Récit : Ultra Trail des Montagnes du Jura – 180 Km / 7800 m D+ – 2ème au scratch – 25 h 59 min 07 sec.

Récit UTMJ (1/9) • L’amour de l’ultra Trail • 

3 consommes et 2 voyelles. C’est le prénom de l’ ULTRA trail. 

De mes lèvres bleue en titubant dans la seconde base de vie à Jougne.. de mes mains détruites par l’humidité nocturne sous cette tente fouettée par la pluie bâtante à Mouthe.. de mon torse transi de froid sonnant le vibrato de celui qui souffre.. je te le prononce. ULTRA. Je t’aime. Je t’adore. Je suis tout à toi. De mes pieds ampoulés. De ma déchirure de l’aponévrose cachée dans d’autres douleurs. De cette fracture de l’halux qui sentant l’humidité se réjouie de me provoquer d’inamicales douleurs. De mes cuisses détruites par les pentes troupéziennes. De mes adducteurs qui couinent d’un parcours à la Jean Marie Thévenard. De mon dos hurlant à l’idée de monter le Suchet sans bâtons, doublé des virages agressifs des aiguilles de Baulmes. De mon visage, concentré, mais totalement abruti par l’effort. De mon sexe, atrophié de ne trop bien comprendre que ce n’est pas le moment. De ces coups de marteau que mes genoux subissent de racines en racines. De mes larmes d’abandon, que je me suis interdit de pleurer. Je vous aime. 

Vous. Et votre capacité à m’amèner aussi loin dans mon moi-même. Aussi profond dans cette sensation d’être vivant. Aussi étincelant que ces braises rouges qui roulent dans mon envie quand chaque jour je me prépare à vous. Ah. Ça. Il y en aura des jaloux. Il y en aura pour ragotter de l’amour que j’ai pour vous. Pour expliquer qu’avec un entraînement plus spécifique notre amour ne serait que plus fort. Pour commenter que dans quelques années je ne pourrai, à ce rythme, plus vous aimer aussi intensément. Mais. Madame ULTRA. Je vous l’hurle. Je vous le chuchote. Je vous le dit en doublant par la gauche. Par la droite. En faisant mon 360° d’arrivée. Je vous aime. Consommons cela. Maintenant. Intensément. Sans arrières pensées. Sans retenu. Sans préceptes de bien-penseurs. Simplement pour vivre. Simplement pour profiter du temps que l’on s’offre tous deux. Pour que quelques fois par an. Cet amour puisse se conjuguer dans un présent. Dans un passé. Et qui sait, dans un futur qui, je ne doit pas l’oublier, se subjonctif au conditionel. Ainsi. Je t’aimais. Je t’aime. Et je t’aimerai(s). 

Récit UTMJ (2/9) • Résumé kilométrique partie I •

Mon plan de course était relativement simple. Partir vraiment tranquille jusqu’au km 30. Laisser les autres coureurs se tirer la bourre et se faire mal sur les deux premières très grosses difficultés. Puis accélérer, dans ce long passage « roulant » (c’est vite dit) du km 30 à la seconde base vie de Jougne au km 144. 110 km devrait être suffisant pour rattraper les joyeux lurons qui vont partir comme des balles. Et enfin.. le finish.. les 40 derniers kilomètres avec à nouveau deux difficultés (Suchet + Aiguilles de Baulmes) qui se feront avec ce qu’il restera (ou pas) dans les jambes. Sur le papier cela faisait un ultra en 3 phases : 30 km à la cool – 110 km appuyés – Et 40 km au mental. Et bien.. c’est très exactement ce qu’il s’est passé. C’est rare que la réalité se cale sur le plan établi. Je suis plutôt content de cela. Je dois commencer à me connaître tout de même un peu. 

Km 0 : Lancrans. J’ai repéré à l’échauffement les 500 premiers mètres. En clair. Pas de préliminaires. Pas de tour de chauffe. On fait cent mètres et ça grimpe direct. Je pars fort sur les trois premières minutes. Juste histoire de me dégager du peloton. Et puis je laisse partir la tête de course. Comme prévu. 

Km 11 : On vient de se bouffer 1200 mètres de D+ en 11 km. Clairement ça réveille. Je suis de plus en plus un diesel. Même si j’y vais tranquillement. Je mets deux bonnes heures maintenant à me sentir bien. Je reconnais le sommet. J’y suis passé pendant l’Ultra01. Cette fois. Il faut beaucoup plus froid. Et le brouillard est très dense. J’ai du mal à discerner les prochaines balises. Je navigue à l’instinct. 

Km 15 : Ravito de Menthières : 1h50 de course. Cette première partie de descente a réveillé la douleur dans mon aponévrose. Je m’y étais préparé. Je descends très prudemment. Je ne boite pas. Mais je ressens une gêne. Je ne peux pas dérouler normalement. Pourvu que cela chauffe. Je répare 9ème du ravito. Finalement, ce n’est pas parti si vite que cela à l’avant. Il se met à pleuvoir. J’enfile ma veste. 

Km 22 : Fin de la descente sur Chézery. On vient quand même de se manger – 1150 D-. Mes jambes sont biens. J’ai bien fait de ne pas appuyer en descente. Car maintenant c’est reparti pour un + 1000 en direction de la Borne au Lion. Je mets un peu de rythme dans la montée. Mains sur les cuisses et vas-y que ça dépose du taquineur de bâtons. Je me pose la question suivante : Est-ce que je ne serais pas plus fort sans qu’avec les bâtons ? Je m’en persuade un peu. En tout cas, les faits sont là. Lorsque je double, je suis à une vitesse 1.5 x fois supérieure au coureur dépassé. Et au sommet, j’ai repris 3 coureurs. Me voilà 6ème. Je ne le sais pas du tout. Je n’ai pas compté le nombre de coureurs que j’ai laissé partir dans la première montée. 

Km 36 : Ravitaillement de Bellecombes. 4h09min de course. Je suis officiellement totalement trempé. Mais je fais abstraction. Je me suis gentiment mis dans ce rythme de course non-stop qui doit se finir dans une grosse centaine de kilomètres. La locomotive est lancée. Il n’y a qu’une grosse chute qui puisse l’arrêter. Je repars 5ème du ravitaillement. 

Km 49 : Ravito de Lajoux : 5h25min de course. Je roule entre 10 et 13 km/h de moyenne assez facilement. J’ai l’adducteur droit qui couïne de plus en plus. Je pense qu’il s’agit d’un effet secondaire de ma foulée étrange qui tente d’amoindrir la douleur dans l’aponévrose gauche. Je résiste à l’envie de marcher. Courir. Toujours courir. C’est des kilomètres offerts là. Ne t’arrête pas. Et puis en plus il pleut depuis 4h sur toi. Tu es trempé. Plus rien n’est sec sur toi. Si tu t’arrêtes, c’est l’hypothermie en moins de 10 minutes. Résiste bonhomme. 

Km 50 à la première base vie des Rousses (km 69) : Ça regrimpe un peu. Je ne coupe pas mon effort pour autant. Je double quelques coureurs à nouveau. Je ne suis plus trempé. Je suis en train de me transformer en grenouille. Mon corps s’habitue à cette humidité totale. Je suis rincé. Mais avançant bien. Je garde une certaine chaleur corporelle qui me permet une moiteur presque agréable. En arrivant sur le secteur des Rousses. Je pense rapidement arriver au ravitaillement. Mais je n’avais pas en tête que le domaine skiable était si grand. Cela prend plusieurs kilomètres pour enfin descendre à la première base vie. 

Km 69 : Base vie des Rousses : 07h28 de course. 6 minutes d’arrêt. Généralement, les ravitos c’est 30/40 secondes pour moi. Et 2 minutes Max pour une base vie. Le fait que je triple le temps est vraiment dû aux conditions météos. Je dois prendre le temps de récupérer mes gels comme d’habitude, mais surtout je récupère ma Petzl, mon MP3 et j’ai la possibilité de me changer. Je décide de ne pas changer mes deux t-shirts de sous-couche. Trempé pour trempé. Perdre 5 min pour se changer. C’est inutile. Surtout que je sais très bien que je le serai tout autant dans 10 min. Même avec des affaires sèches. 

J’opte pour une option cocasse. Je garde mes affaires trempées, mais j’enfile en plus une seconde veste imperméable. Je fais le pari de rester assez léger pour me sentir bien et pouvoir courir. Ce qui devrait me tenir assez chaud pour ne pas me transformer en glaçon. Cette stratégie a marché. Mais uniquement une grosse trentaine de km. Et pour rejoindre Jougne c’est beaucoup d’heures de nuit et 75 km. 

Je ne sais plus qui me glisse l’info (Ugo Ferrari ? Loïc Jalmin ? Sebastien Chaigneau ?). Mais je suis 3ème dans le ravitaillement et en repartant. Je n’y pense même pas. C’est beaucoup trop tôt pour y penser. Et je présume déjà que les prochaines heures vont basculer dans l’horreur la plus totale s’agissant du froid et de l’humidité. 

Récit UTMJ (3/9)  • Résumé kilométrique partie II • 

Des Rousses (km 69) à Bellefontaine (93km). Je n’ai strictement aucun souvenir. Enfin si. Un seul. Le passage par la ville de Morbier. Sur le bitume, on se rend encore plus compte de la quantité de pluie. C’est le déluge. Petite dédicace pour ma sœur, frillante de celui-ci, j’avale quelques énormes bouts de Morbier. J’ai très peu mangé depuis le début de la course. Quelques bouts de fromages, quelques petites tranches de saucisson, et je me suis forcé à prendre quelques gels. Je n’ai pas faim. Et je n’ai pas soif aussi d’ailleurs. S’agissant de l’eau. Je m’oblige à chaque ravitaillement à finir au moins une flasque. Mais par rapport à d’habitude, j’ai divisé par 2 voir 2.5 ma consommation. 500 mL toutes les 1h30 voir toutes les 2h c’est pas ouf. Même si à l’entraînement je fais régulièrement des 3h à sec. En course. C’est tout sauf conseillé. Mais je n’ai vraiment pas soif. Et en passant je vois bien que je ne suis pas déshydraté. Est-ce que c’est le fait d’être totalement trempé qui fait passer une petite quantité d’eau par la peau ? J’en doute. Mais pour l’instant. Ça passe. 

De Bellefontaine (km 93) à La Chapelle des Bois (105 km). Cela fait maintenant entre 11 et 12 h que je cours. Je suis dans ce rythme que je me suis donné. Je cours tout le temps. Pas d’arrêt. Pas de marche rapide. En quittant Bellefontaine, j’ai eu la bonne idée de prendre 20 secondes pour m’installer ma Petzl. La nuit tombe quelques dizaines de minutes plus tard. Avec elle. L’humidité qui était une simple difficulté devient un véritable défi. Je suis passer de humide chaud. À humide tiède. Et très vite à humide froid. Mon corps. Même en courant. Ne se réchauffe plus assez pour maintenir une température confortable. J’ai froid. J’ai très froid. Et cela va durer encore 14 heures. 

Je quitte le ravitaillement de La Chapelle des Bois (105 km) en direction de celui de Chaux-neuve (115 km) en bas du Tremplin de saut à ski. Ce n’est que 10 km. En temps normal. Même après 12 h de course, c’est un simple saut de puce. Mais avec ce froid. Avec cette pluie. Avec ce vent. C’est une véritable épreuve. Et puis tout commence à glisser. Il faut rester si concentré. Toujours se poser la question du bon appuis. Je me prends mes premières gamelles. Deux premières simples glissades qui récoltent plus de boues que de bleus. Mais surtout une, qui me fait dire que les conditions m’épuisent. Car je n’arrive pas à bien chuter. Et je tape ma tête contre une racine. Ce n’est pas ouvert. C’est simplement un coup. 

Je me concentre à nouveau. Mais ça fait beaucoup de choses à gérer en même temps. Le balisage qui disparaît dans le faisceau lumineux bombardé de gouttes de pluie. Les sensations de douleurs aux pieds. Le froid qui commence à se faire sentir jusqu’à l’intérieur de son corps. Les rides formées par l’eau sur des mains blanches/transparentes de n’avoir connues de gants. Et le questionnement autour du fait de se forcer à s’alimenter. Ça fait beaucoup. Beaucoup à gérer d’un coup. 

Ravitaillement de Chaux-Neuve (115 km). Je suis officiellement un zombi. Je commence à ne plus être très compréhensible dans mes paroles. Lorsque je m’arrête de courir, je titube, je perds facilement l’équilibre. (Ne t’arrête pas alors BÊTA !). Dans le ravitaillement. Il y a une entrée d’air chaud. J’hésite à m’y mettre. La re-sortie sous la pluie ne sera que plus dure. Mais l’appel de la chaleur, ne serait-ce que quelques secondes est trop tentant. Je prends 3 – 4 minutes. Et je repars. Plus longtemps, cela aurait été trop dur de repartir. On me dit que le 2ème n’est pas encore reparti à ce moment là. Il doit être dans une camionnette en train de se changer avec son assistance. J’aurai préféré le doubler en course pour l’instinct de chasse. Mais c’est ainsi. Je file en direction de Mouthe. Je file tellement que je me plante totalement de chemin. Et vas-y que ça rajoute des kilomètres au compteur. (Au final je terminerai avec 186.5 km.. pour 180 km annoncés. Étonnant ? Venant de moi. Pas vraiment). 

Je suis bien incapable de vous décrire cette section. C’est un peu toujours la même chose maintenant. Peu-importe le terrain. Peu importe le paysage. Il fait nuit. Froid. Moche. Je ne suis pas bien du tout. Je commence à avoir de plus en plus mal. Mais tant que je cours. C’est que cela va au fond. Donc je cours. 

Km 123 : Ravito de Mouthe : 14h42min de course. Je raconterai un peu plus en détail ce grand moment d’humanité que j’ai vécu dans ce ravito dans un chapitre futur sur les bénévoles. Mais en très résumé. Je suis arrivé dans ce ravitaillement, comme un animal blessé, frigorifié, totalement hagard. Au bord de l’épuisement total. En hypothermie menaçante et appuyée depuis quelques heures. Et je suis reparti de celui-ci avec le sourire, de la détermination, de l’envie, et le cœur réchauffé. Par le partage que j’ai pu avoir, mais aussi plus rationnellement par la bonne idée d’une bénévole de mettre du thé bouillant dans mes flasques pour me réchauffer le torse. 

Ah. Et puis j’en parlerai dans le futur chapitre, mais je suis aussi reparti avec des gants et une veste qu’ils m’ont obligé à prendre. Et je les en remercie. Allez. On se casse. C’était bien. Mais à partir de maintenant, je connais plutôt très bien le parcours. Je peux anticiper les difficultés. C’est une flèche de plus à mon arc. Je revis un peu. 

C’est parti pour l’ascension très progressive du Mont d’Or, en passant par les Granges Raguin, la Boissaude, la Coquille, et pas très loin des Grangettes. S’avoir le situer dans l’espace me fait du bien. Car visuellement. C’est simple le champ de ce que l’on peut discerner s’arrête au mieux à 70 / 80 mètres devant quand tout va bien. Mais plutôt 20 / 30 mètres de manière générale. 

Je fais un arrêt bref au ravitaillement des Granges Raguin. Un des 3 bénévoles sur place me dit que je reprends beaucoup de temps au premier. Et qu’il a l’air plus amoché que moi. J’écoute sans écouter. Je me fiche, mais alors je me branle totalement du classement. Celui-ci qui s’intéresse à cela. Alors qu’il doit être 23 h. Que tu es au milieu de la montagne. Que tu n’as pas vu de coureurs depuis bien 7h. Que tout ton organisme lutte à chaque instant pour ne pas figer et te mettre au sol comme un pantin désarticulé. Celui qui s’intéresse à cela, est soit totalement psychopathe. Soit incroyablement compétitif. 

Fin de la montée sur le mont d’or. J’ai vécu sur les 4 dernières heures, trois bonnes demi-heures de moment de moins bien. Mais les vrais moments de moins bien. Ceux qu’un ou deux gels ne suffisent pas pour s’échapper. Ceux qu’il faut savoir subir. Qu’il faut savoir encaisser. Tu enfiles ton gilet par balle mental. Le coup de moins bien te met en jou. Et il tire une balle de manque d’énergie au magnum dans l’abdomen. Le moment va s’étirer. Comme un fascinant ralenti. De ton corps. Qui s’échappe de lui même. Tu n’es plus vraiment là. Tu ne ressens plus la possibilité de mettre un coup de collier. 

Faire peu, c’est déjà faire beaucoup à ce moment là. Et bien.. pour l’ascension finale sur le mont d’or. Je suis totalement focus sur le fait de ne pas relancer un cycle de moins bien. Je suis très vigilant à rester ultra concentré. Ultra lucide. C’est un gros effort. Mais cela en vaut la peine. Je le sais, dès que je dépasserai 1350 mètres. Les arbres vont se faire très rares. Le vent va être très fort. Et la pluie va se transformer en neige mêlée à forte taux de pénétration textile et surtout à un niveau d’inconfort au visage et aux mains des plus total. 

C’est effectivement le cas. Les conditions sont encore pires que celles des quinze dernières heures. Pourtant on était déjà bien dans le fond du panier. Mais là, ça dépasse l’insupportable. Il est minuit et demi. Et je cours sur les crêtes du mont d’or dans la tempête. Bonsoir. Heureusement. Mais alors heureusement que j’ai anticipé ce moment de 3 – 4 km sans protection naturelle. Heureusement que j’en ai gardé sous le pied pour pouvoir passer ce passage à très bonne vitesse. Plus courte fut cette épreuve. Et plus réussie elle le fut. 

Fin des crêtes : km 138.5 : Bascule dans ma piste préférée : Troupezy. 17 h de course. C’est assez simple. Il me suffit de descendre la piste. De faire un peu mumuse sur 6 – 7 km et biiiiiiiiim. La seconde base de vie de Jougne. Je suis si entamé que je me dis que derrière, cela doit être une hécatombe au niveau des abandons. (Au final.. 71 % d’abandon). Je sais surtout qu’à partir de Jougne, le parcours redevient compliqué, voir très compliqué avec le Suchet et les Aiguilles de Baulmes. Et vu les conditions météo, je me persuade presque que la course va être arrêtée. Ce n’est pas possible autrement. Gérer autant d’abandons. Ils n’avaient pas du le prévoir. Et puis, sérieusement, le Suchet, je veux bien. Mais les aiguilles de Baulmes. Dans ces conditions. Après 160 km et 22 h de course (pour moi) donc plus pour le peloton. Ce n’est pas sage. Ils vont forcément arrêter la course. A la limite nous donner un parcours de repli. J’en suis persuadé. 

Je finis ma descente sur Jougne. Persuadé que ça va se finir là. Toute ma concentration se relâche. TERRIBLE ERREUR. En une trentaine de minutes. Je bascule d’un état de zombi encore quelque peu vaillant, à un état de momie quadri-millinaire. Qu’on aurait plongée dans une cuve d’eau et de neige. Je ne suis plus pâle. Je suis transparent. Avec une bonne frontale, je suis presque sûr qu’on pouvait voir l’ensemble de mon circuit veineux sur quelques centimètres. 

Bref. J’arrive à Jougne (Seconde base de vie). Km 145. 17h50 de course. Il est presque 2 h du matin. Et mon corps ne répond plus. J’entre tel Jack Sparrow dans un bar à smootie. Qu’est ce que je fous là bordel ? C’est où qui faut aller ? C’est qui ces gens ? Essaie de leur parler. LOL. Attend. Tu n’y arrives même plus. Ta mâchoire est bloquée. Va falloir te sortir les doigts pour refaire surface. Force toi. Force toi. Force. Allez. Reviens à toi. Tu peux le faire. Allez Alexxxx. Allez Alexxxx. Alleeeeeez. Concentration. Et bouuuuuuuuum ! Le déclic. 

