Récit Trail des Forts de Besançon 2018 (48 km – 2126 D+) – 21ème au général en 05h51min19sec (18ème Senior Homme).

Récit Trail des Forts de Besançon 2018 (48 km – 2126 D+) – 21ème au général en 05h51min19sec (18ème Senior Homme).

Je commence ce récit en citant une interview de Jacques Brel :  » La bêtise c’est de la paresse. La bêtise c’est un type qui vit et qui se dit « Ca me suffit… Je vis. Je vais bien. Ca me suffit… Et il se botte pas le cul tous les matins en se disant : C’est pas assez ! Tu ne sais pas assez de choses. Tu ne vois pas assez de choses. Tu ne fais pas assez de choses. » C’est de la paresse je crois la bêtise.

Enchainé le Trail des forts, deux semaines après l’Ardéchois Trail, c’est un peu ma manière à moi de combattre cette bêtise. De combattre cette paresse. De me botter le cul en me disant « Tu ne sais pas assez de choses. Tu ne vois pas assez de choses. Tu ne fais pas assez de choses.. ». C’est dans cet état d’esprit que j’arrive fatigué certes, mais avec de l’envie à Besançon pour découvrir et venir à bout du Trail des Forts 2018. J’ai bien sûr en tête que je ne suis pas là pour faire une performance, et que je recherche sur cette course plus l’entrainement que le résultat; mais je garde au fond de moi cette envie, cette lueur qui me fera avancer tout au long des 48 km qui nous sont proposés. Et qui sait ? Peut être que cela va bien se passer ! On verra bien.

 

13 h 50 – Samedi – Arrivée à la Gare de Besançon. Veille de course. 

Le voyage m’a semblé très rapide. Je suis content. Cela fait quelques jours que je me dis que si je trouve que ce n’est pas trop loin, je pourrais venir faire des journées d’entrainement ici. Train tôt le matin. Journée entière à courir. Et train tard le soir pour rentrer. Ce n’est pas très eco-friendly comme programme, mais pour l’instant, je ne pense pas avoir trouvé beaucoup mieux pour me changer de Gravelle – Les buttes Chaumont ou bien encore Montmartre.

Il fait une chaleur épaisse. Il fait même lourd cet après-midi. Un bon 25° qui pèse. Je sue rapidement. La météo annonce de la pluie pour la fin d’après-midi, des orages dans la soirée et de la pluie très rafraichie pour toute la journée de demain. Je profite du soleil pour le moment.

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J’ai pris l’hôtel le plus proche de la gare pour ne pas à avoir à porter mon sac trop longtemps. L’alerte de mon mal de dos lors des 10 derniers km sur l’Ardéchois Trail m’a donné une bonne leçon là dessus. Je vais y prendre gare maintenant. Pas de surcharge de poids qui pourrait me faire faire de faux mouvement. Je veux m’économiser pour ne plus souffrir comme cela a pu être le cas. Je veux être au maximum que je peux être sur ma course de demain. J’ai déjà beaucoup de fatigue accumulée. N’ajoutons pas d’autres faiblesses dans le panier.

J’ai à peu près visualiser la topographie de la ville. Etant donné que je suis en sur-plomb, je n’ait qu’à rejoindre le Doubs qui coule un peu plus bas. Une fois arrivé à son niveau, je n’aurai qu’à remonter en aval pour trouver la zone où la course a pris ses quartiers. Je me balade un peu. Le Doubs est vraiment beau à cet endroit. Je le connais bien, mais sur ces 25 premiers kilomètres. Les heures à y pêcher des truites à la mouche ou au lancer il y a quelques années me reviennent. J’ai envie de lancer ma ligne ici aussi. Juste pour voir. Juste pour vérifier que mon âme de pêcheur n’est pas si rouillée.

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En longeant la rivière, je repère en face, sur l’autre quai, des grappes de coureurs avançant en sens inverse. Je me rappelle avoir lu que le Trail des Forts est un évènement sur deux jours. Au vu de la vitesse de progression, de l’équipement et de la silhouette des coureurs, j’arrive facilement à deviner qu’il s’agit d’un 10 ou 15 km. Ils ont de la chance de courir par ce temps. Il fait certes un peu chaud, mais c’est un sacré bonheur de pouvoir en profiter en courant. J’aurai bien fait un tour avec eux. Principe de précaution oblige, je m’interdis encore de participer à plusieurs courses lors du même évènement. Mais cela me tente pas mal. Il faudrait que j’arrive à trouver un événement sur deux ou trois jours, sur lequel je pourrais tenter de faire toutes les distances proposées. Je ne sais pas si cela existe. Je continue mon chemin. L’oeil rivé sur les coureurs.

 

14h30 – Samedi – Retrait du dossard. 

En arrivant à proximité de l’espace du Trail des Forts, j’entends une voiture et un  » Aleeeeeeex’ « . Il s’agit de Pierre Oucif. Un des plus grands dingos de course que je connaisse. (L’idée des 10.000 m de D+ dans Paris.. C’est lui). J’adore son état d’esprit. Il court le 48 km lui aussi demain. Il semble plutôt décontracté pour quelqu’un qui vient d’enchainer le Marathon des Sables et une No Finish Line au champ de mars de 60 ou 80 bornes lors des 3 dernières semaines.

Il descend de la voiture de son grand père. Nous avançons ensemble. Nous parlons un peu de la fatigue d’accumulation respective, du matos pour demain et connaissant le parcours, il m’indique que pour lui le départ est crucial si on veut faire un classement ici. Une montée directement 300 m après le départ en direction d’un fort en surplomb. La redescente vers le Doubs et puis quelques kilomètres de plat sur lesquels on peut envoyer. Je prends bien note de ses conseils.

Nous arrivons aux barrières qui encerclent la zone. Je repère l’arche d’arrivée. Comme à chaque fois je pense qu’il va falloir la passer demain deux fois. Une fois au départ et une fois à l’arrivée. Cela ne m’effraie plus du tout. J’ai plutôt même envie de déjà y être. J’ai l’impression qu’il s’agit de préliminaires. On tourne un peu autour du trou là. Cela en est presque frustrant. Mes chaussures ne sont pas loin, mon short aussi. Je pourrais les enfiler et partir tout de suite. Ca serait pas mal. Mais non. Il faudra attendre 7h30 demain matin. Patience.

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A l’extérieur, je passe un peu de temps à regarder les quelques stands et chapiteaux. Je repère des équipementiers, des sponsors officielles, des médias (France 3 Franche Comté si je ne me trompe pas), le podium et le plus important : La buvette.

Pour rentrer dans l’espace, je passe une arche jaune. Je reconnais le logo. Il s’agit de celui d’ExtraSports.. C’est le même organisateur que l’Ardéchois Trail.. La SaintéLyon.. Le LUT.. etc. On pourra dire ce que l’on veut de l’industrialisation du monde du trail, je trouve personnellement qu’ils gèrent plutôt très bien les évènements. Ils arrivent à les faire grossir sans non plus perdre l’esprit Trail. Et on ne dirait pas comme cela, mais je pense que ce n’est vraiment pas quelque chose de facile de trouver un équilibre entre un événement de grande ampleur, l’esprit trail que l’on aime tant et de l’événementiel professionnel. Chapeau les gars. (Ps : Non.. Je ne fais pas le lèche botte pour avoir mon prochain dossard gratuit. La seule exonération que je m’autoriserais à accepter serait celle d’avoir le droit d’accéder à des dossards Elite. Là. Oui. Pourquoi pas. Mais sinon JAMAIS).

 

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Je rentre à l’intérieur d’un genre de hangar industriel désaffecté, baignant dans l’atmosphère de la course. Le lieu est plutôt bien aménagé. Il y a pas mal de gens dedans, mais c’est totalement respirable. J’ai l’habitude de ne pas trop trainer dans ce genre d’endroit. Là. C’est autre chose. L’atmosphère me plait. J’ai envie de prendre une pinte et de faire le tour. De me poser contre le mur là. Et de regarder les gens passer. Je suis détendu.

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Je m’attarde un peu de temps sur le parcours et sur le profil de la course. Je ne l’ai pas vraiment bien étudié pour le moment. Je tente de l’apprendre par coeur. D’abord, les repères important : Les ravitos. 10ème. 24ème. 39ème. Je me le répète plusieurs fois. Cela fait les sections de course suivantes : 10 km – 15 km – 15 km – 10 km. C’est plus facile à retenir.

Maintenant, chose importante aussi, le nombre de montées. Il y a pas mal de bosses à passer sur le parcours. Jusqu’au premier ravitaillement c’est simple, il y a une… le plat.. une seconde à laquelle on trouvera au sommet le ravito n°1. Ensuite, c’est une succession d’une descente suivi de trois bosses. Je me connais, dans la deuxième, je ne saurai déjà plus où j’en serai. Je tente de faire un effort de mémorisation. Ensuite, ne restera que deux bosses moins sèche, plus roulante et avec un peu plus de distance. Ok. C’est bon. J’ai tout en tête.

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Je regarde maintenant le plan. Je commence déjà à découper ma course, a anticipé là où je pense pouvoir accélérer, là où prendre mon temps. Je repense aux conseils de Pierre sur le départ et sur le plat après la première bosse. Je vais tenter de suivre sa consigne à la lettre.

 

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Un des organisateurs me reconnait et me lance un « Tu fais vraiment toutes nos courses. Ca suffit maintenant ! ». Puis il m’amène pour me présenter le directeur d’Extra-sport. Je trouve cela un peu surprenant, mais je le suis.

Apparement, il me connait. C’est drôle. Nous discutons un peu. Organisation de la course… Nombre de participants… Météo… Ca parle un peu comme si on se connaissait depuis un bon moment. C’est sympa. Il semble avoir bien la tête sur les épaules.. pas du tout complètement déconnecté des réalités. Ca donne envie. Comme à chaque fois que je rencontre un organisateur de trail, je réitère ma demande de mettre en place des parcours plus long. « Pourquoi pas un format Ultra ici ? » « Impossible de reprendre la gestion de la 180° lors de la SaintéLyon pour la rendre plus accessible ? ». Il me répond franchement. M’explique calmement pourquoi telle ou telle chose ne sont pas possibles.. Je retiens principalement, une problématique qui semble centrale : La difficulté de trouver des bénévoles.. Je comprends tout à fait. Je vais consacrer quelques heures de mes entrainements à chercher des solutions. Qui sait. Avec quelques kilomètres dans la tête. LA bonne idée pourrait venir.

On se quitte sur un « Bon.. demain.. TOP 20 ? ». Je réponds : « Aaaah. Je ne pense vraiment pas. C’est impossible. Il y a trop de compétitivité sur cette course selon moi. Les locaux connaissent chaque racine.. chaque cailloux.. J’ai l’Ardéchois dans les jambes. Et je ne me suis pas tellement mis dans la tête un objectif classement, je pense plutôt top 50.. On verra bien ».

Je me tourne en direction de la zone de récupération des dossards. Les bénévoles sont comme d’habitude très souriant et avenant. Je tente de faire deux ou trois blagues. Cela fonctionne bien. Je récupère mon dossard. Cela sera le 745.

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Après avoir posté mon dossard sur instagram quelqu’un a commenté en disant « C’est un bon numéro ça… ». Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais numéro. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face je dirais, le miroir qui vous aide à avancer. Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… je ne suis qu’amour ! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? », et bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’amour ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une course trailistique, mais demain qui sait ? Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… J’espère que vous avez la réf’.

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En ressortant du hangar, je croise l’organisateur du Trail du mont d’or que j’ai couru l’an dernier. J’y retourne cette année avec deux collègues. Je crois même que j’ai le dossard n°1.. C’est drôle. Il me parle du rassemblement des courses du coin. Ils mettent en fait en place un championnat régional « Doubs Terre de trail ».. C’est assez incroyable à entendre toute cette dynamique qu’ils tentent de créer autour du trail dans le coin. Franchement c’est ultra motivant. J’aimerai pouvoir les aider.

Ensuite, nous parlons un peu de mon récit que j’avais fait l’an dernier. Il semble l’avoir apprécié. C’est cool. Puis, j’évoque avec lui le nouveau parcours pour cette année. C’est en fait presque le parcours inverse de l’an dernier. C’est dommage. J’avais bien pris mes repères. Mais au final, tant mieux, cela permettra de varier un peu les paysages et de découvrir les mêmes espaces autrement. On continue encore quelques minutes sur la volonté qu’il a de faire un parcours plus long. Cela me laisse songeur. Rêveur même. Bref, pour résumer, on discute trail quoi.

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Je passe récupérer mon T-shirt TRAIL DES FORTS. J’enchaine encore quelques blagounettes avec les bénévoles présents à ce stand. La dame me propose un T-Shirt médium en me voyant arriver. « Tu vas voir.. il taille petit ». Je l’enfile pour essayer. Je nage dedans. J’essaie donc un taille S. Cette fois-ci c’est la bonne taille, mais c’est presque trop moulant pour moi.. Mon passé de Skater refait surface. Tous ces t-shirts trop grands que j’ai portés… La sensation d’été nu sous un grand bout de textile. Aller. Je préfère cela. Ca sera taille M pour moi.

Avant de partir, j’enchaine avec la buvette. Je reste sage. Je prends un Perrier. En fait, en réalité, je veux simplement vérifier qu’il y a de la bière pour après la course demain. Les bénévoles sont super sympas. Je rigole avec eux. Un me lance « Si tu fais TOP 10.. elle est gratuite demain.. ». Belle motivation. C’est improbable selon moi, mais c’est une source de motivation en tout cas. Je file en lui répondant que « Fait gaffe. J’en serai pas loin ! ».

Il est temps de retourner à l’hôtel. En longeant le Doubs, je croise les concurrents du 10 km qui arrivent. J’encourage les coureurs. Certains semblent super frais. D’autres beaucoup moins. Cela me met définitivement dans l’ambiance de ma course.

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Passage rapide par ma chambre d’hôtel. Je vide mes affaires. Je regarde la fin d’un match de rugby entre deux gorgées de malto, puis je pars en quête d’une supérette pour acheter de l’eau. Petit tour dans la ville. 3 x 1.5 L d’eau acheté. Je devrais être pas mal avec cela. Je fais pouvoir me faire un ultime malto.

 

18 h – Samedi – Petit tour en ville. 

Je rejoins un pote. Il était avec moi sur l’Ardéchois (37 km) et il avait abandonné au premier ravito suite à une blessure à la cheville. Il veut prendre sa revanche demain sur le 27 km. Il est avec un pote à lui. On décide rapidement d’aller faire un tour en ville et de prendre un verre en terrasse.

Le ciel s’est couvert. Le beau ciel bleu et la chaleur intense a fait place à un ciel gris, voir gris très foncé et à une chaleur épaisse et lourde. Ca sent l’orage à vrai dire. J’hésite fortement à me prendre une pinte. J’ai tenu jusqu’à maintenant, mais le cadre de la placette, et des tables en terrasse m’en donnent très envie. Je résiste.  » Et pour vous ? Cela sera quoi ? »  » Un petit diabolo grenadine s’il vous plait ! ». J’ai résisté.

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Nous sommes assis là depuis 20 min. On parle de tout et de rien. Mais surtout de Trail. Je sens un peu d’appréhension chez mes deux congénaires. Personnellement, je n’ai pas le moindre stress. Je suis complètement détendu. De toute façon, il n’y a plus le choix et ce n’est pas mon genre de faire marche arrière.

L’orage tonne maintenant. De manière régulière , on entend la force de la nature s’exprimer au dessus de nous. Quelques grosses gouttes tombent. Nous nous mettons à l’abri sous un parasol géant. On vérifie la météo. Ils annoncent de la pluie toute la soirée, des orages pendant la nuit, et de la pluie assez forte demain pendant toute la matinée et le début d’après-midi. J’ai bien fait de prendre ma veste. Nous allons passé de 25° à l’ombre à 7° demain matin. Ca va faire bizarre. Mais avec le recul, je me dis que ce n’est pas plus mal. J’ai tendance à préférer la pluie et la fraicheur ; au soleil et la chaleur quand je pars courir. D’un point de vu terrain, je pense que cela va être un peu boueux, mais pas non plus dantesque ou incourrable. Je décide même de mes chaussures. L’option Speedcross 4 pourrait m’aider sur certains passages, mais sur la longueur, je pense que leur poids va m’handicaper. Je décide donc de partir en Salomon S-Lab Sense 6 SG. Cela devrait passer.

Un dernier grondement dans le ciel se laisse entendre. Mon pote se tourne vers moi :  » Ahhhhhh ! Ce petit bruit qui annonce une bonne matinée ». Je lui souris.

 

19 h – Samedi – Repas de veille de course. 

Nous regardons l’heure. 19h. Il est temps d’aller manger si nous voulons nous coucher tôt ce soir pour être au taquet. Nous gravitons dans les rues du centre. Notre dévolu se jette sur un italien. Les cuisines viennent d’ouvrir. En regardant le menu, j’hésite énormément. Pâtes ou Pizza ? Pâtes = La sécurité. Pizza.. cela ferait un peu trop je m’en foutiste. Pâtes cela sera. J’espère que la sauce ne me dérangera pas plus que cela.

Dans le restaurant, tout autour de nous, c’est clairement le RDV dès coureurs du lendemain. Tout le monde à la même stratégie. Gros italien à la veille de la course. Les serveurs ont pas mal de boulot. Je pense qu’ils n’avaient pas anticipé cet afflux. Ils le sauront pour l’an prochain.

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20 h 30 – Samedi – Retour à l’hôtel et dodo. 

Ayé. Le repas est avalé. J’ai marché jusqu’à mon hôtel pour digérer. Ne reste plus qu’à finir de préparer mes affaires pour demain matin. Cela ne me prends pas bien longtemps. Je sais exactement quoi prendre. Et comment ne pas perdre de temps là dessus.

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Ma seule source d’hésitation réside dans la quantité de gel et de pâtes de fruits à prendre. 48 km. Même si j’en prends un avant le départ, et si je me force à un prendre un tous les 10 kilomètres, cela voudrait dire que je pars sur 4 gels sur moi. Je pense que j’en prends trop, mais je le fais quand même. Je suis déjà sûr que je vais en transporter jusqu’à la fin et que je vais les ramener à Paris par la suite. (Petit Spoil : Oui. C’est bien le cas. J’en ai ramené à Paris. Il faudrait qu’un jour, j’arrive à mieux me cantonner. Histoire de gagner quelques grammes… Et oui.. J’en suis là maintenant).

20h50. Je me déshabille. J’ai une dernière mission. J’enfile mon short et me voilà face au drôle de moment « Ajustement du dossard sur le short ». Première et seconde épingle au top. J’enchaine de suite avec les deux autres. Je teste deux ou trois lever de jambes. Cela fait un peu de bruit, mais cela ne me gène pas. Et puis de toute façon, en courant, je ne m’en rendrai vraiment plus compte. Première fois de ma vie de coureur que j’arrive à accrocher mon dossard d’un seul coup. Cela se fête. Vooooodka ! (non je déconne. Maltoooo !).

Je me glisse sous ma couette. J’ai laissé la télé allumée pour me détendre. Je vais avoir du mal à m’endormir. Entre le multi-ligue 1 et le suivi de l’attaque aux couteaux à Paris, j’ai du mal à m’endormir. 23 h 30. Je ne dors toujours pas. Je sombre vers minuit.

 

05 h – Jour de course.  

Le réveil sonne. J’ai énormément de mal à me réveiller. En plus j’ai mal à la tête. Un mal de tête assez atroce. Celui en roulement de machine à laver. L’impression qu’un tambour tangue dans ma tête. Ce n’est vraiment pas agréable. J’espère que cela va passer en m’éveillant. Je n’ai pas envie de prendre une aspirine.

Je me lève et je file pour prendre ma douche. Je me rends compte qu’il n’y a pas de serviette et que j’ai oublié d’en prendre une. Mon cerveau n’est pas encore actif, mais je prends rapidement la décision de squeezer la douche en me disant que de toute façon, je serai dégeulasse dans quelques heures. Tant pis.

Le mal de tête est de plus en plus grand. Je décide à contre coeur de prendre une aspirine. En la prenant, je sais les effets que cela peut avoir sur moi pendant la course. Des cuisses molles, douloureuses, pas dynamiques. Cela m’effraie. Mais je n’ai pas d’autres solutions.

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Place au ravitaillement. J’entame mon petit déjeuner à base de : Saucisson – Pistaches et flotte. Huuuuuuum. Le bon goût de la charcuterie à 05 h 30. ENJOY. Je me force. Je suis incapable d’avaler quoi que ce soit le matin en tant normal. J’ai l’impression d’être un canard qu’on gave. Seulement là, je suis mon propre bourreau de gavage. Coin. Coin.

 

06 h 15. Il est temps de s’habiller. J’ai rendez-vous un peu plus loin en ville avec Pierre. Son grand père peut nous déposer en voiture au départ. Je range rapidement les affaires qui me sont inutiles. Je finis mes préparations en m’asseyant sur mon lit et en laçant mes chaussures. Je fais de plus en plus attention à ma manière de les lasser. J’essaie de bien accrocher l’ensemble du pied. Je serre de manière assez forte l’avant du laçage, mais je laisse un peu de mou au niveau du haut. Je trouve cela plus confortable d’avoir un peu de jeu à cet endroit là. Je m’y reprends à trois ou quatre fois avant de trouver l’intensité parfaite. J’enfile mon sac et simule une accélération dans le petit couloir de ma chambre. Cela semble parfait. On y va !

 

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Il fait vraiment plutôt frais. Les 25° d’hier et la lourdeur ressentie ont disparu. Il doit faire 7 ou 8° et il pleut. Un temps parfait pour courir quelques heures. C’est ce qu’il faut se dire. Le ciel est gris. Voir gris foncé. Je ne suis pas encore totalement réveillé. Le froid tente de me congeler. J’y résiste. J’opte pour la stratégie mentale. Je me dis « Si tu te dis, qu’il fait chaud, que tu es une source de chaleur.. alors l’impression de froid va disparaitre ». J’arrive à m’y convaincre. Cela fonctionne. Le froid rebondit sur moi et s’en va plus loin.

Je rejoins Pierre et son grand père qui nous emmène jusqu’à l’espace de départ. Nous y serons rapidement. Peu de circulation, un dimanche matin, tôt, dans Besançon.

 

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06 h 57 – Zone de départ. 

Nous arrivons au départ. Je veux rapidement déposer mon sac et filer sur la ligne sous l’arche pour être aux avants postes. Il n’y a pas trop de monde encore. C’est étonnant car nous sommes autour de 800 à prendre le départ dans moins de 30 min. Je profite de la queue vide pour déposer mon sac.

Il pleut un peu plus franchement maintenant. Et la quantité d’eau présente par terre laisse présager de ce qui nous attend sur les chemins. Il est trop tard pour moi pour changer de chaussures. Cela va passer. J’y crois.

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Les conditions météo sont vraiment celles que l’on attend sur une course de ce genre pour pimenter un peu la difficulté. Le froid est quand même bien présent. Pierre et moi sommes emmitouflés dans nos vestes imperméables. Stylistiquement parlant, on est pas au top. Mais ce n’est pas du tout l’objectif principal. Il nous reste 30 min à tenir comme ça. Autant ne pas se refroidir complètement.

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La pluie s’intensifie un peu. Nous rentrons dans le bâtiment pour nous mettre à l’abris. A l’intérieur c’est une ambiance matinale d’avant course. Pas trop de bruit. Des gens un peu stressés.. Qui regardent dehors. Les regards cherchent quelques choses pour les aider. Les têtes tournent dans tous les sens. Cela se sent.. il va se passer quelque chose bientôt. J’adore ce genre de moment. Dommage qu’il y ait peu de photographe à cet instant précis. Il y aurait un joli reportage à faire.

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07 h 10. Départ vers le SAS. 

Quand il faut y aller. Il faut y aller.

Nous trottinons en direction de la zone de départ. Nous avons fait à peine 50 mètres en courant. C’est bon. Cela suffit. On est chaud. On se marre. En arrivant, 20 minutes plus tôt, nous avons vu des trailers s’échauffer plus rudement dans des petites côtes partant de la route. Je ne comprends pas trop l’intérêt. A moins de vouloir faire TOP 3 et de devoir partir à fond pour être tout devant. Je ne vois pas du tout à quoi cela sert. Surtout quand on sait, qu’après 300 m de plat, il y a aura une bonne montée directement qui inhibera toute possibilité de rentrer dans un vrai rythme. Bref. 50 m nous suffissent de notre côté.

Je suis étonné. Nous sommes à 15 minutes du départ et il n’y a personne dans le SAS. Nous sommes tous les deux sur la ligne de départ et personne n’est présent. Nous en profitons pour faire une petite photo. On est pas beau comme des camions en rouge et vert.. tout propre.. Presque trop propre ?

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Les coureurs commencent à arriver derrière nous. Comme d’habitude, la plupart semblent avoir peur de se mettre tout devant. Pas nous. On ne pourrait être plus devant. Première ligne. Au milieu.

Une sorte de cercle.. de zone à ne pas franchir se créé derrière. Une bande invisible de 2 m de profondeur semble empêcher les coureurs de s’approcher encore un peu plus. On se marre à nouveau. Que cela soit Pierre ou moi, nous sommes complètement détendus. Nous n’avons même pas l’air déterminés.

Des coureurs affutés et déterminés nous rejoignent maintenant. Là, ce ne sont plus les mêmes que ceux de juste avant. Ils n’hésitent pas à se mettre directement en première ligne. Il y en a qui ont vraiment l’air chaud patate. Je reconnais Sangé SHERPA, tout sourire. C’est drôle d’être sur la ligne avec des champions de ce type là.

Le SAS est maintenant complet. Je ne stresse pas du tout. Il reste encore 2 minutes à attendre et je ne m’inquiète nullement. Je ne suis même pas chaud. Je souhaite un bon courage à Pierre qui me souhaite bonne course en retour. Il me dit qu’il va se mettre un peu sur le côté. La rangée juste devant nous c’est déjà mis en position de départ. Comme s’ils partaient pour une 1000 m. C’est drôle. Pied gauche en avant. Pied droit légèrement en biais derrière. Ils sont au taquet les mecs.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Le speaker fait monter la pression.

Je vérifie ma montre. Le GPS de la Suunto est particulièrement rapide pour la détection. Sur mon ancienne montre, je devais attendre 5 à 15 min pour qu’il me détecte. Là. Au bout de 20 secondes maximum, je suis détecté. Parfait.

La musique de départ est lancée. Elle est vraiment ultra motivante. (Je vous conseille de vous la mettre juste histoire de se mettre dans l’ambiance -> Musique ici).

10. Devant moi.. Ils sont bouillants.

9. Je sautille.

8. Je relâche mes deux bras en direction du sol.

7. Je regarde un petit coup le ciel.

6. Je souffle un grand coup en fermant les yeux.

5. Je les réouvre lentement. La musique monte dans le rythme.

4. Le speaker nous motive à fond.

3. A dans quelques heures.. ici.

2. Ca pousse un peu à droite.

1. Ca pousse un peu derrière. De toute façon. C’est maintenant.

C’est partiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

DEPART : (Km 0 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 00h00min00sec

Je me décale très rapidement sur la droite pour pouvoir prendre de la vitesse sans être gêné. Je me positionne rapidement dans les coureurs de tête.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Après quelques foulées bondissantes, je me retrouve en première ligne. Cela me permet de discerner à l’avance une très grosse flaque à traverser pour quitter la zone de départ. Je n’essaie pas du tout de l’éviter. Osef. Je passe dedans… A fond.

Sortie de la zone de départ. Virage à droite sur la route. Je suis 2ème. Je me dis « T’enflamme pas non plus.. ». C’est tout plat. C’est le début. Tu vas te faire énormément doubler quand tu vas ralentir. J’ai beau me dire cela, mes jambes avancent toute seul. C’est l’émotion du départ surement. Je ne ressens encore rien au niveau de mon état. Nous sommes parti trop vite. Mon corps n’a même pas eu le temps de m’envoyer des signaux pour me signaler de mon état général. Cela va bientôt venir.

Virage à gauche. Première montée en bitume. Cela attaque direct dans le D+. En temps normal, c’est le genre de côte que tu décides de monter calmement. Là. On est dans un autre registre. Ca envoie du gros. Je n’ai aucune idée de ma vitesse à ce moment précis, mais je pense qu’on est sur du 14 km/h dans un bon %. Autant dire que je ne vais pas tarder à exploser à ce rythme. Je tente de tenir encore peu.

Mes jambes commencent à me dire :  » Oh.. Ohhhhhhh. OHHHHHHH.. mon garçon. Tu vas te calmer tout de suite ! C’est quoi ce départ de taré ? Tu trouves ça drôle ? Ca te fait rire ? PAS NOUS. Soit tu ralenties tout de suite, soit nous on déclenche des crampes. Tu vas voir.. C’est agréable aussi. ». Je redeviens un peu plus sage, je me laisse doubler en ralentissant.

Ayé. Cela fait à peine 3 minutes, et j’ai chaud. Je peux enlever ma veste malgré la pluie (un peu plus fine maintenant). Premier virage à droite pour récupérer un sentier. Je passe au pas. Pas mal de coureurs me doublent. Les gens sont un peu surexcités sur ce départ. Comme s’ils étaient pressés. Je joue ma carte de la sagesse en me disant que le parcours est encore long.

La montée continue sur un petit rythme pour moi. J’ai un peu du mal à m’obliger à envoyer. Mes jambes ne répondent pas présentes. Cela avance pas mal, mais sans plus. Comme si j’étais déjà fatigué. Comme si je manquais un peu d’énergie. L’ascension en direction du premier fort continue. Nous passons sur des sentiers assez larges qui permettent de doubler et d’être doubler. J’avance bien d’un point de vu global, mais c’est un peu l’enfer. Je n’ai pas les jambes du tout. J’espère que cela va revenir rapidement. La tête de course est déjà hors de vision. Tant pis.

Fin de la première montée. Je fais le constat que cela va être compliqué sans mes jambes aujourd’hui. Je décide donc de ne pas me forcer à aller plus vite que la musique. Je vais me laisser dépasser en avançant en sous-régime. On verra bien si cela revient un peu plus loin.

 

Km 4 – Fort de Bregille.

Après un simili-monotrace, nous courrons sur un passage en surplomb d’une sorte de douve. Je repère des coureurs en bas à gauche qui passent dans celles-ci à contre sens. C’est très sympa visuellement. Et puis cela permet de se rendre compte de l’écart que les coureurs aux avants postes ont déjà réussi à nous mettre.

J’emprunte à mon tour les douves du fort. C’est encore plus marrant vu de dedans. « Messiiiiiiiiiiire.. Messiiiiiiiire.. Le château est attaqué.. ». Je m’amuse clairement à imaginer ce qu’il a pu se passer ici il y a quelques centaines d’années. Cela donne encore plus de magie à l’endroit. Douves finies. On enchaine sur du monotrace qui longe le fort. Le chemin est bien tracé. On sent que les coureurs du coin s’en donne à coeur joie toute l’année.

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Crédit Photo : Instagram @france3franchecomte

Cette visite du fort dès le début de la course m’a bien plu. Tout de suite cela met bien dans l’ambiance. Le trail des forts tiens ces promesses. Reste maintenant à tenir la mienne.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

J’attaque la redescente. Je ne suis pas à l’aise à 100 %. Je me fais un peu doubler. Les jambes ne sont pas douloureuses, mais j’ai vraiment du mal à accélérer le rythme. Je commence déjà à me trouver des excuses « Tu enchaines un peu trop ces dernières semaines. Ecotrail.. 2 semaines.. Marathon de Paris.. 3 semaines.. Ardéchois Trail.. 2 semaines.. Trail des forts.. et sur chaque semaine tu te manges pas mal de kilomètres d’entrainement, sans jamais trop te reposer.. c’est normal que tu cales un peu maintenant ». Lorsque je me trouve des excuses comme cela, généralement, au bout de deux ou trois minutes, cela m’énerve moi même de m’apitoyer sur mon sort. Je repars de plus belle. Là.. Mentalement je repars.. mais mes jambes ne veulent toujours rien entendre. Tant pis.

 

Km 5 – Fort de Beauregard.

Apparemment, on passe par un second fort avant de redescendre sur le Doubs. Très franchement, je n’en garde pas le moindre souvenir.

J’ai plutôt le souvenir de la fin de la descente. En ville, sur le bitume. Mes chaussures qui claquent à chaque foulée. Mon pas motivé et dynamique. Je commence déjà à imaginer les 3 ou 4 kilomètres de plat derrière. C’est maintenant qu’il faut s’activer un peu mon petit bonhomme. Tu as perdu beaucoup de places et de temps sur la première difficulté. A toi de ne pas en perdre plus maintenant.

 

Km 7 à 10. Trois kilomètres de plat sur les quais. 

Je sais que je suis plutôt bon sur le plat. J’envoie donc. Je double facilement les personnes qui m’ont doublé dans la descente précédente.

Je fais rapidement des écarts. Je m’en rends compte en traversant le premier pont. Le groupe avec lequel j’étais il y a 3 minutes et déjà loin derrière moi. Et je me rapproche d’un groupe devant que je ne voyais même pas au début.

Les quais sont en pavés. Ce n’est pas super pour courir vite. Mais mon entraînement sur les quais de seine m’a préparé à ce genre de bêtise. Je suis très à l’aise.

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Je cours de temps en temps sur les pavés et de temps en temps sur le fin passage au bord du quais. Je me dis qu’il faut me concentrer. Un faux pas et bim. Je tombe des quais. Droit dans le doubs. Je suis en Salomon Sense 6 SG. Sur ce genre de terrain, les crampons sont plutôt à ma défaveur. J’adapte ma foulée de manière à ne pas raper le sol. J’essaie de toujours placer mon appui à l’avant d’un pavé, de manière à ne pas glisser.

La sculpture sur l’ile crache de l’eau. C’est plutôt mignon.

Je rattrape facilement les groupes devant moi, et je ne reste pas dedans. Je les passe à ma vitesse et les laisse derrière moi sans problème. Merci Pierre pour le conseil sur cette partie de la course. J’ai bien fait de laisser sortir les chevaux. Je ne suis pas à 100 % mais cela suffit pour bien avancer. Je cours ces 3 km autour de 3min55sec au kil’ sans m’épuiser. C’est pas mal.

Virage à gauche. Petit tour pour emprunter un pont et changer de rive. Sur le pont, nous avons une vue sur une belle bosse que nous allons devoir passer. La végétation parait luxuriante. Il ne pleut plus à ce moment là. Je rattrape encore quelques coureurs.

 

Km 10. Montée sur le fort de Chaudanne. 

Quelques bénévoles bien placés, nous indiquent ou tourner pour attaquer la montée. Ca commence par un petit escalier. J’avais un peu oublié ce que c’était que du dénivelé positif avec des marches. Je l’avale dans la difficulté. Mes jambes ne répondent pas bien.

C’est parti pour un petit kilomètre de montée, avec 200 / 230 m de D+. En soit ce n’est pas violent comme effort. Mais je n’ai pas les jambes ce matin. Je ne sais pas si c’est la fatigue accumulée depuis quelques semaines ou le réveil trop matinal, mais j’ai du mal à trouver mon rythme. Je me botte un peu le c*l pour avancer.

C’est assez saccadé. Je trouve ma marche rapide en montée assez inefficace. J’ai l’impression de ne pas avancer assez vite. En tout cas par rapport aux autres coureurs qui semblent très à l’aise. Je passe fréquemment de la marche à la course pour me relancer, mais j’ai vraiment du mal à garder un rythme régulier ou à trouver une bonne allure. Ce n’est pas très grave. Je suis là pour réapprendre le D+ de toute manière.

Fin de la montée. Je ne suis pas vraiment essoufflé. Je ne me suis pas donné à fond. Enfin, selon moi, je n’avais pas la motivation pour le faire. Au moins, j’en ai gardé sous le pied pour plus tard. C’est ce qu’il faut se dire.

Le ravito est en vu. Le sponsor HOKA a complètement décorer l’abord du ravitaillement. C’est assez sympa.

 

RAVITO 1 : CHAUDANNE (Km 11 – Cumul D+ = 417 m) 

Temps : 00h56min41sec

Classement : 39ème

Le ravitaillement est en fait un aller-retour à l’intérieur du fort. La porte du fort est divisée en deux passages. A droite on rentre, à gauche on sort.

Juste avant d’arriver dans celui-ci, j’ai taté mes flasques. Je n’ai presque pas bu jusqu’à présent. Je décide donc de zapper ce ravitaillement.

Les bénévoles nous voyant arriver, indique « L’eau c’est par là. Le ravitaillement solide c’est ici. ». Je fais un petit signe de la main pour les remercier, je prends le virage et je ressors comme je suis rentré : A balle.

Le squizage du ravitaillement ne me fait ni chaud ni froid. J’ai ce qu’il me faut sur moi pour tenir les 15 km à venir. D’ailleurs à la sortie du ravitaillement, je pioche une petite pâte de fruits. Je fais bien attention à garder le plastique dans ma poche et à surveiller le chemin devant moi en l’avalant.

Je sais ce qu’il m’attend maintenant jusqu’au prochain ravitaillement. Une descente puis trois bosses. Une première sur le fort de Rosemont, puis les deux suivantes sur La Planoise. Je ne sais pas trop comment je vais les passer. Est-ce que je dois m’économiser pour passer les trois de manière régulière. Ou est-ce que je dois envoyer un peu plus fort sur la première bosse pour rentrer dans un rythme quitte à devoir ralentir sur les suivantes. Je ne calcule pas. J’y vais au feeling.

 

Km 11.5 – Descente de Chaudanne. 

Nous sommes en surplomb total de la boucle du doubs. Il n’y a pas trop de nuages bas à cet endroit. Cela me permet de regarder un peu le paysage. C’est plutôt super joli ce coin. Je me dis qu’il faudrait que je revienne en mode touriste un peu plus tard.

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Crédit Photo : L’est Républicain

Je ne me perds pas trop dans la contemplation. Nous sommes maintenant sur un monotrace légèrement en pente tout en rocher luisant de la pluie qui vient de tomber. C’est ultra glissant. Le moindre mauvais appui peut être synonyme de chute. Je redouble d’attention car en plus, à 1m50 sur la gauche, c’est le gouffre.

La pluie recommence. Le vent souffle un peu. Je décide de remettre ma veste. La pente est un peu plus forte. Nous naviguons maintenant dans un monotrace en zigzag. Les arbres sont relativement proches de nous sur les côtés. J’arrive à prendre ma veste dans mon sac.. retourner les manches.. l’enfiler et la zipper tout en gardant les yeux rivés sur la technicité du terrain. Je suis content de réussir cela maintenant sans me mettre en danger.

Je me retrouve un peu seul dans la descente. Le coureur qui était devant moi à la sortie du ravitaillement a accéléré dans cette partie technique. Et personne ne me rattrape.

 

Km 12.5 – Fin de la descente. 

J’ai le souvenir d’un passage plutôt très technique. Une sorte d’éboulis de rochers/cailloux ultra glissants et assez gros. J’ai un peu ralenti le rythme, mais j’envoie encore pas mal. La preuve, je revoie le coureur qui m’avait semé, 50 m à peine devant moi.

Il s’agit dans ce genre de passage de très bien calculer les endroits où poser son pied. Il faut en un instant décider de l’angle, et du cailloux sur lequel poser son pied en espérant que celui-ci ne se décale pas d’un coup en le heurtant. Mon meilleur conseil pour ce type de passage et d’avoir un pas plutôt lourd et de chercher des appuis dans les zones incurvées. Si votre pied frappe un rocher qui est dans ce type de zone, la pression que vous exercez sur celui-ci sera perpendiculaire à l’espace de frottement entre le rocher et le sol. La probabilité qu’il bouge sera d’autant plus réduite. Par contre, si le terrain est vraiment uniforme et qu’il n’y a pas de renfoncement ou d’inclinaison, je conseille d’avoir des appuis bondissants. Par bondissants, je veux dire qu’il faut avoir des appuis ultra-rapide, très léger. On vient toper le haut des rochers et rebondir dessus. On ne s’appuie surtout pas. On se déplace comme un chat qui saute du sol à la table à manger en se servant de dossier du canapé. Trêve de technique. J’avance bien. J’apprécie ce moment.

Nous traversons rapidement le coin de Velotte avant d’attaquer la montée sur le fort de Rosemont. J’ai rattrapé le coureur qui me devançait sur la partie plate. Je pense à ce moment là que ma course va se passer de la même manière à chaque fois : Je ne vais pas trop me faire doubler en montée. Je vais me faire rattraper en descente technique et par contre, je vais rattraper et dépasser des coureurs dès que cela sera roulant.

 

Km 13.5 – Montée sur le fort de Rosemont. 

Je n’ai pas le moindre souvenir de cette partie de la course. Tout ce qui me revient est un passage d’escalier formé par des rondins de bois ultra glissant. Cela me rappelle un peu certain passage de la Diagonale des fous.. Avec du vent, de la pluie qui trempe et le froid en plus.

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Crédit Photo : Instagram @france3franchecomte

Je me vois encore hésitant dans cette montée. Je n’arrive pas à trouver le bon rythme entre course et marche rapide. J’alterne. Cela fonctionne, mais pas parfaitement. Je n’ai vraiment pas les jambes ce matin.

 

Km 17 – Descente de Rosemont.

Toujours aucun souvenir de ce passage. Je suis un peu dans le coaltar. Je me rappelle avoir pris un gel pour revenir à moi même. Il reste encore 31 km, et je n’ai pas encore l’impression d’avoir commencé à courir vraiment. Est-ce que cela va revenir à un moment ? Je ne sais pas du tout.

Un petit point sur le parcours, le type de chemin emprunté et sur le balisage.

Déjà première chose : Ce trail est tout simplement PARFAIT. Je pense que sur la totalité du parcours (48 km) il doit y avoir – de 15 % de bitume. Et c’est assez rare pour le signaler. Mais surtout, je pense qu’il y a pas loin de 60 à 70 % du parcours qui est du monotrace (du single). C’est le bonheur tout le temps pour qui aime faire de la navigation. Et vas y que cela zig zag, et vas y que cela propose des passages rapides à flanc de montagne en mode tout droit. Tiens, je t’offre un passage à l’intérieur d’un fort.. et hop.. un single qui remonte légèrement te permettant de relancer sans t’en rendre compte.. C’est vraiment top.

Seconde chose : Les bénévoles sont très bien placés et prennent soin d’indiquer clairement le chemin à prendre le plus à l’avance possible en faisant des grands signes. Bon, déjà, ils sont courageux (et merci à eux), car rester quelques heures sous la forte pluie, dans le froid, sans bouger, pour indiquer le passage à des mecs qui cavalent, c’est déjà une mission. Mais en plus, ils le font avec le sourire, en encourageant et surtout en faisant des grands signes très en amont (avec ou sans petit panneau) pour indiquer la route à suivre, les virages à prendre, etc. Franchement bravo à eux.

Troisième et dernière chose : Je n’ai JAMAIS vu un trail aussi bien balisé. Je me suis fait plusieurs fois la réflexion, mais clairement, tout organisateur de trail devrait venir s’inspirer du balisage effectuer sur le Trail des forts. Il y a un balisage en hauteur fréquent. On ne peut que rarement hésiter sur le chemin à prendre. Cela se sent que ceux qui ont placé les rubalises sont des coureurs. C’est toujours à hauteur de vue ou légèrement au dessus de manière à être vu de loin. Pour ce qui est des options entre deux ou trois chemins, il y a clairement à chaque fois une condamnation des mauvais chemins par des rubans, un balisage au sol en amont du virage, un balisage sous format de porte au niveau du sentier à prendre et aussi une confirmation dans les quelques mètres après le changement de direction aussi bien au sol (bombage de racines) et dans la hauteur avec des rubans placés en évidence. Franchement, là dessus BRAVO LES GARS. Je me perds généralement deux ou trois fois sur chacune de mes courses. Là, je ne me suis pas perdu une seule fois. Clap-Clap-Clap !

Fin de la descente. Je me rappelle que nous sommes sur des monotraces qui longent des champs. C’est plutôt sympa à regarder. Mon regard se perd un peu dans la verdure de ceux-ci.

Passage roulant par la Malcombe. J’ai le souvenir de passer à gauche d’un terrain de baseball. Mais peut être que je me trompe. Nous passons à fond dans l’herbe mis haute. Le bruit de l’avant de mes chaussures me signale que j’avance plutôt bien. J’entends les herbes venir se fracasser sur la partie rigide (le pare-pierre) de mes shoes. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. C’est une mitraille à chaque foulée. Je prends le temps de regarder mes appuis. J’apprécie énormément ce moment.

Il a beau pleuvoir depuis le début de la course, je n’avais pas encore les pieds trempés avant la traversée de ce champ. L’herbe à mis hauteur humide, c’est clairement le pire. Mes chaussettes rembourrées sont maintenant gorgées d’eau. Je vais m’en rendre compte un peu plus loin sur le bitume lorsque cela va faire Sploooche – Splooooche à chaque pas.

Au milieu du champ un bénévole totalement fou est en position. Il nous encourage comme personne. Il est en position sur ces deux jambes, légèrement en flexion mais bien maintenu au sol. Il nous tend la main pour taper dedans. Dès qu’on arrive à son niveau, il ouvre la main, tape fort dans la notre et crie un « ALLER MON GARCOOOON ! ». Très sympa !

Fin du champ. Virage à droite au dessous d’un pont. Et c’est parti pour la première montée en direction du fort de La Planoise : Un peu moins d’un kilomètre pour monter un peu plus de 200 D+.

Cette montée est une longue ligne droite avec un bon %. On peut alterner facilement marche rapide et petite relance en courant. Je ne trouve toujours pas mon rythme. J’ai vraiment la sensation de ne pas avoir de jambes ce matin. J’ai beau faire abstraction dans ma tête, rien n’y fait. Je n’arrive pas à m’obliger. Mes jambes me gouvernent. C’est elles qui décident. Je n’ai plus la main sur mon avancée. C’est un mauvais moment à passer. Autour de moi, certains commencent à faiblir. Le silence règne. Nous sommes un petit troupeau éparpillé de 5 ou 6 coureurs. Nous nous tenons depuis 6 km. Au gré des montées et des descentes nous nous retrouvons. De temps en temps, l’un faiblit et on le dépasse. Quelques km plus loin, c’est à notre tour de faiblir et on se fait dépasser. Je n’arrive pas à trouver quelqu’un qui est dans mon rythme. Ce n’est pas grave, j’aime bien avancer seul.

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Crédit Photo : Instagram @france3bourgogne

J’ai réussi à finir la montée avec facilité. Les quelques coureurs devant moi ont un peu calé dans celle-ci. Je me retrouve seul au sommet. J’avale un petit gel. Je repère des fortifications. Il s’agit du Fort de la Planoise. L’endroit est un peu abandonné. Cela donne beaucoup de cachet. Je navigue dans les monotraces avec aisance. Gros virage à gauche, je rentre dans ce qui ressemble à des douves. C’est magique comme endroit. On se croirait dans un roman fantastique. On pourrait facilement imaginer Merlin L’Enchanteur sortir d’un recoin pour nous poser une énigme à laquelle il faudrait répondre pour obtenir le droit de passage. Les arbres ne sont pas très hauts. Ils sont recouverts entièrement de mousses et de lichen. C’est réellement magnifique. On passerait là de nuit, cela ferait un peu « Projet Blairwitch » mais de jour aussi l’ambiance du lieu se fait sentir.

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Crédit Photo : Instagram @Jeremychevreuil

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Crédit Photo : Instagram @goran_mojicevic

Redescente sur des monotraces zigzaguant. Je profite à fond de ce moment. Le parcours est assez pentu pour prendre de la vitesse, mais pas trop pour être pris de vitesse. Je fais fonctionner l’amortie de mes cuisses tout en économisant mes muscles à chaque impact. Je descends bien. Je me trouve plutôt à l’aise dans cette partie. J’essaie de temps en temps de regarder loin devant en direction du passage que je surplombe pour repérer un potentiel coureur qui me précéderait. Ca va trop vite. Je n’arrive pas à en détecter.  Je vois que j’arrive en bas lorsque je repère quelques habitations et une route au loin.

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Crédit Photo : L’est Républicain

 

Km 19.5. Virage à droite sur la route. C’est parti pour 1 km de roulant avant de remonter sur la bosse de la Planoise. Pierre m’a prévenu qu’il y a une grosse montée avec un méga %. Je ne l’anticipe pas tellement. Je suis lancé avec ma bonne descente. Je vais envoyer un peu plus sur le plat. Je repère deux coureurs au loin dans le champ que l’on doit emprunter. Ils sont 100 mètres devant moi. Sur le plat, je devrais rapidement les rattraper.

Un bénévole qui a allié le pratique avec l’agréable signale l’endroit où l’on doit quitter la route pour rejoindre le champ sur notre gauche. Il pleut énormément à ce moment là. Le bénévole à tout simplement accroché le balisage d’un côté au barbelé du champ et de l’autre à l’anse de son parapluie qu’il tient pour s’abriter. Je le félicite pour son ingéniosité en passant.

Je rentre dans le champ. Il y a quelques vaches au fond sur la gauche. Je les regarde brièvement car le passage que l’on prend n’est pas du tout tracé. Il y a des trous et il faut faire attention à ne pas se faire une cheville bêtement. Je reviens sur les deux coureurs qui me précédent assez rapidement. En arrivant à leur niveau, je décide de ne pas rester derrière et les double par la gauche. Dans mon accélération pour les doubler, je ne fais pas attention à mes appuis. Et Sprouuuuch.. Pied gauche au plein milieu d’une bouse. On va dire que ça porte chance. Je finis le champ à bonne vitesse.

Virage à droite. Je traverse une route. Nous allons attaquer la seconde montée de La Planoise (Km 20.7), et cela va être un grand moment. Deux bénévoles nous ont bien encouragé à la traversée de la rue. Un peu plus loin, nous les entendons hurler comme jamais pour encourager un autre coureur qui doit arriver à ce moment là. « ALLLLLLLLLLLLLLLLLLLER MON GARS. C’EST COSTAUD CA. C’EST BOOOOOOON ! ». Le mec doit vraiment hurler, car nous sommes déjà un peu plus haut et le son de sa voix porte plus que le bruit de la pluie qui tombe ou que celui de nos pas qui glissent dans la boue. Cette dernière se fait de plus en plus présente.

La montée commence plutôt tranquillement. Le dénivelé n’est pas trop violent. J’arrive à le passer en courant. Virage sur la gauche. La pente s’accentue un peu. Je repère d’autres coureurs devant moi qui commencent à mettre les mains sur les cuisses. Ils sont à 70 mètres devant.

