerai seul sur la prochaine section.

Je quitte le ravitaillement. Seul. Comme je viens de vous le préciser. Il faut suivre un peu ! Logiquement, on repart pour un tout petit segment. 3 ou 4 km. Pas plus. Une belle descente suivi d’une montée sèche en plein cagnard ! Quelque chose comme 300 D+ à avaler sans se plaindre.

Je ne me rappelle pas non plus de ce segment. Je sais que je commençais à être très faible. Je ne levais presque plus les bras. Ils tombaient droit comme deux poireaux qui n’auraient pas vu d’eau depuis quelques jours. J’ai les premiers signaux de malaise. Mes yeux picotent. Je vois les décharges électriques passées dans les nerfs sur ma rétine. J’essaie de me résonner. Je m’arrête de courir. Je marche. Prends un gel. Et je tente de relancer la machine.

La montée vers grand place les bas école m’aide à revenir à un niveau élevé de concentration. Je n’ai pas tellement, voir pas du tout d’énergie pour galoper. Je marche de plus en plus. Mon genou est assez douloureux. Je l’avais oublié ce coquin ! A chaque appui sur la jambe droite, je suis maintenant obligé de poser ma main sur la cuisse pour rendre le geste moins douloureux. Cela reste supportable.

Je ne sais pas comment. Mais j’arrive à rejoindre le ravitaillement suivant. J’y arrive même en courant dans mon souvenir. J’ai mis 45 min pour faire 3 km. J’ai beau ne pas avoir de souvenir. Maintenant que je suis lucide, je m’imagine bien en train d’avancer tel un zombie en fin de soirée. C’est beau !

 

 

(14) GRAND PLACE LES BAS ECOLE – Km 98.49 – Altitude 560 m

Cumul D+ = 5573 m / Temps de course : 16 h 07 min 16 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 3 km / 302 D+ 

Classement : 55ème. 

J’arrive seul au ravitaillement. Il y a 2 raideurs qui sont déjà installés. Ils ne faisaient pas partis du groupe que j’ai quitté tout à l’heure. Le groupe a du bien avancé maintenant. J’étais sûr qu’il ne fallait pas que je les lache ceux-là.

Je m’alimente peu. Uniquement des quartiers d’oranges. Le reste ne me donne pas envie. Les deux gels que j’ai avalé sur les trois derniers kilomètres m’ont dégouté de toute alimentation pour un bon moment.

Trois filles se jettent sur moi. (ET JE PEUX VOUS LE DIRE.. CELA NE M’ARRIVE PAS TOUS LES JOURS.. bon un jour sur deux :p). Ces nanas m’aident énormément. Elles prennent mes flasques et les remplissent en une vitesse record. Elles font de même avec mon camelbag. Je n’ai rien à faire. C’est trop bien.

Après ce chouchoutage en règle, je repars avec le sourire. A la sortie du ravitaillement, un bénévole réunionnais de 50 / 55 ans s’adresse à moi : « C’est pas mal ici tu as vu ? Les filles sont mignonnes. Elles t’aident comme si tu étais un demi dieu.. C’est pas à moi qu’elles feraient ça. ». N’étant plus du tout lucide, je n’arrive pas à trouver une bonne vanne. J’ai cherché pourtant. Je me vois buguant complètement devant lui, incapable de sortir la moindre phrase construite. Je crois m’être échappé avec un « Oui. C’est vrai. Elles sont vraiment sympas ! ».. OOUUUUUAH. Ca c’est du partage d’expérience. Ca c’est une phrase bien utile. Molière, Shakespeare et Racine doivent être cloués devant tant d’audace verbale de là haut !

Première partie de la montée vers « Ecole Roche plate ». Cela commence par un petit hors d’oeuvre d’une quarantaine de mètres de dénivelé. Puis nous redescendrons tout au fond d’une ravine avant d’attaquer un bloc de 679 m de D+. Je n’ai pas conscience que cette partie de la course est une des plus costauds pour mon organisme. Je vais être mis en PLS par le parcours.

Dans cette toute première difficulté, qui n’en n’est pas une pour la plupart des coureurs. Je cale complètement. Impossible d’avancer. Je m’arrête trois fois en 200 m. Obligé de m’assoir en restant à moitié debout et d’attendre que cela revienne. Quelques coureurs me doublent. Arrivé en haut de cette première bosse, je m’arrête à nouveau. J’ai follement envie d’un Ice Tea frais.

Après 5 secondes d’arrêt, je relance ma foulée sur 8 mètres. Le premier pas et le suivant sont fermes. Au troisième, je ressens une grosse perte d’énergie d’un coup. Mes yeux se ferment lourdement. Je me force pour les réouvrir. Mon pas suivant est hésitant. Je suis en train de trébucher. Le dévert de la montagne sur la gauche se rapproche de moi. Je suis en train de tomber. Je fais un malaise. Je ralentie afin de me laisser chuter presque debout sur la paroi. J’arrête ma chute en calant mon épaule contre la paroi. Je suis KO.

Allo.. Houston.. Houston.. On a un problème. Je respire fort. Lentement. Je suis complètement perdu. Mon esprit divague. Je me souviens alors d’un malaise vagale que j’ai fait il y a quelques années en sortant de table. Cette fois-ci je ne convulse pas. Je ne tremble pas. Je suis tout simplement inerte. Aucun coureur n’est devant, et il n’y en a pas qui arrive derrière. Je suis définitivement seul face à moi même. J’ai vu un banc 10 mètres en arrière. Coup de bol. C’est le premier depuis 100 km que je croise sur le sentier.

Je me lève précautionneusement afin de ne pas retomber de fatigue. Je marche dans la direction du banc. Très lentement. Chaque pas me demande un effort hors du commun. Arrivé à celui-ci. Je commence à m’assoir dessus. Cela tourne. Je ne suis pas à l’aise du tout. Je glisse alors mon dos sur la planche. Mes pieds basculent légèrement et ne touchent plus le sol. Je suis allongé. Je ne me rappelle plus bien de mes pensées à ce moment là. Je crois que pendant une ou deux minutes, j’ai pensé que c’était la fin. Que je n’allais plus pouvoir avancer et que j’allais devoir abandonner au prochain ravitaillement. Je reprends mes esprits. L’abandon n’est pas envisageable. J’ai passé trop de temps à m’entrainer ces 6 derniers mois.. J’ai sacrifié beaucoup trop de choses dans ma vie perso’ pour arrêter. Resiiiiiiiiiiiste ! Prouve que tu existes.. cherche ton bonheur partout.. va.. refuse ce monde Egoïste.. Résiste ! Suis ton coeur qui insiste. Ce monde n’est pas le tien, viens. Bats-toi, signe et persiste !

Voilà près de 10 minutes que je suis allongé. Un seul raideur est passé pas loin de moi. Il ne s’est pas arrêté. A vrai dire, je m’en cogne. J’essaie de revenir à moi même. De me recentrer sur l’essentiel. Je me mens. Je me dis qu’il n’existe qu’une seule échappatoire, me mentir à moi même. Me dire que ce monde a beau être faux, cruel, contradictoire séduisant et dépourvu de sens, Il est le monde réel actuellement. Si je veux le conquérir, j’ai uniquement besoin de mensonges pour affronter cette réalité, pour créer ma propre vérité. Celle dans laquelle je continue mon chemin. « Ca va aller » « Tu vas repartir et ça va aller mieux au bout d’un petit moment ». Ok. C’est dangereux. Cela risque de t’arriver à nouveau. Mais n’y pense pas.

Je quitte mon banc. Pour la première fois depuis que je me suis arrêté, je regarde autour de moi. Il y a un magnifique panorama. C’est l’endroit idéal pour choper une nana me dis-je. Faudra que je m’en souvienne. Ne sait-on jamais ! Je repars le sourire aux lèvres. Même si cela ne se voit pas sur mon visage.

Je finis de descendre au fond de la ravine. Je me sens vraiment pas bien. A vrai dire, je pense que tenter de continuer sans faire quelque chose de concret pour aller mieux va me mettre en danger. Par chance, j’atteint rapidement un ravitaillement de secours. Les bénévoles de la sécurité civile sont au bon endroit au bon moment. Ils ont installé leur stand au point le plus bas par lequel nous passons. 560 m d’altitude. Il y fait très chaud et humide. J’entends l’eau qui coule un peu plus loin. En regardant plus bas, je repère que nous allons à nouveau devoir jouer à saute mouton pour traverser la rivière. Au bord de celle-ci, je repère 4 tentes. Ce sont celles des bénévoles qui vont passer la nuit ici.

Ravito securité civile

Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

J’explique ce qu’il vient de m’arriver au chef de l’équipe. Il me fait assoir et me regarde. Je le sens en train d’effectuer un diagnostic. J’ai un peu du mal à parler de façon audible et compréhensible. Je suis faible. Je ne veux pas qu’ils me demandent de m’arrêter longtemps.

Le chef de l’équipe me demande « Tu n’as pas manger salé depuis un moment non ? » .. Paaaaaaaaaf ! Il a visé dans le mille. C’est vrai que j’ai très peu manger salé depuis le début de la course. Quelques saucissons par ci par là, mais pas vraiment en quantité astronomique. Il me dit « Attends. Bouge pas. Je vais te faire un verre d’eau salé. Ca ira mieux tout de suite après ». Il se retourne. Prépare la mixture et me la tend. Je trempe mes lèvres dedans. POUAAAAAAAAARFFFFF. Le mec ne m’a pas fait un verre d’eau salé.. il m’a fait un verre de sel avec un peu d’eau. C’est imbuvable. Je replonge ma lèvre dedans et je me force à avaler une grande quantité. Mais.. dis donc.. Je kiffe en fait. Bon, je n’en commanderai pas un en terrasse, mais là, à ce moment très précis.. c’est exactement ce dont j’avais besoin.

Je reste encore 3 minutes avec l’équipe. Nous parlons un peu des heures qui vont venir. Pendant ce temps, un hélicoptère se rapproche de nous. Les turbulences qu’il provoque font vaciller les tentes. Une des trois se déplace soudainement d’un gros mètre. Je me retourne en direction d’une des nanas.. « Tu feras gaffe.. ton lit se fait la malle ! ». Elle rigole. Moi aussi. Ca va mieux. Que cela soit dans la tête ou physiquement, je sens que ce verre d’eau salé m’a fait beaucoup de bien. Je le finis. La mixture de sel mouillé au fond me dégoute. En descendant au niveau des cailloux pour traverser la rivière, je bois une gorgée d’eau et la recrache. Tout en sautant de rochers en rochers, je passe ma langue sur mes dents. J’essaie de me faire un brin de toilettage bucale. Je franchis la rivière.

Maintenant c’est droit dans la montée. Je repars en forme et avec le sourire. Je n’avance pas à une grande vitesse mais au moins j’avance. C’est cool. J’arrive à passer la première partie de la montée sans trop de problèmes. Je prends soin de m’arrêter deux ou trois fois afin de respirer.

Au niveau d’une nouvelle ravine, je retrouve un coureur qui parle avec un couple. Le couple, habillés en randonneurs de la tête au pied attend un coureur. Il arrive. Il est juste 100 mètres derrière moi. Je ne sais pas si c’est son état normal, mais il me parait complètement dingue. Limite fou. Etonnement, il me fait peur ^^. Je repars avec lui avant de le laisser s’échapper dans la deuxième partie de la montée.

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Crédit photo : Jean Pierre Vidot

Cette montée est très très très rude. Il y a pas mal de marches.. vous savez les bonnes vieilles marches de tout à l’heure. Celles de 50 cm. Ca calme. J’ai bien repris mes esprits. Je double un promeneur qui porte sur son épaule du matériel photo. Il semble bien douillé pour franchir cette pente sous la forte chaleur.

Plus haut, je suis rejoins par le couple de randonneurs. Je parle avec la femme. Elle est super sympa. Nous discutons du Maïdo qu’il va falloir grimper tout à l’heure. Elle me dit de ne pas m’inquiéter. Si j’y vais « Ti pas Ti pas » selon elle, cela devrait le faire. Pas de quoi s’en faire une montagne ! Un peu plus tard, je l’entends téléphoner à une amie. Cette amie doit ravitailler leur coureur à Sans Soucis. Elle prend des nouvelles. « Il court ? Il marche ? ».. Il court. Ne t’inquiète pas. « Si.. justement je m’inquiète. J’ai peur d’être en retard pour son passage. Quand tu dis il court. C’est il court normal ? Ou il court plus que normal ! ». La réponse de la nana me fait rire. « Bah tu sais.. maintenant.. quand on dit qu’ils courent. C’est plutôt ils avancent. Une course d’escargots si tu préfères. ». Je me sens l’âme d’un escargot. Szzzzurpe Seeeeeurpe.. Je continue la montée sans laisser de traces au moins.

Nous arrivons en haut de la pente. Je commence à en avoir marre. Je me surprends à râler. Moi qui suis d’habitude si souriant et plein de bon esprit. Là, j’en ai un peu raz le bol. J’ai envie de m’arrêter 5 minutes au prochain ravitaillement.

J’ai repris une foulée de course. Nous traversons un petit village. Le couple de randonneurs court avec moi. Cela m’aide, mais je ne leur dis pas. Le mec me fait un signe en direction de la droite. Regarde. Là bas. Juste derrière les arbres. C’est le ravitaillement. D’ici 15 minutes maximum tu y es. Cela me redonne un peu d’envie. J’accélère. Je double le couple. Je les remercie et je pars à fond en direction du ravitaillement. J’ai complètement oublié les douleurs de mon genou. Mes cuisses, si lourdes dans la montée ne sont plus douloureuses. Mes mollets semblent très frais. Mon énergie est bien remontée. Je reprends totalement la main sur mon corps et sur son fonctionnement.

Je déboule au ravito comme une balle. Pointage. Félicitations des bénévoles. Ayé. Ca c’est fait !

 

 

(15) ECOLE ROCHE PLATE – Km 106.79 – Altitude 1110 m

Cumul D+ = 6519 m / Temps de course : 19 h 02 min 53 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 679 D+ 

Classement : 73ème. 

A l’entrée du ravitaillement je demande mon classement. On m’annonce 73ème. Je suis plutôt content. Vu le temps que j’ai mis pour arriver ici, c’est même étonnant pour moi. Je n’ai perdu que 18 places. Pourtant, j’ai trouvé le temps tellement long. Pas loin de 3 heures pour faire 8 km. Si c’est pas long ça c’est quoi !

Le ravitaillement est super étonnant. Très dépaysant. Nous sommes dans une petite cour de récréation. L’école est juste à notre gauche. Quelques mètres plus haut. Il y a quelques bénévoles qui sont assis dans l’escalier. Ils sont jeunes. Je me sens l’âme d’un fanfaron. Je leur demande « Est-ce que ça vaaaaaaaaa Roche Plaaaaaate ? ».. façon chauffeur de salle dans une foire aux boudins.

Je continue mon chemin en direction de la table du fond. Je fais remplir mes deux flasques et mon camelbag. Pendant ce temps, je bois quelques verres d’eau pétillante et de coca. Je suis au taquet. Je discute avec les deux jeunes femmes. Nous parlons de l’état de forme des premiers à leur passage. D’après elles, Antoine Guillon était en super forme. Par contre, l’américain Jim Walmsley est arrivé au bout de sa vie au ravitaillement. Elle me dise, qu’il a pris une bouteille qu’il s’est vidé dessus avant de repartir. Le regard complètement vide. Parler de cela permet de m’échapper un temps de ma course.

Je retourne du côté du ravitaillement alimentaire. Je m’assoie sur une petite chaise. Je pose mes coudes sur mes cuisses. Je suis quand même bien attaqué physiquement. Je sens que mon dos commence à me faire mal. C’est rare que cela m’arrive pendant une course. Généralement c’est plutôt le lendemain que j’ai des sales courbatures. Là, je pense que le gros enchainement de blocs positifs et la combinaison d’un sac alourdi par le camelbag joue beaucoup.

J’ai rejoint quelques coureurs à ce ravitaillement. C’est pas la grande forme à priori. Je suis plutôt content. Je pensais vraiment m’être fait complètement distancé. A ma droite, je retrouve ma future copine de Maïdo. Fernanda Maciel. Elle semble bien attaquée. Je discute un peu avec elle en Espagnol. J’avale deux bouts de bananes, deux bouts de fromage et quelques quartiers d’oranges. Juste avant de me lever. Je demande si par hasard, ils n’auraient pas un peu de sel pour moi. « Si. Regarde. Il y en a une pleine assiette juste là ! »… Une assiette de sel. Sérieusement, il y a que sur de l’ultra trail que tu peux voir ça. Je picore dedans. 5 ou 6 pincées assez fournies que j’avale rapidement.

Je me lève. Petit verre de coca pour faire passer le gout. Et je repars. Je remercie chaleureusement les bénévoles. Je sais que j’ai fait une blague en partant, mais je ne me souviens pas du tout du contenu. Dommage. Ils ont bien ri. En quittant le ravito, j’entends qu’une des bénévoles dit « Lui. C’est alexandre. Il fait des résumés sur son site de toutes ses courses. Faut absolument que vous alliez voir.. ». Raaaaah LaLa. LA STAR quoi. C’est sur ce dernier ravitaillement en égocentricité que je file. En courant.

Je grimpe plutôt pas trop mal pour le moment. Ce n’est pas du Jim W. dans ses grands moments, mais je suis plutôt fier de moi. Mon malaise est loin maintenant. Cela tombe bien car c’est parti pour la montée mythique du Maïdo. 7 km avec pas loin de 1000 mètres de dénivelé. Je crois que c’est une des plus grandes difficultés de tout le parcours sur le papier. En regardant mon profil, je vois que je me suis donné 3 h pour effectuer ce segment. Cela risque d’être long. Mais j’ai du temps de toute façon. Etre encore dans le Top 100 m’a étonné. Je souhaite y rester et je sais que ce genre de terrain est propice pour moi.

Après deux bons kilomètres passés seuls, je repère sur ma droite une magnifique paroi rocheuse qui tombe droit sur 90 ou 100 mètres je pense.

Bon. Si quelqu’un connait le coin, il pourra me dire si j’ai bien vu ce que j’ai vu.. ou si j’ai juste eu une hallucination totalement folle. Je suis sûr et certain qu’il y a un loup dessiné en immense sur la partie droite de la paroi. Et sur la partie gauche, j’arrive aisément à reconnaitre un visage de sorcière. Alors ? Folie ? Hallucination ? Ou ces dessins sont-ils des vrais. A chaque fois que je peux regarder cette paroi, je vois toujours ces deux dessins. Ils ne me paraissent pas naturels. Je suis presque sûr que ce sont des humains qui les ont dessinés. J’essaie même d’imaginer comment ils ont pu le faire. En rappel en partant du haut ? Ou avec des immenses échelles en grimpant façon escalade sur la paroi. Cela semble plausible. Très compliqué, mais plausible. Plus tard, quand je confronterai ma vision avec d’autres coureurs. Ils souriront. L’air de dire « Je sais pas ce que tu prends.. mais c’est de la bonne ». Je laisse planer le doute. Je préfère croire que ces dessins existaient bien. Cela me rassure. Je ne suis peu être pas fou.

Après cette première partie en solo, je suis rejoint par Fernanda qui remonte fort. Je m’accroche à elle. Nous allons faire toute la montée ensemble. Au début, nous ne parlons pas trop. Puis de temps en temps, nous nous posons des questions. Tu viens d’où ? Comment tu te sens ? C’est ta première diagonale ? Tout cela en anglais bien sûr. Je n’ai pas trop conscience de qui est Fernanda. Je vois à la forme de ces mollets qu’elle doit vachement courir. Ils sont tous simplement parfaits. Magnifiques. Affutés comme jamais je n’ai pu voir. Ce ne sont pas non plus des mollets masculins. Ils sont féminins. Doux, mais sculptés. Je passe de longues minutes à regarder le jeu de sa jupe de course virevolter au gré des zigs zags de la montée. Ce moment est assez majestueux. Cela me rappelle cette scène dans les Poupées russes. Quand Xavier regarde sur le fond sonore de quelques trompettes et saxophones, sa copine mannequin marcher au milieu d’une rue aux propositions parfaites. Une femme parfaite, au proportion parfaite qui avance dans un espace parfait. C’est tout à fait ce que j’ai devant les yeux.

La montée est très longue. J’avale un gel coup de fouet au milieu. Fernanda a un rythme de malade. Nous avançons sans réfléchir. A un moment, nous doublons un coureur. Rapidement, il n’est plus derrière nous. Whouaaaaah. Ca envoie grave là. De temps en temps, elle se ravitaille. Je la vois prendre un sachet dans lequel elle capte quelques petits morceaux légèrement blancs. Je fais un peu d’humour. « Do you believe you are at the cinéma. Don’t eat pop corn ! ». Elle rigole. Nous continuons à discuter. Je ne me doute pas du tout de qui elle est en fait. Je lui demande si elle a des enfants. Elle me dit que je non. « .. Ok. I understand your pace now ! ». Dans la discussion, elle me glisse qu’elle est un peu fatiguée. Ces jambes sont lourdes aujourd’hui. « You know, i have done the ascent record of the Kilimanjaro two weeks ago. I’m a little tired ». Ah bah.. Tout va bien. La nana est juste une championne hors catégorie.. Je deviens automatiquement fan. Déjà que je l’aimais bien. Là, je suis une groupie maintenant.

La nuit tombe. Nous avons quitté Roche plate vers 17 h 20. Logiquement, nous allons finir l’ascension une fois le soleil largement couché. La lumière commence à faiblir progressivement. Je me rends compte que je ne vois plus très précisément les blocs rocheux à passer devant moi. Je tiens 25 minutes sans sortir ma petzl. Nous sommes presque en haut. La lumière de Fernanda me suffit amplement. Je garde son rythme de fou pour ne pas avoir à sortir ma frontale. En restant 2 mètres maximum derrière elle, j’arrive à repérer les obstacles qu’elle évite.

Le dénivelé est légèrement moins fort maintenant. Nous sommes à moins de 10 minutes du sommet je pense. Dans cet endroit moins pentu, Fernanda envoie très fort. Trop fort. Je ne vois vraiment plus rien. Cela devient dangereux. En plus, nous sommes maintenant sur un monotrace qui serpente en montée. Le précipice est juste à droite. Un pas de côté et c’est la chute. Stop. J’arrête les bêtises. Je dis bye bye à ma copine de montée. J’ai adoré. C’était super cool. Je défais mon sac et cherche ma frontale dedans. Je perds une ou deux minutes pour l’installer parfaitement.

Me voilà reparti. Je suis maintenant seul. Je ne vois pas la lumière de Fernanda au loin. Ce n’est pas grave. J’entends par contre les applaudissements des spectateurs au sommet. Je ne suis vraiment plus très loin. Je finis en accélérant. Je cours dans la montée comme un fou. Putin. Que c’est bon. J’ai l’impression d’être revenu à mon niveau du début de course. J’entrevoie enfin le sommet. J’ai vu et revu 1000 fois, les François D’Haene et Kilian Jornet passer le sommet. Je le connais déjà.

Il y a foule. Je déboule comme un dingue. Je suis acclamé. C’est très chaleureux comme ambiance. On a vraiment l’impression d’être un demi dieu dans les moments comme ceux là. Au sommet, je suis un peu désorienté, cela fait bien 5 ou 6 heures que je n’ai pas vu autant de monde. On m’indique le chemin à suivre. Je ne m’arrête pas. J’applaudis la foule tout en courant. Je repars comme une furie.

Cela descend maintenant. Je peux envoyer du pâté. Rapidement, je rattrape Fernanda et deux autres coureurs. Nous arrivons au ravitaillement ensemble. Une tente de taille moyenne perdue au milieu de nul part dans la nuit. C’est assez lunaire comme endroit.

 

 

(16) MAÏDO TETE DURE – Km 113.53 – Altitude 2030 m

Cumul D+ = 7598 m / Temps de course : 21 h 15 min 51 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 790 D+ 

Classement : 72ème. 

La nuit est tombée rapidement. C’est la deuxième maintenant. Je n’ai plus aucune, mais alors plus aucune notion d’heure. Il peut être 19 h comme 04 h du mat’. Je n’en ai pas la moindre idée. Tout ce que je sais, ce que j’ai avalé le Maïdo sans problème. En un peu moins de 2 h je pense. Cette réussite m’enchante. Je suis de retour dans le game !

Je m’assoie sur un petit tabouret à proximité de la nourriture. M’arrêter me fait me rendre compte que j’ai tout de même un grand niveau de fatigue. Mon rythme de parole et les mouvements que je fais pour saisir de quoi manger sont lents, mous, presque sans buts. A ma droite, il y a Fernanda. Nous nous regardons un instant. Nous rigolons. Elle me dit que c’est drôle, car nous nous suivons depuis plus de 15 bornes maintenant. Je rigole avec elle.

Il y a un peu de musique dans le ravitaillement. Un groupe placé à gauche derrière les tables joue un peu. Je n’arrive pas du tout à m’y intéresser. C’est un bruit de fond pour moi. Je m’écoute. J’écoute mon corps. Je n’entends pas le rythme musical. C’est un peu comme quand vous avez des écouteurs et qu’une discussion à côté de vous est plus intéressante. Vous occultez totalement votre musique pourtant plus forte, et vous ne vous focalisez que sur la discussion. Là, c’est la même chose. La musique n’existe pas. Je me focalise sur la discussion de mes organes entre eux. De temps en temps, des bénévoles s’adressent à moi. Je ne suis plus bien lucide. J’ai du mal à leur répondre. Il fait froid. Nous sommes à plus de 2000 mètres d’altitude et la tente est restée ouverte aux quatre vents. J’ai la chair de poule. Une bénévole le repère. Elle me propose une couverture. LOL. Sa proposition me fait revenir à la course. « Ne vous inquiétez pas pour moi. Je repars maintenant. ». J’enfile ma Salomon Bonatti en ressortant du ravitaillement. Les manches sont humides. Fernanda et les autres coureurs sont déjà repartis depuis 3 ou 4 minutes. Les bénévoles applaudissent mon départ.

Le début de la descente est étrange. Et il le devient encore plus dans une espèce de forêt.. J’ai beaucoup d’hallucinations. J’imagine des visages sur des arbres et sur des rochers. Ici, c’est le visage de Roosevelt.. Là, celui de Stéphane Bern. Là celui de Jim Carrey. Je délire complètement. Cette forêt me semble hantée. Je vois de temps en temps des masses fuir lorsque j’arrive. Comme des troupeaux de sorciers.. Un peu plus loin, j’imagine des gens assis. Immobile. Ca va plus du tout là haut. J’ai du prendre trop d’eau pétillante. Le chemin est assez roulant. Il serpente sur une pente douce. J’arrive à bien avancé. J’ai un gros rythme. Je recommence à suer énormément. Je m’en rends compte car de l’eau s’accumule dans mes manches. Je dois régulièrement agité mes bras dans tous les sens.. en espérant que la force centrifuge et la gravité fassent fuir l’eau qui me refroidit les avants-bras.

Qui dit gros rythme, dit grosse fatigue. J’ai besoin de m’arrêter deux fois. Je me rappelle bien de la deuxième. Je m’arrête sur un tronc. Je prends vraiment mon temps. Personne ne me rattrape. Je rêve de manger un Kinder Bueno là.. maintenant.. tout de suite.. Dommage je n’en ai pas. Ce sera gel GU goût limonade à la place. Beurk. Je me retourne et j’urine. Il n’y a pas un bruit autour de moi. Bizarrement, je commence à avoir peur en ne bougeant pas.

Je repars. En continuant dans la forêt, je commence à m’ennuyer. L’envie de Kinder Bueno me pousse à une réflexion forte de décomposition de la fabrication de cette gourmandise. J’imagine toutes les étapes qui permettent d’en fabriquer un. J’imagine les longs bâtons de Kinder Bueno. Ceux-ci sont coupés par une machine avec une lame chauffante qui permet de faire couler le chocolat sur les cicatrices. Puis, les petits bouts passent dans un tunnel dans lequel ils sont mis dans le petit sachet transparent qui les enferme. Tac. Tac. Le sachet est refermé. Puis il y a une longue enfilade de tapis roulants permettant d’amener les bâtonnets à un trieur. Le trieur regroupe les bâtonnets par deux. Dernière étape. Le packaging. Les bâtonnets sont regroupés côte à côte et la machine vient englober le couple ainsi formé dans un sachet coloré. Clip. Clip. Le robot referme le sachet. C’est fini.. On s’éclate en Ultra.. C’est moi qui vous le dit ^^.