Tu passes d’un titubage. A un pas déterminé. Tu sais très exactement ce que tu dois faire. Tu sais très exactement ce que tu dois demander. Cela va être très primaire. Mais cela va fonctionner. Moi. Frigorifié. Moi. Ne pas repartir si moi pas changer affaires et repartir avec beaucoup de couches. Vous donnez moi un draps + une couette + un thé bien chaud. Moi. Récupérer mon sac d’allègement. Moi. Regarder affaire sèche dedans. Moi comprendre que pas assez. Moi demander si quelqu’un avoir affaires à me prêter. Gens donner moi un tee-shirt manche longue + à nouveau une veste de bénévole en XL. Moi me mettre tout nu au milieu de la salle. Puis moi me sécher dans un draps. Enfin moi m’assoir sur une chaise dans une couette. Dame apporter moi thé bouillant et 6 sucres. Moi souffler sur thé pour créer vapeur réchauffer moi. Moi aller mieux. Moi reprendre mes esprits. 

Je commence à m’organiser. Les affaires à prendre. Et celles à ne pas prendre. Les buffs sur les radiateurs. Les Bonatti sur des chaises. Changement de piles de la frontale et du MP3. Changement de chaussettes, mais pas de chaussures. Toute cette petite logistique me prend un temps de dingue. Je passe pas loin de 40 min dans ce ravitaillement. C’est mon RP clairement. Mais je repars lucide. Comprenant que la course ne sera pas écourtée. Et ayant parlé un peu, et donc forcément ris avec quelques personnes. (Ps : désolé pour le foutoir que j’ai dû vous laisser. Mais 1000 mercis). 

2h30 du matin. Km 145. Je quitte le ravitaillement de Jougne après 18h30 de course. Je mets presque 4 minutes à franchir la porte. Il pleut toujours. Et toujours autant. L’enfer va recommencer. Je ressemble maintenant plus à un bibendum improvisé qu’à un ultra Trailer. Je porte sur mon torse 6 couches + 3 buffs. Dans l’ordre : 2 t-shirts proches de la peau. Un t-shirt chaud manche longue. Une première veste Bonatti. Une polaire des bénévoles en XL. Une seconde veste Bonatti. Et mon sac par dessus. Pour l’instant c’est sec. Donc cela prend de la place. Mais ce n’est pas gênant. Dans 30 min. Cela prendra de la place mais cela pèsera son poids. Mais je n’ai pas le choix. C’est cela, où je risque je me mettre en danger pour les deux prochains passages en altitude. 

Récit UTMJ (4/9) • Résumé kilométrique partie III • 

Je relance plutôt pas trop mal de Jougne au pied du Suchet. Et forcément. Graaaaaaaaaaaaaaaand moment de moins bien dans l’attaque du pied du Suchet. D’abord un gros % qui termine de m’achever. Et ensuite le petit passage un peu technique avec la petite rivière, les rochers, et les chaînes. En temps normal, j’avance déjà pas bien vite quand c’est sec à cet endroit. Là. Je pense que je suis tout bonnement ridicule. 2 pas en avant. 1 pas en arrière. 1 pas sur le côté. 1 pas de l’autre côté. Bref pour faire 1 mètre vers l’avant c’est la croix et la bannière. Je me demande bien comment est-ce possible que personne ne m’ai encore rattrapé. Je mets ce passage de moins bien sur le manque total d’alimentation. J’ai dû prendre 2 gels et 3 bouts de fromages sur les 4 dernières heures. Et surtout j’accuse ces 6 putins de couches qui m’empêchent de respirer. Quelques temps plus tard. Sur les sommets, ces 6 couches je les aimerai pourtant. 

A mi-hauteur de la montée du Suchet. C’est un passage en faux plat. Un grand homme me rejoint. Il y a un ravitaillement 800 m plus loin. Il me propose de me remplir ma flasque et de m’apporter du pain d’épice. Cela me permet d’éviter de faire 200m pour faire l’aller retour au ravitaillement. Il me rattrape dans la dernière section de montée. Et me donne les pains d’épices. C’est mieux que Uber Eats. J’avale les pains d’épices. Manger me fait du bien. Je remets un peu de rythme jusqu’au sommet. Juste avant d’arrivé à celui-ci. Je me prends un flash. Mais alors ZEEEE FLASH d’appareil photo dans la tronche. J’aimerai beaucoup voir la photo. Car je pense que je dois avoir l’air légèrement surpris. Je m’y attendais pas. 

On bascule. On relance un peu dans la descente sur la crête. C’est plutôt agréable de recourir à cet endroit. Mais cette descente cool ne va pas durer. C’est parti pour – 850 de dénivelé. Et puis rapidement on ne prend pas de pincette. C’est tout droit vers le bas. Je commence à glisser de plus en plus. Je remarque qu’avec moins de vitesse, je me déséquilibre. Alors j’en mets un peu plus. Et ça fonctionne. 1 appui sur 5 se transforme en légère glissade. Mais c’est presque maitrisé. Je m’amuse. J’ai la sensation de gérer le truc. Comme sur des skis. 

Fin de la descente. Ravitaillement. Km 160. Je n’ai aucune idée de l’heure. Le jour ne se lève pas encore. Et puis je m’en fous totalement. J’avale à nouveau du fromage. Je prends un café bien chaud. Et j’y retourne. J’ai cette image en partant de cascades d’eau qui tombent du bord de la tente. Il faut aller chercher loin pour avoir envie d’y retourner. Surtout quand on sait très bien qu’on attaque une montée sérieuse de + 900 qui est particulièrement abrute. Et qui finit par des S à flanc de falaise. Je monte pas si mal. Le rythme n’est pas dingue mais je suis très régulier. 20min35 pour chaque kilomètre. Je garde ce rythme à la seconde près jusqu’en haut. 

Pendant cette montée, je me suis fait clairement peur deux fois. Du fait de ce rythme imposé, j’ai beau avoir les Rolling Stones (Angie) dans les oreilles. Je m’endors. J’en prends conscience deux fois. En déviant vers la droite et en me retrouvant à 20 cm d’une chute dans le précipice. Il faut absolument que je me réveille. Pour la sécurité. La stratégie utilisée sur la Diagonale des Fous de se jeter de l’eau au visage est clairement inutile vu que je suis plus trempée que l’eau elle même depuis 20 h. J’opte pour une face-palm avec mes gants si remplis d’eau froide qu’ils pourraient couler dans une bassine. Je me colle les gants gelés sur le visage. Toutes les 30 sec. Cela me tient éveillé. Fin de la montée. Je suis toujours vivant. Et maintenant c’est une grosse quinzaine de kilomètres et deux petites collines à passer. Je commence à voir le bout. 

Je commence à voir le bout. Mais surtout je commence à voir la clarté très fine d’un jour qui se lève. Il pleut toujours. C’est de plus en plus de la neige/pluie mêlée. Le vent est beaucoup plus fort sur la crête. Il me glace le restant de corps encore tiède. 1 km de crête plus loin. Le décor vert et boueux qui m’a accompagné pendant les dernières 22 h se vêtue d’un manteau blanc. Rapidement. Sans trop que je m’en aperçoive. Tout est blanc autour de moi. Les sapins sont recouverts de neige. Mais le sol aussi. 5 à 10 cm. C’est clairement magnifique. Mais c’est clairement un nouveau environnement pour avancer. Et vas-y que ça glisse. Et vas-y qu’on voit plus les cailloux. Je me vautre quelques fois. J’arrive à deviner que le coureur devant moi n’est pas si loin. Sa trace fraîche dans la neige me l’indique bien. D’ailleurs ils sont deux. Il doit avoir un pacer. J’arrive même à déterminer selon les écarts entre les pas et les appuis pris qui est le pacer et qui est le coureur. Je suis en mode trappeur. 

La neige commence à tenir sur moi aussi. J’agite parfois les bras pour la faire tomber et ne pas être confondu avec un yéti jurassien. Les traces de pas, et surtout les longueurs de pas me permettent de déterminer quand ils ont courru devant et quand ils ont marché. Je me force à courir quand c’est le cas. Et je prends un malin plaisir à courir aussi quand je vois que la trace est celui de quelqu’un qui a marché. Dans ma tête, je gagne quelques secondes par-ci par-là. Cela ne sert à rien. Mais ça fait du bien. 

Fin de la crête. J’attaque la descente. Sinueuse. Et toujours aussi enneigée. Je trouve que je me débrouille plutôt bien pour un mec en fin de course. Je garde de la lucidité pour ne pas tomber. C’est agréable. Cette descente technique se termine sur un sentier de 4×4. Je peux relancer. Je le fais jusqu’à l’approche du ravitaillement. Deux personnes sont venues en éclaireur dans ma direction. Je sais que j’ai du mal à échanger. Je suis en train de terminer la course. Tout. Là-haut est déconnecté. 

Dernier ravitaillement. Je reprends un immense café et un peu de fromage. Je ne veux pas trop tarder. Je ne sais pas si le poursuivant est loin ou pas. Et cette deuxième place commence à me plaire. Je repars. Les 8 prochains kilomètres sont une longue mise à mort. Un faux plat montant totalement incourable à ce moment de la course. Je n’y arrive plus. Je zigzague entre marche et marche rapide. C’est si long. Ça fait 25 heures. Et je ne vois pas la fin arriver. 

L’avant dernière colline est grimpée. Cela me soulage. Je sais qu’il reste une descente plutôt cool sur les hôpitaux neufs. Puis ça sera la dernière colline et l’arrivée. Je relance bien dans cette descente et je traverse le village en courant. Petit escalier. Je sors des hôpitaux, il ne reste plus que 3 km selon moi. Aller. On coupe tous les circuits de douleur. Et on y va en courant. J’arrive tout de même à me planter de chemin à 1 km de l’arrivée. 100 m de D+ en plus au compteur. On est plus à cela près. Aaaaaaaaah. Voilà enfin la route de la Familiale. Cette piste verte que j’ai tant parcouru ski aux pieds étant enfant. Je le sais c’est la fin. 700 mètres. Et c’est le confort qui revient. 

J’entends le speaker au loin qui m’annonce. Je ne tente même pas de faire bonne figure. J’avance tout simplement. Je termine ce périple dantesque. Il ne pleut plus depuis 40 min. J’ai presque séché. C’est risible. Mais je ne rigole pas. L’arche est là. Je vois 25h59min13sec. Bordel. Mais un petit coup pour terminer sous les 26 h. La foulée s’accélère. Doigt sur la montre. Et aller. Lance le ton 360°.. le voici. Le voilà. Il se termine en 230°.. mais je n’avais plus la force de faire mieux. Et puis on s’en fiche. Ça c’est fait. Maintenant bière. Se mettre au chaud. On refera la course plus tard. J’ai juste besoin de me poser. Après cette très loooongue mentalement parlant. Cette très rude.. cette très humide (il n’y a pas de mots pour dire à quel point ce l’était) journée d’ultra Trail comme on aime. 

Récit UTMJ (5/9) • 100 passages à vache (tourniquet) • 

Enfant. A l’arrière d’une Renault R5. De loin. Lorsque je te voyais. Tu résonnais en moi. Une vibration. Qui d’avance, je ne sais, m’effrayait ou m’excitait. Je t’entendais comme un fracas total qui dans cette carlingue, chaque millimètre faisait vibrer. Oui. Je parle bien de vous. Les passages à vaches. Tout le monde vous connaît. Tout le monde vous a passé au moins une fois dans sa vie. Mais, personne ne vous à jamais dédier quelques lignes. Et bien voilà, cet affront résolu. J’ai décidé de parler de vous. 

Pourquoi ? C’est très simple. L’Ultra Trail des Montagnes du Jura aurait pu s’appeler sans réserve l’Ultra Trail des 100 passages de vaches. C’est véritablement incroyable. J’aurais tant aimé les compter. Peut être qu’il n’y en a pas tout à fait la centaine. Mais clairement. C’est une véritable transhumance que j’ai vécu. Et j’ai aimé. Parfois. Même souvent, j’ai eu peur de me blesser. De m’arracher un bout de Bonatti. De glisser bêtement en vous franchissant. De plonger mon pied entre deux énormes tubes d’acier. De me poser des centaines de questions sur comment vous passer en toute sécurité. 

Par dessous les barbelés. Par un enjambement précaire. Par un faufilage acrobatique. Ces passages ne sont pas l’essentiel de la course. Ce sont simplement des marqueurs. Des stimulis qui quoi qu’on en dise vous donnent l’impression de faire des petits caps. Et leurs variétés donnent du goût. 

J’ai dénombré huit types de passages.

1 – Les passages sur bitume adaptés aux voitures. Qui sont pour moi, à chaque fois, une source de stress immense. Cela ne m’est jamais arrivé. Mais pourtant. Je crains toujours d’ici laisser une cheville, un genou. Est-ce la précaution qui inhibe le danger ? Où est-ce que c’est tout simplement bien fait, et qu’il n’y a pas de danger ? • 

2 et 3 – Les passages de champs à champs avec un petit monticule. Soit en grillages métalliques, soit en tubes de métal encadrés de plastique vert. Ceux-là. C’est les plus traîtres. Un pas légèrement de travers. Un équilibre un peu désaxé. Et ziiiiiiiip. Ça part en savonnette. Pour bien les passer, deux stratégies : Soit tout droit avec vitesse et deux appuis. Un au début. Un en haut. Et hop on saute. Soit avec ruse, en biais. Ne pas prendre appui dans la montée. Se mettre totalement à gauche. Mettre son pied droit sur le haut du monticule. Puis sauter en biais sur la terre à droite. J’opte souvent pour cette seconde option. 

4 – Les passages de contorsionniste entre des piquets de bois reliés par des barbelés. Là. Clairement pas d’astuce. Il faut avoir la précision de celui qui ne veut pas arracher sa veste à 200 balles. Généralement, plus la veste est neuve, plus la vitesse est dégradée. Ps : accélérer pour le dernier virage de sortie, n’est pas toujours une bonne idée. 

5 – Les passages oú il faut ouvrir la voie avec un crochet. Déjà. Il faut comprendre qu’il y a un crochet. Puis on se demande s’il est électrifié. On saisit les premières fois cela comme un objet explosif. Puis au bout de la cinquième fois. Vas-y que je te le manipule avec élégance. Et je lance d’un main à l’autre dans le dos, pour le raccrocher du premier coup. 

6 – Les passages oú il faut ouvrir la voie avec un arceau métallique. Plus rare en course. C’est pour moi le plus compliqué. Il s’agit d’avoir une force de titan dans les bras pour décoincer l’arceau. Mais le pire est pour le mouvement de raccrochage. Je peux perdre 1 minute, quelques fibres dans les biceps, et ma joie de vivre à chaque fois. 

7 – Les passages avec une petite échelle à faire basculer. Ah cela, j’ai découvert. Je ne connaissais pas. Un mécanisme simple. Mais lever la patoune à 50 cm. Après 90 bornes. Ça pique. 

8 – Et pour finir mes préférés : Les passages à tourniquet. J’ai toujours eu une tendresse pour ces passages. Le quart de tour suffisant, ne me suffit jamais. J’ai toujours besoin de balancer un grand coup en partant. Une manière déguisée de faire tourner cette roue imaginaire de bonne fortune. 

Aaaaaah. Il y en a de l’ingéniosité pour clore les champs. Il y en a de la variété. Et réussir à les passer sans glisser, sans se faire mal, sans s’accrocher dans le barbelé relève plus de la petite victoire que du simple non événement. Surtout quand ce mouvement est à répéter des dizaines de fois. Qu’il demande un peu de concentration. Alors que l’effort de la course, transforme votre cerveau en celui d’un bovidé, qui doit s’humaniser, ne serait qu’un instant pour parvenir à vous passer. Passages à vache. Je vous salue. 

Récit UTMJ (6/9) • La vie c’est plus marrant en chanson • 

Grande nouveauté pour moi. J’ai décidé d’investir dans un MP3 à piles. Un de ces MP3 qui dans la fin des années 90’ vous faisait passer pour un jeune branché. Bon. A l’époque. C’était du 256 mo. Et il fallait préparer sa playlist avec rigueur et avec goût. Maintenant c’est du 8 GO de son. Et vas-y que ça balance du lourd. Qu’est ce que c’était bon ! Des albums entiers de Justice – De Daft Punk – De hard-tech’ – Moulinés aléatoirement avec un Edith Piaf ou un Julien Clerc. Vous m’auriez vu. Totalement trempée. Fouetté par la neige sur le sommet du Mont d’Or en pleine nuit, hurlé Ma Préférence à moi. Vous auriez forcément était attendri. Ou tout du moins surpris. Un dopant ? Je n’irai pas jusqu’à là. Mais il est vrai que pouvoir s’évader. Que pouvoir profiter d’un rift incroyable de guitare électrique dans une descente technique et se sentir relancer. C’est juste phénoménal comme sensation. Et puis, il y a aussi la création d’une ambiance. 

La pluie tombe. La Petzl n’éclaire que trop bien la buée. Les sapins environnant assombrissant le monotrace. Et puis dans les oreilles, les poèmes de Michelle. Quel décalage. Quelle non-harmonie rendant ce moment magique. En parlant d’ambiance, j’ai vécu un grand moment. Je repère une construction humaine un peu étrange, et éclairée. Je monte les quelques marches. Je crois arriver à un ravitaillement. C’est la seule construction éclairée dans cette nuit infinie depuis bien longtemps. Virage à gauche. Et se dresse sous moi, le tremplin de saut à ski. Je voyais pas cela aussi immense. C’est véritablement impressionnant quand on arrive en haut, et que l’on jette son regard sur les lumières tout en bas. Deux escaliers interminables en métal longeant la prise d’élan des sauteurs, puis leur réception. Il y a une certaine crainte qui surgit de suite. Celle de louper une marche et s’imaginer rebondir et se blesser sur les paliers en acier. 

Et si c’était un grand moment. Ce n’est pas seulement grâce à l’originalité de ce passage très atypique. C’est aussi grâce à la musique qui a décidé de se mettre aléatoirement à ce moment là. Le main thème de James Bond : Ta-Tada-Tin-Tada-Ta-Tada-Tin-Tada-Taaaa-Daaaa-Tada-Tin. Quel énorme kiff. Je ne suis plus Casquette Verte tremblotant. Je suis l’espace de cinq minutes. Roger Moore. Poursuivi par les vilains méchants agents russes. Je m’y croyais vraiment. C’était bon. Je ne sais pas si je ferai cette expérience d’avoir de la musique pendant 15 / 20 h à nouveau. Mais, c’est plutôt plaisant. Évadant. Une source de distraction. Pour s’échapper de la terrible réalité de la course. 

Récit UTMJ (7/9)  • Météo •

Je n’ose croire, dame météo, que malgré tous les bâtons que dans les roues de ma course vous avez voulu me mettre, qu’à la fin vous me mettrez à bas. 

Dans ma tête : qu’importe ! Je me bats ! je me bats ! je me bats ! Oui, vous m’arrachez tout, le confort et la paresse !

Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose que j’emporte, que je porte en moi, et après ces 26h d’affront climatique, quand je franchirai l’arche, mon salut balaiera largement vos déluges froids. Quelque chose que sans un pli, sans une tache. J’emporte malgré vous, et c’est… C’est.. Mon panache.

Je vais faire court car si vous avez lu le long récit kilométrique. Je pense que vous avez saisi la dimension humide et froide de ma course. A vrai dire, nous sommes mardi matin quand j’écris cela. Cela fait 2 jours déjà que cette épreuve climatique est terminée. Et bien. Je suis traumatisé au plus profond de moi par la pluie. Entendre les quelques gouttes qui tombent ce matin sur ma fenêtre me ramène à ces longues heures passées avec elles. Avec elles en moi. Avec ces multiples couches de vêtements toutes trempées. Lourdes. 