200 mètres plus loin. Virage à droite. Et là. On se retrouve devant un mur de boue droit dans la pente. J’ai vraiment l’impression d’un dénivelé super important. Le fait qu’il y ait 3 personnes dedans me fait dire que cela doit être vraiment costaud, sinon les écarts de distances ne se seraient pas rétrécis autant.

Imaginez un passage de 250 mètres de long (à peu près) avec un pourcentage de 40 à 50 % de dénivelé. Et ajouter y un sol uniquement en boue glissante sans formes creusées pour prendre appui. Vous y êtes ? Ah oui. Ajoutez le fait que ce passage est relativement large (2 m 50) et que vous n’allez pas pouvoir vous aider de la végétation pour avancer. C’est parti pour quelques longues minutes de galère mais de bonheur.

J’attaque dedans. Je ne vais vraiment pas vite. Dès mes premiers pas. Je me rends compte que je n’ai pas du tout d’adhérence. Je regrette à ce moment là de ne pas être parti avec mes SpeedCross (à vrai dire, cela aurait juste utile à ce moment là et à un autre moment vers le 28 – 29 ème km).

1 pas sur 3 part complètement en cou*lle. J’avance de deux pas, et à chaque fois, le troisième me fait reculer d’un. C’est physiquement rude. Je suis obligé à plusieurs reprises de mettre mes mains dans la boue devant moi pour m’équilibrer. Lorsque je lève la tête devant moi, je me rassure en voyant que les coureurs qui me devancent ne réussissent pas mieux.

Je me demande un instant pourquoi ce genre de passage existe ? Quel est l’utilité au quotidien et historiquement de ce genre de tranché droit dans le dénivelé. Très franchement, je n’arrive pas à imaginer des humains assez idiot pour faire un sentier aussi abrute dans la terre alors que nous sommes dans une région où la pluie est aussi fréquente que le métro parisien aux heures de pointes. Après maintes réflexions, je me dis que cela doit être un endroit par lequel les bucherons locaux devaient balancer les troncs d’arbres pour qu’ils dévalent jusqu’en bas. Je ne vois que cela de possible.

La moitié de la montée est passée. J’ai réussi à trouver une astuce pour grimper un peu plus facilement. Je n’attaque pas le dénivelé tout droit. Je fais des pas en slalomant légèrement. Je forme des S dans ma montée. Mon ratio de glissade est passée de 1 pas sur 3, à 1 pas sur 6. C’est déjà cela de gagner. Je repère au milieu du passage une sangle qui traine au sol pleine de boue qui est reliée jusqu’à un arbre à l’arrivée. Je ne la saisie pas. Je continue à monter avec ma technique des S.

Au 3/4, la sangle commence à se tendre. Un coureur derrière moi la saisit. Celle-ci vient me frotter les jambes et m’empêche de continuer à slalomer. Je décide donc de la saisir. Mes mains sont humides et pleines de boue. Il en est de même pour la sangle qui a cette endroit de la montée n’est plus qu’une sorte de grosse gaine électrique en plastique. Autant vous dire qu’elle ne me serre à rien. Je glisse autant avec mes pieds au sol, qu’avec mes mains sur la gaine. Je finis tant bien que mal la montée en chutant deux fois dans la boue. Une femme en haut assisse. Nous regarde. Dans sa tête, elle doit être assez morte de rire. Mais elle ne montre rien et nous félicite. Merci madame.

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Crédit Photo : Instagram @arnaud.druelle

Ouuuuuuuuf. C’est fini. Je relance en courant directement après cette montée violente pour réactiver les jambes. Il me faudra 150 mètres pour effacer ce qui vient de se passer. Je finis l’ascension jusqu’au sommet sans trop de problème.

Aucun souvenir de la descente qui suit. Je peux seulement vous dire, que je suis maintenant complètement trempé. Ma veste imperméable à bien tenu 2 h. Mais maintenant, l’eau est passée et je ressens mon t-shirt humide qui se colle contre mon abdomen. Cela ne me gène pas trop. Ce qui m’irrite un peu plus est le frottement de celui-ci au niveau de mes aisselles. Je sais déjà que je vais terminer brulé (comme souvent) à la fin de la course à ce niveau là. Je fais abstraction. Je fonce jusqu’au ravitaillement.

(Photo d’illustration du terrain un peu boueux)

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Crédit Photo : Instagram @Caro_fit_coach

 

RAVITO 2 : AVANNE (Km 23.8 – Cumul D+ = 1187 m) 

Temps : 02h22min31sec

Classement : 37ème

Les 24 premiers kilomètres sont passés tout seul. Je n’ai pas l’impression de courir depuis 2h. Je n’ai pas de jambes, mais je n’ai pas non plus la sensation d’être éreinté ou quelque peu épuisé. Je suis tout à fait normal. Trempé. Mais normal. Je vais pouvoir continuer à ce rythme sans problème.

En arrivant au ravitaillement, il pleut très fort. Je ne regarde même pas la partie alimentaire du ravitaillement. Je veux simplement me recharger en eau et repartir. Je dévise ma première flasque. Je la place sous le robinet, que j’ouvre d’un coup sec. L’eau surgit avec une trop grande pression. Cela esclabousse tout à côté de moi. Le bénévole présent aussi (veste noir sur la photo). Je le regarde et lui lance un « Oups. Désolé. ». Il me répond « T’inquiéte. De toute façon je suis déjà complètement trempé ». On rigole quelque peu et je lui souhaite bon courage.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Mes deux flasques remplies à fond, je repars en courant. Nous traversons à nouveau le Doubs par un joli pont métallique dans mon souvenir.

Sur celui-ci, j’ai la sensation d’être plus liquide à l’intérieur qu’à l’extérieur de ma veste au niveau de mon abdomen gauche. Je continue quelques dizaines de mètres pour bien comprendre ce qu’il se passe. J’appuie sur ma flasque gauche à travers ma veste pour vérifier qu’elle est bien fermée. La sensation de liquide froid recommence. Oh le con. Je l’ai mal revissé. J’ouvre ma veste. Je revisse le bouchon avec mes dents. C’est bon. Je vais galérer pour l’ouvrir la prochaine fois, mais au moins cela ne va pas me pisser 1 L dessus.

Km 25. On rattaque une montée. Je suis dans le rythme d’un autre coureur. Nous avançons plutôt pas trop mal tous les deux. Ce n’est pas de la grande vitesse, mais on avance. A un moment, nous nous faisons dépasser par une flèche qui nous dit en passant « Ne vous fier pas à moi, je rejoins un pote devant ». Nous ne l’écoutons pas, et nous rentrons dans son rythme. Au bout de 500 ou 600 mètres mon collègue de début de montée commence à flancher. Je continue à tenter de suivre la flèche. Il me met rapidement un peu de distance. Je ne le vois plus. Je continue l’ascension un peu seul.

Vers le Km 27, un faux plat me permet de rattraper la flèche qui a rejoint son ami. Je les double sur cette partie à mon avantage. Ils vont rapidement me rattraper dans le passage  de montée suivant.

Cela remonte. Je prends le temps de boire un peu. Les deux coureurs me dépassent à nouveau et je m’accroche à leur rythme en laissant tout de même un peu de distance pour bien anticiper le terrain qui est assez technique à cet endroit là. Dans un passage un peu plus pentu, je suis à leur niveau. Un bénévole qui est placé à cet endroit là donne les classements. Je l’entends « 31 – 32 – 33 ». Cool. Je pensais vraiment être un peu plus loin. Cela me motive un peu. Je continue avec eux.

Vers le km 28 – 29, revient le moment où je regrette totalement de n’avoir pas pris mes SpeedCross. Nous sommes sur un monotrace dans un sous bois légèrement en dessous d’un champ. Je pense que le champ doit être gorgé d’eau car la terre est ici ultra glissante. Le monotrace est usé par le passage. Nous sommes dans un dévert’ complet. C’est l’enfer. A chaque pas, votre appui chasse dans la pente. Au mieux, votre pas s’arrête 20 cm plus bas et vous permet de relancer votre foulée, au pire, vous dégringolez dans le décor et touchez le sol sur votre flanc gauche.

C’est mythique comme moment. Les deux gars devant moi n’arrêtent pas de se tauler. Il y en a un qui râle. Je rigole en l’entendant de loin. Et le karma aidant, alors que je me marre, vlaaaaaaaaaaaaaam ! Bibi est au sol dans la boue. Comme c’est agréable. Je repars plus prudemment. Je ne cours presque pas dans ce passage, j’essaie tant bien que mal d’avancer en m’aidant de la végétation et en visant les amas de boue plutôt que les traces de glissades précédentes. Je tombe 2 ou 3 fois sur ce passage. J’ai une petite pensée pour les 770 coureurs qui vont passer après nous. Déjà que là c’est atroce. Pour eux, une fois que le terrain va être labouré, cela va tout simplement être le royaume de la chute, le paradis du cul par terre, l’espace gadoue sur ta veste en veux-tu en voilà !

Je suis étonnamment heureux de voir que nous rattaquons une montée un peu plus droit dans la pente. Au moins, on quitte cet espace « dévert » qui était clairement une belle difficulté du parcours. Cette ultime montée en direction du Fort de Pugey est très boueuse. On peut passer un peu sur les côtés dans la végétation pour éviter les passages infranchissables sans glissade. Les deux coureurs ne sont pas loin devant moi et un autre arrive 100 mètres derrière. Je relance sur la fin de la montée pour les rattraper. J’en double un facilement, et je rattrape le second avec qui j’entre dans le fort.

Un bénévole nous indique l’entrée. Il faut prendre gare à ne pas de se cogner la tête pour s’engouffrer dans le fort. Une fois à l’intérieur, la température est fraiche et cela sent l’humidité. Il fait plutôt sombre. C’est très sympa et atypique de courir en passant par ce genre d’endroit.

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Crédit Photo : Instagram – @Daniel_rnrd

 

Après quelques dizaines de mètres sous terre, se dresse une table avec trois bénévoles. Un pancarte indique « Km 30 » et ceux-ci proposent des bouteilles d’eau et nous disent qu’il y a des poubelles un peu plus loin. (TRES BONNE IDEE DE L’ORGANISATION). Je ne prends pas de bouteille car je suis encore pas mal niveau flotte dans mes flasques.

Pour ressortir du fort, nous empruntons un rouleau d’1m50 de large qu’un escalier en colimaçon nous permet de franchir. On entend des bénévoles au dessus de nous crier « Coupez les virages par l’intérieur pour gagner du temps ». LOL. Ils sont drôles. Cela me détend un peu.

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Crédit Photo : Instagram – @AntoineHoka

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Trail des Forts de Besançon 2018_Vidéo officielle

A la sortie du fort, la lumière de l’extérieur m’éblouie. J’ai clairement l’impression de revivre. D’ailleurs, j’ai l’impression que ce passage m’a totalement réveillé. Mes jambes sont entrain de revenir. Je ne sais pas si c’est le passage des 3 h de course, la barre des 30 km ou le petit parcours sympathique par le fort, mais je retrouve totalement mes jambes. Je me sens drôlement dynamique et maitre de ma foulée. Je décide de prendre un petit gel coup de fouet.

Ce n’est pas du tout un rêve. Je suis en train de retrouver mes jambes. J’avance de mieux en mieux. Je sens même que j’accélère un peu sans le vouloir. C’est top comme moment. Du km 30 au km 34 je profite totalement, et la descente sur BEURE me confirme que je suis en train de reprendre la main sur mon corps. Aaaaaaaaah quel kiffe !

Bon, tout ne peut pas être top à 100 %. Depuis le km 32 (et jusqu’à l’arrivée) je vais avoir l’impression qu’une sorte de bout de bois de 4 cm de long, mais pas très épais s’est glissé sous mon pied, pile poil au milieu en perpendiculaire. J’hésite plusieurs fois à m’arrêter pour l’enlever. Cela sous entend trouver un endroit pour s’assoir, enlever ma chaussure, enlever le corps extérieur et surtout remettre ma chaussette trempée dans mes chaussures trempées. L’imagination de cette dernière sensation m’a convaincu. Je préfère souffrir un peu en courant que de devoir ressentir le fait de rentrer mon pied humide dans une chaussure humide. Serre les dents. Pense à autre chose. Tu sais faire ça normalement mon petit bonhomme.

Un peu par hasard, une musique salvatrice me vient à l’esprit et me prend la tête. Elle me permet d’oublier cette gène dans ma chaussure. Je ne sais pas pourquoi c’est cette chanson qui m’est venue. Je ne l’ai pas entendue ou écoutée depuis des mois et des mois. Je pense que c’est l’ambiance, la pluie et le bien-être de mes jambes retrouvé qui m’ont poussé à la fredonner. Je suis réellement en pleine possession de mes moyens maintenant. Je navigue en toute facilité sur les monotraces qui s’offre à moi. Je me retrouve seul. J’ai complètement semé le coureur avec qui j’étais. Et je ne rattrape encore personne. Je profite du moment tout simplement.

A voix basse, je fredonne : (Le son ici pour se mettre dans l’ambiance 😉 ).

Postééééééé devant la fenêtre
Je guette
Les âmeeeeeeees esseulées
A – la – fa – veur de – l’auuuuuutooooOooooOooomne

Pos – té de – vant la fenêtre
Je regrette
De n’y aaaaaaavoir son – gé
Main – tenant que tu aaaaaaa – baaaaan – donnes

A la – faaaaveur de l’automne
Revient cette – don – ce mééééééélancolie

Un, deux, trois, quatre
Un peu comme – on fredonne
De vieilles mélodies

Ri – vé devant le téléphooone
J’attends
Que tu daiiiiiiiignes – m’appeler
Que – tu – te dé – cides en – fiiiiiiiIiiiiIiiiin

Toi – tes – allures de garçonne
Rompiez’un peu la monotonie
De – mes – jour – nées de – mes nuiiiiiiiits

A – la – faveur de l’automne
Revient cette – dooooooooouce méééééé – lancolie

Un, deux, trois, quatre
Un peu comme – on fredonne
De vieiiiiiiiiilles mé – lodies

Aaaa la fa – veur de l’automne

Tu redonnes
A ma mélancolie
Ses couleurs de – super – scopitOOOOoooone
A la fa – veur de l’autoOooomne

À la fa – veur de l’automne !

J’ai vraiment super bien avancé sur cette partie. Je ne suis pas encore à fond, mais ça cavale de manière très régulière.. avec assurance.. Je m’évade complètement dans l’environnement. Les monotraces par lesquels je passe sont tout simplement extraordinaires. Il y a de quoi jouer à faire de la navigation. De quoi travailler ses appuis rapides dans tous les sens. Des obstacles à passer. Des zones pour accélérer. Des anticipations de virages. Vraiment c’est le bonheur. Enfin, en tout cas pour moi ça l’était. Tu m’étonnes que Thibaut Baronian cartonne. Avec un tel terrain d’entrainement à disposition, tu dois avoir envie de courir H 24. De passer du temps dehors. C’est un délicieux bonheur de trailer à l’état brut.

35ème km. Une belle montée s’offre à moi. Autour de 200 de D+ assez rapidement (en un gros kilomètre). Je débute mon ascension en courant. Je ne lâche rien. Mon souffle ne s’accélère pas tellement. J’ai vraiment retrouvé mes jambes et mon endurance. Je sens que j’en ai encore beaucoup sous le pied. Je continue à bien monter.

Sur la fin de la première partie, après 150 m de D+. J’ai commencé à voir un groupe de trois coureurs. Deux devant qui courent ensemble et un derrière qui semble un peu plus à la traine. Je décide de les rejoindre rapidement. C’est facile pour moi à ce moment là. Le  dénivelé s’arrête sur 200 m en ligne presque droite. J’accélère ma foulée pour revenir à leur niveau.

Me voici dans les jambes du troisième. Je décide de ne pas rester derrière lui. Je me signale et passe à sa gauche. Petit signe de la main pour le remercier. Je continue à appuyer le pas. Je veux rejoindre les deux juste devant dans la montée que je repère. Il reste 50 mètres de D+.

Je me cale dans le rythme des deux trailers. Ils avancent plutôt bien ensemble. Le passage est assez étroit. Je n’arrive pas à trouver un espace pour dépasser. Je temporise un peu. Temporiser me redonne du souffle. Mon rythme cardiaque redescend. Le passage étroit jusqu’à lors s’ouvre un peu plus. C’est le moment.

Je place littéralement une accélération de grimpeur dans l’épreuve de l’Alpes d’Huez sur le tour de France. Ma foulée est très rapide. Je bondis sans toutefois perdre trop de temps en l’air. Je vais chercher des appuis loin devant en hauteur et me hisse rapidement pour enchainer ma foulée suivante. (Bon la comparaison avec un grimpeur du tour de France est un peu romancée.. mais je vis vraiment ce moment comme une attaque).

Un des deux coureurs tentent de s’accrocher à mon rythme. Je le sens. Là. Très proche de moi. Je l’entends presque souffler dans mon dos. Il est dans le rouge, je le sens. Moi, ça va totalement. Je peux même accélérer. J’attends encore 10 m de plus. Petit regard derrière mon épaule droite. Il a la tête penchée vers le sol. C’est le moment de porter le coup de grâce. Je place une seconde accélération. J’ai repéré la fin de la montée un peu plus loin. Je me connais. Si j’arrive à fond en haut, je vais être lancé et je ne pourrais plus m’arrêter. Fluuuuuup.. Fluuuuuuuup.. Fluuuuup.. En une grosse dizaine de foulées, je fais l’écart. Me voici presque en haut. Je ne me retourne pas. Je fonce. Nez dans le vent. En prenant soin de bien assurer mes appuis. Les trois coureurs ont lâché mon rythme. Je peux lancer ma fuite en avant. Cela tombe bien cela redescend.

Je dévale presque à fond la pente. Ce n’est pas le terrain le plus favorable pour moi. Il ne s’agit pas de se faire rattraper maintenant. Je regarde un peu mes cuisses courir. Je suis assez épaté par le fait de n’avoir aucune douleur. Comme si c’était normal après 36 km.

Aucun souvenir des prochains kilomètres. Je crois me rappeler que j’ai vu un mémorial (ambiance Notre Dame de La Libération), mais rien de bien construit dans mon esprit. Ah si.. ça y est. Je me rappelle de deux choses sur ce passage :

La première : Avoir rattraper un coureur seul du 48 km. Plutôt mal en point. De l’avoir encouragé en lui disant qu’il devait tenir. Qu’il était presque au bout. Et que dans pas longtemps c’était grosse bière. Je me rappelle avoir parlé avec lui. Mais je ne sais plus trop de quoi. En tout cas, dans mon souvenir c’était très sympa.

La seconde : Je commence à doubler des personnes beaucoup plus lente que moi. Et vraiment beaucoup. Je tilte au bout du troisième. La route du 28 et du 48 km s’est entremêlée maintenant. Il va falloir faire le finish avec l’autre course. Cela ne me dérange pas tant que ça. Les 10 derniers km, avec mes jambes qui reviennent, m’ont amené à plus de solitude dans ma course. Ca va me faire du bien de croiser des gens. J’ai juste un peu de mal avec le fait de les doubler à fond. Je m’imagine leur sensation : dans la tête, se faire doubler par quelqu’un à fond, alors qu’il a couru 20 km de plus. C’est pas vraiment cool. Ce n’est pas mon genre de m’être les gens mal à l’aise. Je vais tenter de rester le plus sympathique possible et d’encourager ceux qui me semblent dans le dur.

 

RAVITO 3 : MORRE (Km 40.5 – Cumul D+ = 1909 m) 

Temps : 04h15min36sec

Classement : 24ème

Peu de souvenirs de l’arrivée au ravitaillement. Je me rappelle simplement avoir pris la décision de ne remplir qu’une seule flasque et de repartir rapidement.

J’oublie à nouveau de vider la poche de mon short avec tous les déchets. Je commence à avoir le côté droit du short vraiment gonfler. Je me dis « Tu es idiot.. c’est pas possible.. » mais je ne m’en veux pas. Je file.

Juste avant de quitter le ravitaillement, je félicite les bénévoles et leur souhaite un « Bon dimanche sous la pluie » l’air rieur. J’applaudis en partant.

Je prends le temps d’avaler une dernière pâte de fruit et un dernier gel coup de fouet. IL reste autour de 8 km.. je vais filer sans m’arrêter maintenant. On va augmenter un peu la cadence. Ca va chauffer. Mais la distance à parcourir est courte. Ca va le faire.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

 

Je fonce dans une belle petite descente. Je me retrouve à nouveau seul. Mais au final, c’est comme cela que j’avance le mieux je crois. Virage à gauche. Léger faux plat. Et puis j’attaque la dernière vraie petite montée, celle juste après MORRE (vers le Km 41.5). L’endroit est boueux à nouveau. Le sentier de randonnée est en boue intégrale. Des anciennes marches formées par les randonneurs dans la gadoue sont entrain de disparaitre. Les appuis sont fuyants. J’avance tant bien que mal là dedans.

Je repère un peu plus haut un coureur du 48. A sa vision, je deviens un véritable animal. Un jeune lionceau découvrant le plaisir de la chasse. Je laisse la proie à bonne distance. Je n’accélère pas trop de manière à ne pas me faire repérer. J’y arrive plutôt bien. Je m’imagine panthère. Je m’imagine Guépard. Mon souffle disparait pour ne laisser place qu’à mon silence. J’ai même l’impression de tenter de faire le minimum de bruit possible en foulant le sol.

Quelques dizaines de mètres plus loin, le coureur entame un virage sur la gauche. Il va me voir. Ait l’air naturel. Pas trop à l’aise. Comme si tu étais là depuis toujours. Ta-da-di-daaaaaa- ti-la-la-tsoiiiiiin.. je me balade en forêt.. li-la-la.. Mon jeu d’acteur me semblait pourtant bon. Le trailer semble avoir compris mon jeu. Il relance légèrement.

J’attends pour accélérer avec lui. Il reprend quelques mètres de distances. Je les lui laisse. Il me regarde. Je ne veux pas lui donner l’impression que je vais le dévorer de suite.

Lorsque l’on se retrouve dans un sentier ou je suis totalement dans son dos, je décide d’accélérer violemment de manière à réduire l’écart entre nous. Puis dès que cela tourne et qu’il me regarde brièvement à nouveau, je ralentie pour avoir l’air de rien. Je répète la scène trois fois. C’est drôle avec le recul. C’était vraiment une chasse. Un 1 – 2 – 3 soleil, où de toute façon à la fin, j’allais mettre un gros sprint pour le dépasser définitivement peu importe qu’il me dise « vu » ou non.

Quatrième retournement du trailer devant moi. Je suis maintenant à 4 m de lui. Comme si j’avais apparu là. C’est trop tard. Dès qu’il va pencher la tête vers le bas, je vais y aller. Je vais m’annoncer et prendre le large. Ces quelques secondes durent longtemps. J’attends. Patiemment. Prêt. A bondir. Une racine un peu plus haute le ralentit. Il s’aide de son bras droit sur un arbre. C’est maintenant, je le sais. Taaaaak – Taaaaaak –  Taaaaaaak – tak – tak – tak. Je suis passé, et comme à chaque fois, c’est définitif. J’ai encore attaqué sur le dernier quart de la montée. Je pense que c’est mon money-time à moi.

J’espère que la romance de cette chasse au trailer ne me fait pas trop passer pour un animal avide de classement. Ce n’est pas du tout cela. Ce n’est pas tant l’aspect chrono ou une place qui m’intéresse lors de ce genre de moment. C’est véritablement la sensation pesante du moment. Celle-ci même qui vous fait sentir homme face à l’homme. Enfin plutôt animal face à l’animal que nous sommes. C’est très primaire. Mais c’est des grands moments comme cela que j’aime aussi dans le trail.

Jusqu’au Km 44, plus trop de mémoire. A priori, j’ai emprunté à fond le Chemin de la Bro et j’ai traversé à fond le coin de La Chapelle des Buis, mais je n’en garde que peu de souvenirs. Je suis concentré sur ma foulée qu’y s’accélère plus les kilomètres passent. Je sais que la fin est proche, cela me donne encore plus envie d’en découdre.

Les coureurs du 28 que l’on double sont plutôt très respectueux. Ils ont beau être dans le finish difficile de leur course, beaucoup prennent garde à laisser pas mal d’espace pour me laisser passer. Je parle avec certains d’entre eux brièvement. J’essaie d’encourager tout ceux qui m’ont l’air d’être à bout. Si j’étais à leur place, j’aimerais bien que l’on m’encourage dans ce genre de moment là.

Dans la descente qui précède la remontée vers la citadelle, je me rappelle d’un coureur du 28. Il m’a vu débouler à fond derrière lui dans le monotrace. Il s’est senti obligé d’accélérer pour ne pas me gêner. Je lui dis de faire gaffe, que je ne suis pas pressé. Il semble ne plus m’écouter. Il est totalement hermétique à mes conseils. Il accélère encore. Je piétine un peu derrière lui, mais il me raconte des choses un peu insensé. Je reste avec lui car cela me fait rire. Il est complètement à l’ouest. Je connais bien cet état de fin de course. Lorsque les nerfs lâchent complètement.

Dans une descente plus rude, un bénévole nous lance au passage « Attention. Rondin mouillé et très glissant !! ». Je lui réponds un « Merci. T’inquiète ». Je regarde mon collègue du 28 un peu foufou se lancer dedans. Cela ne manque pas. Troisième rondin, et zliiiiiiiiiiiiiip. Paaaaam Paaaam Paaaam fait son derrière sur les trois rondins d’après. J’ai mal pour son coccyx. Je lui demande si cela va. Il se relève avant que je ne l’aide. Ca a l’air d’aller. Il continue. Mais cette fois, d’un air un peu puni, il me fait signe du bras pour que je passe devant lui. C’était sympa ce petit moment. Merci mister’.

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Crédit Photo : L’est Républicain

 

Km 44.5. Fin de la descente. S’en est fini des sentiers. Cela sera Citadelle et finish sur le dur maintenant. J’arrive de haut sur un virage bitumé sur la gauche assez large. Je le prends à pleine vitesse. Il y a beaucoup de supporters à cet endroit là. J’applaudis les mains placées à hauteur de mon front devant mon épaule droite. Les supporters m’encouragent. C’est cool.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Remontée en bitume. Je ne m’arrête pas. J’avance bien dedans. Je prends la décision de passer en marche rapide. Juste un instant. Pour prendre trois grandes gorgées d’eau.

Gorgées d’eau prises. Je me remets à courir. Virage à droite toujours sur le bitume. Je dépasse beaucoup de coureurs du 28. J’en encourage certain.

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(Facile de me retrouver sur cette photo ^^) 

Entrée dans la citadelle. Je crois me souvenir d’un simili-zoo. Mais franchement c’est très vague dans ma tête. Je ne pense plus trop à garder des images du moment. Ma foulée est rapide. Il y a quelques secteur pavé, ou dans un bitume assez lisse. Etant donné la bruine qui finit de tomber, tout est très glissant. Je prends garde à ne pas laisser échapper un appui mal pensé.

Dans les ruelles de cette citadelle, plus rien ne peut m’arrêter. Je suis presque à fond. Pas du sprint. Mais un bon 15km/h comme à l’entrainement. Et après près de 45 bornes, cela fait plaisir de réussir à faire encore cela.

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Crédit Photo : L’est Républicain

Le chemin nous amène jusqu’en bas d’une muraille. Nous allons devoir monter dessus et y courir. Je trouve cela mille fois trop cool. Virage à droite et c’est parti pour un bon petit escalier. Je le monte en courant. Je m’en veux car trois coureurs du 28 le montent en marchant avec un peu de difficulté. J’espère que cela ne leur a pas brisé le moral. Puis en arrivant en haut, j’oublie mes remords. La vue est tout simplement magnifique. La belle boucle du doubs s’imagine. En regardant un peu sur la droite, on arrive à voir la ligne d’arrivée 150 mètres plus bas. Ca y est c’est la fin. Profite maintenant.

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Crédit Photo : Instagram @arnaudmoine

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Crédit Photo : Instagram @Jeremychevreuil

Je cavale sur les remparts. Si bien, que mes chaussures qui claquent le sol avertissent les coureurs devant moi de mon arrivée. Après une bonne ligne droite, se dresse ce que sur le moment j’ai vu comme l’escalier vers le paradis. Un escalier pas trop large, mais pas trop étroit non plus. Composé d’une quinzaine de marches seulement, mais dont la fin semble finir dans les nuages. Il y aurait une photo à faire là.. maintenant.. tout de suite.. Ou bien un playback.. Sur un des solos de Stairway tooooo Heaven ! Ca serait magique. Cette image de l’escalier me reste graver. Même après l’avoir passé.

Je finis le passage sur le rempart. Je repère plus bas un coureur au dossard rouge. Il a bien 250 m d’avance sur moi. Est-ce que je le tente ? Est-ce que je le te tente ?.. Je me pose vraiment la question quelques fois. Un escalier pour descendre des remparts, assez glissant, me fait oublier cette question. Me revoilà sur le plancher des vaches. J’accélère pour sortir du coeur de la citadelle.

Km 46. Virage à droite pour ressortir. Je fais un peu le show pour des bénévoles placés là. C’est assez drôle. Nous enchainons ensuite avec une longue descente tout en bitume. Je fonce littéralement dedans. L’endroit ressemble à ce genre d’espace que j’adore : les entrées de châteaux. C’est déjà beau avant d’y être. C’est déjà l’esprit de château (bon de citadelle pour Besac’) avant le château en lui même. Je le répète mais j’adore ça. Biiiiiiiiiiiiiip Biiiiiiiiiiiiiiiiiiip. Je cavale comme un fou, tout en me disant qu’il faut en garder encore un tout petit peu sous le pied pour finir une fois en bas.

Dans la fin de la descente en bitume, je rattrape un coureur. Nous devons freiner assez fort pour prendre un virage sur la droite indiqué par une barrière blanche placée à 90°. J’arrive au niveau du coureur exactement à 30 cm avant de prendre le virage. Je tente de ne pas le gèner. Je lui fais l’extérieur. Ca va passer.. ça va passer.. Ca Va……….. C’est passé. J’ai senti la barrière contre mon flanc.. mais c’est passé.

Petit passage en descente (toujours aussi glissante) avec des escaliers complètement irréguliers et assez durs. L’adhérence est mauvaise. Il faut bien positionner son centre de graviter. Mes heures d’escaliers à Montmartre m’aident à passer plus facilement ce genre de danger. Je double encore quelques coureurs. Je me débrouille vraiment bien dedans, jusqu’en bas.

Arrivé au niveau du Doubs. Il ne reste plus qu’à traverser un pont et cela sera la dernière ligne droite que j’ai pu repérer hier en récupérant mon dossard. J’enlève ma veste en courant. Je la plie de manière à la placer dans mon sac et à équilibrer tout son poids (plume) sur mon dos.

Je lance mon sprint. Au bout de 100 mètres, je rattrape le coureur du 48 que j’avais repéré. Je suis bien essoufflé. Je lui lance un « Je suis mort. » (L’air rieur). Il me répond « T’as l’air.. » (l’air moqueur). On se sourit. Je fonce.

Traversée du pont. J’y vais à fond. Plus de pitié pour mes cuisses. Elles ont pas eu mal jusqu’à là. Je vais tenter de les attaquer un peu. Descente proche du Doubs. Applaudissements des supporters placés en hauteur à l’abri de la pluie. Je ne lache rien. Je ne suis plus en total Sprint. Je vais finir rapidement les derniers 200 mètres, mais je n’ai plus l’envie de continuer à fond les ballons.

Virage sur la gauche. Mes chaussures rouge resplendissent sur ce tapis bleu.

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Je le prépare. Je passe en vitesse de croisière. Main droite qui tape la cuisse à son passage. Une fois.. deux fois.. Je sers le poing gauche et commence à enrouler le bras devant moi.. Je pose le pied un mètre devant la ligne d’arrivée. Je rebondis les deux pieds dessus. Je le lanceeeeeeeeee. Et le voici.. le voilà.. mon 360° d’arrivée !

 

ARRIVEE : (Km 47.3 – Cumul D+ = 2126 m) 

Temps : 04h51min19sec

Classement Scratch : 21ème

Classement Senior Homme : 18ème

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Je prends un peu le temps de profiter sur la ligne d’arrivée. Je respire. Je fais redescendre mon rythme cardiaque. C’est étrange, mais j’ai encore envie de courir. On me proposerait de repartir en arrière pour faire le retour, baaaaah, je pense que je dirai oui.

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Crédit Photo : Instagram @Shakapeaks

Je m’assoie par terre. Le tapis bleu est gorgé d’eau. Je suis déjà totalement trempé de toute façon. Mes fesses ne ressentent pas l’eau froide du tapis. Je positionne ma Casquette dans l’axe et je prends une petite photo pour immortaliser le moment.

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Après avoir un peu trainé dans la zone d’arrivée et récupéré mon sac. Je fonce en direction de la buvette. Je veux ABSOLUMENT boire une bière fraiche. En arrivant près du bar, le bénévole de la buvette me reconnait : « Alors ? T’as fait combien ? 10ème ou pas ? ».. « 21ème »… « Aaaaaaah. Bah pas de bière gratuite alors.. mouahahahhaahah ! ». « Je t’en prends deux payantes alors ^^ ». Il me sert. Je prends une grande gorgée. La bière est fraiche. La bière est bonne. Il faudrait un jour que je fasse le classement des meilleurs bières (enfin.. un classement des meilleurs moments pour boire une bière) et clairement je pense que la « bière de l’arrivée d’un trail » sera facilement sur le podium. On échange un peu avec le bénévole. Il est super sympa. Il me demande l’état du terrain. Je lui raconte. Il me dit avoir ouvert le tout droit en boue ce matin très tôt. Apparemment c’était déjà l’enfer. Je lui confirme, en lui ajoutant que personnellement j’ai adoré. On se quitte. (Le temps que je boive mes bières et que je revienne pour en prendre d’autres… Mouahaahahhahha).

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Depuis que je suis arrivé, je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai cette musique dans la tête (Laurent Voulzy – Rock Collection). Je pense que c’est tout simplement car je suis heureux. Je passe un bon moment. Ma course s’est au final plutôt pas trop mal passée. Je ne me suis pas blessé. J’ai adoré le parcours et je suis assez motivé pour revenir l’an prochain. Autant dire que c’est un dimanche matin réussi.

On a tous dans l’cœur le ticket pour Liverpool
Sortie de scène hélicoptère pour échapper
à la foule
Excuse-me Sir mais j’entends plus Big Ben qui sonne
Les scarabées bourdonnent c’est la folie à London
Et les Beatles chantaient
Et les Beatles chantaient
Un truc qui m’colle’encore au cœur et au corps
It’s Beeeeeeeeeen a Hard day’s night….

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Crédit Photo : Instagram @k.lao_design

Je passe tout le reste de la journée à profiter du moment. Je rencontre quelques personnes. Je partage. J’échange. C’est vraiment un super dimanche. En rentrant, un peu plus tard dans la journée en direction de la gare, j’essaie de faire le point d’un point de vu uniquement sportif. Je fais rapidement le constat que mes 30 premiers kilomètres et mon absence de jambes complètement sur cette partie est un échec en soit. Mais je pense réellement que c’est l’effet d’une fatigue d’accumulation.. pas du tout d’un manque d’envie. Et puis mon redémarrage sur les 18 derniers m’a beaucoup rassuré. Etre capable d’envoyer plus fort sur le dernier tiers d’une course, je ne le pensais pas encore possible. C’est vraiment mille fois trop cool.

Mon petit passage à vide (de 3 h ^^), me pousse tout de même à me dire qu’il faudrait que je me calme un peu sur le volume pour les semaines à venir. J’ai pour une fois plus de deux semaines avant le prochain trail. Je vais pouvoir prendre un peu de temps pour moi. Me reposer un peu et aussi aller travailler des aspects plus spécifiques. Pas simplement faire du volume pour du volume.

Bref. Cette course a été riche en apprentissage. C’est top. J’avais un peu peur d’avaler ces 48 km sans trop prendre le temps de profiter du goût.. de la texture.. des odeurs.. J’avais un peu peur de ne rien apprendre de nouveau sur moi. Et c’est vraiment au final tout le contraire. J’ai pu m’éveiller à une nouvelle façon de gérer ma course, j’ai pu identifier des points d’amélioration et confirmer le retour de mes capacités dans le dénivelé. Ce n’est que le début de la partie D+ de ma saison, mais je commence à me dire qu’en travaillant bien les axes d’amélioration, cela peut apporter un résultat plutôt pas mal d’ici quelques mois.

Pour ce qui est de la course en soit, je pense que j’ai déjà tout dit. Et vous l’avez compris. J’ai clairement tout adoré. Je n’ai presque aucun reproche à faire (et c’est rare). On verra comment la caler dans mon agenda 2019. Cela risque d’être compliqué vu l’année d’ULTRA que je suis en train de me préparer. Mais en tout cas, je pense que si je ne reviens pas pour le Trail des Forts, je reviendrai courir à Besançon. Le terrain de jeu est trop sympa pour ne le parcourir qu’une fois. A bientôt Besac’ !

Casquemment Verte.

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Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

6 semaines après l’Ecotrail de Paris (récit ici), 3 semaines après le Marathon de Paris.. Autant dire que je n’arrive pas frais comme un gardon sur cet Ardéchois Trail. J’ai cette sensation de fatigue d’accumulation en moi. Cette sensation d’anti-fraicheur dans les jambes et dans tout le corps. Cela frisonne de sensations molles. Il me faudrait peut-être quelques semaines de repos de plus pour récupérer parfaitement. Ne serait-ce que pour revenir au moins une fois à 100% de mon énergie et de ma forme (musculairement parlant).

Je me lance dans cette édition de l’Ardéchois Trail comme on sort de son lit un lundi matin après un week-end agité. Avec motivation, mais aussi avec pas mal de difficultés.. de faiblesses.. Heureusement, je n’ai aucun stress (contrairement à l’EcoTrail). Le fait d’avoir fait le parcours l’an dernier, et d’en avoir gardé quelques bons souvenirs me rassure.

Je vais y aller au feeling. Sans trop réfléchir. L’idée n’est pas du tout d’aller chercher une perf’. L’idée c’est vraiment deux choses : (1) Profiter. Y aller au feeling. Aux sensations. Ne pas se forcer. Ne pas tenter de découvrir de l’inconnu.. Et (2) Me tester dans le D+. Voir où j’en suis quand je sol devant moi se dresse.

Depuis octobre dernier (2017), je n’ai pas trop l’impression d’avoir travaillé cette partie du trail. Comment ai-je pu faire les 10.000 m de D+ de la Diagonale ? Sérieusement ?! Je me pose encore la question. Depuis cette dernière course de « vrai » montagne, j’ai beau avoir fait quelques trails (SaintéLyon, Urban Trail d’Issy et l’EcoTrail), j’ai distinctement la sensation d’être beaucoup moins à l’aise qu’avant dans le positif. On verra bien. Ces quelques courses un peu trop roulantes auraient-elles mis à mal mon âme de grimpeur ? Ai-je rangé ma tunique blanche aux pois rouges ? C’est ce qu’on va voir.

 

Samedi – 06 h – Veille de course : Départ de la maison. J’ai préparé mes affaires la veille. Vendredi. La météo annonce jusqu’à maintenant la possibilité d’avoir de grosses précipitations. Cela ne m’effraie pas du tout. Je préfère même presque la pluie à la chaleur.

J’ai opté pour un équipement plutôt léger : Salomon S-Slab Sense 6 SG aux pieds. Chaussettes Nike rembourrées. Caleçon Nike Pro Combat. Short Nike avec short de compression intégré. T-Shirt cadeau UTMB 2017 super léger. Petit Buff des Templiers au cas où. Sac Salomon S-Lab ADV Skin 12 L. Ma nouvelle veste Salomon Bonatti Pro WP M. Quelques gels Gü classiques et des gels Overstims Coup de fouet. 3 – 4 pâtes de fruits. La couverture de survie, et le gobelet obligatoire. Ma Garmin Forerunner 235 et puis bien sûr ma Casquette Verte et hop. C’est bon. Je suis ready.

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J’ai toujours un doute au moment de partir. Est-ce que j’ai oublié quelques choses ? Mes pompes ? Mes chaussettes ? Un papier administratif ? J’ai beau être habitué, le doute est là à chaque fois. C’est systématique. Je me dis qu’il faudrait que je me fasse une check-list à respecter pour les prochaines fois. (Même si je sais très bien que je ne la regarderai même pas ^^). Je me prépare une bouteille de malto.

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Aller. On file. J’ai RDV à la Gare de Lyon à 06h40. Mes trains circulent normalement. J’ai eu du bol sur le coup. Ca m’aurait bien désorganiser si j’avais du y aller en voiture. Ca aurait surtout été bien plus fatiguant.

 

06h40 – @Gare de Lyon. Je retrouve un pote d’école de commerce. C’est drôle de se dire qu’il y a quelques années, on organisait des soirées en boite totalement folle qui allaient souvent loin dans les excès et que maintenant, on se rejoint le samedi matin à la Gare pour partir au fin fond de l’Ardèche pour courir sur les sentiers. Les temps changent. Deux de ses amis nous rejoignent. Ils se lancent tous les trois sur le 37 km. Ils ne semblent pas stressés du tout. C’est très cool !

 

09 h – @Gare de Lyon Part-Dieu. Petit changement de train. Sur le quai, je sors mon attirail pour me confectionner une nouvelle bouteille de malto. Bouteille d’eau. Petit entonnoir rouge. Et vas-y que cela verse de la poudre blanche. Il y a un peu de fumée. Les gens doivent me regarder bizarrement. Une des personnes qui m’accompagne me dit : « Fait gaffe. Ils vont croire aux caméras que tu es en train de faire une bombe ». Il n’a pas tord. S’il y a des gens qui surveillent les caméras, clairement, ils ont du zoomer sur moi. « Est-ce un trailer qui joue au petit chimiste ou un terroriste du système D ? ». Le train arrive. Nous plongeons dedans. Direction Valence.

 

10 h – @Gare TGV de Valence. Nous louons une voiture pour nous rendre à Désaignes. A bien y réfléchir, je me dis que cela ne serait pas de trop que l’organisation développe un peu les moyens d’accès à la course sans voiture. Mettre en place un ou deux bus qui pourraient récupérer les voyageurs à la Gare de Valence et les amener sur le site de la course. Cela donnerait plus d’attractivité à la course, quitte à ce que cela coute un peu plus cher à l’inscription. (Avis à l’organisation : Franchement, cela serait réellement utile et cela permettrait aux coureurs non véhiculés de ne pas se mettre la pression pour venir).

 

Jusqu’à 14h30, nous trainons dans Valence. Petites bières en terrasse, en T-shirt au soleil. Petit restaurant sur la place du marché et puis petites courses au Monoprix du coin. Eau, pistaches, fruits secs.. nous sommes prêts. Cette pause a fait du bien. Il va falloir affronter une grosse heure de route à cinq (nous avons récupéré un dernier coureur dans le groupe) dans une Clio sur les routes enlacées de l’Ardèche. ENJOY.

Au fur et à mesure que nous avançons, je me rends compte que la végétation est bien plus avancée cette année. C’est très très très vert. L’an dernier, les bourgeons sortaient à peine à cette époque. C’était à peine la fin de l’hiver. Cette année, nous avons déjà franchi un grand pas dans le printemps. C’est ravisant. Tout ce vert m’indique qu’il a du pas mal pleuvoir et qu’il a du faire assez bons ces derniers jours. J’anticipe déjà la hauteur des ruisseaux grâce à cela.

 

16 h – @Desaignes : Récupération du dossard. Nous arrivons dans le village. On s’arrête à proximité d’un bénévole pour demander où se garer. Il nous lance « Pééééééé-Yun ». On se regarde. « Il a dit payant là ? ». Il nous relance « Pééééééééé-Yun ». On se regarde à nouveau. « AAAAAAAAH. P1. Okay ! ». #LesParisiensEnProvince. Direction, le parking P1 en contrebas du village.

Un petit sentier balisé permettant de remonter jusqu’au coeur de Desaignes met tout de suite dans l’ambiance. Je me fais deux petites accélérations dedans, juste pour me tester. Comme d’habitude, lors d’une veille de course, les sensations sont atroces. J’ai l’impression d’avoir des douleurs lancinantes dans les genoux et dans les hanches. J’ai appris à faire abstraction de ces mauvaises sensations, plus originaires d’un stress que de douleurs réelles.

Petit tour dans le village. Et on file dans l’école en surplomb pour récupérer nos dossards.

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Comme l’an dernier, les bénévoles qui remettent les dossards sont très sympas. Sans prise de tête. On ressent vraiment que l’on est accueilli chez eux. Dans leur village et qu’ils sont plutôt contents de voir du monde venu d’ailleurs.

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Je pioche 4 épingles au passage et c’est reparti. Direction la place du village pour récupérer le T-shirt (participant et non-finisher) de l’Ardéchois. J’adore les ruelles à cet endroit. Le côté petits fanions qui virevoltent à 2m50 du sol donne du cachet.. de l’âme.. on a l’impression de participer à un événement.. à une fête. C’est sympathique.

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Le t-shirt de l’an dernier était plutôt sympa visuellement parlant. Par contre, il avait un gros défaut : Le flocage. C’était le genre de flocage qui reste collé à la peau dès que l’on sue un peu du torse. Celui-là même qui vous amuse lorsque que vous jouez avec votre t-shirt en rentrant chez vous : « Regaaaarde. Sluuuuuuuuurp.. Spaaach.. on dirait une seconde peau… ». L’hiver, l’automne, cela ne dérange pas lorsque l’on court avec plusieurs couches. Mais clairement, l’été c’est pas super super agréable.

Cette année, l’organisation semble avoir pris en compte ce détail et a produit un flocage de meilleur qualité. (Faudra que je le teste dans les jours qui viennent.. je verrai bien). En tout cas, le t-shirt reste toujours aussi sympa visuellement parlant.

Bon. Par contre. Je ne suis pas un expert en Marketing.. et encore moins en Marketing du sport. Mais étant donné que le sponsor officiel de la course est La Sportiva. Je placerai bien le logo de la marque sur le t-shirt. Quitte à demander une redevance un peu plus grande auprès de la marque (qui j’en suis sûr fait déjà un bel effort pour se positionner en partenaire officiel de la course). Mais cela paraitrait logique ? Non ?

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T-shirt récupéré. On va pouvoir aller poser nos affaires à l’hôtel. Je vais surtout pouvoir m’allonger 20 minutes sur un lit. Cela ne va pas me faire de mal. En partant, je croise deux jeunes d’Extra-sport que j’avais déjà croisé sur le Salon du Running il y a quelques semaines. Petite photo du community manager et hop. Je file.

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

 

17 h 56 – Hotel @Le Crestet. 

Nous récupérons nos chambres. La gérante de l’hôtel est au petit soin avec nous. C’est agréable. Les chambres sont fonctionnelles, c’est parfait. Je me pose quelques dizaines de minutes sur mon lit. Je suis assez fatigué de la journée de voyage. Je me dis qu’il va falloir se coucher tôt ce soir pour être en forme demain matin.

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La petite sieste me met un sacré coup de fatigue. Alors que j’étais plutôt excité toute la journée, je commence à me sentir physiquement ailleurs. Flippante impression de fatigue à 14 h du départ d’un 57 km. Je me sors du lit et je consulte la météo pour demain. Cela s’annonce mieux que prévu. De la pluie, on en aura, mais cela ne sera pas les orages qu’on nous annonçait. Tant mieux. Je prépare mes affaires pour le lendemain. Je ne veux qu’avoir à les enfiler le matin.

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19 h 48 : Pasta party – @Desaignes.

15 petites minutes de route. Et hop. Direction la Pasta Party. Je n’en ai jamais fait. J’espère que je vais pouvoir prendre des pâtes sans trop de sauces et qu’il n’y aura pas de tentations irrésistibles.

Sur le chemin de la tente « cantine », je remarque une pancarte fléchée.

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Je me dis qu’ils ont du tout mettre dans le D+ et rien dans le DOSSARDS. J’imagine un instant que ce sont les enfants du village qui ont fabriqué ces pancartes. Je n’ai pas de critiques à faire.. niveau orthographe, je n’ai pas de leçons à donner. Cela me fait rire tout simplement.

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Nous voilà à la Pasta Party. Devant, une queue qui s’allonge pour rentrer dans la tente. On se croirai devant un Apple Store le jour d’une sortie de nouveaux produits. Sur notre droite, quelques organisateurs jouent aux boules en buvant des Ricard. L’ambiance est sympa. Ca se chambre pas mal. Nous, nous sommes complètement fatigués. Le passage par l’hôtel nous a mis un sacré coup de barre. Nous n’avons qu’une seule envie. Manger et aller nous coucher.

Nous entrons dans la tente. L’organisation est bien rodée. Sur la gauche, une caisse filtre les entrées. Dans la salle, de longues tables recouvertes de nappes blanches et rouges permettant d’accueillir pas mal de monde. Sur la droite : Les cuisines et surtout le bar. Où certains semblent avoir bien pris bonne position. C’est bon esprit. La salle se remplit vite. Nous devons être facile 200 je pense. Les organisateurs s’activent à fond pour nous servir. Le staff fait des allers-retours à toute bringue entre les cuisines et les tables. Bon. Certains semblent avoir passer une bonne fin d’après-midi au comptoir, mais ils assurent avec sympathie et vitesse. C’est sympa à voir.

Je ne vais pas vous le cacher. Je ne suis pas fana du coup des « lentilles » et du « yaourt » à moins de 12 h d’une course. Les pâtes sont satisfaisantes et le désert donne un petit coup de sucré. Ce n’est pas de la grande cuisine. Mais c’est l’essentiel de ce qu’il faut pour demain.

Pour vous décrire l’ambiance, il faut d’abord prendre en compte que nous sommes totalement épuisé. Les nerfs à vif. C’est de la fatigue mentale. Alors que nous sommes servis, sur la scène à gauche, se lance un groupe de musique. Le même que celui que j’avais vu sur le parcours l’an dernier. Bien déguisé, ultra motivé et avec un répertoire assez marrant.

En face de nous. Les gens commencent à danser assis. Et vas-y que cela se prend par les épaules en allant de gauche à droite… et vas-y que cela tape des mains… On se croirait dans une colo géante pour adulte consentant. Le bruit est relativement fort. Pas facile de s’entendre parler. Le groupe de musique est chaud comme la braise. C’est drôle à voir. Nous, nous sommes mort de rire. Mentalement, nous avons craqué. C’est trop dur de ne pas être pris par l’ambiance. 2 des 5 que nous sommes succombent à la tentation de prendre une bière. Un en prend même trois.  » Respect mec ! Tu risques de les regretter un peu demain « . De mon côté, je reste sérieux. J’ai beau avoir le plus profond respect pour le mépris que j’ai des règles du « bon coureur ».. ce soir.. cela sera flotte et rien d’autre.