Après avoir passé la forêt, j’entre dans un espace complètement dégagé. Nous sommes encore vraiment proche du sommet. La descente va devenir plus franche. En tout, celle-ci fait 13 kilomètres. Et je peux vous promettre qu’après 113 km.. 13 Km de descente c’est une éternité.

J’ai rattrapé Fernanda et une japonaise. On avance bien tous les trois. Je sens Fernanda un peu KO. Je sens qu’il y a de la compétition entre les deux femmes. La japonaise accèlère.

Depuis notre montée, j’ai vraiment pris en sympathie Fernanda. Alors que la japonaise s’éloigne devant nous, je me retiens de partir pour rester avec Fernanda. Je lui passe devant et je tente de la ramener vers la japonaise. Je ne dis rien, mais je pense bien qu’elle a compris le message. Reste derrière moi. Je dégage le passage et on récupère l’autre. Cela ne fonctionne pas bien. Je la sens freiner dans mon dos. J’opte pour une autre stratégie. Lui montrer qu’en une petite accélération nous pouvons rattraper la japonaise. Je quitte donc fernanda et rattrape très rapidement la japonaise 200 mètres devant nous. Elle m’a entendu arriver. Elle accélère encore plus. J’ai complètement les jambes pour la déposer si je veux. Mais je me gare derrière elle. De temps en temps, lorsque le chemin se dégage sur 5 à 6 mètres devant moi, je regarde vers l’arrière. Je n’arrive plus à voir la lumière de Fernanda. Tant pis. J’enchaine avec la japonaise.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

(Photo prise à autre moment. Mais il s’agit bien de ce petit bout de femme :D)

Cette coureuse est complètement différente de Fernanda. Elle est particulièrement petite. Si elle tape le mètre 60 c’est la fiesta. Ces jambes sont ultra fines. Elle n’a presque pas de muscles au niveau du mollet. Pourtant elle envoie sacrément fort. Je trouve sa façon de courir très rigolo. Pleins de tous petits pas. Les uns semblables aux autres. Cela me rappelle un peu le champion japonais que j’avais croisé il y a maintenant 80 km. Je pense qu’ils doivent s’entrainer ensemble. C’est flagrant. Bon rigolo ou pas. La fusée nippone ne faiblit pas. Je me retiens de la dépasser, mais clairement on descend à fond maintenant. Cela faisait des heures que je n’avais pas couru. Une vrai foulée de course. C’est si bon.

Le terrain est très poussiéreux. La lumière de la PETZL éclaire plus la poussière que le chemin. Ma vision se limite à deux ou trois mètres devant moi. A la vitesse ou nous allons, ce n’est pas assez pour se sentir en sécurité. Il commence même à pleuvoir un peu. Une pluie très fine. Cela ne me trempe pas. Par contre, le terrain est devenu un peu glissant. Heureusement, cette portion est plutôt large. Il y a un nombre phénoménal de rondins qui coupent le sentier et forment des espèces de petites marches. Ce n’est pas bien agréable pour courir.

Nous doublons 3 ou 4 coureurs et on les dépose littéralement. Ca va très bien à ce moment là. Je redeviens entièrement lucide. Je repère au loin, beaucoup plus bas les lumières de la ville. La descente devient interminable. Le fait de voir que notre but est encore loin aiguise ma patience. J’ai appris lors de la CCC à être patient. C’est une qualité nécessaire pour ce genre de course.

Quelques passages plus étroits m’empêchent de doubler la coureuse nippone. Les rochers qui tapissent le sol de ces passages sont maintenant très glissants. La pluie a fait son boulot. Pour elle, pas de problème. Sa toute petite foulée très rapide, et son centre de gravité proche du sol rendent son avancée agile sur ce genre de terrain. Pour moi, c’est une autre affaire. Je dois faire très attention à chacun de mes appuis. Je ne veux surtout pas être mis à terre. Chacun de ces passages me fait perdre 8 à 10 mètres sur elle. Je comble le trou dans les relances. Cela fonctionne bien. C’est un peu trop yoyo à mon goût. Je pense que je m’épuise un peu à faire cela.

Fin de la partie technique. Nous virons sur la droite. Nous rejoignons un chemin de 4×4. Ni une ni deux, j’accélère dans celui ci. Je passe à droite de la coureuse japonaise. Je me vois encore en train de passer à une foulée très aérienne. Je lève plus les pieds. Je vais chercher des appuis plus loin. Mes mollets remontent vite derrière moi. J’ai une très bonne vitesse et cela me fait du bien. Très rapidement, j’ai dépassé ma concurrente. Je n’y réfléchis pas trop. 50 mètres après un large virage sur la gauche, je me retourne. Elle n’est déjà plus là. Je pourrais vous dire que je ne suis pas un grand fan de déposer des coureurs.. que mon ego n’en est nullement nourrit. Mais cela serait mentir. J’adore cela. On n’attaque pas seulement pour faire du mal à quelqu’un, mais peut-être aussi pour le seul plaisir de prendre conscience de sa force. Je prends bien conscience que je suis fort. Cela me ravit.

Dernier petit bout de descente. Je déboule à fond dans Sans Soucis. Il y a énormément de monde. Je prends du plaisir à applaudir les spectateurs présents. Je m’imagine à leurs places me voyant arriver. Descendant de la nuit, frontale en tête. Fendant le bitume. Courant comme un fou.. au deux tiers de sa Diagonale.

 

 

(17) ECOLE SANS SOUCI – Km 126.42 – Altitude 350 m

Cumul D+ = 7665 m / Temps de course : 23 h 24 min 22 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 13 km / 68 D+ 

Classement : 67ème. 

J’entre dans le ravitaillement par l’arrière. Nous sommes bien à l’abris dans un préau d’une école. Il fait chaud. Le fait d’être à seulement 350 mètres du niveau de l’océan joue énormément. Je m’assoie. Les bénévoles présents insistent pour que l’on mange un vrai repas et que l’on se repose. Je refuse poliment. J’ai besoin de me ressourcer un peu. De prendre un peu de temps pour évacuer la fatigue. En face de moi, derrière la première rangée de tables, je repère deux jeunes femmes en train de préparer de la pâte. Je ne rêve pas. Elles sont en train de faire des crêpes ! Je surkiffe ! Je leur demande si je peux en avoir une. Elles me répondent : « Pas de problème ! ». Etant donné que nous sommes dans la ville de Sans soucis. C’est un comble.

J’avale une première crêpe au sucre bien chaude. Qu’est de que c’est bon bordel. Un vrai délice. Je me lève. J’en récupère deux de plus et je me rassois pour les manger. Je fais ensuite remarquer aux deux filles qui préparent les crêpes, avec un brin de moquerie, qu’elles font des crêpes aussi belles que mes pancakes. En effet, elles ne sont pas très fines. Etant un piètre cuisinier, je me permets cette petite attaque. Elles rigolent. « Attend.. tu vas voir la prochaine. Elle sera parfaite. » Je n’en doute pas.

Me voilà depuis 5 minutes assis sur mon banc. A gauche, un autre coureur est assis. Il semble exténué. A droite, un autre vient d’arriver et tremble un peu de fatigue. Les 13 kilomètres de descente avec 1700 m de dénivelé négatif ont fracassé notre corps. J’ai avalé cette section en moins de 2 h. Mes cuisses, dorénavant au repos, commencent à se refroidir. Je regarde mes mollets. Les muscles bougent. C’est pas très beau à voir. C’est très troublant comme sensation. Le corps s’exprime, alors qu’on vient de le faire taire. Je n’ai pas bougé depuis 5 minutes, mais j’ai l’impression que mes mollets ne s’en sont pas rendus compte. Ils courent encore. C’est troublant. Nous débriefons la descente avec 2 ou 3 raideurs.

Je me relève. J’enfile ma veste. Elle est trempée. Ce n’est pas bien grave. Je ne suis plus du tout à ça près. Avant de quitter le préau, je prends quelques pincées de sel et j’avale une dernière crêpe. Je sors par la gauche de l’école et je pars en direction du stade quelques centaines de mètres plus bas. Je souhaite récupérer mon second sac assistance. J’ai envie de me changer.

Je rejoins le stade en marchant. Je récupère rapidement mon sac et file dans les vestiaires. Une fois dans ceux-ci. Bien au chaud. Mon odorat me fait dire que soit le vestiaire sent énormément la transpiration, soit c’est moi. Mais si c’est moi, c’est chaud. Je ne laisse que rarement une forte odeur de transpiration. Là, c’est proche de l’irrespirable.

Je décide de changer uniquement mon T-shirt directement en contact avec ma peau. J’enlève mon T-shirt UTMB et j’enfile un t-shirt nike manche longue. C’est la première fois que je me change pendant une course. C’est tout simplement ULTRA agréable. Après mettre rhabillé, je récupère des piles pour ma frontale. J’ai peur que la batterie ne me lache dans la nuit. Enfin, je finis par récupérer ma dernière réserve de gels. J’ai fini mes réserves faites à Cilaos. Je ressors du vestiaire. Je réfléchis. N’ai je rien oublié ? Ai-je bien laissé tout ce dont je n’ai plus besoin ?.. Je tâte mon sac. EUREKA. La casquette Sahara que je me suis trimballé pour rien depuis 126 km. Je la récupère et la glisse dans mon sac assistance. Ce ne sont que 100 grammes en moins, mais psychologiquement, je me sens plus léger.

Juste avant de repartir, je passe au niveau des cuisines. Toute une équipe de bénévoles sont en train de faire cuire de la bouffe dans des casseroles et des poeles surdimensionnées. Cela sent incroyablement bon. Je décide de ne pas me laisser tenter. Voilà déjà 20 bonnes minutes que je suis là. Je ne veux pas perdre plus de temps. Un coureur affamé et semblant super fatigué s’arrête à une table. Il a pris une grande assiette. Je discute rapidement. Il me dit qu’il va tenter de bien s’alimenter et de dormir une petite demi-heure. Je ne comprends pas la stratégie. Ce n’est pas du tout la mienne. Je file.

Je redépose mon sac assistance. Je me tourne en direction de la sortie. Je repère le coureur danois qui m’avait largué dans le haut du Taibït il y a une grosse dizaine d’heures. Il est plié en deux sur un lit de camp sous une tente. Je lui parle 2 minutes. Il me dit avoir des problèmes intestinaux et ne pas pouvoir s’alimenter. Je lui dis de bien se reposer et que d’ici une grosse heure, il peut repartir et finir tranquillement. Je sens une grande détresse dans son regard. C’est assez triste. Je le quitte et me dirige vers la sortie du stade. Quelques bénévoles et supporters m’applaudissent. « Bon.. C’est par où maintenant la Redoute ? ». On m’indique le chemin. Je repars.

Je me force à relancer. C’est devenu particulièrement difficile de courir. Après tant d’heures de course et tant de kilomètres parcourus, s’arrêter 20 / 25 minutes et tenter de repartir est une vrai épreuve. La route en bitume m’aide un peu. Je me force. Chaque foulée est atroce. Je suis un peu rouillé. Je vais mettre presque 5 minutes à reprendre une allure et une foulée à peu près normale. Et puis, c’est pas 5 minutes sympathiques. C’est vraiment 5 minutes de souffrance. Au mental. Il faut oublier la douleur et se dire que si on se force, cela va revenir. Il faut y croire. Très très fort. Et puis au bout d’un petit moment cela marche. Mais quel petit moment !

Je suis encore en ville. Un petit groupe de supporters est positionné dans un virage. Je repère qu’un des garçons porte un maillot du PSG. Je crie « ALLEEEEEEEEEEEEER PARIS ». Ils rigolent. Je ne m’arrête pas. Je suis toujours entrain de réapprendre à courir. J’entends derrière moi « Ici c’est ? ».. Je crie « PAAAAAAAAAARIS.. fuck l’OM.. ». C’est très con. Ce petit moment de détente ma fait sortir de ma souffrance. Je suis à nouveau bien dans mes pompes.

Je quitte la ville et rejoins une descente. J’ai regardé mon profil avant de partir, je sais que nous devons descendre jusqu’à une rivière. Presque au niveau de l’océan, puis nous allons nous manger une énorme montée (+ 631 m) avant d’atteindre le prochain ravitaillement.

Cette descente est plus compliquée que prévue. Le chemin est dangereux, piégeant. Les lumières de la ville encore proche n’éclairent presque plus le chemin. Ma PETZL semble être moins puissante. Je vois mal les difficultés qui se projettent sous mes pieds. Ce moment est difficile. Je tente de le faire passer le plus rapidement possible en me forçant à courir. Les herbes sauvages, coupées à hauteur de genou graillent du terrain sur le sentier. Je passe régulièrement mes jambes dedans. Je sens des éraflures. Je ne suis plus du tout à cela prés. C’est même étrangement une bonne chose. Ces petites douleurs régulières tiennent mon corps en éveil. Cela fait mal. Juste assez pour faire du bien. En bas de la descente, je me retourne. Je repère 3 PETZL encore très loin derrière. Ils commencent à peine la descente. Je vais être seul pendant un moment.

Nous sommes maintenant tout en bas. La chaleur est presque suffocante. Je dois m’asperger d’eau à plusieurs reprises. Je suis complètement en nage. Je sens ma sueur couler de mes cheveux, glisser sur mes tempes, atteindre mes joues et lentement tomber sur mon t-shirt au rythme de ma foulée. Je sers celui-ci de temps en temps avec ma main droite au niveau de mes hanches. C’est une vrai éponge.

La route de 4×4 sur laquelle je me trouve est très plate. Le sol est assez lisse. Seuls, quelques cailloux trainant ici et là m’empêchent de courir à fond. J’ai récupéré une super vitesse. Je continue à longer ce que je devine être une rivière sur ma droite. Le chemin fait pour moi plus d’un bon km. J’avance à une super allure. Je suis sûr qu’à cette vitesse, je ne peux être rattrapé. Je suis très content. Car même si physiquement, je suis plus qu’atteint; ma tête arrive encore à faire courir mon corps sans trop de problème. Je suis encore maitre de moi même et en pleine maitrise de mon destin. J’ai appris à faire courir mon corps. Les signaux qu’il m’envoie restent lettre morte face à ma volonté d’aller au bout.

CROOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOA. J’entends depuis un long moment un sacré bruit assourdissant. Une sorte de renaclement de gorge puissance 1000. Je pense que c’est une pompe industrielle au niveau de la rivière. Le bruit est tellement fort, que je n’entends plus mes chaussures frotter le sol. C’est perturbant.

Jonction sur la droite, je me rapproche de la rivière de galets. Cette rivière est presque à sec. Si vous aimez les cailloux, si vous aimez les rochers, je vous souhaite la bienvenue au paradis. C’est l’enfer. Il est strictement impossible de courir ici. Il faut patiemment sauter de rocher en rocher pour avancer. Tout en prenant bien garde à s’appuyer sur des pierres qui sont ancrées dans le sol. C’est un peu la loterie. Parfois, cela passe. D’autres fois, tu mets le pied sur le rocher et vlan, il se décale d’un coup. Ma montre bip. Je vois que je cours maintenant depuis plus de 24 h. C’est complètement dingue !

On me fait remonter ce champ de galet jusqu’à un passage un peu plus haut. Le bruit est toujours aussi fort. J’éclaire avec ma frontale ce qui se trouve à gauche de moi. Je souhaite voir la quantité d’eau à traverser. Faisant cela, le bruit s’arrête net. Je ne comprends pas au premier coup. Après plusieurs coups de tête en direction de la rivière, je commence à comprendre. Il ne s’agit pas en fait d’une pompe industrielle. Il s’agit de crapeaux. Alors, soit mes oreilles ne fonctionnent plus du tout, soit ces drapeaux sont des vrais choristes. Je n’exagère pas quand je dis que le bruit est assourdissant. Je pense que cela doit être terrible pour les gens qui habitent pas loin. La technique de la frontale a arrêté ce bordel sonore ambiant, mais elle m’a aussi permis de repérer le passage à prendre pour traverser la rivière. Cela coule pas mal quand même. La petite pluie qui s’est offerte à nous en descendant du Maïdo a sûrement eu un petit impact là dessus.

Mieux vaut ne pas se louper. Il va falloir sauter de rocher en rocher pour traverser. Un peu comme à la marelle. Une marelle avec beaucoup de cases quand même ! Je m’arrête juste avant de sauter sur le premier roc. Je décroche le cable que j’avais branché pour recharger ma montre. Je ressers mon sac, et je me lance. Mes jambes ne sont plus du tout agile. Elles tremblent. J’arrive tant bien que mal à traverser en m’aidant de mes mains. Le bénévole présent, doit avoir pitié de moi. Je pense que je fais peine à voir. Mes mouvements ne sont pas fluides. Je tombe plus qu’un rocher à l’autre que je ne les sautent.

(De jour cela donne quelque chose comme cela =>)

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Crédit Photo : Emmanuelle Villeneuve

Fin de la traversée, maintenant cela remonte dur. Nous devons passer entre trois gros tuyaux. Ils sont glissants. Je prends garde à ne pas tomber. Au niveau du troisième, ma tête se retrouve à 25 centimètres d’un crapeau. Je me fige. Lui aussi. L’instant est celui d’une rencontre. Nous nous regardons. Je choisis de l’écarter gentillement du sentier en lui disant « Reste pas là bonhomme.. tu vas te faire écraser par le troupeau qui arrive ! ». Oui. Je parle aux crapeaux. Et alors ? Vous n’avez jamais lu de comtes pour enfants ? Vous ne savez pas qu’il s’agit surement d’un coureur qui s’est fait changer en invertébrés par les sorciers que j’ai croisé tout à l’heure ?

Plus haut dans la montée, je regarde sur ma droite, de l’autre côté de la rivière. Je compte 5 PETZL qui avancent en direction de la rivière de galets. Je dois avoir 4 minutes d’avance sur eux. Ils vont rapidement me rattraper. J’entends à nouveau les crapeaux, qui à l’abris de ma lumière repartent de plus bel. C’est l’enfer ce truc. Pire que les scooters sur Paris.

La remonté est assez difficile. Ce n’est pas Montmartre un jour de présence touristique, non plus. Je n’arrive pas pour autant à courir. La progression est lente. Le % est trop fort. Je passe sur un mode de course en marche rapide. Je sens que je ne m’épuise pas trop comme cela. Nous passons tout à côté d’un stade. Quelques supporters sont présents.

Nous allons maintenant avancer dans une zone assez résidentielle. J’arrive à relancer. A la fin d’une route, je perds le balisage de vu. La route s’arrête à un portail. Impossible de trouver le chemin. Il y a bien un champ sur la droite, mais cela ressemble plutôt à un terrain vague qu’à la suite de la Diagonale. Je commence à faire plusieurs fois demi-tour. J’entre même dans un jardin privé. Non ce n’est pas par là. Mais c’est où bordel de putin de merde. Je commence à m’énerver. Je tourne en rond comme cela pendant près de 5 minutes. Je suis rejoins par un autre coureur. Il est plus lucide que moi. En moins de 30 secondes, il repère le bon chemin. Je le suis.

Nous repassons à proximité de maisons. Il y a plusieurs groupes de personnes qui font des fêtes dans celles-ci. En même temps, nous sommes vendredi soir. Il n’est pas loin de 23 h. C’est normal. Parfois, cela sent bon le barbecue. C’est assez cruel comme odeur. Je n’y prête pas plus attention qu’il ne le faut. Je continue à avancer avec mon nouveau collègue. Nous attaquons une montée un peu plus franche maintenant. Nous sommes dans un chemin qui passe entre les maisons. Ce n’est pas que c’est moche, c’est juste que par rapport aux paysages qui nous ont été offerts jusqu’à présent, ce n’est pas fameux. Il y a quelques détritus sur le bord du chemin. Je me dis que j’ai plutôt de la chance. Je passe ce secteur de nuit. De jour, cela ne doit vraiment pas être terrible.

Il fait très chaud. Pourtant, j’ai presque froid. Mon corps ne doit plus avoir assez d’énergie pour maintenir une température confortable. Un autre coureur nous rejoint. Il semble en très grande forme. J’arrive à prendre sa foulée. Nous courrons en montée. C’est complètement dingue.

Nous avons quitté le chemin résidentiel. Nous sommes maintenant dans des champs de cannes à sucre. Comme au tout début de la course. C’est un éternel recommencement. Je n’ai plus aucune notion du temps, de l’heure qu’il peut bien être. Je suis complètement perdu dans l’espace temps. Heureusement, le coureur que je suis imprime un bon rythme. Je le tiens facilement. Je le sens très énervé. Il n’arrive pas bien à lever ces pieds. Il n’arrête pas de se prendre les jambes dans les cannes à sucre qui trainent au sol. Je suis obligé de garder quelques mètres entre lui et moi, car il ne fait pas attention aux branches qui sont à hauteur de visage. Si je reste au contact, je risque à tout moment de me prendre un retour de bambou dans la tronche et j’aimerai éviter cette sensation.

Fin de la montée. Deux bénévoles nous attendent. Ils nous bippent et posent une petite gommette verte sur le dossard. Maintenant, cela va descendre jusqu’au prochain ravitaillement. Je suis plutôt content de ma performance sur le dernier segment. J’arrive à avancer plutôt très rapidement en montée. Je sens que cela va être différent en descente. Je me relance. C’est parti.

La descente est sèche et devient très très rapidement ultra technique. C’est humide en plus. Je n’y arrive plus du tout. Je m’arrête très rapidement. J’ai besoin de souffler. Je pisse tranquillou sur le bord du chemin. Désolé pour les détails, mais en me tenant le sexe afin d’uriner, je le sens très froid. Je pense que le corps est intelligent. Il a décidé que cela ne me serait pas utile de l’alimenter en sang chaud. Il a bien raison. Je finis d’uriner et j’avale un gel. Je n’ai plus trop de motivation maintenant. J’ai juste envie d’atteindre rapidement le prochain ravitaillement et d’oublier ce qu’il va m’arriver.

Je crois que je suis sur le Chemin Ratineau. Je ne sais pas qui a décidé d’appeler cela un chemin.. mais clairement il n’a jamais vu un sentier. Là c’est tout bonnement l’enfer absolu. Cela descend terriblement. Il n’y a aucun espace plat. Uniquement des rochers de bonnes hauteurs et des grosses racines qui empêchent de prendre de la vitesse. Je suis obligé de passer presque tous les obstacles en me servant de mes mains. Qu’est ce que ce passage est dure. Je commence à me dire que ce n’est pas grave. J’ai le droit de ralentir comme cela. Je ne finirai pas dans le Top 100. Je ferai un top 200. C’est déjà énorme. Je ne m’en veux pas. Mon moral est au plus bas, et pourtant je ne déprime pas. Je me dis que c’est aussi ça la Diagonale. Cela serait trop simple si la fin de la course était plate, roulante et pas technique.

J’arrive tant bien que mal à finir la descente. Je me fais rattraper par 3 coureurs qui avancent à un bon rythme. Je ne comprends pas comment ils font. Je remarque toutefois qu’il s’agit de 3 coureurs qui me mettent 2 têtes de hauteurs. Est-ce que cela aide ? Je ne sais pas. J’arrive à tenir leur rythme sur la fin de la partie technique. Nous rejoignons le bitume. Le coin est très mal balisé. Heureusement un des coureurs connait la route. Cela nous permet d’avancer sans se soucier du chemin. Un bon kilomètre de bitume en descente et hop. Nous voici au ravitaillement.

En disant, ce « Et Hop ». Je vous laisse croire que c’est sans difficulté. En réalité, je suis exténué. La descente a fini de m’achever. J’ai mal partout. Mon dos qui m’avait laissé tranquille jusqu’à là s’y met aussi. Mes cuisses sont littéralement en feu. Je ressens pour la première fois depuis le début de la course que je commence à avoir des ampoules aux pieds et des brulures au niveau du talon. Le diagnostic est simple maintenant. Il reste 30 km à parcourir. Cela fait 26 h que j’avance. Cela va être l’enfer aussi bien physiquement que mentalement.

 

 

(18) INTERSECTION CHEMIN RATINEAU/KAALA – Km 136.21 – Altitude 430 m

Cumul D+ = 8265 m / Temps de course : 26 h 06 min 38 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 10 km / 631 D+ 

Classement : 63ème. 

Je suis complètement HS. Je m’assoie. J’ai besoin de 10 bonnes minutes. Je regarde mon profil de course. Encore 30 bornes. Une section de descente, une petite bosse de 360 D+, une derrière montée de 821 D+ pour atteindre le Colorado, et enfin 4 km de descente pour atteindre l’arrivée. Je tente de faire le calcul pour estimer le nombre d’heures qu’il me reste à courir. Je n’y arrive pas. Je recommence 4 ou 5 fois mes calculs. Impossible. Je suis beaucoup trop fatigué. Une simple addition est devenue infaisable. C’est terrifiant.

Les trois coureurs avec qui j’étais sont repartis. Je reste seul un peu dans le ravito. Sur un banc. Je prends des forces. Un gel, des bouts de bananes, du sel et beaucoup d’eau pétillante. J’attends que quelques coureurs arrivent et je repars. Seul. En me disant qu’ils vont vite me rattraper de toute façon. En quittant le ravito, j’ai discuté 20 secondes avec un accompagnateur. Il m’indique qu’il y a une difficulté très prononcée dans quelques centaines de mètres. C’est très court me dit-il, mais par contre c’est ultra prenant physiquement. Une montée façon escalade, et une descente façon varappe. Cela ne m’enchante pas plus que cela.

J’entame la petite descente sur le bitume. La difficulté que j’ai ressenti à la sortie de Sans Soucis pour me remettre à courir est tout simplement décuplé. Mes jambes sont deux bouts de bois.. je passe mes mains sur l’arrière de mes cuisses. Elles sont en bétons armés. Ca va être très dur, voir impossible de ramollir cela. Je commence à philosopher. Ressaisis toi. C’est énorme ce que tu es en train d’accomplir. De réussir. De faire. Il y a 3 ans, tu ne courrais pas 500 mètres. Maintenant, tu es dans une des courses les plus dures au monde, au km 137, tu as déjà gravi plus que l’Everest en terme de dénivelé et tu avances toujours. Tu es incroyable. Tu dois absolument devenir l’homme que tu es. Va au bout de toi même ! Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maitre, le sculpteur de toi-même.

Trêve d’auto-encouragements. Je découvre le passage décris par l’accompagnateur. Un mur se dresse devant moi. Je n’imaginais pas que cela puisse être aussi impressionnant. Il a beau faire nuit, je me rends bien compte de la rudesse du parcours. Je me lance dedans. Les quelques coureurs que j’avais quitté au ravitaillement m’ont rattrapé. Je les laisse passer.

J’affronte l’escalade. J’ai clairement autant besoin de mes mains que de mes pieds pour avancer. Pour ceux qui connaissent, imaginer le moment le plus technique des 25 bosses en forêt de Fontainebleau.. et ajoutez-y encore des rochers et des racines pour agrémenter cela. Vous y êtes. Moi aussi. Je décide que cette montée devient officiellement LA PIRE montée de toute ma vie. C’est littéralement de l’escalade. Au bout d’un petit moment, je relève la tête. Je suis étonnement en train de rattraper les coureurs devant moi. Mince ! Ne serais-je pas si mal que cela ? Mon cerveau se serait-il conditionné en mode sous-estimation totale ? Je le crois bien. Voir que je rattrape des coureurs me transcende. Je finis gaiement la montée. Mains sur les cuisses et la tête dans le sol. Un vrai trailer en fin de course.

Cette pire montée est derrière nous. Mais malheureusement, nous enchainons avec LA PIRE descente de toute ma vie. Encore une fois, ce n’est pas la distance de cette descente qui est horrible, car elle est très courte. Tout comme la montée. Mais la technicité extrême du passage en fait une vrai difficulté infranchissable. Il m’est impossible de trottiner. Même en marchant c’est dangereux. Cela me rappelle un peu les Templiers sur la fin de parcours.