Il y a de rares fois dans la vie où quelques choses vous marque au fer rouge. Il y a de rares fois où une expérience de vie vous forme une cicatrice indélébile dans l’âme. Je vis une sorte d’état de choc post-traumatique. C’est léger hein. Mais tu me proposes un ultra en fin de semaine et la météo s’annonce la même, j’hésiterai à deux fois avant d’accepter. Ça me passera. Le temps fait toujours passer cela. Mais j’en suis sûr. Sur le prochain ultra où je me prendrai une saucée j’aurai une pensée mémorielle. J’aurai dans la tête ce corps meurtri. Mis à mal. Mis au sol. Qui refuse d’abandonner. Qui refuse d’abdiquer face à l’inconfort. Et c’est sûr cela sera une force. Un puit presque sans fond où aller chercher encore, un peu plus, de motivation.  

Récit UTMJ (8/9) • Bénévoles / humains •

Alors. Il y a le trop habituel « Et surtout un grand merci aux bénévoles sans qui on ne pourrait même pas faire cela ». Mais là. Mais clairement là. Pendant cet UTMJ, qui m’a mis en PLS. Qui m’a imposé une hypothermie de dizaines d’heures. Qui m’a fait comprendre le sens du mot FROID. J’ai vécu des grands moments d’humanité. 

Pour comprendre cela, il aurait fallu me voir débarquer au ravitaillement de Mouthe ou à la base vie de Jougne. Transi de froid. Hagard. Jonglant entre humour hors de circonstance et sos d’un terrien en détresse. Je me mets à leur place. Voilà un extraterrestre. Entrant dans le ravitaillement. Tremblant de tout son être. Et répondant à la question : « tu as besoin de quoi ? » juste de l’eau par pudeur. Puis comprenant que ce marsien est tout simplement dans la précarité de celui qui souffre, les bénévoles insistent. « Non. Mais tu veux quelques choses de chaud ? Un thé ? Une soupe ? ». L’alien refuse dans la pudeur de celui qui n’ose pas demander de l’aide. Et il en faut du courage pour revenir à l’assaut en disant « mais c’est pas possible. Tu es totalement frigorifié. Mets toi là. A côté du souffle d’air chaud. Tu n’as pas de gants. Tiens. Prends les miens. Tu n’as pas d’affaires de rechanges ? D’assistance ? Attend. Je te donne ma veste ». Que dire. Franchement. Comment on peut expliquer. Comment on peut faire un récit écrit d’un moment d’humanité aussi intense. D’un mot « mais c’est normal de faire ça ». NON. Ce n’est pas normal. Non. Vous avez été EXTRA-ORDINAIRES. 

Vous m’auriez vu. Ressortant de cette tente à Mouthe. Criblé par la pluie bâtante. Mais avec un sourire aux lèvres. De celui qui a reçu de l’amour. Qui a reçu de l’humain. Qui a senti qu’on était là pour lui. Juste un instant. Mais un instant qui restera gravé longtemps dans le cœur d’un coureur. 

J’insiste sur le ravitaillement de Mouthe. Mais il y en a eu d’autres. Ceux qui m’ont servi des thés chauds dans les flasques avant de partir. Pas tellement pour boire. Mais plutôt pour simplement me réchauffer le torse. Ceux qui m’ont offert un drap pour m’essuyer et une couette pour me réchauffer à Jougne. Ceux qui m’ont apporté QUINZE sucres pour mon café car j’ai répondu au célèbre « un sucre dans ton café ? » >> « Tu peux mettre plus de sucres que de café ! ». Ah que je vous aime. 

Abruti par la fatigue. Je n’ai le souvenir d’aucun visage. D’aucune voix. Mais vous êtes là. Vous faites entièrement partie de mon aventure. Quand je me dis.. si tu devais résumer en une phrase pour la presse les bénévoles. J’ai cette phrase de mon Coluche en tête qui résonne : « C’est pas vraiment de ma faute s’il y en a qui en faim. Mais ça le deviendrait si on y changerait rien ». Certe, la comparaison est scandaleuse. Mais si je fais celle-ci, c’est pour célébrer l’engagement de toutes ces personnes dont ce n’est pas vraiment de leur faute si des mecs ont décidé de traverser entièrement le massif du Jura sous la grosse flotte. Mais s’ils n’étaient pas là. S’ils n’étaient pas là. Cela ne serait tout simplement pas réalisable. Merci à vous de me permettre. De nous permettre de réaliser nos envies. 

Récit UTMJ (9/9) • Constance sur les dernières courses  •

A la fin de l’ultra je touche. 

Attendez !… je choisis mes rimes… Là, j’y suis.

Je jette avec grâce ma modestie, 

Je fais lentement l’abandon

Du grand ego qui me vétit, 

Et je tire mon arrogance ;

Élégant comme Céladon, 

Agile comme Scaramouche, 

Je vous préviens, cher ultra, 

Qu’à la fin de l’envoi, je touche !

Faisons un petit retour en arrière. Septembre 2019 : Fracture du gros orteil sur l’UTMB. Vais-je pouvoir revenir à mon niveau ? La question se pose. La réponse arrive vite. Décembre 2019. Victoire sur la Lyon SaintéLyon. Le train déraillé a repris ses rails. J’enchaîne gentiment en janvier avec un off de 3 tours de Paris (103 km) en un peu plus de 8h. Je suis rassuré. Une nouvelle victoire sur l’Urban Trail d’Issy-les-Moulineaux. Qu’est ce qui m’arrive ? C’est un feu de paille je le crois. Aller. On va se tester sur une distance un peu longue. Mars. EnduRanceTrail des Corsaires (98km). 3ème. Avec une belle remontée sur la seconde moitié de course. Je sais même faire ça ? Vraiment ? Un autre petit off pour le plaisir : Paris Meaux Paris (100km). Ça passe. À tiens. Bouffe toi un confinement. Ça ne m’arrêtera pas. 2450 km en 52 jours. J’ai la caisse. 

JUILLET. ON DECONFINE. Oisans Tour Trail. Premier retour sur les vrais montagnes. 5ème sans se forcer. Ça sent bon. Toutes tes courses ont sauté. C’est pas grave. On saisit des opportunités. Août. Ultra01. 3ème place. Mais surtout juste 20h30 pour se faire 175 bornes et 7000 D+. Est-ce que c’était un jour avec ? Est-ce que c’était simplement un hasard. Faudra confirmé cela sur la Diagonale. Bon. Elle saute aussi. Ah. Tiens. Un 180 bornes dans le Jura. Je prends. 2ème. Bon. Maintenant. On va commencer à se dire que tu as peu être un truc. Mais je n’en suis pas encore tout à fait sûr. 

Me faudrait encore un ou deux bons résultats pour m’en convaincre. Certe. Je prends conscience de mes capacités. Certe. Je pourrais me dire que je suis arrivé. Mais il y a ce petit truc en moi qui me dit que la progression n’est pas terminé. Et pour confirmer cela, il me faudra, je pense. Encore 2 ou 3 ultras avec une grosse densité d’élites au départ. Pour réussir quelques choses qui me tient à cœur : cartonner. Cartonner juste une fois. Juste une seule fois. Sur un ultra très relevé. Je pense qu’il faudra échouer une ou deux fois avant. Mais je le sais. Enfin. J’y crois. C’est possible. Ça peut arriver. 2021 ? 2022 ? 2023 ? Trois années que je me donne. Pour qu’une fois. Cela puisse parfaitement bien se passer. Après. On pourra dire qu’on la fait. Après. On boira des coups. Aprés. On pourra se pavaner. Pour le moment. Reste à ta place. Continue comme tu le fais. A ta sauce. A ta manière. Sans prise de tête. Ton temps va arriver.

Récit ULTRA 01 (170 km – 7000 m D+) – 3ème au Scratch – 20h 37min 55 sec.

PARTIE 1 / 7 – Résumé kilométrique simple : 

Départ Ultra 01 – Copyright Gilles Reboisson
Départ Ultra 01 – Copyright Gilles Reboisson
Départ Ultra 01 – Copyright Gilles Reboisson

SAS de départ : La voix du Trail me demande de me mettre à part dans l’espace Élite. J’ai le droit à une petite présentation personnalisée avec Lucie Jamsin, Gediminas Grinus et Grégoire Curmer. Ça pourrait mettre la pression, mais en fait pas du tout ! J’apprécie tout simplement. La seule pression que j’ai pour le moment est : « Est-ce que le talon va réussir à chauffer et me laisser tranquille ? ».

Km 1 : Et bim. Le premier est avalé en 4:09. Sagement. Je n’ai pas l’impression de forcer. Je laisse même à Grégoire la priorité sur le donnage de rythme au groupe de tête. Bref, on ne change pas une tradition de bon parisien.

Km 2 : On sort d’Oyonnax. Petite pause pipi pour moi. Je laisse filer la tête de course. Une petite dizaine de coureurs passent. La course est longue. J’ai le temps. 

Km 3 à 6 : Un bon 400 D+ pour se mettre en jambe. J’y vais tranquille. Je cours à cloche pied pour atténuer la douleur au talon. Attaque pointe sur le pied gauche et médio à droite. Les 2 semaines d’entraînement qui ont précédé la course sont utiles. Je me suis habitué à cette foulée non-conventionnelle. Ce n’est pas bien fluide. Mais ça passe. J’ai l’impression que courir en prenant une précaution de fakir. 

Km 10 à 15 : On longe la crête en surplomb du Lac de Nantua. Falaise à gauche. Le soleil couchant nous éclaire d’un orange vif. Je prends le temps de regarder le paysage, tout en faisant attention aux racines / rochers. Je comprends que le terrain va être assez joueur. Un sol assez mou (humus en décomposition) très agréable à courir. Si c’est ça tout le long, ça va être très appréciable. 

Km 20 : Descente sur Nantua. Je suis étonnement très à l’aise en descente. Je suis un autre coureur. Je pourrais le dépasser en accélérant un peu, mais je vais attendre d’être sorti des monotraces. Ça serait idiot de se foutre en l’air aussi tôt. Je suis en sous-régime. Le talon a chauffé. Je ne le sens plus. Je vais pouvoir accélérer. 

Km 21 : Ravito de Nantua. Je remplis rapidement les flasques et je file. On va accélérer maintenant. 

Km 21 à 30 : J’ai allumé le moteur. Le constat que j’avais fait sur l’Oisans Trail Tour, et durant le WK choc avec Loïc à Annecy est bien là. Je suis très facile dans les montées. Je peux les faire en courant tout le long. Pleine balle, sans non-plus faire monter la cardio’. Un constat qui fait plaisir. 

Km 30 à 45 : La nuit est tombée. Je vis toujours bien le passage du jour vers la nuit. L’inverse étant souvent plus difficile. Il ne fait toujours pas frais. Au départ, nous étions sous une grosse chaleur avec le soleil, mais dans la nuit il fait toujours très lourd. Mon t-shirt est trempée depuis le départ. Cela ne me dérange pas. Mais quand le t-shirt colle à l’abdomen. Cela me provoque une gène. L’abdomen se contracte et le diaphragme se durcie. Ma technique : j’enroule t-shirt comme les plagistes. Esthétiquement c’est pas ouf, mais ça marche. Bref, en dehors de ce soucis de régulation thermique, j’enquille bien. Je suis à l’aise. 

Km 45 : Grosse double montée sèche de +800 pour monter jusqu’à la base vie au 63ème km. Je me sors un peu les doigts. Mains sur les cuisses. Plier en deux. Et dré dans le pentu’. Je suis seul depuis le km 22. Et je le resterai jusqu’à l’arrivée. 18 h tout seul. C’est long. Mais j’arrive maintenant à garder la motivation sans avoir de poursuivants, ou de coureurs à chasser. Cette solitude est aussi ce que je recherche dans l’ultra. 

Km 63 : Première base vie. Je vais pouvoir recharger en gel et m’avaler des pistaches en repartant. Niveau alimentation, je suis resté presque uniquement au gel jusqu’à maintenant. Et ça sera le cas tout le long de la course. Je me forcerai uniquement à avaler du jambon et quelques bouts de saucissons sur les 50 derniers kilomètres, sentant le manque de contenu solide et de sel arriver. En entrant dans la base vie, je me rends compte qu’il y a un autre coureur vers la sortie. Il s’agit de Grégoire. J’hallucine. Je pensais qu’il était 30 – 40 min devant. Apparement, il a eu un grooooooos coups de moins bien. Je le vois filer. Je ne le rêverai plus. Je remplis les flasques et zouuuuu c’est reparti aussi. 

De 63 à 100 km : J’avais repéré sur le profil qu’il s’agissait du ventre mou de la course. Certes 37 km / 1300 D+ / 1500 D-… mais pas de quoi faire frémir un coureur qui aime le roulant et la nuit. Il commence à faire légèrement plus frais. C’est enfin tenable. Cela permet d’imprimer un bon rythme. Je suis un peu sorti de la course à ce moment là. J’ai courru aux sensations. J’ai rêvassé. Vers le km 85 à 90 : Énorme moment de moins bien. Comme cela arrive de manière tout à fait normale en ultra. Ce n’est pas que le terrain est difficile. C’est simplement que la fatigue commence à montrer son museau et que ce faux-rythme de nuit sur plusieurs heures de suite devient hypnotisant. Ce n’est pas mentalement, ce qu’il y a de plus excitant tout simplement. Je résiste au fait de m’arrêter pour reprendre des forces plusieurs fois. Après mettre pommer 3 fois (dont une fois où j’ai clairement fait trois tours d’un pâturage pour retrouver du balisage), je me suis un peu ressaisis pour atteindre la seconde base vie. 

Km 99 : Seconde base vie : Pas de changement de chaussures. Je garde ma Petzl car il fait encore nuit. J’enfourne mon sac de quelques gels supplémentaires et c’est reparti. On attaque 3 – 4 km pour finir de descendre dans la vallée.. et après la course commence vraiment. 

km 104 : C’est parti pour 1200 m de D+. Au petit matin. Le jour se levant dans la montée.. ça réveille. Ce n’est pas un petit-déjeuner « croissant – café ». Mais vu la quantité d’énergie qu’il faut amener pour bien avancer dans ce genre de montée, ça réveille bien quand même. Je me donne un peu. 

J’avais découpé la course en 3 parties dans ma tête. De 0 à 100, on avance bien en en gardant sous le pied pour la seconde partie : les deux grosses difficultés du km 104 et 128 à passer comme un barbare. Et la dernière partie : au mental avec ce qui reste dans les jambes. Je me vois encore dans la première montée, après 200 ou 300 m de dénivelé, me dire : « Aller. Fait toi plaisir. Attaque. ». Je me relance plusieurs fois en courant dans des gros % jusqu’au point d’avoir du mal à respirer – le goût du sang au bout des lèvres et me bavant dessus. 

Avec le jour qui se lève, c’est aussi l’arrivée de la pluie. Une douche bien méritée, qui permet de nettoyer les chaussures et surtout le sel imprégnée sur la peau. 

Sur le sommet, je suis seul. Il y a bien quelques vaches. Elles sont charmantes, mais je ne m’attarde pas. Il fait presque froid avec ce vent de crêtes qui a fait tombé tous les repères balistiques. Je navigue au feeling. En tentant souvent de suivre plutôt les traces de passages fraîches dans l’herbe que de chercher au loin le balisage. Ça fonctionne (le plus souvent). Peu de souvenir de la seconde difficulté. Je pense que mon cerveau s’était consacré au fait d’envoyer toute l’énergie dans le corps pour passer ces deux difficultés le plus rapidement possible. 

Km 132 : Ayé. Le plus dur techniquement parlant est derrière. Il s’agit maintenant de débrancher le cerveau. Ne plus répondre à l’appel des douleurs qui sont devenues en tout point du corps atroces. Et se répéter la phrase suivante : « Plus vite tu avances, plus tu cours, et plus ça va se terminer vite ». Mais 35 bornes, – 1600 et + 800.. cela ne se termine pas vite. Peu importe l’entrain qu’on y met. Je pense que j’aurai du me dire que c’était fini plus tard avec le recul. J’ai énormément souffert sur cette fin de course. Même si je m’obligeais à courir. J’ai souvent pris le relai en marche rapide. Non pas que physiquement cela n’allait plus du tout. Mais car je pense que m’étant projeté sous l’arche, la motivation n’était plus la même. Seule, une petite chose me donne encore des piques de bonnes ondes. La volonté de garder cette troisième place. Et surtout la volonté de ne pas faire une Poulidor. Je regarde de plus en plus régulièrement derrière moi pour voir si cela ne revient pas. Je ne sais pas si le poursuivant est à 3 min ou à 1 h. C’est assez anxiogène. (Finalement il y avait 2h30 d’écart. J’aurai pu respirer). 

Km 165 (170 à la montre) : J’entre dans le stade d’Oyonnax. Je suis un VTT qui est venu me chercher 3 km avant l’arrivée. Je sers le poing de la victoire sur les doutes d’avant course. Sur les « tu devrais te reposer – ménage la monture – pourquoi courir blessé – tu vas te gâcher.. gneu gneu gneu ». Et je profite. Je profite de ce podium magique qui s’ouvre à moi. Accompagné par deux personnages que j’aurai pu avoir en poster au dessus de mon lit. Un petit 360°. Et c’est fait. Je suis allé au bout de mon troisième 100 miles (Diagonale des fous / UT4M). Et malgré la fatigue, je me trouve physiquement plutôt en forme pour quelqu’un qui a courru non-stop pendant 20h30. Je ne sais pas du tout quelle conclusion en tirer. Est-ce qu’il faudrait que je me donne encore plus pour aller titiller un trophée (je ne suis pas sûr d’en avoir envie). Est-ce que j’ai atteint ce moment agréable, où tu donnes l’impression que c’est simple (alors que cela ne l’est pas du tout) ? Et est-ce que ce moment va durer ? En tout cas, une chose est sûre, en préparation de la Diagonale des fous, j’ai pu découvrir ce que c’était d’aller vite sur 170 km, et surtout j’ai pu me rassurer sur quelques aptitudes que je pense maîtriser. Bref. Un plein de confiance qui fait du bien. Mais qui ne doit pas faire oublier qu’à chaque nouvelle course, on remet tout en jeu. Que rien est acquis. Surtout quand cette prochaine nouvelle course se nomme brutalement « La diagonale des fous ». 

Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

PARTIE 2 / 7 – Gestion de la blessure.

Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson
Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson
Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

Revenons si vous le voulez bien sur l’insta-facebook-strava polémique de ma blessure. Quelques mantras à avoir en tête avant que je raconte ma gestion de cette blessure avant et pendant la course : 

  • Ce n’est pas par ce que j’ai fait un podium que je n’ai pas souffert de fou et que je n’étais pas blessé.
  • Annoncer qu’on est blessé n’est pas une manière de réduire la pression ou de faire du « cinoche ». Je ne joue pas la ligue des champions hein. Je partage tout ce qui me lie à la course à pied sur les réseaux. Ça en fait partie. 
  • Pour moi, un ultra-trailer qui te dit « je ne suis jamais blessé » ou pire qui n’approuve pas la maxime « toujours un peu blessé et en préparation à la fois » ça n’existe pas. (En veut croire tout le business autour de la réparation/récupération des coureurs). 
  • Ce n’est pas par ce que je suis blessé que je suis dans une mauvaise situation. Justement, cela rappelle que l’on est vivant/humain. Et que rien n’est acquis d’avance. Que demain, tout peut s’arrêter. Et c’est ça qu’est bon. 

La blessure. 

Quelle est-elle ? Je ne sais pas. 

Pourquoi ? Par ce que je fuis le maximum que possible tout ce qui s’approche de près ou de loin du corps médical. Non-pas que je ne respecte pas, que je n’estime pas énormément cette profession/cette discipline. C’est juste que je suis faible vis-a-vis des faiblesses du corps. Et que je crois préférer « ne pas savoir ». Ne pas voir, ne pas savoir. C’est souvent une manière de se préserver. Une erreur dans le fond selon moi. Mais je me sens bien avec cette erreur. 