Nous repartons. Totalement épuisés. En ressortant, nous croisons l’arrivée du repas de demain. La fameux boeuf à la broche. J’avais jamais vu un aussi gros bout de viande d’un seul tenant. C’est assez impressionnant. (Et clairement, cela donne envie !). C’est assez drôle de se dire que pour la première fois de ma vie, mon repas est transporté au tractopelle.. pourquoi pas !

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21 h 06 : Retour à l’hôtel et au lit. 

Ayé. Nous sommes à l’hôtel. Il fait plutôt bon ce soir. Je regarde à nouveau la météo. Il va faire plutôt frais (mais pas trop) et il devrait pleuvoir (mais pas trop non plus). Pas d’inquiétude. Je fais un petit tour sur la terrasse pour respirer. Je sympathise avec le chien de l’hôtel. Il me regarde l’air de dire :  » Je connais les chemins que tu vas parcourir ! ». J’ai envie de lui répondre « Tu viens avec moi demain ? ».

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Retour à la chambre. J’épingle mon dossard à mon short. Tout est prêt pour demain. Je me glisse dans mon lit. J’allume la télé. Je tombe sur BFM. RAS. J’éteins 45 minutes plus tard. Je m’endors rapidement. Tant mieux.

 

05h55 : Jour de course. 

Le réveil doit sonner dans 5 min. Mais je me suis déjà réveillé. J’ai clairement la tête dans le c*l. Je tente de m’activer un petit peu en sautillant et en m’étirant un peu les bras, le dos et la nuque.

J’avale quelques grands gorgées d’eau. J’ouvre de quoi me ravitailler. Au menu du petit-déjeuner ce matin : Raisins secs – Un paquet de mini bâtons de berger (Justin Bridouuuuuuu) et un paquet entier de pistaches. Je me force. Je n’aime pas du tout manger au réveil. Enfin, le matin en général. Le goût du saucisson à 6 h du mat’, franchement, il y a plus agréable. Les pistaches par contre, c’est ma passion.

La scène qui se joue dans ma chambre est digne d’un film d’auteur sur la misère de l’homme dans sa solitude de son destin. Je suis entièrement nu. Debout. Devant la télé. Je grignote des poignets de pistaches en prenant bien garde à ne pas faire tomber les coques. J’en fait tomber quelques unes. Les coquines, elles se sont glissées sous le lit. Deuxième plan magnifique de la matinée : Moi.. nu.. à quatre pattes.. en train de tendre mon bras sous le lit pour trouver les coques éparpillées. Je vous laisse ne pas imaginer la scène.

Je file à la douche. Juste avant, (désolé d’avance pour ce moment) j’arrive à « poser mon cake ». On le sait.. c’est un sujet un peu « tabou ». Et pourtant.. c’est vraiment un sujet important pour un coureur. D’autant plus pour un trailer qui part sur une moyenne distance. Est-ce que je vais réussir à passer aux toilettes avant la course ?.. d’habitude, je n’y arrive pas et cela me stresse au départ de la course. Là.. cette fois-ci. Ta-dam (je ne suis pas sûr que Ta-dam soit l’expression approprié) cela fonctionne. (fin de la partie pipi-caca de mon récit 😉 ). La douche est agréable. L’eau chaude glisse sur moi. Comme à chaque fois, je profite de cet instant pour prendre mon temps. Respirer un peu. Faire le point sur ce qu’il va se passer dans quelques heures. Je sors de la douche. J’enfile mes affaires. Je suis à l’aise dedans. Petit brossage de dent. Et hop, on range les affaires et on sort.

Arrivé dehors. Surprise. Il pleut. Et puis il pleut bien. Les petites marres d’eau formées dans le paysage m’indiquent qu’il a du pleuvoir plus qu’un petit peu cette nuit. Je me demande si je ne devrais pas mettre mes Salomon Speedcross. La question est vite résolue. J’ai la flemme de réouvrir mon sac et de me changer. Je resterai en S-Lab Sense 6 SG. J’enfile ma veste. La pluie n’est pas trop froide. Elle trempe bien, mais ce n’est pas désagréable. C’est presque parfait comme temps au final.

 

07h22 : Arrivé au parking PééééééYun. 

Nous voilà sur le parking. Il y a déjà pas mal de monde. Les gens semblent s’activer dans tous les sens. Nous, de notre côte, nous semblons encore tout endormis. Mon corps n’a pas encore compris ce qui va lui arriver dans 40 min. J’ai du mal à le réveiller. Je sautille. Mais je n’insiste pas plus que cela. Il y a pas mal de vent. Les nuages pas très hauts avancent vite dans le ciel. Cela promet des bourrasques plus importantes sur les hauteurs. Je me sens bien dans ma veste.

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Je quitte mes collègues pour rejoindre la ligne de départ. J’aimerai bien me mettre à l’avant cette année, pour ne pas me retrouver bloqué dans les premières montées. Je leur souhaite bon courage.

 

07 h 39 : Ligne de départ. 

Bon. Ben.. Cela ne servait à rien de se presser. La place est encore plutôt vide à 20 minutes du départ. Je prends un peu de temps pour vérifier les gels que j’ai pris dans mon sac. Gü à droite.. Overstims à gauche.. et deux pâtes de fruits de chaque côté. Les deux flasques de flotte ne me dérangent pas. Je dois être habitué maintenant. Petit selfie, on met l’Iphone en mode avion, et hop dans le sac. Je suis prêt.

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Je fais quelques pas chassés dans un sens puis dans l’autre. Deux petites accélérations de 20 mètres. Je rebondis sur mes jambes. Ayé. Je suis prêt. Pas tout à fait réveiller. Mais je suis prêt. Quelques personnes qui me connaissent viennent discuter avec moi ou prendre un selfie. C’est plutôt sympa.

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5 minutes avant le départ. Je me place sur la ligne de départ en plein milieu. Je n’ai plus aucune gène à le faire. Je lance ma montre. Le GPS s’active directement. Parfait. Je n’ai plus rien à penser.

J’entends l’organisateur parler à la foule dans le micro : « Attention.. ne partait pas trop vite.. les 10 premiers kilomètres sont vraiment les plus difficiles…. ». Je ne l’écoute pas trop. Je ne sais pas si c’est de l’arrogance ou la connaissance de mon corps, de mon niveau et du terrain, mais je ne fais plus trop attention aux conseils extérieurs. J’ai l’impression que jusqu’à présent ma méthode de fonctionnement « au feeling » a plutôt pas trop mal marché. Pourquoi en changer.

 

40 secondes du départ. 

Je ne me concentre pas plus que cela. C’est presque devenu normal. Je n’ai pas fait de plan pour cette course. Je n’ai pas anticipé mes temps de passage. J’aimerai bien faire un peu moins que l’an dernier (06h15min), mais cela ne serait pas grave de faire le même temps. Tout ce que je me dis, c’est que je dois voir ces quelques heures devant moi comme un bon exercice, aussi bien pour me tester que pour réapprendre à courir dans le technique.

Pour ne rien vous cacher, j’ai beaucoup moins peur qu’avant. Au final, je n’ai peur que de moi. Je n’ai presque plus peur des choses extérieures, des choses étrangères. La course en elle-même et les difficultés qu’elle propose ne m’effraient pas. Je n’en prends pas compte. La seul chose dangereuse pour moi, c’est moi.

10. Aaaaaaaaah. Cela y est. On va pouvoir partir.

9. Pas besoin de partir en sprint. Il y a le petit tour dans le village d’abord.

8. Pas de bousculades. Surveille tes pieds sur les premiers mètres.

7. Ne suis pas trop longtemps les premiers. Le 57 km part en même temps que le 37.

6. Il ne pleut plus. Je vais rapidement enlever ma veste.

5. Respire à fond.

4. Petit haussement d’épaules pour inspirer.

3. Relâchement des bras pour expirer.

2. Aller.. On y est presque.

1. Prochain arrêt.. Km 23 pour le premier ravito.

0. C’est partiiiiiiiiiiiiii !

Cela ne démarre pas trop vite. L’organisation inhibe un départ au sprint. C’est plutôt bien foutu. Petite montée. Virage à gauche. On redescend. Le bruit des chaussures de trail qui tapent le bitume est assourdissant. J’entends derrière moi : « Héé. Mais pourquoi on part avec les premiers là.. ». LOL.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

Le flot s’écoule dans les ruelles du village. Je ne tente pas d’accélérer. Je me place sur le côté pour ne pas être gêné et pour bien voir le sol devant moi. Quelques coureurs se positionnent en forçant un peu le passage. C’est totalement inutile à mon avis, mais bref. Virage à gauche. On passe par l’arrivée. Je regarde la route à droite. Je sais que je repasserai par là tout à l’heure. Je suis en 30 – 40ème position selon moi. L’arche est en vue. Je suis à l’extrême gauche du passage. Cela va vraiment commençait maintenant. Petit coupage de route par un autre concurrent qui se positionne. Je crochette à droite pour l’éviter. Je me remets dans l’axe. Et paaaaaaf. Arche passée. C’est partiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

 

DEPART : DESAIGNES (Km 0) 

Dès les premiers mètres, je place une accélération afin de rattraper le groupe de tête. En quelques foulées, je les ai rattrapés. Je me positionne dans la queue de celui-ci. Je suis dans les 5 – 10 premiers. Cela me fait bizarre. Mais je n’y pense pas trop.

Je me concentre plutôt sur les kilomètres à venir. Je le sais très bien. Le début de cette course est réellement difficile. Cela part directement dans le D+. Pas un dénivelé violent.. mais simplement un dénivelé piégeant. Il est assez faux-plat pour courir, mais un peu trop pentu pour être à l’aise. Et c’est comme ça pendant quelques kilomètres. Juste de quoi se mettre dans le rouge dès le début.

En soit, c’est simplement 6 km et quelques choses comme 400 m de D+. Ce n’est pas violent. Mais au démarrage. Cela pique grave.

 

Je démarre plutôt bien. Les 500 – 800 premiers mètres sont rassurants. Je ne m’essouffle pas. J’arrive à tenir le groupe de tête facilement. J’ai même l’impression que si je le voulais, je pourrais attaquer pour prendre la manoeuvre de la course. Je m’oblige à me remettre du plomb dans la tête. « Tu n’es pas venu pour ça.. » – « Joue pas au con.. la route est encore longue.. ». « Concentre toi plutôt sur ton souffle.. car même si cela te parait facile maintenant, on en reparle dans quelques km ».

 

J’ai bien raison. A partir du km 1. Mon corps me fait payer. Il se réveille. La grande claque que je viens de lui mettre n’est pas passée inaperçue. Il se venge. J’ai énormément de mal à avancer au rythme des premiers dans la montée maintenant. Je reste à l’affut, mais c’est dans la douleur. Je sais que je dois passer par là, pour être à l’aise dans quelques temps. Mais ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas un moment que j’apprécie. C’est un peu la sensation physique que l’on a lorsque l’on se réveille en retard un jour d’examen ou de RDV important. Le corps ne suit pas.. mais toi tu avances.. tu dois avancer. Je continue donc à marche forcée.

J’ôte ma veste, ainsi que mon buff. La fraicheur devrait m’aider. Ou du moins, cela sera plus supportable. Je me rappelle bien de mon départ de l’an dernier. C’était exactement la même chose.. mais en pire. Ce petit « mais en pire » rôde dans ma tête. Et me revoir un an plus tard, au même endroit, en souffrance, mais un peu plus à l’aise.. cela me fait du bien. Je tiens grâce à cela.

 

Km 3. Dans le DUR complet. Je m’oblige mentalement à continuer à avancer pour rentrer dans mon rythme. C’est très éprouvant mentalement et physiquement. Je décide de ne pas jouer au con. Je ralentis de temps en temps pour ne pas exploser. Je me fais un peu doubler. Ce n’est vraiment pas grave. Je m’en fous complètement. Cela ne m’atteint pas. Je ne regarde même pas si je me fais doubler par des 37 km (dossards bleus) ou par des 57 km (dossards rouges). Je ne tente pas non plus de suivre les coureurs qui me doublent. Je tiens vraiment à rester dans mon rythme. Enfin, surtout je tiens vraiment à rentrer dans mon rythme. Cela va encore prendre un peu de temps. Je le sais.

Dans ces moments là, la meilleur façon pour survivre selon moi, c’est de penser à totalement autre chose.. Et si on y arrive pas (comme moi), il faut philosopher :  » L’action n’apporte pas toujours le bonheur, sans doute, mais il n’y a pas de bonheur sans action. » C’est avec quelques phrases de ce type que je continue mon ascension. Cela fonctionne. En serrant les dents. Mais cela fonctionne.

 

Km 5. Bon.. J’ai laissé partir la tête de course. Je suis toujours plutôt à l’avant, mais je dois être dans les 30 – 40ème place. Je fais le point : Je suis toujours très mal à l’aise. Les faux plats montant encore « courables » sont maintenant tous derrière. Tant mieux. Je n’y arrivais vraiment plus. J’ai même eu cette pensée que j’ai toujours dans le lancement des courses : « Aller. Arrête toi. Va faire la course avec tes collègues. C’est pas si important que ça. En plus je suis sur que tu m’amuseras plus ». Impossible pour moi de ne pas l’avoir. Par contre, j’arrive toujours à y résister. « Il est toujours trop tôt pour abandonner ».

Petit km de vrai montée maintenant. La pente permet de passer en marche rapide sans trop perdre de temps. Je l’avale assez facilement. Je commence à suer. C’est normal. Je suis content, car j’ai l’impression de m’économiser en passant en marche rapide. C’est bon signe.

 

Km 6. Le balisage nous fait quitter le sentir de 4×4 et nous mène vers un chemin qui descend en dévert, ambiance monotrace recouvert de feuilles de chataigners. J’envoie un peu sur les premiers mètres pour me tester. Pas de problème. Je discerne quelques grosses pierres à éviter dans les feuilles. Elles sont plutôt visibles, mais il faut faire attention. Premier virage dans le négatif. Je le prends avec aisance. Je suis plutôt content. Je suis relativement à l’aise dedans. Je ralentis un peu le rythme histoire de ne pas me briser les cuisses et les muscles fessiers trop tôt.

Je me fais un peu doubler. Je laisse passer les sauvages du D – en m’écartant bien à l’avance. J’ai appris à ne pas me mettre la pression par ce que quelqu’un déboule derrière. Cela ne sert à rien d’accélérer pour ne pas se faire dépasser. La seule chose que cela peut provoquer, c’est un mauvais appui.. une chute ou une blessure. Et quand tu n’es pas encore rentré dans ton rythme. Ce n’est pas le moment. Alors à chaque fois qu’un taré déboule.. clignotant sur le côté. Je laisse passer.

Sur la fin de la descente. Je me teste à nouveau. Accélération dans les sorties de virages et relance à fond. Je place mon corps en avant. Je prends de la vitesse facilement. Rapidement, je rattrape les barbares du début de descente. J’attends gentiment derrière eux. Je les doublerai dans la remontée.

 

Km 7.5 : On attaque la première vrai difficulté. On va vraiment voir ce que l’on est capable de faire aujourd’hui là dedans. Si ça casse directement ici, je le sais, derrière cela va être un long chemin de croix jusqu’à l’arrivée. Si cela passe, je n’aurai qu’à gérer mon allure pour aller au bout sans problème.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

Je me débrouille bien. J’arrive à alterner course quand c’est possible et marche rapide. Pas besoin de mettre les mains sur les cuisses. Ca passe tout seul. Le fait de pouvoir repasser en course fréquemment me rassure totalement sur mon état physique. J’ai le souvenir d’avoir lutter l’an dernier en marche rapide dans ce passage. Cette année, j’y suis très à l’aise. Mes jambes sont légères. (Je pense que le choix des chaussures doit jouer aussi). J’y prends du plaisir. Et surtout j’ai l’impression de m’économiser dans ce genre de partie. C’est top !

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Un mec en orange est juste devant moi. Bâtons à la main. Il ne les utilise pas. Je ne vous refais pas mon paragraphe sur l’usage des bâtons selon moi, mais en gros : Si je ne prends pas de bâtons.. c’est exactement la même raison que si je n’écoute pas de musique en course officielle : c’est car je considère que c’est une aide trop grande. Ma pratique du trail et surtout le plaisir que j’y prends passe par des sacrifices, de la sueur et de temps en temps de la souffrance. S’accorder des bâtons ou de la musique ça serait pour moi comme faire un short-cut pour terminer plus vite. (Après, pour les autres. Pas de problèmes hein. Ce n’est que mon avis perso.. par rapport à moi même 🙂 ).

Revenons à mister Orange. Ils les portent donc mains droites ces bâtons. De mon côté, je suis toujours très à l’aise, je trottine dans la montée en prenant des appuis totalement par la pointe des pieds. Je me sens plus rapide, j’essaie donc de le doubler sans me mettre dans le rouge. Je fais 3 ou 4 essais. A chaque fois. Je suis gêné par ces bâtons. Ca me soule un peu.

Je ralentis et reste derrière. Dans un virage. Je le double par l’intérieur. Il s’accroche à mes mollets (pas physiquement hein ^^). Et là (c’est pas de sa faute hein), je commence à entendre sa respiration que je n’entendais pas de derrière. Il respire terriblement fort. Tu sens qu’il est dans la zone rouge complètement. J’entends un boeuf à moins de 1m50 de moi. Franchement, tu te demandes s’il ne va pas exploser en vol. « HeuuuuuuuuuuuuuUUU..FOuuuuuuuuuuuuuu.. HeUUUUUUUUUUU..FOuuuuuuuuuuuuuuuu ». Quand ça dure 15 secondes, ça passe, pas de problème, mais au bout de 2 min. Tu as juste envie de te retourner et de dire : « Mec. Arrête toi deux secondes. Tu es en sur-ventilation totale. Fait un truc. Je sais pas. Prends un Hollywood.. détends-toi.. J’arrive même pas à entendre les éoliennes ». J’accélère un peu pour mettre son souffle à distance. Adios éole orange.

Un peu plus loin, dans une montée en terre bien attaquée par la pluie et le ruissellement. J’arrache un gros bout de terre en prenant un appui. Un trailer est juste derrière moi. Je m’excuse aussitôt. Il me dit en rigolant : « Laisse du chemin pour les autres ». Cela me fait rire. Je me demande si j’aurai eu autant d’humour (et surtout de lucidité pour sortir ce genre de blague à ce moment là).

Sur les 500 mètres suivant, je pense à l’impact du trail sur ce genre de terrain. Je pense que nous avons réellement un impact négatif sur les chemins. Nos crampons créés forcément de l’érosion. Et autant dire qu’avec plus de 2000 personnes qui doivent passer au même endroit, cela doit être un carnage après la course. Je me demande comment régler ce problème pour ne pas détruire les sentiers tout en pouvant en profiter tout de même. Des simples dons aux associations locales de coureurs ne sont pas suffisants selon moi. Il faudrait peu être que je mettre à ma manière la main à la patte. Monter une association de réparateur de chemin post-trail. Pourquoi pas. Penser à ce genre de chose me permet de m’évader. Je finis tranquillement la montée. Plus 800 / 900 m de D+ avalé. Ca m’a réveillé. Cela va commencer à aller mieux maintenant.

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Copyright – CM Ardéchois Trail. 

 

Km 10. Montée finie. On bascule dans la descente. Je peux relancer. Enfin, en réalité, j’ai déjà relancé. J’ai pris l’habitude de me remettre à courir dans les fins de montée. Comme j’arrive à un terrain un peu plus plat, puis dans la descente, la relance est moins difficile. Je ne pense pas que cela puisse être facile pour tout le monde, mais je conseille cette tactique. Cela demande simplement un peu de motivation.

Dorénavant, cela avance très très bien sans forcer. Ma foulée se déroule bien plus naturellement qu’au début. Je vais bientôt rentrer dans mon rythme.

Le début de la descente est synonyme de début de la pluie aussi. Nous sommes dans des espaces plutôt dégagés. Le vent souffle. Parfois de face. Parfois de 3/4 face depuis la gauche. J’ai transpiré. Je vais avoir froid si je reste comme cela. J’enfile ma veste.

En la prenant depuis la poche extensible de mon sac, je fais tomber mon buff. FREIN A MAIN – STOOOOOOOOP. Je m’arrête sec. Aiiiiiieeee. Je le ramasse vite et repart en sens inverse. C’est vraiment atroce ces petits arrêts à la façon frein à main. Les cuisses, le dos et les genoux prennent tellement cher. Je pense qu’un défi avec des stops spontanés comme cela pourrait se monter. Et cela serait vraiment l’horreur au bout de quelques dizaines de fois.

Alors que je gambade de plus en plus tranquillement, un trailer me dépasse. Il est sur le 37 (dossard bleu). Juste après avoir fait cela, il me demande sans me regarder sur quelle distance je suis. Je réponds « 57 ». Il me dit d’un ton paternaliste « Calme moi petit. Tu dois en garder sous le pied. ». Je réponds du Tac-O-Tac. « T’inquiète pas.. Ca avance tout seul ». Je pense que vous l’avait compris, mais j’ai encore beaucoup de mal avec les conseils extérieurs.. qui plus est avec des conseils extérieurs un peu orienté « moralisateur – paternaliste – etc. ». Cela m’énerve un peu d’être pris de haut comme cela. Je ne lui en veux pas hein.. Mais je me pose tout de même pendant une seconde la question : « Est-ce qu’il n’aurait pas raison ? ».. Puis je pense : « Je me suis plutôt économiser jusqu’à là. Je suis entrain de rentrer dans mon rythme. Je sais que je vais accélérer jusqu’au chateau maintenant.. pas d’inquiétude ». Je le laisse partir un peu devant. Il me prends 200 m.

 

Km 11. Ayé. Je suis presque dans mon rythme. Je sens que je peux accélérer maintenant. Je dépasse à fond l’homme au conseil paternaliste. Dans sa tête il doit se dire : « Petit con. Tu vas te cramer ». Je ne le verrai plus.

La machine est chaude. Je déroule. Plus de mauvaises sensations. Je vais pouvoir profiter de ma course maintenant. Cela tombe bien on est sur un passage très roulant. Du 11ème au 17ème. On serait à Paris, je vous dirai de prendre la ligne 2.. mais là, ce n’est pas tout à fait l’ambiance.

Plus trop de souvenirs, je pense que j’ai du m’occuper l’esprit. Je crois me rappeler que je me suis posé la question suivante : « A partir de quel kilomètre, puis-je me dire que c’est la fin ? « . Au moment où je quitte le premier ravitaillement (km 23) ? Au moment de traverser le petit tunnel avec l’eau ? En quittant le dernier ravitaillement ? En haut de l’ultime ascension ? Dans la dernière descente quand j’entendrais le haut-parleur de l’arrivée au loin ? – Je n’y répond pas.

 

Km 17 : Nous arrivons sur une partie que j’affectionne : La descente du château.

Je sais que le terrain va être technique à l’approche du monument. Pour l’instant, le single de terre est simplement devenu un single de pierre (et non ce n’est pas une fable). Rien de trop technique, mais les appuis et la concentration se doivent d’être plus affinés.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Dans le haut, en amont du château. La première féminine du 37 km me double. Je la laisse passer en m’écartant un peu. Elle est sacrément affutée. Je regarde sa foulée. Elle est très différente de la mienne. Etant relativement petite, ces pas sont très rapprochés et sa foulée est rapide. C’est l’idéal pour bien descendre selon moi. Par contre, je sais d’avance qu’elle va avoir plus de mal dès qu’il y aura des rochers avec un peu de hauteur à passer. Je me concentre un peu plus sur mes appuis. Je la laisse partir devant avec un autre coureur.

En fait, je laisse un peu de distance pour avoir une bonne vision sur le single et sur les cailloux qui jalonnent le parcours. Je me suis fait avoir trop de fois à vouloir tenir la foulée du coureur devant moi, et à me faire cacher les obstacles qui surgissent à la dernière minute. S’il y a bien une chose que j’ai appris sur l’art de la descente, c’est de toujours tenter de regarder le plus loin possible devant. Ayant un peu ralenti, j’arrive à lever la tête et à profiter du paysage de temps à autre. Je ralentis encore un peu pour en profiter.

Traversée de la route. La féminine devant moi a failli se louper sur un rocher avec un peu de hauteur. C’était prévisible. Il y a pas mal de supporters à cet endroit là. Je crois me souvenir de quelqu’un avec une cloche. Cela me rappelle la CCC. C’est top. Route traversée, je me dis qu’il est temps d’accélérer un peu. En 50 m, j’accélère fort. Je rattrape la première féminine et je la double en prenant des distances de sécurité. Le single est assez technique. Pas mal de rochers et de cailloux mouvants. Le chemin n’est pas roulant du tout. Il est tracé un peu à l’arrache. Ce n’est pas naturel comme un cours d’eau qui ruissèle. J’enquille et prenant garde à ne pas me viander.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Cela passe tout seul. Les quelques marches en descente cassent un peu mon allure de navigation. Pas de problème, je relance. Je traverse le château. Tout comme l’an dernier je m’imagine qu’il y a plusieurs centaines d’années, ce ne devait pas être tout à fait la même ambiance ici.. Plus proche du « Messire » que tu « Trailer ».. C’est sûr.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

J’ai rattrapé un petit groupe dans les cuisines de château (bon.. ce ne sont certainement pas les cuisines, mais ça aurait été mon château, je les aurais mises là.. laisser moi rêver bordel ^^). Je ralentis un peu pour ne pas avoir à pousser derrière et à forcer le dépassement. En sortant des ruines, j’ai la musique des visiteurs dans la tête. Je vois tout à fait Jacquouille la Fripouille et le Hardy de Montmirail se balader dans ce décor. J’adore.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

Je sais qu’il y a une rivière à traverser pas loin. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’eau cette année. La végétation est tout de même bien verte. Il a du pas mal pleuvoir ces dernières semaines. Au loin, j’entends la cascade. Je n’avais pas le souvenir de l’avoir entendu l’an dernier. Je pense qu’on va y avoir le droit cette année. Ca va être flotte jusqu’au cuissot. Et puis pas ambiance balnéothérapie.. plutôt cryothérapie selon moi.

J’approche du passage. Je relève la tête une seconde pour savoir si je vais avoir le droit à un petit bain et à des chaussettes qui font Spaaaaalsh Spaaaaalsh sur quelques km. Je vois que cela va passer sans mettre les pompes dans l’eau. Youpiiiiii ! Je retourne très vite les yeux droits dans le chemin devant moi. Je fais très attention dans cette partie. Les gros pans de rochers en dévert’ sont très humides. L’humidité dessus rend la roche totalement non adhérente. Mes crampons ne suffisent pas à me stabiliser. Je ralentis encore.

(Ce que l’on a évite cette année >>>)

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Copyright : U-Trail. 

Petit bon sur le rocher. Petit bon sur la planche. Je frotte la ficelle qui forme le pont de l’intérieur de ma main droite. Et hop, la rivière est traversée. Parfait ! Plus de soucis à se faire pour le trempage de pieds avant d’arriver au tunnel sous la route.

Ayant bien ralenti, le petit groupe m’a mis 50 m. J’accélère donc pour les rejoindre dans ce monotrace sympa à flan de montagne. Rapidement je les rejoins. Et me voilà bloqué. Je suis presque au pas. Cela bouchonne étant donné la technicité du terrain. Les coureurs devant moi ne semblent pas tous à l’aise dans cette partie. Dommage, j’aurai pu envoyer. Je regarde loin devant pour identifier des espaces de dépassement. C’est complètement impossible selon moi sans gêner tout le monde. J’abdique. Je me dis que de toute façon, ce n’est pas sur ce genre de segment que je peux perdre beaucoup de temps. Et puis cela me permet de profiter un peu du paysage. C’est tant mieux. Pour ne rien vous cacher, dans ma tête j’ai une petit voix qui a très envie de crier. « Bon les gars.. On est pas là pour enfiler des perles ». Mais je ne dis rien. Je tente même d’échanger quelques mots avec les personnes devant et derrière moi. Ce moment va vite passer.

Virage à gauche. Fin de single à flan de montagne. Cela remonte sur 15 mètres. C’est un peu plus large. J’en profite pour relancer et doubler les quelques coureurs en difficulté. En haut, le champ de vision s’ouvre. Cela va être roulant maintenant.

 

Km 19. Cela descend tranquillement. Le chemin est un mix entre route de campagne, petit passage sur le bitume et sentier large dans les sous-bois. La descente est légère mais suffisante pour se laisser entrainer par l’inertie. Je me force à me mettre un peu en avant pour ne pas trop subir les chocs du terrain. J’y arrive facilement. Dans chaque passage dégagé, le vent nous attaque 3/4 gauche. Cela ne me ralentit pas tellement.

 

Km 20. On rattaque la montée. Autour de 300 ou 400 D+ jusqu’au ravitaillement. J’ai bien géré ma consommation d’eau jusqu’à présent. Je me suis forcé à boire un peu, mais comme à mon habitude, j’ai un peu fait le dromadaire. Il m’en reste beaucoup. Je peux boire plus que de raison maintenant. Cela me donne de la fraicheur. Je décide de ne pas ralentir jusqu’au ravitaillement. J’enquille à fond les trois prochains kilomètres. Et comme à chaque fois que j’enquille.. pas trop de souvenirs.

Plus loin, je reconnais la prairie en dessous du village de Saint Jean Roure. Le ravitaillement est juste au dessus, je le sais. Je repense à la jolie jeune femme que j’avais croisé l’an dernier à cet endroit là. Cela m’occupe un peu.

J’enleve ma veste. Les averses par intermittence se sont arrêtées. Le soleil a même fait sont apparition. C’est assez féerique. Je sais que cela va chauffer un peu dans la montée sur ravitaillement. Je me force à finir l’eau présente dans mes flasques.

Descente dans le champ. Un arbre est au sol. Je grimpe facilement son gros tronc. J’ai un coureur juste derrière moi que je viens de doubler. Je sais qu’il y a une bonne petite montée en zigzag pour atteindre le ravitaillement. Je me force à la courir tout le long. Je double 3 ou 4 coureurs dans cette partie très courte. Lorsque je me retourne en haut. Je me rends compte, que je leur ai mis très rapidement de la distance. C’est un bon signe. Je suis en forme.

Dernière montée dans l’herbe. Je lève la tête pour regarder la distance qui me sépare du ravitaillement. Il y a beaucoup de supporters au loin. Cela me motive grave. Je finis à fond. Les applaudissements galvanisent ma foulée. J’avale l’escalier. Et hop. M’y voilà. Ravitooooooo !

 

 

RAVITO 1 : SAINT JEANROURE (Km 23.7 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 02h22min52sec

Classement : 13ème

Je tends mes flasques afin de les faire remplir d’eau. J’en avale une presque cul sec. Je fais presque toujours cela maintenant. Une flasque pour bibi de suite. Puis remplissage pour départ immédiat. Je prends le temps de vider mes poches dans la poubelle. Je n’ai pris qu’un gel et une pâte de fruits pour le moment. Je n’ai pas ressenti le besoin d’en prendre plus. Je me dis que je suis encore une fois de plus parti trop chargé. Je vais en ramener à la maison. Ca sera ça de moins à acheter pour la prochaine course.

Je me retourne en direction de la table avec le ravito solide. Je n’ai envie de rien. Je ne sais pas si c’est le petit-déjeuner saucissons – pistaches qui m’a calé, mais je n’ai vraiment pas d’appétit, et en faisant un bilan, je me dis que cela ne sert à rien de me forcer à ce moment là de la course. Je décide donc de repartir. En quittant la table. Je pioche deux petits bouts d’orange. Je me force un peu, je mords dedans et je jette les écorces dans la poubelle. Le gout et l’acidité me fait du bien.

Sortie du ravitaillement, je regarde ma montre pour la première fois depuis le début de la course. 02h23min.. Oui.. et alors ?.. Je n’ai aucune idée de si c’est bien ou pas. La seule chose que je sais, c’est que j’avais le souvenir d’être reparti déjà bien amoindri l’an dernier. Et là, tout va bien !

Mes jambes sont fraiches. Je redémarre sans aucune difficulté à un bon rythme. Un peu plus loin, il y a deux chemins devant nous. Pas de balisage. Je crois me rappeler que c’est à droite. Un coureur à côté de moi me dit : « C’est par où ? ». Je dis « Je crois que c’est à droite. » Il me répond : « T’es sûr ? ».. Je ne réponds pas et je file à droite. Que répondre à cette question : « Bah non. Je ne suis pas sûr. Je suis comme toi mec.. Mais bon.. on va pas rester planter là.. Ecoute.. ce qu’on fait.. Tu prends à gauche.. Je prends à droite.. et on en reparle à l’arrivée. « . Je pense que mon déterminisme de partir à droite l’a rassuré. Il me suit de loin.

Je finis la descente légère en faisant le point sur mon état. Tout es ok. J’ai l’impression que la course va commencer.

 

Km 24. Re-attaque dans la montée. Je ne faiblis pas. Je l’enquille comme si c’était du plat.  Je n’en fait qu’une bouchée. Cela me parait facile. Je suis très content. Je me rappelle de l’an passé. Je commençais déjà à devoir mettre les mains sur les cuisses dans cette partie. Là je passe en mode écolier comme j’aime le faire. C’est à dire, le dos droit, les pouces à l’intérieur des anses de mon sac au niveau de la poitrine et le museau fière. Dès que c’est un peu moins pentu, je repasse en mode course. Vraiment cette montée se passe bien. Je pense qu’elle passe aussi facilement car je pense à ma copine aussi. J’hésite à prendre le temps de sortir de mon téléphone et lui passer un petit coup de fil. Je me dis, que « ça se trouve, il n’y a même pas de réseau dans ce coin et que je vais me débattre avec mon sac pour rien ». Pas d’imprudence. Pas de coup de fil (Sorry 😉 ).

A mi-montée, on bascule sur une longue ligne droite en direction d’une maison. Nous allons l’esquiver par la gauche dans mon souvenir. A 100 m de celle-ci, je repère une jeune femme juste devant. Il pleut un peu à ce moment là, et le vent souffle fort (de la droite maintenant). Je me dirige vers elle. Je commence à entendre ces encouragements. Elle est seule devant cette bâtisse. A l’abri des intempéries, sous une porte. J’ai la drôle d’impression d’avoir déjà vécu ce moment. Je sais très exactement quand. C’était lors de l’EcoTrail, il y a quelques temps. Exactement le même scénario. Une ligne droite en montée. Un finish sur un sol dur. Un virage à gauche pour esquiver une maison (ou un château je crois sur l’EcoTrail). Des conditions météo pas super cool pour une supportrice. Des encouragements. Ce moment est un peu lunaire pour moi. Très appréciable.

 

Km 25. Montée finie. On a mangé un peu plus de 400 D+ en 5 km. Ce n’était pas trop violent. Je relance dans le plat / faux-plat. Je suis bien. Je tourne autour de 4:40 min au km. Je ne force pas. On repasse à côté des éoliennes. J’avais passer du temps à les regarder l’an passé. Cette année, je n’y prête pas trop attention. Je les regarde de temps en temps. Je me dis qu’étant donné le vent que j’ai eu sur les deux éditions, elles sont clairement au bon endroit.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Jusqu’au 29ème km, ce sont des kilomètres « offerts » (enfin, c’est moi qui les appelle comme cela pour positiver). C’est très roulant. Je suis seul depuis le départ du ravitaillement. Je repère au loin un coureur. Il semble courir beaucoup moins vite que moi. Je pense qu’il cale. J’arrive à son niveau et ralenti un peu pour discuter. Il est sur le 37 (dans mes souvenirs). Il a du partir un peu trop vite et il va terminer comme il peut. Je lui demande si ça va. Il a l’air très fatigué et me dit qu’il va aller au bout. J’ai un peu du mal à comprendre. De mon côté, je suis frais comme au départ, et lui parait complètement dans le dur. Je l’encourage. Puis je repars à mon rythme. Cela sera la dernière fois que je verrai un coureur aujourd’hui.

 

Km 29. Hiiiiiiiiha. C’est parti pour la descente bien franco. Je n’ai que des souvenirs vagues. Je suis trop concentré dans le fait de bien avancer dans le négatif courrable et de faire attention à mes appuis dans le négatif plus technique.

Je ne suis pas sûr que cela soit à ce moment là, ou un peu après, mais je me rappelle bien du fameux moment où tu es sur un sentier de forêt. Genre, tout à fait praticable. Et d’un coup, il y a un panneau qui t’indique TRAIL sur la gauche vers nul part. Enfin si.. vers quelque part. Vers le précipice à gauche de la route. Ce moment, et toujours aussi sympa. Avant de me jeter dedans, je regarde un petit coup en arrière pour voir si cela revient derrière. Une mauvaise habitude, que je remarque faire de plus en plus souvent. Personne à l’horizon. Hiiiiiha c’est parti. Je fais complètement mumuse. Comme si j’étais en ski. Stratégie du double appui sur le côté dès que je prends un peu trop de vitesse. Ca descend bien. Mes cuisses n’ont pas mal. Je suis à l’aise. Et dire que l’an dernier j’avais limite peur dans ce passage. Il y a du chemin parcouru depuis 🙂

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

Bon. Que l’on soit clair. Pour moi le ravito « PETITES SAGNES » qu’indique Livetrail, ce n’est pas du tout un ravitaillement, mais c’est la séparation entre le 37 et 57. J’ai le souvenir de mettre fait biper d’ailleurs à ce passage là. Donc, vous m’excuserez si vous connaissez le coin, mais moi, entre mes souvenirs pas tous frais, le livetrail et le Strava, j’essaie de faire une purée à peu près cohérente. Et puis, si je me loupe. C’est pas grave. Ca serait pas la première fois que je loupe une purée.

 

 

Pointage 2 : PETITES SAGNES (Km 31.8 – Cumul D+ = 1130 m) 

Temps : 03h06min32sec

Classement : 12ème

Perso. Je crois que le RAVITO n°2 c’était plutôt vers SAUTEREAU, au Km 35. Mais bon.. je fais ma purée hein ;).

Nous sommes donc à la séparation du 37 et du 57. La petite pensée « Allez.. vas-y.. fini sur le 37 au final.. c’est pas grave.. » ne me passe même pas par le tête. J’ai encore super envie de courir. J’arrive au niveau de deux bénévoles. Je me fais biper. Je crois demander « Juste pour information : Le prochain ravitaillement est dans combien de km ? ». Je crois entendre « Euuuuuuh. 12 km je crois ». Je me dis : « Whaaaaaaaaaaat ? ». C’est totalement illogique. Bref, je fais comme si je n’avais pas entendu, ou plutôt comme si j’avais mal entendu. Je continue. La descente est technique dans le sous-bois. Je la gambade comme une petite biche. Sans pression.

 

Du km 32 au km 35. Je crois me souvenir que j’ai croisé pas mal de marcheurs qui allaient dans le sens inverse du mien. Ils avaient un dossard doré dans mon souvenir. La plupart m’encouragent. Certains ne se poussent pas. Je fais attention à ne pas les bousculer, ou les gêner en passant. Revoir du monde me fait du bien. Je me demande si je vais rattraper un coureur ou si un coureur va me rattraper. Je ne regarde pas ma montre donc je suis incapable de me rendre compte de si je vais vite ou si je me traine. Impossible de connaitre mon classement.

Etant donné qu’au départ de la course, après avoir ralenti, je me suis fait dépasser par 25 – 30 coureurs. Etant donné qu’il y avait max 7 coureurs devant moi au tout début. Et sachant que j’ai doublé quand même un peu de monde entre le 10 et le 23ème. Je pense que je dois être dans les 20 premiers facile. Mais pas plus de précisions. Ce que je sais, c’est qu’il y a relativement, peu de coureurs qui sont passés avant moi. Je le sais car à certains moments, nous courrons dans des champs où l’herbe n’est pas coupée. J’arrive presque à compter le nombre de trace dans ces cas là. D’après moi, il y en a maximum une quinzaine. Bref. Trêve de suppositions. J’avance bien.

 

Km 35.5 – Arrivée au RAVITO de SAUTEREAU (Je suis quasiment sûr que c’était là bas). Pas de pointage dans mon souvenir. Cela doit donc être cela.

Je me souviens de ce ravitaillement. L’an dernier, ils étaient au Ricard dans mon souvenir. J’arrive en trombe. Je sors mes flasques et les tends à bout de bras vers les bénévoles qui ont l’air de bien se marrer. Je dis « Alors.. Du whisky (en agitant la flasque droite) et du Coca (en agitant la flasque gauche) ». Cela les fait rire. Un des bénévoles me dit « Mais, il y en a.. ». Je réponds « Mais, je sais 😉 ». On rigole un peu.

Je finis de faire remplir mes flasques. Je leur souhaite un bon dimanche et je les remercie. En partant, je demande : « C’est après le tunnel humide sous la route ? ». Ils me répondent que c’est juste après, un peu en contre-bas. Youpi. C’est reparti.

Je continue à croiser des marcheurs en sens inverse. Je ne me rappelle plus s’ils avaient des dossards. Ils m’encouragent.

Flèche à gauche. On quitte la route de campagne. Je rejoins vite la forêt. De haut, je repère la route qui circule en dessous. Je le sais. Le fameux tunnel n’est pas loin.

 

Km 36.5 – Le passage du tunnel

Je redoute un peu ce passage. L’an dernier, le difficile moment des chaussures dans l’eau ne m’avait pas fait kiffer du tout. Je vais tenter d’y aller précautionneusement. Une femme est assise à gauche. Je la salue, puis je plonge dans le ruisseau qui passe par le tunnel.

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Copyright Photo – Ronald.B (2017)

Je tente de ne pas mettre mes pieds dans l’eau. J’y vais tout doucement. Deux mètres après l’entrée, on ne voit presque plus rien. Je le sais, il y a un trou de 40 à 50 cm à cet endroit très précisément. Je prends le temps pour bien positionner mon pied. Je tente d’esquiver le trou d’eau. Je m’aide de mes bras en m’accrochant aux deux parois. Grand pas en avant avec le pied gauche. Et hop. Le trou est passé. Je n’ai plus qu’à avancer vers la lumière en prenant garde de ne pas glisser. Deux foulées et me voici à l’extérieur. C’est idiot. Mais je suis content de ne pas mettre mouillé les pieds. J’enchaine.

 

Jusqu’au km 41. Aucun souvenir.

J’avais oublié cet endroit. Je traverse un champ en légère pente. Il y a très peu de traces de passage. Je dois vraiment être pas trop mal au classement. Je n’y pense pas plus que cela. Pourquoi ? Tout simplement car je repère qu’à la fin du champ coule une rivière (Oui, c’est presque le nom d’un film ça…). Je l’avais complètement oubliée. Elle est un peu plus costaud qu’un ruisseau celle-ci. Dans mon souvenir, je mettais bien débrouillé l’an dernier. Cette année. Cela ne va pas se passer pareil.

Je ne prends pas trop le temps de regarder loin devant moi pour identifier le meilleur passage. J’y vais un peu à l’arrache. Sur les cailloux glissants, je fais surtout attention à ne pas me foutre en l’air (dans l’eau). J’arrive à traverser le premier bras sans problème. Le petit îlot sur lequel je me trouve est recouvert d’orties. Je tente de passer sur le bord sans mettre mes jambes dedans. Trop tard. L’avant de mes jambes a déjà embrassé les feuilles urticantes. Ca va piquer. Je décide donc de tenter de mettre rapidement mes pieds sur des cailloux pas trop profond. Ca passe. Mais ça passe juste.

Je n’ai plus que 3 mètres à faire pour rejoindre l’autre rive. Mais là, clairement, je n’ai pas d’autres solutions que de traverser avec les jambes dedans. J’hésite une seconde, je regarde à droite, à gauche. Pas d’autres solutions. Aller j’y vais. Spllllllllllllaaaaaach.. Splaaaaaach.. Splaaaaaaaaaach… Splaaaaaaach. J’ai traversé. J’ai les pieds complètement trempés mais c’est fait. Le problème ne réside pas tant dans mes chaussures, mais plutôt mes chaussettes. J’ai des chaussettes rembourrées, assez épaisse. Des vrais éponges une fois passées dans l’eau. Je remonte le petit single pour sortir de cette zone. A chaque pas, je sens toute l’humidité se remplir et se vider de mes chaussettes. Outre le bruit qui n’est pas bien agréable, ce sont surtout les sensations qui sont atroces. Je fais abstraction. De toute façon c’est trop tard. Avance.. ça va bien sécher de toute manière, me dis-je.

Je suis sur une route en bitume. Je la prends sans trop d’hésitation. J’avance vite dessus afin que l’eau sorte rapidement de mes pompes. Je regarde plus mes chaussures que le parcours. C’est amusant de voir l’eau qui gicle à chaque pas. Bon c’est amusant, mais quand je relève la tête.. surprise.. plus de pois oranges sur la route. Plus de balisage. Je continue à avancer au cas où. J’arrive au niveau de quelques bâtisses. Je comprends que je me suis perdu quand je vois une voiture prendre la route sur laquelle je suis. C’est bizarre qu’il y ait des voitures sur la course. J’avance encore un peu. Il y a quelqu’un au loin. Je cris : « C’est par où ? ». La personne me répond « Pas par là. Vous vous êtes trompés ». Demi-tour toute. C’est reparti en arrière. Je n’ai pas du faire tellement de distance en plus.. peut être 800 m. De toute façon, je le sais, cela m’arrive à chaque fois maintenant. Je ne colère même pas.

Effectivement, en retournant en arrière, je retrouve bien le parcours. Il y avait une énorme flèche orange qui nous faisait sortir de la route. Comment n’ai-je pas pu la voir ? Sérieusement.. bref. J’avance.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 42. Dans mon souvenir, on remonte sur un coin plutôt joli. On longe des vergers. C’est plutôt bucolique comme endroit. En tout cas cela me plait bien. Je pense reconnaitre de loin le dernier « sommet » à gravir. Le ravitaillement ne doit plus être très loin.

Ah. Bah. Le ravitaillement n’est plus au même endroit que l’an dernier. Il est plus tôt. Dans un village. Devant l’église, si mes souvenirs sont bons. En le voyant, j’accélère.

 

 

RAVITO 3 : LABATIE D’ANDAURE (Km 43.8 – Cumul D+ = 1419 m) 

Temps : 04h18min53sec

Classement : 10ème

Me voilà au ravitaillement. Les bénévoles sont toujours aussi sympas. Je remplis mes deux flasques et j’avale un verre de coca. Je repère un gel Isostar sur la table. Je le prends, l’ouvre d’un coup de dents et je l’avale aussi sec. Je finis mon coca. Petits remerciements aux bénévoles. La jeune femme bénévole devant moi me propose de manger quelques choses. Plusieurs fois. Je refuse avec le sourire. Je m’arrête à la poubelle. Je vide mes poches, et c’est reparti. Les encouragements sur ma relance me font du bien. J’adore ce moment. J’arrive presque à me mettre à la place des bénévoles qui me voient partir de dos. C’est motivant.

En repartant, je me demande s’il y a monde derrière moi ou devant moi. Devant moi, cela me parait improbable étant donné que je me suis pommé. J’ai beau avoir bien avancé, je n’ai aucune idée de la distance qui me sépare du coureur de devant. C’est pour derrière moi que je m’inquiète un peu plus. Mon détour m’a fait perdre du temps. Même si à chaque fois que je croise des bénévoles, j’essaie d’écouter s’ils applaudissent d’autres coureurs après, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait personne loin derrière. J’arrête de me poser des questions. Et j’avance.

Je repasse à l’endroit où était le ravito l’an dernier. La sorte de préau est complètement vide. Par réflexe, je passe à côté. Comme si c’était le parcours normal de passer juste au bord de celui-ci. Je me rappelle bien du km à venir. La traversée du pont, la montée en bitume où j’avais ramassé un coureur crampé et puis le tout droit à travers les champs en mode FAT montée.

 

Km 44.5 – Traversée du pont.

En traversant celui-ci j’ai une vue bien dégagée sur plusieurs centaines de mètres derrière moi. Je me retourne de temps en temps pour regarder. Personne à l’horizon. Je continue.

J’attaque la dernière montée du parcours. Un +500 m D+ en 4 km. Je suis encore en très très bonne forme. Je vais la manger. Je vais n’en faire qu’une bouchée. C’est sûr. La montée commence par un bon passage à gros pourcentage. On monte droit dans ces champs (genre champs d’agriculture de terrasses). Je m’aide de mes mains en les plaçant sur les cuisses pour passer rapidement. Je me surprends même à trottiner dans ces gros %. Je suis très content de réussir à faire cela après un peu de kilométrage. Cela me motive pour continuer. A la fin du tout droit dans les champs, on rejoint un sentier qui monte dans la forêt. Juste avant celui-ci, je remarque une caisse en bois sur le sol. Il y a une inscription dessus : « RAMASSAGE DES CHATAIGNES INTERDIT ! ». Bon, je ne prends pas le message pour moi. De toute façon, ce n’est pas la saison.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Km 45.6 : Je continue la montée. Cela se passe bien. Après la fôret. Virage à droite, puis à gauche pour rejoindre une route de campagne qui monte jusqu’à une bâtisse un peu plus haut. Je n’ai pas fait un mètre sur celle-ci que pleins de chiens se mettent à aboyer. Pas de trace d’humains à l’horizon. Je m’approche. Je repère pleins de Toutous, légèrement excités dans des cages sur la droite. Dans ma tête, je me dis que je vais vite passer pour ne pas les déranger. Mais je me rends compte que mon parcours traverse un ensemble de trois ou quatre maisons. Et sur mon chemin, il y a un chien bien affuté qui me regarde fixement. Je repère qu’il a une chaine attaché au cou. Je ne suis pas sûr à 100 % qu’elle soit attaché de l’autre côté. Le chien aboie. Il défend son territoire. Il a raison. Je lui parle : « Hello bonhomme. Je ne fais que passer. Pas d’inquiétude.. ». La chaine se tend. Et le chien se fait stopper. Il a peu d’espace de liberté. C’est un peu triste pour lui. Mais c’est rassurant pour moi. Je ne prends pas le temps de lui faire un câlin. Je disparais comme je suis arrivé. Peut-être à l’an prochain sacré toutou.

 

Km 46.6 : Je rattaque la montée. Le vent souffle de plus en plus fort. Au sol, il y a quelques pommes de pain qui dansent au gré du vent qui souffle. Je me rends compte que je commence à perdre la raison lorsque je confonds une pomme de pain avec un hérisson. Je me ressaisis. Petit gel. Ca va bien se passer.