Pour descendre, il faut se tenir aux cordes, aux lianes et aux arbres pour ne pas tomber. Je me lance dans chaque trou en priant pour que la branche ou la corde saisi ne cède pas. Je me retrouve souvent dos à la descente. Complètement retourné par le mouvement. Je me fais beaucoup doubler dans cette partie. Ma vitesse de progression est pittoresque.

Cela redevient presque plat maintenant. OUUUUUUUUUUUFF. Je n’en pouvais plus du tout ! Je relance ma course. Etonnement, le passage très technique à casser la tension des fibres musculaires de mes jambes. Je suis assez souple sur mes appuis et j’ai la relance plus facile. Après quelques kilomètres a bien avancé. J’ai réussi à doubler quelques coureurs. Je suis à nouveau ravi.

Ma progression s’arrête seulement lorsque ma frontale clignote trois fois. Je ne sais pas si elle va encore tenir longtemps. J’avance de 200 mètres. Elle reclignote 3 fois. Merde. Cela ne sent pas bon cela. J’avance à nouveau. D’un coup. La lumière s’éteint. Je ne vois plus rien. Je suis dans le noir. Nous sommes dans une forêt assez basse, mais très épaisse. La lumière extérieure ne passe pas. Je m’assoie au milieu du chemin. Je saisis mon sac. Je prends mon iPhone que je passe en mode flash. Afin de garder les mains disponibles, je me mets mon iPhone dans la bouche. Qu’est ce que je dois avoir l’air idiot à ce moment là. Je trouve les piles que j’avais gardé au fond de mon sac. J’ouvre la batterie de la NAO, retire la grosse pile et positionne les deux petites. Je clipse le tout et remet la batterie dans mon sac. Je me lève et allume ma frontale. Le faisceau de lumière est très léger. Cela sera suffisant pour avancer.

Je n’ai plus aucun souvenir du reste de la section. Je me rappelle souffrir. Pas physiquement (enfin très certainement que si). Mais mentalement. Je commence à être proche de ma limite de craquage. J’arrive encore à me forcer à courir. Mais je suis proche de basculer sur un mode de course : marche lente. J’ai toujours envie. Mais je crois que je ne peux plus. Enfin presque plus.

 

 

(19) POSSESION (Ecole Evariste de Parny) – Km 143.73 – Altitude 15 m

Cumul D+ = 8391 m / Temps de course : 28 h 19 min 10 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 172 D+ 

Classement : 71ème. 

Je n’ai pas le moindre souvenir d’être arrivé à ce ravito. Mes souvenirs reprennent avec une image. Celle d’une bouteille de grenadine. Mais ce kiffffffffff visuel absolu. Même dans mes rêves les plus fous, je ne m’imagine pas en boire. J’en demande un verre. Ultra dosé. On me le sert. Je l’avale cul sec. J’en demande un second. Je prends cette fois-ci mon temps pour profiter de la saveur. C’est extraordinaire. Les bénévoles présents me demandent si je veux m’assoir. Je refuse catégoriquement. Si je m’assois, je ne me relèverai plus. Je reste 5 minutes pas plus au ravitaillement. Je veux en finir maintenant.

Plus vite je repars, plus vite j’en aurais fini. Il reste 23 km à parcourir. Ce n’est pas le moment de faire une sieste. Un bénévole me dit que je semble plutôt en forme. Qu’on ne dirait pas que j’ai couru 144 km. Cela me fait rire. Je lui promets qu’à l’intérieur, je le sens bien moi. Il rigole aussi. Je remercie avec beaucoup d’entrain les bénévoles présents. Je fais un pas en arrière et me retourne d’un coup. Je me mets tout de suite à courir. Les trois premiers pas sont atroces. Je sers les dents et je ferme les yeux. Je ressens des douleurs jusqu’en haut de ma colonne vertébrale. C’est terrible de difficulté.

Je vois l’océan sur ma gauche. Nous longeons la route du bord de mer. C’est clairement encore un passage pas terrible visuellement. Heureusement, il y a très peu de circulation. Il est 02 h 30 du matin. Tu m’étonnes qu’il y a personne. Mon horloge interne n’est plus réglée que sur le nombre d’heures qu’il me reste à courir. Impossible d’en faire l’estimation. Je me rends simplement compte que je vais finir la nuit et courir un peu de jour par la suite. Le jour va me faire du bien. Je suis plus qu’exténué. Ma fatigue n’a pas d’égale. J’ai du mal à faire tenir mes bras à hauteur de mes côtes. Les sensations d’épuisement sont fortes.

Le long de cette route je m’évade un peu. Je me force à avancer. Comme souvent sur le plat, je me dis que ce sont des kilomètres qui me sont offerts. Je n’ai pas le droit de ne pas les courir. Je dois le faire. Je dois continuer. Peu importe les douleurs. Peu importe que j’ai envie que cela se finisse. Chaque pas me rapproche de l’arrivée. C’est tout ce qui compte. Un prisme intérieur me force à voir le possible partout.

En continuant sur ce bord de route, je ne repère pas de balisage. Je ne comprends pas où je suis. Ai-je loupé un virage ? Dois-je continuer tout droit. Je ne vois pas de frontale au loin devant moi. Je m’énerve. C’est pas possible. Ce n’est pas par là. Je fais des grands mouvements avec mes bras. Je crie. C’est par où ? J’espère peu être qu’un voisin ou qu’un passant m’entende et me guide dans mon périple. Une voiture passe. Elle ralentie à mon niveau. « T’arrête pas. Tient bon. Continue tout droit. La redoute est proche ! » Cela me rassure. Je suis sur la bonne route. Allez. On lache rien. Tu y es presque !

Je regarde ma montre : 26h30 de course. Et il reste encore 20 km. Je n’en peux plus. J’arrive à la fin de la route. Je repère un panneau. « Bienvenue sur le chemin des anglais ». Je m’arrête pour pisser et je regarde la longue ligne droite pour trouver des raideurs derrière moi. Il y a une frontale, mais elle est très très loin. 400 mètres derrière je dirai. J’avale un gel. Je me lance dans le chemin. J’ai souvent vu des vidéos de François D’haene sur celui-ci. Je pense le connaitre. Qu’avec cette connaissance, cela va être moins dur. Je me trompe complètement.

Je commence le chemin. Tel un écolier du samedi matin. Tête baissée. Droit dedans. Pour vous décrire le sol, c’est une espèce de large damier de dalles volcaniques. De la lave quoi. Parfois les dalles sont très bien alignées. D’autres fois, c’est le chaos le plus complet. On ne peut plus faire un pas sans trébucher. C’est très usant pour les pieds. Les ampoules que je ressens depuis une bonne dizaine de kilomètres se réveillent. Je sens que j’en ai deux grosses. Juste au niveau de la pliure du gros orteil jusqu’au milieu du pied. C’est très douloureux.

La montée est franche. Le chemin monte en zig zag. Un enchainement interminable de v .. enfin de w.. en boucle. On avance 20 mètres. Virage à 180° sur la droite. 20 mètres. 180° sur la gauche. Je ne peux vous dire combien de fois j’ai du tourner. C’est impossible de les compter. Je commence à vaciller terriblement. Je n’arrive plus du tout à avancer droit. Chaque pas devient de plus en plus dur. J’ai une position d’écolier. C’est à dire que je mets mes mains au niveau de mes pecs’. Les pouces dans les trous du sac. Et j’avance. J’ai déjà utilisé cette technique sur la fin de la CCC. Je sais qu’elle me demande plus d’efforts sur le dos, mais elle me permet de respirer. Je tiens le coup.

Je regarde tellement mes pieds dans la montée que je loupe chaque virage. Pour vous faire un schéma c’est simple. Alors que la route tourne vers la droite à 180°. Je continue tout droit. Mes objectifs de marche rapide sont simples. Chaque pas va chercher une dalle et demi devant moi. Je ne cherche pas un objectif plus lointain. Ainsi je me retrouve dans chaque virage complètement à l’extérieur. Il n’y a plus de cailloux. C’est le mur. Je m’arrête alors et je me dis « Merde putin. T’es con. Au prochain virage, tu feras plus attention ! ». Puis je me remets dans l’axe du chemin et je recommence à avancer dalle par dalle. Arrivé dans le prochain virage, j’ai déjà oublié ce qu’il m’est arrivé et je me retrouve encore complètement dans le mur. C’est impossible. Je n’y arrive pas. Tant pis. Je me traite de con à chaque virage. Ca marche quand même.

Un coureur me rattrape. Je lui demande si je peux m’accrocher à lui. Il me dit qu’il est sur une course en relai. Je me disais aussi qu’il allait vite pour un mec de la diagonale. Il ne pouvait pas avoir 145 km dans les pattes. Je le vois rapidement partir devant moi. Cela faisait un moment que je n’avais pas croisé quelqu’un. Cela m’a fait du bien. Mais le fait qu’il disparaisse me replonge dans ma solitude.

Je continue à me parler à moi même un petit temps. Puis je n’y arrive même plus. Je perds conscience. Je suis entrain de m’endormir. Cela fait très bizarre de s’endormir debout, alors que je suis entrain de courir. Mes yeux se ferment. Ma tête lourde tombe. Je la reprends trois fois. Je me dis que ce n’est plus possible. Je dois faire quelque chose. Je prends une flasque. Je l’ouvre et me lance de l’eau dessus. Cela marche pendant 1 minute. Je m’endors à nouveau. Je serai maintenant obligé de répéter cette opération toutes les 5 minutes. Etre obligé de se lancer de l’eau dessus pour rester éveillé. J’en suis là !

Un raideur me rattrape. Je ne le sais pas encore, mais nous allons faire les 15 prochains km ensemble. Il a pas loin de 50 ans je pense. Il a fait pleins de courses de tarés et a fait de sacré chrono à chaque fois. Un top 30 sur l’endurance trail des templiers dans mon souvenir. Autant dire qu’il envoie du pâté impérial. Nous sympathisons et parlons beaucoup. Ca aide à tenir.

A deux nous avançons mieux. Nous empruntons le chemin des anglais par le milieu et par le côté. Là ou les cailloux sont le plus alignés. Comme je le disais précédemment. Ce chemin est un vrai puzzle. Il faut vraiment être stratégique dans le choix de son chemin au risque de devoir faire des efforts plus durs que d’autres pour continuer à gravir la pente.

Après être descendus dans plusieurs ravines et avoir du remonter de celles-ci nous atteignons la fin du chemin. Cette partie en descente vers Grande Chaloupe est un chaos complet. Le puzzle qui a été parfois si parfait est maintenant un champ de dalles. Les hauteurs sont différentes. Les pierres n’ont plus aucun alignement. J’opte pour la stratégie de placer mes appuis sur la hauteur des dalles. Je perds pas mal de temps ainsi, mais je suis presque sûr de ne pas me faire de cheville par cette méthode. Les appuis sont rudes. J’ai terriblement mal aux pieds à ce moment là. Je pense au jeu qui est apparu sur internet il y a quelques mois « Floor is lava ! ». Là. Le floor is vraiment de la lava. Bon ok. Elle est froide. Mais le frottement provoqué par la descente a énormément chauffé mes pieds. Nous finissons de franchir ce ghetto complet. Plus on s’approche de la fin du chemin plus c’est l’enfer. On dirait qu’une moissonneuse batteuse à tout chambouler.

(De jour cela donne quelque chose comme ça =>) 

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Crédit Photo : Emmanuelle Villeneuve

Enfin la fin. Nous sommes à plat. Nous prenons un petit chemin de fer pour finir et rejoindre le ravitaillement.

 

 

(20) GRANDE CHALOUPE – Km 151.02 – Altitude 10 m

Cumul D+ = 8701 m / Temps de course : 30 h 14 min 52 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 361 D+ 

Classement : 76ème. 

2 h pour faire 7 km. J’ai pourtant eu l’impression d’avancer à bonne allure. C’est vous dire la difficulté du terrain. Je pense de temps en temps aux personnes qui vont devoir faire cette section sous la chaleur plus tard dans la journée. Ca va être terrible pour eux.

Je ne m’assois pas. Je change aussi rapidement que possible les piles de ma PETZL. Il est 4 h 15 du matin. Je sais que le jour va se lever d’ici 2 h. C’est mon dernier changement de pile. Cela tombe bien. Car je commençais à ne plus rien voir. Mon compagnon n’avait plus de lumière non plus. Sa batterie l’a lâché vers la fin en approchant du ravitaillement.

Nous sommes 3 dans ce ravitaillement. Je prends le temps de boire un petit café. Je ne pense pas que cela puisse me faire du mal d’un point de vu digestion. Je n’ai eu aucun problème jusqu’à là. Malheureusement, ce café ne suffit pas à me réveiller. Je suis beaucoup trop fatigué et mes phases d’endormissement ne s’arrêtent plus. Je plonge ma tête sous un robinet.

On repart à 3. Je suis en seconde position du petit train. Le mec derrière « Jean Luc » ne va pas prononcer un mot pendant 30 minutes. Mais il s’accroche bien.

Nous repartons pour un peu de chemin des anglais. Cela ne me fait plus peur maintenant. Nous attaquons l’ultime grimpette de la course.. un bon gros + 821 mètres de dénivelé. 9 kilomètres de montée, puis ce sera la délivrance avec 4 petits kilomètres de descente. Je vois le bout. Cette montée n’est plus qu’une formalité.

Je n’ai pas trop de souvenirs du début de la montée. Nous sommes en mode automatique sur le chemin des anglais. Nous avons décidé de courir à deux devant et JeanLuc derrière entre nous deux. Si nous ne sommes pas les uns derrière les autres, c’est car la lumière de nos frontales fait de l’ombre pour celui de devant. Nous sommes fatigués au point que la moindre petite ombre devient un obstacle géant à notre avancée.

A la fin du chemin des anglais, le jour se lève. Je n’ai plus aucune notion de jour ou de nuit. Je pourrais enlever ma frontale, mais j’oublie complètement de le faire. Il nous reste encore 400 m de dénivelé positif à effectuer. Nous arrivons à voir le sommet de loin. Cela ne me parait pas bien haut. Je n’ai plus peur. Ma seul inquiétude est maintenant, et va devenir de plus en plus forte, de me faire rattraper par assez de coureurs pour être sorti du top 100. Je serai dégouté d’échouer si près de cette barre mythique.

Les deux raideurs avec qui je suis me propose de nous remettre à courir. J’ai énormément de mal à le faire. D’un côté, je me dis qu’ainsi nous ne serons pas rattrapés, d’un autre côté je ne peux physiquement plus le faire. Je tente tout de même le coup.

Nous sommes sur une partie lisse. Un bitume pas très neuf, mais très roulant. C’est terriblement douloureux. Je commence à sortir des cris de douleurs. J’essaie de basculer sur une marche très très rapide pour atteindre la même vitesse que mes compagnons. Cela ne fonctionne pas. Je suis obligé de courir. Avec le recul, je pense que c’est le moment le plus douloureux de toute ma course. Voilà 5 minutes, que derrière mon ordinateur j’essaie de trouver les mots pour décrire à quel point j’avais mal. Mais je ne trouve rien. Si vous vous êtes déjà tordu ou déplacé un membre, ou si tout simplement vous avez déjà fait ce que l’on appelle un faux mouvement, vous connaissez cette douleur. Elle dure 2 secondes, mais est tellement intense qu’elle vous crispe tout le corps. Voilà, c’est à peu près ce que je ressens à chaque pas. Je beugle régulièrement.

Dernière montée vers le colorado. J’ai beau voir à peu près où se trouve le sommet. A chaque fois que je crois que c’est terminé. Cela continue. Nous sommes dans des sentiers de terre rouge creusés par l’érosion. Je suis obligé d’appuyer fort sur mes cuisses avec mes mains pour passer les difficultés. Dès que je suis obligé de faire un pas avec la jambe droite, c’est mon bras qui me fait monter.

La blessure que je me suis fait au genou, m’empêche toute foulée uniquement à la force de ma jambe. Au milieu d’un dénivelé poussiéreux rouges. Nous entendons un raideur débouler à fond derrière nous. Il s’agit du mec qui avait décidé de s’arrêter manger un vrai repas et faire une petite sieste à Sans Soucis. Il nous a rattrapé facilement. Il galope comme un jeune lapin. Sa foulée est parfaite. Il nous dit vouloir finir en moins de 33 h. Il est au taquet. Je suis très impressionné. Je me note pour plus tard, que la stratégie d’un arrêt réel au ravitaillement peut être une solution.

Ca y est c’est presque la fin. Il y a une zone de pointage. Le vent s’est un peu levé. Cela fait du bien. Je demande notre classement. 77 – 78 – 79. Bordel. Il suffit qu’une grosse vingtaine de coureurs me dépassent et je ne serai plus dans le top 100. Le lapin qui vient de nous dépasser m’a bien montré que c’était possible. Je ne le vois même plus devant nous. Je veux absolument rester dans le TOP 100 maintenant. Je ne le dis pas. Mais je le veux. Je me force à courir jusqu’au ravitaillement. Toujours avec autant de souffrances qu’auparavant.

 

 

(21) COLORADO – Km 161.2 – Altitude 683 m

Cumul D+ = 9532 m / Temps de course : 32 h 36 min 47 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 9 km / 821 D+ 

Classement : 79ème. 

Nous nous arrêtons que brièvement au ravitaillement. 5 à 7 minutes pas plus. Juste le temps de recharger mes flasques en haut et de rigoler un peu avec les bénévoles. Je leur parle de l’immense bière que je vais me faire après l’arrivée. Ils m’envient un peu. Je leur propose de descendre rapidement, et de remonter avec une pinte d’ici quelques heures. Ils me prennent aux mots. Je leur dis que je ne suis pas sûr d’arriver à le faire. On verra bien. Qui sait ? Pourquoi n’aurai-je pas envie de remonter 700 de D+ en 4 km juste pour faire rire quelques inconnus..

Aller. Fini de rigoler. Ne reste plus que 4 km. J’applique ma méthode de la bouse de dernière minute et je serai en bas. Cette méthode est simple. Je l’ai apprise durant mes années universitaires les veilles de gros dossiers à rendre. Je me concentre sur l’essentiel. Je passe en mode Cavani. L’efficacité avant tout. Pas de place à la beauté du geste ou aux fioritures. On y va comme un guedin. Vaille que vaille. C’est la fin de toute façon. Je me force à repartir en tentant de courir dans la descente. Cela fait atrocement mal.

Encore plus mal que précédemment. Mais là c’est différent. Le dénivelé est négatif. Et les hauteurs à passer sont souvent grandes. C’est le retour final des marches de 50 cm. Je reçois des signaux de mon cerceau en haut de chacune d’entre elles. « HOOOOLA HOLA. Ne te jette pas dedans. Pose ton pied sur le côté. Passe lentement. » Pas le temps de l’écouter. Je me lance dans chacune d’entre elle comme si je me lançais dans le vide. A chaque réception, je me demande si mes jambes ne vont pas se disloquer. C’est effrayant.

L’entame de la descente est littéralement fait à fond. Le plus vite possible dans l’état qu’est mon corps. Je me suis fait larguer par Jean Luc et mon collégue d’aventure depuis 15 km. Chaque foulée est une vraie torture. Mais le fait de me faire doubler trois fois est encore plus dur. Je sens qu’à tout moment je peux sortir du top 100. Interdiction de faiblir. Donne tout ce que tu as. Je tente de limiter la casse en envoyant ce qu’il me reste. Avec mes armes. Avec mes capacités. Avec mon coeur.

Dans un virage, je repère le stade de la redoute de loin. J’envoie comme un taré. je relance après les virages. La descente est très technique. Je cours presque aussi vite qu’au tout début. Il y a plus de 33 h maintenant. C’est incroyable de se dire qu’on peut toujours se dépasser. Il suffit juste d’être conditionner à cela. La simple vue de la zone d’arrivée, même à deux kilomètres de la fin, m’a enthousiasmé. Je ne peux plus faiblir maintenant. J’ai beau souffrir si profondément, je ne le sens plus. C’est tellement loin de moi tout cela.

A 1 km de la fin de la descente, je rattrape un coureur. Je commence à me dire que cela va le faire. Ce n’est plus possible que 20 mecs me dépassent. A moins d’une catastrophe. Je vais y arriver.

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Je fonce maintenant. Je coupe les virage. C’est très dangereux ce que je fais. Mais ça passe donc je continue. Tous les virages nous font perdre 2 bons mètres de hauteur. Ils sont uniquement en rochers coupant.

2 h plus tôt j’aurais pris mon temps pour bien en faire le tour en m’assurant de ne pas tomber. Là c’est lunaire ce que je réalise. Je m’appuie avant le virage à gauche sur mon pied gauche très en surplomb, je saute vers la mi-hauteur du tournant. Durant mon saut, je me positionne dans le sens de la sortie du virage en me retournant en l’air. Mon pied droit se réceptionne et prend un appui ultra rapide sur le rocher coupant. Pas le temps de poser mon talon, j’amortie et me sers du rebond pour sauter vers la sortie du virage. Je bondis et fuis le danger. C’est hallucinant. Mon prochain appui sur le pied gauche n’est pas celui d’un ralentissement, mais plutôt celui d’une relance. Je repars à fond. Putin. Que c’est beau. J’aurais adoré avoir des vidéos de mes virages dans cette fin de course.

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J’arrive à une zone de pointage. La bénévole est au taquet. Elle arrive à me pointer sans m’empêcher de courir. Voilà. Citerne avant Pont Vinson est passée. 164.88 km de course. 33 h 21 minutes et 44 secondes de course. Il reste moins d’un kilomètre à faire. Je suis 84ème.

Je continue mon rythme hallucinant dans la fin de la descente. Je fonce. Je double deux coureurs. J’y suis. Je vais terminer dans le top 100 de la Diagonale des fous. Même dans mes rêves, je n’ai jamais osé penser que cela pouvait être possible. Dernier virage avant d’atteindre une route.

Je vois l’entrée du stade de La Redoute au loin. Plus que 200 mètres avant d’y pénétrer. Je change mon t-shirt tout en courant. Je ne sais pas pourquoi mais je me vois finir en débardeur. Je tiens mon sac dans une main. Enlève mes deux T-shirts de l’autre. Je suis torse nu. Des spectateurs assistent à la scène. Je pense qu’ils ne comprennent pas ce que je fais. J’enfile le débardeur. Je me rends compte que je suis complètement brulé au niveau de mes aisselles. Qu’est ce que j’en ai à foutre. RIEN. Je remets mon sacs. Je suis fin prêt à terminer cette aventure.

Virage sur la gauche. J’entre dans le stade. Il y a pas mal de supporters. Je suis très applaudi. Cela fait énormément de bien. On passe une petit arche et on rejoint la piste.

Mes premiers pas sur celle-ci me font remonter toutes les émotions. Je commence à pleurer de joie. Je ne me dis rien. Pas un « Bravo.. tu l’as fait ». Pas un  » C’est fini ». Juste un  » PROFITE.. BORDEL PROFITE !! ». Je suis à 100 mètres de l’arche final. C’est magique. Je sèche mes larmes. J’étends mes bras. Ca fait un peu Miguel Pauleta.. mais je m’en tape. Je profite à fond de cet instant. Je m’en rappellerai longtemps.

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J’entame un sprint ultime. Je donne tout ce que j’ai. Tout ce qu’il me reste. M’y voici. M’y voilà. J’avais peur de n’avoir plus de force pour le faire, mais je sens que ça va le faire.. Un appui à gauche.. un autre à droite.. j’enroule mes bras sur ma droite. Je prends appui sur la borne de passage placé au sol et je le lance.. Le beau.. le magnifique.. le traditionnel 360 d’arrivée.

(Désolé, on voit pas grand chose.. mais promis je l’ai rentré !) 

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Je l’ai fait !!!!

(22) SAINT DENIS – LA REDOUTE – Km 165.69 – Altitude 53 m

Cumul D+ = 9553 m / Temps de course : 33 h 30 min 30 sec. 

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CLASSEMENT GENERAL FINAL : 82ème. 

CLASSEMENT SENIOR HOMME FINAL : 49ème. 

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Vitesse moyenne : 4,95 km/h

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Je ne vous raconterai par écrit pas ce qu’il m’est arrivé ensuite. L’après course. Ce que je vous propose c’est que lorsque vous me croisez dans la vie, sur une course ou à l’entrainement arrêtez moi et demandez moi la suite. J’ai quelques bonnes histoires à vous raconter 😉

Voilà maintenant deux semaines que tout cela est fini. Que cette aventure est terminée. J’ai déjà pas mal tenté de raconter ce qu’il s’est passé. Ce que j’ai vécu. Ce que j’ai ressenti. Je me suis rapidement rendu compte qu’on a beau raconté avec la plus fine description possible l’ensemble du parcours, il est impossible d’expliquer les états par lesquels on passe. La seule façon pour que quelqu’un comprenne ce que j’ai vécu, c’est qu’il fasse lui même cette course pour se rendre compte. Pour faire face à toutes ces difficultés. Pour se trouver soit même dans un état physique et mental poussé au bout du possible. Je m’attendais à quelque chose de difficile. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi difficile. Comme beaucoup, le lendemain de la course, je n’avais qu’une envie, de ne plus jamais y retourner. De ne plus jamais retenter cette folie. Mais au bout de quelques jours, cela me titille déjà. Peut être pas dès l’an prochain. Mais en 2019 pourquoi pas. J’ai encore beaucoup de rêve à accomplir dans le monde du trail. Le fait d’avoir performé sur cette Diagonale, me donne encore plus envie de continuer. Encore plus envie d’aller de l’avant. Encore plus envie de découvrir ce moment où l’on atteint l’impossible. Mes rêves en termes de trail me font peur. Certe. Mais il faut toujours se dire que lorsque tes rêves ne te font pas peur. C’est qu’ils ne sont pas assez grands ! 

A bientôt pour de nouvelles aventures. Casquettement Verte.

Et maintenant que vais-je faire
De tout ce temps que sera ma vie
De tous ces gens qui m’indiffèrent
Maintenant que tu es partie

Toutes ces nuits, pourquoi pour qui
Et ce matin qui revient pour rien
Ce cœoeur qui bat, pour qui, pourquoi
Qui bat trop fort, trop fort

Et maintenant que vais-je faire
Vers quel néant glissera ma vie
Tu m’as laissé la terre entière
Mais la terre sans toi c’est petit

Vous, mes amis, soyez gentils
Vous savez bien que l’on n’y peut rien
Même Paris crève d’ennui
Toutes ses rues me tuent

Et maintenant que vais-je faire
Je vais en rire pour ne plus pleurer
Je vais brûler des nuits entières
Au matin je te haïrai

Et puis un soir dans mon miroir
Je verrai bien la fin du chemin
Pas une fleur et pas de pleurs
Au moment de l’adieu

Je n’ai vraiment plus rien à faire
Je n’ai vraiment plus rien

10.000 m de D+ dans Paris Intra-Muros ! Le défi complètement débile (mais fun) de l’UTMM – L’Ultra-Trail MontMartre. 

Que la montagne est belle ! Ses paysages remplis de vides, de rocs et de quelques sapins bien solitaires. Ses caprices météorologiques nous ensorcèlent. Son terrain de jeu pour Trailer assoiffé de dénivelé. Oui. La montagne est belle. Chaque Trailer vous le dira. Il l’aime, la convoite, la jalouse. La montagne, c’est sa chose, son graal, son espace vital !

Malheureux, il l’est. Ce Trailer parisien qui n’a autres choix que de se changer en hamster sur les quelques côtes de la capitale pour jouer à la montagne dans Paris.

Chaque côtes, légers dénivelés ou sursauts topographiques de sa tendre ville lumière, il les connaît.

  • Buttes aux Cailles : Altitude max = 63 m. (Ca rigole pas) 
  • Buttes Chaumont : Altitude max = 103 m. (Le mont blanc à côté c’est une colline) 
  • Belleville : Altitude max = 128.5 m. (Autant dire que niveau respiration, en haut, on est limite)
  • Montagne Sainte Geneviève : Altitude max = 61 m. (Ne pas oublier les cordes de rappel) 
  • Butte Bergeyre : Altitude max = 100 m. (Il y neige en ce moment apparement) 
  • Montmartre : Altitude max = 131 m. (LE point culminant naturel de Paris.. un vrai sommet !!) 