La douleur est une conjugaison d’une douleur structurelle (comme celle d’une fissure/fracture) au niveau du dessous du talon gauche ; et d’une douleur d’inflammation assez traditionnelle partant du talon en direction de la voûte plantaire. J’ai bien évidement pensé à une « aponé…vro… machin truc plantaire ». Car c’est à la mode. Mais connaissant ma capacité à récupérer plutôt vite de tout ce qui ressemble à une inflammation, et ayant stoppé 4 jours (accompagné de glaces et voltarene). N’ayant pas vu le moindre effet positif. Je continue à me dire que c’est autre chose. On verra dans les jours qui viennent (RDV lundi avec un médecin du sport – La douleur est en train de redevenir très gênante ces jours-ci). 

Bref. Cette douleur est apparue après le WK choc à Annecy avec Loïc (105 km / 7000 D+). D’abord comme un bleu invisible au niveau de l’os du talon. Une douleur qui n’est pas partie. Et que l’entraînement n’arrivait pas à faire disparaître. Il me restait alors 2 semaines avant l’Ultra 01. Je savais qu’il allait sûrement falloir faire avec. Que peut-être que ça partirait avant. Mais que dans le doute, il valait mieux s’adapter à cette blessure que la laisser me saper le moral en m’empechant tout entraînement.

J’ai donc continuer mon entraînement. En adaptant totalement la foulée, et donc forcément en réduisant la vitesse de croisière. La dernière fois que j’avais fait cela, c’était pour combattre un TFL et cela avait fonctionné. Au bout de deux mois, certes. Mais ça avait fonctionné. Autant recommencer. Au niveau de la foulée, le principe est assez simple : Une attaque pointe du pied à gauche, en fleurtant le sol, en évitant au maximum toute vibration. Et une attaque plus normal à droite. Mais forcément une compensation de fou. Je vous laisse imaginer les douleurs qu’un tel déséquilibre peut déclencher au bout de plusieurs heures de courses. Le bassin, les hanches. Tout est en biais. Ça va 5 min. 20 h. Ça pique. 

Ma stratégie était simple pour la course : « La blessure est là. Tu veux tenter le coup. OK. Alors ne part pas trop vite. Laisse la course se faire sur les deux premières heures. Et tu feras le point à ce moment là. Si la douleur est toujours présente. Tu prendras la décision d’arrêter dans la nuit. Si elle a disparu en ayant échauffer le corps, alors commence ta course ». Je me suis appliqué ce principe. Au bout de 15 – 20 km.. la douleur a commencé à ne plus se faire sentir. J’étais obligé de continuer avec ma foulée étrange. Mais je pouvais avancer. Alors. La machine s’est élancée. 

Pendant la course. Régulièrement, je me testais. Je vérifiais la gêne. En appuyant un peu dessus. Très vite, je me rendais compte qu’elle revenait. Il y a eu quelques racines que je n’ai pas réussi à éviter qui ont réveillé la douleur. Mais au final. En serrant les dents. En s’appliquant une politique de précaution stricte. C’est passé. Pas sûr que cela fonctionnera à chaque fois. 

PARTIE 3 / 7 – De moins en moins d’erreur.

Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

Depuis la Lyon SaintéLyon (>> UTMM >> 3 tours de Paris >> Issy Urban Trail >> Paris Meaux Paris >> EnduRance Trail des Corsaires >> Oisans Trail Tour). Je le sens. Je le sais. J’arrive à faire beaucoup moins d’erreurs bêtes qui peuvent mettre une course en péril. L’ultra c’est vraiment ce genre de discipline où il y a tellement de paramètres à prendre en compte, qu’on ne peut jamais réussir à tout optimiser en même temps. À 100 %. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas. Mais c’est un grand plaisir quand tu commences à basculer du côté où il y a plus de choses qui fonctionnent que de choses qui ne fonctionnent pas. 

Ces erreurs bêtes que je ne fais plus / que je fais moins : 

  • Ne pas rester concentrer à chaque seconde sur le balisage, sur les pièges du terrain. 
  • Mal s’alimenter – s’hydrater. Aux mauvais moments. 
  • Mettre des accélérations inutiles. 
  • Ne pas en garder assez sous le pied pour les difficultés. 
  • Ne pas s’énerver quand on perd du temps par précaution. 
  • Imaginer la course comme une succession de ravito à ravito. 

Tout cela, je suis bien content de l’avoir réussi. Certes, je me suis pris quelques chutes. Mais à chaque fois, les années de judo de mon enfance sont revenues pour atténuer cela. 

Certes, je me suis paumé sur deux bons kilomètres. C’est une tradition de toute façon.

Certes, par inattention j’ai loupé un point d’eau. Et cela m’a fait tombé dans un moment de moins bien de quelques kilomètres.

Mais franchement, je sens que l’expérience commence à se ressentir et à m’aider. Je ne suis pas forcément physiquement bien plus monstrueux qu’auparavant. Mais j’ai appris à voir l’ultra comme une épreuve qui s’étend dans la durée. Dans son entièreté. Que tous les éléments doivent être maîtrisés et coordonnés, comme une roulette de Zidane. Avec simplicité, avec aisance. En symbiose. Pour faire du simple fait de courir, une harmonie de 20h. 

Un autre problème qui se pose maintenant. Enfin qui me trotte dans la tête. Qui dit « moins d’erreur » dit « moins de points d’amélioration ». Et cela me déclenche toujours une question d’après course qui me trotte.. qui galope même : « Si je devais refaire cette course, qu’est ce que je changerai pour gagner du temps ? ». 

  • Optimiser les ravitaillements ? J’y passe déjà à peine quelques dizaines de secondes. 
  • S’alimenter autrement ? / Quoi… c’est pas bon le saucisson-fromage-gels ?
  • Reprendre les bâtons ? / Vous avez vu mes bras ?
  • En garder plus sous le pied pour la fin de course ? / Je le traîne pas non plus hein. 

Eh bien cette fois, pour une rare fois, je me dis que je n’ai pas grand chose à modifier. Que c’est peu être sur le physique qu’il faudrait jouer. Qu’il faudrait oser se mettre encore un peu plus dans le rouge. Ou en danger en descente. Et quand le physique est ta seule solution pour t’améliorer, c’est que tu as peu de temps à gagner. Bref. Faudra revenir. Ce n’est qu’en se testant autrement, sur un parcours identique que l’on peut faire se genre d’analyse. ULTRA01 je reviendrai !

PARTIE 4 / 7 – La pression du classement 

Gediminas Grinius – Grégoire Curmer – Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson
Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

18h. La course se lance. Je m’élance. Vite. Forcément. Le premier kilomètre est avalé à 4:09. Sans forcer. Je laisse la tête à Grégoire. A vrai dire, je l’observe. Il donne une drôle d’impression de puissance. De concentration. De force tranquille. Je ne sais pas si c’est le cas en réalité (pour la concentration). J’aime à imaginer qu’il est dans le même état d’esprit que moi. Que c’est un humain, comme les autres. 

Nous quittons rapidement Oyonnax. Km 2. Je décide de m’arrêter pisser. Le litre cinq que j’ai avalé avant la ligne de départ est de trop. Je me fais doubler par 5 – 6 – 7 coureurs. Je m’en fiche totalement. J’ai encore 167 km pour les reprendre. Et bizarrement, j’ai la conviction profonde que ça sera le cas. Sans grande difficulté. 

Je n’avais pas cette confiance en moi auparavant. Maintenant, je connais mes forces. Je connais cette capacité à « chasser » le coureur qui me précède. Cette instinct presque animal qui me fait prédateur quand devant moi, à 1 minute, j’aperçois une proie. A ce moment là, je me dis presque que c’est bénéfique pour moi de laisser du monde devant. Cela me fera avancer plus tard. Ça fera ressortir le côté animal. J’anticipe ce plaisir. 

Laisser le coureur me précédant dans un début de montée à 100 m. Accélérer légèrement. Me mettre à 50 m. Lui faire sentir que je suis là. Attendre encore un peu. Me rapprocher d’un coup à 20 m. Lui laisser entendre mon pas. Le voir accélérer. Rester dans sa cadence. Sans laisser échapper le moindre souffle. Puis à un moment. À un moment que j’aurai décidé. Accélérer. Arriver à son niveau. Lui demander « ça va ? » d’une voix fraîche, limpide. Qui veut dire « Je ne suis pas dans le rouge. Tu me vois. Je suis là. Dans 30 sec. Je serai 50 mètres devant. Puis je partirai inexorablement dans l’horizon. Jusqu’à disparaître ». C’est primaire. C’est animal. Mais j’adore cela.

Au km 70. Je n’ai pas connaissance du classement. Je sais que je suis dans les 10. Peut être 6 ou 5. Mais j’espère mieux. Je pense qu’il y a quelques relais devant. A un ravito, quelqu’un me dit « Gediminas et Grégoire sont déjà passés il y a petit moment. Mais tu peux reprendre un des deux ». Je comprends alors que je suis virtuellement sur le podium d’un ultra derrière ces deux phénomènes de la discipline. 

Apprendre cela me trouble. Je ne peux plus faire comme si je ne savais pas. Je ne peux plus singer celui qui s’en moque complément. Cette carotte d’un magnifique podium est trop appétissante. Mais je dois me restreindre à toute euphorie. Il reste encore 90 km et énormément de dénivelé. Je dois y penser. Je ne peux pas ne pas y penser. Mais j’arrive tant bien que mal à m’extraire de cette compétition. Je la fuis. Je préfère réussir à le faire. Et me dire que c’est arrivé comme ça. Sans que je le veuille. Sans que je le mérite. Comme un magnifique hasard. Dans lequel je pourrais cacher mon mérite. 

Puis vient les 30 derniers kilomètres. Les jambes sont lourdes. Continuer à courir même en montée tient plus de la détermination que de la capacité physique. 30 km c’est quoi. C’est une sortie tranquille le soir au quotidien. Mais au bout de ces quelques bornes, soit il y a un magnifique podium. Soit il y a une quatrième place. Que même le plus grand des hasards ne pourra cacher la plus grande des déceptions. Je ne veux pas que cette journée soit une occasion manquée. 

Je dois résister au retour du quatrième. Je ne sais pas où il est. À 3 min ? À 10 min ? À 2 heures ? Pour moi, il est là. Le prédateur. Je le sens. Je me l’imagine. Je me demande souvent si quelqu’un est capable à ce moment de la course, de courir plus vite que je ne suis en train de le faire. Je me dis que c’est impossible. Mais l’impossible, je le sais, ça n’existe pas. Je suis anxieux. J’ai des hallucinations de bruits derrière mois. Un rocher qui roule. Une branche qui craque. Cette fois-ci je pense vraiment l’avoir attendu. Pourtant je le ne vois pas. 

Ahhh tiens. Un repère parfait. Alors que je longe une maison. Un chien aboie. Je n’aurai qu’à tendre l’oreille plus loin. S’il aboie à nouveau. Alors je saurais. Je saurais qu’il est là. Ce briseur de rêve. 

3 min plus loin. J’entends. Wouuuuf. Wouuuuuf. Ce n’est pas possible. Il est vraiment là. Juste derrière. Aller gamin. Tient bon. Ne cède pas. Pas maintenant. Pas après tout ce que tu a fait. 

300 mètres de l’arrivée. C’est trop tard. S’il devait revenir. Il l’aurait déjà fait. Tu l’as ton podium mon petit bonhomme. Profite. 

Quelques minutes après avoir passé la ligne. Je continue à regarder à l’angle du stade. Je l’attends. Je ne comprends pas. Il arrivera 2 h 37 minutes plus tard. Je serai déjà ivre, et en train de dormir à l’hôtel. Putin de Clebs de merde ! 

PARTIE 5 / 7 – Sans bâton – pacer – ni assistance

Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson
Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson
Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

« Ne pas monter bien haut peut être.. mais tout seul ! » – « Ne pas monter bien haut peut être.. mais tout seul ! »… je la répète cette phrase, et je la répète encore. Pourtant je n’ai pas besoin de la répéter. Elle est en moi. C’est, et ça a toujours été, ma façon d’être. N’être redevable de rien, ni de personne. 

Ceci explique pourquoi je suis parti sur cet Ultra 01 sans bâton, sans pacer, sans assistance, ni porteur de sac. Et oui, cette course est une de celle sur lesquelles nous avons le droit à tous ces artifices. Un petit plus qui peut paraître un grand pas grand chose. Et pourtant selon moi, ce types d’avantages peut être une réelle aide à la performance. Envie de courir avec des potes qui donnent l’allure ? Envie de se faire porter son sac pour libérer la foulée ? Envie de ne pas transporter son eau pour éviter le balotage ? Envie d’être assisté ? Tout cela est autorisé sur l’Ultra 01. 

J’ai fait le choix de ne pas profiter de ces avantages car l’aventure me paraissait plus belle, plus pure, plus naturelle sans tout cela. Mais je pense sincèrement que ça peut être une superbe aventure de faire ce genre de course longue à fond la caisse à plusieurs. En se servant à 200 % de ces avantages autorisés. Faudra que j’y réfléchisse pour une autre année. Et cela me permettrait de partager l’aventure avec des copains. 

Au final, j’ai passé 18h30 sur les 20h30 seul. Complètement, et incroyablement seul. Cette solitude que je recherche en ultra. Celle-ci même qui m’amène à m’échapper. A m’échapper en pensant. En pensant à ma vie. A mon quotidien. A mes envies dans le futur. Je consacre beaucoup de ses pensées à ma copine. Au futur que je m’imagine ensemble. Cela m’appartient. Je suis seul au milieu de la montagne à penser à ce futur quotidien, qui sera loin de cette montagne pour sûr. La solitude en ultra me permet cela. Prendre du recul pour mieux sauter dans mon quotidien. 

Mais de temps à autre cette solitude a néanmoins besoin d’être égayée. Et étant un homme de chanson et de musique comme les stories Instagram le laissent présager. C’est souvent la musique qui vient à moi lorsque je suis seul en course. Je la chante à haute voix. Je la fredonne frénétiquement. Je n’ai pas besoin d’un MP3 pour cela. Et cette fois-ci, pas de bol, la chanson que j’ai fredonné pendant 4 ou 5 bonnes heures était terrible ! Et encore plus terrible quand on ne connaît que deux phrases de celle-ci. «  Et toi non plus, tu n´as pas changé… Toujours le même parfum léger… Toujours le même petit sourire… Qui en dit long sans vraiment le dire »… ah sacré Julio ! 5 heures avec toi… c’était LONG !

PARTIE 6 / 7 – T’es parents savent que tu es la ? 

Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

Km 119. Ravitaillement de Menthières. Je suis déjà bien.. mais alors bien bien atteint. Physiquement et dans mes ressources d’énergie. J’entre dans le ravitaillement en courant. Mes flasques à la main. Prêtes à être remplies d´eau. Ça fait une heure que j’ai un visage crispé. Le sourire n’est pas de circonstance. Le regard est concentré. Incroyablement concentré. Franchir la porte du ravitaillement ne défige pas mon visage. 

Celui-ci s’illumine au moment de demander de l’eau. Je mets mon costume de scène. Je m’impose un masque joyeux, presque enfantin de circonstance. Je suis souriant. Sympathique. Presque drôle. La bénévole me demande si ça va.. « Évidement. Très bien et vous ? ». Elle enchaîne « Vous voulez quelque chose ? ». – « Bah. Je me serai bien pris un petit whiski coca, mais on va opter pour de l’eau hein ». Elle rigole, se retournant vers ses collègues en demandant du regard « vous avez entendu ce gamin taré ?! ». Elle revient vers moi et me sors cette phrase magique « Mais tes parents… ils savent que tu es là ? ». 

J’adore. Tout simplement. J’adore. Je réponds au quart de tour avec la voix de celui qui est en train de faire une bêtise. En chuchotant presque. « Alors.. je suis là. Il est vrai. Mais surtout ne leur dites rien. ». Elle rigole. Je la remercie pour son aide. Je me retourne et repart en courant. Mon visage est celui du fier bonhomme qui s’en va avec panache. Sur un gag. Arrogant. Mais sincère. 

J’adore ce genre de petit moment. De petites phrases. Quand on reste des heures et des heures seul, la moindre discussion. La plus courte même. Reste ancrée pendant des heures. Elles rappellent qu’on est pas seul. Et qu’après cette course. Il y aura de la vie en communauté. Du partage. Ça donne encore plus envie d’aller dépasser cette ligne finale. Pour partager d’autres phrases. Pas toujours utiles. Pas toujours profondes. Mais essentielles. 

PARTIE 7 / 7 – Et maintenant. 

Alexandre Boucheix – Casquette Verte – Copyright Gilles Reboisson

« Et maintenant. Que vais-je faire ? ». Ah non hein… je ne suis pas du tout dans ce feeling. Dans cet état d’esprit. Ce n’est pas une fin en soit. Ce n’est pas le haut de la vague. Pas encore. Cette course, bien qu’au final assez bien maîtrisée, n’est pas un achievement. Ce n’est pas un point d’arrivée. Dire que c’est un point de départ serait mentir aussi. 

Mais c’est une marche. Une marche de cet escalier, ou de cet escalator que je parcours depuis quelques années, et dont je ne vois pas encore la fin. Bien évidement, il y a cette crainte. Celle de ne jamais réussir à faire mieux. Mais cette crainte je l’occulte. L’ultra01 était et restera un entraînement. Je ne l’avais pas prévu dans la saison. Il est venu à moi comme par hasard. Réussir. Enfin plutôt (se) réaliser sans s’y être particulièrement et spécifiquement préparé, c’est un plaisir immense. 

Cet ULTRA01 était donc un entraînement. Ça fait bizarre de dire cela. Un entraînement de 170 km et 7000 mètres de dénivelé. Sur le court terme, cet entraînement est une étape pour une autre course qui arrive en octobre. Sur le moyen terme, un entraînement sous forme d’expérience acquise dans le long. Sur le long terme, un entraînement à améliorer un jour. 

Mais je pense avant tout au court terme. Je pense avant tout à ce Grand Raid qui arrive peut être. Celui qui me hante depuis des semaines, depuis des mois. Celui sur lequel j’aimerai par dessus tout, donner tout ce que j’ai. Cette diagonale des fous qui arrive ne me fait pas peur. Y échouer. C’est possible. Mais alors je reviendrai encore et encore. Mais je ne m’autorise pas à y penser. L’échec est possible. La réussite aussi.

La pente est ascendante. Pourquoi devrait-elle s’atténuer ? Il n’y a pas de raison. J’ai encore tellement envie. Je ne suis pas lassé. L’histoire n’est pas finie. Les chapitres devant moi sont encore magnifiques à écrire à coup de foulées douloureuses. Je bave d’envie. Pourvu que les circonstances me permettent de réaliser encore et encore. Pourvu que toute l’envie que j’ai puisse trouver les sentiers de ma liberté. 

Récit Endu’Rance Trail des Corsaires 2020 (98 km – 2100 m D+) – 3ème au Scratch – 08h 51min 58 sec

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Première moitié : Maitrise & Retenue.

« Retiens toi sur le départ.. retiens toi.. Rien ne sert de fanfaronner sur les 10 premiers km.. Si c’est pour se faire rattraper comme un jeune chien fou dès le premier ravitaillement venu ». Il a fallu que je me la rabâche encore et encore cette phrase pour l’appliquer. Me retenir. Mettre la corde en tension. Juste ce qu’il faut. Juste assez pour que la flèche parte au bout moment.

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05h32. Un petit groupe se forme en tête dès le passage dans l’Intra-muros. Je reste dedans. Bien au chaud. Le temps de mettre la machine en route. Le rythme est bon. Je ne prends pas la tête. Je me laisse guider. J’entends certains du groupe dire la traditionnelle phrase « C’est parti fort quand même » alors que nous en sommes à peine au 5ème kilomètre et qu’on n’a pas non plus appuyé comme jamais. Je me retiens de répondre par la négative.