Pendant toute la montée, je pense à une seule chose : le final dans le maquis. J’adore ce passage. J’en garde un très bon souvenir de l’an dernier. Une vrai difficulté que les personnes sur le 37 n’ont pas la chance de connaitre (et rien que pour celle là, je vous conseille de faire le 57). Le vent souffle fort à nouveau. Il fait frais, mais je pense que je vais avoir chaud avec ma veste. Je reste en t-shirt. Cela me motive à bien avancer.

Je cours dès que le % le permet. Je repère le moment où l’on passe dans le maquis. Le balisage est clair. Je sors du chemin. M’y voici. Ca va piquer un peu les jambes, mais ça vaut clairement le coup. Cette endroit est tout simplement magique. Je vise comme il faut ma casquette sur ma tête. Le vent pourrait presque l’emporter. Le chemin que l’on suit n’en n’est plus vraiment un. Le parcours n’est pas très visible. On repère juste en levant les yeux, les balisages bleus et blancs qui dépassent de certains buissons. C’est juste magique comme passage. En levant encore plus les yeux on se rend compte que l’on va devoir monter droit dedans jusqu’aux pics rocheux. Ca motive énormément. J’avance très bien dans cet endroit.

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Copyright photo – Danielle Autier

J’attaque la dernière partie de la montée. Le moment de la course, où tu as clairement besoin de tes mains pour ne pas partir en arrière. C’est vraiment top. Je ne suis pas si essoufflé. J’avance vite, mais pas trop. Arrivé sur la première crête, je prends deux secondes. Je m’arrête, je me retourne, je regarde le paysage. Je regarde le passage que je viens d’emprunter. Outre le fait que cela soit magnifique, je vois surtout qu’il n’y a vraiment personne derrière moi.. Comme le silence des chiens après mon passage dans les précédentes bâtisses me l’avait suggéré.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 47.7 : Arrivé au sommet. Une femme toute seule à l’abri du vent me félicite et m’encourage pour continuer. Je lui dis : « Ca.. c’est fait.. bon dimanche.. » et je file.

C’est parti pour 10 km de descente et de « roulant ». Je le sais. Ca va être rapide maintenant. Dans le début de la descente, je ressens une légère douleur dans le bas du dos. Je ne m’en inquiète pas trop. Je pense que j’ai du faire un faux mouvement dans la partie escalade de la montée. Cela devrait partir tout seul.

Je croise les hommes de la sécurité civile stratégiquement placés. Je les salue. Je semble un peu pressé. Enfin plutôt, tout simplement déterminé. Dans le faux-plat suivant jusqu’à un petit village. La douleur dans le dos revient. De plus en plus saisissante. Je m’arrête 5 sec. Je m’étire. D’un côté.. de l’autre.. vers le bas.. et je repars. 100 mètres plus loin cela revient. Cela devient de plus en plus douloureux, mais le vrai problème c’est surtout qu’à chaque pas droit, cela me coupe la respiration. C’est très désorientant. Je commence à serrer le poing et les dents. Il n’y a plus beaucoup de kilomètres à faire. Je dois pouvoir tenir.

 

Km 50. Avant l’arrivée dans Nozières, cela descend un petit coup. Là. Clairement cela passe de douloureux à atroce. Chaque pas dans le D- me scie en deux. Je tente de ne pas m’arrêter. A chaque appui droit, au moment de l’impact et du rebondissement.. je gémis deux fois : Suuuuuuuuuurp… Aaaaaaarh. C’est une douleur interne. Je tente de faire abstraction, mais cela ne passe pas. Il va falloir gérer les derniers kilomètres avec.

Sur le plat, cela fait légèrement moins mal. Je peux avancer sans trop gémir. De temps à autres.. pour décompresser. J’hurle un bon coup. AAAAAAAAAAAAAAAARGH ! Un cri qui vient du fond des tripes. Cela me fait du bien. J’essaie de le faire quand je suis sûr que personne ne peut m’entendre. Je n’ai pas envie qu’on me demande d’arrêter.

 

Km 51. Nozières. Je me rappelle qu’il y avait un petit ravitaillement improvisé dans ce village l’an passé. C’est encore le cas. Je ne m’y arrête pas cette année. Je suis trop concentré et trop en souffrance pour remercier oralement les personnes qui m’encouragent. Je vais des petits signes de la main en serrant les dents.

Maintenant, cela va être l’enfer pour moi. Je le sais. C’est parti pour 4 ou 5 km de vrai descente avec 500 m de D-. Ca va être atroce. Je vais douiller graaaaaave. Je le sais d’avance. Heureusement, je monte des subterfuges pour ne pas trop y penser. Enfin du moins, pour tenter de penser à autre chose. Je me pose la question suivante : « A quel moment tu considères que c’est fini ? » « A 2 km de l’arrivée ? 3 km de l’arrivée ? Disons que c’est à 2 km de l’arrivée. Ca veut dire que dans dans 2 x 2 km tu considèreras que cela sera fini. Ca va vite 2 x 2 km.. C’est presque comme 15 min + 1 km.. ». Et je continue les opérations comme cela dans ma tête en avançant. Je pense que c’est un bon indicateur de quand ça commence à être dur pour toi : Quand tu te mets à faire des multiplications de petits entiers pour décomposer la distance. Là.. vraiment c’est que tu es dans le dur.

C’était sur. C’est clairement l’enfer dans la descente pour moi. Je me force à avancer, mais je n’arrive plus à m’empêcher de m’arrêter pour m’étirer. Ce n’est même pas un problème de résistance à la douleur, c’est tout simplement que je n’arrive plus à respirer. Les crispations font si mal, que cela me bloque complètement mon cycle normal d’inspiration-expiration. Je me force. Je sers les dents. J’hurle pour décompresser. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ! De toute manière, il va bien falloir que je descende.

 

Vers le Km 54.7, j’en ai tellement marre de gueuler de douleur, que je commence à fredonner. Va savoir pourquoi c’est cette chanson qui est sortie, mais c’est la seule qui m’est venue :  » Moi si j’étais un homme… je serai capitaine.. D’un bateau.. V.. AAAAAAAAAAAAAAAAAARGH putin que ça fait maaaaaal !!! et blanc ». Je n’arrive même plus à fredonner. Je suis totalement crispé. Heureusement, mes chevilles, mollets, genoux et cuisses sont super frais. Je ne ressens aucune douleur à leur niveau. Je tente de faire continuer à avancer le bas de mon corps, tandis que le haut douille. Heureusement, quelques choses va me réconforter : J’entends au loin le speaker de la ligne d’arrivée. Si le son s’entend de là, ce que je ne suis plus très loin. Continue mon petit bonhomme.

Traversée d’un dernier petit village. Un habitant me donne la direction et m’encourage. Je le remercie d’un geste du poing (je n’arrive plus à me dé-serrer la main droite crispée par la douleur). Plus qu’un km à descendre. Je me dis : « Aller.. Tu ne t’arrêtes plus quand ça fait trop mal. Tu t’arrêtes quand c’est terminé ! GO ! ». J’applique ma décision. C’est douloureux, mais cela fonctionne.

Je repère en dessous de moi le pont à traverser pour rentrer dans Desaignes. C’est réellement la fin. Je dois sécréter une hormone particulière car j’arrive à ce moment là à me décrisper et à envoyer pour le finish dans le monotrace. Cela fait toujours terriblement mal, mais cela ne me pose pas de problème.

Ayé. Me voici sur le bitume. Je ne m’arrête pas. Je file en direction du pont. Je jette un petit coup d’oeil derrière moi. Pas de trace de poursuivants, je vais pouvoir m’éclater dans le finish. J’arrive dans l’axe du pont. J’ai repris une bonne vitesse de course. Je serre les dents pour oublier la douleur, j’ai le regard qui part droit devant. Très concentré. Quelques supporters au loin m’encouragent. Cela me galvanise. J’accélère encore. Me voici dans le village. La route monte un peu, ce n’est pas grave, j’accélère encore. Le parking est rempli de coureur du 37 km qui ont terminé leur course. Ils m’applaudissent et me félicitent. C’est très agréable. Je repère le dernier virage. J’y fonce. J’arrive à oublier la douleur sur 200 mètres. J’applaudis les supporters qui m’applaudissent.

Virage à droite, voici l’arche. Je prends le virage suivant à gauche de manière très large. Je le prépare. BIM.. BAM.. BOOOOOOUM.. 360° d’arrivée. C’est fait !

 

ARRIVEE : DESAIGNES (Km 57 – Cumul D+ = 2200 m) 

Temps : 05h46min56sec

Classement : 10ème

Classement SH : 8ème

Je me plis en deux un instant. La douleur est bien présente. Je me redresse en criant un immense : YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Ca fait du bien !

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Je rejoins mes collègues à la terrasse du café. C’est parti pour une bonne récupération à la bière. Après quelques dizaines de minutes, il se met à pleuvoir. Je suis content d’en avoir terminé. Des crampes se lancent dans ma cuisse droite. Je la retiens pour ne pas renverser la table. En la retenant des crampes se lancent dans la cuisse gauche.. Mouahahahahahaha. Ca pique bordel. Et je suis bloqué dans ma chaise en plastique. Après quelques instants douloureux, j’arrive à faire partir les crampes. Il me faudra encore quelques bières pour parfaitement récupérer.

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Je serai bien rester à la terrasse plus longtemps pour célébrer l’arrivée des autres coureurs, mais nous devons nous dépêcher. Notre train est à 17h41 à Valence. Nous quittons la terrasse et filons en direction du Boeuf à la broche. Je crève la dalle ! Le bout de viande passe tout seul.. les bières aussi. Pas trop de temps pour se reposer, ni de se changer d’ailleurs (tant pis), il est temps de partir.

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Me voici donc dans le train. Il est 17h41 et je suis toujours en Sense 6 / Short / Dossard. La classe. Les autres passagers paraissent un peu étonnés. Mais cela ne semble déranger personne. Tant mieux.

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Je regrette un peu d’avoir du partir aussi vite après la course.. J’aurai bien aimé un peu plus en profiter, prendre le temps de partager avec les autres coureurs, prendre le temps de décompresser.. enfin bref, prendre le temps de prendre le temps quoi..

Dans le train, j’ai deux minutes pour moi, je repense à aujourd’hui. Je me fais le résumé de ce qui c’est passé : Une course comme je l’avais imaginée. Au feeling.. sans regarder la montre.. sans se forcer.. A l’intuition.. à l’envie. J’avais un peu peur de me retrouver à la rue dans le D+, mais finalement cela c’est plutôt très bien passé là dessus. J’ai encore du boulot sur la descente pour gagner en vitesse, mais niveau relance et montée je suis plutôt réellement satisfait. La grosse alerte au dos me motive à reprendre les travaux de gainage que j’avais laissé tomber après la Diagonale des fous. C’est une simple alerte. Que cela m’arrive sur 57 km ne me pose pas trop de problème. Je sais serrer les dents et continuer sur 10 km.. par contre, clairement, il m’arrive la même chose sur une distance beaucoup plus longue, je pense que la voie de l’abandon est possible. Cela ne doit pas arriver. Au boulot. C’est parti pour du gainage en plus de l’entrainement classique. Il y aussi un autre point d’alerte selon moi : Le côté fatigue avant la course me fait dire que j’ai peut-être un peu trop accumulé les courses sans réelles semaines de repos. Je vais enchainer rapidement sur le trail des forts de besançon dans moins de deux semaines, et après je pense faire une micro-pause avec d’attaquer le Trail du mont-d’or mi juin. Cela ne peut pas me faire de mal.

Pour ce qui est de la course en soit, j’ai adoré. Comme l’an passé. L’organisation est sérieuse et appliquée. Le balisage est vraiment très bon. Le parcours est varié et permet de particulièrement bosser les changements de rythmes. J’aimerai toutefois beaucoup que le format long (>90 km) soit réouvert pour varier un peu le parcours. Je ne suis pas sûr à 100 % de pouvoir revenir l’an prochain étant donné le calendrier de la saison 2019 que je suis en train de me monter, mais si je suis disponible, c’est sûr, je reviendrai. Et surtout, je resterai avec les bénévoles le dernier soir, pour la fête qui selon moi, doit être super bien (arrosée).

Casquettement Verte. 

UTMM – Ultra Trail MontMartre 2018 – Toutes les informations sur la seconde édition (271 Allers-Retours / 11.165 m D+)

UTMM – Ultra Trail MontMartre 2018 – Toutes les informations sur la seconde édition (271 Allers-Retours / 11.165 m D+)

Les voici.. les voilà.. toutes les informations à connaître pour la 2nd édition de l’UTMM (Ultra Trail MontMartre) 🏃🏻🐹.

Evénement Facebook : https://www.facebook.com/events/2069767993241904/

La vidéo de DJODEI sur la première édition (2017) :

La vidéo de RunnExplorer (Guillaume Arthus – Unique Finisher de la 1ère édition) :

Pour cette seconde folie toute parisienne le leitmotiv est de garder l’événement au chaud de ces valeurs originelles : Endurance – Sourire – Partage – Hamster attitude – Un (Gros) brin de débilité – Exploit – Système D (et D+) – Escalier – Ischio qui fument – Genoux qui craquent – Chevilles en vrac ! Et non… je ne me laisserai pas pousser la barbe, je ne mettrai pas un bonnet rouge ou un vieux chapeau et je ne soufflerai pas dans un coquillage pour annoncer le départ de la course 😂

📅 Une date : Le Jeudi 27 décembre.
 Un horaire de départ : 22 h.
🐎 (Nouveautés) Une barrière horaire : 25 h et 12 min !!
 Un objectif : 271 allers-retours (11.165 m D+) des marches à gauche du Funiculaire de Montmartre.
🏃🏻 Pour la distance, on est autour de 80 Km (On est pas à quelques Km près.. hein..).

 

Pour tenter de participer c’est simple : 

📝 Un formulaire Google (Prénom – Nom – Surnom – Facebook – Mail – Une question : « As-tu déjà courru plus de 24 h ? (+Lien preuve) » afin de faire deux chapeaux :
🎩 Un premier chapeau « >24 h ».
🎩 Et un autre avec tous les autres.
[Les données personnelles ne seront consultables que par moi, et je les utiliserai uniquement pour le Tirage au sort].

🚨 Les inscriptions ouvrireront le 01/05/18 et fermeront le 31/05/18. Le Tirage au sort aura lieu courant Juin (Live FB & Insta).

Tout le monde peut s’inscrire. Pas de points UTMB demandés, ni de côte ITRA minimale. C’est gratuit et ça le restera (encore heureux 😂). On vous demandera simplement des points « humour, » une côte « bonne humeur » et un certificat de sympathie ! Bien entendu, je déconseille personnellement de tenter le coup sans un background plus que solide en course, ainsi qu’une bonne quantité de folie. Pour avoir fait 159 Allers-Retours l’an dernier.. je peux vous le dire.. ça pique grave !!

 

📈 Le mode de sélection : 

Tirage au sort par la main innocente de Guillaume Arthus (Unique FINISHER de la 1ère Edition).

🎩 7 personnes tirées au sort dans le 1er chapeau « > 24 h ».
-> Reversement des non-tirés au sort dans le second chapeau (avec tout le monde).
🎩 12 personnes tirées au sort dans le second chapeau.
🎟 6 invités (Vainqueur de l’an passé / Un guest / 4 personnes à l’origine du concept). [Si ces places ne sont pas prises, elles seront libérées pour augmenter le nombre de tirés au sort dans le second chapeau].

Au final, l’idée est de partir à 25 (grand max) sur la tentative. L’escalier ne pouvant contenir plus de monde sans gêner la circulation de nos amis les touristes.

 

🚨🚨🚨 Pour rappel : L’événement est un off. Il ne s’agit en rien d’une course organisée, mais bien d’une sortie « entre potes (un peu tarés) ». La course se fait en auto-gestion complète (Ravitaillement, Assistance, etc.). Vous êtes responsables de vos affaires, de votre intégrité et de l’intégrité des passants.

Il y aura bien évidement en guest : La fameuse palette UTMM ! Et j’invite tous les non participants le Jeudi 27 décembre (22h) et le Vendredi 28 décembre à venir supporter les quelques tarés qui vont se lancer dans l’aventure 🎢. (Ps : Il y a un Pub Irlandais au 3/4 de l’escalier 😉).

Matériel obligatoire : 
-> Sourire
-> Bonne humeur
-> Autodérision face à de potentiels post de Les Genoux dans le Gif

 » À Paris.. on n’a pas de montagnes.. mais on a des idées ! » 

La bise !

Récit EcoTrail 2018 (80 km – 1500 D+) – 14ème au général en 06h54min09sec (11ème Senior Homme).

Récit EcoTrail 2018 (80 km – 1500 D+) – 14ème au général en 06h54min09sec (11ème Senior Homme).

Avec le recul (un jour – lol – tu parles d’un recul), je me dis que je dois être au fond un obstiné. Un bon gros tétu de la life. Un vrai âne bâté – tête en l’air – droit dans ces bottes. Un ravagé de l’obstination. Il n’y a que cela de possible. L’ami Charlie Chaplin explique que l’obstination est le chemin indéniable de la réussite. Il n’a pas tord. Au jour le jour, je prône aussi haut que possible la valeur « travail » comme fondement de la réussite. Mais, d’un point de vu très égo-centré, je ne peux expliquer ce que je fais au quotidien que par cela : L’obstination.

C’est un ami et ma copine qui m’ont ouvert les yeux là dessus. Je dis toujours que « Tout ce que je fais, n’importe qui peut le faire » (et vous aurez beau me contre-dire, me faire mettre au bûcher ou bien m’interdire de courir, je n’en démordrai pas.. Tout le monde peut faire ce que je fais !). Mais alors pourquoi si tout le monde peut le faire, pourquoi tout le monde ne le fait pas ? Cette question reste sans réponse moi. C’est incompréhensible. C’est naturel pour moi de faire ce que je fais. De courir comme je cours. D’en vouloir toujours plus. De repartir. De recommencer.

Mais alors, pourquoi retourner courir pour la troisième fois une course ? Pourquoi retenter ? Pourquoi recommencer ?.. Ok d’accord, « recommencer », ce n’est pas refaire… Mais au matin du départ de mon troisième EcoTrail 80, j’avais tout même la sensation étrange de tout remettre en jeu. De devoir à nouveau prouver, et me prouver à moi même que j’étais capable d’encore mieux. C’est idiot. C’est presque orgueilleux, mais les faits sont là. Si j’y retourne, c’est avant tout par plaisir, par envie et par désir. Mais aussi, dans un coin plus profond de ma tête, c’est dans l’espoir de faire mieux. D’aller plus vite. De mieux gérer ma course. De mieux passer ce long moment. C’est donc (pour la première fois) une sensation de stress absolu qui m’a envahi au matin de ce samedi 17 mars 2018, sur le chemin de mon EcoTrail.

 

09h00. Je pars de chez moi. J’ai rendez-vous à la Gare Montparnasse avec mon collègue. Je suis un peu en retard. Lui, il est en avance. Je pars en me disant que j’ai peut être oublié quelque chose. Je repasse dans ma tête les essentiels : Caleçon. Sur moi. Chaussettes. Aussi. Montre. C’est good. SpeedCross 4. Dans le sac. Short / T-shirt manche longue et débardeur. Rangés tous trois à côté de mon S-Lab ADV Skin 12l. Niveau matos obligatoire, j’ai fait très attention à tout vérifier au moins trois fois hier soir ! La peur de la pénalité ou de la disqualification a fait son taff. (Et dire que je me fichais de tout cela avant.. que je pensais que cela n’était pas grave si je n’avais pas mon gobelet d’au moins 20 cl… les choses changent). Petit buff. Casquette sur la tête. Normalement. Tout est bon. Mais je doute quand même. Qu’est ce qu’il m’arrive.

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09h03. Voilà 3 minutes que j’attends mon bus. Voilà surtout 3 minutes que je continue à stresser. Impossible de redescendre sur terre. De me concentrer sur autre chose. J’ai la sensation d’être envahi par des forces que je ne contrôle pas. C’est atroce. Si c’est ça à chaque fois maintenant, une chose est sûre je ne refais plus de course que j’ai déjà fait. C’est trop compliqué à gérer comme sensation.

09h21. Le métro de la ligne 6 me secoue dans tous les sens. Le frottement des roues contre le rail a beau provoquer des rencontres fréquentes de ma tête avec une barre métallisée, les secousses ne sont pas assez fortes pour faire fuir le stress présent en moi. Je suinte le stress. J’en dégouline. Mes mains cherchent des recoins pour se réfugier. Mes jambes se croisent. S’entrecroisent. Et se re-croisent. Respire. Prend le temps. Tu sais faire cela normalement. Tu sais. Ta petite respiration lente par les narines. Je tente le coup. Inspiration lente. Haussement des épaules. Expiration lente. Cela ne vient pas. Je suis même en train de m’imaginer énervé contre moi même à me forcer à pratiquer ce genre d’exercice. Je stop tout. Cela ne passera pas. Il vaut mieux vivre avec.

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09h42. Je retrouve mon collègue. Cela va tout de suite un peu mieux. Pouvoir parler. Partager. S’exprimer. Cela me fait du bien. J’oublie les raisons de mon stress. Je rigole avec lui. On parle de tout et surtout de rien. Les favoris. Les informations que l’on a sur l’état du parcours. Bref.. Des mecs qui parlent Trail quoi.

09h55. C’est ambiance troupeau de trailers dans la gare. Cela me faire rire à chaque fois. Tout le monde fringués en tenue de la tête au pied. Déjà prêts au départ. Mais au milieu d’une gare parisienne.. où des gens un peu étonnés passent pour prendre leur train du samedi matin. J’aime vraiment ces moments.

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Voilà 10 minutes que l’on attend pour rien au pied d’un panneau. De plus en plus de coureurs se sont rassemblés. Par là on entend « Apparement, il y a du retard » – « Il y a eu un suicide sur la voie » – « Les organisateurs doivent être au courant.. ils ne feront pas partir la course alors qu’il manque pleins de gens » – « Il pouvait pas faire ça avec des médicaments ou s’acheter un fusil comme tout le monde »… Oui.. en moins de 30 secondes, j’ai bien entendu ces phrases. Le monde va mal. Plutôt que de continuer à rester là bêtement à attendre une information qui ne viendra pas toute seule, je décide d’avancer en direction des voies. Je suis déjà stressé naturellement ce matin. Je n’ai pas besoin d’avoir des gens stressés à côté de moi.

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Quelque chose a du être annoncé sur l’écran, car juste après que je prenne avec mon collègue l’escalator qui mène aux trains, je me retourne, et PAF.. la foule fonce dans notre direction. Ambiance.. attaque de zombies trailers fluos et buff sur les cheveux ! Je dois dénoter un peu avec mon jogging gris H&M bien confortable et mon sweat à capuche. Au moins, je suis encore dans mon cocon.

Nous montons dans le train. Depuis ce matin, j’échange par SMS avec Fabien. Une personne que j’ai rencontré sur Instagram il y a maintenant plusieurs mois (années peut être.. faudra que je lui demande). C’est un des mecs qui me fait le plus rire, alors que je ne l’ai jamais rencontré. C’est d’ailleurs notre première rencontre aujourd’hui. Son humour fait tilt en moi à chaque fois. Pour la petite histoire, il bosse dans une entreprise assez connue qui fait des rillettes. Et son patron, plutôt très cool à priori, a fait faire des t-shirts sponsorisés aux couleurs de l’entreprise. Voilà donc le premier trailer français courant aux couleurs d’une marque de rillettes. Je trouve ça tout simplement génial ! Bref.. J’ai récupéré son dossard le jour précédent. Je dois lui donner avant la course. Je lui indique donc par SMS : « Je suis dans le RER ». Il me répond « Pareil. Tu peux pas me louper, je suis habillé en coureur ». Voilà ! Voilà très exactement le genre d’humour dont je suis fan ! Merci Fabien. Tu m’as fait rire. Et ce matin. Dans CE RER. A CE moment. Il fallait que je rigole pour me détendre. Ne serait-ce que deux secondes. Et bien tu as réussi ton coup. Sans le vouloir. Sans le savoir. Mais merci.

10:26. Le train avance. Ce qui est fantastique pour un train. N’est-ce pas.. (Oui.. je brode un peu). Plus le train avance plus je me rends compte de deux choses :

Premièrement. J’ai bien fait de prendre un t-shirt manche longue et ma Salomon Bonnati.. non Bonnatti.. non.. 1 n.. 2 tt.. Bonatti (je sais jamais bordel.. et j’en ai marre de taper les premières lettres dans Google pour vérifier), car sur les carreaux du train ruissellent les gouttes épaisses d’une pluie que l’on ne pourra éviter.

Deuxièmement : J’ai trop bu de flotte. J’ai envie de pisser. C’est terrible. Cela recommence. Comme l’an dernier. Je me plis en deux. Je prie pour que le train soit un direct. Il freine. Putin. Combien d’arrêt à tenir ? 3. Ca va le faire. Ma concentration pour empêcher ma vessie d’exploser me fait oublier mon stress matinal. Vaincre le mal par le mal. Et si cela marchait.

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10:43. Saint Quentin en Yvelines -> Libéréééééééé. Délivréééééé. Je ne pisserai plus jamaiiiiiiiiiis !

10:44. Nous sortons de la gare. Impossible de se tromper. Il suffit de se laisser emporter par la foule.. qui nous traine.. nous entraine.. Je n’irai pas jusqu’au refrain, vous avez compris l’idée.

 

10:48. Et hop. Dans le car. Bien installé. Au chaud. Mon collègue me tend un petit paquet de saucisson. J’examine le packaging avant de prendre la décision de taper dedans. Il me semble très rouge pour un paquet de saucissons. Je le retourne. Il y a marqué « épicé » en caractère 160 sur le recto. En temps normal.. ni une ni deux.. j’aurai foncé dessus. Mais là, clairement, 1h30 avant de se lancer sur 80 km.. alors que cela fait une semaine que tu manges des pates et du riz.. Et ce que tu fais l’erreur ?… J’aurais adoré, pouvoir répondre : « Ben.. bien sur que oui.. Tu tapes dedans.. C’est pas un chorizo qui va t’empêcher de courir ». Mais mon sérieux a pris le dessus. Je refuse poliment. Mon collègue se fout de moi. Il a raison. Je me venge donc, sur mon paquet de saucissons. J’avale les 10 bâtonnets.

Pendant ce temps, je jette un petit coup d’oeil derrière moi. Je suis de plus en plus détendu. Revoir du monde. Parler avec des gens. Tout cela m’a fait oublier le stress qui me ronge. Je parais maintenant même plus détendu que les autres. Plus le moment approche, plus je me détends. A l’inverse des trailers autour de moi. Alors que certaines mines semblaient plutôt égayées dans la gare. Là.. Cela ne rigole plus du tout. Je vous laisse contempler le taux de zenitude dans les visages sur la photo ci-dessous. C’est flagrant !

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11:03. Base de loisirs de Saint Quentin en Yvelines. Aaaaaaaaaaaaaaaah. Cela m’avait manqué. 3… 2… 1… Chacuuuuuuuuun prend son arbre…

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C’est fascinant. Rien que pour cela, j’ai envie de revenir en 2019. Et limite, j’ai envie de mettre des pancartes humoristique sur les arbres.. Je vous laisse m’aider pour les textes, mais dans l’idée ça serait « Pourquoi moi ? » / « C’est pas la taille qui compte ! » / « Vous êtes filmés » / « Pisser nuit gravement à l’écorce »…

Passer cette scène bucolique, nous nous dirigeons vers l’espace de départ. Je veux me poser rapidement pour me changer, et grignoter un petit morceau. Je croise quelques connaissances. C’est toujours sympa avant la course. Cela permet de discuter un peu. De se taquiner. D’échapper ensemble à la pression qu’apporte le départ proche.

11:10. Je me change. Je suis très organisé par rapport à avant. Cela me prend à peine 2 minutes. Je n’hésite pas. C’est presque automatique. J’arrive même à parler en même temps. Cela m’était complètement impossible les années précédentes. J’avais besoin de silence et de concentration même pour enfiler des chaussettes. C’est vous dire.

Me voilà fasse à la fameuse épreuve des quatre épingles. Si un jour, il y a un Koh Lanta du Trail, clairement l’épreuve des poteaux sera replacée par l’épreuve des quatre épingles. L’objectif est simple : Placer un dossard. Sur une partie visible, à l’avant de son corps. Les bonnes moeurs veulent, que celui-ci soit placé de manière horizontale. Afin de ne pas passer pour un « J’en foutre » sur les photos que l’on montrera à sa famille en disant « Bah là.. c’est avant la course ».

Je pose le dossard main droite sur mon short. Première épingle. Je le tire légèrement sans le tendre complètement. Deuxième épingle. Je le laisse tomber délicatement sur le bas de mon short. Je remonte de deux cm le tissu. Troisième épingle. Je secoue ma jambe. Laisse à nouveau retomber le dossard qui ne bouge presque plus. Et je lui applique la quatrième épingle. Un dressage parfait. Si pour les chefs, cela ne passe pas au niveau du goût.. du croquant.. au moins au niveau du dressage j’aurai les points. (Pour ceux qui n’ont pas la ref’ -> Top Chef). Je fais un aller retour rapide dans le champ en forçant sur la foulée. Le dossard ne gène pas. C’est parfait.

Je finis de m’habiller. J’avale un powerade (d’où la langue bleu un peu plus bas) et je grignote quelques pistaches. C’est devenu une tradition depuis le Grand Raid. Un paquet de pistaches avant le départ. Cela fait selon moi un super apport en calories, et cela apporte aussi ce qu’il faut en sel. (Bon.. et ceux qui me connaissent savent que J’ADORE ça).

Je n’ai pas fait attention à mon style vestimentaire (pour changer). Cela sera tendance clair cette année. La boue ne sera que plus voyante.

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(Note pour moi même : Le banc ça tâche !) 

11:37. Je file en direction du SAS de départ. J’allume ma montre. Le GPS se lance directement c’est parfait. J’ai désactivé la fréquence cardiaque. Elle devrait tenir tout le long sans problème. Je décide de faire comme à la SaintéLyon : C’est à dire de ne pas regarder ma montre de toute la course. J’ai à peu près en tête les différentes distances qui séparent chaque ravitaillement, et je ne veux pas avoir à me dire : 4:05 min/km. Tu vas trop vite. 6:30. Tu t’es arrêté trop longtemps. Je veux vivre ma course entièrement. Sans édulcorants. Sans indicateur. Uniquement moi face à mon corps, à mes sensations. Je ne la joue pas Anton Krupicka (Oui.. J’ai googliser son nom pour vérifier l’orthographe), en mode minimaliste et proche de la nature.. Mais je trouve réellement du bon dans le fait de ne pas regarder sa montre en course. De là, à ne pas la prendre.. Cela n’arrivera pas.

Pas de montre = Pas de vitesse. Mais aussi et surtout pas de kilométrage. Cela sera donc encore plus compliqué pour faire un récit de ma course. On verra bien quand il faudra l’écrire me dis-je. C’est étrange d’écrire cela maintenant. Je ne vous le cache pas. En tapant ces quelques mots, et en sachant que je vais galèrer dans les heures qui viennent à recoller les bons souvenirs aux bons moments, je me demande pourquoi je n’ai pas regardé ma montre au moins pour avoir des repères dans ma narration. Bref.. Un exercice de mémoire de plus ! Youpi !

11:50. 25 minutes avant le départ. La sensation de « Qu’est ce que je fous là.. » « Dans quoi je me lance.. » n’est pas présente. Je me sens parfaitement à ma place. Parfaitement au bon moment. Je ne crains rien. Je vais courir 80 km.. et alors ? C’est agréable de sentir qu’on est parfaitement à sa place. Le stress qui m’a torturé toute la matinée à complètement disparu. Je discute avec quelques coureurs. Un temps, c’est un mec croisé à la Réunion. Après c’est un supporter de l’UTMM qui vient me parler. Après, je prends un petit selfie avec un inconnu qui me suit sur Strava. C’est sympa. Je prête beaucoup d’attention à prendre le temps de partager en vrai avec les personnes avec qui je partage sur les réseaux sociaux. C’est vraiment cool je trouve. Certains diront peut être que c’est n’importe quoi cette « fan-zone ». Moi je trouve que c’est un super moyen de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontré autrement. Je ne prends pas les gens de haut. Chacun va affronter aujourd’hui les mêmes difficultés. Même si cela sera à des vitesses différentes, nous allons tous partager une expérience unique mais commune. J’apprécie beaucoup cela.

11:59. Une espèce de zone de respect s’est créé autour de la ligne de départ. Une zone invisible. D’un à deux mètres tout autour de la ligne de départ. Comme si les gens laissaient la place pour les champions. C’est assez drôle. Il y a de l’espace. Je le prends. Me voilà donc. Au milieu. Sur la ligne de départ. Comme les champions. Je reconnais quelques visages connus. Vincent Viet sur le côté. J’ai mis une grosse pièce sur sa victoire aujourd’hui. Sur la gauche, Manu Gault et Yoann Stuck. Mes idoles. C’est très drôle. J’ai l’impression d’être infiltré dans ce monde de géants. Ils ne me connaissent pas le moins du monde, mais moi je connais beaucoup d’eux. Ils m’inspirent. Je les respecte.

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

J’adore ce moment. Les coureurs se serrent la main les uns des autres. Je passe un peu de temps à discuter avec Christophe Le Boulanger et Luca Papi. On échange quelques banalités sur l’état de forme, les courses à venir, le style vestimentaire, l’équipent du jour. C’est vraiment très cool. Si seulement ce moment pouvait durer encore un peu plus longtemps.

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

Juste avant le départ, un mec avec qui j’ai couru à l’entrainement avant la Saintélyon débarque derrière moi. Surprise. Il s’est teint en blond. On se croirait dans Fight Club. J’ai l’impression d’être Tyler Durden. Je me marre en voyant ces cheveux, mais ce n’est pas le plus drôle. Il est en débardeur. En mode cross. Il m’explique avoir oublié ces affaires. Le boulet ! Cela me fait rire jusqu’au départ.

Je sens que cela va partir à fond. Je n’ai pas envie de me faire mal. Je me promets de partir à mon rythme. De ne pas forcer. De ne pas forcément chercher à suivre la tête de course. Ces mecs sont des champions. Pas moi. Le rythme 16 km/h autour du lac, je leur laisse. Moi, je vais courir comme à l’entrainement. A la sensation. Au feeling. Sans pression. Juste avec l’envie. Juste pour le plaisir.

 

 

DEPART : BASE DE LOISIRS DE SAINT QUENTIN (Km 0) 

Temps : 00h00min00sec

Classement : 0ème (ahah)

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

12h15 – Km 0. Le départ se passe bien. Je ne suis pas trop bousculé. Les coureurs qui me gênent devant moi sont rapidement doublés. Je suis déjà dans mon rythme après à peine 50 mètres. Sans trop forcer, je suis 5 mètres derrière la tête de course. Elle est facile à repérer. Le Buff de Manu Gault et la Casquette de Yoann Stuck. Y a pire comme repère. J’avance tranquillement. Je fais attention à ne pas me faire une cheville sur le fameux champ de patates qui nous amène au départ réel.

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Premier passage humide. Je fais un peu plus attention à mes trajectoires. Splash.. Splaaaaasch.. Splaaaaaaaach… Trop tard. Mes pieds sont trempés. 600 mètres à sec. Reste plus que 79.700 mètres à faire. Tranquille. Les pieds trempés. On va kiffer !

C’est tout de même un peu lunaire pour moi de partir avec les meilleurs. De tenir le rythme sans forcer. La casquette de Yoann en ligne de mire. Cela a beau être lunaire, je me sens tout à fait à ma place. Je ne déroule pas plus que d’habitude. Je n’ai pas l’impression de trop faire monter le cardio. Cela tourne facilement. Je laisse le groupe de tête prendre un peu d’avance. Je range tranquillement, en continuant ma course, ma veste dans mon sac. Il a beau bruiné. Je vais avoir rapidement chaud avec celle-ci. Je la remettrai peut-être plus tard en fonction des conditions. Pour le moment, mon t-shirt manche longue et mon débardeur me suffissent amplement.

Je me retrouve rapidement seul. Enfin presque seul. Un ou deux coureurs derrière. Et le groupe de tête 40 mètres devant. J’avance tranquillement sur le bord du lac. J’ai la même pensée que l’an passé vis à vis des endroits qui me paraissent poissonneux.

Je le sais. Les premiers km ne sont pas mes préférés. Il faut faire monter la machine en chaleur. La mettre dans le rythme. Ca pique un peu, mais c’est un mal pour un bien. Généralement, à l’entrainement, je suis à l’aise à partir de 6 ou 7 km quand je pars faire du court; et au bout de 12 – 13 km quand je pars faire du long. Le pire, ce sont les trois premiers. Le temps de faire remonter les bulles d’air, les petites douleurs musculaires et de mettre les tendons sous tension. Cela ne se passe pas trop mal cette fois. J’apprécie.

Km 3. Je m’autorise une petite pause pipi. Je n’ai pas prévu de suivre la tête de course. Cela ne me dérange pas de me dire que je ne les verrai plus. Je repars. Je renfile ma veste. A peine 5 ou 6 coureurs m’ont doublé. C’est étonnant. Nous avons du partir relativement rapidement. Je suis détendu.

Un mec qui me double me demande « Hey.. T’étais pas sur l’Urbain Trail ? » – Moi « Oui » – Lui « C’est moi qui me suit planté au départ et que vous avez suivi. ». Lol. C’est drôle. Comme on se retrouve. Je suis en train de monter ma foulée en puissance, j’ai un peu du mal à réfléchir pour dire une phrase drôle, sympa ou construite.. c’est donc un « Ah.. c’est toi.. pas cool » qui sort. (Si tu lis ces lignes.. vraiment désolé.. C’est pas ce que j’ai voulu dire). Voulant me rattraper, je lui lance alors qu’il s’éloigne devant « Ah. Bah dans ce cas, je te suis pas aujourd’hui.. ». Je ne sais plus s’il a entendu. Mais bref. Je trouve cela amusant. On retrouve toujours les mêmes personnes en fait. C’est sympa.

Km 7. Je n’ai pas le temps de regarder le golf aujourd’hui. Les autres fois, j’avais passé tout le km à regarder le terrain.. à m’imaginer taper la balle.. à regarder les pratiquants. Cette fois-ci rien de tout cela. Je suis concentré sur ma foulée. Un pas devant l’autre. Naturellement. Des groupes de deux coureurs se forment. J’ai du mal à trouver un coureur qui avance dans mon rythme. Lorsque c’est le cas, j’avance un peu avec. Et soit il me largue, soit je le largue. C’est pas idéal. Je fais abstraction et me dis que c’est parti pour une longue balade en solo sans trop pouvoir parler.

Ma montre a déjà bipé 7 fois. Je ne m’en suis pas rendu compte. Elle est planqué sous mon T-shirt manche longue. Je ne la vois pas. Je ne suis pas tenté par le fait de la voir. Cela servirait à quoi ? 4:07. Tu vas trop vite. 4:30. Tu vas trop lentement. Et puis quoi encore. J’y vais au feeling. C’est agréable.

Nous repassons au niveau du lac. C’est légèrement inondé. Le passage est plutôt étroit si on souhaite éviter la gadoue et l’eau. Je suis encore relativement propre et sec. Je ne me tente pas à faire un tout droit dedans. J’évite soigneusement la zone et je passe sur la bordure… Pleine de ronces. Un bonheur pour les jambes nues. Je repère Mickael et son appareil photo au loin. Je ne peux m’empêcher de faire le mongole. Je ne sais pas pourquoi. J’ai l’impression que ça fait parti de moi… Bon. Ok. C’est sûr. Cela fait parti de moi !

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

Fin du lac. Virage à gauche et petite montée en direction du Vélodrome. Il est loin le temps ou je m’étais arrêté dans cette montée pour marcher. Je ne vois même plus qu’il s’agit d’une montée. J’avance. Le petit dénivelé n’en est plus un. La fanfare de TamTam (je suis pas un expert en instruments musicaux.. désolé) a changé de place. Ils sont maintenant au milieu à droite de cette petite difficulté. Auparavant ils étaient en haut. C’est plus logique. Les gens passent plus de temps à cet endroit. J’ai envie de faire une petite danse, mais je n’en prends pas le temps. C’est comme si j’étais pressé. Mais pressé de qui ? de quoi ? Suis-je attendu quelque part ? Suis-je en retard ? Je ne pense pas. J’aurai du prendre le temps d’une petite danse. Mais le désir de courir était plus grand.

Passage sous le pont. Remonté et traversé de l’autoroute. Officiellement, un des deux pires endroits de la course avec le passage devant chez Microsoft sur les quais. Je ne suis souvent pas d’accord avec Les Genoux dans le Gif sur leurs attaques un peu faciles de l’EcoTrail de Paris. C’est souvent très drôles. Mais quand cela fait 2 ans que ce sont les mêmes blagues qui tournent, le large sourire qui s’affichait jadis laisse place à un regard accusateur de manque de créativité. Loin de moi l’idée de descendre en flag le contenu des GDLF, mais « on a compris »… Même si le running gag (sans jeu de mots) est appréciable. Cela devient presque lourd, ou du moins, cela me donne moins envie de prendre un peu de temps chaque jour pour regarder les posts. Bref.. c’était mon petit coup de gueule inutile, mais j’avais envie de le dire. (Au passage, leur poste sur les conditions de course de cette année m’a fait beaucoup rire.. comme quoi ^^).

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Screenshot : Facebook – Les Genoux dans le Gif

Petites marches d’escaliers. Personne devant. Personne derrière. Je suis déjà bien seul. Dommage, on attaque le pont qui bouge. Tout seul je ne vais pas m’amuser. Pour ceux qui l’ont déjà traversé à plusieurs, ils pourront vous en parler. Mais en gros, si tu passes à plus de 3 en courant, la cadence de la foulée va faire osciller le pont. Et plus tu passes en troupeau, plus le pont oscille jusqu’à presque donner une sensation de trampoline. Là en solo, cela fonctionne moins bien. Voir pas du tout. Je tente de faire des petits bons appuyés dans ma foulée. On se distrait comme on peut hein.

Km 10. Station RER de Saint Quentin. Je connais par coeur le chemin. Heureusement, car niveau balisage, c’est un peu éparse à cet endroit du parcours. Le coureur 15 mètres devant moi commence à partir en direction de la gare. Comme s’il allait prendre le RER tranquillou. Je siffle avec les doigts et lui fait signe. Il me rejoint. Je tente une petite blague : « Alors.. Tu voulais prendre le RER pour aller plus vite ». Il ne souris pas trop. Je ne sais pas s’il est français. Nous continuons. Sans prononcer un mot.

Traversée de la zone résidentielle. Je m’amuse à bien prendre les petites pentes pour les poussettes et les vélos dans les escaliers. Comme si éviter 2 marches allait changer fondamentalement ma foulée ou l’usage de mes genoux. Je n’en loupe aucune.

Du Km 11 au Km 15, nous longeons des petites mares et des petits lacs. Les quelques sentiers que nous prenons annoncent un peu la couleur du reste de la course. Cela va être sacrément boueux. Je poste ci-dessous quelques photos pour illustrer ce que j’entends par sacrément boueux. Je me suis longtemps demandé comment j’allais pouvoir décrire le bourbier dans lequel nous avons couru. Mais je pense que je vais attendre un peu plus loin dans le récit (Km 24) pour m’atteler à la description.

Etat parcours 1

Etat Parcours 2

Etat parcours 3

Sorry pour les crédits photo

J’ai recup’ sur Insta’. Je retrouve les auteurs sous peu ^^

En longeant le deuxième lac, il y a un panneau. Chaque année il me fait rire. Et chaque année j’oublie d’en parler. Pas cette année. Le panneau dit tout simplement « Baignade interdite ». Et à son passage, chaque année depuis 3 ans, une petite voix dans ma tête lui répond « Sans déconner ! Quel dommage.. j’avais justement envie de me faire une petite trempette avant d’attaquer les 65 prochains km ». La prose mentale est limitée quand on court. La réponse au panneau. Identique chaque année, en est la parfaite illustration.

Nous quittons les lacs. Une femme qui court en sens inverse, lance au coureur devant moi et à moi-même : « Vous êtes dans les 35 premiers ». C’est étrange. J’aurai très bien pu le savoir étant donné que peu de coureurs m’ont doublé, et que j’ai seulement vu le groupe de tête partir devant au départ. Pourtant je n’avais pas réalisé mon classement avant qu’elle ne me le dise. Je prends conscience que c’est énorme pour moi. Au départ de la course, j’avais annoncé vouloir approché des 7h30 et du Top 50. Pour l’instant. Si on arrête la course maintenant c’est bon. Mais bon. Arrêter un 80 kilomètres après 16 bornes, cela ne serait pas très logique. J’oublie cette pensée et je prends mes responsabilités. Je continue à courir à mon rythme. L’annonce m’a tout de même motivé. Je m’en rends compte car je rattrape un ou deux coureurs sur le km qui vient. Merci madame !

Km 17. Grosse envie de vomir. J’ai la nausée. J’ai avalé un gel il y a deux km. C’est peut être cela. Est-ce que cela va me faire cela après chaque gel ? Est-ce que je vais vomir maintenant ? C’est pas clair dans mon corps. Je ralentie un peu pour faire un check-up total de ma condition physique et surtout intestinal. Je m’imagine déjà devant m’arrêter. Vomissant au bord du sentier. Avec les autres coureurs qui passent. Et tentant de repartir. Re-vomissant. Bref. Le bonheur.

Le doute me cerne. Je n’abdique pas. Je continue gentiment mon chemin. Je tente de penser à autre chose. Pas à de la bouffe. Pas à ma chérie, je garde cela pour plus tard. Pas  à la bière qui m’attend à l’arrivée.. je pense à quelque chose de fondamentalement pas fondamental.. Est-ce que j’ai pris mes clés ce matin en partant ? Je n’ai jamais passé autant de temps à me demander si j’avais oublié mes clés. J’ai refait toutes les secondes précédant le départ de chez moi dans ma tête. Je me vois les prendre dans mon vide-poche. Mais après. Les ai-je mise dans la poche de mon sac ? J’ai ouvert le frigo pour choper une bouteille d’eau. Je les aurais quand même pas posé dans le frigo ?.. Je reste la dessus au moins 10 minutes. La nausée est partie. Fantastique.

 

Km 18.5. Nous traversons une autoroute (bon.. sur la carte c’est une grosse départementale… mais on va dire que c’est une autoroute). La petite bruine qui tombait depuis 1h s’est petit à petit transformée en immenses flocons de neige. Dans les bois, je ne m’en étais pas rendu compte. Mais là, sans arbres pour se protéger, c’est clairement la tempête de neige. L’espace est dégagé pour traverser la route. Le vent souffle fort à cet endroit. Les flocons sont très humides. Ils vous agressent le visage et vous mouillent rapidement. Je remets ma veste. Je suis trempé dedans. Peu importe. Je n’enfile pas mes gants. Je n’ai pas la sensation de froid aux doigts. Je suis d’habitude si frileux sur cette partie de mon corps. Aujourd’hui, c’est comme si j’avais une protection. C’est étrange.

Qui dit pluie depuis 1h30.. Qui dit neige depuis 30 min.. dit GADOUUUUUUUE. Je pense que c’est vraiment à partir de ce point de la course que c’est devenu le début d’un périple boueux qui ne prendra fin qu’à la grille du parc de Saint Cloud pour rejoindre les quais de Seine. J’espère que vous aimez les appuis fuyants, les pas qui se pensaient assurés mais qui le ne sont pas, les sensations de partir d’un côté, les virages qu’il faut retenir pour ne pas partir, les pieds trempés, l’impression de soulever 1 kg à chaque fois qu’il faut renvoyer.. car vous allez être servi. Vous reprendrez bien un peu de mousse à la boue pour le désert ? C’est sur place.. et à emporter ! (On en reparle un peu plus loin).

J’approche du ravitaillement. Malgré mes petites nausées, j’ai réussi à m’alimenter en gel sans trop forcer. Pas contre, niveau boisson, je n’ai pas fait très attention. A peine quelques gorgées. Je ne veux pas revivre les crampes de l’an dernier. Je me force à boire. Mes deux flasques sont presque pleines. 200 ml, sur 22 km. Ce n’est peut être pas assez pour un jour de course. En même temps, je m’y suis habitué. Je pars généralement sans eau à l’entrainement. Je suis habitué à faire 20 – 25 km sans boire. Cela ne me dérange même plus. Je n’ai plus la sensation de soif. Pourtant je le sais. C’est important. Je ferai plus attention sur le prochain segment.

Virage sur la droite. La vue est dégagée. Je me repère. Nous arrivons à BUC. J’accélère un peu. Cette petite accélération pour arriver dans l’école me permet de doubler trois coureurs. Dans ma tête, je ne pense pas à accélérer pour doubler. C’est juste qu’étant donné que je vais m’arrêter 30 secondes au minimum, j’ai bien la possibilité de monter un peu dans les tours avant.

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(Crédit Photo – Nicolas DUPREY – Flickr.com)

Virage serré à gauche. Descente en direction de l’école. Quelques supporters. Je les applaudis comme à mon habitude. Virage à 180°. Remontée vers la cour de recrée. Biiim. Ravito.

 

 

RAVITO 1 : BUC – ECOLE PRE SAINT JEAN (Km 22.7) 

Temps : 01h37min12sec

Classement : 30ème

J’arrive dans la cour de récréation comme un enfant qui sort de 3 h de géométrie. A fond. Sans trop réfléchir. Seulement deux coureurs dans le ravitaillement. Je chope rapidement la flasque dans laquelle j’ai un peu bu. Je la tends en direction de la bénévole. Elle me la remplit. Elle en met un peu à côté. C’est à dire sur mes mains. Je suis déjà totalement trempé de toute manière. Cela ne changera pas grand chose. J’ai le souvenir de faire une petite blagounette. Je pique deux petites pâtes de fruit et je repars. A fond.

Un groupe de supporters est posté sous le petit préau de cette école. Ils applaudissent chaudement le redémarrage. C’est super cool. Je les applaudis en retour. Et c’est reparti. Moins de 30 secondes pour mon arrêt au stand. Qui a dit qu’on a besoin d’une assistance personnalisée ?

Comme à mon habitude, j’oublie de jeter mes déchets. C’est pas grave. Ils feront 23 km de plus avec moi. Je grignote tranquillement mes pâtes de fruit en longeant le petit ruisseau. Je ne cours pas à fond. J’ai en ligne de mire un escalier qui mène à une sorte de petit barrage. Je reprendrai mon rythme après celui-ci. Physiquement cela va au top. Je n’ai pas du tout mal aux jambes. Aucune sensation de fatigue accumulée. Le dos est ok, la nuque aussi. Je suis relativement détendu.