Bref. Le constat est simple et rapide à faire. Dans Paris, intra-muros, il y a autant de dénivelé que d’épiceries sur les Champs Elysées !

C’est face à ce CONSTAT TERRIBLE, mais qui ne saurait abattre le Trailer parisien, que quelques uns d’entre eux ont décidé de tenter un pari fou : FAIRE 10.000 DE D+ en un coup dans Paris intra-muros. Ayé, l’UTMM – Ultra Trail MontMartre est lancé.

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Après de long moments de réflexions, ce sont les escaliers de Montmartre qui ont été retenus.. assez élevés pour atteindre (peut être) 10.000 de dénivelé positif (rapidement).. et assez court en distance pour ne pas se faire le Tor des géants de Montmartre.. Ce court segment à proximité du funiculaire sera bel et bien le notre.

Ah. SACRÉ.. sacré cœur ! Ce sont près  de 271 allers-retours qu’il faudra effectuer. Ce sera la quantité à atteindre pour faire nos 10.000 m de dénivelé.

À raison de 37 m de dénivelé en partant du bas de l’escalier, jusqu’au niveau du parvis du sacré cœur, nous accumulerons les montées et descentes sans trop réfléchir.

En termes de distance, nous devrons tourner entre 78 et 80 km.. FUNKY !

Vous l’avez bien compris ce défis est complètement débile (mais fun). Il part d’un délire entre quelques Trailers parisiens.

Si nous arrivons au bout, tant mieux.. si nous n’y arrivons pas, tant mieux aussi.. Nous sommes là pour nous amuser et pour voir « si c’est possible ».

RDV le jeudi 28 décembre vers 23 h pour le départ au pied des escaliers du funiculaire. (Au delta des conditions météo – Les marches de cet escalier se transformant facilement en piste de bobsleigh si pluie, neige ou gel il y a).

Suivi des avancées sur Facebook :

Vous souhaitez participer au projet, sportivement, en assistance ou en observateur, n’hésitez pas à venir nous en parler 😉

Casquettement Verte. 

Récit CCC 2017 (101 km / 6100 D+) – 14 h 51 min / 123ème au général (87ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Difficile de prendre du recul en si peu de temps pour écrire un récit de mon aventure. Voilà maintenant 2 jours que je me demande comment vais-je bien pouvoir décrire les sensations vécues lors de cette course. L’émotion intense du départ.. La concentration profonde tout au long du parcours.. Le ressenti de chacune de ces montées qui n’en finissent jamais. La volonté d’être à bloc, tout en en gardant sous le pied. Cet adorable sentiment de devoir.. pouvoir.. vouloir.. C’est si simple. Si primaire. Enchainé pas après pas. Comme des notes de musique qui s’étalent sur une partition. La montée est sèche je dépose une blanche. Un rocher apparait, je passe l’octave supérieur. Une racine se découvre, j’enclenche une noire pointée. Tiens, voilà un ravito, s’agirait-il d’un couplet. Quelques mètres permettent de courir, je triple croche. Courir, avancer, ne pas s’arrêter, tel est le refrain de ma CCC. Mesure après mesure la musique de la course entre en moi. C’est la symphonie trail. Le requiem pour une course. L’orchestre s’installe. 3 – 4. Courrez.

 

L’AVANT COURSE : 

05:30. Mercredi.

Je me réveille. Mes différents sacs sont faits. Ils m’attendent. Je n’ai plus qu’à les prendre et partir à l’aventure. Je n’ai aucune pression. Ni la distance, ni le dénivelé ne m’inquiètent. Je suis serein. Ma préparation s’est relativement bien passée. J’ai fait beaucoup de kilomètres, mais peu de dénivelé. Je sens que rien ne peut m’arrêter. Cela me rappelle les jours de devoirs sur tables au lycée lorsque sur les bouts des doigts, parfaitement, ma leçon, je connaissais. On n’a pas à s’inquiéter, lorsque l’on est conscient d’avoir tout bien préparé.

Mon collègue passe me chercher. Il s’aligne lui aussi sur la course. Nous n’allons pas courir ensemble. Quelques heures et kilomètres vont rapidement nous séparer. Mais peu importe. Nos deux objectifs bien différents convergent dans le plaisir de partager cette aventure qui nous tend les bras. Nous sommes déterminés.

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Voyage (Mercredi) : 

616 km nous séparent de Chamonix. Je le sais, à certains moments, sur l’autoroute, je vais y penser : « Imagine que tu vas devoir courir de maintenant à dans 100 km.. regarde le paysage défiler.. Les bandes blanches bordant la route s’échappent les unes après les autres. Cela te parait-il long ? Te rappelles-tu du moment où tu as commencé ? Pourtant dans 48 h, ce n’est pas à 130 km/h que tu vas avancer ». Clignotant à droite. Ravito Thé.

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Je l’ai déjà expliqué. Comme à chaque course que je prépare, les trois derniers jours sont synonymes de MALTO à gogo. Pour en avoir un peu débattu avec d’autres coureurs, je ne sais toujours pas si cela a réellement un effet positif. Est-ce que fondamentalement, se gaver de poudre blanche rend votre corps plus résistant à l’effort que vous allez lui infliger ? Pablo Escobar et El Chapo ne pouvant se prononcer, je dirais que c’est avant tout un moyen de rentrer dans la course. Comme on lasse ses lacets avant un match de tennis, comme on foule la pelouse d’un stade avant une rencontre au sommet.. le MALTO-GAVAGE est devenu une tradition sans laquelle j’aurai l’impression de partir diminué.

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MALTO-GAVAGE : Fait de consommer à outrance des litres et des litres d’eau, savamment distillés d’une poudre blanche. Effet recherché = Absorber et capitaliser une grande quantité de glucides sans jamais ressentir d’écoeurement, de ballonnement ou toutes autres sensations d’avoir ingurgité trop de pattes ou de riz. Effet secondaire obtenu = Vessie sous pression, incapable de tenir plus longtemps qu’un album de 15 chansons écouté entre deux aires d’autoroutes. Si j’étais responsable communication de la marque, je lancerais des campagnes d’affichage dans les toilettes d’aires d’autoroute et des stations de trail pendant les grands événements de course avec un visuel simple : Une boite de MALTO et un message : « On vous avait prévenu ! ».

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C’est la première fois pour moi que je découvre les Alpes autrement que lors de la saison d’hiver. Je suis très impressionné. Les seules montagnes que je connais sont celles du Jura ou bien les volcans d’Auvergne. Là, rien à voir. Ce sont de véritables murs qui se dressent devant mes yeux. Le doute m’envahit un instant. La première petite colline au premier plan a déjà plus de dénivelé que ma petite côte tant parcourue à l’entrainement dans le bois de Vincennes. J’entre dans une autre dimension.

Ces montagnes semblent si grandes. L’effort à fournir pour y grimper me parait de suite inconcevable au vu de mon entrainement. Je tente de relativiser en rappelant à mon bon souvenir les dénivelés effectués lors des Templiers (2016). Ils me paraissent si petits maintenant. Des bambinos. Je reprends mes esprits. Ce n’est qu’une première impression. D’accord, elle est réussie. Ok, elle est assez impressionnante. Mais, si je suis là, c’est que je l’ai voulu. C’est que je crois au fond de moi que c’est possible.

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Par « chance » le mont blanc est couvert. Invisible. Absent, mais tout à la fois présent. Je ne peux voir le sommet. Mais je n’ai aucun mal à l’imaginer. J’ai une pensée pour le jeune trailer récemment décédé lors de sa descente. La montagne parait si belle, si paisible. Comment peut-elle en réalité être si violente et imprévisible ?

J’imagine ce sommet majestueux. La mer de glace qui en descend se propage en moi. Si l’eau en descend, me dis-je, mon corps peut bien y monter. Nous entrons dans Chamonix.

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La ville est littérallement transformée en DISNEYLAND pour trailers. Et vas-y qu’il y a des drapeaux UTMB sur chaque poteau.. Et vas-y que toutes les boutiques de sport ont enfilé leurs plus beaux appareils pour accueillir (et faire consommer) les hordes de coureurs assoiffés de kilomètres et de dénivelé.

Je fais remarquer à mon collègue que la population présente est incroyablement internationale.. L’anglais, l’espagnol, le brésilien, le coréen, le japonais, le chinois, l’italien, le bulgare et tant d’autres langages, auxquels, pour la plupart, je suis hermétique, se laissent entendre dans les rues de cette station.

Et d’autres part, nous remarquons que les personnes croisées sont très majoritairement affutées telles des machines de guerre. La moyenne de l’indice IMC sur Chamonix doit friser les 21. Vous aimez les beaux mollets; les bras fins, musclés et affutés; les ventres plats et les silhouettes incurvées. Moi qui pensait que les magazines de Trail avaient la fâcheuse tendance à montrer une image trop parfaite des coureurs, et bien, ils existent, pour de vrai. Ils sont tous là. Au rendez-vous.

Le slogan de l’UTMB « Sommet Mondial du Trail » n’a rien d’une publicité mensongère. Vous y êtes. Pas de culte du corps. Que des enfants, émerveillés par le défis que chacun vont se lancer. Le trail émule, il bouillonne. Fermer le couvercle. Agiter.

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Salon de l’ULTRA-TRAIL (Mercredi) : 

Souvent, dans le running ou le trail, qui dit foule, dit pognon et consommation. J’ai un peu peur de ressentir cette ambiance sur le salon de l’ultra-trail. Je crains d’être déçu par tout ce qui à côté de l’épreuve fait commerce. Les salons qui précédent le Marathon de Paris ou bien l’EcoTrail de Paris me vont fuir à chaque fois. La présence des marques et de leurs stands tourne le plus souvent à l’aggripage de prospect qu’au réel partage autour d’un intérêt et de valeurs communes.

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Ici, rien de tout cela. Je n’ai pas la sensation de traverser un souk. Je ne me sens pas agressé. C’est agréable. Je peux rentrer sur des stands sans de suite avoir un vendeur sur le dos qui me propose d’essayer tel ou tel produit. Je croise même quelques « stars » de la discipline entrain de discuter avec les représentants des marques. C’est réellement sympathique.

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Retrait dossard @Chamonix (Mercredi) : 

Nous repassons à la voiture chercher nos affaires. Un ami trailer présent sur la TDS m’a averti qu’il fallait présenter l’ensemble du matériel obligatoire pour récupérer le dossard de course. Il me manque un bonnet. Je le sais. J’espère que mon buff fera l’affaire.

Nous traversons tranquillement les stands des Trails. J’en reconnais quelques uns déjà effectués, et d’autres qui font partis de la longue liste des « reste à tenter ». Dans un virage, je reconnais le logo du Grand Raid de la Réunion. Je m’arrête un instant. Je sors mon portable. J’ai installé une petite application, permettant de calculer le nombre de jours restant avant une date précise. Mon application indique : CCC = J – 2 / Diagonale des fous = J – 50. J’y pense un bref instant. Puis je continue ma route, me disant que pour le moment l’important est de se concentrer uniquement sur le défi de vendredi.

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Beaucoup de monde font déjà la queue. Mon collègue déteste cela. Moi, j’ai développé un moyen efficace de ne pas exploser à cause d’une attente un peu trop longue : Le rire. Je fais exprès de parler fort pour que des trailers présents à nos côtés réagissent à mes petites phrases : « Et dire qu’on a quitté le métro parisien pour se retrouver bouché ici » – « Tu penses qu’il y a un panneau : Temps d’attente estimé à 45 minutes à partir de ce point ? » – « Ils auraient quand même pu mettre un ravito à mi-queue »… des bêtises, trop peu souvent fines. Mais cela permet de patienter et de rencontrer quelques autres personnes. Nous passons le temps. Le temps qu’il passe.

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Premier barrage à l’entrée du gymnase : « Vous avez bien toutes vos affaires obligatoires ? » – « Oui. Tout est là ! Dans mon sac ».. Oooooh le menteur ! Je n’aime pas tellement tricher, mentir. Mais la tentation est trop grande ici. Continuant la queue, je repère que les barrages et la vérification des éléments obligatoires s’intensifie un peu plus loin. Mon petit mensonge commence à me rogner de l’intérieur. Que risque-je ? Quand même pas une disqualification avant même de partir. Au pire, je dirai que je ne savais pas et j’irai acheter un bonnet sur le salon.. C’est petit. C’est pas beau. Mais j’aime cette sensation d’être border-line.

Premier filtrage. J’arrive devant un bénévole, me demandant carte d’identité et n° de dossard. Je lui fournis. Me tournant vers la droite, je vois un papier sortir de l’imprimante avec la liste des éléments obligatoires dont seulement quatre sont cochés. L’espoir renait. Cela serait pas de bol que le jugement aléatoire m’accuse coupable. Le bénévole souriant et sympathique me rend mon permis de conduire, et me tend la sentence :  » Pour vous cela sera ces quatre éléments là ! ». Je saisis la feuille, regarde les coches sombres : Téléphone / Couverture / Veste / Gants.. YALLAAAAAAAA !

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Comme à l’aéroport, je prends mon petit plateau sur lequel je dépose fièrement les éléments obligatoires qui m’ont été désignés. J’avance dans la queue. On m’indique d’aller voir ce monsieur là bas qui me fait signe. Il a l’air jovial. Je vais tenter l’humour.

J’arrive devant lui, très souriant, en prononçant un YOPLAAAAAAA ! Il me regarde, s’arrête et me demande si je parle français. Je comprends alors qu’un bonjour aurait été plus adéquate. Nous parlons un peu, et rapidement nous commençons à nous chambrer. Je sens qu’il a vraiment de l’humour, alors nous joutons tous deux de nos meilleurs vannes. Ayant compris, que je suis un petit rigolo, ce bénévole souhaite rapidement me faire revenir à la réalité. D’un ton sérieux, il me demande si j’ai bien toutes les affaires obligatoires. Je réponds d’un voix affirmative. Mon ton n’a pas convaincu. Le bénévole commence alors à me titiller sur chacun de mes éléments aléatoirement désignés : « Votre portable fonctionne bien en France, Suisse et Italie ? » « Avez-vous mis le n° de l’organisation dans votre répertoire ? ».. Pas de problème, j’ai tout bien préparé. On passe à la couverture de survie. La vérification s’intensifie : 2m20 sur 1m40. « Aaaah, mon petit monsieur vous avez 20 cm de trop ! ». Avec l’arrogance qui me distingue je lui réponds que « C’est ce qu’elles me disent toutes ». Mon examinateur se retient de rire. Son voisin lui explose. One Point ! Il me demande de lever les bras. « C’est bon, 2m20 devraient largement passés.. n’hésitez pas à accueillir du monde avec vous dans cette couverture, si vous voyez ce que je veux dire ». Parfait. Nous sommes sur le même registre. On passe à la veste. Je sais très bien qu’il a déjà du avoir des centaines de Salomon Bonatti en main. Il le sait, elle est aux normes. Pourtant, il s’échine à trouver les mots Gore-tex ou Dry je ne sais plus trop quoi. Il me reproche de n’avoir pas mis les manches dans le bon sens. Nous rions. Pour finir nous passons aux gants. Je lui fournis ma paire de (là, j’ai envie de faire un jeu de mots, mais on va me prendre pour un sexo-centré…) gants. L’étiquette est toujours présente dessus. Il me demande si je ne les ai jamais essayés. Je lui réponds qu’entre Juillet et Août, je n’ai eu que trop peu pas l’occasion de faire une moufle-party sur les plages privées de la côte d’azur. Il me demande de les enfiler. Ca passe. Nous concluons ce rapport, par un sourire. Je lui souhaite bon courage, il fait de même. 3 minutes sympathiques.

Un peu plus loin, nous récupérons nos dossards. Les bénévoles, quelques femmes (un peu âgées) très souriantes nous glissent quelques crèvent de chaud. Il est vrai que ce gymnase rempli de trailers commence à suffoquer dans son jus. Plus loin, nous récupérons le bracelet de course ainsi que notre sac d’assistance. Allez. Zouuu. On s’en va. 1h30 pour récupérer tout cela. Heureusement que quelques rencontres sympathiques nous ont fait passer le temps.

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Fin de journée et soir d’attente (Mercredi) : 

Nous retournons dans le centre de Chamonix. Petite pizza avalée sur une terrasse en regardant les T-shirts des passants : Oh.. un UT4M. Tiens un EcoTrail. Regarde, là, une casquette MDS.. J’ai l’impression que les touristes portent chacun sur soit leurs CV de courses. C’est assez drôle. Cela peut effectivement paraitre un peu comme de la vantardise, mais c’est en fait un bon moyen de brisser la glace. Un peu comme dans ces soirées étudiantes où l’on affiche fièrement si l’on est « En couple » / « It’s Complicated » / « Célibataire ». Un meetic des trailers.. Cela existe au fait ?

Nous décidons de prendre notre dernière bière avant la course en profitant des rayons du soleil éclaboussant cette fin de journée radieuse. Nous sommes très honnêtement complètement décompressés. Il nous reste deux jours pour être prêts.

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Nous rejoignons notre hotel. Un peu plus haut dans la vallée. A Argentière. La Suunto de mon collégue indique que nous passerons quelques centaines de mètres au dessus à la fin de notre course. J’ai envie d’aller voir le parcours. La nuit commence à tomber. Trop tard.

Notre régime alimentaire de futurs coureurs, se limitant aux pâtes et au riz, nous avons opté pour l’opération camping sur le balcon de notre chambre. En mode système D. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire cuire des pâtes pour deux personnes affamées, avec un petit réchaud en altitude, mais c’est un grand moment de solitude !

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JOUR D’ACCLIMATATION (Jeudi) :

Petit tour dans Chamonix : 

Nous nous réveillons relativement tard. Petit-déjeuner. Douche. Puis nous partons en direction de la gare de train pour rejoindre Chamonix. Il pleut. Il ne fait pas si froid. Autour de 12 / 13 degrés. Les prévisions météo annoncent un temps sec du côté italien, mais un temps très pluvieux en rebasculant du côté de Cham’. De plus, le froid semble être de vigueur sur les sommets. Cela promet. J’ai une pensée pour les coureurs de la TDS qui doivent être littéralement trempés à l’heure qu’il est.

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Arrivée à Chamonix, nous rejoignons la ligne d’arrivée. Les coureurs de la TDS complètement trempés finissent leurs courses. Je vois des visages fatigués, des foulées épuisées, mais tant de bonheur dans le regard de ces finishers. Ca y est. J’ai envie d’y être. Je ne veux plus attendre. Vivement demain.

Nous faisons un tour derrière la ligne d’arrivée. N’ayant pas arrêté la consommation de malto, ma vessie guide mes pas jusqu’à des toilettes installées là provisoirement. Petit soucis, il pleut des cordes et ces toilettes n’ont pas de toit. Je tente un coup avec mon parapluie.. Pas mal. Seems legit !

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Nous retournons sur la ligne de départ, car est annoncée la tête de course (OCC). Je n’ai jamais eu l’occasion de voir l’arrivée de gagnants. Généralement, participant à la course en question, quelques heures me séparent de ce moment intense. Je compte bien en profiter. Marc Lauenstein entre dans le dernier virage. Ses cuisses m’impressionnent. Je suis de plus en plus affuté, mais pour arriver à ce résultat ce n’est pas avec mon niveau d’entrainement actuel que je pourrais m’en approcher. La foule acclame cet homme. Il fait un tour de la ligne d’arrivée pour taper dans les mains. Il semble savourer ce moment. Je suis jaloux.

Nous assistons à l’arrivée du TOP 5, puis nous nous dirigeons vers le salon. Durant la nuit, j’ai cogité. Mon mensonge sur l’absence de mon bonnet m’effraie. J’acquiers celui-ci sur un stand. Maintenant que je suis en toute légalité, je peux me détendre. Oui. Je le sais, la probabilité d’utiliser cet achat pendant la course est faible, mais, ne sait-on jamais. Un coup de mou peut si vite arriver.

Nous nous attablons à une terrasse pour profiter de l’arrivée des premières féminines de l’OCC. La première passe. Un petit bout de femme impressionnante de détermination. Je me demande un instant quel type de préparation elle a du endurer pour atteindre ce niveau. Je suis depuis le matin l’évolution de la course sur mon téléphone grâce à l’application LiveTrail (SUPER BIEN FAITE AU PASSAGE). Je sais qu’Emilie Forsberg, la compagne de Kilian Jornet est en seconde position. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir de mes yeux son sourire mondialement connu dans le milieu du trail. Là voilà, traversant la ville, très applaudie. Son sourire n’est pas une légende. Telle Hélène (de la série TV) qui a du faire saliver des générations entières de jeunes hommes dans les années 90′; on ne peut résister bien longtemps au charme de cette jeune femme. Kiki.. quel chanceux.

 

Nous rentrons à l’hôtel. Il est temps de préparer nos affaires pour la course. C’est parti pour 1 heure de concentration ultime, où l’équation est simple : « Comment faire rentrer dans un sac de 12 litres l’ensemble des éléments obligatoires ». Après plusieurs essais, je remporte ma partie de Tetris à l’aide d’élastiques me permettant de réduire au plus stricte espace ma veste, ma seconde couche ainsi que mon sur-pantalon de pluie. Il me reste même de l’espace. Je ne sais pas encore si je vais partir en collants, ou si je tente le coup en short. Je me déciderai demain matin.

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Avant de nous coucher (18h), nous décidons d’aller faire quelques courses ainsi que de passer au ravitaillement d’Argentière. Dernier point d’étape de l’OCC. Au vu du timing, les coureurs qui doivent y passer maintenant vont terminer dans les temps, juste, mais tout à fait dans les temps de la dernière barrière horaire.

Les premiers coureurs apparaissent au loin. Le pas est difficile. La foulée est quasi-inexistante. C’est effrayant. La pluie a malmené tous ces trailers. Beaucoup semblent être tombés dans la boue au vu des longues trainées présentes sur les collants, shorts et fessiers. Nous les applaudissons et les encourageons pour qu’ils finissent la course. Une coureuse retient mon attention. Elle a du faire récemment une coloration rouge car son front, ses oreilles, sa nuque sont roses. Ses cheveux trempés glissent sur son visage fatigué et déterminé. Alors que l’ensemble des coureurs que nous avons vu jusqu’à là prennent le temps de s’assoir sous la tente de ce ravitaillement, je vois cette femme rentrer dans le ravito en trottinant, le traverser aussi vite et en ressortir de plus belle. C’est magnifique. Elle n’a jeté aucun regard autour d’elle. Je pense qu’elle est en auto-pilotage. Les quelques supporters présents surpris par ce passage éclair (à la framboise) l’acclament à la sortie. C’est beau. Bravo Madame.

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Nous rentrons à l’hôtel. Dernier repas. Ce soir c’est riz. Le réchaud arrive tend bien que mal à transformer notre riz cru et riz demi-cuit. Tant pis pour nos papilles, nous le mangeons ainsi. Cela ne peut pas nous faire de mal.

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20 h. Au lit. 20 h 45, je regarde tranquillement France-Pays Bas. Mon collègue s’endort. Je m’oblige à éteindre à la mi-temps. 21 h 30. Nous dormons. D’habitude, je n’arrive pas à dormir les veilles de course. Là, à priori, mon cerveau a vu toute la journée des images fortes.. il est conditionné.. il a bien compris que si mon corps ne se repose pas, alors demain cela sera impossible. Je te remercie toi petit cervelet, et tes compagnons neuronaux.

 

JOUR DE COURSE (Vendredi) : 

Réveil :

J’ai mis mon réveil à 05h15. Je me réveille à 05h10. Assez incroyable cette horloge interne quand on y pense. J’ai curieusement bien dormi. Je sens que mon capital énergie est total.

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Je jette un oeil dehors. Le ciel est couvert, je ne vois pas d’étoiles. Une légère bruine tombe. Il n’y a pas de vent. Je file aussitôt sous la douche. Alors que l’eau chaude glisse sur moi et réveille mes muscles en réchauffant ma peau, je regarde mes cuisses. Je passe lentement les mains dessus. Elles sont molles, mais ne sont pas flasques. Je le sais, cela ne va pas durer longtemps. D’ici quelques heures, elles prendront une forme rectangulaire sur le dessus et seront étirées au maximum sur l’arrière. Je prends mon temps.

Douche finie. J’enfile mes affaires de course. J’opte pour un T-shirt manche longue ayant des trous pour les pouces. J’aime bien cette sensation de serrer quelques choses pendant des heures. Pour le bas, le froid que j’ai ressenti en sortant sur le balcon m’a convaincu. J’enfile mon collant. Cela sera toujours ça de moins à porter dans mon sac. J’enfile mes SpeedCross. Je ne peux m’empêcher de penser au moment où je les enlèverai après la course. Dans 19, 25 ou 30 heures.. peu importe. Pour le moment, mes pieds doivent faire ami ami avec mes pantoufles de montagne.

06 h. Nous entrons dans la voiture. Sur la route vers Chamonix, je me fais la remarque que je n’ai rien à penser pendant la course. D’habitude, je me garde toujours 2 ou 3 sujets pour distraire mon esprit quand cela n’ira pas. Une fille. Un projet. Un événement. Une autre fille. Là. Je n’ai rien. Pas de matière à s’évader. Je vais m’emprisonner dans mon épreuve. Espérons que le quartier de haute sécurité ne sera pas trop mentalement prenant.

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06 h 19. La voiture est garée dans le parking le plus proche de l’arrivée. Tout autour de nous des centaines de trailers convergent tous vers le même point de ralliement. Une chenille de cars nous attend. Nous les longeons, puis montons dans le second.

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06 h 26. Ce n’est pas du tout la même ambiance quand dans les cars que j’ai pu prendre sur mes courses précédentes (EcoTrail / SaintéLyon). Lors de ces courses, l’ambiance dans le car était électrique. Peu de silence, beaucoup de brouhaha de coureurs qui font la course dans leur conversation avant qu’elle ne commence. Ce matin, c’est très différent. La barrière de la langue inhibe bien sur un peu les rencontres, mais c’est une sensation de concentration forte de tous les participants qui se fait ressentir. Les regards sont horizontaux, presque méditatif.

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Nous arrivons à l’entrée du tunnel du Mont-Blanc. La nuit est bien là. La pluie l’accompagne. Le bruit répétitif provoqué par l’aller-retour des essuies glaces sur le pare-brise rentre en moi et crispe l’ensemble de mes os. Je suis dans un cocon, mais tel le verre qui tremble dans Jurassic Park, je sais que bientôt je n’aurai plus de carrosserie pour me défendre des conditions climatiques. Je vibre en mode silencieux.

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Après la traversée du tunnel, nous ressortons en Italie. A mon grand étonnement, il fait jour. Et surtout, il fait super beau. Quelques nuages sont encore présents dans le ciel, mais ils sont très minoritaires. En redescendant sur Courmayeur, j’observe au loin le soleil éclairer les  sommets qui nous font face. Il fait donc beau dans la vallée d’Aoste; c’est toujours ça de pris.

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07 h 20. L’autocar nous dépose à 800 mètres du vieux village. Nous descendons et suivons la longue file de coureurs portant leur sacs d’assistances à bout de bras. La plupart sont déjà en tenue de course complète, sans pull pour rester au chaud en attendant le départ.

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07 h 40. Un coureur me renseigne sur la logistique du lancement de la course. Nos dossards commencent soit par un 3, soit par un 4, soit par un 5. Il s’agit en fait d’une traduction de notre côte ITRA. Plus votre côte est élevée plus vous avez une numéro de dossard faible. Je suis chanceux, je suis 3742. Je partirai donc avec le premier SAS. Je suis content. Je n’avais pas envie de piétiner sur le début de course, et d’avoir par la suite à doubler tout le long.

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07 h 56. Je me rends compte qu’une de mes flasques fuit. Mon collègue, prévoyant, m’en fournit une autre. Ouf !

08 h. Nous rejoignons l’espace de départ. Les Carabinieri présents me rappellent soudain que nous sommes actuellement en Italie, et qu’aujourd’hui je vais traverser trois pays en courant. Bon, ok. Je suis pas Magellan non plus, mais je trouve ça élégant.