Nous nous perdons. Plusieurs fois. Ça râle. J’en rigole. Les kilomètres passent vite et bien. J’aime cette sensation de fuir le départ. De vouloir s’en échapper. Pour ressentir plus tard l’envie de revenir.

Juste avant le premier ravito, le groupe de tête éclate en grappe de 2 ou 3 coureurs. Je n’ai pas envie de me mettre dans le rouge pour tenir le rythme de l’avant poste. Je contemple de loin deux ou trois Petzl s’échappant. Disparaissant de virages en virages. Je saute le ravitaillement.

C’est en compagnie de Christophe que je gambade. Nous sommes entre la 5 et 7ème position je pense. Le moment est plus difficile pour moi. J’ai toujours du mal entre le km 10 et le 30. Les indices de fatigues futures apparaissent silencieusement. Je tente de les analyser. Je somatise sûrement un peu trop dessus. Il me faut toujours quatre bonnes demi-heures pour être dedans sans soucis, sans prise de tête. Je reste dans les mollets. Je n’ai pas envie de mener le train. Je tente de m’abriter du vent fou.. mais derrière Christophe, c’est mission impossible.

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Km 30. Me voici en rythme de croisière. Reste encore une dizaine de kilomètre avant le ravitaillement des 40. Je suis complètement à l’aise. Je me sens déjà la possibilité d’accélérer. Je ne le fais pas. J’en garde sous le pied. Dans les montées, je piétine derrière mes compagnons. Je déteste cela. Je prends sur moi. « Attends.. attends encore un peu. 60 bornes à fond pour finir, c’est sûrement trop. Idéalement, tu t’échappes au 50ième. Il te restera un gros marathon. C’est déjà plus probable comme projection ».

_IMG0148Ravito du 40ème. Recharge en eau et en eau coupée au miel. Morceau de pain d’épice dans la bouche, quelques raisins secs et ça repart aussi vite. « Vas-tu réussir à piétiner encore 10 Km… où la tentation d’aller chercher devant plus tôt va-t-elle être trop forte ? « .

Seconde moitié : Conquête & Résistance.

Mâcher ce pain d’épice m’aura occupé 200m. Je m’ennuie. Ça y est. Seule la douleur atroce que les plis qui se sont formés sur mes semelles me rappellent que je suis entrain de courir un presque 100 bornes. Les premiers rayons de soleil ont fini de me sécher de cette nuit sous des trombes d’eau (j’aborderai le sujet « touchy » du climat breton dans le prochain chapitre). « Tu es sec. Tu es frais.

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Un compagnon d’aventure vient de te dire.. « Ayé plus que 50 Km ». Laisse toi tenter. Part. « .

J’accélère une première fois sur 2 km. Je fais rapidement un trou sans monter dans les tours. Je passe en stand-by juste le temps de m’alimenter. Une gorgée d’eau. J’accélère à nouveau. Et cette fois-ci c’est pour de bon. On va tenter un negative spleen des familles sur 50 bornes.

Je mets une dizaine de kilomètres à reprendre le troisième. Nous sommes dans une belle montée. Je passe comme sur le plat. Je suis très à l’aise. Il me dit que « ça commence à être dur ». Je lui fais une petite tape dans le dos en signe d’encouragement et je m’échappe. J’en remets un petit coup. Plus froidement. Je ne veux pas avoir la sensation de courir avec quelqu’un à 700 mètres dans le dos.

Dans un village, je me paume complètement. Après avoir visité l’église, le cimetière, la Mairie et la poste je reviens dans le droit chemin. Je le sais. Je viens de repasser 4ème. Je m’en fiche un peu à vrai dire. Mais je m’engueule de n’avoir pas été plus attentif.

Je retrouve mon compagnon un peu plus loin. Il s’agit de le remettre loin derrière à nouveau. Grosse accélération. 4:20 au kil pendant 3 bornes roulantes. À ce moment avancé de la course, cela devrait suffire pour refaire un écart et se retrouver seul.

Ayé. Je suis seul. C’est ce moment que j’aime dans les courses. Il me reste 30 Km. Je ne rattraperai plus personnes. Je le sais. Et si je ne faiblis pas, il sera impossible de me reprendre. Je profite enfin de mon ultra. Je cours au feeling. Ma montre vibre, je ne la regarde pas. Je peux lever le museau pour observer le paysage, écouter les goélands, voir ce gros lapin s’échapper. Je profite. On se croirait à l’entraînement. Sans pression.

Dernier ravitaillement avant l’arrivée. Je me gave de saucisson et de gruyère. Les seuls tristes Tuc que j’ai pris jusque là, n’ont que réveillé ma soif de salé. Je rigole avec les bénévoles. Et je repars.

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Les 20 derniers Km passent comme un bonbon sucré à l’âge où le 4h est le plus doux des repas. Du monotrace côtiers en veux-tu en voilà. Des passages dans la rivière fraîche pour vivifier les muscles. Et quelques longs passages roulants pour travailler le mental.

Je vous ai déjà dit que ça fait 50 bornes que j’hurle intérieurement à cause de mes semelles ? Oui ? Et Bien je vous le redis. Car BORDEL.. ça faisait longtemps que je n’avais pas dû combattre une telle douleur d’inconfort.

Le panneau St Malo est là. Il doit rester 4 ou 5 Km maintenant. Je repasse sur les sentiers et sur les quais empruntés 7 h plus tôt dans la nuit. Il fait soleil maintenant (entre 2 averses de grêles). Le vent n’a pas disparu. Mais cela ne me dérange pas.

Remontée sur les remparts de l’Intra-muros. C’est la fin. Je le sais. Je sers frénétiquement le poing. Je fête ce podium en discrétion. Avant que la ligne soit franchie. Je préfère savourer cette 3ème place seul. Maintenant. En pensant à mes proches, à ceux qui me manquent. Sur la ligne d’arrivée, cela sera déjà trop tard. C’est pendant qu’il faut profiter.

Moment de jouissance personnelle effectué. Je savoure maintenant les félicitations des passants et des supporters. Je partage avec eux l’énergie qu’il me reste en cette fin de course. Ça tape quelques mains. Derniers mètres. Petit 360°. Ayé. C’est fait. Le pari de partir au Km 44 a payé. J’ai pu répondre à cette question que j’ai tant pu me poser lors de la seconde moitié course. Est-ce que je ne suis pas parti trop tôt ? Est-ce que je n’ai pas été trop gourmand ? À priori. Non. Et en plus, j’ai pu profiter. Une belle prise d’expérience pour d’autres courses à venir.

 

Point météo. 

Il nez jamais facile de rapporter les conditions météo extrêmes que l’on peut subir durant une course. Cela donne toujours l’impression de trop en faire. De n’avoir que peu les bons mots pour décrire ce difficile moment. Nez-t-il pas vrai ? « Bah.. il a plu fort.. il a vent fort aussi ». Ne souhaitant me réduire à cela.. J’ai décidé de vous conter cette matinée légendaire dans la tempête bretonne par les vers de mon tendre Cyrano. Contant sa légende, que je parodie ainsi…

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 » Eh bien donc.

Vers 6h,

J’allais à la rencontre de ce climat breton.

La lune dans le ciel se voyait cachée par de sombres et orageux nuages.

Le vent soufflait plus fort que le temps ne passe sur une montre.

Quand. Soudain.

Je ne sais que de violentes trombes glacées,

C’étaient mis à passer un coton nuagé sur la Bonatti grise de ce coureur citadin.

Il se fit une nuit,

La plus humide du monde.

Et les sentiers n’étant pas du tout illuminés.

Mordious !

On n’y voyait pas plus loin…

<Que son nez.>

Je…

Je disais donc…

Mordious ! …

Que l’on n’y voyait, rien.

Et je courrais.

Songeant que pour un gueux fort mince

J’allais mécontenter quelque orage, quelque tempête,

Qui m’auraient sûrement…

<Dans le nez…>

Une dent !

Qui m’aurait une dent…

et qu’en somme, imprudent,

J’allais me fourré…

<Le nez…>

Le doigt !

Dans cet enfer descendant du ciel,

car cette tempête pouvait être de force

À me faire donner…

<Sur le nez…>

Sur les doigts !

Mais j’ajoutai :

Cours, mon garçon, fais ce que dois !

J’avance.

Et tout à coup me retrouve

<Nez à nez…>

Face à face !

Avec milles parpaings d’eau qui sentaient

<À plein nez>

L’humidité et le froid.

Je relance.

Front baissé.

<Nez au vent>

Et je passe.

J’estomaque cette rafale !

J’en empale une autre. Toute vive !

À découvert, celle-ci m’ajuste : Paf !

Et je riposte…

<Pif !>

TONNERRE ! Sortez-tous ! « .

Sortez !

Laissez moi seul avec cette tempête qui ne me fait que trop violence.

Je me retrouve en tête à tête avec celle-ci.

Je sais quoi lui dire. Je sais ce que je lui dois.

Embrasse moi. Lui dis-je.

Embrasse moi.

Sans toi, je n’aurai pas de souvenirs si violents. Humides. Cruels. Mais forts. De ceux que l’on garde. Précieusement. En soit. Pour soit. Pour quelques an-nez !

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Satisfactions – Réglages & ajustements.

Le titre de ce chapitre fait peur. Mais promis.. ce n’est pas si chiant que ça 😉

À chaque course, c’est un peu plus d’expérience qui s’acquiert. Je commence à récolter les fruits de beaucoup d’erreurs effectuées par le passé. Beaucoup de choses se passent bien mieux qu’avant. J’applique des recettes que je me suis concocté. Certaines sont rodées. De la cuisson au dressage. D’autres sont en test. Mais je ne cesse de découvrir de nouvelles problématiques à régler. De petites choses à améliorer par ci par là. Tel un artiste qui a du mal à mettre le dernier coup de pinceau, je trouve encore à refaire, à redire, à améliorer.. Dans cette immense toile que la pratique de l’Ultra me fait dessiner.

Les satisfactions de mon Endu’Rance Trail des Corsaires :

La gestion de course : OK. Content d’avoir enfin pu réussir une course en negative spleen de manière volontaire.

La gestion de l’alimentation & hydratation : OK. On est sur quelque chose de mieux en mieux maitrisée. Je me suis même surpris à bien gérer le manque de salé sur les ravitaillements.

Partir avec l’essentiel : OK. Quand tu rentres, et que tu as plus que deux gels et une patte de fruit, c’est que tu as pris juste ce qu’il faut.

La capacité à courir presque sans arrêt : OK. J’ai été étonné. Rares ont été les moments où j’ai du me résoudre à m’auto-motiver pour avancer ou relancer. Cela fonctionnait presque tout seul. Régler comme du papier à musique. Ce n’est pas souvent le cas. Faut savoir en profiter lorsque cela arrive.

Ne pas se prendre la tête.. s’énerver.. Ou se mettre en mode compétition : Ok. C’est peut être ce dont je suis au fond le plus fier. Réussir à rester moi même. Riant de l’adversité. Pouffant d’une erreur de parcours. Élevant la fausse modestie à un rang encore inégalé. Bref. Restant moi même. Arrogant, mais brillant. Vaniteux, mais sincère.

Trêve de satisfactions. Place aux améliorations et points d’attention pour la suite.

Au premier lieu desquels :

ENTRETENIR SES AFFAIRES. Je vous explique. Nous sommes jeudi soir. Je commence à comprendre que les deux semaines de pluies qui viennent de passer vont solutionner rapidement la problématique du choix des chaussures.

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Moi qui voulait partir en Sense Ride. Me voilà, recherchant mes Speedcross 5. Où sont-elles bordel ? Tu ne les as pas utilisé depuis quand ?.. Ne te pose pas ces questions rhétoriques.. tu le sais bien. Ça fait 3 mois que tu repousses dans ton agenda cette alerte « Nettoyer SpeedCross » de Dimanche en Dimanche  depuis la SaintéLyon. Fallait bien qu’à un moment ta flemme prenne vie, et Quelle te mette un gentil, mais sec, coup de bambou derrière la nuque.

Ah. Bah. Finalement ça va. Elles ne sont pas si crados. Un peu figées. Mais ça va. Glissant ta main dedans : Là.. on va avoir un soucis en revanche. Soudain, reviens à toi ce souvenir. Les longues descentes roulantes de la SaintéLyon sous la pluie. Ces semelles qui glissent sous ton pied inexorablement. La douleur que tu as contenue sur le moment, et les ampoules que tu t’es tapé par la suite. Tu te souviens maintenant. IDIOT VA.

Trop tard pour acheter de nouvelles semelles de confort. Je passe au système D. Les 2 semelles passent la nuit écrasées sous un morceau de bois de 60 kg. J’enchaîne la journée de voyage avec celles-ci aux pieds. Ça devrait le faire me dis-je. Je ne m’inquiète même plus le matin du grand départ. J’aurai du !

Km 10. Depuis 2 ou 3 descentes, j’ai ressenti un pli se former sous l’attaque avant pied. Vraiment à l’endroit où peu importe ta façon de courir.. un pli de prés d’un cm sur toute la largueur va te faire souffrir. Et il va te faire souffrir 3 fois. Quand ton pied va se poser. Normal. Quand ton pied va quitter le sol. Normal aussi. Mais surtout quand ton pied est en l’air, et que tu sais que dans un instant, tu vas douiller deux nouvelles fois… pendant 80 bornes.. en boucle. Tu auras beau tenter de la remettre, rien n’y fera. Ta flemme.. tu la sens ta flemme j’espère ?

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Bref. En rentrant à Paris.. je fais pas le con cette fois ! Je mets une tâche dans mon agenda « Nettoyer speedcross ».

Second point. Moins critique car plus humain.

RESTER CONCENTRÉ même quand on prend du plaisir. Globalement, je suis plutôt content de moi là dessus. Pas de chute. Presque pas de mauvais appuis vrillant la cheville. C’est plutôt « en bonne voie » comme dirait mon professeur principal en 5ème 4. Mais, étant donné le nombre de fois où je me suis encore perdu. Où revenant sur mes pas, l’énorme flèche jaune fluo peinte au sol me faisait comprendre qu’un rendez-vous chez l’opticien ne serait pas malvenu.. je me dis qu’il faut vraiment que je m’efforce à rester concentré.

Oui. J’ai le droit de divaguer quelque peu comme samedi. Oui. Chanter « Voiles sur les filles.. Et barques sur le Nil.. Je suis dans ta vie.. Je suis dans tes bras » (veuillez noter que mon inconscient à rattacher St Malo et ses bateaux au phare D’Alexandri de Cloclo.. le cerveau est bien fait quand même !). Je reprends. Oui. Chanter les sirènes du port d’Alexandri n’est pas un crime. Mais. Soit raisonnable. Tu as fait des efforts. Je le sais. Mais encore un peu plus de rigueur. Et tu verras. Tout va mieux se passer. Oui. Après. On boira des coups. On ira faire la fête dans des pubs du nord de Londres. Mais là. Sérieux. C’est une course tout de même. (Le moi qui lit cette dernière phrase  avec deux jours de recul sur l’écriture s’empresse de mettre une énorme Trikha au moi qui vient de l’écrire.. je vous rassure).

 

Parcours – Ambiance et organisation.

Il est venu le temps douloureux pour vous. Lectrices – Lecteurs. De subir le lamentable instant « Le paysage bla-bla.. les ravitos bla-bla.. Merci aux bénévoles.. Coeur coeur sur l’orga’. Amour et nougatine. »

Pour le rendre plus digeste. Je vous propose de commencer par ce qui ne va pas. Mouahahahahahh.

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Pour moi. Mais peut être que je me trompe. Et il faudra alors excuser le parisien déconnecté des réalités que je suis. Pour moi.. qui dit Bretagne dit.. beurre salé.. dit iode.. dit sel de guérande.

Bref.. vous m’avez sûrement vu venir..  Pourquoi attendre le Km 60 pour mettre du vrai salé (fromage/saucisson) sur les ravitaillements ?

Car non. Une cagette de Tuc. Même un 33 tonnes de Tuc tant qu’on y est, n’est pas Mon-sieur suffisant à ma soif de sel en Ultra.

Profitons en pour parler des Tuc plus généralement.. Oui. Parlons « Tuc ».

(C’est à cet instant que je dois vous avouer que ma colère n’est pas dirigé vers l’organisation.. mais vers les Tuc. J’ai jusqu’à aujourd’hui retenu ce dédain totalitaire qui règne depuis longtemps en moi. JE HAIS LES TUCS. C’est dit. Et JE HAIS LES CINTRES. Mais ça c’est une autre histoire.. bref.. revenons là où nous en étions..)

Parlons « Tuc ». C’est drôle. Quand tu commences à faire du trail. Tu te dis « Tiens. Mais ils se nourrissent vraiment de ça les coureurs ? »

Personnellement, la dernière fois que j’en ai eu c’était lors de cette réunion parent-prof.. Quand mon étonnant, mais non-moins sympathique professeur d’Histoire-Géo tentait d’amadouer la vindique parentale en posant sur la table de discussion quelques Tuc servis dans la fameuse assiette en plastique avec les petits picots anti-dérapant au fond.. vous avez bien l’image en tête. Et bien, voilà messieurs, pourquoi il faut en cesser avec les Tucs. Ils doivent rester sur cette table de collège, et ne pas se mettre à celle d’un ultra ! On a coupé la tête de nos rois (et d’autres d’ailleurs).. On peut bien mettre fin à cette suprématie apéritive, plus proche de la blague de mauvais goût que d’un apport sérieux en sel nécessaire sur un Ultra !

J’en étais où ?  (me disant qu’il faut revenir au sujet de base.. car je risque de vous perdre là.). Alors.. ce ravito’. Oui. Ça manquait de salé. Mais franchement, on s’en fout pas un peu ? Et puis surtout, quand tu en es réduit à critiquer le manque d’un aliment.. Cela fait preuve d’une seule chose.. 1 – Tu es un vieux con. (Bon.. de deux seules choses) 2 – C’est que franchement, tout le reste devait être aux petits oignons pour que tu n’arrives à retenir que cela 😉

Deuxième chose qui ne va pas. Et en plus court cette fois. « Baliseurs.. ôh sombres héros de ma jeunesse… ». Je vous aime. Car j’aime vous détester.

J’aime quand dans un élan créatif encore trop incompris vous décidez de vous éloigner de l’article 1er du bon baliseur :

« À chaque virage, tu l’annonceras en amont / Tu indiqueras le sens à prendre dans celui-ci / Puis (très important et c’est souvent ce qui pèche) tu placeras un rappel visible en sortie de virage pour notifier au coureur que son choix est le bon. »

Bref. Encore une Course où j’ai entendu trop de coureurs prononcer le fatal « Il est léger de chez léger le balisage ». Ma position est la suivante.. certes c’est plus simple quand le balisage est dense, ainsi que positionné par des coureurs plus qu’habitués des ultras. Mais est-ce que c’est vraiment mieux ? Est-ce que ça n’a pas plus de saveurs quand c’est un peu plus compliqué. Quand pour arriver à bons ports, il faut inévitablement se perdre un peu. Et puis franchement. Le plus souvent. C’est tellement de notre faute. De notre déconcentration que vient les erreurs de navigation. Certes. Il y a les actes malveillants (et je crois en avoir repéré quelques uns lors de la course). Certes. Parfois une balise pourrait être un peu mieux placée. Mais si vraiment c’est trop compliqué pour toi, met toi au ping pong. Les lignes blanches sont bien voyantes. Et la balle ressort bien dessus. Tu peux même en prendre des jaunes si ça te chante (Mouahahhahah).