J’attaque maintenant le segment le plus piégeant selon moi. 23 km et quelques petites montées qui doivent piquer. Pour le moment, j’ai couru presque toutes les montées en entier. Je m’autorise à partir de maintenant à les monter en marche rapide. J’estime avoir plutôt pas trop mal fait mon taff sur le premier quart de la course. Je ne vais pas me forcer maintenant. L’arrivée est encore loin. Je ne veux pas me cramer.

Sur les 3 km après la ravitaillement, je double quelque coureurs. Je ne me force pas plus que cela pourtant. Je remarque que je prends du temps sur les autres coureurs sur deux parties principalement. Sur le plat et sur les fins de montées/relances post-grimpette. En descente, comme à chaque fois, c’est un peu l’inverse. Je sens que cela revient vite dans mon dos. J’ai encore du boulot dans cette particularité.

Km 24. Il est temps de vous parler un peu du terrain. Du champs de boue. De toute cette gadoue. Déjà, première chose, c’est la première fois de ma petite vie de coureur que je rencontre un terrain aussi boueux. J’ai le souvenir de l’orage sur la CCC l’été dernier. J’avais alors rencontré des segments d’un ou deux kilomètres (maximum) très boueux. Où l’on est plus proche du patinage artistique que de la course. Mais là.. C’est pas 1 ou 2 km. C’est juste 60 km comme cela. Bon ok. Peut être plutôt 50. Mais 50 quoi !

J’ai identifié plusieurs types de terrain boueux différents sur la course :

Les passages moissonnés, où il ne reste presque plus de trajectoires accessibles. Pas loin de 70 % du temps. Imaginez un sentier d’1m à 2m50 de large. La terre a été retournée par le passage des coureurs précédents. Les appuis sont fuyants. C’est assez compliqué à courir. On peut très souvent envoyer, mais c’est risqué. Si on anticipe mal la densité du sol à l’endroit où l’on pose le pied, cela peut ne pas fonctionner. Au mieux, le pied s’enfonce de quelques centimètres et on se rattrape en allongeant la foulée. En bondissant presque. Au pire, le pied glisse totalement sur le côté, et là, ce sont les hanches qui prennent. Tu te retrouves complètement désaxé. Ton inertie n’est plus rectiligne. Il faut alors se cambrer pour pouvoir relancer droit. Sur 100 m, cela ne pose pas de problème. Mais sur des dizaines de kilomètres, c’est clairement usant pour le corps.

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Screen Vidéo : Angélique Cadoret

Les passages boue épaisse. Ce sont les passages que j’ai préférés niveau gadoue. Généralement, ce sont des segments en descente. Le passage des coureurs à emporter la boue dans le dénivelé. Des monticules de 15 à 20 cm se sont formés. Je m’éclate totalement dedans. J’ai le souvenir d’une belle descente. Droit dans la pente. Uniquement recouverte de boue sur 20/25 cm. On repère des trous formés par le passage de grandes foulées. Je saute dedans. J’envoie à fond. J’estime que la boue va me freiner. Que je n’ai pas besoin de compenser. Ma seule et unique crainte est qu’une pierre se cache dans tout cela. Chance pour moi, il n’y en a pas. Ma foulée est bondissante dans ce genre de passage. J’attaque plein talon. Comme on saute dans la poudreuse. L’épaisseur de terre amortie ma descente. C’est très agréable comme sensation.

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Screenshot : Vidéo Facebook – Trails Endurance Mag. 

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Screenshot : Instagram – Trails Endurance Mag. 

Les passages diarrhée. A partir du km 40 je dirai, étant donné que les coureurs du 50 bornes (ou 45 bornes, je ne sais plus) sont passés avant. Et ils ont fait du dégât. Ce sont principalement les espaces de prairie (ou du moins de pelouse) qui sont comme cela. Plus aucune trace de gazon. Uniquement, une boue très liquide qui recouvre sur 4 cm le sol. Avec des crampons cela passe tout seul. Par contre, en chaussure lisse ça doit être l’enfer. Je n’envie pas du tout ceux qui ont fait le choix de partir en running. Ils vont bien galèrer comme il faut.

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Et enfin, 5 à 10 % du parcours selon moi : Les passages.. sans terre visible.. sans monticules de boue sur lesquels sautiller.. que de la flotte. Sur les 25 derniers km du parcours avant le ravitaillement du Parc de Saint Cloud, c’était un peu monnaie courante. Impossible de trouver une trajectoire rapide à sec. Le sentier est totalement recouvert de flotte marronasse. Ces mares cachent de la boue. Mais impossible d’imaginer les meilleurs endroits où placer les appuis. On devient à force expert en décryptage de la couleur de l’eau. Si l’eau est foncée, liquide et parait plutôt plane, cela veut dire qu’elle est relativement profonde. Lorsque l’eau est plutôt claire, voir argileuse, c’est qu’il y a un sol plutôt stable en dessous. Par contre, lorsque l’on voit presque l’eau ruisseler entre deux monticules de terre, tu peux être sûr que c’est de la mélasse en dessous. Au début de la course, je faisais bien attention à éviter les grosses flaques. Il m’est arrivé de passer par des petits monotraces zigzagant dans les arbres sur le bord du chemin. Mais clairement, au bout d’un moment. OSEF (On S’En Fout). On passe droit dedans. Vaille que vaille. De toute façon, on pourra pas être plus trempé.

Dans la boue, je ne m’énerve pas. Je profite à fond. J’ai bien fait de m’habiller en blanc et gris. Ca va à peine se voir… Quelques semaines en arrière, je me suis tellement éclaté dans la neige et à la fonte dans le bois de Vincennes que je ne peux rien dire. En avançant, je m’interdis d’être grognon contre le terrain. J’imagine que ma copine me voit en train de courir dedans. Je suis sûr qu’elle m’enverrai un petit GIF d’un Golden Retriever se roulant dedans, avec un petit commentaire du style : « Toi quand il a bien plu et que tu pars courir ». Cela me fait rire. Je continue gaiement dedans.

Km 26. Je vis mon seul passage à vide de la course. Il ne va pas durer longtemps. Je pense que c’est un peu obligatoire de passer par là lors d’une course. On ne peut pas être frais tout le long. Ce n’est pas possible. J’ai cette sensation de perte totale d’énergie. D’avoir du mal à avancer normalement. Je dois me reprendre plusieurs fois pour relancer la cadence. Cela a du durer à peine 7 ou 8 minutes. Mais c’était intérieurement crevant. C’est ce genre de moment où clairement, le physique n’est plus là. Il n’y a que la tête et surtout l’obstination qui te permet d’avancer. Tes jambes veulent plus ? C’est pas grave. Tiens prend un peu de neurones.. Ca va passer.

C’est passé. Je me suis concentré sur ma foulée. Gros focus sur mes pas. Sur mes trajectoires. Je n’ai pas beaucoup levé la tête. Le regard est dans les 2 mètres devant moi. Pas plus loin. Pas plus haut. Et ce qui devait arriver, arriva.

Km 28. Plus de balisage devant moi. Je continue un peu à courir. Peut être qu’il y en a un peu plus loin. Au bout de 200 ou 300 mètres je m’arrête. Je regarde autour de moi. La neige commence à bien tenir. Bon courage pour trouver un balisage blanc là dedans. Je repars en arrière. Je vois un coureur tout au bout de la longue ligne droite. Je vais courir dans son sens. Le chemin a du bifurquer sur un petit sentier sur le côté sans que je m’en rende compte. Je baisse les yeux pour regarder le sol. En relevant la tête. Je ne le vois plus. C’est sur. Le chemin doit tourner. Je continue à remonter. Aaaaaah. ok. Un balisage planqué derrière un arbre. Tu m’étonnes que je l’ai pas vu. C’est pas grave. Cela m’a permis de reprendre totalement mes esprits. La monotonie commençait à s’installer. Cela m’a presque fait du bien je pense. Je regarde ma montre pour la première et dernière fois. Km 28.7. 02h10 min. Cela me fait un repère pour mon récit, me dis-je.

A partir de là. C’est le néant au niveau des souvenirs sur plus de 15 km. Pas un souvenir de cette section. C’est comme effacé en moi. J’ai simplement le souvenir que la neige était de plus en plus présente. Aussi bien dans les airs que sur les côtés des sentiers. Cela devient tout blanc. Impossible de voir les balisages dans ces conditions. Le plus souvent, je suis simplement les traces de passages devant moi. Si la boue est retournée, c’est que c’est par là. Cela fonctionne. Tant mieux.

J’ai une musique dans la tête (comme sur chaque course en fait). Mais cette fois-ci elle est juste beaucoup trop cool. Il s’agit de la musique de la pub pour l’Iphone X. Un vrai délice de bonne humeur. (All Night – Big Boi)..

If it’s aaaaaaaaall right !

I wanna kick it with you aaaaaall niiiiiiight, aaaall niiiight !

Have a goooooooooood time…

Ain’t gotta worry ’cause it’s aaaaaaaall riiiight, it’s aaaall riiiiight

All niiiiiight, and all night, and all night, baaaaaaby

Don’t be shyyyyyyyy, don’t be shy, don’t be shy, baaaaaaby

Rah làlà. C’est quand même mieux que Damso sur la CCC ou Maurane sur la SaintéLyon !

Ah. Un souvenir revient. Km 42. Je suis complètement dans ma routine de course. J’avance sans trop réfléchir. Je n’ai croisé personne depuis des kilomètres. Ne pas voir d’autres coureurs m’a un peu lassé sans le vouloir. Je suis happé par ma propre foulée. C’est très répétitif. Je suis en mode pilotage automatique. Tout à coup. POOOOOOOOOOOOOCK ! Aiiiie ! Je viens de faire un tête VS tronc d’arbre un peu trop bas. Ca pique un peu. Cela ne fait pas si mal que cela. Mais ça réveille. Tant mieux. J’en avais besoin. Je reviens un peu à mes esprits. Le prochain ravitaillement est proche. Je vais accélérer pour le rejoindre.

En sortant du bois de Clamart, je repère vite ce que j’appelle « Le château » qui est en fait le Lycée Professionnelle Privé Saint-Philippe. J’aime bien ce ravitaillement. Déjà, par ce que les bénévoles sont des jeunes beaucoup trop chauds et beaucoup trop cools. Mais aussi par ce que pour arriver au ravitaillement, il faut rentrer dans le parc, traverser un joli petit jardin. Monter quelques marches et terminer en courant sur le parvis. Je connais par coeur ce passage. Je m’y donne à coeur joie. Je double d’ailleurs un coureur entre l’entrée et les escaliers. Cela me motive grave.

 

 

RAVITO 2 : CHATEAU SAINT PHILIPPE – MEUDON (Km 46) 

Temps : 03h41min39sec

Classement : 24ème

Je suis content. Ce sont les mêmes jeunes qui s’occupent du ravitaillement. Ils sont tellement chauds c’est trop drôle. L’assistance est géniale. Je leur tends mes deux flasques. L’une après l’autre. Je bois cul sec la moitié d’une flasque.

Même si j’ai bien bu sur le dernier segment, je sais que je suis un peu déshydraté. Je le sais car, en pissant un peu avant, j’ai tout simplement vu que le liquide n’était pas clair. Jaune.. voir très jaune foncé. Ce n’est pas bon signe généralement.

J’encourage les bénévoles : « Bon courage, les gars ! » – « J’espère que vous n’avez pas trop froid ». « Bravo pour ce que vous faites ». Et puis je repars. Bien applaudi. Un passage éclair mais un passage qui fait du bien.

Descente en bitume. Puis il y a cette petite montée pour rechoper le sentier en passant par la petite porte. Je ne cours pas. Je prends le temps d’avaler un gel, de remettre ma veste et de grignoter une petite pâte de fruit. Cela va toujours plutôt pas mal. Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir couru un peu plus qu’un marathon. C’est passé presque tout seul. Je pense que les longs moments d’errance ça et là, m’ont protégé de la fatigue mentale inhérente à ce type de distance. De plus, je pense que le terrain boueux m’a permis de ralentir ma cadence de course. Je crois réellement, que j’ai bien réussi à concevoir m’a course entièrement du fait que la boue m’est ralenti. Ne pas faire surchauffer la machine. Ne pas monter dans les tours. Merci la gadoue !

Km 46. Traversée d’une petite section bitume dans Meudon avant de monter sur l’observatoire. Heureusement que je me rappelle du parcours, car clairement, le balisage est invisible à cet endroit. J’envoie dans la descente et je m’économise un peu dans la remontée. Je sais que le parcours dans l’observatoire n’est pas forcément facile à gérer. Je veux arriver frais dedans. A la fin de la remontée, je repère un coureur dans un abribus. Il s’est enroulé dans sa couverture de survie. Il semble complètement frigorifié ! Il a du envoyer tout ce qu’il pouvait et à du lâcher prise après le ravitaillement. Je ne pense pas qu’il reparte vu sa position PLSienne.

Traversée de la route. Petit coucou aux bénévoles (ils doivent tellement se peler aussi). Et tout droit en direction de la montée vers le Parc de l’observatoire. J’ai du mal à franchir la montée en pavé en courant. Ce n’est pas la fatigue. Ce n’est pas le cardio. C’est juste que les pavés sont cassants par rapport au matelas de boue que je traverse depuis des kilomètres. Une supportrice toute seule, planquée sous un porche m’encourage. C’est super sympa. Je relance dans la fin de montée.

Virage à gauche. On traverse le jardin, ambiance jardin royal. Le sol est maintenant totalement recouvert de neige. Les quelques sapins parfaitement coupés en pointe sont parfaitement à leur place au milieu de ce joli jardin blanc. Je ne passe pas par les allées en gravillon. Je coupe par la pelouse. En y regardant bien, je comprends que je dois être bien classé. Les traces de pas sur le gazon enneigé sont très rares. L’âme du trappeur qui sommeille en moi s’éveille. Les traces sont relativement fraiches. Ils ne sont pas loin. Bon… c’est sûr.. je ne vais pas les rattraper. Mais j’ai la douce sensation de courir en tête. C’est agréable. Et puis quand il y a personne avec qui discuter.. les traces de pas dans la neige, ça permet au moins de se dire que l’on est pas si seul.

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

 

Km 48. C’est la double ligne droite sur le jardin du parc de l’observatoire qui surplombe totalement le secteur. Normalement, on peut voir la tour Eiffel d’ici. Pas cette année. La neige qui tombe fort empêche tout regard sur la dame de fer. Ce n’est pas grave. Elle est là. Pas très loin. Je le sais.

J’avance plutôt bien dans le parc. Je rattrape même un coureur qui semble caler sur ce passage. Je sais que je lui dis quelque chose, mais je ne sais plus quoi. Cela ne devait pas être du Baudelaire.

En sortant du parc, nous repassons dans une zone ultra boueuse. Un espèce de chemin de tracteur bien détrempé. J’abandonne rapidement l’option de courir sur le bord en me frottant aux ronces qui dépassent. Je cours dedans. En plein dans la gadoue. Cela ne me fait plus rien. C’est presque devenu normal. Je me rends compte plusieurs fois que je commence à perdre de ma lucidité. Je m’en rends compte car je me surprends à me dire : « Ehhhhh Oh ! Regarde devant toi. Tu fais n’importe quoi là. Il y a une trajectoire dégagée de boue sur le côté et toi tu cours bêtement au milieu des flaques ». Je me reprends plusieurs fois à ce petit jeu. Je décide de reprendre un gel pour revenir à moi.

Peu de souvenirs encore des kilomètres qui passent. Juste un. J’ai du rattraper un ou deux coureurs. J’arrive à la fin d’un chemin qui donne sur trois allées qui partent en étoile. La neige recouvre tout maintenant. Impossible de repérer le balisage blanc. Quel chemin prendre ? Aucune idée. Je m’arrête. Je suis rejoint par les deux coureurs. Comme moi, ils regardent sur les côtés et en arrière pour repérer un marquage. Je décide de passer à l’option « Appel à un inconnu ». Je siffle fort une fois avec mes doigts et je crie « C’est par où ? ». Une voix féminine répond au loin « Par là ». Je n’arrive pas à distinguer la femme qui m’a répondu. Elle doit s’en rendre compte car elle crie à nouveau « Iciiiiii » en agitant les bras. Elle est là. C’est reparti. Merci madame :D.

 

NEIGE QUI COMMENCE A TENIR

NEIGE QUI TIENT

Sorry pour les crédits photo

J’ai recup’ sur Insta’. Je retrouve les auteurs sous peu ^^

Un peu avant le ravitaillement, deux bons kilomètres avant, j’ai le souvenir d’une descente un peu technique, dans la boue avec un beau virage relevé sur la gauche. Je suis depuis 300 mètres un coureur en orange. Il est 7 bons mètres devant moi. Il envoie du pâté impérial. Je suis rentré dans son rythme. C’est à dire un peu plus élevé que le mien. Je n’aurai pas du. J’arrive trop vite dans le virage. Je prends appuis avec mon pied droit dans le dévert. Et zliiiiiiiiiiiiiiiiiip. Par terre. Enfoncé dans la boue de tout mon corps. Première question qui me vient à mon esprit : « Me suis-je fait mal ? ». A priori, les jambes ça va. Je retire mon bras qui est rentré jusqu’au biceps dans la glaise. Ce n’est pas super agréable. Mais tant pis. Le coureur devant moi, me demande si ça va. Je lui réponds « Pas de problème.. » C’est reparti. Cela sera ma seule chute de tout le parcours. Je suis plutôt content. Les centaines de mètres qui suivent me permettent de voir que je ne me suis pas fait mal aux jambes. J’ai simplement une petite douleur au niveau du coude droit. Mais rien de méchant. Cela va passer.

Je ne suis toujours pas fatigué. C’est cool. J’ai semé le coureur avec qui j’étais depuis un ou deux kilomètres. Je me souviens que pour atteindre le ravitaillement de Chaville, il y a une belle ligne droite en montée. Je me prépare à la courir à fond.

Virage à droite. La voici. Comme prévu je cours à fond dedans. Au loin, j’arrive à voir un coureur que j’ai en ligne de mire depuis 20 km (dès que la route est assez droite pour voir loin devant). Il est en blanc et rouge. C’est assez facile à repérer. Nous avons globalement avancé sur le même rythme depuis le départ. Il double un coureur qui semble en difficulté. Un coureur plutôt grand. Vêtu tout en noir. Je me fixe comme objectif de le doubler aussi avant d’arriver au ravitaillement. Il marche. C’est plutôt facile pour moi de le rattraper. Je n’aime pas tellement doubler à fond quelqu’un qui semble dans le soucis. J’ai l’impression que cela ne va pas l’aider. Mais je me suis promis de courir toute la montée. Je fais abstraction de mes sentiments et je continue à fond jusqu’en haut.

Arrivé au ravitaillement sous les applaudissements. Cela fait du bien.

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

 

RAVITO 3 : CHAVILLE – PARC MARE ADAM (Km 57.7)

Temps : 04h43min51sec

Classement : 19ème

Je n’ai aucun idée de mon classement. Je ne me suis pas fait doubler depuis le début de la course en courant.. ou du moins presque pas. Seulement quelques coureurs m’ont repris lorsque je me suis arrêté pisser. Mais globalement, j’ai l’impression d’avoir doublé quelques coureurs, mais pas non plus des dizaines.

Un bénévole vient vers moi. « Tu veux de l’aide ? » – « Non, merci. Je prends juste un peu d’eau et je repars ». Je remplis mes deux flasques. Je bois rapidement dans l’une d’entre elle. Je passe faire un coucou aux bénévoles. Ah. Tiens. Du sauciflard. Trois petits bouts. Je les avale. Un quartier d’orange et on y va.

En avançant, je vois une femme parler à son mari. C’est un coureur très grand. Plutôt ultra-affuté. J’ai le souvenir qu’elle lui dit « Continue. Sinon tu vas être déçu demain. ». Il n’a pas l’air d’avoir envie. Enfin, c’est plutôt qu’il semble complètement à l’ouest. A fond dans son truc. Déconnecté du moment, du lieu, de la réalité. C’est assez troublant comme vision.

De mon côté, je suis encore frais. L’arrêt au ravitaillement me fait énormément de bien. Juste avant de ressortir, je repère quelques supporters qui attendent sous leur parapluie recouvert de neige. Je leur fais une petite blagounette du style « Bon courage hein.. Je sais que c’est difficile.. mais vous pouvez le faire ! Tenez bon ! ». Ma blagounette fonctionne.

Je jette mes déchets transportés jusqu’à là. Le coureur blanc et rouge (Guillaume je crois) s’approche lui aussi de la poubelle. On parle un peu tous les deux. Il semble aussi très très frais. Cela fait du bien de discuter.

On repart ensemble en discutant. Une bénévole nous indique alors « Attention.. cela glisse à la sortie du ravitaillement.. ». LOL. T’inquiète. Cela glisse partout depuis 50 bornes. On est habitué. Je le pense. Mais je ne le dis pas.

Nous longeons le cimetière. On discute comme si c’était la petite sortie du dimanche. C’est vraiment super sympa. Aucune concurrence entre nous. Aucune sensation de concours de bite. Juste deux mecs qui parle en courant. Il m’explique que le mec que l’on a vu dans le soucis au ravitaillement est un de ceux de la tête de course. Cela m’impressionne, mais je ne me rends pas tellement compte.

Au cours de la discussion, nous évoquons : Le fait que l’on se soit suivi pas mal de temps. Que l’on a rattrapé pas mal de coureurs sur les 15 derniers km. Que quelqu’uns vont encore surement craqués devant. Il me demande : « C’est la première fois que tu le fais ? ». Moi – « Non. La troisième. J’ai mis 7 h 44 l’an dernier ». Lui – « Ah bah.. t’es parti pour faire beaucoup mieux cette année ». Moi – « Ah oui ? Tu penses. J’ai pas regardé ma montre pour l’instant ». Lui – » Bah, dis toi que l’an dernier, je l’ai terminé en 07h04 en ayant des crampes sur 30 bornes ». (A ce moment très précis.. je me suis dit que j’étais en train de courir avec un warrior). Nous continuons à discuter un peu. Nous restons pendant 5 minutes ensemble. J’ai l’impression que ça a duré 20 minutes. C’est assez facile d’avancer à deux en fait.

Km 58.5. En bas d’une longue descente, je repère des bénévoles. Nous traversons la D181. A partir de là, je connais plutôt très bien le parcours. Nous arrivons plutôt vite. Les bénévoles ne nous ont pas repéré. Lorsqu’ils s’en rendent compte, c’est un peu tard, nous sommes lancés dans la descente et l’inertie nous pousse à continuer. Je regarde loin à gauche, une voiture avance, mais elle m’a repéré. A droite, c’est la même chose. J’estime que je peux y aller en sécurité. Le bénévole m’engueule un peu. Je comprends tout à fait. J’aurais peut être du m’arrêter. Ne serait-ce que par respect pour le bénévole. Mais, bon, en tant que tout bon parisien qui se respecte, la gestion des traversées de rues cela me connait. Guillaume (j’espère qu’il s’appelle comme cela) qui m’accompagne a freiné lui. Il a traversé calmement, et m’a déjà rattrapé. Comme quoi.. j’avais pas besoin de faire mon parisien.

Il me dit : « Tu devrais faire attention. L’organisation peut te disqualifier pour cela ». Sa phrase me fait un peu peur. Mais, je n’ai pas l’impression non plus de mettre mis en danger une seule seconde. Je croise les doigts. Pourvu que les bénévoles n’ait pas pris mon passage pour de l’arrogance. J’étais juste un peu lancé… on verra bien. Ca serait cruel je trouve.

Je le sais. Cela va remonter maintenant. J’annonce à Guillaume, que je vais ralentir un peu. Je ne veux pas me cramer dans la montée. Il reste encore 20 km et je veux en garder pour les 12 derniers sur bitume.

Je prends un gel. Guillaume s’éloigne. Je gravis la montée en terre rouge très calmement. En regardant loin derrière je ne vois personne. J’ai le temps. Je m’arrête pisser. Le liquide est totalement transparent. Félicitations. Tu as bien bu. Tu es bien hydraté. (On se félicite de tout et de rien dans ces moments là).

On relance. Objectif : rejoindre le ravito de Saint Cloud le plus rapidement possible, sans trop forcer non plus. Je vais avancer jusqu’au cimetière, gérer la traversée de Marne-La-Coquette et attaquer le parc de Saint Cloud.. seul. Et je resterai complètement seul jusqu’à la fin de la course.

Km 60. Traversée de Chaville. Une belle descente tout en bitume. J’adore ça maintenant. Il y a quelques temps j’aurai souffert des vibrations remontant dans les cuisses. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Je me penche en avant pour prendre de la vitesse. Cela déroule à fond. En bas, une route à traverser. Je fais bien attention à écouter les bénévoles. Petit signe de leur part. Je peux y aller. Ils m’indiquent « A droite, tu prends l’escalier ». Huuuuum. Un escalier. Souvenir d’UTMM… Cette sensation, je connais. Pas de problème.

Remontée avalée. Je rejoins la forêt domaniale de Fausses Reposes. Je connais par coeur chaque sentier à partir de là. Suffit de suivre le balisage et ça va rouler jusqu’aux lacs en contre-bas.

Km 61. Passage par les lacs. Avec la neige c’est bien cool. Je vois loin devant et loin derrière à ce moment là. Personne à l’horizon. Je continue. C’est pas le moment de craquer. Ne reste plus que 20 kilomètres. Je connais parfaitement cette distance. Ca va le faire. Je suis encore assez frais.

Un peu après le deuxième lac. Je prends à droite. Comme à l’entrainement. J’avance en direction de la rue. Pas de balisage. J’ai un doute. Je retourne en arrière. Ce n’est pas logique. Si c’était là qu’on doit traverser la route, il y aurait un bénévole. Je continue sur la longue ligne droite en espérant trouver un balisage. C’est le cas, 300 m plus loin. (Paie tes long moments d’incertitude).

Je regarde de plus en plus régulièrement derrière moi. Cela ne sert vraiment à rien. Mais cela doit me rassurer je pense. En fait, en réalité, je pense que j’aimerai bien voir quelqu’un derrière. Cela me motiverait à avancer à fond sans m’arrêter. Mais personne ne vient.

Km 64. Petit monotrace légèrement en pente qui longe le cimetière de Marne-La-Coquette. A partir de là, je peux y aller les yeux fermés. J’apprécie ce petit passage. Surtout en sachant que juste derrière cela redescend droit dans la ville.

Passage devant la maison de Johnny. Je suis obligé de me fredonner une petite chanson dans la tête. Cela sera : Iiiiiiiiiiiiiiiil Suffiiiiiiiiiiira d’une étincelle.. Oui..d’un rien ! Oui.. D’un geste ! Raaaaah lala. Du Johnny dans la tête en courant, il n’y a pas grand chose de mieux.

Je déboule au niveau de la place centrale de la ville. Depuis l’an dernier, je le sais, il faut prendre à gauche pour rentrer dans le parc. J’anticipe mon virage. Je ne me trompe pas. J’entre dans le parc. Je m’oblige à courir à fond jusqu’à ce que cela remonte un peu plus loin. Je commence déjà à penser au ravitaillement et à la suite. En longeant une prairie habituellement réservée pour les chevaux, je me demande s’ils sont bien au chaud. Le manteau blanc qui recouvre toute la prairie donne un petit côté « campagne » à cette fin de parcours.

Le bénévole qui doit sécuriser la traversée de la route m’a repéré. Il arrête une voiture qui vient pile poil à ce moment là. Parfaite anticipation monsieur. Je le remercie et lui souhaite bon courage. Quelques dizaines de mètres plus loin. J’entends le bruit de la portière de sa voiture. Tu m’étonnes. Mets toi au chaud bonhomme. La soirée va être longue pour toi.

Le terrain dans le parc de Saint Cloud est toujours assez difficile. Ce n’est pas  aussi compliqué, niveau boue, qu’auparavant, mais c’est pas non plus le parcours de santé.

Petite remontée. Je passe à côté du banc sur lequel j’avais été obligé de m’arrêter il y a quelques semaines à cause d’une sortie mal négocié (à jeun). Je me rappelle qu’il ne dispose plus que d’une seule planche. Je ne m’apitoie pas sur son sort. Je continue à avancer à fond.

ETAT NEIGE MEUDON

Sorry pour les crédits photo

J’ai recup’ sur Insta’. Je retrouve les auteurs sous peu ^^

Je profite pas mal de ce segment. La navigation est plutôt cool dans le parc. Les organisateurs auraient pu rendre la fin plus difficile, mais ils nous font passer par des chemins assez larges. C’est presque dommage.

Km 66.  Virage à droite. Je reprends une grande allée royale du parc. Ca remonte un peu. On passe par dessus un petit pont qui traverse la Route Paris-Versailles. J’ai vu un balisage sur un coin de la barrière du pont. Tout est totalement blanc autour de moi.

Une fois le pont traversé. Plus de traces de balisage. Je me dis que s’il n’y a pas de balisage c’est par ce que c’est tout droit et que l’on ira à gauche un peu plus loin. Impossible de repérer des traces de passages devant moi. L’allée centrale est en bitume et le sentier qui longe à gauche est en terre. Je ne vois toujours pas de balisage. Pas de traces de pas non plus. Je continue comme cela jusqu’à un grand rond point. Personne. Il n’y a personne. Je m’arrête. J’hésite. Dans ma tête je sais que le ravitaillement est un peu sur la gauche. Mais je sais aussi qu’on arrive au ravitaillement par une grande montée qui part de plus bas. Je regarde dans le champ s’il y a des traces de passages dans la neige. Rien du tout. Je décide alors de retourner en arrière. Je redescends jusqu’au pont. Je regarde bien à droite et à gauche. Il y a un petit sentier qui part dans la direction du ravitaillement. J’hésite à le prendre. Si c’était là qu’il fallait tourner, cela serait indiquer. Il y aurait au moins un ou deux balisages. Là. Rien. Je demande à des passants s’ils ont vu des gens courir. Ils n’ont vu personne. Je commence à m’énerver moi même. Ca recommence. Je me suis encore perdu. Je repars en direction du rond point. Arrivé à celui-ci je siffle fort. Plusieurs fois. Pas de réponses.

Fini les hésitations. Je perds trop de temps. Je décide de partir par une grande allée en direction du fond du parc. Je me dis que je devrai forcément croisé un balisage avant d’arriver au niveau des fontaines. Je suis enragé à ce moment là. Je me dis que je vais être disqualifié. Puis rapidement, en fait, au final, je pense que je me suis rallongé le chemin, donc j’aurai une excuse. Plus bas, je retrouve un balisage. Hiiiiiiiiha. Je continue à descendre jusqu’en bas de la pente. Je la reconnais. Il y a les barrières du parc en bas. Et une voiture de l’organisation. C’est top.

Virage à droite. Face à moi, la fameuse allée de la balustrade à grimper. C’est parti. Je l’attaque en courant. A la mi-hauteur je m’arrête pour une dernière pause technique. Petit pipi. Je prends le temps de regarder en bas. Personne n’arrive. Je me relance dans la montée. La fin est plus cool. Je termine à bloc.

 

 

RAVITO 4 : DOMAINE NATIONAL DE SAINT CLOUD (Km 69.3)

Temps : 05h51min02sec

Classement : 15ème

J’arrive dans le ravitaillement en solitaire. Le ravitaillement est vide. Aucun coureur à l’horizon. Guillaume a du speeder comme un malade. Les bénévoles sont tous au chaud. Le sol est une sorte de diarrhée de boue immonde (bon appétit). Normalement, c’est de la pelouse bien verte à cet endroit. Je suis applaudis. C’est sympa. Puis c’est le silence. Je m’approche des bonbonnes d’eau.

Un bénévole se rapproche de moi. C’est un podologue qui m’avait averti qu’il serait là. Je parle un peu avec lui. Il me dit que personne ne s’arrête pour se faire vérifier les pieds. Tu m’étonnes. Personne n’a envie d’enlever ses chaussures pour les remettre ensuite. Je remplis mes flasques. Les bénévoles sont silencieux. Je lance un gros : « Est-ce que çaaaaaaaa va Saint Clouuuuuuuuud ? ». Ils me répondent en coeur : « OUAIIIIIIIIIS ! ». Cela me fait rire. Je dis au podologue qu’il y a un problème de balisage un peu avant. Il me dit qu’ils sont au courant. Pas mal de coureurs sont apparemment arrivés par tous les côtés au pointage. Ils sont en train de régler le problème. Cela me rassure. Je me dis que si tout le monde s’est planté, on ne risque pas de disqualification. Je tape dans la main de mon supporter, en lui demandant mon classement. Apparemment, entre 15 et 20. Je lui dis.. « Top 20.. Faut que je speed alors.. Bon courage.. Hiiiiiiiha ». C’est reparti. Même pas besoin de sortir la Petzl, il fait encore totalement jour.

Je récupère un gel Coup de fouet en commençant la descente. Il m’en reste encore un. Je le prendrai sur les quais pour tenir sur le plat. Je descends rapidement la balustrade. Cette descente me plait énormément. Une pente assez légère qui permet de prendre de la vitesse sans être complètement emporté. Maintenant, je me dis que c’est le finish. Je suis plus frais que les autres années. Ca devrait passer sans s’arrêter.

Deux virages en épingle. Je les prends à la corde. Ca passe tout seul. Tournant à droite. Il faut remonter sur 200 mètres avant d’attaquer une descente sèche en direction de la sortie du parc. Je ne lache rien. Je me dis qu’étant donné que personne n’est arrivé au ravitaillement avant mon départ, cela veut dire que j’ai au moins 2 minutes d’avance sur un poursuivant. Ne craque pas. Continue à courir. La descente un peu plus technique passe toute seule.

Fin de la descente. S’en est fini de la boue. Je suis totalement concentré dans ce que je fais. Tout en bas. Avant la sortie du parc, quelqu’un semble m’attendre. Je ne le reconnais pas tout de suite. Je suis trop concentré. Il me félicite. Il court à côté de moi. « Tu vois qui je suis ? ». Je relève les yeux et le regarde une première fois. Je ne tilte pas tout de suite. Il me dit « C’est énorme ce que tu fais. T’es un champion. Tu dois plus être très lucide ! ». Il n’a pas tord. Je ne suis plus lucide du tout extérieurement. Je m’en rends compte. Mais impossible pour moi de m’exprimer clairement. Je l’ai bien reconnu pourtant. C’est un ancien collégue du boulot. On bavarde un peu. Il avance avec moi jusqu’au parking. On discute vite fait. Je pense que je n’arrive pas à prononcer la moindre phrase cohérente. Il a du un peu halluciner. Il me lache au niveau de la montée vers le petit pont. Je ne lache rien. Je continue à courir à fond.

Aucun bénévole. Heureusement, je connais cet endroit sur le bout des doigts. Virage à gauche. Escalier pour descendre sur les quais. Et c’est reparti. Je cours. Tout simplement. Il n’y a plus que cela a faire. Je me prépare à affronter la dernière montée finale dans Meudon et la redescende sur Issy-Les-Moulineaux. Elle est assez sèche. Mais je veux absolument la passer en courant.

Km 72. Arrivé au niveau de la montée. Je m’approche de la route pour traverser. Pas de bénévoles. Pas de balisage. Je m’arrête au niveau du passage clouté. Je regarde en direction de la montée. Je ne vois aucun balisage. Ni aucun tag ETP en orange au sol. Est-ce qu’on ne la fait plus ? J’ai tellement envie de la faire. J’en ai gardé sous le pied pour cela. Je me retourne, je regarde au loin sur les quais. Il y a d’autres balisages un peu plus loin. Bon. Bah. On va faire sans la montée cette année. C’est dommage. J’adorais la descente derrière.

Je ne réfléchis plus. Juste j’avance. Cette difficulté en moins pour finir, cela veut dire plus de plat. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. Je décide de courir jusqu’au pont que l’on traverse pour rejoindre l’île Saint Germain. Cela déroule facilement. Je suis en mode automatique. Ca avance en 4:45 min du kilomètre. Ce n’est pas énorme, mais c’est pas mal. Je pensais que mes chaussures allaient me faire souffrir à ce moment là. Mais pas du tout. Elles sont toujours confortable. La boue sur moi commence à tomber. C’est dommage, je voulais arriver bien crado pour les photos. Tant Pis.

Km 73. Pont traversé. Petite succession de marches pour redescendre sur le quai, et zigzag pour remonter vers le parc. Ca se passe bien. Je ne suis pas en souffrance. Je décide de continuer à courir jusqu’au parc André Citroen.

La traversée de l’île se passe très bien. Je ne suis pas fatigué. Je sais qu’il me reste un dernier gel coup de fouet. Je le garde encore au chaud.

Je commence à rattraper des coureurs du 50 km. Un peu difficile d’imaginer qu’en ayant fait 30 km de plus, on puisse récupérer des coureurs. Doubler me fait du bien. Et puis c’est pas comme si cela m’était arrivé souvent aujourd’hui. Je sais à quel point cela doit être difficile pour eux de se faire doubler par quelqu’un qui va trois fois plus vite alors qu’il a fait une plus longue distance. Je prends soin de bien les encourager. Cela me fait oublier le moment qui devient de plus en plus difficile.

Sortie du parc. Virage à droite. Je décide d’avaler mon dernier petit gel coup de fouet. Du Suuuuuuuuuuuuuuucre 😀 Que c’est bon. Ne serait-ce que psychologiquement. Les bénévoles m’ont repéré. Ils me font signe que je peux traverser. C’est top. Je voulais pas m’arrêter à cet endroit.

J’attaque le passage le moins joli / le plus moche de tout le parcours. Pour résumer, c’est la voie rapide sur la droite.. sur la gauche la Seine est cachée par une cimenterie, et on court sur un trottoir défoncé, jonché de déchets nombreux. Quelque sacs poubelles sont en vrac. C’est dommage cette année encore. Je pense que clairement, l’organisation pourrait anticiper juste pour cleaner ces 300 mètres. Quitte à faire un peu de cache misère. J’ai une petite pensée pour le dessin de Des bosses et des bulles. C’est tout à fait cela. Encore une fois, Matthieu Forichon vise juste.

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Crédit : Dessin – Matthieu Forichon – Des Bosses et des Bulles. 

Km 75. Ca continue sur cette longue phase de bitume. Je continue à doubler quelques coureurs du 50 km. Je n’ai plus la force de les encourager. Je ne pense plus qu’à une chose : Finir. Le plus rapidement possible. Sans exploser. De temps en temps, une voiture klaxonne. Ca fait du bien. Je continue.

Ca rebascule sur les quais. On ne va plus tout droit cette année. Il faut prendre un virage à droite pour passer dans le Parc André Citroen. Juste à l’entrée, une bénévole m’arrête. Je me demande ce qu’elle me veut. Peut être un contrôle des affaires obligatoires. Je m’arrête avec le sourire de circonstance (crispé). Elle me demande : « Vous êtes sur le 80 ou le 50 ? » Dans ma tête je me dis : « Franchement.. A ton avis..T’abuse pas un peu là ? C’est pas comme si j’avais un dossard Rouge et que je semble un minimum sportif.. » – Dans ma bouche : « Sur le 80 ! ». Elle parle au talki-walki – « Le dossard 560 c’est un 80… Tu m’entends ? Le dossard 560 c’est un 80. » Je suis complétement arrêté. J’ai l’impression que cela dure des minutes (en réalité cela a du durer 20 secondes). Ca me soule un peu. Je demande « Je peux y aller ? ». Je n’attends pas sa réponse. Je repars. Elle me fait signe d’y aller. Comme si c’était une évidence. Je ne suis (comme beaucoup je pense) plus du tout lucide, et ne pas avoir en face de soit quelqu’un de très directif c’est un peu troublant dans ce genre de moment. Bref. Courage à elle pour les heures à venir ! Je la remercie en filant.

On ne traverse pas réellement le parc. On ne fait que longer les quais par le haut. j’en ressort. Maintenant, je longe la voie de RER. Au loin, des piétons passent. Comme si de rien n’était. Les deux bénévoles, certainement un peu lassés ne m’indiquent pas clairement le chemin. Je dois leur paraitre abruti. J’ai besoin qu’on me fasse des grands signes. J’ai besoin que cela soit visible, criant, presque clignotant. Mon esprit ne discerne plus les signaux faibles. J’enchaine. Virage à gauche. Descente sur les quais. J’envoie.

Km 76. Un supporter qui semble me connaitre me dit : « Aller Casquette Verte.. C’est énorme.. Top 15 Champion ». J’ai un peu du mal à y croire. Top 15. Il doit se tromper. Il a du mal compter. C’est pas possible. Maintenant je ne m’arrête plus. Si c’est vrai c’est juste trop beau. Je n’ai plus le droit de craquer.

Les quais passent vite. Encore un pont et il faudra passer sur l’île des Cygnes. J’y suis presque. Virage à 180° sur la droite. Cela remonte jusqu’au pont. J’enquille. Me voilà sur le pont. Pas de traces de coureurs à ma gauche sur les quais. Logiquement, on ne peut plus me rattraper. Tournant à droite. Redescende sur l’île. Je double quelques coureurs. La tour Eiffel est vraiment proche maintenant. Je la discerne entre les arbres.

Ma foulée est rapide. Je saute d’un carreau à un autre sans trop de problème. Quelques flaques me font changer de trajectoire. 100 mètres plus loin, des touristes bloquent le passage, je crie « Pardooooooon. Coureur. ». Ils s’écartent. Je leur fais un petit signe de la main pour les remercier. Je vois l’escalier. J’arrive à son niveau. Je le grimpe. Main sur les cuisses. Elles sont fermes, mais ne sont pas douloureuses. C’est dingue. J’ai encore la pèche pour continuer.

Km 78. Me voilà sur le pont de Bir-Hakeim. Pas le temps de contempler. C’est presque fini. Je le traverse aussi vite que le métro y passe. (Bon.. peut être pas quand même). Les bénévoles au loin ne me regarde pas. Je siffle avec mes doigts pour attirer leur attention. Je leur fais signe que je vais traverser. Ils ne semblent pas me contredire. J’y vais. En passant à leur niveau, ils tentent de me dire que c’est en direction des quais. Je ne les écoute plus. Je connais.

Descente sur les quais. Un petit secteur pavé. Cela ne me dérange plus du tout. La musique de l’arche d’arrivée du 50 km s’entend de là. Cela donne beaucoup d’ambiance. Les quais sont complètement vides. Tout à coup, la tour se met à scintiller comme elle le fait à chaque heure fixe. Je me demande quelle heure il est.. 18 h ? 19 h ? 20 h ? Je n’ai aucune notion de mon temps. Je ne sais pas depuis combien d’heures je cours. C’est étrange. J’adore cela. C’est décidé maintenant, je ne regarderai plus jamais ma montre en course.

Je continue mon petit bonhomme de chemin sur les quais. Les émotions montent. Je suis au bord des larmes. C’est idiot. Je ne suis pourtant pas à bout. Je n’ai pourtant pas imaginé la fin de course depuis le début. Juste. Je le sais. C’est fini. Je vais bientôt m’arrêter. Virage derrière les petits stands et je remonte les escaliers. Pas de raison de marcher. Je les monte à fond. En haut, c’est la foule de touristes qui s’agite. Coup de bol, les bénévoles m’ont bien repéré. Ils font de la place pour que je passe. Je n’ai même pas besoin de m’arrêter pour traverser.

Virage à droite, il faut aller récupérer un petit bout de champ de Mars. J’y file. Les applaudissements sont là. C’est fantastique. Virage à gauche. Je le sais, c’est presque fini. J’avance très vite. Comme si la tour m’attirait. Une force de gravitation plus forte que les douleurs que je ne ressens pas. Un bon petit groupe m’applaudit. Je les applaudis en retour. Petit signe pour me diriger sur la gauche. Il faut viser le grand monsieur avec son parapluie.. j’en fait le tour. Je continue. Je suis au pied du pilier. Je défais ma veste que je range dans mon sac. Virage à droite. Je file sur la personne qui donne les tickets. C’est toujours assez drôle comme moment. Pourquoi prendre un ticket ? Sérieusement ? Si ce n’est que pour le symbole Marketing ?

Je rentre dans le pilier. Aller. Cette fois-ci tu ne lâches rien et tu montes en courant. Pas le droit de t’arrêter. J’enchaine bien les premières séries de marches. Je reconnais au loin Mickael. Le photographe de Wondertrail. On rigole ensemble.

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

Arrivé à son niveau, je commence à faire la course avec lui. Il tente de me rattraper. Je sens qu’il galère bien comme il faut. Le pauvre. Il se tape son énorme boitier à soulever. Je l’attends un peu. Il repasse devant. Le temps de faire une ou deux photos. Assez drôle comme arrivée.

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Crédit Photo : Mickael Lefevre pour WonderTrail

J’y suis presque, je vois le plafond. C’est l’arrivée. Deux dernières séries de marches. J’en remets une petite couche pour terminer. Je vois le tapis rouge. Virage à gauche. L’horloge indique 06 h 54 min.. J’hallucine complètement. Moins de 7 h. J’ai un peu du mal à y croire. Je me lance.. et comme traditionnellement.. Un pas à droite.. un pas à gauche.. Petit saut. Appui sur les deux pieds.. ET BIM BAM BOUUUM.. Le 3-6 d’arrivée ! 

 

ARRIVEE : 1ER ETAGE TOUR EIFFEL (Km 80.3)

Temps : 06h54min09sec

Classement : 14ème au Scratch – 11ème Senior Homme

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Je suis étonnamment plutôt très en forme. On me dirait qu’il faut repartir pour 80 km. J’hésiterai 5 secondes.. et je dirai : C’est par où ?.. Cette bonne forme, qu’est ce que cela veut dire ? Je ne me suis pas assez donné ? J’en avais encore sous le pied. Avec un jour de recul, je le pense. Mais ça.. qui sait..

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Récupération de mon t-shirt Finisher. Encore un qui va bien se balader tout le printemps et cet été dans le bois de Vincennes. Il y avait le rouge. Il y avait le vert. Cette année, cela sera le bleu. Pourquoi pas.

Mon premier réflexe est de demander une grande bière. Dommage. La tireuse est cassée. Je respire un peu. Je parle avec les quelques personnes présentes. Cela fait du bien. Je n’ai pas assez partagé ces dernières heures.

Quelques minutes plus tard, je tente de m’infiltrer dans le salon privé post-arrivée. Le vigile à l’entrée m’arrête. « Vous avez votre badge ? » .. Je le regarde.. Il me regarde.. Il me dit : « Ici. Monsieur.. Seul les 1 – 2 et 3ème peuvent rentrer. » – Je le regarde.. Un peu émoussé. « Et ben.. à l’année prochaine.. j’aurai qu’à faire 40 minutes de moins. J’ouvre la porte et la claque derrière moi ». Réaction un peu épidermique, je vous l’accorde. Mais clairement, il y a des façons de dire les choses. Et là, on appelle cela un GROS manque de tact. Bref. Passons. C’est pas de sa faute.

Je redescends par l’ascenseur. Cette année, pas de touristes asiatiques. Je suis déçu. C’est tellement drôle de voir les touristes qui ne comprennent pas pourquoi il y a mec qui pue, recouvert de boue avec une médaille autour du cou qui descend de la tour Eiffel. A la place c’est ascenseurs privées avec Justine et sa soeur (Merci pour l’accueil à l’arrivée 😉 ).

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Je file chercher mes affaires. A priori, l’organisation est joueuse. Les cars sont 200 mètres plus loin que l’an dernier. Heureusement, je pète la forme. Je plains les mecs qui vont arriver dans quelques heures, transis de froid, les jambes complètement cassées. Ils vont pas kiffer le cache-cache final post-80 km.

Je récupère mon sac. Et hop.. directement au gymnase. C’est parti pour la grosse séance réseaux sociaux. J’allume mon téléphone. Cela sonne de partout. C’est incroyable. Va me falloir pas mal de temps pour répondre à tout le monde. Mais je me motive à le faire. Ma copine me rejoins. Je suis heureux. Nous allons passer le reste de la soirée ensemble. Je pense que j’ai un peu du la souler. J’étais sur mon petit nuage « TOP 14 », cela me fait trop rire. Pour moi, les gens qui terminaient dans les 50 premiers c’étaient mes héros il y a 2 ans. Un niveau impossible à atteindre. Ou sinon un niveau atteignable avec des années et des années d’entrainement. M’y voici. Je n’y croit toujours pas. Je ne veux pas être mon propre héros. D’autres le font si bien.

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Fin de la soirée. Je retourne au niveau de l’arrivée. Il est presque 01 h du matin. Je regarde les derniers concurrents finir leur course. Ils sont courageux. Cela a du être autrement plus compliqué. Passer autant de temps dehors, dans le froid. J’ai une grande marque de respect pour chacun d’entre eux. Je les félicite. J’ai eu mon collègue au téléphone 5 h plus tôt. Il n’avait pas encore atteint le deuxième ravitaillement. J’ai eu peur qu’il se fasse rattraper par la barrière horaire. Mais le voici. Casquette UTMB sur la tête. Trottinant sans trop de problème. Il a l’air frais (ce con ^^). C’est drôle. Il finit comme si de rien n’était. Je l’attends tranquillement. Nous avalerons une bière ensuite.

La tour Eiffel s’éteint dans un dernier scintillement. Avec elle, se ferme une magnifique journée pour moi. Seulement un peu moins de 7 h sur les chemins. C’est dingue. Je n’en reviens toujours pas. Et pourtant, je ne suis pas trop fatigué. Je ne regrette pas ma gestion de course, je l’ai trouvé plutôt bonne d’ailleurs. Bien sûr, j’identifie déjà quelques réglages à apporter, quelques minutes à grappiller. Mais pour une fois, je profite sans penser au futur. J’ai l’impression que cette fois j’ai le droit. J’ai enfin réussir à accomplir quelques chose de pas mal. C’est pas encore incroyable. Mais ça commence à ressembler à quelque chose. Je suis content. Va falloir continuer à bosser. Mais je vais pouvoir me coucher sans regret. J’ai l’impression que mon obstination commence à payer. Vivement la suite.

UN GRAND BRAVO A TOUS LES FINISHERS – A TOUS CEUX QUI ONT TENTE L’AVENTURE – ET SURTOUT UN IMMENSE MERCI A L’ORGANISATION (malgré les petits problèmes de balisages.. mouahahahaha) ET AUX BENEVOLES QUI ONT GARDE LE SOURIRE MALGRE LE FROID.. VOUS ETES AU TOP !!

Casquettement Verte ! 

 

 

 

 

 

 

 

Récit Issy Urban Trail 2018 (30 km) – 6ème au général en 02h04min32sec (4ème Senior Homme).

Récit Issy Urban Trail 2018 (30 km) – 6ème au général en 02h04min32sec (4ème Senior Homme).