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SAS de départ @Courmayeur :

Le voici, le voilà. L’arche de départ aux couleurs de l’UTMB. Je ne me rends pas bien compte qu’une fois celui-ci passé, cela sera 101 km à parcourir, et en montagne. Moi qui n’ai jamais dépassé les 80 km et les 3400 D+.. je ne sais trop à quoi m’attendre. Je profite de mon insouciance. C’est si rare de n’avoir aucun stress avant une course. Je jouis du moment présent.

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08 h 03. Je préviens, ce n’est pas classe, mais ça fait partie de la course : Je n’ai pas réussi à « poser ma pèche » ce matin. C’est toujours la même chose avant les courses pour moi. Impossible de me libérer. Je me dis que je ferai mieux de me forcer, et étant donné que je viens de boire 1 L de flotte et 500 ml de Powerade il faut de toute manière que j’urine. Il y a 30 mètres de queue pour les toilettes. Je me mets au bout de la file en me disant que cela fera passer le temps avant le départ. Au bout de 5 min, ma vessie est prête à exploser. Je me retiens encore quelques minutes. J’ai à peine avancer de 3 mètres. Cela ne va pas le faire. Je file ni une ni deux trouver un arbre. Tant pis pour la grosse commission.

08 h 20. « Bonjour.. monsieur.. monsieur.. Alexandre Boucheix. Contrôle aléatoire des sacs, veuillez nous montrer l’ensemble des éléments obligatoires. HALLELLUJAH- J’AI MON BONNET !! Les deux contrôleurs s’excusent presque de me faire déplier toutes les affaires de mon sac. Je rigole avec eux. Le contrôle se passe bien. Nous discutons un peu des conditions météo que nous allons rencontrer. Je fais un petit selfie pour me rappeler de ce moment. J’ai gagné le droit d’avoir une petite gommette rouge sur mon dossard.

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Une fois la gommette posée, je fais un trait d’humour en disant au contrôleur que c’est top car maintenant, je vais pouvoir laisser toutes les affaires en trop sur la ligne de départ. Ils rigolent à moitié et m’avertissent que d’autres contrôles auront lieu durant la course. Ok. Je me tais et range méticuleusement mes affaires en silence.

08 h 30. Petite photo avant de rentrer dans mon SAS. Et non… Je n’ai pas sucé un Stroumpchf.. c’est le Powerade 😉

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08 h 32. Ca y est. J’y suis. SAS de départ n°1. Autour de moi, uniquement des mecs et des nanas gaulés comme des athlètes. Indice IMC moyen très faible selon moi.. Je prends le temps de faire un petit selfie pour pouvoir faire la comparaison entre ma tête avant la course et ma tête à la fin de course.

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08 h 35. Peu de français dans mon SAS. Et vas y que ça cause Espagnoins, et va y que ça parlemente en Rital, en Portugech ou en Japonais. Péro nada en frances.. L’aspect internationale de la course lui donne encore plus de caractères, encore plus de cachet. C’est l’élite mondial du Trail qui se trouve ici. Et j’ai le droit d’y participer, c’est grandiose.

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08 h 45. Les speakers tentent de faire monter l’ambiance. Je reconnais « la voix du trail » présent sur toutes les grandes courses, ainsi que la femme qui parlent anglais et espagnol que j’ai déjà entendu sur d’autres évènements. Le dernier animateur, italien, si mes souvenirs sont bons, donne un goût authentique à ce moment. Tous trois ont beau tenté de motiver la foule, cela ne prend pas tellement. Nous sommes tous bien trop concentrés sur la course qui va bientôt débuter.

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08 h 50. Briefing de course. On nous annonce une légère modification sur la fin de l’épreuve due aux conditions météo. La Tête aux vents sera remplacée par la Flégère. Sur le papier cela ne change pas grand chose.. et puis c’est tellement loin tout ça que cela me passe un peu par dessus la tête. Par contre, je retiens les paroles suivantes du briefing :  » Ici, il fait beau. Ils appellent ce côté, le Sunny Side. Mais ce n’est pas le cas sur tout le tour. En particulier, il va faire très froid. La température ressentie sur les crêtes sera de – 3° ! ». Là, dans ma tête ça fait tilt. Je suis actuellement en T-shirt. Je n’ai jamais trop fait de hautes montagnes en été, donc je ne sais pas à quelle vitesse d’ascension la température va descendre. J’espère ne pas attraper froid et par la même devoir m’arrêter de longs moments aux ravitaillements pour me réchauffer. Ces paroles me font réellement rentrer dans ma course. Je ne pense plus à personne, plus à rien. Il n’y a que ma course, l’écoute de mon corps et de mes sensations qui comptent maintenant. Je suis prêt.

(Petit jeu.. Saurez-vous me trouver ?)

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08 h 55. Nous venons d’écouter les hymnes nationaux des trois pays traversés par la course. L’instant se solennelise. Un hélicoptère commence à nous survoler. Il dérape dans le ciel de manière très vectorielle. Les images vont être belles. On se croirait sur le Tour de France. Seulement, nous n’avons pas de vélos. Uniquement nos pieds et notre motivation pour avancer.

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08 h 57. Les sonos commencent à cracher la musique de Vangélis. Cela prend aux tripes. On se demande un peu ce que l’on fait là. Mais on est bien là. Je me dis que je vais le faire. Que je dois le faire. Que je n’ai pas le droit d’abandonner. Il y a trop d’heures d’entrainement, trop de sacrifices durant ces 12 derniers mois pour ouvrir la porte à un échec. Je dois tout donner.

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Dieci..

Nuovo..

Otto..

Sette..

Sei..

Cinque..

Quattro..

Tre..

Due..

Uno..

Zero !! C’est parti. 

 

DEPART DE LA COURSE : 

KM 0 = DEPART (altitude : 1210 m) :

Bon.. y a pas à chier (désolé pour la grossièreté) mais être à l’avant dans le SAS de départ c’est quand même très confortable ! Peu ou pas de bousculades.. aucun risque de glisser sur un bidon perdu ou sur une bouteille laissée à l’abandon.. presque impossible de ne pas voir un obstacle qui générait le passage et que l’on pourrait se prendre en pleine accélération. Bref, devant c’est mieux !

Les premiers 200 mètres sont lunaires, il y a foule sur les bords de la route. Les spectateurs font énormément de bruits.. Les hurlements, bravos, applaudissements et retentissements de cloches sont tous bien présents. Je ne pars pas en sprint. Je vais relativement vite, mais je ne fais pas la bêtise d’envoyer comme une brute épaisse. Le profil de course des 10 premiers km est déjà assez effrayant comme cela. Autant ne pas tenter le diable.

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Nous traversons le village. Tout d’abord par une route assez large qui en fait le tour, puis nous entrons en son coeur par une ruelle piétonne. Les supporters aux fenêtres décorées de drapeaux nous acclament. Que c’est bon.

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Première partie de la montée sur la TÊTE DE LA TRONCHE :

Petit virage sur la droite et nous empruntons une route bitumée bordée à gauche et à droite de deux bandes blanches continues. Comme à mon habitude, je cours sur l’une d’entre elles. J’aime bien cela. C’est canalisant. La route monte légèrement et plus nous avançons plus la montée s’accentue. Généralement, j’ai au bout d’un ou deux kilomètres de très mauvaises sensations. Là, rien de tout cela. Je suis à l’aise. Aucune gène. Aucun point de côté.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais il me vient l’envie d’uriner. Sur les autres courses, je ne m’arrête jamais sur le départ afin de monter rapidement en chaleur et de ne pas trop perdre de places. Mais là, étant donné que tout va bien et que je ne suis pas venu faire un classement, je m’arrête sur un bord de forêt. Je pisse trois gouttes. Comme quoi c’est plus psychologique que physiologique. Je repars, plein d’entrain.

Je dois être dans les 500 / 600ème positions. La foule des coureurs n’est pas trop dense, mais la route est encore large. Cela va très certainement être différent dès que nous basculerons sur du chemin de montagne.

Après 2 ou 3 km, nous sortons de la route bitumée pour rejoindre un sentier. Ce n’est pas encore un vrai monotrace. J’ai doublé pas mal de coureurs dans la partie bitumée. Le rythme est encore assez uniforme, aucun groupe ne se dessine.

Nous croisons quelques supporters qui se sont placés dans la toute première difficulté. 600 mètres plus loin, nous basculons sur un monotrace à flanc de montagne. Nous sommes dans la foret. Trois personnes sont assises sur le dévert’. Je remarque de loin que deux d’entre elles regardent de manière assidue les jambes des coureurs et que la dernière note des choses sur un bloc-notes. A leur niveau, j’entends : « Sportiva.. Salomon.. Salomon.. Hoka.. Hoka.. » AAAAAAAH d’accord, les mecs se font un petit recensement des chaussures portées par les coureurs.. sans pression.. tout va bien. Ils vont s’éclater putain ! 1900 paires de pompes à compter à la mano. Bon, déjà faut s’y connaitre en chaussures de trail. Ca, à la limite ça se fait. Mais à la vitesse où l’on passe, c’est ultra-tendu !! A leur place, je me serais mis au sommet de la première difficulté, là au moins, ils peuvent être sûrs de ne pas en manquer.

Passé cette zone, le silence règne. Pas tellement d’échanges entre coureurs. J’arrive à entendre au loin les départs qui sont encore donnés pour les derniers SAS. J’ai une pensée pour mon collègue. Sa course commence.

Tout le monde court dans la montée. La pente est assez raide, mais les coureurs semblent tous en forme. Moi aussi. Je n’ai aucune difficulté à garder un bon rythme. Un peu plus loin, le chemin à flanc de montagne s’arrête et nous entamons un chemin qui monte en serpentin. Impossible à présent de courir. Soit par ce qu’il y a un peu trop de monde devant, soit tout simplement car la pente est trop forte. Je me retrouve dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Nous allons tous à la même allure. Nous doublons quelques personnes dans les serpentins.

Arrivé en haut de ce passage, nous repartons sur un chemin à flanc de montagne. Cela permet de faire un peu tourner les jambes après cette première difficulté. Ca monte et cela descend sur des touts petits dénivelés. Le monotrace est sec et bien formé. Il n’y a pas de risques de chuter dans le vide sur notre gauche.

 

Deuxième partie de la montée sur la TÊTE DE LA TRONCHE : 

Après avoir traversé ce qui semble être un ruisseau plein de cailloux glissant entre deux  pans de montagne, nous attaquons la deuxième partie de la montée. A partir de maintenant, cela ne rigole plus. Silence dans les rangs.

Je suis toujours dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Je me retourne un moment pour regarder derrière nous. Un petit trou est déjà entrain de se faire. Pas grand chose. 50 mètres. Mais le trou est fait.

Mes anciens démons reviennent à moi. Je me fixe sur les mollets de la personne qui me précède et je monte exactement dans son rythme. J’ai accroché deux mollets costauds, ils avancent vite. Presque tous les coureurs ont sorti leurs bâtons. Moi, je cours sans. Je suis d’accord, je pense que j’irai plus vite avec, mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas envie d’essayer. J’aurais trop l’impression que cela me faciliterait les choses. Je n’aurais plus l’impression de faire corps avec la difficulté de l’épreuve. Je ne vivrais plus ma course sans additifs.

Mon collègue a pris quelques photos de ce passage. A la différence de ce que j’ai vécu, il y a beaucoup de monde sur ces photos. Lorsque je suis passé, la foule était légèrement plus clairsemée et regroupée en petit ensemble de coureurs.

 

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A mi-hauteur de cette deuxième partie de montée, je commence à être à l’aise. Je n’ai pas eu besoin de poser les mains sur les cuisses depuis le début et je commence à me redresser, voir même à me tenir de plus en plus droit. La personne devant moi n’est plus tout à fait dans mon rythme. J’hésite. Est-ce que j’y vais, je lance les chevaux et je rentre dans mon rythme, ou est-ce que j’applique un principe de précaution et je reste derrière elle pour en garder sous le pied ?..

10 secondes plus tard : « Attention, je passe à droite ! ». C’est parti. Je suis bien. Autant en profiter. Je lance mes pas dans la montée. C’est automatique, le cerveau ne réfléchit plus. Tap.. Tap.. Tap.. Tap.. Tap.. c’est presque systémique. Après une minute à mon régime de croisière, je me rends compte que mon souffle n’est pas tellement accéléré et que je n’ai pas trop augmenté ma chaleur corporelle. Je continue donc à ce tempo. Jusqu’en haut.

 

KM 10.3 = Sommet de la TÊTE DE LA TRONCHE (altitude 2548 m) :

Temps de course : 01 h 54 min / Classement général : 246ème.  

Premier sommet atteint. Nous venons de nous prendre 1435 D+. Et c’est passé comme dans du beurre. Les cuisses ne me brulent pas. Mon dos ne me fait pas souffrir et je ne ressens pas de picotements dans les mollets. Tout va bien. L’entrainement a payé. Je redoutais un peu ces dix premiers kilomètres. Le fait de partir comme cela, à froid. De tout de suite devoir envoyer du pâté. J’avais peur que mon corps ne me trahisse. Il a répondu présent. Je suis fier de toi ensemble d’os, d’organes et de peaux. Maintenant il te reste 90 bornes à tenir !

Le soleil est bien présent. Nous l’avons eu dans le dos une bonne partie de la montée. Le paysage est dégagé. C’est magique comme endroit. Si seulement j’avais l’occasion de courir plus souvent dans de tels lieux !

Trèves d’observations, je me fais Biper au sommet. Je relance de suite. Il y a peu de vent, mais le froid de l’altitude se fait ressentir. Mes jambes qui avaient pris un rythme particulier dans la montée, doivent maintenant s’assouplir pour aller chercher une bonne foulée. Au bout de 300 ou 400 mètres je rentre dans mon rythme.

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Descente sur le Ravito n°1 : REFUGE BERTONE : 

Nous sommes sur la crête. Aucun arbre. Donc aucune racine. Quelques rares rochers sont à éviter. Nous courrons sur des monotraces dans une grande prairie alpine en descente. J’arrive à envoyer. Je double même quelques coureurs. Cela me surprend. Au loin, je repère l’hélicoptère qui capte les images pour les Live UTMB. Il est en vol quasi-stationnaire et remonte doucement la crête. Je me dis que cela serait sympa d’avoir une image de ce moment. Ma foulée s’accélèrent. Au moment d’arriver à son niveau, patatra mon monotrace fait le tour d’une petite butte. L’hélicoptère est là, juste derrière. Je ne le verrai pas, lui non plus. Tantpis. De toute manière je ne suis pas venu pour faire des images. Je retourne dans ma course.

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Etant donné que nous sommes dans une descente les écarts entre les coureurs commencent à franchement se former. Les groupes de plus de dix coureurs ont tous explosé. Il n’y a maintenant plus que des groupes de 2 à 4 coureurs dont l’un s’échappe généralement pour rejoindre celui de devant au bout de quelques dizaines de secondes. Je fais parti de ces coureurs qui font des sauts de puces de groupe en groupe. Je pense que cela me permet de me donner une suite de petits objectifs atteignables. Cela m’aide à bien avancer, tout en faisant passer le temps.

Entre deux groupes, lorsque je me retrouve seul, une chanson que j’ai entendu la veille me revient automatiquement à la tête. Bon, préparez-vous.. c’est pas du Beethoven ou la Traviata. C’est de la bonne grosse musique bien commerciale qui entre bêtement dans la tête sans vouloir jamais en ressortir. Je fredonne :

 » Le monde est à nous, le monde est à toi et moi
Mais p’t-être que sans moi le monde sera à toi
Et p’t-être qu’avec lui le monde sera à vous
Et c’est peut-être mieux ainsi
Mes sentiments dansent la macarena
Donc je me dis qu’si t’es avec lui, tu te sentiras mieux
Mais si tu te sens mieux, tu te souviendras plus de moi
Oh là là
Mon cœur danse la macarena, la la la la la la la la la la
Oh là là « 

Pour ceux qui ne connaissent pas cette chanson très recherchée et avec des paroles dignes des plus grands dialoguistes je vous mets le lien ici -> DAMSO – Macarena

En doublant un coureur, il m’entend fredonner. Tourne légèrement la tête vers moi, l’air de dire « Ah ouais.. quand même.. t’en es là toi.. ». Je garderai ce morceau dans la tête pour les 30 prochains kilomètres.. et trente kilomètres.. c’est LONG ! Mes oreilles dansent la macarena, la la la la la…

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Je repère le refuge en contre-bas. La descente est légèrement plus technique que sur les crêtes. Le fait d’arriver au premier ravito me donne du coeur à la foulée. J’accélère. La technicité du passage ne m’effraie pas. Mes entrainements spécifiques à la descente commencent à payer. Ok, ce n’est pas du Kilian’style mais franchement je suis content. Les supporters placés en bas de la descente qui regardent le passage me donnent encore plus l’envie d’envoyer avec style et souplesse. Je double quelques coureurs en coupant les virages. Mes jambes répondent bien. Les à-coups de mes réceptions un peu forcées ne me font pas mal aux cuisses. J’ai même l’impression que je ne vais pas le payer plus tard. Bref, ça va bien dans le meilleur des mondes.

 

KM 14.5 = Ravito n°1 – REFUGE BERTONE (altitude 1970 m) : 

Temps de course : 02 h 18 min / Classement général : 225ème 

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En entrant dans le ravitaillement, je fais ma traditionnelle blagounette aux bénévoles : « Bon courage pour votre journée.. on croit en vous ». Cela fonctionne.

Ni une ni deux, je file me recharger en eau. J’ai bu mes deux flasques. Il n’y a pas grand monde dans le ravito. Les coureurs se sont déjà bien étalés à l’avant de la course. C’est agréable de ne pas avoir à faire la queue.

Après l’eau, je me dirige en direction du buffet : J’attrape 2 petit Lu, quelques bouts de viandes séchées (Délicieuuuuuuuuux !), un peu de fromage et trois abricots secs. Ma manie de ne pas vouloir rester au ravitaillement reprenant le dessus, je file en direction de la sortie, les aliments dans les mains.

Sur les 300 mètres en sortant, je grignote tranquillement tout en avançant. Quelques supporters se sont placés à ce niveau. Ils nous applaudissent. C’est très sympathique.

 

Liaison avec le Ravito n°2 – REFUGE BONATTI : 

Je n’ai strictement AUCUN souvenir de cette liaison. Sur le papier c’est un enchainement de faux plats, de petites descentes et de petites montées; mais impossible de me souvenir de ce moment là. Oh la la .. (Satané chanson).

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KM 21.9 = Ravito n°2 – REFUGE BONATTI (altitude 2028 m) : 

Temps de course : 03 h 11 min / Classement général : 201ème 

Aucun souvenirs encore une fois ^^. J’ai le vague souvenir d’un refuge d’alpage assez mignon comme on peut en voir dans les films de Randonneurs ou des Bronzés, mais rien de plus. En réalité, très franchement, je pense que je devais être tellement entre la contemplation du paysage et la concentration sur mon état général que je n’ai pas du mettre mon enregistreur en marche.

Je sais juste que j’ai suivi à la lettre ma méthode de ravitaillement : Remplissage des flasques -> 2 petits Lu, viandes séchées, etc.. -> Départ du refuge et consommation sur les 400 mètres suivants.

Bon si, je me rappelle d’une chose. Mais trop tard. 5 minutes après avoir quitter le ravitaillement, je veux prendre une gorgée d’eau pour faire passer la légendaire pâteuse du petit Lu. Là. Horreur ! Mon eau fait de la mousse. Je veux pas être alarmant, mais de l’eau, qui fait de la mousse, on a beau être à 2000 mètres d’altitude, ce n’est pas normal. Le champagne fait de la mousse, le coca aussi, mais pas l’eau ! Je prends une seconde gorgée. Je détecte alors un léger arrière goût de citron chimique. Bordel ! J’ai pris de la boisson énergétique. Quand on ne s’y attend pas c’est surprenant. Heureusement, la personne qui a cuisiné le réservoir de boisson énergisante n’a pas du lire la notice, et semble avoir dilué ce qu’il faut pour un litre dans un réservoir de 30 litres. Effet sur le corps : NADA.. Effet sur le gout : Beurk. La prochaine fois je ferai plus attention. Oh là là !

 

 

Liaison et descente sur le Ravito n°3 : ARNOUVAZ : 

Je me souviens bien de cette partie. Nous avons changé d’axes de course. Nous sommes maintenant à la parallèle parfaite de la vallée. Nous courrons sur un monotrace étroit mais clean qui permet d’envoyer à flanc de montagne. Le paysage est fabuleux. La mer de glace qui descend du Mont Blanc sur notre gauche est impériale. Les falaises sont majestueuses. Du caillou sec et aride sur lequel aucun arbre ne pousse. J’essaie de repérer à plusieurs reprises nos amis les animaux de la montagne. Bouquetins, chamois et autres trailers à quatre pattes ne portant pas de dossards.

Peine perdue. Je suis trop loin pour repérer quoi que ce soit. A force de regarder le paysage, j’en oublis complètement la course et mon état général. Cela fait plus de 20 km que je cours et pourtant je ne ressens aucunes sensations d’épuisement. C’est très cool.

Je reviens vite à la course grâce à un pas mal placé. Mon pied gauche décide que le chemin est surement trop facile pour lui, et glisse tendrement dans la pente à ma gauche. Par réflexe, je m’agrippe au flanc droit de la montagne, ce qui me permet de rester debout. Cette petite alerte me remet dedans. Je me concentre à nouveau. Cela serait vraiment trop con de se blesser par manque d’attention.

La fin de la liaison vers Arnouvaz se termine par une descente assez sèche à travers les bois. Le terrain est encore relativement sec ici. J’arrive à bien envoyer. Avoir la tente du ravito en ligne de mire me donne comme à chaque fois un peu d’entrain à la tâche. J’arrive à ne pas me faire doubler. Décidément, je me surprends moi même.

L’arrivée sur le ravitaillement est géniale. Beaucoup de familles et d’enfants sont présents. J’applaudis les supporters qui me le rendent bien, et je vais claquer la main des enfants qui la tendent. C’est toujours électrisant comme sensation.

Ah. Tiens. Mais. Ne serait-ce mon ami la caméra de ravitaillement ? Qu’est ce que je fais ? Qu’est ce que je fais pour amuser les gens qui me suivent.. Le temps d’y réfléchir.. j’atteins le champs de vision de la caméra. Et là, va savoir pourquoi, je fais Dugarry à la Coupe du monde 98.. Vous noterez, que ça vient tellement de nul part que je suis à deux doigts de me casser la gueule en arrière. Bref, je profite !

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KM 27.0 = Ravito n°3 – ARNOUVAZ (altitude 1779 m) : 

Temps de course : 03 h 47 min / Classement général : 188ème 

Je vous fais pas le résumé du ravitaillement, mais comme d’habitude je tente de faire rire les bénévoles et je prends mon petit paquetage pour les 300 mètres qui suivent.

En quittant le ravitaillement, étant donné que je marche, j’entends mieux les supporters : « Bravissimo » « E fantastico » « Continua ».. J’avais presque oublié que l’on courrait en Italie.

 

Montée sur le GRAND COL FERRET : 

Le ravitaillement passé, nous traversons un lit de rivière presque à sec. C’est assez sympa de bondir de cailloux en cailloux.

Un peu plus loin, une pancarte « PHOTO – Dossard visible » attire mon attention. Je n’ai pas fini mon petit Lu. Je repère le photographe et dans ma tête je me dis « Bon.. tu n’es peut être pas assez bon pour avoir un sponsor équipementier.. mais sans déconner, un pub pour petit Lu.. tu as le niveau.. ». Je passe devant le capteur d’instant vivant, petit Lu légèrement mordillé dans une foulée légendaire tel Hercule gravissant l’Olympe. Dans ma tête ça rendait vraiment bien. Je verrai bien le résultat. Mais quelque chose me dit que je vais être déçu.

Plus de place à la rigolade. C’est parti pour 754 m de dénivelé sur 4.5 km. Du bas de la montée, j’arrive à bien discerner les trailers qui me précédent tout en haut d’un premier pan de la montée. Cela parait déjà tellement haut. Je lève encore les yeux, et je me rends compte qu’il ne s’agit même pas du sommet, mais seulement d’un palier à mi-hauteur. Ca va piquer.

Je suis seul quand je me lance dans la montée. J’ai repéré un trailer qui avance plutôt bien. Il est à deux virages en avance sur moi. Je me donne comme objectif de le rattraper et de monter avec lui. C’est reparti pour le cadencement des cuisses. Je ne réfléchis plus, j’avance. La douleur est surement présente, mais je ne la laisse pas remonter à mon cerveau. Si je pense que cela ne fait pas mal, alors cela ne fait pas mal. Cela fonctionne. Je rattrape rapidement le trailer.

Nous avançons bien tous les deux. Un troisième coureur nous rejoint. Nous montons à trois. Nous n’échangeons pas tellement nos opinions. Nous avons un pacte d’obligation de résultat, pas un pacte d’amitié franche et sincère. Notre petit train rattrape sans trop de difficultés pas mal de coureurs. Certains arrivent à accrocher.. d’autres sont complètement dépassés et doivent vite revenir dans leur rythme.

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A mi hauteur de la montée, notre vision sur le sommet s’améliore. Je me rends rapidement compte que je peux dire adieux au soleil. Nous allons rentrer dans le nuage qui est accroché en haut. La course va définitivement changer.

Sur la fin de la montée, nous croisons quelques randonneurs. Assez poliment (je pense qu’ils sont Suisses étant donné que nous avons traversé la frontière en bas sans que je m’en rende compte), ceux-ci se sont écartés du sentier principal pour laisser passer les coureurs sans difficulté. Certains nous applaudissent, d’autres restent immobiles et nous regardent passer. Sans doute, sont-ils déjà laser d’avoir applaudi la grosse centaine de coureurs nous ayant précédés. (Ou sinon c’est vraiment qu’on les fait chier à prendre leur sentier.. mais ça.. nous ne le saurons jamais).

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La fin de la montée se passe complètement dans le nuage. Il n’y a plus de paysage à contempler. De toute manière cela fait bien 10 minutes que je ne regarde rien d’autre que les chaussettes grises et noires du grand trailer ultra-affuté qui me précède. L’autre trailer qui est monté avec nous me demande de remettre ses bâtons dans sa petite sacoche. Ca semble bien pratique quand même son truc. Mais bon, pas envie d’essayer.

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Crédit photo : @Clairecassoth sur Instagram

 

KM 31.5 = Sommet GRAND COL FERRET (altitude 2528 m) : 

Temps de course : 04 h 49 min / Classement général : 158ème 

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Bon. 1 h pour faire quatre kilomètres. C’est bien la première fois que cela m’arrive. Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir super bien monté cette section. J’irai comparer avec la moyenne des coureurs pour me rassurer (ou pas).

Je ne reste pas au sommet. Il fait maintenant trop froid. L’humidité se fait ressentir, il commence à bruiner et le vent souffle légèrement. Et dire que 400 mètres plus bas, il faisait beau. Incroyable.

 

Descente sur le Ravito n°4 – LA FOULY : 

J’enfile ma veste (une salomon Bonatti, tout ce qu’il y a de plus classique). C’est la première fois que je l’essaie en course. On va bien voir si elle vaut son prix. Déjà, j’arrive sans problème à la mettre au dessus de mon sac alors qu’il est plein à craquer. C’est un bon point. Ensuite, j’arrive à facilement soulever le rebord pour récupérer un gel dans une des deux poches arrières de mon sac. Deuxième bon point. Le troisième bon point, elle va le gagner sur les dix premières minutes de la descente, alors que je suis entrain de me refroidir grave. La veste tient très bien la chaleur corporelle, sans toutefois étouffer. J’ai rapidement la sensation d’avoir chaud, mais je ne suis pas mal à l’aise. Vous l’aurez compris, je plusoie ma veste 😀

Un mec qui remonte la course en sens inverse m’annonce 158ème. Je n’avais pas du tout estimer mon classement pour le moment. Je pensais être plutôt dans les 300. D’un côté, cela me rend ravis, de l’autre, cela me met la pression GRAVE. Etre dans le TOP 200 à un peu moins de 70 km de l’arrivée cela veut tout et rien dire. Je me dis qu’en continuant ainsi, je pourrai tenir sous la barre des 200, mais étant donné la longue distance qu’il reste à parcourir, je me dis que tout peut arriver et que je peux très rapidement reculer de plusieurs centaines de places. De toute manière mon objectif est simple : Finir en moins de 20 h. Le reste on s’en fout !