Et voilà le moment qu’on attends tous : Les paysages sont franchement supers ! Du côtiers.. de la campagne.. du sous-bois forestiers.. des petits villages charmants.. des passages au sein de gros œuvres en termes d’infrastructures.. Du bord de départemental.. des passages submergés dans l’eau.. des traversées de barrages.. des balades le long de quais plaisanciers.. bref.. franchement il y en a pour tous les goûts.. et surtout on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Et ça je trouve ça top en Ultra. Moi qui suit habitué à beaucoup de monotonie (Montmartre.. triple paname.. etc..).. c’était un vrai régale.

Niveau sol et revêtement.. c’est incroyablement roulant. Il y a les traditionnels et inévitables « roulants bitumes » et les « roulants sentiers blancs ». Mais j’ai découvert pour la première fois en course les « roulants côtiers ». Alors comment je définis cela : Le roulant côtier. Se sont tous ses monotraces ou légèrement plus larges, qui naviguent, slaloment gentiment, grimpent un peu, mais pas trop. Descendent un peu, mais pas trop non plus. Bref, un bonheur pour y courir à l’entraînement selon moi. Un peu plus dur à faire sur un 98 bornes chronomètré.

L’exigence du parcours se résume vraiment dans le fait que tout est courable. Les aspérités « un peu casse-pattes » du parcours ne le sont pas assez pour inhiber la capacité à courir. Les relances peuvent se faire sans que 4 mètres plus loin un virage ou un obstacle rende la chose difficile. Bref. Un vrai parcours trail breton si j’ai bien compris. À découvrir.

Et enfin. Par ce que sinon je ne serai pas complet. J’ai découvert un nouveau style de bénévole. Un de plus. Le bénévole breton. J’avais dans ma collection le bénévole savoyard, le Jurassien, le retraité Parisien, le banlieusard, le sud-africain, le corse, le lyonnais ou le stéphanois.. en voici un de plus que j’ajoute à mon mur des gens qu’on aime, qu’on remercie et qu’on souhaite avec vigueur revoir l’année prochaine. Ce l’année prochaine, me permet de rebondir sur la question fatale du « Envie de revenir ? ». Généralement, c’est la question qui fait foi. Et bien. Outre le fait que je trouve très pratique de n’avoir que 2 h de train from Paris et pas de voiture nécessaire sur place.. J’ai passé un super moment. J’ai donc déjà très envie de revenir.

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Ps : Chapeau (casquette) à l’organisation. Car même si mon irrévérence audacieuse est plus présente dans mon récit que mon sincère respect. Je n’ose imaginer le taff qu’il y a derrière pour organiser ce type de course, et qui plus est dans les conditions climatiques qui n’ont pas dû aider. Clap clap pleins de respect et de félicitations à vous.

Récit Lyon SaintéLyon 2019 (152 km – 4542 m D+) – Victoire – 16:44:18 (Retour : 07:27:35).

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1/6 – Une course tout en gestion à l’aller.

La Lyon SaintéLyon, avant d’être un Ultra de 152 Km, c’est surtout un format étonnant, original et intéressant. Il s’agit fondamentalement de parfaitement se connaître sur ce style d’épreuve. Un aller (en maximum 13 h) qui n’est pas pris en compte dans le classement final. Une pause à St Etienne plus ou moins longue selon le temps mis à l’aller. Et un retour le plus rapide possible qui sera le seul juge de paix pour le classement.

Lorsque l’on assimile cette règle, la stratégie est évidente : Faire l’aller assez vite pour se reposer à St Etienne, mais également assez doucement pour en garder sous le pied afin d’assurer sur le retour.

Le fait d’être en petit comité (350 au départ, donc rapidement par petit groupe de 2 – 3 sur le parcours) aide à ne pas s’enflammer. J’ai ainsi fait l’aller avec Olivier et celui qui selon moi avait ses chances de remporter la course : Seb’ Dos Santos. Je crois que nous avons fait les 76 bornes à moins de 1m50 l’un de l’autre. Je l’entends encore me dire « On devrait marcher là.. » – « On est trop rapide.. » – « Ça monte, on s’arrête. » – « Faut pas faire grimper le cardio ». Il avait raison. (Merci de m’avoir retenu). C’était la meilleure stratégie pour arriver frais à St Etienne en prévision du retour.

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9h15 pour faire l’aller. Nous avons été très raisonnable, ce qui pour ceux qui me connaissent n’est pas ma qualité première. 9h15 qui m’ont permis de mettre un visage sur cette SaintéLyon que je ne connaissais que de nuit. Et un très beau visage. Avec des reliefs, des habitations charmantes et des agricultures de tous types. Certes, il a fallu courir avec les yeux dans le dos (le parcours n’étant balisé que pour le retour). Certes, ainsi nous nous sommes perdus 6 ou 7 fois (pour changer). Mais tout était appréciable dans cet aller.

Autre aspect intéressant de l’aller : Prendre (avoir) le temps de chercher les meilleurs appuis pour économiser les chocs pris en courant. Atténuer au maximum la pression qui remonte dans tout le corps. Et en faisant cela, repérer quelques passages plus techniques, oú l’on sait que dans quelques heures, sur le retour, il va falloir aller chercher de la vitesse et de la précaution.

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En d’autres termes, et plus simplement. Cet aller fut pour moi une vrai découverte. Celle d’un territoire. D’une autre manière de courir. Je ne dirai pas que c’est ce que je préfère maintenant et que je ne ferai que ce type de format. Mais cela a clairement eu le mérite immense de n’être que délicieusement agréable.

 

2/6 – Une pause à occuper.

Me voilà donc à Saint Etienne. Il est 18h45. J’ai les jambes fraîches comme un gardon (bien qu’il soit plutôt nageoire celui là).

J’apprécie les regards étonnés, et les encouragements des quelques coureurs de la SaintéLyon classique qui attendent dans le Hall. Je tente de ne pas trop me disperser. Mais c’est difficile de ne pas porter sur soit la marque de celui qui a déjà couru.

J’ai 4h45 devant moi pour me reposer. Je n’en ressens nullement le besoin. Je serai bien reparti directement. Mais maintenant qu’on a bien géré l’aller, on va continuer à être sérieux pour cette pause. Ca fait aussi parti de la difficulté de ce format nouveau pour moi.

Je file à la douche. Je m’y oblige. J’en ai envie comme on a envie d’enlever un sparadrap pris dans quelques poils. Et le fait que l’eau soit froide n’arrange rien.

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J’ai vu que les coureurs précédemment arrivés vont tous chez les osthéo’. Et mesdames, messieurs.. c’est une grande première > Je me dis « Aller.. Pour une fois.. Soit pas idiot.. il faut tout essayer au moins une fois ». Je me retrouve donc allongé, à me faire masser les mollets et les cuisses par deux jeunes ostéopathes très sympathiques. Je ne sais pas du tout si cela a été utile. En tout cas, c’était agréable, et nous avons pu nous marrer entre coureurs de la LSTL. (Ps : La photo est clairement sur-jouée).

Je file au diner. Riz – Pâtes – Poulet. On est sur une base parfaite, peut-être un peu trop en quantité. Manger chaud pendant une course, encore une nouveauté. C’est agréable. J’ai cru comprendre que des coureurs arrivés plus tard n’ont rien eu :s J’en aurai moins pris si j’avais su. Mais dans ces moments là, franchement, on n’y pense pas. 

J’enfile mes affaires pour le retour. Et je me couche. Je n’ai pas été prévoyant. Je suis à même le sol. J’ai froid. Je tremble. Je n’arrive pas éviter cela. Ce n’est pas un bon moment. Je n’arrive pas à dormir pendant 2h. J’ai fermé les yeux, c’est déjà cela.

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Je me réveille 1h30 avant le départ. Les jambes semblent OK. Moins bien qu’en arrivant à St Etienne, mais cela n’est pas atrocement douloureux. Un simple rappel qu’on a trottiné depuis Lyon pendant toute la journée. C’était vraiment mon gros point de doute avant la course. Comment mon corps va réagir à une grande pause comme cela avant de repartir ?

Je me re-active. Je vais voir des collègues à l’extérieur. Je discute. Réponds à quelques sollicitations de la presse. Bref, je m’occupe. Je sais que dans quelques minutes, la course commence vraiment. Ça ne sera plus du tout la partie franche de plaisir qu’a été l’aller. Enfin, ça sera un autre plaisir. Celui qu’on trouve dans l’intensité, la difficulté et l’ambiance enivrante d’une course aux avants-postes.

Il pleut dehors. Le terrain va être très différent. Quels vont être les sensations ? Est-ce que cela va tenir ? En tout cas, j’aurai tout fait pour.

 

3/6 – Un retour de feu. 

Départ depuis le SAS élite. Ça va m’aider à prendre un peu d’allure. Je n’ai aucun stress. L’aller c’est bien passé. Le retour va être très différent, je le sais. Et il pleut depuis un moment maintenant. Mes speedcross 5 que j’ai regretté à l’aller, vont m’être plus qu’utile sur le retour.

Musique de la SaintéLyon lancée. Petit tapage dans les mains de Seb pour nous souhaiter bonne course. Et BIM ! C’est parti. Je décolle facilement. Les premiers Km s’avalent entre 3:45 et 4:10 au kil’. J’ai la sensation d’avoir déjà couru aujourd’hui, mais ce n’est pas non plus dérangeant. Je tente de ne pas me mettre dans le rouge, car j’ai peur que l’aller me revienne d’un coup dans les jambes.

Au KM 4. Je me sais seul en tête. Je n’ai pas vu de Dossard jaune devant moi. Lorsque d’un coup, une fusée au Dossard jaune me dépasse. Il me dit sur le ton de l’humour « Tu n’as pas pris assez d’avance… ». Cela me titille l’orgueil. C’est rare. Je ne suis pas de ce genre.

Je recolle aussi sec. Se lance maintenant une trentaine de Km aux côtés de Christophe Le Saux. Clairement, il est plus fort. Sur le plat, j’arrive facilement à tenir son rythme, j’y respire. Dans les descentes, je suis obligé d’allonger un peu la foulée pour rester à proximité. Et dans les montées, il me met clairement dans le rouge.

Plusieurs fois pendant ces trente Km partagés ensemble, je me suis dit : « C’est bon. Lâche l’affaire. Tu vas te cramer. La fin de course va devenir un enfer Si tu continues à ce rythme ». Mais à chaque fois, une petite voix me rappelle que si je lui laisse 10 – 15 mètres, je n’allais plus jamais le revoir. C’est donc en déployant de gros efforts, que j’ai tenu derrière Christophe. J’étais tout simplement incapable de passer devant.

Cela m’a permis d’observer sa foulée. Et croyez moi, elle est assez particulière. Le plus surprenant étant sûrement ses appuis dans les montées, qui lui permettaient de remettre du rythme à mi-pente. Pas en mode verrin comme j’ai tendance à le faire de mon côté. Plutôt une alliance entre des appuis avant – medio et arrière pieds en modulant l’angle selon les rebords du chemin. Bref. Une vrai leçon de trail.

Après une trentaine de Km. Je me sens beaucoup plus à l’aise pour le suivre. Je ne me vois pas encore prendre le lead et tenter de partir au loin. Mais à un instant, alors que j’étais repassé devant. Je ne sens plus sa présence derrière moi. Je crois qu’il s’est arrêté. Je m’interroge. Dois-je l’attendre ? Ça serait sûrement plus stratégique pour nous deux d’avancer ensemble. Je fais un point sur les sensations. Tout est en train de passer au vert. Je prends la décision d’y aller. Et de voir ce qu’il se passe.

Plus les km dans la boue, sous la pluie passent et plus je me demande quand cela va revenir derrière. Je fais le constat qu’il me reste 35 Km et que je suis plutôt très frais. Les jambes tournent facilement. Je suis dans l’orange. Je ne rentre jamais dans le rouge. J’ai la sensation incroyable d’être facile. Je ne sais pas si cela va durer longtemps. Je m’alimente avant d’avoir faim. Je bois avant d’avoir soif. Bref. Tout roule. Ok le terrain est vraiment compliqué avec la quantité de boue qu’il y a maintenant, mais cela ne me dérange pas plus que cela. Seul, la visibilité qui se réduit à 1 ou 2 mètres parfois me fait ralentir.

J’arrive à Soucieu-En-Jarez. Je le sais. À partir de maintenant, j’ai une carte à jouer. J’ai toujours découper la STL en 2. Une première partie avant ce ravito du Km 53. Et une seconde de 26 Km que je sais pouvoir sprinter tout du long. J’entre dans le ravitaillement comme on entre dans un métro avant de se rendre compte que c’est le mauvais. J’en ressors aussi sec. Et me voilà parti sur un sprint de 26 Km. Si je n’ai pas été rattrapé jusqu’à présent, me dis-je.. Je sais bien que ça va être beaucoup plus compliqué de me rattraper par la suite.

Je commence à y croire à 10 – 15 km de l’arrivée. Je tente de faire fuir ce potentiel succès. S’il ne se réalise pas, j’aurais tant de regrets de m’y être vu complaisant trop tôt. Je connais bien cette fin de course. J’ai la topographie et les distances en tête. Je double encore quelques élites de la SaintéLyon. Je suis un peu gêné de le faire. Mais pas le temps de m’en vouloir.

Parc des arcrobranches passé. Je trouve le temps de me tromper de rue et de me perdre. Demi-tour. Pourvu que personne ne m’ai dépassé. Je n’ai aucune notion des écarts. Il y a-t-il quelqu’un à 2 min.. Ou à 45 min.. je ne le sais pas. Descente des escaliers. Il s’agit d’y croire maintenant. Passage sous le pont. Remontée. J’y crois.

Je suis en train de remporter mon premier format long. Les émotions montent. Je sers le poing droit de bonheur. Je pense à ma copine. À mes parents. À ma soeur. À mon grand père. À Marc. Je cavale tout en profitant de ce moment. J’ai beau me dire de profiter. Que cela risque de ne plus jamais m’arriver. Je continue à sprinter. Comme une envie de finir en beauté une course que je pense avoir idéalement géré. Je vois la Halle. C’est fini. Profite garçon. Profite. Feux d’artifice. Un bandeau à soulever. C’est fait. Je l’ai fait. C’est dingue. J’ai beau relativiser. Ce n’est que de la course à pied. Mais à ce moment là très précis. Vous m’en excuserez. J’ai exulté.

SaintéLyon 2019. Lyon dimanche 1er décembre 2019

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SaintéLyon 2019. Lyon dimanche 1er décembre 2019

 

4/6 – D’orgueil et d’envie.

Je cours à l’envie. Difficile de faire autrement quand on court presque tous les jours. Cela n’est pas la première fois que je le dis : Passant tellement de temps à l’entraînement, si ce n’était pas avec envie, le temps serait long. Si je devais suivre des plans, des préparations spécifiques, des méthodologies, des process.. je me lasserais vite et j’arrêterais.

Certes, j’ai beau avoir la même envie, la meme naïveté que lorsque j’ai commencé. La course en compétition garde un goût tout particulier. Comme un DST de Chimie un samedi matin au lycée alors qu’on se sait avoir le mieux possible révisé. Le plaisir pris à s’exercer à la maison auparavant n’est pas tout à fait le même que celui que procure la mise à plat de l’examen. Il convient ainsi assez simplement de comprendre qu’un échec en compet’ par le passé peut être une source d’envie pour le futur. Mais je tente de toujours rester sur une envie positive. Je ne veux que regret soit moteur.

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Il y a eu le semi-échec sur l’Ultra Maxi Race, l’abandon sur blessure pendant la Restonica, la fracture sur l’UTMB. J’ai bien vécu ses petites épreuves de la vie d’un coureur. Seule, la fracture.. les doutes sur les capacités à recourir un jour.. les semaines passées en béquilles en septembre et octobre m’ont un peu tapé sur les nerfs. Heureusement que l’envie était là avant et pendant pour se sortir de ce tourbillon néfaste qu’est la loi de l’éternel pessimisme. (Violente cette phrase ^^).

Je suis d’une heureuse nature. L’envie est mon moteur. Mais cela ne suffit pas pour performer. Il y a parfois des petits déclics en plus qui apportent un supplément d’âme. Quelque chose qui déclenche une ressource encore inexploité. Sur cette Lyon SaintéLyon le déclic a certainement été cette petite phrase reçue au Km 4 me faisant doubler : « T’as pas pris assez d’avance ». Aie.. qu’est ce dont ? Aiiiiiiie.. Que se passe-t-il ? J’ai des fourmis dans mon orgueil. C’est rare chez moi.

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C’est une réaction que je ne sais pas gérer. Se laisser guider par l’orgueil me fait peur. J’ai l’impression que c’est tout simplement moche. Sans classe. Sans feutre. Une réaction primaire d’homme blessé dans son ego. C’est moche. Je m’en veux un peu d’avoir trouvé là dedans des forces pour viser plus haut et remporter la course. J’aurais tant aimé gagner le match sans discussion morale. Sans avoir l’impression de gagner 3-0 avec un premier but de l’adversaire contre son camp. Ce n’est pas cavalier. Heureusement que les deux buts suivants furent une reprise demi-volée à la Pavard hors de la surface et une frappe sèche qui vient taper la barre avant d’entrer dans les filets. Je m’en serai voulu si tout n’était venu que de là.

Et il y a pire encore. Il y a ces paroles qu’on voudrait ne pas s’être prononcé dans la tête en comprenant que ça pouvait le faire. « Aller. Continue. Ça va faire fermer deux, trois bouches. ». Mais pourquoi ? Pourquoi toujours être dans l’arrogance d’une vengeance qui n’a lieu d’être. Je pense que c’est dans la nature humaine. Je ne vois que cela. Qu’on ne peut s’empêcher d’avoir ces pensées. Il faut alors trouver fierté dans sa propre réaction suivante, et se dire « Mais ferme bien ta gueule ! T’es pas là pour fermer des bouches. Tu cours pour toi. Oubli ta rancoeur. Soit simplement « d’heureuse nature.. ». Et ça passe. Bien heureusement.

 

5/6 – Ne pas s’enflammer non plus. 

En passant la ligne. Même si on n’y pense pas. J’avais bien sub-conscience de ce que tout cela allait provoquer. Beaucoup, un flot discontinu, de félicitations, de bravos. D’actes sincères de respect. Je n’ai jamais su gérer les compliments. Comme je n’ai jamais su réagir à une chanson d’anniversaire que l’on me chante. Je suis gêné. Timide de cela. Une envie de souffler la bougie le plus rapidement possible, et que l’on passe à autre chose.

J’apprends petit à petit à remercier. Mais c’est si dur pour moi. Je préfère encore amoindrir ce que je viens de faire que de remercier la flatterie. Et pourtant je le sais bien, c’est costaud. La performance n’est pas deguelasse. Je devrais me pavaner de ma réussite. Ce que j’ai fait m’en donne le droit. Mais je n’en ai pas envie. Cela ne m’excite pas. Le succès m’est encombrant.

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Aller. OK. C’est pas mal quand même. Je m’autorise ce manque d’humilité. Mais il s’agit de ne pas s’enflammer non plus. J’ai bien trop peur de prendre cela pour acquis. De me reposer sur ces quelques lauriers. L’envie d’aller plus loin est trop pressante. Je préfère me dire que j’étais à 60 % pendant cette course. Cela me laisse un delta de progression. Quelque chose à aller chercher. Pousser encore du bout des doigts la limite que je sais rencontrer un jour venant.

 

6/6 – Projet panache 2020.

Une saison officielle 2019 qui se termine sur une victoire. J’ai toujours dit que je n’allais pas faire de l’Ultra à ce niveau d’engagement pendant encore des années et des années. Que j’avais quelques objectifs personnels qui me tenaient à coeur. Dont celui de gagner un jour un ultra. C’est chose faite. Difficile pour moi de ne pas ressentir une petite fierté. Je la garde pour moi. Elle m’appartient. Et celle-ci me permet de me libérer de la pression que je pouvais avoir de réussir cela avant d’arrêter.