Et voilà. Premier dossard de 2018 accroché. Un premier dossard un peu particulier pour moi. Une distance relativement courte (30 km) et un trail très urbain. Autant dire que je ne m’attendais pas à jouer les avants postes sur cette course.

Deux boucles de 15 km dans  Issy Les Moulineaux à parcourir de nuit, dans cet fin d’hiver froid et humide que Janvier nous offre. Un tracé pas du tout linéaire. Beaucoup de changements de direction à 180°.. voir 360° parfois.. des passages dans des parcs en slalomant dans les allées.. Quelques remontées sur les hauteurs pour faire un peu de dénivelé.. des trottoirs humides et glissants en plein coeur de ville.. quelques segments boueux.. et la possibilité fréquente de relancer dans des descentes ou des plats tout en bitume.. Bref, l’Issy Urban Trail tient la promesse de son nom. Un trail Urbain !

Vous le savez surement déjà, je termine 6ème de cette course (Et non 4ème comme j’ai pu le penser un temps). Au pied du podium. Je peux ainsi maintenant me présenter comme le Poulidor du Trail.. cela me fait bien rire. Quelqu’un m’a envoyé un message pour me dire qu’au moins Poulidor, lui, faisait toujours deuxième. Et bien là c’est un peu pareil. A quelques places près.

Je ne suis pas déçu. Loin de là. Il y a bien évidemment la frustration de terminer au pied de mon premier podium. Une 4ème place dans ma catégorie. A 3 minutes du podium au Scratch.. Ca frustre. C’est clair. Je pourrais vous expliquer le pourquoi du comment qui m’a amené à ce relatif échec. Mais les explications sont presque toujours des justifications. Et je ne pense pas avoir à me justifier. J’ai pris beaucoup de plaisir sur cette course. A moi maintenant, de vous le partager !

 

 

Vendredi – 18 h – Veille de course : 

Je pars du bureau avec un collègue qui se lance lui aussi sur le 30 km. Sa première fois sur ce genre de distance. Je me sens obligé de l’accompagner dans sa fin de préparation. Je souhaite vraiment qu’il aille au bout.

Nous allons chercher nos dossards dans la Halle C. Guillaume. Je redécouvre avec beaucoup de joie la sensation de participer à une course officielle. Cela m’avait énormément manqué. Le simple fait de me retrouver en face de bénévoles et de dire : « Bonjour.. je viens récupérer mon dossard. Je suis sur le 30 » fait monter en moi cette douce sensation de bien-être et d’excitation pré-course. Je sens déjà que j’ai très envie d’y être. De me lancer.

Cela fait fait toujours bizarre d’aller chercher un dossard et de rentrer en métro chez soi. Maintenant que je suis habitué à faire des courses un peu partout en France et dans le monde, je me suis habitué à être un touriste de la récupération de dossards. J’attends autant de découvertes dans ce moment que dans la course en soit. Et là, être à Issy Les Moulineaux et demander un dossard.. c’est très étrange. J’ai l’impression de jouer à domicile. De ne pas vraiment m’évader.

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L’organisation n’est pas celle de l’UTMB ou de la Diagonale des fous. C’est clair. Mais elle n’a pas à rougir. On récupère rapidement son dossard. Les bénévoles sont très sympas. On peut rire avec eux. La dimension « Rencontre & Partage » est là. C’est un peu artisanal, mais cela fonctionne bien. Je trouve un certain charme à aller dans un gymnase pour me faire stabiloter le nom sur une feuille A4 imprimée et posée sur une table d’appoint recouverte d’une nappe en papier.

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Je n’ai pas suivi de préparation particulière pour cette course. Mon mois de janvier a été assez costaud niveau volume de course (autour de 365 km). Je n’ai pas tellement rencontré de gros pépins physiques.

La semaine précédent la course, j’ai effectué une belle sortie unique le mardi (27 km) histoire de faire tourner les jambes, et j’ai fait repos les jours suivants. Une grosse cure de sommeil (2 nuits de 10 h) afin d’arriver reposé, mais pas de malto cette fois. Uniquement du riz et des pâtes les 2 jours précédent le départ. Bref. Rien de spécial. Pas de secret de prépa à vous distiller.

Si j’avais voulu me préparer spécifiquement pour ce type d’effort, je pense que j’aurai fait 3 semaines avec des enchainements de sorties de 15 à 20 km à bloc sans pause, avec du poids dans le sac et une PETZL sur le front pour être à 100% prêt. Il est vrai que je suis simplement venu repérer le parcours deux semaines plus tôt. Durant cette séance de repérage, j’ai pu me rendre compte que sans balisage, c’est vraiment très compliqué de suivre le tracé. Je flippais déjà de me perdre.. Une sensation prémonitoire ? Qui sait !

 

 

Samedi – Jour de course. 

Je me réveille tard. Cure de sommeil oblige. Je me sens vraiment bien. Je ne ressens aucun stress, aucune boule au ventre. Le fait de savoir que je vais simplement courir autant qu’à l’entrainement inhibe totalement ma peur. Ma seule crainte est sur le rythme qu’il falloir imprimer. Je me connais, je vais vouloir envoyer plus fort qu’à l’entrainement. En fait, pour dire vrai, je sais que l’ambiance course officielle va me donner sans le vouloir des ailes. Je vais me sentir plus fort que d’habitude. Est-ce que je suis vraiment prêt à dépasser mes seuils habituels ? Est-ce que mon corps ne va me dire un « Et coco.. t’es mignon.. mais là.. tu te mets dans le rouge.. je vais te punir.. ça va faire qu’un tour.. et tu vas physiquement le ressentir.. ». Cette crainte me suit toute la journée durant.

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Je prépare mes affaires soigneusement et je fais ma traditionnelle photo d’avant course. J’ai décidé de partir très léger cette fois. Un simple short et mon T-shirt sans manches de la Diagonale. (Promis, je ne l’ai pas mis pour craner. C’est juste que je n’ai pas d’autres t-shirt en mode débardeur à disposition.. D’ailleurs, si un sponsor veut bien m’en offrir quelque-uns.. qu’il n’hésite pas.. hein 😉 ).

Niveau chaussures, je décide de partir en Running. Mes Asics Gel Noostra Tri 11 feront l’affaire. J’adore ces chaussures. Je cours avec depuis maintenant plus d’un an et je m’y suis totalement habitué. Je sais qu’il va y avoir quelques passages un peu boueux, mais je sais aussi que ce ne sont que quelques centaines de mètres sur le parcours. Ca glissera un peu. Mais ça devrait le faire.

Côté sac, je pars avec mon Salomon S-Lab 12L. Dedans, il n’y aura rien à part mes flasques 500 ml, mon iPhone et quelques gels. Pour la PETZL, je la joue royale en prenant ma NAO+. Je sais très bien qu’elle ne me sera pas d’une grande utilité, mais elle a deux grands avantages : 1 – Me permettre de mettre la batterie dans mon sac, pour ne pas avoir le poids à porter sur le crâne. 2 – Je la trouve très stable et confortable en course. Même à grande vitesse, elle ne bouge pas. C’est parfait.

Niveau montre, ma Garmin ForeRunner 325 va m’accompagner. Cela fait maintenant 3 ans que j’ai cette montre. Je suis réellement épaté par sa durée de vie ! Enfin, j’ajoute bien entendu ma Casquette Verte à cet attirail.

Juste après avoir poster la photo sur les réseaux sociaux. Axel Poudes, me fait remarquer que j’ai oublié de prendre des gants. (MERCI MEC). Bonne idée. La météo annonce très frais ce soir. Autour de 2 ou 3 degrés. Déjà que je pars en sans manche et short, l’oubli des gants aurait pu être fatal. (Comme quoi, les réseaux sociaux, c’est vraiment utile).

Je passe le restant de la journée à me reposer. Deux plats de riz, et HOP. C’est parti. Direction Issy Les Moulineaux pour rejoindre mon collègue qui semble par les messages qu’il m’envoie ressentir la lassitude de l’attente pré-course.

De mon côté, j’ai appris à gérer ces moments. A ne pas me laisser prendre par la pression qui monte. A bien prendre mon temps. A réfléchir sur ce que je dois faire ou ne pas faire. A réussir à me déconnecter complètement de l’enjeu. Sur le trajet jusqu’à chez lui, je fais mes traditionnelles exercices de relaxation et de respiration. Je ferme doucement les yeux. Respire par le nez et je fais complètement le vide en moi. Je suis paisible. Il y a beau y avoir un bordel pas possible dans le Tramway. Je suis un moine au milieu de cette jungle urbaine. On pourrait m’agresser à ce moment là que je répondrai par un proverbe tibétain sur la sagesse du corps et de l’esprit. Désolé.. je divague un peu.

Je reviens à moi en me rendant compte que j’ai oublié de prendre le ruban rétro-éclairant obligatoire pour la course. J’espère que l’organisation ne sera pas tatillonne et que je ne risquerai pas une disqualification. Les souvenirs de mon bonnet oublié sur la CCC reviennent à moi. Je pense que cela devrait passer cette fois.

Quelqu’un qui me suit sur Instagram m’envoie une photo du parcours. Il l’a fait dans l’après-midi. Il me dit que les passages dans les parcs sont assez boueux et que les escaliers sont glissants. Cela ne m’effraie pas plus que cela. Par contre, je remarque sur sa photo que le balisage au sol et très proche du tournant. Cela peut paraitre mineur, mais lorsque l’on cavale comme un déglingo, voir à la dernière seconde qu’il faut tourner sur tel ou tel chemin, n’est pas chose facile. J’aime bien anticiper mes virages, mes trajectoires. Avec ce type de balisage, je sais déjà que je vais louper des virages et même certainement me pommer. J’espère que les balisages hauts (rubans) seront visibles à l’avance et qu’ils seront rétro-éclairés.

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Je traverse maintenant Issy-Les-Moulineaux. Je commence à me demander quelle type de performance je peux espérer. Je me suis fixé l’objectif de faire un TOP 15 – TOP 20. J’ai regardé les résultats des autres années. La première place s’est joué en 02h05 l’an passé. Je pense au moins mettre 15 à 20 minutes de plus. Bien sur, dans ma tête je sais que je pourrai faire mieux. Mais est-ce que j’ai vraiment envie de me faire mal. Est-ce que j’ai vraiment envie de pousser le moteur dans le rouge pendant de longues périodes. Je n’aime pas trop cette sensation de dépasser les limites du raisonnable en terme de vitesse. Je pense déjà à mon objectif – de 3 h sur le marathon en Avril. Je n’ai pas hâte du tout. Je me dis que ce soir peut être un bon moyen de me tester sur ce genre de cadence. On verra bien.

J’ai rejoint mon collègue chez lui. Nous regardons le match de Rugby pour passer le temps. Les bières sont au frais. C’est moralement très dur de ne pas en prendre une. J’avale un paquet de pistaches pour faire passer cette frustration. Sur son iPad, installés dans le canapé, nous révisons une dernière fois le parcours. Il l’a bien repéré de son côté. Il m’indique les passages difficiles, les escaliers et les rues en pentes. Je lui dis que je sens que je vais me planter. Il me dit : « Tu n’as qu’à suivre les autres coureurs ».. Je lui réponds : « Euuuh. Et si il n’y a pas d’autres coureurs.. comment je fais ? ^^ ».

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19h50 – Départ pour déposer le sac dans la Halle C. Guillaume.

Nous nous changeons. Juste avant de partir, nous ouvrons la fenêtre. Il bruine. Ce n’est pas vraiment une averse, mais cela n’est pas l’ambiance Sahara – Tropiques non plus. Mon collègue regarde sur son application météo. Cela annonce 2 ou 3 degrés et l’icône est celui de la pluie et neige mêlées. Je le regarde. Je regarde mon short. Il me regarde. Je regarde mon t-shirt. Je ris. Je sais déjà que je vais me peler GRAVE !

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Sur le chemin qui nous mène à la Halle, nous repérons le balisage de la course. Le ruban est blanc, sans éléments rétro-éclairant. Et merde. Je vais me pommer. Je le sais. Je teste de voir si en éclairant avec ma PETZL je repère de loin le balisage. Clairement, je ne le repère pas. Pause « Conseil à l’organisation ». Si c’est possible, l’an prochain : Essayez de commander du rubalise jaune ou orange fluo. En ville, le blanc est partout. Il se repère mal. Je n’ai aucun reproche à faire sur la quantité de balisages présents sur la course. Juste la couleur.. blanc ce n’est pas stratégique. Je suis sûr en plus que le sponsor « Crédit Mutuel » ne sera pas dérangé.

Dans la halle. C’est l’ambiance de course qui est là. Dans tous les coins, les coureurs se préparent. Je croise quelques airs anxieux.. quelques positions de repos.. Quelques sourires de circonstances et un relatif calme avant la tempête. Nous nous dépêchons de déposer notre sac à la consigne auprès des bénévoles (toujours aussi sympas et encourageants) et nous partons en direction de la ligne de départ qui se trouve sur l’île Saint Germain.

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800 mètres à peine nous séparent de la ligne de départ. Sans pull maintenant, le froid commence à nous saisir. Le départ est dans 30 minutes. Il va falloir se réchauffer un peu. Nous trottinons. Je fais une ou deux accélérations pour tester les jambes. Les sensations sont tops. Cela va passer comme dans du beurre.

Arrivé sur l’île. Il fait très sombre. Les lampadaires de la ville ont fait place à un espace sombre plus en adéquation avec mes connaissances de la course nocturne. Je sais qu’il faudra repasser par là au moment du second tour. Je ne repère aucun balisage. Cela m’effraie. Je ne comprends pas trop par où le parcours peut-il bien passer. Au loin, nous repérons des flambeaux. En se rapprochant, nous nous rendons compte qu’il s’agit de jeunes bénévoles qui tiennent à bout de bras des torches enflammées. J’adore l’ambiance que cela créé. Manque plus qu’une musique d’ambiance du style « Grosse secte » et ça me rappellerait presque des cérémonies d’intégration en école de commerce. Un des jeunes nous accueille avec le sourire et beaucoup de sympathie. Nous le remercions et je lui lance un « Bon courage.. Hésite pas à changer de bras de temps en temps avec ta torche car tu vas douiller à force ». Il rigole.

 

 

20 minutes avant le départ – Nous approchons de la ligne de départ.

Elle se situe au milieu d’un grand champ. Comme posé. Presque au milieu de nul part. Les bénévoles aux flambeaux ont dressés une haie d’honneur. Franchement visuellement, et au niveau de l’ambiance c’est top. Je n’ai pas souvent vu cela sur des courses. Bravo à l’organisation pour l’idée ! C’est tout simplement génial.

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Crédit photo – Instagram – @Issy_Urban_trail

Nous arrivons donc au milieu de ce champ, 20 minutes avant le début de la course. Je suis très surpris. Il n’y a personne. Aucun coureur à l’horizon pour le moment. Tout le monde doit être encore au chaud dans la halle. De notre côté, la musique Electro à fond dans la sono nous motive plutôt bien. Nous sommes là, tels deux couillons à danser comme si nous étions en festival, habillés en trailer, frontale sur la tête. J’apprécie ce moment.

Pour me réchauffer (Et oui.. il fait toujours 2 degrés, il bruine et je suis toujours en débardeur – short) j’entame des accélérations dans le champ. J’allume ma PETZL et j’effectue des grands cercles. Je me prends pour un cheval qui profite de l’espace qui lui ait offert. Libre. Courant comme le vent s’engouffre dans les plaines. Les jambes répondent présentes. J’arrive facilement à dynamiser ma foulée. Je le sens bien.

 

 

10 minutes avant le départ. 

Les coureurs sont arrivés. J’avais peur de ne pas pouvoir être en première ligne. Que la malédiction de ma SaintéLyon recommence. Mais cette fois-ci pas de problème. J’y suis. Et puis j’y suis bien. Je me sens à ma place. C’est étrange. Sur autres courses, j’aurai énormément de mal à me considérer à ma place en première ligne. Là, c’est presque naturel. Comme si j’avais atteint le niveau qui m’y autorise. C’est très con. Mais j’aime cela. 3 ans en arrière, je me serais positionné très en retrait. Je n’aurai pas voulu me montrer. Je me serai fait discret. Là, c’est tout l’inverse. Je m’éclate en première ligne. Je danse. Je saute. Je joue avec mes jambes. C’est le bonheur.

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Copyright photo : Instagram : @9ariane2

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Le speaker me regarde et me dit un « Alors là.. toi t’as pas froid.. respect mec.. ». En me retournant, je me rends compte qu’autour de moi tous les coureurs sont très chaudement habillés. On dirait qu’ils partent pour la traversée du Mont-Blanc, ou de l’arctique sud. Du triple couche en veux-tu en voilà, avec des collants thermiques et des vestes imperméables. C’est drôle. Je n’ai même pas froid. Est-ce que c’est l’excitation ? Est-ce que je me suis mentalement bien préparer à avoir froid ? Je ne sais pas. En tout cas, je profite à fond !

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Départ dans 10 secondes. Je ne suis pas du tout concentré sur la course. Vite. Vite. Rentre dedans. J’ai déjà souhaité bon courage à mon collègue. Je peux me focaliser sur ma course maintenant.

9. Fait ce que tu sais faire.

8. Pas d’excès de confiance.

7. Si tu sens que ça pique.. teste toi avant de prendre une décision.

6. Aller. Un top 15 c’est faisable.

5. Oulà. Les deux mecs à gauche ont l’air super chauds.

4. Courir 30 bornes à fond. T’es vraiment prêt ? De toute façon c’est trop tard.

3. Un pas avant. Un pas en arrière. Pas en avant. Pas en arrière.

2. Ca y est. Cela recommence comme à chaque début de course. Respire une dernière fois.

1. Eclate toi. C’est que du bonheur.

0. GOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!

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21h00 – Départ de l’ISSY URBAN TRAIL : 

Je démarre à fond. Je ne pars pas en sprint. Mais je suis très dynamique. Au bout de 25 – 30 mètres. Je prends la tête. Cela me fait bizarre. Personne devant moi. Par contre, je sens bien une foule qui me courre après. J’ai l’impression de fuir en avant. De cavaler pour ne pas me faire manger par une horde de coureurs affamés.

Vers la fin du champ, je sens déjà que ce n’est plus une foule derrière moi. Cela doit être une ligne d’une dizaine de coureurs partis à balle. Je ne sais pas ce que je fais. Je ne réfléchis pas. Juste j’avance. Ma foulée est systémique. Pas réfléchie. Nous traversons une zone un peu inondée dans le champ. Pas le temps, ni l’intelligence de course pour l’esquiver. On passe droit dedans. Je pense à la boue et à l’eau qui rentrent dans mes chaussures. En temps normal, j’aurai fait un détour, ou, du moins, quelques pas de côté pour éviter cette sensation, mais là je continue. Droit dedans. Cela ne me dérange pas.

Deux vélos me précédent. Ils pédalent dur. Nous avons rejoint un sentier. Je peux réellement envoyer. D’ailleurs, je n’ai même pas besoin de me le dire. Je le fais automatiquement. La sensation d’être le premier est très étonnante. Je ne sais comment la décrire parfaitement. Ce n’est pas de la fierté, car je sais que ce ne sont que les premiers mètres, mais c’est plutôt une sensation de « devoir » et de « respect ». Comme si être premier sous entend devoir être à la hauteur de la course et du rang. S’écrouler ou faiblir serait presque manquer de respect aux autres coureurs. C’est avec ces images en tête que je continue à envoyer juste derrière les vélos.

Suivre des vélos qui pédalent à bloc. C’est très drôle comme sensation. J’ai l’impression d’être un animal. Je ne pense pas que le sens de la vie humaine soit d’être en débardeur dans le noir, sur des chemins boueux, une nuit de février, à courir frénétiquement en poursuivant deux bonhommes sur des engins mécaniques. Ce n’est définitivement pas le sens de la vie selon moi.. mais c’est pour cela que cela me plait. Cette image reste gravée en moi.

Nous tournons les jambes à fond. Je termine presque le premier kilomètre en tête. Ma montre bipe. 3min40 secondes au km. Ooooh putin. Je suis parti fort. Même à l’entrainement, lorsque je veux faire de la vitesse je ne pars pas comme cela. Je me résonne un peu. « Mon grand.. tu as encore 29 km à faire.. ne te crame pas tout de suite. C’est pas grave de lâcher la première place.. de toute façon ce n’est pas ton objectif.. rentre dans ton rythme sans te soucier des autres ». Je ralentie un peu.

J’ai beau ralentir. Nous rattrapons les vélos qui mènent la course. Un des deux vélos se loupe dans un virage. Le chemin est très glissant à cet endroit. Si le mec à vélo s’est foiré, autant dire que de notre côté c’est Holiday On Ice. Et vas y que chaque foulée part totalement en couille, et vas-y que tes appuis et rebonds finissent en savonnette à chaque fois. Si des observateurs nous regardent, ils doivent se marrer. Un troupeau de coureurs qui tentent d’envoyer comme des brutes et qui ont le pas qui glisse à chaque foulée. Pour vous faire une image, je vous propose de regarder un épisode de dessins animés du style « Bip Bip le Coyotte » lorsque le coyote tente de courir sur de la glace. Vous l’avez ?

Fin de la première section boueuse. Nous repassons sur du bitume. Les coureurs autours de moi se demandent entre eux :  » Tu es sur le 30 ? Tu es en solo ? Ou tu es sur le relai 2 x 15 km ? ». Je ne comprends pas. Je pense qu’ils doivent être là pour la gagne. A vrai dire, personnellement je m’en tape. Je réponds à la question, mais ne la pose pas en retour. Je suis concentré sur le fait que je cours beaucoup plus vite que d’habitude, et cela me prend déjà beaucoup d’espace au niveau des neurones.

Je suis maintenant en 2 ou 3ème position. Virage à 90° à gauche. Virage à 90° à droite. Et c’est parti pour l’ambiance trottoir qui va rythmer la soirée. Le premier coureur à doubler le vélo. Je me retrouve juste derrière lui. Ca pédale fort. Il me gène quelques fois dans ma foulée. J’ai envie de lui demander de passer sur la route, mais ma respiration m’empêche de prononcer la moindre parole audible.

Après le terrain de foot, dans un virage à 90° sur la droite, une meute d’enfants crient au loin. Je sais que que Bertrand Lellouche (l’auteur de Trails et Ultras Mythiques) m’attend à cet endroit. Je l’ai rencontré sur l’UTMM en décembre dernier. Je le discerne à peine. Il m’encourage « Aller Casquette Verte !! ». Cela fait beaucoup de bien.

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Encouragements pris. Je continue à avaler le parcours à pleine bourre. La vitesse que nous avons tamponné au départ est restée notre vitesse de croisière. Ma montre BIP le deuxième kilomètre. Je prends le temps de la regarder. 3min41 au kilomètre. Ce n’est pas possible. J’ai un peu du mal à y croire. Je cours depuis 2 km à plus de 16.4 km/h. WTF !! Je dois me résonner et ralentir un peu.

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Nous longeons maintenant l’ile dans le sens inverse. J’ai l’impression que nous avons déjà fait un trou avec le reste de la course. Je n’ai plus la sensation d’avoir une dizaine de coureurs derrière moi. Je ne me retourne pas pour vérifier. Mais je le sens, je l’entends. Il n’y a pas de bruits derrière moi. Aucun clapoti de d’urban trailer sur bitume. Je suis en troisième position. La tête de course commence à s’éloigner un peu devant moi. A peine quelques dizaines de mètres.

A la fin de l’île, je dois avoir 150 à 200 mètres de retard sur le premier. J’ai ralenti en 3min47 du km. Le leader a du garder le rythme de départ. Costaud le mec ! Nous traversons le pont pour quitter l’île et rejoindre Issy Les Moulineaux. Une grande ligne droite tout en bitume, très plate me permet de faire le point. Je regarde de temps en temps sur l’île. Je vois peu de coureurs. Pourtant c’est à peine 500 ou 600 bons mètres derrière moi. Je me dis qu’il faut maintenant gérer mon effort car les premières difficultés en terme de dénivelé vont commencer.

J’avance. Un coureur n’est pas loin derrière moi. Il me double sur cette section plane. Il me dit que nous sommes peut être parti un peu vite. Je rigole. Et tente de lui répondre un « C’est clair ». Mais j’ai encore beaucoup de mal à parler. Il est devant moi maintenant. Il prend rapidement un peu de distance. Il est vêtu d’une belle tenue rouge et bleu de triathlète. Ce genre de tenue que je n’oserai pas porter. Je m’évade dans son déguisement de course. Je l’analyse. J’ai l’impression qu’il n’a pas de réserve pour boire. Je me demande comment il va tenir.

Je repère les bénévoles au niveau d’un feu (tricolore) un peu plus loin. Nous devons traverser l’avenue qui longe la Seine. Je suis seul. Le coureur devant moi, m’a mis 50 mètres. Je n’ai pas faibli sur mon rythme depuis le départ. Mes jambes qui ont été un peu douloureuses sur le deuxième km (le temps qu’elles se réchauffent quoi) commencent à avoir compris ce qu’il va leur arriver.

En débarquant au niveau de la route à traverser, les bénévoles me demandent de m’arrêter. Clairement, c’est pas cool. Je me retrouve à l’arrêt le temps qu’une voiture s’arrête au feu. Ok. Je comprends le besoin de sécurité. Mais là, clairement, m’arrêter à 0 km/h. C’est un peu difficile à encaisser. Aussitôt la voiture arrêtée, il faut redémarrer. Qu’est ce que c’est dur. Faire 3 km à bloc. S’arrêter sèchement et devoir redémarrer aussi fort. Je prends sur moi.

 

 

Kilomètre 3. 

L’arrêt au passage piéton m’a tout de même permis de reprendre mon souffle. Je passe de 187 bpm à 176 bpm. C’est déjà ça de gagner. Mon coeur vous dit merci.

On attaque une petite côte. Je suis très à l’aise dedans. Ma relance se passe finalement très facilement. En haut de celle-ci, un bénévole indique de tourner à gauche et de rester sur le trottoir. Je m’exécute. A fond.

Là, je le sais, c’est tout droit pendant un petit moment. Je renvoie sévère. J’ai en ligne de mire le triathlète rouge et bleu. Je souhaite rapidement le rattraper pour courir à deux. 30 secondes plus tard, je suis à son niveau. Je rentre dans sa cadence. On échange quelques mots. Je ne sais pas si c’est lui qui parle mal, où mes perceptions qui ne sont pas bonnes ; mais j’ai beaucoup de mal à la comprendre. C’est étrange. Mon accélération pour le rattraper m’a obligé à rester un peu derrière lui. Dans son rythme. Je ne réfléchis plus du tout au parcours. Je le suis. Sottement.

Nous traversons un carrefour. Les bénévoles ne semblent pas nous demander de changer de direction. Nous continuons tout droit. Nous avançons à fond sur le trottoir en ville. Mon esprit est concentré sur les petits poteaux à éviter. La simple pensée d’en prendre un dans les jambes à pleine allure m’effraie un peu. Je suis complètement focalisé. Cela fait maintenant un bon moment que nous allons tout droit. Je ne suis pas étonné. Je suis encore complètement dans un suivi du coureur qui me précède. Je ne prête pas attention à mon environnement.

Tout à coup. Arrêt net devant moi. Des bénévoles sont là. Ils nous arrêtent. « Vous vous êtes trompés ! ». « Là, c’est l’embranchure après les escaliers qui redescendent. Vous avez loupé le virage sur la droite en direction de la montée de la Pucelle »… ET – MEEEEERDE ! Ca recommence. Je m’en veux. Pourquoi je n’ai pas fait attention. Pourquoi j’ai suivi bêtement les autres coureurs. C’est la seconde fois que cela m’arrive dès le début de la course. (Souvenir du Trail du Mont D’or).

C’est terrible comme sensation. Avoir fait un super début de course et savoir que tu peux prendre les 15 dernières minutes, les rouler en boule et les jeter dans la corbeille. A ce moment là, il faut avoir une grande force d’esprit pour se dire de repartir. Vaille que vaille. Faire abstraction de la frustration créée. Bien entendu, au fond, tous les rêves de classement s’échappent. Tu as envie de grogner, d’engueuler tout le monde. Tant d’entrainement pour tout gâcher sur une erreur. Raaaaaaaah. Oui. C’est rageant. Oui. C’est frustrant. Oui. Cela vous transforme en un éternel déçu.

Et c’est là que l’on voit réellement si quelqu’un a du mental selon moi. Si tu repars, la tête basse. Vexé. Enervé. En ressassant pendant toute ta course cette erreur. Tu peux être sûr que cela va mal se terminer. Tu vas faire d’autres erreurs. Tu vas te laisser submerger par les émotions. Tu vas laisser une personne qui n’est pas toi prendre le contrôle. Tu ne vas plus rien contrôler. Bref.. tu vas ch*er dans la colle ! Alors qu’au contraire, si tu repars avec le sourire. En te disant que c’est un fait de course, que cela arrive. Que la course ne serait pas la course sans cela. Que c’est une bonne raison pour tout donner maintenant et prouver que même en faisant des erreurs tu arrives à cartonner. Bref. Si tu prends la chose comme elle est : C’est à dire quelque chose de non dramatique.. et bien je pense profondément que tu mets toutes les chances dans ton panier pour réussir une nouvelle course qui commence tout de suite pour toi.

Vous l’avez surement compris. Je suis plutôt du deuxième type de réaction. Je grogne un peu. Mais rapidement, je relativise et je me dis qu’il y a pire dans la vie que de se planter de 900 m sur un trail. (Personne ne pourra me dire le contraire). Bref. Je fais un CTRL A + Suppr de mon début de course et je repars à la conquête.

900 m de plus c’est tout simplement 4 minutes de perdues et un peu de fatigue accumulée en plus. J’estime qu’en revenant sur mes pas et en reprenant la course, je vais reprendre le bon sentier autour de la 40 / 50ème place. Il ne faudra plus faire sa course en fonction de la tête qui sera irrattrapable. Mais il faudra tout simplement faire SA propre course. Remonter patiemment les coureurs. Les uns après les autres. En ne tentant pas à chaque coureur passé de recalculer le classement. Le classement n’a plus aucune importance. Il faut se faire plaisir maintenant. Aller chercher un chrono sur 30 + 0.9 km. Au feeling. Au sensation. A l’envie.

Sur le retour qui nous même à l’embranchure loupée. Je discute rapidement avec mon collègue d’infortune. Il râle. C’est de la faute des organisateurs. C’est de la faute des bénévoles. C’est de la faute des rubans. Bref. C’est de la faute de tout le monde sauf de lui. Il semble très frustré. Je décide dès les premiers pas dans la montée des Pucelles de le laisser partir un peu devant. Non pas qu’il me gène. Mais je ne suis pas dans le même état d’esprit à ce moment là. Je n’ai pas envie de cela. J’ai envie de profiter sans trop me poser de questions. Je le retrouverai surement un peu plus loin me dis-je.

 

 

Première montée des pucelles – 4.5 KM. 

Je rentre dedans assez calmement. (Par pitié. Pas de double sens. J’adore l’humour grivois. Mais là.. c’est un peu tendu en ce moment.. donc motus et bouche cousue). Ma foulée se ralentie d’elle même. Je me mets en mode économie d’énergie. Je ne vais pas la monter à fond comme j’avais pu le faire à l’entrainement. Je veux pouvoir renvoyer directement à son sommet.

Il y a du monde devant et derrière moi. C’est la première fois depuis le début de la course que je vois autant de coureurs. Ils montent moins rapidement. Je n’ai pas trop de mal en marche rapide ou en renvoyant une accélération à les doubler et à laisser derrière.

Un photographe attend en haut de la montée. Je ne prends pas le temps de me mettre dans l’axe de son objectif. Je coupe le virage dans le % fort et je continue sur la pointe des pieds, en course, comme j’aime le faire depuis une grosse année. Ce n’est pas tout à fait du Dawa Dachhiri Sherpa.. mais cela tente clairement de l’être.

Je finis la montée en reprenant de l’allure. L’idée est de revenir très rapidement à un rythme convenable et à renvoyer de la vitesse dès le plat atteint. Cela fonctionne. Dans la ruelle qui redescend me voilà à nouveau à fond.

En bas de la ruelle, il faut tourner à 90° sur la gauche pour rester sur le trottoir. Autant dire que je me loupe complètement. J’arrive pleine balle depuis la ruelle et je fais un virage très large sur la route. (Avis aux organisateurs, si la rue est passante niveau voiture, je vous conseille de mettre un bénévole à cet endroit).

Ce virage très large me permet de repasser sur une foulée aérienne. J’apprécie ce que je fais à ce moment là. J’aimerai qu’une caméra avec un sacré ralenti me filme. Je mettrai l’image en noir et blanc avec la musique du Professionnel à fond. Ca ferait quelque chose de beau. (Je pense réellement à ce genre de truc quand je cours de temps en temps ^^).

Virage à 180° à gauche. Nous entrons dans le jardin botanique. Il s’agit d’un tout petit parc. Je l’ai déjà repéré lors de mon entrainement.

Pour bien le commencer, c’est direct dans une sacré pente tout en bitume qui se termine par un enchainement de marches basses d’une soixantaine de centimètres de long. Ce genre de marches où tu ne sais clairement pas trop comment courir.

Je passe étonnement bien dedans. Elles me rappellent les marches après le Maïdo sur le Grand Raid. Bon.. clairement dans une autre mesure.. mais la saveur du souvenir revient bien à moi. Virage sur la gauche, petite remontée qui casse bien le rythme. Virage à droite. Quelques marches d’escaliers pour redescendre. Elles sont en bloc de pierres style marbre bien humide. Je me teste sur les 4 – 5 premières. Elles sont glissantes, mais j’ai connu pire à Montmartre. Je peux envoyer. Fin de l’escalier, chicane à gauche, puis deux fois à droite. Ca relance droit jusqu’à la sortie du parc. Je pense que sur les 200 mètres de « navigation » dans le parc, j’ai du doubler facile 5 coureurs. J’ai un peu du mal à comprendre pourquoi je passe aussi bien ce genre de difficulté. Je ne m’y entraine pourtant pas du tout. En tout cas, je prends.

 

 

Sortie du jardin botanique. Virage à 90° à gauche. Et là c’est un enchainement d’escaliers qui se dresse devant nous.

En bas, je repère les bénévoles qui nous ont indiqué notre erreur auparavant. Et dire qu’il y a 10 minutes j’étais là bas. Bref. J’entame l’escalier avec de l’entrain. Il ne s’agit pas d’une succession de marches, mais plutôt d’une succession de plateaux de 1m50 à 2m50 ponctués de séries de 3 à 5 marches. Dans la première série de marche, je lance mon pied gauche en direction de l’avant dernière afin de me donner un appui. Cela saccade ma foulée, mais cela fonctionne.

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Copyright – Photos Issy Urban Trail.

Je tente sur la seconde série de sauter les 4 – 5 marches. Cela passe. Assez facilement. Je prends même de la vitesse. Cette inertie, me pousse à continuer à sauter les autres séries venant. Me voilà.. à fond les ballons dans l’escalier.. en train de sauter les marches comme s’il s’agissait de petites racines. A partir d’une certaine vitesse, je commence à croiser les doigts. Pourvu qu’il n’y ait pas de séries de marches avec 6 ou 7 marches. Cela deviendrait dangereux. Heureusement, je suis déjà en bas. Les bénévoles nous indiquent « Attention à la plaque. Elle est glissante ». Ils ajoutent à mon passage « Ah. C’est celui qui s’est trompé ». Merci bonhomme. J’avais besoin de ça. Je fais abstraction.

On traverse maintenant une longue avenue en direction du pont du RER. J’envoie un gros rythme. Je suis habitué à courir en ville sur les trottoirs. Je suis donc vigilant aux sorties de magasin, à l’allure des passants et aux voitures qui passent. Cette habitude me permet d’éviter un caddie à triple roues qui se retournent sur moi, un petit jeune en trottinette qui décide de faire une figure à mon passage, et une voiture qui se gare à l’arrache sur un bateau. Bref. La ville quoi.

Virage à droite. On passe sous le pont de RER. Et on continue tout droit. Lors de mon entrainement, j’avais pris directement à droite dans une petite ruelle qui monte bien. Je vérifie alors le marquage au sol. C’est bien tout droit. Je pense que l’organisation a préféré ajouter du kilométrage tout en simplifiant l’impact du dénivelé. Cela tombe bien. Les faux plats montants. C’est ma passion. Je file dedans.

Depuis la montée de la pucelle, je double aussi des marcheurs. Ce sont les marches nordiques 10 et 15 km je présume. Ils font plutôt très attention aux coureurs qui arrivent et s’écartent rapidement du chemin. C’est sympathique de leur part. Je les remercie à chaque fois.

 

En haut du long faux plat qui m’a permis de doubler à nouveau quelques coureurs et de rattraper un petit groupe qui s’est formé.. En haut de celui-ci donc, j’entrevois le Parc Rodin. Lors de mon repérage, j’avais tourné un peu dedans. Le dénivelé est assez faible, mais cassant sur la fin. Je vais en profiter pour prendre mes premières gorgées d’eau. Sluuuuuuurp. Ah. C’est pas de l’eau ça. J’avais déjà oublié. Une de mes deux flasques est remplie de Powerade. Pourquoi pas. Mais avec le recul. Franchement, je ne le conseille pas. C’est très bien lorsque l’on a des ravitaillements en eau sur le parcours, mais sur ce type de tracés, je conseille plutôt de partir simplement à l’eau clair. C’est amplement suffisant et l’effet hydratant est meilleur selon moi. Au moins.. psychologiquement parlant.

Je gravis les marches du parc en courant, et j’enchaine bien la fin de la montée. J’esquive les passages anti-voiture et anti-scooter avec dextérité et je relance. Je ne sais pas trop où se trouve la sortie. Je sais que l’on doit redescendre sur la rue du dessous. Mais impossible de savoir par où. Heureusement un bénévole nous indique qu’il faut tourner à 180° sur la gauche et prendre un chemin en pente. J’entre dedans comme on démarre sur un tire-fesse. Promptement.

Un peu trop d’ailleurs. Je me retrouve très rapidement en bas. En tout cas, un peu trop tard pour bien prendre le virage en direction d’un escalier qui descend sur la droite. Arrêt net. Demi-tour. Et saut dans l’escalier. Les marches sont trempées. La matière en briques plates rouges (dans mon souvenir) du revêtement semble glissante dans mon esprit. Je prends garde. Ma main droite se positionne 2 cm au dessus de la rambarde longeant le mur. Je suis très concentré. A la moindre sensation de glissade, mon cerveau va envoyer un signal à grande vitesse dans ma main pour quelle me permette de retrouver l’équilibre. Je plane au dessus de l’escalier. Ultra concentré. Cela fonctionne. M’y voici en bas.

Long faux plat montant en direction du prochain parc. J’adore cela à nouveau. Je profite du moment pour faire un point sur mon état de forme. Tout semble OK. Mes jambes sont très fraiches. La sensation de brulure que j’ai pu ressentir sur les premiers kilomètres au démarrage n’est plus. Aucune mauvaise sensation. On peut continuer. Virage à gauche indiqué par deux bénévoles. J’entre dans le parc Henri Barbusse.

J’ai bien en souvenir le début du chemin. Un serpent tout en descente qui fait des virages en S pour mieux faire profiter de l’espace qui s’offre aux promeneurs. J’attaque chaque épingle de manière très agressive. J’arrive par l’extérieur. A 2 mètres de l’angle du virage, je prépare ma foulée à basculer. A 1 m 50 du virage, je bascule mon poids en direction du point de chute en sortie de virage. L’inertie tout à coup modifiée, j’axe alors mes épaules vers la pente. Puis plus rapidement en direction d’une diagonale formée par mon regard qui cherche le bout du tournant. Mon épaule droite prend encore un peu de temps avant de basculer d’un coup sec dans le virage. Ma foulée est en pleine pente. Il me suffit simplement encore de mettre un coup de pattes et me voilà sorti. Je n’ai même pas besoin de relancer fort. Une foulée plus tard, je suis déjà dans le rythme. Près à attaquer la prochaine épingle.

Après les quelques épingles enchainées, je continue dans le parc. Je suis seul à ce moment là. Je repère au loin devant, une lumière revenir dans ma direction, juste au dessus de moi. Il y a donc encore un demi-tour un peu plus loin. Je fonce. Je profite de ce terrain relativement plat. J’arrive au virage. Deux bénévoles m’encouragent : « C’est bien ! Belle foulée ! Ca relance fort dans le virage ». Bon.. J’avoue. A ce moment là, je me sens totalement invincible. J’attaque dans le virage juste devant les bénévoles. Cela monte un peu tout de suite après en direction d’un escalier pour sortir du parc. J’accélère dans la montée. Arrivée sur les marches, je les grimpe deux par deux. Savoir qu’il y a un coureur pas loin devant me motive beaucoup. Je vais le croquer.

Je sors du parc. Plutôt frais. Nous sommes à nouveau en ville. C’est relativement calme ici. (Non pas que c’était la Java en bas.. mais au moins.. on ne croise pas de passants à tous les coins de rues). J’attaque à nouveau un faux plat en direction du fort. Je sais qu’il n’est pas très loin. J’en profite pour bien respirer en reprenant une foulée régulière. Le coureur qui me précède n’est plus qu’à quelques dizaines de mètres. Je me fixe dans son rythme un instant. Puis j’enclenche. Je le double en traversant la rue. Virage effectué. Nous sommes presque au niveau du terrain sportif qui précède le fort.

A vrai dire. A ce moment là. J’ai beau faire une belle course. Je ne suis pas à 100 % de mes capacités. Je ne pousse pas la machine. L’erreur et le km de trop parcouru me frustre encore un peu. J’ai du mal à avoir envie de me faire mal. J’ai beau doubler pas mal de marcheurs et de coureurs.. j’ai l’impression que la tête de course est encore très loin. Ces pensées quelques peu négatives s’effacent lorsqu’à un tournant longeant le Fort d’Issy-Les-Moulineaux un coureur me reconnaît. Il me demande « Tu t’es perdu ? » « Ouais ». « Ah merdeeeeee ». « En tout cas bravo pour ta progression c’est impressionnant ». Je continue à discuter quelque peu. Je suis flatté. Je ne le montre pas. Mais intérieurement j’ai rougi.

Le compliment m’a redonné envie. Je relance ma foulée à un gros niveau. Je me mets rapidement dans le rouge. Mais dans le bon rouge. Le rouge qui tache. Le rouge dynamique et enivrant. Celui dans lequel on glisse le bout des pieds, mais dans lequel il faut prendre garde à ne pas chavirer. Le coureur reste avec moi quelques dizaines de mètres, puis me lâche en me souhaitant une bonne fin de de course. Je fonce. Il m’a redonné la pêche. C’est pour ça au final que je partage mon expérience. C’est pour aussi avoir cela en retour. Pour avoir de l’envie. Pour avoir de l’énergie. Pour me sentir redevable. Obligé. Pour courir pour d’autres que pour moi.

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Copyright – Photos Issy Urban Trail

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Copyright – Photos Issy Urban Trail

Fin des virages autour du fort. Je n’avais pas du tout repéré ce coin à l’entrainement. C’est assez insolite comme endroit pour courir une course officielle. On a un peu l’impression de passer dans une résidence privée. On craint presque de croiser une poussette ou quelques enfants en trottinette. Heureusement pour nous, il pleut et les familles du coin ne sont pas de sortie.

Je repère un escalier au loin. Il faut l’emprunter pour redescendre au niveau de la rue. Une bénévole me conseille de prendre garde à ne pas glisser dans le virage. Je ne l’écoute pas plus que cela. Je passe à fond. En bas de l’escalier, plus de fléchage. Plus de balisage. Je ne comprends pas par où est le chemin. Sur ma gauche trois petits tunnels. J’hésite. Est-ce tout droit ? Ou faut-il emprunter un tunnel ? Je suis maintenant à l’arrêt. Je crie « C’est par où ? ». « C’est par où bordel ? » (désolé pour le bordel..). Une femme me répond. « Par là sur la gauche.. prends le tunnel ». Et Hop. Je redémarre. Je plonge dedans en relançant fort. Ce deuxième arrêt ne m’a pas permis de respirer. C’était plutôt angoissant. J’ai déjà assez perdu de temps une fois, je ne veux plus que cela recommencer.

Je file. Le balisage est meilleur dans cette partie du parcours. Et j’ai bien en tête le trajet à effectuer. Un gros virage sur la gauche.. puis quelques centaines de mètres plus loin, gros tournant sur la droite dans des escaliers pour attaquer une longue ligne droite légèrement en descente. J’ai bien repéré ce coin. Je me suis même dit que s’il y avait du temps à gagner sur cette course.. c’est bien à cet endroit là. J’applique mon plan. Je suis dans cette pente légère et j’envoie comme un bourrin. Sur le kilomètre tout droit je repasse au dessous des 4min du kilomètre. Cela fait du bien. Je n’ai même pas l’impression de taper dans les réserves. Arrivé en bas de la descente, un bénévole m’a reconnu. Il m’encourage. Je fais un petit signe de la main et je le remercie avec le peu de voix que j’arrive à émettre.

150 mètres plus loin. Virage à gauche, il faut rentrer dans le Square de l’Abbé Derry. Je ne comprends strictement rien au parcours. Il y a des rubans dans tous les sens. On se croirait dans une fil d’attente d’un festival un peu cheap. Je cherche des flèches au sol, j’en repère une. Elle m’oriente plutôt en direction de la gauche. Très bien. Faisons comme ça.

Il y a tellement de rubans. Une vrai file d’aéroport pendant les vacances scolaires. C’est par où au prochain virage ? Je comprends rien. On ne suit même plus un chemin au sol. Je n’ai pas le temps, et je vais trop vite pour bien percevoir tout mon environnement. Dans le fond gauche du parc, je ne comprends pas le tracé à prendre, je commence à passer entre deux barrières avant de comprendre qu’il faut faire le tour d’un arbre et repartir dans l’autre sens. Clairement.. A fond.. La première fois.. Quand tu ne connais pas.. C’est impossible de le faire tout en courant au feeling. Je finis tant bien que mal à quitter ce square. Petite descente d’escalier, et on plonge dans le Parc Jean Paul II.

On entre dans ce parc en passant par un mini-monotrace. Le seul de tout le parcours. Cela fait 5 m de long et pourtant j’ai les sensations qui montent. Trop rapide. Trop court. C’est déjà fini. Il faut maintenant aller chercher au bout du parc et faire demi tour. Tout le budget ruban étant passé dans le premier square. Ici.. Plus de traces de quoi que ce soit. Tu pourrais couper 200 m du parcours personne ne te dirait rien. Je prends bien garde de mon côté à bien suivre les quelques balisages que je discerne. Je n’ai pas envie d’être disqualifié pour triche. Je profite du peu de boue que j’arrive à trouver. Cela me permet de ralentir un peu le rythme.. de respirer. Sur la fin du Parc, on repasse sur du bitume légèrement en descente. Cela permet de remettre un peu de vitesse en visant la sortie. Je double encore quelques coureurs.

Traverser de la route à fond. Je saute dans le parc d’en face. En réalité c’est simplement un chemin de traverse (Le chemin du bois vert). Il faut naviguer et bien anticiper les virages serrés mais cela passe à fond si on tente la prise de risque. Je ressors par une sorte de parking. Etrange comme partie du parcours. Esquive de la barrière. Virage à gauche. J’affute ma relance afin de ne pas tamponner les deux grosses bennes de poubelles grises laisser là par mégarde.. et je repars.

Nous sommes à nouveau clairement en ville. Je crois reconnaitre l’arrière de la Mairie d’Issy-Les-Moulineaux sur la droite. Je ne prends pas le temps de refaire mes papiers d’identité et je double à nouveau quelques coureurs. J’ai un peu de mal à me positionner. Je n’arrive pas à savoir si mon erreur du début m’a couté 40, 60 ou 80 places. Peu importe. J’enlèverai 4 minutes à mon temps final, me dis-je. Et je verrai bien mon temps si je n’avais pas fait la boucle de trop.

Virage sur la gauche. Cela grimpe un peu. J’aime définitivement beaucoup courir en ville dans les rues en pente. C’est presque devenu une passion. J’envoie comme sur le plat. Cela me permet de doubler beaucoup de coureurs. En haut de la pente, j’ai distancé tous les coureurs qui me précédaient en la commençant. Cela continue comme cela pendant 400 à 500 mètres. Un virage à gauche. Montée. Un autre virage à droite. Plat. Puis grosse descente dans laquelle on peut envoyer du bois. J’ai effectué le dernier kilomètre autour des 4min06 au kilo.. J’attaque celui-ci bien en dessous de 4min/km à nouveau. Et ça passe. Je m’étonne moi même. Fin de la descente. Virage à 90° à droite. Longue ligne droite toute plate. Il s’agit tout simplement de ne pas faiblir sur ce genre de portion. Ca tourne bien.

Je repère les deux bénévoles prochains qui m’indiquent de tourner à gauche au loin dans le virage. Je prépare mon coup bien à l’avance. Je vais tenter de le couper à fond. J’ai repéré une zone avant le trottoir qui devrait me permettre de passer. Une sorte de terrasse de restaurant (Je suis passé voir sur Google depuis.. Il s’agit bien d’une terrasse. Celle du restaurant « Pilou » pour les locaux ^^).

Bref. Je prends du large avant le tournant pour piquer dedans. Je bascule mes épaules dans le virage. Lorsque soudainement. Je me rends compte qu’il s’agit d’une terrasse en bois. Et il pleut. Je ne vous fais pas un dessin. Je n’ai pas le temps de ralentir ma foulée. Mon pieds gauche fonce inexorablement dessus. Complètement en biais. L’appui va être savonneux. Je m’y prépare. Mes bras se tendent tel l’aigle royal survolant les carrières arides. Le quart de ma chaussures frôle le revêtement. Il est déjà trop tard. L’adhérence est trop faible. Mon pied part complètement vers l’extérieur. Je suis entrain de faire une grosse savonnette.

J’ai deux options. Soit je tente de reprendre le dessus et j’appuie le pied afin de tenter une reprise osée. Soit je me laisse glisser avec l’inertie en espérant que ma vitesse me permettre de lancer ma jambe droite vers l’extérieur de la planche, tout en me stabilisant avec la main gauche au niveau du sol. C’est bien la deuxième option qu’il advient.

Je glisse à fond sur le tranchant de ma chaussure gauche. L’inertie m’attire vers l’extérieur du virage. Je bascule petit à petit mon poids sur le côté afin que ma main gauche touche gentiment le sol. Avant que cela n’arrive, je lance ma jambe droite dans le sens de l’inertie. Dans un moment de grace qui arrive peu souvent. Je me sauve de la chute par un rattrapage parfait. En règle. Presque divin. (Bon OK. J’en fais beaucoup trop). Mais c’était vraiment magique comme moment. Le poids de ma jambe lancée me permet de m’extirper de la terrasse. Je remets un pied d’appui au sol. C’est reparti. Les bénévoles présents, qui me regardent, ont du halluciner. Je suis mort de rire. Je relance.