Je double un trailer dans la descente. 157. Un autre s’arrête pour mettre sa veste. 156. Nooooooooooooon ! Ca recommence. Je n’arrive pas à m’empêcher de compter maintenant.

Au fur et à mesure de la descente je commence à avoir un coup de mou. Le prochain ravitaillement de la Fouly est encore loin. Une dizaine de kilomètres. Je me reprends en me disant que de la descente c’est des kilomètres « faciles ».. des kilomètres « donnés ».. J’avale un gel et dix minutes plus tard, cela va beaucoup mieux.

A peu près à mi-chemin, la descente est plus raide. Mes cuisses commencent à prendre cher. Je le sens. J’arrive à tenir le rythme mais je sais maintenant que plus tard cela va faire très mal.

Un peu plus loin, je me surprends à avoir une hallucination. Un bout de bois sur le bord du monotrace se transforme en chien/loup me bondissant dessus. Je sursaute effrayé. Le temps de réaliser qu’il s’agit d’un bout de bois, je suis déjà 5 mètres plus loin. Si c’est comme cela au km 40, ça va être quoi par la suite ?

Nous repassons sur le bitume. Je comprends que le ravitaillement est proche. En arrivant dessus, j’applaudis à mon habitude les spectateurs. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cela me fait autant de bien de les applaudir que d’entendre leurs applaudissements.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

Coucou ma copine la caméra. Cette fois-ci, je n’ai toujours pas d’idée, mais par contre on va éviter de faire Dugarry.

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KM 41.1 = Ravito n°4 – LA FOULY (altitude 1600 m) :

Temps de course : 05 h 43 min / Classement général : 160ème 

Le ravitaillement est étrangement calme. Peu de bruits, d’excitations. C’est tout à fait normal en fait. Il n’y a presque personne pour l’instant. Nous devons être 5 ou 6 coureurs grand maximum sous la tente.

Je me ravitaille des éléments habituels, tout en faisant bien attention à prendre de l’eau (et pas de la boisson énergisante).

En sortant du ravitaillement, j’ai repéré une dizaine d’enfants qui s’amusent à faire une Olà. Je prépare mon coup… Je sors d’un coup de la tente en faisant un gros  » Pa..PA..pa..PA..Pa..PO..Po.. PoLALA.. OLEEEEEEE… ». Tout le monde rigole. Et c’est reparti.

Je marche 400 mètres pour manger tranquillement. Je croise un gars de l’organisation. Il me souhaite une bonne fin de course. Je me retourne en disant « FIN de course ? ».. l’air de dire « Euh.. mec, il reste 60 bornes à faire.. je suis même pas à la moitié.. et tu m’annonces déjà que c’est la fin.. tu me spoiles là ! ». Il se marre, je reprends la course.

 

Descente après LA FOULY : 

Tout simplement le pire passage de la course pour moi.. Quelques 7 ou 8 km de bitume en descente. Tout simplement atroce pour mes jambes. J’ai remarqué que peu de coureurs portaient des speedcross comme moi. Ou du moins, j’ai repéré que beaucoup de coureurs avaient des chaussures avec très peu de crampons. Je comprends mieux pourquoi. Cette partie m’use littéralement. Je me dit une nouvelle fois que ce sont des kilomètres offerts, donc je me force à avancer, mais clairement j’ai pas aimé.

Bon, il y a quand même quelques aspects positifs à courir sur la route. Presque toutes les voitures que l’on croise klaxonnent et font des appels de phares. Ca égaille un peu tout ça. En plus je n’ai plus ma musique à la con dans la tête. Oh là là.

Je me sens bien seul dans cette descente. Nous traversons un petit village suisse super mignon. Dommage, il n’y a pas âme qui vive. J’ai du traverser bien trois villages sans voir la moindre personne. Un peu glauque. Je garde tout de même le souvenir d’un petit chalet sur la droite, que j’appellerai « La maison des nains de jardins ».. Il y a plus de nains de jardins là bas que dans Blanche Neige.. C’est assez incroyable. Flippant. Mais incroyable. L’envie de faire un « Amélie poulain » en volant un nain et en lui faisant traverser le monde me vient. Heureusement qu’il me reste beaucoup de kilomètres et que mon sac est plein car j’en aurai bien pris un pour l’humour.

Sur la fin de la descente, je sympathise avec un Irlandais. Nous avons repéré au loin un village en surplomb. Au vu du petit profil de course que mon collègue m’a plastifié, je pense qu’il doit s’agir de notre prochaine destination : Champex Lac. Le saxon ne veut pas me croire. Il ne pense pas qu’il nous reste une montée à faire pour atteindre le prochain ravitaillement. Je lui montre mon profil. Il me le rend un peu dépité. « You’re right ! ». Et il enchaine en me disant « Tell me. It’s a realy realy huge beer after the last climb ! I hope you will finish it too ! ». Nous rigolons ensemble. Et continuons chacun notre course de notre côté.

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Cette longue descente depuis le sommet du Col Ferret a bien tassé mon estomac. Voilà que j’ai envie de passer aux toilettes maintenant (Et oui.. le trailer n’est pas une princesse !). Je ne vois pas d’espace un peu planqué qui me permettrait de faire ce que j’ai à faire autour de moi. Je prends mon mal en patience. J’espère qu’au prochain ravitaillement il y aura des toilettes.

 

J’approche de la montée sur Champex. Je croise enfin quelques habitants à la terrasse d’un bar. Ceux-ci brandissent fièrement leurs pintes de bières en m’applaudissant. Je suis à peine à la moitié, il me reste encore 50 km avant de pouvoir faire comme eux. Les sal*ps !

 

Montée sur le Ravito n°5 – CHAMPEX LAC :

J’attaque la montée sur Champex. J’ai eu tout le loisir d’estimer la longueur de celle-ci pendant toute la descente que je viens de me faire. Je sais quelle va être relativement forte, mais pas trop longue. Je rejoins le trailer que j’avais croiser précédemment (celui à qui j’avais rangé les bâtons). Il avance super bien. Ces bâtons l’aident pas mal. Un ami à lui fait la montée avec nous. Nous avons un bon rythme. Je suis complètement dans ces mollets pendant la moitié de la montée.

C’est sa troisième CCC. D’habitude il l’a fait en plutôt en 24h. Là, il est très content car il est parti pour faire beaucoup mieux. Il m’annonce même que nous sommes dans le rythme pour faire 15 ou 16 h. J’hallucine grave ! C’est 4 heures de moins que mon objectif de départ.

Je lui raconte un peu mon parcours dans le monde de la course, le fait que je m’entraine dans le bois de Vincennes et que j’ai la diagonale dans 1 mois et demi. Discuter avec lui me fait beaucoup de bien. Nous devons avoir sensiblement le même âge. Et pourtant il semble tellement plus mature. C’est agréable. Dans ma tête, il devient mon grand frère de Trail.

A la moitié de la montée, nous avons beau avoir pas mal envoyé sur la première partie, j’ai la folle impression de m’être reposé. J’enclenche mon rythme. Nous nous disons au revoir, et à plus tard sur la course. Je finis la deuxième partie de la montée à bloc. Seul. Je suis très très à l’aise. J’ai pris un gel tout en bas, et je commence à en ressentir l’effet. Malheureusement, le temps commence à se gâter. Il pleut maintenant. Ce ne sont pas des grosses gouttes, mais je suis tout de même trempé.

 

Dernier petit coup de cul avant le ravito. Je finis en courant. Il y a pas mal de supporters à ce moment là, et cela arrive de tous les côtés. En fait, c’est par ce que Champex est l’un des ravitaillements où un coureur peut se faire assister par des personnes extérieurs à la course. Moi. Je n’ai personne. Pas grave.

Ah tiens la caméra. Je suis beaucoup moins inventif que les deux dernières fois, et les 55 km dans les pattes commencent à se faire sentir. Un petit geste, et je passe en courant pour rentrer dans le ravitaillement.

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KM 55.1 = Ravito n°5 – CHAMPEX LAC (altitude 1474 m) : 

Temps de course : 07 h 15 min / Classement général : 152ème 

J’ai repéré que la batterie de ma Garmin était sur la fin. J’enlève pour la première fois mon sac de mon dos afin de prendre une batterie portable et de brancher ma montre. Je clipse le chargeur sur ma montre et je glisse le fil dans ma manche afin de tenir la batterie dans ma main. Cela fonctionne. Top.

Je prends mon ravitaillement habituel, auquel j’ajoute deux gobelets de Coca rouge. Le besoin de sucre et de pétillant se faisait ressentir.

A la sortie du ravitaillement, un orga’ m’arrête et me demande de rejoindre la table de contrôle des éléments obligatoires. Et c’est reparti. Le bénévole me demande de vérifier la présence de mon téléphone, de mes Petzl, des piles de rechange, ainsi que de ma veste et de mes collants.

Le bénévole est super sympa. Me voyant un peu fatigué, il m’aide à lui montrer les éléments. Le collant sur moi, la veste dans la poche extensible du sac, le portable calé dans une poche lisse et les frontales dans un sac de congélation. Tout est ok. Je peux repartir.

A la sortie du ravitaillement, j’ai très froid. Mes habits sont trempés et mon corps est refroidi. Je remets ma veste trempée. Elle fait rapidement effet. Je longe le lac en marchant afin de manger les aliments pris lors du ravitaillement. PAUSE CONSEIL A L’ORGANISATION : Je fais toujours très attention à ne rien jeter sur le parcours. Je ramasse assez souvent les gels que je vois sur les chemins afin de les déposer au ravitaillement. Mais serait-il possible de simplement mettre des sacs poubelles quelques centaines de mètres après les ravitaillements, même discrètement, afin que l’on ai pas à se trimballer les déchets sur nous. Je prends l’exemple des peaux d’oranges. M’imaginer jeter des peaux d’oranges m’énerve. Je les garde donc avec moi, mais franchement, garder des peaux d’oranges pas bien mangées, c’est pas le confort absolu. Surtout que la plupart du temps, j’oublis au prochain ravitaillement de jeter mes déchets et je repars avec une double dose pour un trajet de plus. Voilà. C’est pas grand chose. Mais cela rendrait la course un tout petit peu plus confort. (Oui.. je suis quand même une princesse !).

Je reprends la course. Les 200 premiers mètres sont très durs. Ca y est. Je commence à être musculairement atteint. Cela revient vite, mais il faut vraiment s’obliger à recommencer. On sert les dents et cela repart. Quelques temps plus tard, cette reprise douloureuse est déjà oubliée. Sur cette partie, je croise énormément de personnes faisant des assistances qui arrivent sur le ravitaillement, ils vont en sens inverse de mon chemin. Ils sont sympas et m’encouragent. Cela me fait du bien. Moralement, je commençais à avoir un petit passage à vide.

Nous empruntons maintenant des chemins forestiers pour 4×4 qui descendent. Je n’arrive plus tellement à accélérer à fond sur du faux plat descendant. Ce n’est pas grave. J’arrive tout de même à avancer.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas couru un petit moment avec quelqu’un. Je sais qu’une grosse montée arrive. J’aimerais bien rattraper un coureur pour ne pas faire la montée seul.

 

Montée sur LA GIETE : 

C’est parti pour la troisième grosse difficulté de la journée. Un bon + 860 découpé à la moitié par un petit passage roulant pour changer de flanc de montagne.

Je suis seul dans la première partie de la montée. C’est très dur. J’ai un gros passage à vide. Je suis obligé pour la première fois depuis le début de la course de m’arrêter 20 secondes pour reprendre de l’énergie. Ce petit arrêt m’est salvateur. Je vois au loin, le trailer avec lequel j’ai fait la montée sur Champex. Il a l’air en forme avec ces bâtons. Je m’accroche à lui à son passage. Nous montons ensemble. Tout de suite, cela va mieux. Mes jambes reviennent. Nous parlons peu. Mais le peu de paroles que nous échangeons nous suffisent à nous évader de la difficulté de la montée. Avec le recul, qu’est ce que c’est dur ces moments là physiquement. Heureusement que le mental est là pour tenir la cadence. Je pense que si je devais faire le même style de côte hors-course officielle, je m’arrêterais tous les 50 mètres du fait de la douleur qui se propage dans les cuisses. La tension de la course et la volonté d’aller au bout fait tenir le tout. Va savoir comment. Ca tient. Oh La La La .. (Ah bah t’es encore là toi :D).

Nous voyons le bout de la montée. Comment nous le savons ? Tout simplement car il n’y a plus beaucoup d’arbres. Plus d’arbres. OK. Mais côté hallucinations, c’est le début du grand n’importe quoi. A partir de maintenant et jusqu’à la fin de la course, j’ai vu (imaginé) des supporters qui applaudissent à peu près partout.. où il n’y en avait en fait pas. Je le sais pourtant. Il n’y a personne qui se met dans ce genre d’endroit, sous la flotte pour applaudir les coureurs. Mais dans ma tête c’est le tour de France sur le bord de nos mono-traces. C’est grave docteur ?

Enfin… On bascule sur la descente. Cette montée a été terrible pour moi. Je pense m’économiser dans la descente. Pourtant après quelques centaines de mètres, va savoir pour quelles raisons, mes jambes repartent comme si elles n’avaient rien fait pour le moment. Je pars en solitaire dans le dénivelé négatif. A partir de maintenant, cela sera pluie forte tout le long de la descente.

 

KM 66.4 = LA GIETE (altitude 1888 m) : 

Temps de course : 09 h 12 min / Classement général : 130ème.  

Si je ne confonds pas, ce petit ravitaillement est mon préféré de toute la course. Une toute petite bergerie dans une espèce de grande clairière à la sortie d’un bois. J’entre dedans d’un bond en criant un grand TADAM !! Les bénévoles me bipent et me proposent de l’eau. J’hésite un instant, puis me dirige vers les réservoirs. Un des bénévoles me dit : « Sinon, le gros ravito est à 5 km, avec que de la descente ». Dans ma tête ça fait tilt. Je me retourne dans la bergerie et je me mets à courir vers la sortie. Bon courage et merci.

 

 

Descente sur le Ravito n°6 – TRIENT : 

Me revoilà dehors.  J’ai le souvenir vague de quelques centaines de mètres très boueux. Ma capuche est visée sur ma tête. Ma casquette est à l’abris de ce ruisseau qui tombe du ciel. De toutes façon je suis déjà crade et trempé.. Je continue à envoyer.

Je rejoins rapidement un Italien d’une quarantaine d’année.. Je n’ai pas besoin de regarder son dossard pour savoir que sa mère patrie est celle de la pizza et de la Juventus de Turin. Sa manière de courir, ses fringues bleu ciel proches du corps et sa belle petite chaine en or qui s’agite font lieu et place de sa carta d’identita. Mes souvenirs de la coupe du monde 2016 refont surface. Laisser un italien devant moi, cela serait pardonner à Materazzi. Alors que je suis déjà à bloc, j’accélère à nouveau pour le distancer. Je le sens très proche derrière moi. On se tire la bourre. C’est génial. Cela nous fait avancer comme jamais. Je le sème sur la fin de la descente. Mon envie de passer aux toilettes n’est plus tenable. Cela tombe bien le gros ravitaillement n’est plus loin.

Et non. Pour une fois, je ne fais rien de spécial. Je n’ai pas remarqué la caméra.

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KM 71.3 = Ravito n°6 – TRIENT (altitude 1305 m) : 

Temps de course : 09 h 48 min / Classement général : 134ème 

Ce ravitaillement est un peu particulier. Il se situe à 200 mètres du parcours de la course. J’y arrive en courant. J’entre sous le chapiteau. Il y a beaucoup de monde, mais relativement peu de coureurs. Je commence par prendre deux verres de Coca. Le goût sucré qui glisse dans ma gorge me fait énormément de bien.

Alors que je sélectionne mon ravitaillement je repère une nouveauté que je n’avais pas vu pour l’instant. Je ne sais pas qu’elle est la personne de l’organisation qui a eu cette idée, mais c’est un génie auquel je suis prêt à payer ma pinte. Vous vous attendez certainement à quelque chose de dingo.. qui sort de l’ordinaire.. et bien … non. Pas tellement : C’est tout simplement de la PASTEQUE !! C’est drôle comme un aliment aussi banal peut devenir à ce moment précis un élément aussi exceptionnel. Voilà presque 10 h que mon appétit s’abreuve de quelques petit lu, et autres aliments sans trop de goûts particuliers. Et voilà qu’un simple bout de pastèque me redonne la vie, et l’envie. J’avale 4 bouts sur le champ et je quitte le ravitaillement deux bouts à la main.

Ces pastèques m’ont fait oublier de remplir mes flasques. Idiot va. Au moment où je m’en rends compte, je passe juste à côté de toilettes, d’où un supporter sort. Ni une ni deux, j’entre dedans, et je remplis mes flasques (au robinet je vous rassure). Je passe ensuite par la case cabinet (EN-FIN). J’ai un peu peur que d’effectuer mes besoins maintenant ne me donne à nouveau l’envie d’y retourner rapidement par la suite. Tant pis. Il le faut maintenant.

Je repars des toilettes, et file vers la sortie du ravitaillement. Cette fois, je ne loupe pas la caméra.

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Montée sur LES TSEPPES : 

Quelques mètres après la caméra, je dois sauter un petit muret de 60 cm de haut et me réceptionner sur du bitume. Cela peut paraitre minuscule sorti du contexte, mais après 70 bornes et 10 minutes d’arrêt ce genre de mouvement n’est pas des plus fluides. A la réception, je sens les deux muscles supérieurs de mes cuisses me dire :  » Houla.. Houla.. Houla.. mec ! Ca va pas le faire. On va pas être copains tous les deux. Tu te calmes. On veut bien continuer à avancer tranquillement, mais tu ne nous mets pas ça dans la tronche directement après une petite période de repos. Est-ce que l’on te réveille la nuit nous ? Non. Ben un peu de gentillesse ne te fera pas de mal. Tu te calmes ! ». Oui. Reines ! Promis, je vous chauffe un peu avant de repartir sur du technique..

Tout de suite après le ravitaillement, je traverse un pont et je suis un chemin qui monte tranquillement. Je cours dans celui-ci, cela me permet de reprendre le rythme ainsi que de me réchauffer.

J’effectue les premiers mètres de la montée seul. Personne devant pour me motiver. Je me fais rapidement rattraper par un coureur qui semble avoir le même âge que moi. Voir, quelques années de plus. Il commence à me parler en anglais avec un accent parfait. Je tente de répondre, mais impossible de trouver les mots les plus basiques. Mon cerveau ne fonctionne plus que dans sa langue maternelle. Me voyant hésitant, le coureur me demande « Where are you from ? ». Je réponds « Paris ». Il enchaine alors en disant : « Ah bah, on va pouvoir parler en français c’est plus simple ». T’aurais pas pu commencer par ça ? ^^ Tu m’as fait totalement  buggué en voulant parler anglais.. alors qu’en réalité tu viens de pas très loin de chez moi. La bonne blague. Nous continuons a avancé ensemble. Rapidement, je me rends compte qu’il est plus en forme que moi et me dépose complètement dans cette grosse montée.

Je prends un gel. Là, c’est le trou noir. Impossible de me rappeler quoi que ce soit. Un peu plus haut, je retrouve mon collègue de montée (celui des bâtons). Avec lui, cela fonctionne bien. Je reprends le rythme. Malheureusement, je commence à être à court d’eau. Je ne sais pas du tout si le point de passage des Tseppes dispose de réservoirs de flotte. Par chance, nous croisons une ferme d’alpage. Le fermier local a prévu le coup et à laisser couler un peu d’eau d’un tuyau en direction d’un abreuvoir. Je prends le temps de remplir mes deux flasques.

Nous sommes à nouveau dans les nuages. La pluie n’est pas très intense, mais elle suffit à remettre mes fringues à l’état de liquéfaction. Mon collègue à continuer son chemin. Impossible de le rattraper. Je finis la montée seul.

 

KM 74.6 = LES TSEPPES (altitude 1941 m) : 

Temps de course : 10 h 44 min / Classement général : 125ème 

Je me fait biper sans m’arrêter. A droite, une toute petite tente, dans laquelle je repère un trailer assis, tête dans les mains, coudes sur les genoux. Il est cuit. Il lève les yeux à mon passage. Nos regards se croisent, j’essaie de lui faire passer en une fraction de seconde un « On finit ensemble ? ».. pas de réponse. Je continue mon chemin.

Il reste encore un ou deux kilomètres avant le sommet. La montée que je viens de faire a été terriblement épuisante. 680 m de D+ en un peu plus de 3 kilomètres. J’ai puisé dans mes réserves pour la passer le plus vite possible. Je commence à sentir la fatigue m’envahir. Je ne cède pas à la tentation de marcher. Je me remets à courir. Le dénivelé est plus honnête sur cette fin de côte. J’ai envie de l’avoir derrière moi celle-ci. Rapidement.

Arrivé en haut. Nous passons une barrière. Je m’arrête en haut de celle-ci, et va savoir pourquoi, je me dis que c’est un bon endroit pour pisser. Je m’arrête un instant, respire un coup. J’urine. J’hume l’air. Là. Je suis bien. Je me rendrais compte plus tard (en écrivant ce récit en fait) qu’il s’agissait de la frontière qui nous ramenait en France. On pisse quand même vachement mieux dans son pays !

 

Descente sur le Ravito n°7 – VALLORCINE : 

J’entame la descente. Toujours seul. La luminosité commence à baisser, mais la nuit est encore assez loin. Une grosse demi-heure je dirais. Je commence à envoyer dans cette descente. Mes jambes sous à nouveau là. Je me sens revivre. Mes muscles et mon corps fonctionne à nouveau à plein régime.

Je vérifie dans les minutes qui suivent que tout roule. Un petit caillou (de merde !) s’est glissé dans l’avant de ma chaussure gauche. Juste devant mon gros orteil. A chaque pas, je reçois une décharge électrique dans tout le pied remontant jusqu’à la fesse. Chaque pas et une petite souffrance. Etonnement, je préfère ne pas m’arrêter pour l’enlever, au final j’aime bien cette sensation crispante. Elle me garde éveillé. Conscient. Elle me fait cette petite piqure de rappel qui suffit à me dire que sans elle mon corps se serait assoupi petit à petit. Je garderai ce caillou jusqu’à l’arrivée. 25 km de piqures. Qui dit mieux ?

Dans le début de la descente, je rattrape un coureur. En le doublant, je lui demande si tout va bien. Il ne me répond pas. Je comprends alors qu’il écoute de la musique. Sur les 500 mètres suivants, je me demande pourquoi je n’en ai pas pris. A l’entrainement j’ai toujours du son dans les oreilles. Mais en course jamais. Je me l’interdis. C’est un peu comme les bâtons. Si je mets de la musique, j’ai l’impression de tricher. Et puis, c’est si sympa d’entendre les bruits des montagnes.. dans les nuages.. alors que la nuit tombe.. sous la pluie qui redouble d’effort.. dans la gadoue qui commence à devenir de plus en plus épaisse.

Après un tiers de la descente, alors que ma casquette est sous ma capuche. La pluie étant trop forte pour rester à crâne perméable. Je remarque que toutes les 3 minutes j’ai le réflexe, nous pouvons même dire le toc, de retirer ma capuche, de retirer ma casquette et de me passer la main dans les cheveux. C’est étrange. Cela ne sert à rien. Mais ça me fait du bien.

Je me rappelle d’un moment assez lunaire. J’espère que ce n’était pas une hallucination, car c’était vraiment trop étrange pour ne pas être vrai. Le sentier sur lequel je cours jusque là est relativement boueux, mais tout à faire courable. Celui-ci forme une sorte de grande boucle autour d’une vielle bâtisse. Sur cette vielle maison, j’ai l’impression, et je suis quasiment sûr que c’est le cas, qu’il y a un homme vêtu d’un haut orange fluo qui se tient debout. Et il regarde. Il regarde passer les coureurs. Je pense que c’est quelqu’un de l’organisation qui surveille ce passage de la descente. Je suis quasiment sur de l’avoir vu s’orienter vers moi tout au long du tournant. Si ce n’est pas le cas, j’ai fait une énorme hallucination et il faut tout de suite faire placer l’Ultra-Trail dans la liste des substances illicites.

Après ce passage déconcertant, je me rends compte que je commence à ne vraiment plus voir grand chose. Et puis c’est pas le moment car les chemins sont de plus en plus impraticables. Imaginez pleins de monotraces formés par des tracteurs qui s’entrecroisent, tout en boue, alors qu’il pleut comme lors des grandes eaux de Versailles. Impossible d’avoir une foulée constante. Tout le temps obligé de changer de trajectoire, de réfléchir au bon endroit où placer le pied. Avec la vitesse et la fatigue tout cela devient de plus en plus difficile.

Je rattrape un trailer un peu plus loin. Il enfile sa frontale. Je décide de continuer encore un peu sans. Quelques centaines de mètres plus bas, je croise à nouveau un coureur arrêté qui enfile lui aussi sa frontale. Cette fois-ci, je décide de faire la même chose. Je plonge le bras dans mon sac, attrape mon sac de congélation spécial « électronique ». Je saisis ma Petzl, mets les piles dedans. Je vous raconte tout en détails, car très bizarrement je me rappelle très précisément de ce moment – C’est très inutile me direz-vous, mais je me rappelle de tout ! La première pile, je la change de côté deux fois avant de me rendre compte que le + c’est en haut et que le – c’est en bas. La seconde pile je la pose à l’opposé, avant de me rendre compte que si je l’insère d’abord, je ne pourrais plus mettre la dernière. Tout devient compliqué après 78 km. Même mettre des piles dans une lampe, c’est vous dire. Pour le fun, il faudrait faire passer des tests de QI aux trailers finissant un ultra, les résultats pourraient être alarmant sur l’avenir de l’humanité.

Frontale enfilée. Un clic (petit luminosité), deux clics (moyenne luminosité), trois clics (pas besoin de vous écrire le résultat). Me voilà donc, avec ma frontale pour voir mieux.. et je vois MOINS BIEN ! La frontale éclaire trop le brouillard et les gouttes de pluie. Avant je voyais mal le sol devant moi, maintenant je ne vois plus le sol devant moi. C’est pratique quand il s’agit de courir ! Je tente tout de même le coup, en me disant que selon les principes du Darwinisme, si je compte survivre, ma vue devrait s’adapter.

Je repars. Un peu plus lentement. Je me fais rapidement rattraper par une jeune femme en jupe Salomon et frontale allumée. Ainsi que par un coréen (chaud de la night) qui préfère descendre sans frontale.

Nous commençons à descendre à trois. Je réaccélère avec eux. Je ne vois rien ! Le parcours s’est transformé en piste de boue mélangée à des mottes d’herbes. Et nous courrons gaiement là dedans. Le trailer coréen se vautre devant moi. Je l’aide à se relever. Il passe derrière moi et m’explique par la langue universelle des signes qu’il suivra mes pas.

Ok. D’accord. Donc avant j’étais responsable de mes pieds, et maintenant je suis responsable de quatre pieds. Cela devient compliqué. De toute façon je ne vois rien. J’avance à fond sans trop savoir si je vais mettre le pied dans un trou, dans un dévert ou sur un monticule de boue. Assez rapidement, mes deux pieds coréens supplémentaires décident d’abandonner la partie de colin-maillard. La jeune femme est 200 mètres plus bas, je veux la rattraper pour finir la descente à deux. J’accélère.

Dans un virage, je fais une sortie de route glissade dans la boue. Voilà. Je suis trempé, fatigué, mentalement atteint et j’ai assez de boue sur moi pour faire une reproduction du penseur de Rodin. Je repars.

La jeune femme a ralenti. Je continue la descente avec elle. Nous repassons dans une zone de forêt. La frontale éclaire mieux le tracé. On voit au moins à 4 mètres. Les balisages sont bons et bien placés. Cela permet de ne pas nous perdre. Nous trouvons notre rythme sur cette fin de descente technique. Elle m’impressionne. Sa manière de prendre les virages est très différentes de tout ce que j’ai pu voir pour le moment. Elle doit faire beaucoup de ski selon moi. Alors que tous les trailers que j’ai pu observer depuis le début de la course épousent la courbure des virages pour mieux les prendre, elle au contre pique dedans et d’un bon latéral se remet dans l’axe de sortie. C’est difficile à décrire, mais de derrière franchement c’est pas mal !