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C’est donc libéré que je vais courir dorénavant. Libéré, mais loin de ne plus être concerné. Cette réalisation met un point virgule à cette saison. Un point virgule, car l’histoire ne se termine pas là. Un point pour clore quelques problématiques (blessures, déception, …). Un point aussi qui je l’espère un peu, fera comprendre que ma conception de la course, du trail n’est pas celle d’une recherche de la performance à tout prix. Un point pour passer à autre chose. Mais aussi une virgule. Une virgule car je ne veux pas en rester là. J’ai encore pas mal de choses en tête que je veux faire. Réaliser. Une virgule pour tenter plus. Pour risquer d’exploser. Pour se sentir vivant. Pour sûrement aussi un peu se planter.

Année accentuée. Je m’irai courir sans rien sur moi qui ne reluise. Ni statut, Ni titre. Empanaché d’indépendance et de franchise. Ponctuant chaque course de tentative d’éclat. Allant chercher en tout temps le point culminant d’interrogation. Quitte à ouvrir les guillemets à l’abandon. Laissant le principe de précaution en suspension. Sans ce soucier des traïma autour de ceux qui diront qu’il n’aurait pas du tenter. En mettant parfois entre parenthèses quelques principes. Mais toujours le front levé, le bras gauche balançant. La truffe au vent. Recherchant l’exclamation de celui qui le premier passera le point à la ligne.

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Programme trail – Saison 2020 – Casquette Verte – Alexandre Boucheix

SAISON 2020 - Alexandre Boucheix - Casquette Verte

  • (Janvier) OFF – 3 tours de Paris. 105 km Paris (France) 🇫🇷
  • (Janvier) OFF – 24 h du Bois de Vincennes. ? km Saint Mandé (France) 🇫🇷

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UTMB 2019 by Casquette Verte – Fracture au km 50. Abandon au km 123.

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Instant pistaches – Départ UTMB – Copyright Trong Phuoc Banh

Savez-vous pourquoi la lune gravite autour de la terre ? Enfin plus précisément, pourquoi la lune est attirée par la terre, ce qui très schématiquement la fait tourner autour ?

Dans la réalité, la lune dispose d’une trajectoire en ligne droite. Une fuite vers l’avant éternelle. Sans la terre, sans l’attraction qu’elle provoque, celle-ci s’éloignerait et continuerait tranquillement son bonhomme de chemin comme un astéroïde allant se perdre aux confins de l’univers.

Mais cette attraction. Cette céleste attirance ? Comment l’explique-t-on ?

« Bah. Wesh ! La terre c’est un gros aimant quoi. ».

Et bien pas du tout JAMY ! En fait si la lune est attirée par la terre, c’est tout simplement car la terre est au centre d’une déformation créée par sa propre masse.

Imaginez un immense flan (Miam miam) assez mou, mais appétissant. Placez dessus un gros abricot auquel il faudrait encore quelques jours pour mûrir parfaitement. Cet abricot va se positionner au centre, du fait de son poids, formant une pente en sa direction. Si vous disposez alors des petites billes de sucre sur le bord du flan. Ceux-ci seront attirés par le centre. Et peu importe la vitesse ou la trajectoire initiale, celles ci sont tomberont sur l’abricot.

Et bien.. en schématisant cette comparaison universellement pâtissière.. l’UTMB c’est la même chose. Un bel abricot ! Moi. Gentille petite bille de sucre. Courant tranquillement en ligne droite. Je suis attiré par cet UTMB. Mais pourquoi ? « Bah par ce que c’est mythique » – « Bah par ce qu’il y a de la compétition ».. Pffff.. Arguments en carton. Si je suis attiré par l’UTMB c’est tout simplement car l’UTMB est au centre d’une déformation créée par sa propre masse. 

Il faut se laisser déséquilibrer. Il ne faut pas résister. C’est irrémédiable. Quoi que tu fasses. Ou que tu sois. Si l’ultra trail est ton univers. Tu tomberas. Plus ou moins vite. Vers cet astre qui déforme tout. Je préfère dire maintenant « cette masse » qu’est l’UTMB.

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 Départ UTMB – Copyright Alexis Berg

 

1. Avant départ – Douleurs fantômes et douleurs de stress.

Nous sommes mercredi matin. Le départ de l’UTMB sera donné ce vendredi à 18 h très précisément. J’ai déjà reçu un sms confirmant que les packs Canicule & Grand Froid resteront dans le placard. J’attends encore le sms qui doit confirmer l’heure de départ.

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Carré affaires – Copyright Instagram Casquette Verte

Il est très exactement 8h04. Je soulève mon sac, que je pose en bandoulière sur mon épaule droite. Celui-ci me pèse un peu. Certainement le poids de l’envie. Je fixe ma casquette verte sur ma tête. Je ferme à double tour ma porte en pensant que la prochaine fois que je la passe : J’aurai fini l’UTMB. Je ne m’enflamme pas. Mais j’y crois. Je sors de mon immeuble. La porte vitrée se ferme derrière moi. Je fais un pas à gauche. Puis un à droite. 

Et là. Cela couine dans la cheville. Je me hâte de refaire un pas à gauche pour vérifier cette sensation sur le droit. Aie. Ca grince vraiment là. J’accélère le pas. Trois foulées. Et cela ne se décoince pas. Au bout de ma rue. Chaque pas n’a pas réussi à faire passer cette sensation. A chaque étape, je me dit : « Oh. Ca va bien passer à un moment ». Les étapes passent pour rejoindre la gare de Lyon. J’espère qu’à la fin, j’aurai oublié cette douleur. Qu’il s’agit simplement d’une douleur du matin. Comme je peux en avoir de temps en temps.

Il me faut plus d’une heure pour commencer à m’inquiéter. Je suis dans le train. Je fais quelques exercices de proprioception pour décoincer ce mal qui me hante. Rien n’y fait. Mais bordel ! C’est pas possible. Mon entorse en Corse, c’était il y a 6 – 7 semaines. J’ai stoppé l’entrainement 10 jours. Et j’ai pu reprendre mes sorties. J’ai couru jusqu’à lundi soir. Et franchement, je ne ressentais aucun mal. Comment est-ce possible que cela tire maintenant ? Je me suis fait mal dans la nuit ? J’ai fais un faux pas en sortant de la douche ? Rien de tout cela ne me revient à l’esprit.

Arrivé à Chamonix. Installé. Je pars faire un tour. Je croise quelques connaissances. Quelques amis. Je n’arrive pas à me sortir de l’esprit cette douleur que j’ai. A chaque fois, le rituel de la question qu’on se pose avant un UTMB gratte la plaie : « Alors. En forme ? ». A chaque fois, je ne mens pas. Je parle de cette douleur à la cheville droite. Je n’en suis plus au stade de me demander si j’ai vraiment mal. J’en suis au stade de me demander si j’ai vais pouvoir courir vendredi. Tous tentent de me rassurer. Mais rien n’y fait.

Le jeudi se passe de manière encore plus terrible. En me levant, je boite presque. Je suis hors de moi. Comment est-ce possible ? Pourquoi maintenant ? A un jour d’un événement si patiemment attendu. Je ne l’accepte pas. La journée se passe. Durant une discussion à ce sujet avec Julien Chorier, il m’explique avoir vécu cela il y quelques années. Une douleur intense, presque paralysante les deux jours précédents une course très attendue pour lui. Il me parle de « Douleurs somatiques ». Que je verrai. A 2 h du départ, cela partira. A vrai dire, je ne suis pas rassuré. La douleur est trop intense pour cela. Mais savoir que c’est possible. Que cela pourrait aller mieux, me donne une option délivrante. Je la prends. Cela tombe bien. Je suis très stressé depuis mon départ de Paris et mon arrivée à Chamonix. Jeudi soir. Je me détends heure après heure.

Vendredi. 15h. J’ai fini ma sieste. Je m’habille avant de partir remettre mon sac assistance. Je sors de l’appartement. Je fais quelques pas. Je ne ressens plus rien. Je n’ai plus mal. Je préfère vérifier. Je cours 100 m au milieu de Chamonix. Aucune douleur. Incroyable. Je n’y crois pas. Le syndrome Casper existerait-il bien ? 

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Dossard – Copyright Instagram Casquette Verte

7 h plus tard. La nuit est tombée. Je cours bien. Cela fait 4 h que je suis dans mon UTMB. Je ne me rappelle même plus que j’ai pu tant souffrir ces derniers jours. J’ai même mal ailleurs. Avec le recul je comprends que ces douleurs existent vraiment. Ne dit-on pas qu’un fantôme est tout simplement un signe extérieur évident d’une frayeur intérieure ? J’ai un peu du mal à y croire. Et pourtant c’est vraiment ce qui m’est arrivé. Ma douleur n’était pas une douleur physique. Il s’agissait d’une douleur fantôme. Ou plutôt, une douleur de stress. Ce moment passé durant 2 jours a été crevant mentalement parlant. Mais je suis heureux de pouvoir en retirer quelques choses. Déjà, l’expérience. Je sais comment y réagir dans le futur. Ne pas me morfondre. Ne pas m’enfermer encore plus dans une spirale du mal. Et surtout, j’ai compris qu’il fallait que je pratique le stress, comme si c’était un sport. Comme si c’était du dénivelé. Que pour bien le vivre, il faut en bouffer. Bref. Pour la prochaine. On va s’entrainer un peu à la pratique du stress. Ca va être intéressant de s’inventer des exercices pour cela.

Ps : Charles (Mon chef) si tu lis ces quelques lignes – Tu peux y aller.. 1 semaine avant mon prochain ultra. Quand je réduis mon volume d’entrainement physique. Lâche toi. Fait monter la pression ! Je ne t’en voudrais pas 😉

 

2. L’attente. 

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Départ UTMB – Copyright Wider Mag’. 

Rien n’est plus délicieux que l’attente de ce qui parait inéluctable. Je me revois quelques années en arrière. Voyant les photos de ce fameux départ de l’UTMB. Je pensais alors que jamais je n’y serai. Tout simplement, car je n’en n’avais pas envie. Puis. Assez rapidement. Je me disais que ce n’était pas possible. Que c’était trop dur pour moi. Que jamais je n’y arriverai. Et bien c’est cela. C’est bien le fait de savoir que c’est impossible à ce moment là, qui m’a motivé pour le tenter. Il m’a suffit alors de quelques secondes. A regarder cette photo d’un départ. Aucun moment d’admiration. Juste une affirmation à moi-même : C’est impossible. Tu dois le faire. 

M’y voici donc. Je suis totalement serein. Presque habitué. Comme si je l’avais déjà fait. Comme si je l’avais déjà vécu. Rien ne m’affecte. Je suis programmé à ce départ. Cela fait des semaines, voir mêmes des mois que je m’y prépare. Je suis totalement à ma place. J’ai cette sensation d’être dans une vaste salle d’attente. De vivre un moment perdu. Je suis en fait déjà dans l’étape suivante. Je suis déjà 60 km plus loin. Je vis déjà ma course.

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Le mec alerte – Départ UTMB – Copyright Trong Phuoc Banh

Arrivé sous le soleil. Nous sommes baptisé par une petite pluie. Obligé de se mettre debout pour attendre. Je dois stopper ma petite sieste que j’improvisais sur mes genoux. J’ai aussi appris cela. La capacité à faire abstraction dans les grands moments. Me recentrer sur moi même. Sans toutefois m’enfermer totalement.

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Petit dodo tranquillou – Départ UTMB – Copyright ?

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Ready, mais trempé, To Go – Départ UTMB – Copyright Trong Phuoc Banh

La musique d’Evangelis se lance. Je ne l’aime pas. Tout le monde autour de moi semble très concentré. Je ne le suis pas du tout. C’est le cas aussi d’un coureur à droite de moi. Nous avons approximativement le même âge. Nous rigolons un peu ensemble. Je regarde le ciel. Je regarde l’arche. Je regarde la mairie de Chamonix. Mon regard se fixe sur une fenêtre. A celle-ci, une silhouette me dit quelque chose. Mon regard de myope insiste. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas lui. Pas maintenant. Je regarde mes chaussures et je relève ma tête dans la direction de la fenêtre. Je ne rêve pas. IL Y A EDOUARD BALLADUR A LA FENETRE BORDEL ! Rien à fichtre du départ. Rien à fichtre de me lancer dans un 170 km. Il y a Edouard Balladur à la fenêtre les mecs. Combien de fois ai-je imiter son fameux « Je vous demande de vous arrêter » –  » Combien de fois, je l’ai imaginé alpaguant son collègue d’un « Jacques » ? « . 10. 9. Je demande au coureur à ma droite. 8. 7. 6. C’est bien lui ? Hein ? 5. 4. Le coureur à côté de moi a été happé par sa course. Je ne pourrais partager ce moment. Je lui fais un coucou. 3. 2. Il lève la main. Je crie « COUCOU LE TUUUUUURC ». Il ne m’entend pas. 1. C’est parti. Merci Edouard. Merci Edouard de m’avoir fait sortir de cette folie ambiante qu’est le départ.

 

3. Départ serein. 

Il n’y a plus de secret entre nous. J’aime partir à mon allure. Mon allure de parisien. Peu importe les 170 km qui nous attendent après. Les 3 ou 4 premiers km qui s’offre à mon départ se font généralement entre 16 et 18 km/h. Et cela ne m’affecte pas. Cela me met en route.

Sur cet UTMB, je me suis promis de faire attention. De ne pas partir comme un fou. De rester dans les mollets. M’étant plutôt bien placé sur la ligne de départ, je ne marche que quelques centaines de mètres. Le monde autour créé un tube dans lequel le flux s’accélère automatiquement. Après 1 km, cela se libère un peu devant. Je n’ai plus besoin de mes bras pour me protéger d’un coup de bâtons ou d’un écart imprévu. Je peux m’élancer.

Je ne me laisse pas non plus emporter par la foule. J’imprime mon rythme calmement. J’ai de l’espace devant pour doubler. Je ne le prends pas à chaque fois. Je reste dans mon rythme. Je reste dans ma course. Folie ambiante. Tu ne m’auras pas. 

Je croise quelques têtes connues. Je les double en les encourageants. « Bonne course Sissi« . « Bonne course Timothy« . J’obtiens le même encouragement en réponse. Je continue tranquillement mon début de course. Après quelques km, j’hallucine un peu sur le nombre de personnes qui me reconnaissent. Les « ALLER Casquette Verte » me font rire. J’en profite un peu.

En passant au dessus du chemin de fer, pour rejoindre les Houches, je suis en parfaite synchronisation avec le train. Je me décale sur le bord du pont. Je monte sur le petit trottoir afin que le conducteur me voit. Je lui fais de grands signes. « Vas-y KLAXONNNNEEEEE l’ami ! « .. TCHUUUUUU TCHUUUUUUUUUUUUUUUUU ! Parfait. Faire klaxonner un train pendant l’UTMB : Check. 

Arrivé aux Houches. 34 min. 14 km/h. Je n’ai pas regardé ma montre depuis le départ. Je ne la regarde plus du tout en course de toute façon. Je suis heureux, car je sais que maintenant on part. On part dans la montagne. Celle-ci que je suis venu chercher. J’ai envie de m’amuser pendant les prochains kilomètres. De toute manière, la course ne commence pas maintenant. Elle commence bien plus loin pour moi. J’estime qu’elle commence à la bascule du Grand Col Ferret. On enchaine avec quelques km souples. On remonte sur Champex. Et là, il s’agit de faire le point. Si on en a assez gardé sous le pied, cela va le faire. On va même pouvoir accélérer sur les trois dernières difficultés. En revanche, si on y arrive physiquement atteint. Il est clair, que derrière ça va être long. Ma stratégie est donc la suivante : En garder sous le pied jusqu’à la descente sur La Fouly. Me tester à ce moment là. Faire le point à Champex. Et puis derrière. Tout donner. 

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Attaque talon – UTMB – Copyright ?

 

4. Une bouchée des premières difficultés. 

Il s’agit maintenant d’attaquer la première difficulté. Un + 800 suivi d’un – 800 sur 13 km pour rejoindre Saint Gervais. Le parcours est très roulant. La montée se passe incroyablement bien.

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Et ça bâtonne – UTMB – Copyright ?

Le duo Courtney Dauwalter  & Mimmi Kotka me rejoint en se début de grimpette. Je les avais doublé un peu plus tôt dans le plat. Comme à chaque fois qu’il y a des élites un peu connus, il y a un petit troupeau derrière qui pense que courir derrière cela peut aider. Je me retrouve devant elles deux. Je continue à mon rythme. Je ne me laisse pas déstabiliser par la notoriété à quatre pattes. A mi hauteur, je me rends compte que Courtney suit mon sillage. Je trouve cela amusant. S’agissant de Mimmi, elle semble plus en difficulté. Je suis étonné. Cela doit être un jour de moins bien. J’avais le souvenir qu’à Cape Town, elle m’avait totalement déposé dans la première montée. Je n’avais même pas réussi à rester dans ses jambes. La roue tourne. C’est amusant.

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Live UTMB – Copyright Live UTMB

Au sommet, je me retrouve avec Cédric. Cédric est un coureur Salomon du sud de la France. Nous avons fait plusieurs courses ensemble. Généralement, on termine plus ou moins dans les mêmes temps. Nous parlons un peu. Il a reconnu le premier bout du parcours. Cela me permet de lui demander quand ranger mes bâtons. C’est agréable de se sortir un peu de la course. On discute trail.. on discute des sensations.. de l’UTMB certes.. mais c’est un peu comme à l’entrainement. Je profite.

Un peu plus loin. Je me retrouve depuis 500 m avec un coureur qui me dit quelque chose. Je ne suis pas sûr à 100 %. Mais je crois bien que c’est lui. Je n’arrive pas à voir le drapeau de nationalité sur son dossard pour vérifier. « Sorry. You were in Cape Town last december ? » – « Yes » – « And you win ! » – « Yes. What a day ». Je suis impressionné un temps. Janosch Kowalczyk. Mais qu’est ce que tu fous là ? Tu devrais être devant ? Nous échangeons. Il m’explique que c’est son premier 100 miles. Je comprends mieux son départ tranquille. Le message lui a été donné d’en garder beaucoup sous le pied pour aller au bout. Ceci explique cela.

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En balade avec Janosch – UTMB – Copyright ?

Nous allons faire une trentaine de km ensemble. Il ne comprend pas bien pourquoi beaucoup de gens semblent me connaitre sur le bord du chemin. « Why everybody say Casquette Verte ? What is Casquette Verte ? ». Je lui explique toute l’histoire. Cela fait passer le temps. Et je lui parle de MontMartre. Il me fait répéter plusieurs fois le rapport distance / dénivelé… 80 kilometers and 11.650 meters ? Il ne me croit pas. Je lui donne donc rendez-vous à Montmartre en décembre. Voilà. Voilà ce que l’on raconte pendant un UTMB. Pas grand chose en fait. Une discussion simple. Comme si on échangeait un verre après une première journée de classe à la rentrée. On découvre une nouvelle personne. On se présente calmement. On se livre sans trop en donner. Et parfois, le feeling passe. Là, il est passé.

Au final, les 50 premiers km sont passés tout seul. L’énergie des Contamines et de Saint Gervais m’ont enivré. La folie dans la montée sur La Balme m’a éclaté. Et j’ai pu discuté avec pas mal de monde. Tout se passe comme prévu. 2 h pour arriver à St Gervais. 5h20 pour arriver en haut de la croix du bonhomme. Moins de 6h pour arriver aux Chapieux. Bref. Ca roule. Encore 60 km comme ça, et la course peut commencer.  

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Batonite – UTMB – Copyright ?

 

5. Tu doubles, un rocher et crac. 

Je le sais. Cela m’est déjà arrivé plusieurs fois. Sur les Templiers, sur l’Impérial Trail, sur la SaintéLyon. A chaque fois que je me blesse c’est en doublant. Un petit « Je passe à gauche » – Vérification de l’angle mort – Accélération – Je double par le bord du chemin – Distance de sécurité – Reprise du mono-trace. Sur le papier c’est simple. En réalité, cela se passe toujours bien. Mais de rares fois, cela se passe beaucoup plus mal. C’est le cas cette fois.