Je fonce. La truffe au vent. Très concentré sur la ligne d’horizon. Je cherche le prochain passage au loin. J’ai un peu de mal à bien l’identifier. Heureusement qu’un coureur me précède. Il faut en fait passer dans un couloir urbain. Fermé par des anti-scooters. Pour le glamour, on repassera.

Un peu de mal à me rappeler des 500 prochains mètres. Mes souvenirs reviennent uniquement au moment de boucler le premier tour. Je reconnais la Halle C. Guillaume. En passant à côté, j’entends « Ravitaillement sur la gauche ». LOL. Et puis quoi encore ? Un petit massage ? Un brushing et les ongles ? Faut pas déconner non plus. Je continue sans broncher.

PS : Je vais passer plus vite sur le deuxième tour car j’ai déjà passé beaucoup de temps à décrire le parcours sur le premier. 

Le fait qu’il y ai un ravitaillement organisé me rappelle tout de même qu’il faut que je m’alimente un peu. Je saisis dans la poche arrière de mon sac une pâte de fruit et un gel au fruit rouge. J’avale d’abord le gel. Trop vite ! Je m’étouffe un peu avec. Petite gorgée d’eau pour me rincer. Et j’entame ma pâte de fruit. Je sens déjà l’effet du sucre monter en moi. Je n’étais pas à sec, mais il est vrai que c’est le timing parfait pour reprendre un peu de ce glucose défendu. En grignotant, je m’évade un peu. Je ne pense plus trop à la course. Je profite du moment présent. Heureusement, j’atteins rapidement la Seine sans m’en rendre compte. Un enfant placé sous une tente avant de traverser l’avenue compte : 14ème .. 15ème..

Bon. C’est mon objectif de départ. C’est cool. C’est pas suffisant à mon goût mais c’est cool. Fini de grignoter. Je range soigneusement mes déchets dans ma poche et j’accélère en entrant sur l’île. Je vais la faire à bloc. C’est parti.

RAS sur l’île. J’envoie bien. Je rattrape 3 ou 4 coureurs sans forcer. J’ai un peu de mal à savoir si ce sont des coureurs du 30 km.. Du 15 km.. des gens lambdas ou des imaginations de mon esprit. Au pire.. à ce moment là, je m’en fous éperdument.

Une douleur intercostale en mode point de côté se décide à venir me saluer. Je sers le poing. Je respire calmement. Cela part presque. J’ai appris à lutter contre ce genre de gène. Je pense à cette fille. A nous deux. Nus. A nos nuits. Et cours, et cours jusqu’à perdre haleine.. je vais la retrouver. Cela fonctionne. Je n’ai plus de douleur. C’est déjà oublié.

Le parc de l’île est passé tout seul. Les passages boueux m’ont plutôt amusé. Je repasse au niveau du stade. Je me rappelle lorsqu’au début de la course j’étais dans le trio de tête à ce moment là. C’est déjà loin tout cela. Il y a un coureur devant moi.

Au loin, dans un virage à droite j’entends à nouveau des enfants qui nous supportent. Je vais faire le show. Je me décale légèrement à gauche du coureur afin d’être vu de loin. Puis j’attaque. En quelques foulées je suis à son niveau. Quatre de plus et je l’ai dépassé. J’ai très précisément calculé mon coup afin de finir mon dépassement juste devant les supporters. J’en profite pour les applaudir. (Petit souvenir de la CCC).

Je finis l’île comme je l’ai commencé. Avec le sourire. Dans ma tête je me dis que c’est déjà presque terminé. Je dois encore un peu en profiter. Je trace mon projet de course pour la grosse dizaine de kilomètres restants : Jusqu’au Fort… je gère. A partir du fort… J’envoie. Tape là. Ou-A-Ka-Té-Pé Ba-Boun ! C’est parti.

Je finis de traverser le pont pour revenir sur le continent. Je longe maintenant la Seine en direction du feu (toujours tricolore) auquel je me suis fait arrêté au tout début. Je repère au loin le coureur en tenue de Triathlète rouge et bleu. Il a déjà traversé. Il se créé un peu son propre chemin. Il a raison. Moi je suis trop obéissant pour oser ce genre d’interdit. En arrivant au feu rouge, je l’ai presque rattrapé. Il va me falloir encore 100 mètres pour le faire.

Lorsque j’arrive à son niveau, je lui lance « Bon.. On se loupe pas cette fois » avec le sourire. Il grogne encore. Dommage. J’avais envie de rire un peu. Je décide que je ne finirai pas en duo avec lui. J’avance sans me soucier de son allure. Au premier tour, j’étais dans sa foulée. Cette fois-ci c’est l’inverse. Une chose est sûre. Au virage de la Pucelle, je ne me tromperai pas. Ma montre bipe. Km 19. 3min30 sur le dernier kilomètre. Heureusement que j’avais dit que j’y allais molo jusqu’au fort.

J’enchaine les difficultés et les parcs sans aucun problème. Je ne suis pas du tout en souffrance. Je dépasse de temps en temps des coureurs. Mais ils ne semblent pas faire parti de la même course que moi. C’est dommage. Je me sens fort et bien dans ce deuxième tour. Presque plus en forme que lors du premier coup. Je pense que c’est la connaissance du terrain qui fait cela.

J’ai le souvenir vague de supporters avec une cloche à la fin du dernier parc avant de monter en direction du fort. J’ai un doute hein. Ca m’est déjà arrivé d’entendre des supporters avec des cloches en course. Mais généralement c’est à partir de 70 km. (Ps : Si quelqu’un peut me rassurer et me dire qu’il y avait bien un supporter à la coche, cela ferait plaisir, et je serai rassuré pour mon bien être mental).

Je fais le tour du fort, comme on fait le tour d’un IKEA pour atteindre les caisses. Ra-pi-de-ment et sans trop observer ce qui se passe autour. J’ai l’esquive des buissons facile. J’ai le zigzag de l’anti-scooter gracieux. Je suis devenu maitre en 1h30 du territoire urbain. Ce n’est pas non plus très valorisant, mais ayant toujours eu de l’affection pour le « parcours » et les Yamakazi, je m’imagine.. filmé en contre plongée. Accélérant. Cherchant les bonnes trajectoires. Le geste parfait.. C’est agréable comme sensation de maitriser.

Re-descente. Tunnel. Je fonce tout droit. Virage à 90° sur la gauche sans visibilité. Eeeeeeeeeeeeeeeeeeet ESQUIVE d’organisateurs à vélo qui n’a pas fait gaffe. Ca passe. Ca passe juste.. mais ça passe. Je ne m’énerve pas. Cela me fait même rire. Je continue à envoyer. Remontée de l’avenue. Des marcheurs au loin vont me bloquer. Impossible de basculer sur la chaussée. Je leur cris « Coureur – Je passe à gauche – A GAUCHE ». Ce qui était prévisible arriva, les marcheurs se sont poussés… malheureusement.. à gauche. J’ai anticipé. Petit coup de cul, je passe à droite.

Virage à droite. Les bénévoles me disent « Attention escalier ». Je me dis « Tooooop un escalier ». Je le défonce littéralement. Ca passe juste. Mais ça passe. Maintenant c’est mon gros tout droit en descente sur 1 km. Je repasse en 3min52 au kilomètre. Je n’ai pas l’impression de trop pousser pourtant. Mon esprit commence à divaguer. Je sais qu’il ne reste plus que deux petits parcs. Puis cela sera uniquement des enchainements de rues. Plus de place à la concentration. On laisse les jambes prendre le contrôle.

Premier parc. La mascarade de rubans ne me fait plus peur. Je l’affronte. Chaque couloir est un étui. J’ai l’impression qu’il me compresse. Cela me force à toujours accélérer. Second parc. Je tombe sur un petit groupe d’étrangers qui a tout de même réussi la performance de se pommer derrière un arbre. Je n’arrive pas à sortir un son de ma bouche. Je tente donc je les éclairer avec ma PETZL pour leur indiquer le chemin. Ils semblent avoir réagi. Je reviens dans ma course. Je passe le second parc sans aucune difficulté. Je m’étonne même à aller chercher les mêmes appuis que lors de mon premier passage.

Petite traversée à fond. DESOLE DEVANT… JE PASSE… Sortie par le parking. Virage à Gauche. Arrière de la mairie. Remontée. Virage à droite. Légère descente. Virage à gauche. Remontée. Plat. (Dans ma tête, cela c’est vraiment passer aussi vite que cela). Au milieu de ce plat je rattrape deux coureurs. Le premier est assez lent. Il ne fait pas le 30 km c’est sur. Par contre. Le deuxième est beaucoup plus rapide. Et il est habillé en stuff de Triathlète bleu foncé et clair dans mon souvenir. Je le prends en chasse comme le guépard guette la gazelle.

J’attends la fin du plat avant de m’activer. Je l’observe à distance raisonnable. Il est légèrement plus petit que moi. Sa foulée est très proche du sol. Ce n’est pas un sprinteur, mais plutôt un coureur de fond. Je pense qu’il est capable de tenir à haute vitesse pendant un bon moment. Mais je pense que sa faiblesse est le sprint total, le dynamisme et la relance après les virages.

Nous tournons sur la droite. La route descend quelque peu. Je décide de me rapprocher à 1 mètre de lui. Il a senti mon petit manège. Il accélère. Je fais de même. En quinze mètres je me place juste devant lui. Nous sommes sur la chaussée. Des bénévoles nous engueulent. J’attends encore un peu avant de déposer ma première attaque. Je sais que cela va descendre franchement dans 20 mètres. Il suffit d’attendre le léger virage sur la gauche.

5 mètres avant celui ci. J’accélère d’un coup. Il m’a senti venir. Il accélère au même moment. Je pose une mine dans la descente. Il fait de même. Ma stratégie est de le perdre à la relance après le prochain virage à droite. Dans le plat.

Fin de la descente. J’applique ma tactique. Il commence à lâcher. Je tiens le rythme. J’en profite pour prendre deux gorgées d’eau. Il recolle à mes mollets. Mais je sens que c’est déjà fini pour lui. J’en ai encore sous le pied. Je peux accélérer à tout moment. Je décide d’y aller progressivement. Sans a-coups. En le débranchant très lentement.

Je commence à y arriver très vite. Un peu avant le tournant de la terrasse glissante (que j’évite cette fois). Dans la relance, je sens qu’il n’est plus là. J’applique le coup de grâce. J’entends un « Casquette Verte » prononcé par un coureur que je double.. Je tends le bras gauche pour faire un petit coucou amical. Je continue à envoyer. C’est la fin de toute façon.

Passage des anti-scooters au niveau de la médiathèque. Je prends mon temps. Je l’entends revenir. J’entame mon sprint final. Je vais le perdre définitivement. Plus aucun souvenir de ce moment jusqu’au 200 derniers mètres. Je reconnais la Halle. Je fonce dans sa direction. Je ne ressens rien de particulier. Ce n’est définitivement pas une course ordinaire pour moi. Le manque de distance doit jouer. Je ne connais pas mon classement. Peut être 12.. Peut être 8.. Peut être mieux..

Virage à droite, on monte un petit escalier. Zig zag pour rentrer dans la halle. J’ai bien semé mon concurrent.. Je peux profiter. J’entre dans le bâtiment. Cela fait très bizarre de courir en intérieur. Il y fait très chaud tout à coup. On a l’impression d’entrer dans une piscine en arrivant de l’extérieur (où je le rappelle, il fait 2 degrés et il pleut). Je ne sprinte pas à fond. Le sol est glissant. Dernier escalier traitre. L’arche d’arrivée est sur la gauche. Dernier virage. Je laisse les coureurs qui me précèdent (ceux du 15 km je pense) finir tranquillement. Je ne veux pas les gêner. Et je ne suis pas à 10 secondes près.

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J’attends qu’ils aient passés la ligne.. et je me prépare.

Pied droit. Pied gauche.

Re-Pied droit. Impulsion du pied gauche.

Et bim. GROS 36′ d’arrivée ! HiiiiiiiHa c’est fait.

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Je m’arrête totalement de bouger. Je suis droit. Complètement inerte. Mon corps bug. Je viens de lui mettre cher. Il ne sait pas si c’est vraiment fini. J’ai besoin de lui expliquer. Je reste dans cette position 15 seconds durant. Puis je cris. HIIIIIIIIIIIIIIIIHHHHHHHA ! Ca fait du bien. C’est bon. J’ai récupéré. Je suis prêt pour le moment post-course. Le speaker me reconnait. J’en profite pour kiffer un peu le micro. C’est devenu mon petit plaisir de fin de course depuis la Diagonale.

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Je ne connais pas mon classement. J’ai vu que mon temps est de 02 h 04 min 32 sec à ma montre. L’an dernier avec ce temps là, j’aurai gagné la course. Je pense être dans le top 10 c’est sûr. Mais impossible de savoir combien. Je regarde autour de moi. Pas de classement digital affiché. Je fais le tour de la table d’arrivée. Je pose la question « Bon.. alors ça fait combien ? ». Le mec regarde sa feuille griffonnée. Me regarde. « 4ème »… Aaaaaaaaaaaaaah. Mais non.. Quelle blague.. pas 4ème.. pas la porte du podium. Ca fait tellement longtemps que je l’attends celui là. Je suis intérieurement mort de rire. 4ème. Quelle blague. Pour un peu, tu vas voir, me dis-je, le troisième est à moins de 4 minutes devant. Sans mon erreur ça aurait pu le faire (Confirmation, le troisième est à 2min30 devant.. Shééééééé !).

(Ps : j’apprendrai 3 jours plus tard, que je suis 6ème au général en réalité. Uniquement 4ème dans ma catégorie. Mais, avec mon erreur en moins, le podium aurait tout de même était à ma portée…)

Je me dirige en direction du ravitaillement. Je vais décompresser en attendant mon collègue maintenant. (Il arrivera quelques temps plus tard.. Bravo à lui pour son premier 30 km.. Vivement ton premier Marathon 😉 ). J’en profite pour faire un petit Big Up à Antoine et Jean-Alexis qui m’ont fait la douce surprise de passer me voir. Cela fait plaisir 😀

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Petite conclusion sur cette aventure. Tout d’abord, comme je l’ai dit, je ne pense pas être fait pour ce type de course relativement courte. Il faut trop aimé se mettre dans le rouge pour se sentir à l’aise sur ce type de format. Même si je fais un bon temps, je pense que je peux être réelement performant sur des distances 2 ou 3 fois plus grandes. Là, c’est vraiment trop court.

Pour ce qui est de la course, de l’organisation et des bénévoles. En dehors de la couleur du balisage.. tout a été parfait. L’accueil est rapide. Il n’y a pas de problématiques administratives chiantes. Les bénévoles sont très sympas. Ils encouragent tous les coureurs. Du meilleur au un peu moins meilleur. L’arrivée mériterait peut être d’être un peu mieux éclairée, mais franchement je pinaille. Pour ce qui est du parcours, je le trouve assez parfait comme parcours d’entrainement. Beaucoup de changements de direction. Beaucoup de petits passages qui cassent le rythme. Aucun long passage rectiligne de plus d’un kilomètre. Des croisements de chaussées très bien sécurisés. Bref. Un URBAN trail qui tient la promesse de son nom. Le fait que cela soit de nuit donne encore un peu plus de cachet à la ville. C’est une bonne idée. Il faudrait peut être jouer avec des éclairages pour magnifier un peu les parcs. En tout cas.. Je conseille cet urban à tous les parisiens qui souhaitent se tester sur autre chose qu’un semi classique. C’est une bonne formule. Entre le bitume et l’urbain trail. De là, à appeler cela du Trail. Il y a des marches que je ne suis pas prêt à franchir.

Sur ma course. Que dire. Bien sur il y a une pointe de déception à terminer au pied du podium. (Bon.. au contre pied du podium finalement). Bien sur, je sais que sans cette erreur au départ j’aurai pu soulever ma première coupe. Ca aurait été cool. Mais je pense que cette erreur fait partie de la course. Cela serait trop simple si c’était trop simple justement. On n’apprend bien qu’à force de se tromper. La prochaine fois, ou la suivante, je ne ferai pas l’erreur et cette fois, j’irai titiller les marches numérotées. En attendant, je retourne m’entrainer. La saison 2018 est encore longue. Prochain RDV : L’EcoTrail 80 km de Paris. Cela va être déjà autre chose. Une chose est sûre. Moi et Casquette.. Nous serons prêt !

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Casquettement verte !

 

SAISON 2018 – Le programme et les objectifs TRAIL et ULTRA-TRAIL de Casquette Verte.

SAISON 2018 – Le programme et les objectifs TRAIL et ULTRA-TRAIL de Casquette Verte.

J’ai construit ma saison 2018 avec l’objectif de confirmer ma montée en puissance de 2017. Je ne vais pas consacrer mon année à aller chercher des grosses performances sur chaque course sur lesquelles je me lance. Je souhaite vraiment confirmer les résultats de 2017 et établir des bonnes bases de référence pour 2019. Bien sur, trois objectifs me trottent dans la tête pour cette année.

(1) Finir mon premier marathon sous les 3 h.

(2) Monter sur mon premier podium en Trail. 

(3) Atteindre un TOP 20 sur un Ultra (> 100 km).

En réaliser un, cela serait cool. Deux, cela serait génial. Trois, cela serait tout simplement fantastique ! 

Casquette Verte Trail SAISON 2018

 

>> FEVRIER.

 

(3 février) Issy Urban Trail 2018 – 30 km – 450 m D+

Objectif : Première course officielle de l’année. Il faudra obligatoirement aller chercher un chrono sans toutefois risquer la blessure. Un Top 20 serait idéal pour bien commencer l’année.

Issa Les Moulineaux Urban Trail 2018

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(10 février) UPC – Ultra Pont et Chaussée 2018 – ? km – ? m D+ (Non officielle)

Objectif : 1er des trois défis de la Casquette de 2018. Le concept est simple : Partir d’Orly, récupérer la Seine, et la longer en la traversant à chaque fois que l’on croise un pont. L’objectif est simplement d’aller le plus loin possible.. Finish dans Paris ? Dans les Hauts-de-Seine ? Ou encore plus loin ? Et surtout, après combien de ponts traversés ? Un beau défi, bien débile pour bien commencer l’année.

UPC 2018 - Ultra Pont Et chaussée 2018 - Défi Casquette Verte

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>> MARS

 

 

(17 mars) EcoTrail de Paris 2018 – 80 km – 1500 m D+

Objectif : Troisième EcoTrail de Paris. Après une découverte (2016) en 10h18 et une confirmation (2017) en 7h44, l’objectif est d’améliorer aussi bien le temps que le classement. Gratter un TOP 50 en 7h25 serait déjà une bonne performance.

EcoTrail de Paris 2018

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>> AVRIL

 

(8 avril) Marathon de Paris 2018 – 42.195 km

Objectif : 4ème Marathon de Paris et un gros objectif pour que cela soit le dernier. Je me suis toujours dit qu’en descendant sous les 3 h au marathon, je m’autoriserais à arrêter le bitume et à ne faire plus que du Trail. L’objectif est donc clair. Il faudra aller chercher ce marathon en moins de 180 minutes. Ca va piquer !

Marathon de Paris 2018

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(29 avril) Ardéchois Trail 2018 – 57 km – 2400 m D+

Objectif : De retour à Desaignes cette année pour le super Ardéchois Trail. L’an dernier, la découverte m’avait apporté mon premier Top 30 en 6h14. Cette année, l’objectif est de faire encore mieux bien sûr. Un TOP 20 en 5h50 sera mon objectif 2018.

Ardéchois Trail 2018

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>> MAI

 

(13 mai) Trail des Forts de Besançon 2018 – 48 km – 1720 m D+

Objectif : Première découverte Trail de l’année, sur les terres de Thibaut Baronian. EN regardant les résultats de l’édition 207 et en inspectant rapidement le profil de la course, je pense pouvoir aller chercher sans trop de problème un TOP 30 en un peu plus de 5h.

Trail des forts de Besançon 2018

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(27 mai) FFF – La Foulée Footix France 98  – 55 km – ? m D+ (Non officielle)

Objectif : 2ème des trois défis de la Casquette de 2018. Le concept est simple : En cette année de Coupe du monde de Football. Et surtout pour fêter les 20 ans de la victoire sur le Brésil, je me lancerai de la maison « bleus » : Clairefontaine et j’irai rejoindre comme le 12 Juin 1998 : Le stade de France. 55 km à boucler en souvenir d’un 3 – 0  monumental.

FFF 2018 - FOULEE FOOTIX FRANCE 98 - Défi Casquette Verte

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>> JUIN

 

(17 juin) Trail du Mont D’Or 2018 – 48 km – 2245 m D+

Objectif : De retour à Métabief pour aller chercher mon premier Podium. L’an dernier, c’était mon premier TOP 10. Cette année, malgré le changement complet du parcours, je reste ultra concentré sur cette date pour enfin avoir le droit de monter sur une des trois marches du podium.

Trail du Mont D'Or 2018

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(30 juin) Beat The 325  – 6 km (Non officielle)

Objectif : 3ème et dernier des trois défis de la Casquette de 2018. Le concept est simple : Battre une ligne de bus (le 325) de Terminus à Terminus. Je n’ai jamais tenté ce genre de concept. On verra bien si c’est faisable d’envoyer en ville sans risquer pour ma sécurité.

BT325 2018 - BEAT THE 325 2018 - Défi Casquette Verte

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>> JUILLET

 

(14 Juillet) Mad Trail 2018 – 62 km – 3650 m D+

Objectif : Nouvelle découverte de l’année 2018. Pas tellement d’objectif chrono pour ce trail. L’idée est de faire voir un peu de montagne à mes cuisses avant de partir sur l’UT4M en Août. Au vu des résultats 2017, je pense pouvoir aller chercher un TOP 30 si tout va bien. Je ne pousserai pas la machine pour aller chercher mieux si je sens que je risque la blessure à 1 mois d’un Ultra.

MAD TRAIL 2018

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>> AOUT

 

(24 aout) UT4M 2018 – 169 km – 11.000 m D+

Objectif : Mon objectif de base était bien sûr l’UTMB. Le tirage au sort négatif attendu m’a fait basculer sur l’UT4M. J’ai commencé à regarder un peu le profil de la course et les résultats des année précédentes. Je pense pouvoir partir sur un objectif à 37 h de course.. Mais en regardant le classement 2017, je vois que cela me positionne dans le TOP 20. Donc je rêverai surement mon objectif à la baisse.

Ultra Tour des 4 massifs 2018

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>> OCTOBRE

(19 octobre) Endurance Trail des Templiers 2018 – 100 km – 4910 m D+

Objectif : Difficile de se prononcer sur un 100 km, 1 mois et demi après un ultra. J’ai l’avantage de connaitre le terrain pour avoir participé au Grand Trail des Templiers (le 76km). Je pense que me fixer l’objectif d’être dans le TOP 50 serait un objectif raisonnable. (Certainement, un peu trop raisonnable).

Templiers 2018

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>> DECEMBRE

 

(2 décembre) UTCT – Ultra Trail Cape Town 2018 – 100 km – 4250 m D+

Objectif : Troisième et dernier > 100 km pour cette année 2018. L’objectif est clair. Aller chercher une grosse performance pour finir l’année. L’UTCT, cette ultra sud-africain sera ma seule course appartenant à l’Ultra Trail World Tour. Ce qui ne me permettra pas d’être classé au UTWT 2018. C’est pas très grave.. Plus que de performer, se faire voir sera clairement l’objectif. Aller, en partant sur un objectif à moins de 13 h et un gros TOP 20, cela serait cool.

UTCT - Ultra Trail Cape Town 2018

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(27 décembre) UTMM – Ultra Trail MontMartre 2018 – 82 km – 10.000 m D+ (Non officielle)

Objectif : Deuxième édition. L’objectif sera simple : Battre le record de Guillaume. 271 Allers-Retours en moins de 25 h 12 min. Franchement, j’y crois.

Ultra Trail MontMartre 2018

Page Facebook de l’événement.

 

Voilà voilà. J’espère vraiment que ma forme me permettra d’effectuer tout cela. Il faut croiser les doigts pour qu’aucune blessure ne vienne contrarier le programme. 2018 = Année de la confirmation et de mise en orbite pour 2019 qui promet d’être plus que musclée (TransGranCanaria 2019 – Eiger Ultra Trail 2019 – UTMB 2019 – Diagonale des Fous 2019…)

 

Casquette Verte et la SaintéLyon 2017 (73.1 km / 1950 D+) – 06 h 56 min 48 sec – 66ème au général.

Casquette Verte et la SaintéLyon 2017 (73.1 km / 1950 D+) – 06 h 56 min 48 sec – 66ème au général.

Et ben voilà. C’est fait. Troisième SaintéLyon finie. C’est drôle comme mes sentiments post-course évoluent avec les années. Je me revois encore, le lendemain de ma première SaintéLyon. J’étais alors totalement halluciné par ma réalisation. Sur mon petit nuage. Fasciné par ce que j’avais entrepris et réussi. L’anormalité de ce que je venais de faire m’apportait le sentiment profond d’être « différent ».. en totale plénitude.. à 15 mètres du sol. Je ne touchais plus terre pendant des semaines. Maintenant, tout à changer. Je suis très heureux. Ca va de soit. Mais je trouve ça étrangement normal. Qu’il y a-t-il de si spécial à courir la SaintéLyon en moins de 7h ? Qu’il y a-t-il d’étonnant à parcourir 73.1 km et quelques 1950 D+ à bonne vitesse sur des chemins et routes pleines de neiges et de verglas ? Est-ce vraiment incroyable de transpercer l’air et le vent glacial dans la nuit sombre entre Saint-étienne et Lyon ?.. Cette course a toujours autant de goût pour moi. Je la savoure avec toujours autant d’entrain. Mais, il est vrai, qu’après 3 ans, et trois SaintéLyon, la sagesse l’emporte sur l’exaltation. Tout est simplement normal en fait. Une normalité qui fait partie intégrale de mon nouveau quotidien. Celle d’un jeune Trailer en devenir dans le monde du Trail. J’entre en Trailibanie. La frontière est maintenant loin derrière moi. Mon visa de course est bien tamponné. Je ne suis plus un sans-papier dans ce monde kilométrique. Les douaniers auront beau me pourchasser pour me ramener à la frontière.. Je courrais plus vite encore. Pour à jamais, leur échapper !

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Je tiens à vous informer tout de suite. Je ne vais pas faire un récit km par km pour raconter mon aventure. Je vais plutôt faire un résumé au feeling. Comme j’ai vécu ma course. Je vous promets que j’ai tenté de faire court et rapide. Mais vous le savez bien dans mon langage.. court et rapide.. ça peut partir en couille à tout moment.

Il faut dire qu’en réalité, je ne suis pas capable (comme lors de mes autres récits) de faire un résumé détaillé et de commenter l’évolution de mon expérience de manière très descriptive. En fait, il y a une raison à tout cela. J’ai décidé dans le SAS de Saint-Etienne de ne pas regarder ma montre lors de la course. De la vivre au feeling. Sans profil de course à surveiller, sans connaissance de mon kilométrage, ni de mes temps intermédiaires. Je vous sers donc un résumé rapide accompagné de son coulis de remarques sur un lit de questions. J’espère que vous avez de l’appétit.

 

Avant-Propos : 

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu cette phrase d’Albert Einstein, mais je la trouve assez approprié aujourd’hui pour expliquer ma troisième SaintéLyon :  » La folie.. c’est tenter de faire plusieurs fois la même expérience et d’en attendre un résultat différent. « .

Cette expérience, pour moi, c’est la SaintéLyon. Une course nocturne, de 72 km avec un peu de dénivelé, pas mal de bitume et des conditions météo variant selon les éditions. Quoi de plus pertinent comme valeur d’étalonnage me direz-vous ?

Cette aventure. Ce test annuel. Ce repère dans ma progression. Je l’ai réalisé maintenant 3 fois. Et j’ai obtenu un résultat différent à chaque fois. En physique ou en chimie, on conclurait que l’environnement ou que la préparation de l’expérience n’ont pu qu’être différent pour mener à des résultats si divergeant. Mais en Trail, on peut rapidement analyser que la différence dans le résultat obtenu n’est que le substrat d’une progression d’année en année. 10 h 51 min en 2015. 08 h 25 min en 2016. Et 06 h 56 min cette année.

La courbe est belle. Mais que signifie-t-elle vraiment au fond ? Une évolution ? Un simple retour sur investissement ? Une flatterie d’égo ? Ou plus certainement, le commencement de quelque chose de bien plus fort..? Ayant fait un bac S… Je le sais, chaque courbe atteint un jour une limite. Celle-ci se calcule d’ailleurs. Mais je n’en suis pas encore là. Ma courbe n’est pas encore tracée à l’encre indélébile. Je peux, encore, en un coup de gomme (et quelques entrainements plus spécifiques), appliquer du crayon à papier pour changer sa trajectoire. Pour modeler sa forme. Changer son orbite. Pour qui sait, un jour, atteindre ma lune !

 

21 h 40 : Navette Lyon –> Saint Etienne. 

Le départ de la course est dans 2 h. Le car pénètre aux abords de Saint-Etienne. J’ai pris le tout dernier pour m’y rendre en partant de Lyon. L’ambiance est silencieuse. La lumière du plafond est éteinte. Après avoir jeté un coup d’oeil à la température extérieure diffusée sur un petit écran à l’avant, je nettoie la vitre embuée afin de découvrir le paysage environnant. Je me rends rapidement compte qu’il y a pas mal de neige sur les trottoirs. Cela promet des conditions jurassiques sur le parcours. Je suis heureux.

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Il est des nuits comme celle de la SaintéLyon, où l’on a pas sommeil. Pourtant, pour la première fois, j’ai réussi à m’endormir sur le trajet. Je n’avais pas réussi à le faire lors des deux dernières éditions. Je suis plutôt chanceux cette année. Je ne suis plus du tout stressé avant mes courses. Je pense que c’est l’habitude qui fait cela.

Ma tête, collée contre la vitre du car, a réussi à trouver le sommeil sans trop de mal. Il n’y a que ce DEBILE (et il n’y a pas d’autres mots), au fond du car, qui a cru essentiel de tester son sifflet de secours qui a réussi à briser mes rêveries. Je me réveille difficilement. Les bâillements et les étirements ne sont pas de trop. La bête sort d’hibernation. Je me donne encore 15 à 20 minutes pour me réveiller totalement.

 

21 h 53 : Hall d’attente @Saint Etienne. 

Après avoir subi une fouille très approfondie de mon sac et de tous ces recoins, je me suis installé dans le hall de gauche. Les autres années, j’arrivais près de 2 h à l’avance. J’avais le temps de me préparer, de me reposer et de grignoter un morceau avant de partir dans le SAS. Cette année, je n’ai pas le temps. J’ai la sensation d’être en retard. Je suis en plein syndrome du lapin blanc.

A peine installé, je sors toutes mes affaires que j’organise méticuleusement en trois blocs : Un pour tout de suite, un pour la course, un pour l’après-course. Celui de l’après-course, avec les affaires chaudes et propres ainsi que les bières me donne déjà très envie. Cela n’a même pas commencé et je m’imagine déjà être au bout. Excès de confiance ou dénis des difficultés à venir. Difficile à dire.

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Je ne prends pas le temps de regarder autour de moi. C’est dommage. J’adore vraiment cette ambiance de fin du monde qu’on retrouve chaque année dans ces halls. Il y a vraiment matière à de super reportages photos. Certains dorment dans des duvets ultra-techniques. D’autres s’amusent entre amis. D’autres encore, vérifient chaque détail de leur équipement. Avis aux photographes en mal de sensations humaines : Les deux halls d’avant course sont un terreau fertile pour de super clichés !

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Il est 22 h. J’hésite encore entre partir en short ou en collant + short. La légèreté apportée par un short pourrait m’être utile. Pour prendre ma décision, je décide de ressortir dehors vérifier la température. En traversant la foule, je remarque certains coureurs qui me reconnaissent et disent à leurs potes « Oh. Regarde. Casquette Verte.. ». Cela me fait rire ! Pas trop le temps de discuter avec du monde avant le départ, je m’empresse de sortir. M’y voici. Le vent qui souffle de la droite vers la gauche me souffle (à l’oreille cette fois) qu’il ne serait pas sage de partir jambes découvertes. Je file rejoindre mes affaires.

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3.. 2.. 1.. déshabillage. Je suis tout nu. Hihi. Au milieu de cette foule. Et je m’en fiche. Et dire que j’étais ultra pudique, il y a quelques années. Mes fesses profitent de la foule.. et la foule profite (ou pas) de mes fesses. J’enfile mon caleçon. Un caleçon Nike Pro Combat très près du corps, dont les coutures ne risquent en aucun cas d’irriter ma peau sur une grande distance.

J’enchaine ensuite avec mes chaussettes rembourrées (toujours chez Nike) et j’enfile mon collant (Encore un Nike.. décidément). J’ajuste maintenant mon short au dessus du collant en faisant bien attention à ne pas générer de plis. J’ai la sensation d’être plus qu’ultra vêtus. Je vais certainement regretter à un moment ou à un autre la légèreté si appréciable de courir en short. Mais qu’à cela ne tienne, la fraicheur ressentie en sortant dehors m’a convaincu dans ma décision.

Pour le haut, cela sera l’option triple couches. Au niveau de la peau, le T-shirt de l’UTMB très technique, qui permettra de tenir mon corps à bonne température. Ensuite, j’additionne deux t-shirts manches longues en espérant que cela suffise à couper l’impact du vent sur le tissu qui sera rapidement plein de sueur.

Pour ce qui est de mon sac, je décide de partir léger. Dans la grande poche, je glisse simplement mon iPhone et une couverture de survie. Dans les poches latérales, je cale 3 gels de chaque côté (4 gels Gü et deux gels coups de fouet). j’ajoute à cela deux pâtes de fruits. Cela devrait suffire. Je remplis mes deux flasques de 500 ml. A vrai dire, je n’ai pas tellement peur de manquer d’eau étant donné le froid qui va me couper la soif.

Enfin, j’enfile mon Buff des Templiers pour couper le vent au niveau du cou et je vise ma Casquette sur ma tête. Ne reste plus qu’à ajuster ma nouvelle PETZL NAO + sur la Casquette et à enfourner ma veste Salomon Bonnati dans la poche extensible de mon sac. Je suis prêt. Encore en chaussette, mais prêt.

Le choix des chaussures a été simple. Je n’ai pas eu le temps de préparer mes nouvelles Salomon Sense 5 Ultra pour la SaintéLyon. J’ai donc opté pour mes chaussons préférés : Les Salomon SpeedCross 4. J’ai ressorti ma paire qui m’a servi pour la Diagonale des Fous. Ce n’est pas vraiment un grigri, mais je pense les garder longtemps celles-ci. Les crampons sont étonnamment encore en bonnes formes. J’espère qu’ils me seront utiles pour la neige et le verglas annoncés. Je glisse mes pieds dedans. Le coloris extérieur vert pomme lors de l’achat a laissé place à une couleur fade sali par ma dernière sortie boueuse dans le bois de Vincennes. Je m’en fiche totalement.

Pour faire fuir mes derniers doutes, je décide simplement, de trouver une plaque de verglas à l’extérieur pour bien me rendre compte de l’adhérence ou non sur ce type de terrain. Par chance, j’en trouve une à proximité du hall. Je mets le pied dessus. J’agite quelque peu. Cela couine. Je fais quelques pas en arrière, je passe en courant dessus. Ca semble être plus qu’efficace. Ok. Ce n’est pas la stabilité absolue, mais franchement, pour une rencontre entre plastique et glace, je trouve que la date se passe plutôt bien. Sa accroche bien entre eux !

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Je retourne dans le hall. Le speaker annonce le départ dans une heure tout pile. Je n’ai plus de temps à perdre. Je veux vraiment bien me placer dans les SAS pour être au contact de l’élite dès le départ de la course. Je pense que si je pars avec les meilleurs, je peux réellement tenir le rythme et aller chercher une performance de haute volée. Au moins sur les 40 premiers kilomètres en tout cas. Je m’empresse donc de ranger ma valise. Je dis un aurevoir et je souhaite une bonne course à mes collègues, puis je file en direction des cars pour déposer mon bagage.

Arrivé dans la rangée de car pour le dépôt des sacs, je me rends compte que j’ai du mal à lire les petits écriteaux donnant les numéros de dossards. Cela risque de me pénaliser en fin de course si ma vision baisse. Il faudra que je pense un jour à me faire faire des lunettes de course je pense. Je remets mon bagages en prenant bien soin de remercier le bénévole et en lui souhaitant bien du courage.

Je file en direction des SAS. Cela grouille déjà pas mal à l’extérieur des halls. Je trouve qu’il y a déjà beaucoup de monde sur le chemin. Cela ne sent pas bon pour moi.

En entrant dans la ligne droite du départ, je suis littéralement dégouté. Il y a déjà au moins 1000 personnes dans l’allée. Je ne vais pas pouvoir me faufiler pour me mettre tout à l’avant. Je ne me scandalise pas. Je reviens rapidement à la raison en me disant que c’est peu être ça aussi la course en amateur. Sans sponsors, sans être dans l’élite. Il n’y a pas de privilèges et il faut réellement se battre pour être dans les meilleurs conditions au départ. J’avance donc jusqu’à être bloqué par la foule. Vu le nombre de personnes devant moi, je sais déjà que je vais devoir partir dans le second SAS. 10 à 15 minutes après l’élite. Autant dire, que je peux oublier ma stratégie d’accrocher la tête de course pour avancer.

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22 h 45 : SAS de départ @Saint Etienne. 

J’ai été prévoyant cette année. J’ai investi dans un plaid qui doit me tenir chaud lors de l’heure d’attente immobile. J’ai bien fait. Je suis dans mon cocon. Je finis de serrer mon short et je prends le temps de grignoter une barre CLIFF. Il est temps pour moi de rentrer dans ma course. Je ne me suis pas du tout concentrer pour le moment. J’ai bien sûr un peu pensé à ma stratégie, mais je ne me suis pas encore décidé sur la tactique définitive.

Je ferme les yeux. Je respire lentement pour rentrer en moi même. J’insuffle par le nez comme à mon habitude. Je l’ai déjà raconté, mais j’adore vraiment cette sensation du vent (glacial cette fois) qui rentre dans mes narines et qui titille le conduit mènant l’air jusqu’à ma gorge. Je commence à me dire : « Bon.. Tu vas partir avec 15 minutes de retard. Tu vas devoir certainement slalomer entre les coureurs sur les 20 premiers km pour trouver ta place.. Ne cherche pas à tout prix à rattraper l’avant de la course sinon tu vas te cramer et tu n’en auras plus sous le pied pour les 20 derniers km. Profite du bitume sur les 7 premiers km pour envoyer comme tu sais le faire.. et une fois hors de la ville, prends ton rythme de croisière. Tu as appris à courir dans les montées.. tu sais le faire.. donc tu te sors les doigts et tu vas le faire.. S’agissant du verglas, c’est simple, tu sais qu’il peut être traitre ! Ta seule façon de ne pas te faire avoir et de l’éviter. Au moindre signal, change ta trajectoire et concentre toi sur tes appuis pour ne pas te mettre en danger. Tu redoutes par dessus tout de tomber et de te blesser.. ok. Donc tu fais attention, mais ce n’est pas une raison suffisante pour te mettre à marcher. 72 bornes.. Ca doit bien être possible pour toi de les faire sans marcher.. juste en courant.. tu as conscience de tes capacités.. cours complètement au feeling. Sans filet. Sans réfléchir. Avance comme tu sais le faire. Tes acquis et la connaissance de ton corps doivent te permettre de le faire.. D’ailleurs.. Tu ne devrais même pas regarder ta montre pendant la course. Cela serait un bon moyen de briser tes repères. Ne fait confiance qu’à toi même ! ».

Après cette séance de discussion avec mon moi, je suis complètement dans ma course. Le regard est droit. Profond. Mes sourcils sont légèrement froncés. Je suis déterminé. Il m’a fallu simplement 5 minutes pour me mettre dedans. C’est cool. Je suis prêt !

 

23 h 30 : Le premier SAS s’élance @Saint Etienne. 

Savoir que mes concurrents directs que je voulais affronter (et oui.. j’en suis là maintenant ^^) sont déjà en route pour Lyon m’énerve un peu. Je me suis fait à l’idée (et pas Johnny cette fois) (en relisant, je viens de me rendre compte que j’ai écri cela lundi.. Merci pour tout Johnny.. Je continuerai à t’écouter en courant..), mais je suis tout de même un peu dégouté. Pour me faire passer ce goût amère, je parle avec deux nanas à ma droite. C’est leur première SaintéLyon. J’essaie de les rassurer et de leur donner quelques bons conseils. Elles semblent super motivées. C’est très cool. J’oublis un moment qu’à chaque seconde qui passe la tête de la course s’éloigne.

Nous avançons jusqu’à l’arche. Nous allons partir dans 5 minutes. Je me suis rendu compte en avançant que quelque chose me gène dans ma chaussure. Comme une brindille. Je me baisse pour l’enlever. Je suis à genou au milieu du SAS. Le coureur devant moi qui sautille, n’y prête pas attention. Il décide de faire un talon fesse pour s’étirer. ET BIIIIIIIIIIIIIIM. Le talon droit dans la tronche. Par – 4 degrés. Ca réveille. « Surtout ne t’excuse pas hein ! ». Je ne prononce pas ces mots, mais dans ma tête cela résonne. Je n’ai pas envie de m’embrouiller. Je ne dis rien. Ce choc m’a bien agité. Deux ans en arrière, je me serai servi de celui-ci pour expliquer telle ou telle défaillance dans ma course. Mais là, clairement, je passe outre. Cela fait parti de la course.

3 minutes avant le départ. Je sautille pour me réchauffer. Je me suis décidé à partir plutôt vite. Voir très vite. Un bon rythme d’entrainement classique de 10 km. En sautillant, je me rends compte que ma vessie est pleine. Il faut que je prenne une décision est vite. Pas de bouteilles à gros goulot ? Rien ? Je traverse mon SAS en direction du bord. Je saute la barrière et file uriner sur un arbre. Je commence à pisser sur celui-ci. Mais que vois-je ? Un peu de neige sur la droite.. Le souvenir d’avoir uriner sur la gelé lors de la Diagonale revient à moi. Je dessine un Smiley. Le contour de la tête. Petit pinçage. Premier oeil. Deuxième pinçage. Second oeil. Troisième pinçage.. Je lui dessine un sourire. Je lui ai fait un smile incroyable à ce bonhomme. Ce petit pipi m’a permis de me relâcher. Je me marre tout seul. Je gravis à nouveau la barrière. Et hop. Je suis prêt. 30 secondes avant le départ.

Je regarde ma montre. Le GPS est prêt. C’est parfait. Il n’y a plus qu’à. C’est parti pour 73.1 km. Je n’ai aucune pression. Ca va le faire.

10. 9. 8..

J’agite mes bras tendus vers l’avant en direction du sol.

7. 6. 5..

Je teste mon accroche au sol.

4. 3. 2..

Je fais un cercle avec ma tête pour détendre ma nuque.

1. 0…….

C’est parti !

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(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

 

23 h 45 : Départ de ma troisième SaintéLyon. 

Je suis à l’avant de mon SAS. Une grosse centaine de coureurs sont devant moi. Je décide de suite de prendre la corde et d’accélérer. Je galère un peu à doubler et je risque plusieurs fois de percuter des spectateurs. Ca passe. Mais ça passe juste. En à peine 150 mètres, j’arrive à me dépatouiller de la foule pour courir sans être bousculé.

Ma foulée est bonne. J’ai un peu peur de me claquer, partant à froid, mais je ne ressens aucune gène. Alors j’envoie du bois. 500 mètres après le départ, je repère le petit groupe de meneur parti en Sprint. Ils sont 4 ou 5.

Je les rattrape sans forcer 300 mètres plus loin à la sortie d’un virage. Ils sont partis trop vite par rapport à leur niveau. Ils commencent déjà à ralentir. Je ne comprends pas trop leur stratégie. Moi je suis en mode Antoine Guillon.. Dit le Métronome. Je suis lancé sur mon rythme. Je les rattrape et les dépose presque aussi sec. Un coureur s’accroche à moi et nous avançons à deux. Après un virage sur la gauche, et un petit monticule à grimper, le champ de vision est complètement dégagé dans une longue ligne droite qui nous précède. Il n’y a personne devant nous. Les derniers du premier SAS sont tout de même partis 10 minutes plus tôt. Ca serait étonnant de les rattraper tout de suite.

J’adore la sensation d’être seul dès le début d’une course. Ca donne l’impression d’être en tête de course. En réalité, je dois être 1000 ou 1200 ième. Mais peu importe, je déguste le vide devant moi. Il m’attire.

Nous avançons à deux. Le bruits de nos chaussures qui claquent sur le bitume résonnent fort. Ca envoie sec sur les deux premiers kilomètres. Je le sais car mes mollets sont étonnamment douloureux. Je ne me mets jaimais à une telle vitesse dès le départ à l’entrainement. Je crains la blessure idiote.

Après 3 km. Je ressens encore que mes jambes sont un peu froides. Il va m’en falloir un peu plus pour monter en chaleur. Cela tire pas mal. Ce n’est pas agréable, mais si je n’envoie pas, mes jambes vont mettre plus de temps à s’assouplir. Les mollets brulent. Je sens la tension naissante dans les tendons. Je pense à autre chose. Cela fonctionne rapidement. Dans une longue ligne droite, je repère au loin le troupeau formé par l’arrière du premier SAS. Ca a été rapide pour les rattraper. C’est parti pour une grande partie de slaloms et de dépassements.

La route est très large. Je passe sur la voie à contre-sens pour ne pas avoir à slalomer. Le différentiel de vitesse avec les coureurs que je dépasse est assez impressionnant. Le mec qui est parti avec moi du SAS n°2 me dit : « C’est n’importe quoi. On a été obligé de partir dans le SAS n°2, et regarde les coureurs que l’on dépasse. Franchement, ça leur aurait fait quoi de partir un peu plus tard… ». Je lui réponds que « C’est ça aussi la course. Ca en fait parti ». Tout comme il est idiot d’en vouloir aux personnes âgées qui font leurs courses le samedi matin en plein rush, il est idiot de dénigrer les coureurs qui ont eu l’ambition de partir le plus tôt possible pour faire le meilleur classement possible. Peu importe le recul que l’on peut avoir sur l’intérêt de faire partir d’abord les meilleurs, chacun a le droit d’avoir envie. Il faut respecter cela.

Après les 7 km de villes et de bitumes, je suis maintenant chaud. Nous allons commencer les sentiers. Je n’ai pas encore dépassé tout le troupeau. Il va me falloir au moins 4 ou 5 kms de plus. Dès le premier rétrécissement, je me retrouve bloqué dans un petit bouchon. J’espère que cela ne va pas durer.

Dans le premier sentier. Un sentier de 4×4, double monotrace, je découvre la sensation de courir sur la neige. C’est en fait super agréable. Elle est assez damée par le passage des quais et des coureurs me précédant. J’accroche bien dessus. On s’enfonce juste assez pour amortir. J’ai l’impression de courir sur de la moquette en réalité. C’est tout simplement génial !! Seul les passages où il y a 10 cm de neige brassée, dans lesquelles on s’enfonce réellement gênent ma foulée et désorganisent mon rythme. Je comprends vite que je vais pouvoir envoyer tout le long de la course.

Pour le moment, c’est une session de slaloms serrés entre les coureurs. « Je paaaaasse à gauche.. »  » Je passe à droite… » « A droite…. » « A gauche… ». Je vis cette course, comme une scène de poursuite en voiture filmée par Luc Besson. Un bon petit bout, façon Samy Naceri dans Taxi 3 (Oui.. C’est l’instant culture de mon récit ^^). Je vais beaucoup plus vite que les coureurs que je dépasse. Cela donne à ma course une impression de vitesse encore plus grande. Dans ma tête résonne la musique de Dick Tale – Misirlou (-> https://www.youtube.com/watch?v=kjay_sZLSj4).

Je ne me calme pas dans les premières montées, je continue à envoyer comme une brute. J’ai décidé de foncer jusqu’au premier ravitaillement (km 15). Mon souffle est tout à fait dans le rythme. Je n’ai aucune alerte qui me dirait de ralentir. J’envoie. Tout simplement.

Rien de plus à raconter sur cette première partie. J’étais très à l’aise. De temps en temps je suis fait sortir de ma concentration par des coureurs qui m’ont reconnu. « ALLER CASQUETTE VERTE !! ».. Je commence à vraiment adorer cela. Trois coureurs se sont portés à mon niveau « Salut.. Ca va ? T’as l’air d’avoir la pêche. Encore bravo pour ta Diagonale. » Pas le temps de dire plus que cela généralement. Je suis un peu trop rapide pour le début de la course, et les quelques supporters qui m’accostent semblent se mettre en sur régime pour le faire. Je ne veux pas trop ralentir. Je réponds donc poliment, et je leur souhaite une bonne course, avant de repartir vers l’avant.

C’est quand même sacrément kiffant. Vous l’imaginez bien. (Oui. Si vous n’avez pas déjà lu un de mes récits, je vous fait un petit point « ego de la Casquette »).. Je suis assez égocentré comme personne.. J’ai énormément de mal avec le fait d’être faussement humble.. Ou plutôt, je ne suis pas à l’aise avec la fausse modestie.. Faire semblant que « Ce n’est pas si dur ».. dire que « Ce n’est pas grand chose ».. ou bien exprimer le fait que « c’est plus de la chance, que du boulot à l’entrainement » m’énerve énormément. J’ai les pieds sur terre. Je sais très bien que je ne suis pas François D’Haene, ou Kilian Jornet. Loin de là ! Mais si j’ai atteint le niveau que j’ai actuellement, c’est avant tout le résultat d’énormément de sacrifices et d’un nombre immense d’heures passées à m’entrainer. D’après les premiers retours que j’en ai, plus précisément, d’après les premiers retours que vous me faites, cela ne semble pas trop détestable vu de l’extérieur. J’essaie de me contrôler promis. Mais voilà. Je préfère être clair en disant que « Oui.. Cela flatte mon ego que l’on me félicite ou que l’on me reconnaisse.. mais cela ne veut pas dire que j’ai pris la grosse tête.. Il fallait que je le dise pour être transparent avec vous 😀 C’est fait.. revenons à la course.