Arrivé en bas de la descente, un homme attend la jeune femme. Je pense que c’est son entraîneur. Il nous pace jusqu’au ravitaillement.

En arrivant à celui-ci, j’entends un « Alexandre ? Casquette Verte ? ». Il s’agit de @Florianrauline. Un mec que j’ai rencontré sur Instagram et qui m’a dit qu’il se trouverai là. Je le salue, un peu hébété. Je suis à 100 % dans ma course à ce moment là, et dire des choses censées devient de plus en plus difficile. Dans mon souvenir, je crois lui avoir demander mon classement. Va savoir pourquoi. Mais en tout cas, le fait que quelqu’un me fasse un coucou sur la course me fait revenir à la vie réelle. J’entre dans le ravitaillement.

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KM 82.0 = Ravito 7 – VALLORCINE (altitude : 1263 m) : 

Temps de course : 11 h 48 min / Classement général : 129ème 

Reprenant mes esprits, je fonce vers les robinets d’eau. Je remplis une flasque que je bois cul sec. Je la remplis à nouveau et me vide la moitié de l’eau sur la nuque. Je suis déjà complètement trempé, donc un peu plus, un peu moins.. on s’en cogne. Après avoir fait mes réserves d’eau et alimentaires pour repartir, je m’arrête au stand de Coca. Les bénévoles sont super bienveillants avec moi. Je pense qu’ils voient bien que je ne suis plus à 100 % de mon état normal. Leurs paroles sont douces et les mots qu’ils utilisent sont rassurants. Ils me posent quelques questions sur cette dernière descente. Je leur en fait un récit court, mais pointu. Alors qu’un des deux me ressert du Coca, je reprends mes esprits et lui demande s’il n’a pas une goutte de whisky avec. Il lève la tête, étonné et cherche dans mon regard si c’est une blague ou si c’est une vraie question. Je n’ai pas du assez bien l’accentuer celle là. J’avale mon Coca et je file.

En sortant du ravitaillement, l’ensemble des personnes qui sont présentes et qui nous observent sans que l’on s’en rende compte applaudissent. Cela fait énormément de bien. Je croise à nouveau ma connaissance d’Instagram. Je crois que sa copine me prend en photo (mais j’ai un doute). Je le remercie et repart seul dans la nuit.. trempé.. sous la pluie 😀 On dirait une chanson de Brel.

 

Liaison avec le COL DES MONTETS : 

Je prends le temps de me ravitailler sur les 400 mètres qui suivent. Le ravitaillement m’a bien sorti de mon petit nuage. L’acidulé des oranges me pique certains points précis du palais. Je suis bien réveillé. Je prends à nouveau un gel. Il m’en restera un pour l’ultime montée. C’est parfait.

Pendant que je marche, trois ou quatre coureurs m’ont dépassé. Je me remets à courir. Je me rends compte que sur ce faux plat montant je cours plus vite qu’eux. Je les rattrape facilement, puis les dépassent. Un seul. Grand. Short rouge et nouveau sac Salomon bleu ciel (ou les couleurs à l’inverse je ne sais plus trop) me résiste. Il est 100 mètres devant moi, mais impossible de le rattraper. Après un bon kilomètre, il s’arrête pour pisser. J’arrive à son niveau. Il redémarre aussi sec. Je le sens. Il veut finir. Et il veut finir rapidement. Cela va être un partenaire parfait de fin de course.

Il est 20 mètres devant moi. Je remarque qu’il se retourne fréquemment pour voir la distance qui nous sépare. A chaque fois que je me rapproche, il accélère à nouveau.

Le chemin passe par un parking. Sur celui-ci, trois ou quatre de ses potes l’attendent. Ils l’encouragent « Fafa l’homme de la montagne » .. « Il est chaud mon Fafa ».. je suis juste derrière. C’est un peu dur d’être seul à ce moment là, sans supporter pour soi. Je profite donc du spectacle. Ses potes semblent bien chauds. Alors qu’ils le quittent pour retourner à leur voiture, j’arrive à son niveau. Nous courrons l’un derrière l’autre maintenant.

Nous avançons bien. Nous nous sommes toujours pas adressé la parole. Nous sommes concentrés sur le fait de courir et de terminer. Quelques centaines de mètres plus loin, notre parcours surplombe de deux ou trois mètres la route qui descend jusqu’à Chamonix. Une voiture arrive à notre niveau, klaxonnant à réveiller les marmottes les plus somnamphiles. Ils sont chauds comme la braise. Ils hurlent. L’encouragent. C’est assez drôle comme moment. J’en profite pour lui dire « Putain, mais ils ont carburé à l’apéro tes potes ? ».. Il rigole. La liaison se créée.

Le chemin descend. Nous traversons la route et nous nous faisons biper.

 

KM 85.8 = COL DES MONTETS (altitude 1467 m) : 

Temps de course : 12 h 28 min / Classement général : 124ème.  

Les bénévoles nous crient au passage : « Bravo les gars. Vous y êtes presque. Dernière montée et dernière descente sur Chamonix ! ». Les mots derniers résonnent en moi.

 

Première montée sur LA FLEGERE : 

Deux de ses potes sont descendus de la voiture et s’embarquent dans la montée avec nous. L’un tient son chien en laisse. Juste dernière moi. Nous nous présentons. Alors, moi je m’appelle Alexandre, je viens de Paris, je m’entraine dans le bois de Vincennes, c’est mon premier 100 km et dans 45 jours je fais la Diagonale des fous. Ils sont morts de rire.

Nous avançons à fond dans la montée. Lui devant, moi derrière. En y repensant, c’était vraiment lui qui donnait l’allure. Je ne faisais que le suivre. Sans lui, je pense que j’aurais bien mis 20 minutes de plus à effectuer la montée sur La Flégère.

Ses amis nous encourage : « C’est super ce que vous faites les gars » – « Vous avez un bon rythme » – « Ca relance après les virages.. PowPoPO ! ». Ces encouragements me galvanisent. Je suis en mode terminator maintenant. Rien ne peut m’arrêter. Le chien (d’ailleurs je crois que c’est une chienne mais j’ai un doute) est au taquet juste derrière moi. Franchement, à la vitesse où l’on a fait cette montée, il faudrait une veste Finisher rien que pour elle !

 

Redescente avant la dernier montée sur LA FLEGERE : 

Fin de la première partie de montée. On ne comprend pas trop pourquoi mais cela redescend. Peu importe. On envoie du bois. Dans la montée nous avons doublé deux coureurs et nous les avons déposés sur place. C’était assez impressionnant. Maintenant nous sommes uniquement tous les deux, avec les potes et la chienne.

La descente est très technique. la pluie est terriblement forte. La plus forte depuis le début du parcours. On ne voit pas grande chose. Le chemin est devenu une vraie petite rivière. Deux stratégies, soit tu passes au milieu : les pieds dans l’eau. Soit tu passes sur les bords dans la boue au risque de chuter dans le précipice. J’opte pour la deuxième solution avant de rapidement n’en avoir plus rien à fichtre et de passer les pieds dans l’eau en mode sous-marin.

Nous croisons un coureur dans la descente, il est seul dans cette partie technique et prend vraiment son temps pour passer les obstacles. Nous, c’est différent. Nous tentons de passer rapidement pour ne pas glisser sur les rochers et racines glissantes. Jusque là, cela fonctionne. C’est un peu inconscient. Mais on cartonne.

 

Deuxième montée sur LA FLEGERE : 

Fin de la descente. L’un des deux potes semble avoir du mal à nous suivre. En attaquant la montée, je l’entends dire « C’est des tarés. Ils ont 90 bornes dans les pattes et je n’arrive pas à les suivre ». Intérieurement, je suis fier.

La deuxième montée est encore plus difficile que la première. La pente me semble plus forte. J’avale un gel. Devant moi, ce sont des patates douces qui font le régale de mon camarade de fin de course. Nous doublons à nouveau deux coureurs. Rapidement, nous ne voyons plus leurs frontales derrière nous. Mais qu’est ce qui nous arrive ? ^^

La fin de la montée est terrible. Nous sortons de la foret pour terminer sur ce qui semble être une piste de ski. Nous sommes à découvert. L’eau tombe du ciel à grosses gouttes. C’est apocalyptique comme instant. Je suis au bout de moi même. Nous venons de nous prendre 732 m de D+ dans du chemin technique et nous sommes montés à plus de 5 km/h. Lu comme cela sur un blog, cela peut paraitre pas grand chose, mais je peux vous promettre que j’ai rarement dans ma vie atteint un tel niveau dépassement de soi.

Ca y est. Nous voyons 200 mètres plus haut la lumière de la petite tente de ravitaillement. Nous finissons en courant. C’était complètement dantesque comme instant de vie.

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KM 92.9 = Ravito 8 – LA FLEGERE (altitude 1868 m) : 

Temps de course : 13 h 54 min / Classement général : 119ème. 

L’ambiance sous la tente est indescriptible. La pluie lourde qui tombent sur le plastique du toit produit un bruit assourdissant. Autour de moi, les bénévoles semblent être en lévitation à 20 centimètres du sol. Il doit y avoir quelques neurones qui se connectent plus bien là haut. Je suis un peu perdu dans la tente, alors que celle-ci doit faire à peine quelques mètres de long sur encore moins de large (ce qui est très précis !).

Je m’approche des réservoirs d’eau et demande à un bénévole si c’est bien de l’eau. (Bah non banane.. Il y a marqué EAU en caractère 300 dessus, mais pour le délire on a mis de la chartreuse dedans. Que penses-tu de notre initiative ?). Le bénévole me répond gentillement et calmement : « Tout à fait.. tu en veux un peu ? ». Je prends mes flasques, les débouche et vide le reste dans la tente au pied de la table. Je regarde le bénévole.. « Au putin.. je suis con. Désolé. C’est la fatigue. » – « T’inquiète pas. On est habitué. Donne les moi, je vais te les remplir. » Pendant ce temps, je cherche dans la tente mon collègue de montée pour le remercier et lui proposer de faire la descente ensemble. Il n’est déjà plus là.

Je finis de reboucher mes gourdes et je file vers la sortie. En repartant, je demande combien de kilomètres reste-il.  » 7 km mon gars. Et que de la descente ! ». C’est parti…

 

Descente sur CHAMONIX : 

Je rallume ma frontale. J’avance en marchant sur 10 mètres avec une démarche de guerrier. J’ai l’impression d’être fort à ce moment là. Rien ne peut m’arrêter. Je suis entrain de réaliser quelque chose qui me parait complètement fou, tellement loin de mon quotidien. Ca passe crème !

Je me mets à courir. La descente commence par un début de piste de ski. Ca calme tout de suite les ardeurs de vitesse. Je temporise un peu, mais mes cuisses me font rapidement comprendre que cela ne va pas être possible de se prendre 800 D – à toute vitesse. Je les comprends. Je ralentie un peu.

J’entre dans la partie forestière de la descente, qui va durer jusqu’en bas. Etant seul, ma frontale éclaire relativement peu d’espace. Je fais très attention. Ce n’est pas ultra technique, mais c’est dangereux. Beaucoup de boue. De trous d’eau. De racines et de pierres sont sur le monotrace qui descend en zigzag pendant quelques kilomètres.

Ayant tout le temps la tête penchée vers le sol, je ne repère pas bien à quel moment il va falloir tourner au loin, ou quelle est l’intensité de la descente. Heureusement, les balisages sont là et reflètent bien de loin. Ils me permettent en un levé de nuque de repérer la distance et le dénivelé des 100 prochains mètres. J’avancerai selon ce principe pendant toute la durée de la descente.

Je me fais rattraper et doubler plusieurs fois. Je n’ai plus les moyens physiques de faire la course, ou bien simplement de m’accrocher. Ce n’est plus important du tout. Je suis presque au bout. D’ailleurs j’ai repéré depuis quelques virages les lumières de Chamonix qui semblent se rapprocher inexorablement au fur et à mesure que les tournants passent.

Nous traversons un ou deux ruisseaux. Je ne les vois pas. Mais je le sais. Le bruit s’entend de loin, et permet d’ailleurs d’indiquer au cerveau qu’il va falloir faire attention aux quelques pierres qui peuvent parsemer le chemin.

Je traverse un chalet. Ca semble super mignon (de jour, par beau temps.. là il fait nuit et les conditions sont cataclysmiques). C’est la fin du monotrace. Je rejoins une route de montagne en terre et petit gravier. Elle avance sur un bon gros km. J’avance avec elle. Ca sent la fin.

Une dernière coureuse me double. Cette fois-ci, je m’accroche. Je vais terminer avec elle. Je vois au bout du chemin des lumières intenses. Ce sont des lampadaires. Je n’ai jamais été aussi heureux de voir du mobilier urbain.

 

Arrivée dans CHAMONIX : 

Nous entrons dans Chamonix. Quelques femmes sont massées à cet endroit. Juste sur la gauche du passage. Elles attendent leur mari pour finir avec eux je pense. Elles ont du courage, il pleut orage, mais sans tout le tintouin des éclairs et du tonnerre.

Je ne sais pas si nous sommes loin de l’arrivée. Ce n’est pas important. Mon cerveau est hors ligne, la seule connexion qu’il peut faire est celle de la ligne d’arrivée. Nous sprintons presque.

Je laisse la jeune femme 50 mètres devant moi, je veux profiter égoïstement de mon arrivée. Je reconnais au loin le petit pont qui traverse la rivière passant au centre de Chamonix. C’est le dernier kilomètre. Virage sur la droite. Je longe le torrent. L’émotion monte.

J’arrive au croisement devant le salon de l’Ultra-Trail, les bénévoles me félicitent. Je remonte l’avenue. Il n’y a pas grand monde à minuit sous la pluie à cet endroit là. Virage sur la gauche, j’entre dans la voie piétonne de Chamonix. Deux bars sont encore ouverts. Pas mal de mecs (complètement I-VRES) sont sur la terrasse, protégés de la pluie, ils nous acclament, ronds comme des pelles. Je finis de traverser Chamonix, les rares passants applaudissent. Quel pied. Virage sur la gauche, petit tour du pâté de maison, j’entrevoie l’arche au loin.

200 mètres. Tu vas le faire putin !

150 mètres. Tu es entrain de le faire putin !

100 mètres. Tu le fais putin !

50 mètres. Tu l’as fait putin. PROFITE BORDEL.

Je me vois tournoyer sur moi même… hurler de joie… reprendre mes esprits. Courir en direction de la ligne d’arrivée.. le préparer.. et le lancer.. ce fameux 3 6 d’arrivée !

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KM 100 = LIGNE D’ARRIVEE – CHAMONIX :

Temps de course : 14 h 51 min 48 sec / Classement général : 123ème 

Après l’arrivée. Je m’arrête. 10 secondes. Qui semblent durer des heures. Toutes la course et les émotions qu’elle m’a procurées remontent en ultra-accéléré. Cela fait un immense PAN dans ma tête. Un déclic. Un choc. Les filets tremblent. La respiration prend le temps. Mes yeux s’ouvrent. Mes mains se détendent. Je suis bien.

C’est fait. Tu peux passer à autre chose maintenant. Je me relève et je prends en photo l’écran d’arrivée. J’ai un peu du mal à y croire. 14 h 51 min 48 sec !! 5 h de moins que prévu et un super classement en prime. YALLAAAAAA !

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Je file devant la ligne d’arrivée pour demander une petite photo. J’en aurai deux.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

J’en profite pour faire ma traditionnelle photo que je fais à toutes mes sorties Running. La photo symbolique, de cette Casquette, qui commence à en avoir fait des kms avec moi.  Elle peut être fier d’elle la petite. Elle a assuré !

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Et voilà, l’envers du décor. N’ai-je pas l’air intelligent comme ça ? ^^ Bon, au moins, cette photo aura le mérite de montrer à quel point je suis trempé.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

Reportage photo effectué. Je file dans le ravitaillement post-course. J’avale 3 thés en débriefant la course avec quelques coureurs croisés tout au long. Je suis resté assis 15 minutes. Erreur fatale. Mes jambes se sont refroidies, maintenant c’est lenteur et douleur  qui vont accompagner mes trois prochains jours. Mais c’est de la bonne douleur. De la douleur qui rappelle le chemin accompli. Tel l’enfant qui montre fièrement ses cicatrices, je serai content mardi matin d’aller au boulot en marchant un peu anormalement.

Je récupère ma veste Finisher. Il ne pleut plus. Sans déconner ? Ca fait 45 bornes que je me prends la piscine olympique sur la tronche et maintenant que c’est fini, le ciel se dit « Allez.. c’est bon.. il en a eu assez ! ».. ARRRRRRRRRRRGH ! Je file récupérer mes affaires.

 

L’APRES COURSE : 

J’entre dans le gymnase pour aller me reposer en attendant mon collègue. Je viens d’allumer mon téléphone. Il est à Champex. Je vais pouvoir dormir un peu. J’espère qu’il va pouvoir passer sous les barrières horaires. Cela gâcherait tout mon plaisir s’il se faisait sortir.

Le gymnase est rempli de quelques morts-vivants. Tous suivent le même scénario. Ils arrivent complètement à l’ouest. Sont amenés par un bénévole super sympa jusqu’à un lit. S’assoient. Prennent leurs affaires de douche. Filent sous l’eau (chaude cette fois). Reviennent. S’habillent et se couchent. Pas de bières. Pas de « Allez, on trinque à notre aventure ».. Je suis un peu déçu. Mais je comprends. Je m’enfile une bière.

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Tout en profitant de ma bière, je décide de faire un état des lieux. Serais-je capable d’en rajouter 70 (km) et 4000 (D+) à la Diagonale des fous ? – Franchement. Pourquoi pas. Pas à cette vitesse. Mais pourquoi pas. Je suis rassuré.

Le dos, pas de problème. La tête et la nuque, nickel ! Pas d’irritations.. parfait ! Les cuisses tirent un peu mais c’est normal. Les mollets.. franchement après un 10 km ils sont pareils. Par contre au niveau des pieds, il y a un peu de taff’.

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03 h 16. Je suis mon collégue sur LiveTrail. L’application l’annonce à 5 h 15 au prochain ravitaillement. Je vais tenter de dormir un peu.

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Je me réveille comme une fleur deux heures plus tard. Bon.. ok.. comme une fleur fanée sur laquelle on aurait fait tomber une bouteille de Cola marque distributeur en fin de soirée.

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05 h 34. HORREUR ! J’ai oublié de prendre des chaussures de rechange. Mes speedcross sont complètement trempées. Je suis prêt à faire beaucoup de sacrifices à ce moment là, mais mettre mes pieds torturés dans des chaussures trempées pour aller voir l’arrivée de mon collégue, je dis NON.

06 h 01. Je cherche une solution. J’entreprends de demander à des amis trailers de me prêter leurs tongs pour aller m’acheter des chaussures. Si j’arrive à me faire comprendre, je m’offre une glace.

06 h 03. Ils dorment tous. Je laisse tomber. De toute façon, rien n’ouvre avant au moins trois heures.

07 h 10. J’ai une idée. Je fais les poubelles.

08 h 30. Le Mac Giver qui se cache en moi réalise l’oeuvre de système D parfaite. Voici les premières chaussettes post-trail imperméables ajustables pour toutes les pointures.

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09 h 26. Je me pavane dans Chamonix avec ce chic propre au créateur néo-moderniste.

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09 h 30. Après avoir fait sensation dans les rues. Je décide de garder mon prototype secret.. et d’acheter une paire d’espadrilles.. car quand même j’aurai l’air moins con.

09 h 56. Je m’installe à proximité de l’arrivée pour attendre mon collégue et je déguste un petit déjeuner bien mérité.

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Voilà voilà. Ce récit a été très compliqué pour moi à écrire. J’ai vécu ma course de manière tellement intense, que de ressortir par écrit des sensations si fortes n’est pas toujours facile. Il y aussi le fait que la longueur et la difficulté de l’effort m’ont fait oublié, temporairement je l’espère, pas mal de détails sur les instants vécus. Mais globalement, vous l’aurez compris, j’ai vécu une aventure de vie sensationnelle. L’une de celles qui vous fait grandir, évoluer, avancer. Je vais vite récupérer et me lancer dans la préparation rapide de mon prochain défi, d’encore plus grosse envergure, celui-ci. Le Grand Raid de la Réunion. Je me laisse une semaine pour descendre de mon petit nuage. Et je m’y mets. En attendant, je vous remercie tous pour les messages de soutien et de félicitations que vous m’avez envoyés. Cela fait énormément de bien, avant et après la course. J’ai l’impression comme cela, d’un peu, à ma manière, courir pour vous.

Casquetement Verte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Programme Saison 2018 : Urban Trail Issy Les Moulineaux / EcoTrail de Paris 2018 / Marathon de Paris 2018 / Trail du Mont d’or 2018 / Maxi-Race (ou) EcoTrail d’Oslo 2018 / EcoTrail de Reykjavik 2018 (ou) Etna Trail 2018 / UTMB 2018 (ou) Endurance Trail 2018 / SaintéLyon 2018 (ou) La 180.

Saison 2018 Casquette Verte

Derrière les collines d’août et les monts de Septembre, se dessinent au loin quelques belles courbes bien proportionnées portant les doux noms de Diagonale et CCC. Tout en moi se focalise dessus. Mon regard, tête redressée, y converge plein d’espoir, d’envie et de curiosité. Nous sommes dans le fond de la vallée de Juillet, nous entrons doucement dans le tourbillon aoûtien. Le vent souffle dans les plaines. Oui. Hakim, le fils du forgeron est venu me chercher. C’est la première fois pour moi que je pars au combat. Encore beaucoup d’étapes de montagne sont à passer avant de finir 2017. Pourtant, il est déjà temps de penser à la saison prochaine.

Toujours avoir un bon gros coup, que dis-je un gigantesque coup d’avance dans le Trail. Sur les courses, j’ai tendance à partir de l’arrière. Et ben, là c’est pareil pour la programmation de ma saison 2018. Je dois me fixer le plus tôt possible un cap à tenir. Connaître mes objectifs. Savoir où la folie qu’y est en moi va mener mes pieds.

Aux cas de forces majeurs (blessure, changement radical d’environnement,etc.) près, ma saison 2018 devrait se composer selon le schéma suivant :

 

  • [JANVIER] 

-> Urban Trail Issy Les Moulineaux 30 km

Le site officiel : ICI

Afin de ne pas laisser les jambes trop longtemps hors compétition, dans ce froid hivernale si peu accueillant pour quelques séances d’entraînement. J’ai trouvé cette épreuve au cœur du mois de janvier (et en plus, elle n’est pas à l’autre bout de la France). Un 30 km. En ville. Autant dire que ça va être du gâteau. Une tartelette à la fraise qui n’a pas trop attendue en vitrine, qui pourrait tourner à l’éclair au café que j’avale d’une bouchée si je me prends au jeu de la course et à ma volonté d’accrocher un podium. Bref, une ouverture de saison légère, pas trop copieuse, qui suggère l’appétit, sans me couper la faim.

 

  • [MARS] 

-> EcoTrail de Paris 80 km / 1500m D+

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Le site officiel : ICI

Mon récit 2017.

Ça sera ma troisième participation. Pour ce round III, l’objectif est clair, net et précis. Faire mieux qu’en 2017. Battre mon temps de 7 h 44 min et améliorer mon classement au Scratch. Je le sais d’avance, cela ne va pas être de tout repos.

J’aimerai bien partir sur un objectif 7 h 15. Mais entre nous. 80 km à 5:26 min du km .. pauses et ravitos compris.. j’y crois pas une seule seconde..

Il va falloir partir vite et tenir une bonne allure sur 80. Ça sent la douleur et les souffrances d’ici. Mouahhahahahahah. J’adore ca.

 

  • [AVRIL] 

-> Marathon de Paris 

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2016.

Mon récit 2017.

Pour moi. Ca va être sans comparaison aucune, un des gros moments de ma saison. Finir le marathon en moins de 3h. Le challenge promet d’être terrible. Généralement, l’EcoTrail est encore dans les pattes. Les trois semaines qui séparent les deux événements ne suffissent aux 4 R : Récupérer, Reprendre, Repréparer et y Retourner. Mais là, j’ai une motivation toute particulière pour atteindre cet objectif temps. J’ai calculé, il va falloir que je cavale mes kms en moins de 4min16. Ca va être dur. Très dur. Cette barrière des 3 h, c’est décidé, c’est le temps qui me fera arrêter pour un moment les marathons sur route. Rien que financièrement, ça donne envie !

-> Quid de l’ARDECHOIS TRAIL (56 km/2444 D+) ? 

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2017.

Avril. Synonyme de doublette ? Cette année j’ai réussi sans trop de casses à enchaîner EcoTrail / Marathon et Ardéchois. Ok. Cette succession a puisé dans les réserves, mais c’est passé comme dans du beurre demi-sel un jour de petite chaleur. Je verrai à quelques mois de m’engager si je fais le choix ou non de m’aligner au départ de cet événement. Il faut dire que ma 27ème place cette année me laisse pas mal espérer. Bref, je laisse l’hésitation reine pendant encore quelques temps.

 

  • [MAI] 

Pour mai, je ne suis pas encore fixé du tout. J’ai deux pistes :

La maxi race (117 km / 7300 D+) sur les hauteurs d’Annecy ou l’EcoTrail d’Oslo (80 km / 1900 D+).

Le site officiel (Maxi Race) : ICI

 

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Le site officiel (EcoTrail Oslo) : ICI

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La première m’attire. Cette année j’ai pu observer qu’il y avait un plateau relevé là bas. Je n’ai jamais couru une course en même temps qu’un cador de la discipline (à par peut-être Miguel Heras sur les Templiers, Manu Gault et Sylvaine Cussot sur l’ecotrail, l’ardechois et la STL). Et cette idée me donne envie. Connaître combien d’heures les meilleurs peuvent-ils me mettre. Connaître ma marge de progression. Cela m’attire. Et aussi, il faut bien le dire, cette épreuve est stratégiquement placée pour préparer de plus grosses échéances dans les mois qui suivent.

La deuxième option : l’EcoTrail d’Oslo me chauffe grave aussi. Si je performe bien sur celui de Paris, j’aimerai voir ce que ça peut donner sur un autre terrain.

Bref, décision finale sous peu.

 

  • [JUIN]

-> Trail du Mont D’or 44 km / 2245 D+

Le site officiel : ICI

Mon récit 2017.

Retour en terre jurassienne avec l’ardente envie d’accrocher mon premier podium. Il m’a manqué 15 min cette année pour monter sur la troisième marche de ma catégorie. Avec un an d’entraînement, une préparation plus spécifique à cet effort relativement court, pas d’erreur d’orientation et ma connaissance du parcours, je pense que ça doit pouvoir le faire. Je croise les doigts. J’y crois. Sur un malentendu, il y a moyen de conclure.

 

  • [JUILLET] 

Gros tatage sur Juillet. Trois options :  soit je ralentis après ce gros printemps histoire de reposer la machine.. soit je réponds à l’appelle des syrènes de l’Ecotrail de Reykjavik (82km) (Islande) ou bien je succombe au sulfureux Etna Trail (94 KM / 4800 D+) (Italie).

Le site officiel (EcoTrail de Reykjavik) : ICI

Le site officiel (Etna Trail) : ICI

J’ai encore quelques doutes. Je vais regarder un peu les tarifs d’inscription, le coût des transports et des logements , ca me confortera dans ma motivation ou non.

 

  • [SEPTEMBRE] 

-> UTMB 2018 170 km / 10400m D+

Le site officiel : ICI

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L’OBJECTIF NUMÉRO 1 pour 2018. S’il ne devait en avoir qu’un seul, cela serait bien celui-ci. Selon les résultats de ma CCC et de ma Diagonale cette année, j’aurai ou non les points UTMB suffisants pour m’inscrire. Viendra ensuite, je le sais, la terrible loi de l’aléatoire tirage au sort. J’en transpire déjà. Une chose est sûre, cette course m’attire terriblement. Tout me pousse vers elle. Je suis littéralement en orbite autour d’elle depuis un moment.  Pas besoin de me demander si je vais tenter le périple.. En décembre pour l’ouverture des inscriptions, je serai devant mon ordi, prêt à cliquer sur l’aguichant bouton d’inscription.

 

  • [OCTOBRE] 

-> Endurance Trail – Les Templiers 100 km / 4910 D+

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2016 (Des Templiers).

C’est simple. Si je ne me lance pas dans l’aventure UTMB.. si je n’ai pas les points pour m’inscrire, ou si (plus probablement) je ne suis pas tiré au sort.. je pencherai pour l’Endurance Trail.. le long des Templiers. J’avais adoré l’ambiance des Templiers en 2016. Retourner dans ce coin là me donne envie. Ça sera un peu par défaut de l’UTMB. Mais ça sera avec un immense plaisir cette fois-ci encore. Et puis.. je ne pourrai traverser 2018 sans un > 100 km.

 

  • [DECEMBRE] 

-> SaintéLyon 72 km / 1720 D+ 

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2016.

Je n’ai même pas besoin de réfléchir. Je suis déjà sûr de retourner sur la SaintéLyon en 2018. J’adore cette course. L’ambiance qu’elle propose. La difficulté du parcours nocturne. Si je me chauffe, je ferai même bien la 180. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est assez simple. La 180 c’est un aller Lyon -> Saint Etienne.. avant de faire la SaintéLyon 72 classique avec tout le monde au retour. Une balade qui selon moi doit être assez costaud. Je laisse la place à l’hésitation.

Vous l’avez compris. 2018 sera pour moi l’année de la performance recherchée sur des terrains connus et la découverte de nouveaux territoires. Varier les plaisirs, tout en consolidant des connaissances. Bon. J’avoue que financièrement, ma pratique du Trail commence à atteindre mon plafond. Mes dépenses en équipement, son renouvellement, les frais de transports et de logement sont de plus en plus un frein à ma pratique. Je pense déposer quelques dossiers de sponsoring en Septembre auprès d’équipementiers (sans trop d’espoir.. je peux le dire).

Bref.. 2018.. l’année de la réussite ?

Casquettement Verte ! 

Récit Trail du Mont D’or (44 km / 2245 D+) 05 h 04 min / 7ème au général (5ème Senior Homme) par Casquette Verte. 

« Le sport consiste à déléguer au corps quelques-unes des vertus les plus fortes de l’âme ». Cette citation de Jean Giraudoux colore bien ma pensée actuellement. Le rouge de ma motivation, le bleu ciel de ma courte expérience, le jaune de mon envie de réussir, le noir de mes sacrifices, l’orange de mon goût pour ce sport, le gris de mes inquiétudes et le vert de ma casquette ! Un magistral melting pot d’arc en ciel qui colore ma vie depuis maintenant presque 3 ans. Le Trail du Mont d’Or était pour moi un vrai test. Est-ce que toutes ces heures d’entrainement, tous ces sacrifices, toutes ces pensées solitaires vont payer ? Vais-je y arriver ? Vais-je performer ? Sans vous mentir, j’avais peur de ne pas prendre de plaisir. Peur de comprendre que je ne pourrais jamais percer. Suave était ma crainte ce matin avant de me lancer.

(Par avance, je m’excuse pour les photos. Je n’ai pas pu en prendre pendant la course. Donc j’ai googlé un peu pour illustrer mon récit. En vrai c’était plus beau que sur les photos 😉 ). 

La vidéo officielle de l’événement du Trail vient de sortir : Je l’ajoute ici :

Semaine d’avant course : 

Comme pour chacune de mes courses, je prépare mon corps à ce qui va lui arriver. Me voilà, lancé dans une semaine intensive de pâtes, riz et malto. L’enfer en terre gastronomique. Mais bon, il faut ce qu’il faut. Je ne sais toujours pas si cela marche. Mais en tout cas, dans ma tête oui. Si je ne le faisais pas, je pense que je prendrai le départ avec un réel handicap. Un handicap mental. Qui n’a jamais eu un petit grigri ? Un caleçon fétiche ? Un bracelet porte bonheur ? Je n’irai pas jusqu’à la patte de lapin.. mais bon, vous m’avez compris. J’en ai besoin. Tel l’ivrogne qui voudrait faire croire qu’il n’a pas besoin de compagnie, je me bourre aux glucides pour oublier mon triste physique de lâche. ET CA MARCHE ! J’oubli mes petits bras, mon ventre sans abdos, mes pommes d’amour. Tout, tout, tout, je laisse tout au vestiaire, et je pars conquérir mes rêves.

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Samedi : Jour d’avant course.

Il est 16h30, quand je décide de partir chercher mon dossard à la station. Ah, oui. Vous ne connaissez certainement pas Métabief. Charmante « petite » (si je n’avais pas mis les guillemets je pense que les locaux m’auraient banni de toute participation dans le futur) station de ski l’hiver, et de VTT l’été, dans le Jura Français. Plus précisément dans le Hauts-Doubs, en Franche comté (Roule tout doux dans le 25.. Lève ton verre et trinque !). Depuis maintenant cinq ans, la station organise le Trail du Mont d’Or. Plusieurs courses et randonnées sont proposées pour tous les niveaux. Dont, la course phare : Le 44 km – 2245 D+. Cette course a pour parrain, le champion international (double vainqueur de l’UTMB) local de l’étape : Xavier Thévenard. La station a même créé un espace Trail dans la montagne portant son nom (La classe à Dallas !).

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Me voilà, donc à la station. J’observe de loin les personnes qui viennent rechercher leurs dossards. Je ne sais pas si c’est par ce que c’est la fête des pères le jour de la course, mais il y a très peu de compétitrices et beaucoup plus de pères de familles accompagnés de leurs enfants. Il y a clairement un esprit trail familial qui rôde par ici. C’est assez agréable. Les gens ne se regardent pas comme des compétiteurs. C’est vraiment à la cool.

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Je file sous la tente pour récupérer mon dossard. Pas de prise de tête avec la paperasse. On donne son nom, son prénom, les bénévoles sont sympas et font confiance.

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Je suis dossard N°3. NON ! Je ne suis pas classé élite. C’est juste que je me suis inscrit le premier jour. Voilà. Dommage pour moi. J’avoue, avoir un dossard à un chiffre, c’est classe. Je me pavane en dehors de la tente avec mon dossard à la main.. tel un enfant qui veut montrer son prestige. Dans l’autre main, le cadeau de l’organisation : UN FROMAGE ! Plus précisément, le Metsi. Un fromage au lait cru du coin. Je trouve ça super original. Ca vaut bien 100 bonnets de la SaintéLyon trop petits (souvenir STL 2015). Me voilà donc, fromage à la main, faisant le tour des stands. Je me dis, que je vais le garder pour plus tard. Il me donne super envie, mais demain il y a course.

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Je pose mes affaires dans la voiture, et retourne sous la tente. Je veux regarder la carte du parcours. Je connais très bien les montagnes du coin, mais j’ai peur de me perdre. En course, ma vue se dégrade rapidement après quelques kilomètres. Je n’ai vraiment pas envie de me perdre. Cela serait Balo !

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Il est 17 h 10. Il y a une course qui commence dans 20 min. Un kilomètre vertical. J’en ai beaucoup vu sur Youtube et sur Instagram, mais jamais en vrai. Je fais le choix de m’avancer sur le parcours pour mieux voir les participants. Je veux me caler dans la plus grosse difficulté, au milieu de la Renversée (une des deux pistes noires du domaine).

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Ayé. Je suis parfaitement placé. Au coeur de la Renversée. Je n’ai plus qu’à attendre le passage des warriors. Rien qu’en faisant le chemin en marchant, je me suis bien rendu compte de la difficulté de ce type d’épreuve. Un jour, j’essaierai. Mais pas aujourd’hui. Demain, il y a un 44 k à faire.

Ils arrivent. Je suis assez impressionné. Ils montent à fond. Droit dans la pente. Peu de sourires sur les visages. Les yeux sont concentrés sur la pente. Les bras aident à grimper. J’ai beaucoup de respect pour les compétiteurs. J’attends que les derniers passent pour partir. Ce fut bref, mais intense. J’ai adoré !

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Je rentre au chalet. Il faut que je prépare mes petites affaires. Je fais comme à mon habitude, ma petite photo traditionnelle. Un carré trailistique de 1 sur 1. Un concentré de fringues, chaussures, sacs et d’alimentation de course. Comme à chaque fois, je le sais, j’en prends trop. J’espère que demain matin, l’esprit un peu moins excité, j’enlèverai quelques éléments pour voyager plus léger.

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Dernier plat de riz et au lit. Se coucher à 21 h, l’été, alors qu’il fait encore jour dehors. c’est clairement compliqué. J’aurais bien aimé regarder le couché de soleil. Il est si tendre à cette saison. Ma motivation me pousse à le précéder. Aller au lit mon petit !

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Matin de course 

Réveil 06 h.

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Mes affaires sont prêtes. J’enfile ma casquette et je file voir le temps. Il fait super beau. Un peu froid, mais les nuages ne sont pas de la partie. Les sapins d’en face qui s’agitent n’annoncent rien de bon. Je suis pile poil à 1000 mètres d’altitude. Et quand, il y a du vent à 1000 mètres, c’est clairement la merde à 1500 mètres. Je décide d’emporter mon coupe vent. Il me servira peut être.

J’avale deux Pitch aux pépites de chocolat, deux grands bols de thé. Petite douche. Je suis prêt.

07h15. Départ du chalet.

Tel le bon élève qui a bien préparé toutes ses petites affaires pour la rentrée, je descends l’escalier qui me sépare de la voiture. J’espère n’avoir rien oublié. Arrivé en bas des dernières marches, je fais le tour de ce que j’ai besoin pour courir. Mon short : OK. Ma montre : OK. Ma casquette : OK. Les gels et Krema, j’ai vérifié avant de partir. Tout est OK. Enfin.. presque. Je me fige. Je regarde ma main droite, ma main gauche.. J’ai oublié mes pompes putin ! Le champion. Ca commence !

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Sur la route jusqu’à la station, je passe sur une voie qui permet de regarder le Mont D’Or. Je ralentis. 3ème. Seconde. Première. Je suis en ralentie moteur. Mes yeux se fige dans la montagne. Je me dis qu’aujourd’hui je vais l’affronter. Que je serai sur elle.. je me sens tout petit devant cette poupée, qui donne des frissons quand on la regarde.

J’arrive à la station. Je me gare et je file vers la ligne de départ. Il y a un vent de boeufs. J’ai bien fait de prendre mon coupe vent, même si je sais que 800 mètres après le départ, cela sera roulage en boule et hop dans le sac.

08h50. SAS de départ :

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Je me place à l’avant du SAS. Non, pas que je veux partir vite, mais j’aime de moins en moins piétiner sur le départ et voir l’avant de course s’éloigner. Sur ma droite, je reconnais le vainqueur de l’an dernier. Dans ma tête je me dis qu’il faudrait que j’arrive à le suivre un peu. Ne serait-ce que pour se dire que j’ai partagé ma course avec la sienne.

5 minutes avant le départ.

Les consignes de course sont données. J’écoute attentivement. RAS. Je retiens juste qu’il y a eu du débalisage et que l’organisation a rebalisé avec des rubans d’une couleur un peu différente. Ca me fait flipper, mais ok.

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Le speaker annonce les 10 secondes avant le départ.

10 Je sautille

9 Je fais des mouvements de footballeur à l’échauffement (étrange)

8 Je me dis que cela serait bien de réussir mon départ pour une fois

7 Le mec devant moi a des mollets bretzel.. autrement dis, ses mollets n’ont pas poussé.

6 Celui de gauche, c’est autre chose par contre.. un vrai terminator

5 Aller, on se concentre.. Courir c’est simple.. un pas devant l’autre.

4 Je respire par le nez..

3 Je prends le temps de sentir mes inspirations passées le long de mon entre narine.

2 Le mec devant moi se met en position de départ de 10.000 mètres.. On se calme speedy gonzalez

1 Oh.. il y a un caméraman sur un Quad 10 mètres devant.. Faut que je parte avec de l’allure

0… HIIIIIIIHA ! ENFIN ! Ca libère. C’est parti pour 44 km de plaisir.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

La Course 

Départ.

Je pars en 40ème position à peu près. Ca part très vite devant. J’ai pas envie de me retrouver dès le départ dans le groupe des poursuivants. J’accélère un peu sur le faux plat. Je me faufille. Me voilà 20ème. Je regarde les paires de chaussures autour de moins. Je suis le seul en crampons un peu hard Speedcross 4.. Sur le bitume c’est pas dingue, mais je me dis que plus tard cela sera pas mal. Les autres ont plutôt des chaussures plates. Leurs pas caréssent le bitume comme des pas de félins. C’est assez sympa à écouter.

Les premiers mètres ont été rapides. Mais ce n’est pas non plus parti au sprint comme sur certaine course. Ce départ cadencé m’a permis de bien me placer pour la première difficulté, 200 mètres après le départ. Une montée tout en bitume, que je connais bien. Le vent souffle fort. Doublant les coureurs sur cette portion, je ne peux pas m’abriter derrière un grand bonhomme. Pas grave. Je suis frais. Il faut faire chauffer la machine.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

A la moitié de la montée, je suis en 7 ou 8ème position. Je pense à ce moment là que je pourrais dire à la fin, que j’ai fait le début de course devant. Ca sera la classe. Enfin, je serai content quoi !

En haut de la première butte, un 100 D+ sur un kilomètre je ralentie un peu. On tourne sur la gauche pour quitter la route et rejoindre une petite route de tracteur assez plate. J’ai déjà trop chaud. Je décide de m’arrêter pour enlever mon coupe vente et le mettre dans mon sac. Je reprends la course. J’accèlère un peu pour rejoindre le groupe de tête. Une trentaine de coureurs. Le trou avec le reste des participants s’est déjà fait. Je prends le rythme.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

On rentre dans des petits chemins de sous-bois. Pas mal de racines et de cailloux au sol. J’essaie de ne pas me bouffer de branches de sapins séchées posées au sol. Ca avance bien. Il y a quelques femmes avec nous. Ca fait plaisir.

Km 2.

En bas d’un chemin, nous prenons sur la droite par un tronçon qui remonte. Je ne regarde pas le balisage. Le groupe est dense. On ne peut pas se perde. On suit le flot qui avance à bonne allure. Descente sèche, atterrissant dans un peu de boue. ENFIN. Mes chaussures étaient trop propres ! On rejoint une route. Je suis un peu déçu. Je voulais faire un max de chemins en sous-bois. Et là, se prendre dès le départ des grands bouts de bitume qui montent, c’est pas super cool. On continue un bon kilomètre sur cette route. J’ai perdu pas mal de places. Je suis à l’arrière du groupe de tête. Etrangement, nous avons fait un gros trou avec les poursuivants. En me retournant, je ne vois personne à 200 mètres. Je commence à chercher du balisage. J’en vois un au loin. C’est pourtant le bon chemin. Et puis, je me dis que si le mec qui a gagné l’an dernier est devant, il n’y a pas de soucis à se faire.

La route bitumée tourne légèrement sur la droite. Je ne vois plus la tête de course. Tout à coup, les voilà. Revenant vers moi. Je comprends ce qu’il se passe. Nous nous sommes plantés. ALLER !! 2,5 kilomètres de plus pour le plaisir ^^. Nous faisons demi-tour. Ceux qui étaient premiers me doublent à toute vitesse en sens inverse. Ils ont l’air un peu énervé. Personnellement, cela ne me fait ni chaud, ni froid. Cela fait partie de la course.. et puis ça fera des choses à raconter. Demi-tour effectué. Nous ne croisons personne. Les poursuivants n’ont pas du se planter. Mes rêves de classement sympa s’éloignent.

Retour à la bifurcation avec la boue, nous prenons sur la droite dans un chemin qui descend pas mal. Je ne suis pas encore chaud. La descente m’est douloureuse. Les grosses pierres à éviter n’arrangent rien. Au bout de 400 mètres, j’entends au loin un BOOOOOORDEL ! On s’est encore planté de chemin. Demi tour. On remonte le chemin. La rage d’avoir fait 3.5 km de plus et d’avoir perdu 15 / 20 minutes aide à courir. On rebrousse chemin totalement pour retrouver nos traces.

En avançant.. en arrière.. nous entendons au loin le klaxon du quad. Il doit se foutre de notre gueule. En passant à côté de lui, je lui dis « Baaaah on s’est dit que c’était sympa par là bas ». Il rigole. Un peu plus loin, je repère deux filles de l’organisation. Je souris bêtement en arrivant à elles. Tout cela me fait bien marrer. Un autre trailer (que j’appelerai le ragueux), leur sort un « 50 balles pour ça.. c’est scandaleux ! ».. J’essaie de le calmer en lui disant que ça fait partie de la course, que c’est pas grave n’ont plus. La course n’est pas fini. Ok, ça fait chier. Mais c’est pas la fin du monde. Il accélère.

Km 6 (à mon chrono).. Km 2.5 en vrai.

Je suis officiellement DERNIER ^^ Ca fait même pas 30/35 minutes que l’on est parti et je suis dernier. Autant dire que ce n’est pas le début de course que j’espérais. En plus, les mecs qui étaient avec moi dans le groupe de tête foncent comme des dingues. Je n’en vois bientôt plus qu’un seul. 200 mètres devant moi. Et il cavale. Impossible de le rattraper.

Hôpitaux-Neufs : Km 4 (en vrai, je pense).

Je suis en haut du fameux escalier. Toujours bon dernier. En regardant la place en bas, je repère 2 ou 3 coureurs au loin. L’espoir renait. J’ai un peu de mal à descendre élégamment cet escalier. Les marches sont trop longues pour les faire deux par deux, mais trop courtes pour mettre de la vitesse. Je gambade tel une petite biche sautillante. Les organisateurs en bas de l’escalier rigolent. Tu m’étonnes.

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Copyright : http://www.kikourou.net/recits/recit-14749-trail_du_mont_d_or-2013-par-tidgi.html

Je traverse la place à fond. Les supporters présents portent sur moi un regard étonné. Pour moi, il y a trois options : Soit ils se disent que j’ai décidé de partir en dernier juste pour le kiff.. soit ils se disent que je suis arrivé en retard pour le départ.. soit ils ont compris que je me suis perdu. Trêve d’hypothèses. Je fonce pour rattraper des coureurs. Nous tournons sur la droite pour quitter la ville. Ca monte dans un sous-bois, et il y a quelques coureurs qui se sont mis à marcher. NICKEL. Je monte en courant. J’en dépasse trois. YALLAAAAAAAAAAAA ! Je ne suis plus dernier. Ca se fête. VODKA.. non juste un petit coup d’eau.

On traverse la voie rapide. Je ne connais pas ce coin. Dommage pour la découverte, je n’ai pas le temps, je cours maintenant.

Km 5.

Début de la première petite difficulté. Un + 250 sur 3 km. Avec mes 9 km dans les pattes, je suis chaud. Je peux envoyer en montée. Je marche à de rares moments pour reprendre mon souffle. Sinon c’est full course dans la montée. Je suis vraiment à l’aise dans le dénivelé maintenant. L’entrainement paye. C’est agréable.

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Copyright : Laurent Briere Photographe.

Km 8. Chalet de la Champagne.

Pas trop de souvenirs de cette montée. Tout ce que je me rappelle, c’est que j’ai envoyé. J’ai pas mal doublé. Ca fait du bien au moral. Arrivé au chalet de la Champagne, pas mal de coureurs marchent pour finir la montée. Moi ça tourne bien.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Je recroise l’ami un peu rageux. Je le double, et je continue. Maintenant, c’est parti pour 5 kilomètres de descente pour rejoindre le premier ravito. Je me rends compte que je ne bois pas assez. Mes gourdes sont presque pleines. Je ne veux pas revivre des crampes, alors je me force à boire.

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Copyright : https://sites.google.com/site/traildumontdor/parcours/trail-du-mont-d-or

Dans la descente, rien de particulier, je reprends mes réflexes de doubleur.. « J’arriiiiiive » « Je passe à gauche » « Je passe à droite » « Merci merci ». J’ai du doubler 70 coureurs dans la montée et j’ai du en doubler une grosse cinquantaine dans la descente. Même si je sais que 4 km de plus, ça se paie à un moment ou à un autre, je suis plutôt content.

Km 13. Ravito N°1.

En voilà, un ravito comme j’aime. Une simple table. Quelques bénévoles dont pas mal d’enfants, de la bonne humeur… Parfait. Je fais remplir par une jeune fille mes deux gourbes.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Je discute avec une jeune femme compétitrice. Elle me dit qu’elle à + 4 km au ravito.. Je regarde ma montre.. + 4 aussi. Youpi ! On est tous dans la même m*rde :D. Ca fait du bien de ne pas se sentir seul la dedans. Je repars du ravitaillement en remerciant les bénévoles et en leur souhaitant un bon dimanche. C’est reparti. Je cours. Et puis maintenant c’est le fameux Suchet qu’il faut se grimper.

Km 13 à 18 : La montée vers le suchet.

Là. On passe aux choses sérieuses. Objectif, le Suchet : 1588 mètres. Sachant que nous sommes en bas, vers 1000 mètres je pense, ça va faire un peu de dénivelé tout ça.

Première partie. Cela monte raide. Je suis à l’aise. J’arrive à courir assez souvent. Je continue à bien doubler. Dans ma tête, je me dis que j’ai du rattraper mon objectif de finir dans le TOP 100. En vrai, je devais déjà être dans le TOP 60. Le décor est magnifique. Je comprends bien le slogan « Jura : terre de Trail ».. J’en prends plein les yeux dans la montée. Et puis les chemins sont parfaits. Techniques comme j’aime. Vous voulez des racines.. vous voulez des bons gros cailloux.. vous voulez des arbres qui ont décidé de pousser au milieu des chemins.. Voilà.. vous les avez.

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Copyright : https://sites.google.com/site/traildumontdor/parcours/trail-du-mont-d-or

Dans une section en montée surplombant la section précédente en zig zag, je me rends compte que j’arrive à mettre pas mal de distance rapidement aux autres coureurs. C’est rassurant sur mon état de forme.

Nous arrivons en haut de la première partie de la montée. On entre dans un vaste champ alpin. Sans m’en rendre compte, je suis passé en Suisse. Hiiiha. Mon premier trail à l’étranger ^^. Bon.. l’étranger accueille mal. Il y a un zèffe de dingo ! Et puis dans une longue ligne droite en faux plat, un bon vent de face, ça calme. Aucun coureur devant moi pour m’abriter. Juste un à 150 mètres devant. Je file contre le vent. La fraicheur est agréable, mais cela me freine un peu. Je rattrape rapidement le coureur. Il y a trop de différentiel de vitesse pour rester derrière lui à l’abris. Je le double. Au bout de la ligne droite, quelques supporters au milieu de nul part. C’est agréable.

On repart en sens inverse.. le vent est favorable maintenant. C’est le kiff. Bon ça aide, mais le faux plat s’élève un peu.. un peu trop. J’arrive encore à courir vite, mais ce n’est pas non plus glorieux comme allure.

Devant moi, quelques vaches sur le chemin. En arrivant au niveau de la première, je tends ma main pour lui caresser le museau. Elle baisse tendrement la tête vers moi. Petite tapouille et je file. Les autres vaches un peu plus loin semblent un peu plus flippées par mon allure de marsien trailer. Elles se mettent à courir devant moi. C’est assez drôle comme moment. Je cours un trail avec un troupeau de vaches ! TOUT VA BIEN !

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Dernier gros bloc de la montée vers le Suchet. Là, cela ne rigole plus du tout ! C’est bien droit dans la pente. Je monte de manière très fluide. Je double quelques coureurs qui calent dans la montée. J’y vais comme une brute. Je suis au taquet. J’ai déjà fait ce chemin en rando avec mes parents étant petit. Ca m’avait paru tellement long. Mais là, ça se passe bien. Même très bien. En regardant vers le haut, je vois au bout d’un moment la clarté traverser les arbres. C’est presque la fin.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Dernier monotrace dans la forêt. Je vois le bout. Quelques gros rochers à grimper sur la droite. Je distingue enfin le sommet atypique du Suchet. Un espèce de Tétraèdre régulier perché sur quatre pattes. Aucune idée de l’utilité de ce truc. Mais c’est original. Il n’y a plus d’arbres sur les derniers mètres de la montée. Une belle prairie alpine dans laquelle j’aimerai me rouler. Alpine. C’est bien le mot. Je me retourne pour regarder le paysage. C’est fabuleux ! Nous avons une vue totalement dégagée sur les Alpes. On s’y croirait. Je reconnais le Mont Blanc. Il est beau. Majestueux. Ca fait du bien de le voir ailleurs que sur une bouteille de flotte. Je me dis que dans 2 mois et demi, cela sera là bas qu’il faudra courir… aaaaaah ça va être quelque chose cette CCC. Je retourne dans ma course. 15 mètres et je suis au sommet. Un mec de l’organisation, note les numéros de dossards. En regardant le mieux, je me rends compte que j’ai perdu une épingle. Con de vent ! J’espère que les autres ne vont pas se détacher. Sur le sommet, un caméraman. Comme à mon habitude, je fais l’idiot. Et c’est reparti. Droit dans la descente.

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Km 19. Descente du Suchet.

Comment vous décrire cet endroit.. ce moment.. c’était tout simplement magique. Imaginez un champ d’herbe rase qui tombe vers un horizon précipice. Relevez légèrement les yeux. Sur votre droite, les falaises de Piquemiette.. de longs blocs rocheux qui tombent sur 100 mètres verticalement. Sur votre gauche, l’immensité de la plaine helvétique parsemée de villes et de champs. Relevez encore les yeux. Devant eux, la chaines des Alpes. Toute entière. Toute magnifique. Toute majestueuse. Le Mont Blanc droit comme un I. Puis, enfin, lachez votre tête en arrière pour observer le ciel. Un ciel bleu. Pas le bleu de Paris. Du vrai bleu. C’était vraiment beau. Bref, pas le temps de prendre des photos. Ca court fort par ici. Tout le monde envoie en descente.

(La photo illustre mal la beauté de l’instant. C’était tellement plus beau à ce moment là). 

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Comme à mon habitude, la descente, c’est pas mon truc du tout. Je me fais doubler sévère et distancer rapidement. La pente est trop forte pour que j’envoie du lard. C’est pas grave, je me concentre pour ne pas chuter. En bas de la pente, 100 mètres devant moi, j’entends un sale bruit de chute. Je cavale pour rejoindre l’homme qui a chuté. Il s’est bien vautré purée ! Je m’arrête à son niveau. Je l’aide à se relever. Il est sauné. Il prend du temps à répondre à mes questions. Il me montre sa poitrine. Je soulève son t-shirt pour regarder la blessure. Je pense qu’il s’est vautré en avant. J’observe sur le haut gauche de son buste deux traces bien égratignées. Un peu plus haut, au niveau de l’os qui part de l’épaule (oui.. je sais pas comment il s’appelle celui là.. et puis j’ai la flemme d’aller chercher sur google), il a un beau petit impact. Cela ne semble pas cassé du tout. La blessure est blanche. La chair est bien ouverte, mais je pense que cela va. Je lui propose de l’eau et lui demande s’il veut que j’avertise les prochains bénévoles. Il me dit que non. Je repars en lui souhaitant bon courage et en voyant qu’il a repris ses esprits. 800 mètres plus bas, la sécurité civile est là. Je les préviens tout de même.. et j’enchaine.

Je ne suis pas descendu à 100 à l’heure, mais pourtant j’ai ressenti l’effet de la pression dans mes oreilles. C’est la première fois que j’ai besoin de décompresser mes oreilles sur une course. En voiture, cela arrive en descendant vite, mais à pied, cela ne m’était jamais arrivé. Drôle de sensation. Une de plus à ajouter dans mon classeur des ressentis de course.

Km 20.

Maintenant, je peux me détendre un peu. Ce sont de grands chemins blancs, super roulants qui se dressent devant moi. J’accèlère à nouveau. Je reprends mon rythme de course à l’entrainement. Et puis ça descend donc ça aide. Ca fait du bien de courir 3 km sans trop avoir à réfléchir. Courir avec ses jambes.. plus avec sa tête.. le bonheur du trailer !