2017-gilles_reboisson-1883-3391839© crédit photos Gilles Reboisson 

Nous entrons dans Saint-Christo-En-Jarez. Je reconnais maintenant les villages/villes que l’on traverse. C’est quand même pratique d’avoir déjà fait la course. On a l’impression de revenir dans un endroit que l’on connait déjà. Même si j’y passe que quelques minutes une fois par an. C’est toujours un plaisir.

 

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RAVITO N°1 – SAINT-CHRISTO-EN-JAREZ / 15,8 km / Horaire : 01 H 01 

Etant donné que je n’ai pas regardé ma montre, je ne connais pas le temps que j’ai mis pour faire ce segment. Et je ne connaitrais pas d’ailleurs ni le temps des prochains, ni mon classement à chacun d’entre eux. Je savais juste alors, que j’ai avancé à bon rythme sur les 15 premiers km. Ca a vraiment du bon de ne pas savoir…

TEMPS DE COURSE : 01 H 10 MIN 15 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 495 m. 

Vitesse moyenne sur le segment : 13.46 km/h. 

Classement : 50ème. 

Si j’avais su.. 13.46 km/h.. pour 16 bornes.. alors qu’il en reste 56 à faire. Je pense que j’aurais vraiment ralenti pour me préserver. Bon, par contre, si j’avais su que j’étais 50ième au classement à ce moment là, clairement, j’aurai tenu la vitesse encore pas mal de temps !

Je fais le tour par la droite du ravitaillement. Je cours à fond. Les autres années, en arrivant dans les ravitaillements, je prenais le temps de marcher un peu. Là, il n’en n’ai même pas question ! Je monte les marches en courant pour atteindre les tentes. J’en profite pour tâter mes flasques. Elles sont encore aux 3/4 remplies. Je n’ai presque pas bu pour le moment. Je décide pourtant de zapper le ravitaillement et de traverser la zone à fond. En ressortant, je prends juste le temps d’avaler un gel. Et c’est reparti. Le prochain est dans 12 km. Si j’ai autant soif que sur les 16 premiers.. Je n’aurai pas de problème d’hydratation.

Un bon km après le ravito, j’entends un trailer conseiller son collègue : « Ce qu’il faut faire, c’est de prendre l’eau dans sa bouche.. de la garder un peu.. de la réchauffer.. avant d’avaler.. sinon le froid va te défoncer l’estomac.. ». Bordel. Mais c’est vraiment pas con son truc. Je viens d’apprendre quelque chose. Il faut dire que le vent glacial que l’on se prend en pleine poire, rafraichit à fond les flasques et l’eau qu’elles contiennent. Depuis le début, je bois de l’eau givrée comme un débile. Et c’est vrai que je ressens une petite gène dans l’estomac. Dorénavant, pour chaque gorgée, cela sera 15 secondes au four bucal avant d’avaler. Cela passe tout de suite mieux. MERCI L’INCONNU. Tu m’as appris un truc. Bon. ok. C’est chiant. Car pendant 15 secondes, tu dois désynchroniser ton souffle et respirer du nez. Mais les avantages sur le moyen et le long terme sont certains. Je conseille cette méthode à tout le monde maintenant 😉

Pas trop de souvenir de ce segment. Je sais avoir enchainé pas mal de passage en sous-bois plutôt abrité, me permettant d’accélérer et beaucoup de grands tracés assez droit dans lesquelles il faut rester concentré pour continuer à courir peu importe la pente.

Tous les chemins sont recouverts d’une neige épaisse. Le plus souvent, c’est un tapis de velours. Il n’y a que l’espace entre les deux monotraces au sol qui est recouvert de 15 à 25 cm de poudreuse. J’y plonge un pied de temps en temps lorsque je dois dépasser plusieurs coureurs en diagonale. J’ai de la chance, car jusqu’à présent, mes chaussures ne sont pas humides. Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir les pieds trempés, ni même la sensation de froid à leur niveau. Tout va bien, en somme.

 

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(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

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(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

Sur le plat, j’avance vite. Je double quelques coureurs, mais ce n’est pas non plus le même volume que sur le premier segment. En montée, je cours tout le long, je dépasse à chaque fois les personnes autour de moi. Et dès le sommet atteint, je ne freine pas, et je relance. Cela me permet encore de doubler beaucoup de coureurs.

Sur ce segment, je me souviens d’avoir atteint une cime de colline (je n’ose plus dire montagne après la CCC et la Diagonale). Je m’en rends compte car le vent qui vient de la gauche s’est intensifié d’un coup. J’ai déjà mis ma veste depuis 5 ou 6 km. Elle me protège bien des rafales. Et heureusement, car elles sont frigorifiques.

A mon rythme, j’ai de la chance, car la chaleur de mon corps reste naturellement élevée. Par contre, j’ai une pensée pour ceux derrière qui vont devoir marcher sur ce type de partie. Ca va être une toute autre histoire pour eux. Ils vont se peler les miches GRAVE. J’aurais bien aimé vivre cette sensation avec eux.

L' »arrière » des courses et l’ambiance qui y règne me manquent totalement ! A par les quelques personnes qui m’ont reconnu et qui sont venus rapidement discuter.. je n’ai pas prononcé un mot depuis le début. Je suis seul face à ma course. Personne dans mon rythme pour partager ces sensations avec moi. C’est un peu dommage.

Je suis seul, d’accord. Mais en réalité, je ne suis pas seul ! J’ai beaucoup pensé à cette fille que j’ai rencontré depuis quelques semaines. J’aime m’échapper de ma course en pensant à elle. « Et si tu lui demandais de venir dormir avec toi dimanche soir ? Ca serait bien. Bon.. tu serais dans un état pitoyable. Et le moindre câlin serait une souffrance, mais cela serait bien ». « Comment et surtout quand vas-tu la présenter à tes potes ? Est -ce que tu penses que cela va bien se passer ? ». « Tu penses qu’elle voudra bien continuer à te fréquenter quand elle va se rendre compte de la place que prend la course dans ta vie ? Passer après des entrainements dans le bois de Vincennes.. tu comprends bien que ça peut être grisant avec le temps… ». Au fur et à mesure, je me rends compte en pensant à elle que c’est la deuxième SaintéLyon que je fais en pensant à une fille. Etre seul. Face à soit même. Dans la nuit. Cela fait beaucoup réfléchir. Les pulsions masculines ressortent. L’écorché vif que l’on a au fond de soit fait surface. Les sentiments sont brutes. Tu te fais la liste de tout ce que tu voudrais lui dire. Là. Maintenant. Tout de suite. J’hésite d’ailleurs à marcher pendant quelques minutes, prendre mon portable et l’appeler pour lui dire. Dommage. Priorité à la course. On verra en rentrant. (Ps : Je sais que tu lis ces lignes.. donc deux choses. Premièrement : Ne me tombe pas dessus avec un « Ah ouais.. Comme ça.. Tu penses à une fille différente par course.. Merci.. top.. c’est super.. et l’an prochain.. tu penseras à laquelle hein ? ».. Je ne fais que décrire un constat que j’ai remarqué. Et puis regarde.. penser à toi, m’a fait tenir et terminer en 1h30 de moins que l’an dernier.. autant dire que tu es au dessus du lot, pour ne pas dire de l’autre 😉 – Deuxièmement : On se voit tout à l’heure. J’aurai alors tout le temps de te dire ce que j’ai eu envie de te dire 😉 ).. Désolé pour le petit aparté. Revenons au trail ^^.

Le segment se passe plutôt bien pour moi. Je ne me suis presque pas arrêté de courir pour passer en marche rapide. Sur une longue route tout en bitume, je commence à me chanter une chanson. Et puis niveau chanson atroce, qui te tient bien au corps.. celle là fait une entrée fracassante dans le TOP 3 des pires chansons que j’ai eu dans la tête en course officielle depuis que je me suis mis à courir. Pour rappel, les deux autres c’était Damso – Θ. Macarena pendant 50 bornes sur la CCC et Celine Dion – Pour que tu m’aimes encore pendant tout mon Marathon de Paris en 2016. Autant vous dire que cette nouvelle chanson prise de tête a du potentiel ! Je ne sais pas si vous connaissez, mais voilà, il s’agit de : Maurane – L’Un Pour L’Autre. Dites-vous bien que je me suis répété la partie de la chanson que je connaissais en boucle pendant bien 30 km.. Et 30 km de Maurane en BOUCLE.. c’est TRES TRES TRES LONG.

« Ils sont fait L’un pouuuuuuuuuur l’autreeeeeeeeeeeeeeeeeeee ! »

« Séparé.. Séparé.. Sépaaaaré.. Sépaaaaaré.. On ne le pourra jaaaaaaaaaaamais.. Oh Noonnn.. Noooooooooooon. On ne pourra ja – mais les sé – pa – rer !! ». 

EN BOUCLE ! Le fada. C’était terrible. J’ai beau eu tenté de penser à une autre chanson. Elle revenait tout le temps.. « Séparé.. Séparé.. Sépaaaaré.. Sépaaaaaré.. ». Bon ça occupe hein. Tu te demandes bien comment c’est possible d’avoir ça dans la tête, alors que tu ne l’as pas entendu depuis des années.. mais voilà. C’était ma chanson sur cette SaintéLyon 2017. Ca fait rêver… n’est ce pas ?

Descente prononcée dans un couloir assez étroit en forme de demi tube. Je sais où je suis.  C’est la petite descente avant le deuxième ravitaillement. C’est passé tout seul. J’accélère dans le dénivelé pour atteindre rapidement le ravito. En bas, tournant à 90° sur la gauche. Il y a quelques supporters. J’en profite pour les applaudir tout en relançant à fond. Tournant à droite. Un staff me dit de ralentir. Je ne l’écoute pas. Je pénètre dans le ravitaillement à fond. Et je m’arrête net.. devant une flaque d’eau immense… (Un des rares avis négatifs que j’aurai sur l’ensemble des ravitaillements de la course).

 

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RAVITO N°2 – SAINTE-CATHERINE / 28,2 km / Horaire : 02 H 12 

TEMPS DE COURSE : 02 H 21 MIN 51 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 850 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 10.42 km/h. 

Classement : 74ème. 

Je vais passer pas plus de 2 minutes dans le ravitaillement. Je recharge simplement mes deux flasques. C’est drôle d’ailleurs. Avant la course, j’ai parlé avec mes collègues et lorsque je leur ai dit qu’aux ravitaillement, je me fais remplir mes flasques, ils m’ont dit « Mais WHAAAAAAAT ? » « Nous, on remplit tout nous même… ». En y repensant bien, c’est vrai qu’il y a deux , trois ans.. quand j’étais à l’arrière, je devais me démerder tout seul pour remplir mes flasques. Et vas-y que tu dois choper une bouteille. Et vas-y que tu dois te remplir les réserves en tremblant et donc tu te mets fatalement de l’eau sur les gants.. Ce qui n’est pas super confortable lorsque tu cours par – 7°. J’avais oublié cela.

Maintenant, je ne conçois plus de ravitaillement où je me démerde tout seul. Je donne toujours mes flasques ouvertes et un bénévole me les remplis. J’ai pris gout à ce confort à vrai dire. Et même, j’en viens même à penser que j’aimerai bien avoir une assistance perso’ maintenant. Cela serait pratique. Elle m’échangerait les flasques vides par d’autres remplies.. Je gagnerai bien 1min10 par ravitaillement.. Soit presque 7 minutes sur toute la course. C’est dingue ! Sans trop m’en rendre compte, même cet acte banal est devenu une nécessité première pour moi. Cela en deviendrait même effrayant. Bref.. tout ça pour dire, que je repars avec assez d’eau pour tenir des km.

Je pioche quelques pâtes de fruit, j’avale deux bouts de saucissons et je repars avec une grosse poignée de chips. Vous devez le savoir, sur les 300 mètres en sortant du ravitaillement, je marche assez rapidement pour effectuer mon grignotage. C’est ma petite habitude à moi. Nouveauté : C’est la première fois que je prends des chips sur un trail. Je me suis forcé à le faire en repensant à ma carence en sel sur la Diagonale. Okay. Ce ne sont pas trois chips qui vont me sauver la vie. Mais dans la tête cela change tout. Je finis mon ravitaillement en avalant quelques bouts de mandarines. J’adore cela. Je m’en gave depuis des semaines.

En traversant le village/ville (je n’ose plus marquer uniquement « village », j’ai trop peur de me faire taper sur les doigts par les habitants.. encore pire.. ils pourraient me pourrir l’an prochain en me lançant des tomates dessus à mon passage.. okay.. J’exagère.. mais cela serait drôle quand même..), en traversant donc cette CHARMANTE VILLE TRES BELLE ET TRES ACCUEILLANTE un autre trailer me reconnait.. J’ai envie de discuter.. je lui demande comment ça va pensant bien commencer la discussion.. il me répond « Pas au top du tout. Je pense abandonner ! ».. Et VLAN ! Bon bah, écoute, moi je vais continuer hein.. je voulais simplement parler et rire un peu.. Je l’encourage et je lui dis un « Tiens bon.. ça va revenir.. » puis je repars en courant à mon rythme de croisière.

Je suis reparti plutôt en forme du ravitaillement. J’ai avalé assez rapidement ces 30 premiers kilomètres. Je n’ai pas du tout la sensation d’avoir déjà fait presque la moitié de la course. Je suis très à l’aise. Cela ne va pas durer.

Vers le KM 31 (je pense) et jusqu’au KM 37.. j’ai un gros coup de moins bien. J’ai vraiment du mal à avancer rapidement. Impossible de placer la moindre accélération. Je lutte déjà pour tenir mon rythme. J’ai la sensation d’un manque total d’énergie. Je me trouve même facilement des excuses « C’est normal.. tu as fait une grosse saison 2017.. Tu t’attendais à quoi ? hein ? Finir dans le TOP 100 dans la SaintéLyon.. Franchement.. tu le sais bien.. tu es réaliste.. Ce n’est pas possible d’enchainer une CCC .. une Diagonale.. et une SaintéLyon.. redescend sur terre ! »..

Et puis bizarrement, ce qui est rarement mon cas, je manque d’envie. D’envie d’avancer.. Je le remarque car je passe en marche rapide de plus en plus souvent dans les montées. Au troisième ou au quatrième passage en marche rapide, je me surprends même à me dire.. « Bon, écoute. Il y a un petit feu là bas.. pourquoi tu ne t’arrêterais pas. Tu attendrais tes potes 1 ou 2 h et puis tu finis tranquillement avec eux. Ca pourrait être sympa aussi.. »…

Ah Démon !! Ah Sacripant !! Ah Tartarin !! Qu’est ce que tu voudrais me faire faire.. Ralentir.. mais n’es-tu pas fou ? Qu’est ce qui te prend ? Re-saisit toi petit bonhomme. Il y a encore 6 ou 7 kilomètres tu étais frais comme un gardon.. et là tu voudrais finir en marchant ?! Mais où est ta fougue ? Où est ton arrogance ? Où est la Casquette Verte frifrole et dynamique.. Tu vas avaler un gel coup de fouet, tu vas te forcer à avancer un peu au dessus de ta zone de confort, et tu vas voir d’ici 10 minutes c’est reparti. Je m’exécute. Et effectivement, 10 minutes plus tard cela va beaucoup mieux.

J’entame donc la descente vers Saint-Genou/Chaussan avec de l’entrain. Je suis d’ailleurs très content car je descends avec une aisance de dingue. Alors que les autres coureurs ralentissent du fait de la technicité et des plaques de verglas, moi j’accélère comme une bombe dans les passages techniques. Je redouble pas mal de coureurs. Je pense réellement que c’est la combinaison deux choses qui me permet de descendre mieux maintenant :

(1) L’expérience acquise lors de la CCC et de la Diagonale. On ne va pas se le cacher longtemps. La SaintéLyon n’est pas technique du tout à côté de ces courses. Il y a quelques passages qui sortent un peu du lot. Mais ils sont relativement courts, la technicité n’est pas extreme et les hauteurs à descendre ne sont pas traumatisantes pour le corps. En d’autres termes, les passages techniques de la SaintéLyon ne sont pas des enchainements de trois ou quatre km de descentes ultra techniques où tu finis épuisés par les chocs, les cuisses et les genoux en feu ; et surtout, ton cerveau n’est pas en surchauffe à force de s’être concentré sur chaque millimètre pendant de longues dizaines de minutes. Ces petits passages sont donc un régal pour moi. Je prends énormément de plaisir maintenant. Merci l’expérience.

(2) Les heures d’entrainement pour travailler ma foulée en descente et principalement mes appuis. J’ai énormément bossé là dessus ces 8 derniers mois. Le bon appui. La bonne posture dans la pente. Les enchainements rapides d’appuis tel le jeu de jambes d’un boxeur.. Les coups de pattes sur les bords pour éviter des obstacles.. les appuis très rapides au sommet de pierres pour les dépasser façon panthère.. tout.. j’applique toutes mes connaissances et cela fonctionne merveilleusement bien. Trop bien d’ailleurs. Je déboule à une grosse vitesse et je dois faire attention de ne pas déstabiliser de coureurs sur mon passage. Quel kiffe quand même. Y a encore du taff. Mais c’est une belle réussite pour moi. Une vrai victoire sur mes défauts passés de foulée en descente.

En dépassant certains coureurs, je sens que certains tentent de me suivre. Mauvaise idée. J’ai le souvenir d’un jeune (27 – 30 ans) assez grand, avec des épaules carrés. Je le dépasse, et quelques secondes plus tard, je me rends compte qu’il prend mon allure et effectue les mêmes appuis que les miens. Je pense qu’il ne regarde plus tellement loin devant. Il doit être fixé dans mes appuis et dans mes mollets. Cela ne me dérange pas à vrai dire. Je continue à mon rythme et tant mieux si je peux amener du monde derrière moi.

Tout à coup, bruit de plastique qui glisse.. silence.. et BIM ! Sur le cul. Le mec derrière moi à louper un appui latéral que j’ai fait pour esquiver une plaque de verglas et a mis un pied en plein milieu. Je m’arrête pour l’aider à se relever. Cela semble aller. On repart. Il décide de me suivre à nouveau. Cela tient 60 secondes. Vlaaaaaan. Deuxième plaque de verglas.. Même cause, même conséquence. Je m’arrête à nouveau et je l’aide à se relever. Il se marre. Moi aussi. Je lui dis « Bon, écoute.. c’est pas contre toi.. mais je pense que c’est dangereux pour ta fin de course si tu continues à me suivre.. ». Il me répond « C’est clair. J’arrête. T’es un maboule ! ». On se tape dans la main, on se sourit assez mort de rire et je repars à fond. J’espère qu’il a fini sa course ! Moi, je profite de la fin de descente pour continuer à envoyer. Je me souviens même que j’ai commencé à couper des virages à l’intérieur en sortant du chemin principal et que c’est passé comme dans du beurre. Quel kiffe total ! Malheureusement, on enchaine avec une partie bitumée pour finir la descente. Dommage.

 

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RAVITO N°3 – SAINT-GENOU/CHAUSSAN / 41,4 km / Horaire : 03 H 38 

TEMPS DE COURSE : 03 H 48 MIN 05 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1277 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 9.21 km/h. 

Classement : 78ème. 

Aucun souvenir du ravitaillement. Non pas que j’étais fatigué. Ce n’était pas le cas. Mais je crois l’avoir fait en mode « Eclair ». J’ai déboulé à fond dedans. M’arrêtant de courir uniquement devant une table. Remplissage d’une flasque sur deux. Et je suis reparti en courant directement. Et dire que l’an dernier, j’avais pris le temps de faire un selfi à cet endroit là ^^. Certaines choses se perdent !

Je fais un rapide point de mon état. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mon passage a vide est maintenant terminé. Je suis bien dans ma course. J’ai fait plus de la moitié. J’ai encore les jambes fraiches. Je sais qu’il me reste trois segments de plus ou moins 10 km. Ca va se faire tranquillement. Je n’ai pas de soucis à me faire.

« Ils soooooont fait. L’un.. Pour.. L’autreeeeeeeeeeeeeeee ! »… Bordel ! Elle ne me lache pas la coquine ! Chanson de m*rdeeeeeee !

Rien à dire sur ce segment. 11 km assez facile. Sans trop de difficultés. Un peu trop roulant dans mon souvenir sur la fin. On commence à avoir un ratio bitume / sentier de plus en plus grand. Le bitume est synonyme de deux choses pour moi : L’obligation de courir et des douleurs dans les genoux. D’ailleurs, après quelques bons km de bitume, je ressens une douleur dans la hanche droite qui me lance de temps en temps lorsque j’essaie d’allonger un peu. Je reste dans un bon rythme, tout en prenant garde à ne pas déclencher la douleur.

On traverse des villages/villes complètement vides. Okay. Il est plus de 4 h du matin. Mais c’est un peu tristounet je trouve. Je ne souffre pas tant que ça, donc j’ai le temps d’observer les maisons et le paysage éclairés par ma PETZL. Les autres années, j’avais déjà des douleurs assez terribles à ce moment de la course.. cela me rendait aveugle de l’environnement. Là, je profite du paysage. J’éclaire fréquemment les maisons sur le bord, ainsi que les champs avec les arbres fruitiers. Tout est encore blanc autour de moi. Cela ne va pas durer.

En haut d’une colline, un peu avant le 50ième km, je vois au loin les lumières de Lyon. Ca sent déjà la fin. C’est arrivé plus vite que prévu me dis-je. Toujours en comparaison des autres années, je me rappelle que le prochain ravitaillement était un point d’ancrage bien identifié dans mes deux précédentes éditions. La première année, c’est là que j’avais lâché mes collègues et que j’avais lancé un semi-marathon ultra rythmé pour finir. Et l’an dernier, je mettais appliqué la stratégie d’avancer le plus vite possible jusqu’à ce point et de voir après avec les forces qu’il me restait pour finir. Cette année, cela semble être un passage comme un autre. Pas du tout un point crucial de ma course. Je m’étonne même à jouer au commentateur de ma propre course.. « Et oui.. Jean michel.. Casquette Verte ne semble pas surpris par ce qu’il est entrain de faire.. Cela semble facile.. tout à fait normal.. Sa stratégie de courir tout le long est la bonne.. il est en parfaite adéquation avec sa tactique de départ.. Il semble ne pas douter.. ».

Ce manque total de doute, est vraiment le commentaire le plus important pour comprendre ma course. En dehors de mon petit passage à vide, vite écarté. Je n’ai jamais douté une seule seconde de mes capacités. Je n’ai jamais eu l’impression de me mettre en danger.. de me faire mal.. J’ai plutôt pris énormément de plaisir. D’habitude, je prends du plaisir, par ce que je me fais mal. Là, je prends du plaisir car j’arrive à faire facilement ce que je sais faire. C’est drôle cette sensation de maitriser son sujet. J’ai beau avoir 50 km dans les cannes. Je sais très bien que j’en ai encore sous le pied pour tenir à ce rythme sur les 20 derniers km et que je vais même pouvoir accélérer si je veux. Ajoutons à cela une paille, un diabolo grenadine et quelques grains de raisins et c’est limite le paradis pour moi.

Après ce constat que TOUT VA BIEN. Je me remets un peu en selle et je commence à accélérer pour relier rapidement le ravitaillement. C’est assez bizarre, je commence à doubler des personnes qui sont en mode randonnées avec des bâtons. Ils ont un dossard avec le numéro en vert. Je pense qu’il doit s’agir des personnes qui sont sur le 44 km. Pour moi, plus de marche rapide. Que de la course. Je traverse la ville à fond les ballons. Quand je reconnais au loin les rues qui doivent m’amener au ravito je commence même à me mettre dans le rouge en sprintant.

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Je finis mon sprint à l’intérieur de la salle. Les personnes présentes, pas mal de coureurs en relais et pas mal de coureurs du 44 km me regardent un peu étonnés. Tout est au ralenti dans le gymnase. Il y règne un silence monacale. Et moi. Je déboule comme une furie au milieu d’eux en mode « Heeeeey, Comment ça va bien Soucieu-En-Jarrest ? Est-ce que vous êtes chauuuuuuuuuuds ? ». Pas de réponse. Tant pis.

 

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RAVITO N°4 – SOUCIEU-EN-JARREST / 52,3 km / Horaire : 04 H 44 

TEMPS DE COURSE : 04 H 53 MIN 50 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1521 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 9.94 km/h. 

Classement : 80ème. 

Remplissage des flasques. Un bout de chocolat. Une poignée de chips. Quelques quartiers de mandarines.. et OH SURPRISE.. Il y a des Pim’s. GAVAAAAAAAAAAGE. J’en prends trois ! Ce n’est que de la gourmandise. Je repars en courant depuis le milieu du gymnase. Je le sais.. c’est bientôt fini.

Je prends un peu de temps en courant au ralenti pour réussir à manger mes chips et pour boire un peu d’eau. Il fait beaucoup moins froid maintenant. Je n’ai plus besoin de réchauffer l’eau pour l’avaler. C’est déjà ça de gagner.

A la sortie de la ville. Je m’arrête 30 secondes. Pause pipi. Il n’y a plus de neige. Dommage, j’aurais tenter d’écrire C(asquette)V(erte)… Je repars avec un coureur. Il a un dossard avec les numéros en rouge. Cela fait bien 25 km que je cours avec les personnes qui ont ce type de dossards. J’ai compris à leur façon de courir qu’il s’agit de personnes qui font la SaintéLyon en relai. Je le sais, car beaucoup font du yoyo au niveau de leur vitesse. Ils ne sont pas tellement régulier. Ils arrivent à placer des accélérations à des moments, où un coureur en solo ne peut pas (ou plus) les placer. Et à d’autres moments, ils sont obligés de ralentir en conséquence de leurs accélérations. Cela ne m’a pas du tout aidé de courir avec eux. Il a été impossible pour moi de trouver des bons repères pour étalonner ma forme. Quand, à de rares moments, je tombe sur un dossard solo, je prends le temps d’analyser sa foulée, sa forme. De faire des comparaisons dans le mouvement des bras. C’est très instructif de regarder les autres coureurs. Cela permet vraiment de se jauger.

J’ai l’impression, mais ce n’est peu être qu’une impression. Mais je suis de plus en plus droit et métronomique dans mes mouvements. Chaque mouvement de bras est précis. Chaque foulée est strictement égale à la précédente. En comparaison avec les autres coureurs, j’ai l’impression de gagner en énergie du fait de moins me perdre dans gestes improbables. Il me faudra plus de courses et d’heures de comparaison pour me rendre compte de la véracité ou non de cette remarque, mais c’est la première fois que je m’en rends un peu compte. Si quelqu’un a couru avec moi, je suis très intéressé par son avis sur ma posture, et sur la régularité ou non de ma foulée.

Rien à raconter de spécial sur ce segment non plus. (A chaque fois que je marque cette phrase, 20 secondes plus tard je me rappelle de deux ou trois souvenirs et c’est parti pour 5 ou 6 paragraphes.. là, pour une fois je n’ai qu’un seul souvenir qui me revient.. et il n’est pas des plus intéressant).

4 ou 5 km après le ravitaillement. Je vois un panneau « Poubelle à 400 M ». Je dis OUIIIIIIIIIIII !! Bravo l’organisation ! Enfin des poubelles en dehors d’une zone de ravitaillement. Cela fait bien deux ans que j’en rêve. Je me trimballe tout le temps mes déchets et ceux que je ramasse, que cela soit des gels ou des papiers d’emballage.. A chaque fois, aux ravitos, je suis tellement dans mon objectif de récupérer de l’eau que j’oublie souvent de les jeter. Là, c’est parfait. Ces poubelles tombent à point nommé. J’ai oublié de vider mes poches lors des quatre ravitaillements passés. Elles sont pleines et commencent à me gêner. Je prends le temps de m’arrêter et de tout jeter. C’est mineur me direz-vous de jeter proprement ces déchets. Mais pour moi, c’est important. Si seulement, on pouvait voir ce principe appliqué sur chaque course. Cela serait le rêve ! (A BON ENTENDEUR.. SALUT..).

Chose promis. Chose due. Je n’ai pas d’autres paragraphes qui me viennent à l’esprit. Je pourrais inventer des rencontres.. inventer des pensées.. mais je n’ai rien à vous offrir de vraiment vécu. Simplement à vous raconter, comme à chaque récit, que je cours, et que je cours encore.

En arrivant aux abords du ravitaillement de Chaponost.. (Aaaaaaaaah.. peu être que j’ai quand même un petit souvenir qui traine… MOUAHAHAHAHAHAHAAHAHAH), je me rappelle que des caméras sont présentes à l’entrée. J’ai envie de faire un salut magistral avec ma Casquette. Petit oubli de ma part, j’ai une PETZL accrochée sur la casquette avec un fil qui part dans mon sac pour ne pas avoir à porter le poids de la batterie sur la tête. Me voilà donc, 10 mètres avant la porte. Je soulève d’un coup ma Casquette.. et je sens une résistance.. Le con.. J’essaie de faire quand même quelque chose.. Je sautille en faisant une petite virgule du talon.. Je m’imagine déjà bien ridicule sur les vidéos. Bordel.. J’aurai du y penser avant.

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En regardant la vidéo sur le site Livetrail. Je suis très déçu. L’extrait de 30 secondes a du être mal calibré. Je ne me vois même pas. Je me rappelle que je suis arrivé en sprint. A fond les ballons. Je pense que la caméra s’est déclenchée trop tard. Dommage ^^. J’avais terriblement envie de vous faire vivre ce moment de solitude.

 

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RAVITO N°5 – CHAPONOST / 62,1 km / Horaire : 05 H 42

TEMPS DE COURSE : 05 H 51 MIN 45 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1696 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 10.14 km/h. 

Classement : 72ème. 

La course est bientôt finie. C’est passé tellement vite. C’est dingue. Je tends mes flasques aux bénévoles, en demandant, comme à mon habitude, « Un GRAND whisky et un PETIT Ricard ». Comme souvent, les bénévoles sont un peu surpris.. puis rigolent l’air déstabilisés. Je leur demande s’ils savent qui a gagné de la course. A priori, l’information n’est pas arrivée jusqu’à eux. J’avais mis une pièce sur Thibaut Baronian. J’aimerai bien qu’il remporte une course un de ces quatre. Et si cela pouvait être aujourd’hui, en terre lyonnaise, sur cette emblématique SaintéLyon, cela serait magique ! J’ai commencé à suivre un peu ce coureur. Je me retrouve pas mal dans sa mentalité.. entre performance et sur-entrainement.. entre déconnade et expertise trailistique.. Entre plaisir et passion.. bref. J’aime bien ce type !

Je repars chaud comme une baraque à frites pour les 11 derniers kilomètres. Je pourrais envoyer du sale dès le début, mais j’ai envie d’en garder un peu sous le pied pour enchainer à fond les 4 derniers. Je repars donc à un bon rythme, mais légèrement en dessous de ma zone rouge.

J’ai bien en mémoire la fin du parcours. Un petit bout de bitume. Un passage entre les maisons sur des chemins en montée et en descentes. Je le sais, ces routes sont assez larges pour doubler sans problème. Ensuite, ce sera un moment culte de la SaintéLyon : Une FAT descente tout en bitume et une FAT montée (double montée attention.. pas mal se font piéger par le deuxième bout que l’on ne voit pas du bas) à côté de l’aqueduc.. Un peu de navigation dans l’accrobranche et puis on traverse une zone bien urbanisée.. un petit square.. quelques immeubles.. des escaliers qui piquent après 70 bornes.. Les quais.. Les ponts.. et puis la délivrance..

Je le connais par coeur ce segment. Cela va me permettre de le gérer sans problème. Bon, je le connais par coeur okay.. mais pas de nuit ! Même si je n’ai pas regardé ma montre, je fais rapidement le constat que l’an dernier il faisait jour à ce moment de la course. Et là, on devine encore mal la fin de la nuit. J’ai envie d’arriver à la Halle Tony Garnier avant que le jour se lève. J’en ai parlé avec mes collègues avant de partir. On ne s’est pas lancé le défi.. mais je me le lance maintenant. J’espère qu’il n’est pas trop tard. Je ne cède pas à la tentation de regarder ma montre.

Sur les 5 premiers kilomètres.. j’envois tranquillement. Je dépasse beaucoup de coureurs en relais et énormément de coureurs du 44 km (les dossards aux chiffres verts). Je suis vraiment très en forme. Je m’imagine devoir refaire 70 kilomètres dans le sens inverse.. Je ne dirai pas non.

Dans une petite montée cassante, juste avant d’attaquer la grande descente en bitume où l’on peut envoyer, je me fais rattraper par un coureur. Il a un dossard aux chiffres noirs. Ma compétitivité revient alors à moi. Je le laisse prendre 10 mètres d’avance. J’analyse sa foulée. Puis je me mets en chasse.

Très rapidement, je le dépasse et prends les commandes. Il a accéléré lui aussi. Je ne veux pas encore lancer mon accélération final. Je me retiens encore un peu. Nous allons très vite, mais je ne suis pas à bloc. Il me dépasse à nouveau. Je me demande s’il fait parti des coureurs du premier ou du second SAS. S’il s’agit d’un coureur du premier, alors j’ai 15 minutes d’avance sur lui (à peu près). S’il s’agit d’un coureur du second SAS. C’est un concurrent direct. C’est drôle de dire cela. Je ne connais ni mon temps, ni mon kilométrage exacte, ni ma vitesse, ni mon classement et pourtant, je suis en mode compétition.

A chaque fois, sur les fins de course, j’ai tendance à les vivre comme une vrai compétition, mais là, cela n’a presque aucun sens. Je ne sais même pas si je suis 70 / 150 / 200 ou 300ième.. Je me bats pour quoi ? Pour l’honneur ? Je n’y songe même pas. Pour le classement ? Franchement.. tant que tu n’es pas dans le TOP 10, tu n’es pas à une place près. Est-ce un concours de (désolé pour l’expression) « bite » ? Je ne pense pas non plus. Cela serait trop bestial.

Je pense que je me bats, car on joue. C’est réellement un jeu à ce moment là, de se concurrencer. De se tester.. de faire sentir à l’autre qu’on est soit plus fort.. soit qu’on bluffe en lui faisant croire qu’on est dans le rouge avant de mettre une grosse accélération..

D’ailleurs.. Je bluffe.. Dans la grande descente en bitume.. je fais mine d’accélérer puis de ralentir d’un coup en soufflant.. il me dépasse alors rapidement.. je reprends son rythme en restant assez loin pour qu’il ne m’entende pas.. une bonne quinzaine de mètres.. Au milieu de la descente, je décide de le laisser envoyer jusqu’en bas.. j’attaquerai dès le début de la montée tout en bitume.. droit dedans..

En bas, de la descente, je suis juste derrière lui. On traverse une zone de travaux. Je demande gentillement avec une voix reposée et aimable aux coureurs du 44 km de nous laisser passer. En écoutant ma voix, je pense qu’il s’en rend compte. Il s’en rend compte qu’en fait de mon côté, tout va bien. J’ai pris l’ascendant psychologique. Ne reste plus qu’à prouver dans le début de la montée, que ma voix fait échos de ma bonne forme. Lorsqu’il s’est retourné pour me jeter un regard, j’ai remarqué directement qu’il semblait bien épuisé par ses dernières accélérations. Nos regards se sont croisés. Je pense qu’il sait très exactement ce qu’il va se passer.

En attaquant les premiers mètres de la montée, je le laisse partir devant. Juste 3 ou 4 mètres. Histoire de prendre de l’élan. Je pense qu’il met tout dans la bataille. Trop tard. Je lance la machine. Droit dedans. Les montées tout en bitume avec un bon %, c’est devenu maintenant une passion. Je suis très très à l’aise dedans. En à peine 40 mètres de distances, je lui mets 15 mètres. Je ne me retourne pas pour vérifier. Je suis déjà passé à autre chose. Je veux gravir ce passage le plus rapidement possible. Cela tourne à fond. Les cuisses ne sont pas douloureuses. Je profite du moment. Mon souffle est régulier, mais il n’est pas stressé. Je suis encore une fois très content de réussir à passer ce genre de passage après 67 km sans aucune difficulté.

Contrairement à la première année, je sais que cette montée est double. Elle s’effectue en deux temps. Il ne faut pas tout envoyer dans la partie visible d’en bas, car après un tournant sur la gauche, un deuxième bout se dresse devant nous. Et ce n’est pas un petit bout.

Juste avant le tournant.. j’entends un mec qui se speed « Heeey Casquette Verte… » Je lui sers la main.. Je suis tout sourire. Lui aussi, semble-t-il. Il me dit qu’il a accéléré pour me dire bonjour. C’est super cool. On discute un peu (je ne me rappelle plus trop de quoi), et nous nous souhaitons une bonne fin de course. Sympa ce genre de rencontre au milieu d’une difficulté finale de course.

Je finis la montée. Je suis très serein. Enfin plutôt, je suis sûr de mon fait. Je ne me dis pas qu’il faut absolument aller vite. Et pourtant j’avance vite. Je ne suis pas du tout affolé. Je ne souffre pas du tout. Je sais que c’est précisément à cet endroit là, juste après un virage à droite à 90° que je vais lancer mon sprint final. 4 km à fond les ballons. Sans retenue. Là.. je vais souffrir. Là.. on va pousser la bête dans les cordes. Là.. on va titiller le cardio’ à pleine main.. Là.. on va aimer souffrir !

Virage sur la droite. J’ai relancé le rythme depuis une dizaine de mètres. Ce changement d’orientation me propulse dans mon finish. Je décide d’enlever ma veste. A quoi peut bien me servir un coupe vent. Je vais le fendre.. je n’ai pas besoin qu’on me le coupe. Les manches et mon torse légèrement humide récupèrent rapidement la fraicheur de la nuit. J’ai presque un peu froid. Cela me motive à accélérer. Ma foulée est étonnamment naturelle. On pourrait croire que je commence à peine ma course. Je n’ai aucune retenue dans mes mouvements. Tout est limpide. Presque trop simple.

Après quelques virages en ville où j’ai bien fait attention à prendre les intérieurs pour garder de la vitesse, nous arrivons dans une zone que j’affectionne particulièrement sur le parcours de la SaintéLyon. Le passage dans les bois remplis d’installations d’accro-branche. Le sol y est assez mou. On peut envoyer sans trop de problème. Plusieurs monotraces sans technicité s’offrent à nous. Je peux exprimer totalement mes talents de navigation. Cela tombe bien, car il y a du monde. Les coureurs du 44 km et ceux des relais n’avancent plus très vite. J’arrive à regarder assez loin pour anticiper mes dépassements. A gauche. A droite. Les coureurs s’écartent. Je peux avancer sans être ralenti. Je déguste chaque mètres de cette descente. Je suis étonné par forme. Dans un virage en dévert sur la gauche, je me surprends même à couper droit dans la pente tout en accélérant. J’ai la drôle d’impression d’avoir un moteur qui me pousse à avancer. Presque une assistance électrique qui décuplerait ma vitesse trop humaine.

Les quelques rondins glissés en travers du chemin forment des petites marches hautes d’à peine quelques dizaines de centimètres. Je me rappelle avoir tant souffert sur celles-ci il y a 2 ans. Chaque bonds qu’elles me faisaient faire étaient une épreuve tant physique que mental. Là. C’est tout à fait différent. Je m’en amuse presque. Ma foulée est rythmée par les chutes provoquées à leurs passages. J’en viens presque à appuyer le pas pour ressentir un peu plus de douleur dans les cuisses. J’ai envie de me sentir souffrir. J’en envie que cela fasse mal. J’ai envie que la douleur m’emporte en dehors de la course. Qu’elle m’amène à me transcender. Qu’elle me fasse oublier la simplicité. Qu’elle m’emporte, dans ce joyeux monde des sensations extrêmes.. celui-ci même qui doit faire de moi, un autre moi.

Fin de la zone d’accro-branche. Virage sur la gauche. On rejoint le bitume pour une dernière mini-montée un peu cassante. Je décide de la faire en courant normalement. Sans sprinter. Un autre coureur du 72 km me double. Il est plié en deux. Les mains sur les cuisses. Il est dans ce joyeux monde des sensations extrêmes. Je l’envie presque.

J’entends son souffle lourd. Je le sens très atteint par la fin de sa course. Moi, je suis complètement à l’aise. Entre deux souffles très prononcés de sa part, je tente d’ouvrir la discussion en le faisant rire : « Tout doux…. l’animal… Tu vas nous faire une syncope là ! ». Il ne bronche pas. Reste dans la même position. Mains sur les cuisses et grandes enjambées. Il tourne légèrement sa tête vers moi en commençant sa phrase, puis la remet dans l’axe de la montée. « Heeee..eeeeeeuheee..he..euhuhhhee.. Je veux terminer sous les 7 h 15… ». Il a eu beaucoup de mal à me dire cela. Il est déterminé. Mais je sens dans sa voix de la détresse. Comme s’il sentait que ce n’était déjà plus possible. Je comprends de suite que cela ne sert à rien de lui parler plus longtemps. Je vais le déranger. Il avance un peu devant moi. Une fois 5 mètres devant, je prends son rythme. Droit comme un I. Je n’ai pas besoin de mettre mes mains sur les cuisses.

En le suivant, je réalise qu’il m’a dit vouloir faire moins de 7 h 15. C’est dingue. Moi qui visait un objectif 8h. Je n’ai pas forcé mon talent de toute la course et je suis sur cette base horaire. Ni une ni deux, je décide d’accélérer et de finir à fond. Je déclenche mon ultime accélération. En 20 secondes, j’ai rattrapé le souffleur de l’extrême et je file devant lui. Me voilà parti pour finir la course à bloc.

Je cours comme à l’entrainement. Je suis très concentré. 3 minutes ont passé et je n’ai pas réfléchi une seule seconde à m’en garder sous le pied pour finir en sprint total sur le dernier kilomètre. Je suis entrain d’avancer dans ma zone rouge. C’est le kiffe. Je traverse une rue gardée par un bénévole que je salue et remercie. Il m’indique le chemin en direction d’un petit square. A l’entrée de celui-ci, il faut esquiver un passage anti-scooter. Lorsque vous marchez c’est le genre de truc déjà chiant. Lorsque vous courrez à fond.. c’est une séance de danse du ventre que vous devez interpréter. Zlllllllip.. Zliiiiiiiiiip. Je me suis complètement déformé, mais c’est passé à fond. En entrant dans ce petit square bénéficiant d’une légère montée, je commence à pousser mon premier cri d’extase et de douleur. Ce genre de cri qui vient du fond du corps. L’expression du dépassement de soi. Cela ne sera pas le dernier.

Zliiip..Zliiiiiiip. Je ressors du square comme j’y suis entré. Nous sommes dans une zone très résidentiel. Avec quelques immeubles comme simple décors. Ma PETZL est encore allumée. Elle ne sert plus à rien. L’éclairage public est suffisant. Nous sommes définitivement en ville maintenant. Je traverse la zone résidentielle à fond. Mes cris commencent à se faire entendre de plus en plus. Je ne lache rien. Je déboule comme jamais. Les coureurs qui marchent, me regardent arriver. Un peu étonné. Puis m’entendent passer. Je peux presque me mettre à leur place et sentir la perturbation d’air légère que je déclenche à leur niveau. Ma foulée est déterminée. Je finis de grimper dans les lotissements.

Si vous n’avez jamais fait la SaintéLyon et que vous compter la faire : MERCI DE SAUTER CE PARAGRAPHE. Il va vous spoiler une particularité plutôt sympa de la fin de course.

(Bon je vous aurai prévenu…). La fameuse série d’escaliers pour descendre au fleuve. Je ne sais de combien de marches cette descente est fournie. Tout ce que je peux vous dire, c’est que si vous êtes déjà au bout de vos limites, cet escalier va tout simplement vous achever. Heureusement, je suis en pleine forme. je vais pouvoir pour la première fois descendre à fond les marches. Je me lance dedans comme on se lance dans une piscine un après-midi d’août dans la région d’Aix en Provence. Splaaaaaaaash. Je suis dedans. Je prends tout de suite le rythme qui sera le mien jusqu’en bas. Une marche par une marche. De manière ultra cadencée. Chaque pas résonne. Les crampons de mes SpeedCross semblent préférer les sentiers enneigés. Je commence à pousser des cris plus petits.. plus chuchotés. Des cris de douleurs. Infimes. Que seul moi et les coureurs que je double peuvent entendre. Des petits « hain.. hain.. hain.. ». Chaque marche dispose de son cri. Pas de jalouses. Je relève rapidement la tête entre deux séries de marches. Je suis déjà presque en bas. C’est dingue. La première année, j’avais eu l’impression de passer des minutes entières dans cette descente. Là.. j’ai du avaler la difficulté en quelques dizaines de secondes. Le temps de faire ce constat et me voici en bas.

Je relance comme un dingue. Cette relance me fait hurler. Deux trailers qui marchent, se fichent de moi. Je les entends quelques dizaines de mètres derrière imiter mes gémissements. Cela m’énerve un peu. J’aurai envie de leur expliquer. Qu’ils comprennent. Mais je préfère me dire qu’ils ont raison. Que c’est étrange ce que je fais. Que c’est moi qui suis dans l’irréel et eux dans la réalité.

Tournant à 180° à droite. Je rejoins les quais. Je tiens bien ma vitesse. Je ne suis pas tout  à fait au maximum de ce que je peux faire, mais j’avance bien. Je repère que que la Saône est haute cette année. Quelques 20 cm de plus et on aurait les pieds trempés. Le temps d’y penser et me voilà déjà dans l’escalier pour remonter sur le pont qui longe l’autoroute. J’enchaine les marches à fond. Je m’aide pour la première fois de ma course de mes mains en saisissant les barrières pour m’assister dans leur franchissement. Cela fonctionne terriblement bien. Je repense à ma conviction absolue de ne jamais utiliser de bâtons en course. Quand je vois à quel point cela peut m’aider sur un si petit escalier, je me dis que dans l’ultra long, cela pourrait me servir un jour. Ma conviction n’est plus absolue.

Le bénévole et une nana qui l’accompagne en haut de l’escalier m’encouragent et me félicitent. Je les remercie tout en relançant en direction du pont. Je le sais c’est presque fini. Il ne manque plus qu’un petit kilomètre avant d’atteindre la fameuse arche d’arrivée. Je ne pense plus à rien. J’essaie juste de tenir mon rythme. Sur le pont, un couple de passants, pas du tout au courant de la course, ne m’entendent pas arriver. A 5 mètres d’eux, j’appuie ma foulée afin qu’ils me laissent passer. Rien n’y fait. Je dois faire un bon sur le côté gauche en passant complètement de travers pour les éviter. Cela fonctionne. Juste juste. Mais cela fonctionne. Je m’excuse en atterrissant. C’est drôle. Je continue droit vers l’arrivée.

Deuxième pont. J’ai l’impression qu’ils ont changé le revêtement. J’avais le souvenir d’un revêtement en latte de bois, qui humides, ressemblaient plus à des savons glissants qu’à un sol de fin de course. Je ralentis sur les 10 premiers mètres pour prendre le pouls de mon adhérence. Cela tient parfaitement. Pas d’inquiétude à avoir. C’est parti. A bloc jusqu’à la fin.

Pont traversé. Je ne comprends pas bien. Des barrières me guident vers la droite. La fin du tracé a été modifié. Je pense que c’est à cause des problèmes de circulation causés les années précédentes. Qu’à cela ne tienne. Je prendre la courbe. Devant moi, un bon troupeau prend toute la largeur de la chaussée. Je dois les prévenir de mon arrivée. Cela tombe bien, j’ai encore envie de crier. Je lache un grand cri de souffrance. Le troupeau se retourne. Etonné. Ils s’écartent vite. L’un crie « C’est génial ce que tu fais ! » « Courage ! » « T’es au bout ! ». Ces paroles simples. Déjà presque trop entendues, ont toujours de l’effet sur moi. Je me déchire. J’accélère encore.

Virage sur la gauche. Je traverse la route dont la circulation est coupée et j’entre dans la zone de la Halle Tony Garnier. Je ne lache rien. Je continue à sprinter. Second virage à gauche. Je rentre de l’enclos. J’ai bien sûr repéré la caméra. Mais je suis bien trop concentré cette fois pour effectuer un petit signe à mes amis qui regardent le live sur LiveTrail.

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Virage à droite. Ayé. La voilà la Halle. J’y pénètre à fond. Les applaudissements résonnent. Je le sais. Encore 15 mètres et c’est définitivement terminé. Devant moi, un groupe de quelques coureurs finissent leurs courses tranquillement. Je décide de ralentir pour pouvoir lancer ma figure de fin sans être gêné.

Me voilà donc. A 6 mètres de l’arche de l’arrivée. Complètement à l’arrêt. J’attends que le groupe soit passé. Je mime le mouvement avant-arrière des sauteurs en longueur. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je me lance (PROFITE BORDEL.. PROFIIIIIIIIIIIIIIIIIIIITE). Trois pas et m’y voilà. Je le lance. Mon traditionnel 360 de l’arrivée !!!

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Et ben voilà. C’est fait. Troisième SaintéLyon finie. C’est drôle comme mes sentiments post-course évoluent avec les années. Je me revois encore, le lendemain de ma première SaintéLyon. J’étais alors totalement halluciné par ma réalisation. Sur mon petit nuage. Fasciné par ce que j’avais entrepris et réussi. L’anormalité de ce que je faisais m’apportait le sentiment profond d’être « différent ».. en totale plénitude.. à 15 mètres du sol. Je ne touchais plus terre pendant des semaines. Maintenant, tout à changer. Je suis très heureux. Ca va de soit. Mais je trouve ça étrangement normal. Qu’il y a-t-il de si spécial à courir la SaintéLyon en moins de 7h ? Qu’il y a-t-il d’étonnant à parcourir 72 km et quelques 1700 D+ à bonne vitesse sur des chemins et routes pleines de neiges et de verglas ? Est-ce vraiment incroyable de transpercer l’air et le vent glacial dans la nuit sombre entre Saint-étienne et Lyon ?.. Cette course a toujours autant de goût pour moi. Mais, il est vrai, qu’après 3 ans, et trois SaintéLyon, la sagesse l’emporte sur l’exaltation. Tout est simplement normal en fait. Une normalité qui fait partie intégrale de mon nouveau quotidien. Celle d’un jeune Trailer en devenir dans le monde du Trail. J’entre en Trailibanie. La frontière est maintenant loin derrière moi. Mon visa de course est bien tamponné. Je ne suis plus un sans-papier dans ce monde kilométrique. Les douaniers auront beau me pourchasser pour me ramener à la frontière.. Je courrais plus vite encore. Pour à jamais, leur échapper !

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Distance : 73.1 km

Dénivelé : 1950 m D+

Temps de course : 06 h 56 min 48 sec. 

Allure moyenne : 10.52 km/h.

Classement général : 66ème. 

Classement dans ma catégorie (Senior Homme) : 49ème.

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