Nous descendons de la Croix du Bonhomme. En direction des Chapieux. J’ai mis ma PETZL en route car la nuit est tombée. Il fait sombre, mais ce n’est pas encore la nuit profonde. Ce moment où la visibilité est un peu réduite. On pourrait courir sans frontale, mais on devrait un peu ralentir pour bien voir les aspérités du terrain. Avec la PETZL, les aspérités ressortent. Mais pas assez. La luminosité de fin de journée combiné avec le phare de la PETZL créent des zones d’ombre.

Devant moi, un coureur semble ralentir. Je crois qu’il s’alimente. Je n’ai personne derrière moi. Nous sommes sur un petit monotrace qui traverse un champ. Le dénivelé négatif est assez léger pour envoyer un peu de vitesse, mais trop fort pour faire de grande foulée aérienne. Les pas sont rapides, mais proche du sol. Je mets le clignotant. j’averti que je passe à gauche. Léger décalage hors mono-trace. Je passe dans l’herbe. A ce moment, je fais un écart à gauche pour chercher un appui et accélérer. A 15 cm de toucher le sol, mon pied est surpris par une masse. PAAAAAAAAAM. Je ne l’avais pas vu. La masse n’était pas ronde. Elle était à 90° inclinée et rocheuse. Le pied tape droit dedans. Je suis surpris en pleine accélération. Je me vois totalement déséquilibré. Le choc est intense. Je suis propulsé dans les airs. D’autant que ma jambe droite se relevait pour accélérer ma foulée. Je pars en soleil. Dans un réflexe de mes années de judo, je tente la chute avant. Elle fonctionne. Je m’envole totalement et présente un saut périlleux avant de terminer lourdement sur le sol. Je m’arrête net. Je suis sur le dos. Au sol. Mon bras gauche a pris cher. Mon dos aussi. Mais ce n’est pas le plus grave. Je ne le sais pas encore.

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Radio Hôpital de Chamonix – UTMB – Copyright Instagram Casquette Verte

Je me relève seul. Le coureur devant moi ne s’est pas arrêté. J’ai mal un peu partout. J’enlève la terre présente sur mes mains. Mes bras et sur mon T-shirt. J’ai un peu mal au genou gauche, mais ce n’est qu’un coup. Je relance trois foulées. Aiiiiiiiiiiiiiiiie. Bordel. Ca fait vraiment mal là. Je m’arrête. J’identifie que la douleur provient du pied gauche. Plus précisément de mon orteil. Je l’agite un peu dans la chaussure. C’est très douloureux ! Je repars doucement. Je n’appuie pas sur l’orteil. J’arrive à courir. Dans ma tête, je ne sais pas. Je ne sais pas si j’ai vraiment entendu ce crac ressenti dans l’orteil. J’adapte ma foulée en appuyant uniquement sur le flanc gauche du pied et sur le talon. Cela fonctionne. Je suis ralenti, mais dans ma tête, je pense que d’ici 800 m la douleur sera disparue. It’s just an illusionnnnnnn.

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Bon appétit bien sûr – UTMB – Copyright Instagram Casquette Verte

Au ravito des Chapieux. Je pose mon pied sur un banc. J’enlève ma chaussure pour voir les dégâts. Première surprise. Ma chaussette est totalement trouée au niveau de la base de mon gros orteil. Bordel. La torsion a du être assez violente. Elles étaient neuve ma chaussette, et vu combien ça coute, je suis un peu énervé. Sur le moment, je ne pense pas à l’aspect pécuniaire. Mais, je me dis que cela ne va pas être terrible pour courir. Heureusement, je me rappelle que j’ai glissé une seconde paire dans mon sac d’allégement présent à Courmayeur. 30 km à faire avec l’orteil nu dans la chaussure. On va faire avec. Par contre, je vois à travers le trou de la chaussette que la base de l’orteil se colore. Ce n’est pas du rouge vif d’un simple coup. C’est déjà presque violet. Cela ne sent pas bon.

Je repars à froid du ravitaillement. Le col de la Seigne, les pyramides calcaires et l’arête du Mont Favre m’attendent. A froid, après un arrêt de 3 minutes. La douleur s’est intensifiée. Je comprends qu’il y a un réel soucis. Sur le plat, j’arrive à envoyer en adaptant la foulée sur le pied gauche. Je n’arrive pas à accélérer, mais j’avance pas trop mal quand même. Les ascensions se passent plutôt bien. Cela fait vraiment mal, mais j’arrive à faire abstraction. Par contre, dans les descentes c’est l’enfer. A chaque rebond, la douleur est terrible. Cela déclenche dans mon pied une décharge qui me fait bondir. Un sursaut qui ne sent pas bon. Petit à petit. Je comprends. Je comprends que cela va être mission impossible. Je le sais. Je suis obligé de la tenter. 

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Arrivée à Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Arrivé à Courmayeur, 5h30 plus tard. Je me suis fait une raison. Je suis presque sûr que mon orteil est cassé. La descente sur Courmayeur, assez nette et un peu technique me l’a confirmé. J’ai été obligé de diviser par 3 ma vitesse. Chaque appui à gauche est devenu une pause. Je souffre. Je souffre vraiment. Je récupère mon sac d’allégement et je cours jusqu’à un banc. Je veux changer de chaussette. J’enlève ma chaussure, puis ma chaussette. Le violet que j’avais aperçu auparavant s’est intensifié. Il représente une forme de S sur mon orteil. Signe d’un saignement interne. Je le sais. C’est cassé. Mais peu importe. Je veux continuer.

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Changement de chaussettes – Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Des bénévoles du service médical ont repéré que quelques choses ne va pas. Je les rassure. « Non. C’est bon. Pas d’inquiétudes. Ca va le faire. Oui. J’ai mal. Mais ce n’est qu’un coup. » – « Vous ne voulez pas voir le service médical ? ». « Non. Non merci. Ca va le faire. ». Je me tourne vers Tony (qui me fait l’assistance) : « Si je vais les voir. Ils m’arrêtent. ». Ma stratégie de course n’est plus la même qu’au départ. Maintenant, je dois feinter d’aller bien, pour pouvoir continuer. Je ne veux surtout pas être mis hors course. Il va falloir jouer de mes talents d’acteur. Avec le recul, je le dis haut et fort : Ce n’est pas un exemple. Si cela vous arrive. Arrêtez-vous. Allez voir les médecins. Et suivez leurs avis. Je ne veux pas être le contre-exemple qui pousserait à fuir le service médical.

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Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Je repars de Courmayeur après 7 minutes d’arrêt. La douleur est beaucoup trop forte maintenant. J’ai déjà compris que cela ne va pas le faire pour finir. Mais je tente le coup. Il y a un infime espace qui pourrait potentiellement me permettre de finir. Je tente de m’y glisser. Mais, plus j’avancerai. Plus je comprendrai que c’est déjà fini depuis le km 50. Que cette fuite en avant n’a pas d’issue possible. Je fuis. Certes. Mais je fuis vers le précipice de ma course.

 

6. Gestion de l’alimentation & du sommeil. 

Faisant abstraction de mon orteil cassé, je fais le constat que ma gestion de l’alimentation et du sommeil fonctionnent parfaitement. Je n’ai pas de sensation de soif. Je bois très régulièrement (toutes les 10 minutes à peu prés). Je n’attends pas d’avoir soif. Cela fonctionne bien. Preuve en est : Les pauses pipi sont écarlates. Généralement, peu importe la quantité bue, mes urines sont un peu colorées. Là, c’est la transparence qui fait plaisir. J’ai bien anticipé mes besoins. Des gorgées régulières tout au long de la course, et 350 à 500 ml avalés avant de quitter les ravitaillements pour recharger la bête.

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Ravito – UTMB – Copyright ?

En ce qui concerne l’alimentation, j’applique les préceptes acquis avec l’expérience. Du gel entre les ravitaillements. Et du salé sur les ravitos. J’utilise un gel GU pour faire le fond d’énergie ; et des coups de fouet pour rester sur le haut de la courbe. J’arrive totalement à anticiper les moments de moins bien. Je me connais. Je sais quand ca va, ou quand cela ne va pas. Je m’alimente dans le parfait timing pour ne pas tomber dedans. Lorsque je suis bien, j’anticipe la rechute. Je n’attends pas de me sentir un peu affaibli pour avaler un gel. C’est principalement sur cet aspect que je pense avoir grandi. Auparavant, j’attendais le dernier moment pour me sucrer. Le temps que celui-ci agisse dans mon corps, j’avais toujours des moments de moins bien de 10 à 20 min. En anticipant cela, j’arrive à tenir une ligne de sensation assez bonne de manière constante. Pas de pic vers le bas, mais pas non plus de pic vers le haut. J’apprécie vraiment d’avoir su mesurer ma consommation de gels pour rester entre un seuil bas et un plafond sans trop passer de temps au dessus et en dessous.

Dernière aspect de gestion que je constate avoir compris. La gestion de la fatigue. Enfin plus particulièrement du sommeil. Sur mes autres courses qui m’ont fait traverser des nuits, je me suis presque toujours retrouvé à bailler. A sentir un besoin de sommeil. Mais cette fois, rien. J’étais éveillé tout le long. Aucune envie, aucun besoin de dormir. Je pense que c’est le contre effet de ma nouvelle méthode de gestion du sommeil. Deux principes à cela : En course, quand je sens un peu de monotonie, je ne me laisse pas envahir par celle-ci. Je me secoue intellectuellement. Je ne m’enferme pas dans un sujet de pensée. Je chante un peu. Sur l’UTMB, il y a eu du Joe Dassin, du Patrick Bruel et du Macklemore. Eclectique me direz-vous. Ne connaissant pas les paroles des chansons entière, je bute plusieurs fois sur les couplets. Cela me tient parfaitement en éveil.

Deuxième principe. Celui-ci m’a été conseillé par Ugo Ferrari. Dorénavant, 3 semaines avant un ultra je me prive de toutes consommations de caféine. Pas de café. Pas de coca. Rien. Cette privation a un seul but : Etre plus réceptif lors de la course à la caféine. Les gels que je consomme en sont gavés. Si je sens le sommeil venir, je sais qu’un gel, ou dans les cas les plus limites : un grand café en ravitaillement. Et hop. C’est 8h du matin dans ma tête. Je ne vous conseille pas de tenter cette méthode sur un ultra important, sans avoir testé votre réaction sur des courses plus courtes. Et oui, le café qui va vous éveiller en ultra après une longue privation, peut aussi déclencher quelque chose de plus compliqué à gérer pour un coureur. Un bon gros problème digestif. J’avais vécu cette expérience sur le Trail du Mont D’Or quelques mois auparavant. J’avais compris, que le dosage était important et qu’il ne fallait pas forcément en prendre un dès le départ. Cette fois-ci tout a parfaitement fonctionné. En m’arrêtant. Après 18 h de course, j’étais toujours complètement alerte. Ce n’était pas la course, et la concentration nécessaire qui me faisait tenir. C’était vraiment la re-découverte par mon corps de la caféine.

Cela fera peut être baissé le cours de bourse des producteurs de café à long terme. Mais franchement, une fois bien réglé, cette méthode m’a convaincu. J’en ferai l’option pour chacun de mes prochains ultras.

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1 h après l’abandon ^^ – UTMB – Copyright Tony 

 

7. Découverte de l’assistance. 

Ca je pense que vous l’avez déjà bien compris. Je hais du profond de moi même les conseils. Je fuis les diseurs de « Tu devrais … ». Je déteste cela. Ce n’est pas que je pense avoir raison. Loin de là. C’est tout simplement car j’ai la volonté puissante de ne pas être redevable. Cette phrase de Cyrano résonne en moi « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul ». Je ne sais pas pourquoi. Mais dans tout ce que je fais, course ou hors course. Dans le sport, comme dans la vie, je ne veux surtout pas me retrouver dans la situation de devoir remercier. Je ne veux vraiment pas être redevable. Je considère que le mérite est solitaire. Qu’aidé, qu’accompagné, qu’assisté.. c’est se résoudre à la simplicité.

J’ai déjà craqué à l’appel des bâtons. Et au fond de moi-même, c’est une déchirure. J’ai l’impression de rompre avec mes valeurs. Alors, lorsque Tony m’a proposé de faire mon assistance sur l’UTMB, je lui ai tout d’abord fait fin de ne pas recevoir. « On verra ». Et c’est au final, presque pour lui faire plaisir que j’ai accepté.

Notre programme était simple. Je lui ai fourni ce que je pensais avoir besoin alimentairement parlant pour les ravitaillements de Champex – Trient et Vallorcine. Cela n’allait pas non plus me faire gagner des minutes entières donc j’ai cédé. Pour moi, l’assistance c’est comme une drogue à laquelle on s’est toujours refusé de gouter. Il faut tout tester dans la vie, donc j’ai accepté son assistance. Mais je n’ai pas non plus poussé le vice en lui demandant des choses très précises. Un objectif de timing. Ou un besoin que je ne pourrais pas zapper. Savoir que je n’étais pas obligé de m’en servir, m’a permis de quelque peu garder mes valeurs vierges.

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Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Après cette expérience qui n’a pu être totalement testé (m’étant arrêté avant de l’avoir vraiment utilisé) ; j’ai compris quelques faits :

Avoir une assistance, c’est déjà découper un ultra en course à étapes. On ne fait plus une course en autonomie complète, mais on fait plusieurs courses d’un point à un autre. On découpe le long vecteur. Ce découpage rend les choses tellement plus simple. Il ne faut plus faire 170 km sur l’UTMB. Mais plutôt 50 + 30 + 45 + 20 + 10 + 15. Cela change totalement la linéarité de la course. C’est un peu dommage je trouve. On perd cette notion de course longue distance. Mais on ne va pas se le cacher, cela rend le tout tellement plus digeste.

Savoir que quelqu’un t’attend, te motive à accélérer un peu. Je n’avais pas donné à Tony de temps de passage précis. Je lui avais dit que j’allais faire ma course au feeling. Je n’avais donc pas cet impératif. Je n’avais pas de rendez-vous. Pour autant, je me suis plusieurs fois dit : « Dépêche toi. Il va t’attendre ». Savoir que l’on est attendu. Cela créé une pression supplémentaire. Il faut savoir la gérer pour ne pas faire n’importe quoi. Mais psychologiquement cela aide. On n’avance pas pour soi. On avance pour quelqu’un d’extérieur à sa propre course. Et ça. Ca change pas mal de choses dans sa conception de la course.

Enfin, avoir une assistance c’est aussi parer à l’imprévu. Ah. Cet imprévu. Celui qu’on déteste sur le moment, mais qui fait la saveur de l’ultra. J’avais beau avoir fourni à Tony quelques sacs bien précis, nomenclaturés des noms des différents ravitaillement. Je n’avais pas non plus prévu de surplus « au cas ou… ». Enfin si, j’avais glissé quelques petits gels si cela allait vraiment mal. Mais au final, j’ai compris que de savoir que quelqu’un n’est pas loin, avec tout ce qu’il faut pour palier à l’imprévu cela me permettait de courir plus sereinement. L’esprit plus léger. Sans avoir à trop réfléchir à ce qui est nécessaire sur le moment. Sans lesquels cela serait compliqué de terminer.

Au final, c’est très certainement cela l’assistance en ultra. C’est s’enlever un poids. C’est avoir une assurance. C’est réduire le risque. Et très franchement, je pense que cela aide énormément. J’ai beau penser que cela retire du panache à cette épreuve. J’ai beau me dire que ce n’est plus un ultra, mais une course à étapes. Je pense que si je reviens sur pied, lors de mon prochain 100 miles, je monterai un programme d’assistance ultra précis. Avec des temps de passage strictes. Je pense que cela va m’aider à performer. Enlever de la saveur certes. Mais mon objectif maintenant n’est plus forcément dans la saveur. Il se dirige irrémédiablement en direction de la performance.

 

8. Seuil de résistance à la douleur. 

Avoir l’ensemble des muscles de ses jambes tétanisés et devoir faire 50 km en marchant (UTCT) : Check.

Se faire une tendinite au releveur droit et devoir continuer sur 90 km en souffrant (Ultra Maxi Race) : Check.

Avoir le bide en vrac. Perdre la première place et résister au retour du top 5 sur 25 km (Trail du Mont D’or) : Check.

Faire 70 km d’UTMB avec une fracture à l’orteil gauche. Ca. Ca, je n’avais jamais fait.

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Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

D’accord, j’ai un haut seuil de résistance à la douleur. D’accord, j’ai appris à gérer les souffrances. Certes, je suis habitué à serrer les dents. A me dire que la douleur c’est dans la tête. Mais là, sur mon UTMB. Je suis passé à un autre niveau de gestion de la douleur. 70 km sur une fracture bordel. Je n’arrive même pas à y croire. On me le dirait d’un autre coureur. Je pense que je n’y croirais pas. Ou à la limite, je me l’imaginerais titubant. Luttant contre la douleur. Criant sur les sentiers. Mais pas du tout comme j’ai pu le vivre.

Qu’on se le dise. CE N’EST PAS UN EXEMPLE. IL NE FAUT SURTOUT PAS SE DIRE : S’IL L’A FAIT. JE PEUX LE FAIRE. Je pense que c’est réellement une grosse erreur. Maintenant que ça c’est dit, je peux vous raconter. Je n’ai jamais eu aussi mal, physiquement parlant de ma vie. Quand on court, appuyer sur le gros orteil est tout simplement essentiel. Que cela soit pour l’équilibre de votre corps, ou pour la propulsion. Le gros orteil c’est juste la direction assistée de votre foulée. Des milliers de pas de souffrance. Des milliers d’appuis déclenchant une terrible douleur de l’orteil jusqu’à la moelle épinière. Des centaines de bonds forcés par une pique nerveuse. Des dizaines d’accrocs avec des rochers, qui font disparaitre les centaines de mètres à se remettre dedans.

Bien évidement, la douleur c’est dans la tête. Bien évidement, je maitrise ce concept. Mais avec une fracture, ce concept est presque inapplicable. La seule solution a été de compenser. Courir sur une jambe. Appuyer fort sur le bâton gauche. Chercher tous ses appuis sur l’extérieur du pied. Mais cette compensation ne marche qu’un temps. Après 30 ou 40 km à courir comme cela. Vous avez mal au niveau de la fracture et cela s’accentue avec le temps. Mais le pire c’est que maintenant vous avez aussi terriblement mal sur les endroits de compensation.

D’abord, mon bras gauche. A force d’appuyer dessus, je me suis déclenché une petite tendinite très douloureuse de l’épaule au coude. Ensuite, mon talon gauche. A bordel, j’ai même pas envie de vous décrire la douleur que j’ai vécu après 50 km de bourrinage dessus. A la fin, j’avais presque moins mal en appuyant sur la fracture à l’avant du pied. Et enfin, le flanc gauche du pied. Alors là.. là.. c’était au dessus de tout. Une semaine plus tard, mon orteil est toujours douloureux. Mais le flanc c’est juste atroce. Je n’arrive pas à discerner si la douleur est osseuse, tendinaire ou c’est un simple énorme bleu qui met beaucoup de temps à disparaitre. J’en suis presque à me demander si je n’ai pas une fracture aussi de ce côté là.

Bref. J’ai crié. Mais réellement. J’ai hurlé de mal. Les « ressaisis-toi » ne servait à rien. J’avais besoin d’exprimer ce mal. Au final, je n’ai qu’une seule conclusion à cela. Avec un peu de recul j’ai compris. J’ai compris que seule la douleur peut éclairer l’esprit de ses erreurs. J’ai fait une erreur. D’abord physique en ne m’arrêtant pas. Mais ensuite une erreur humaine. Celle de refuser que ce n’est plus possible. Et la douleur était là pour me le rappeler. J’avais beau me dire « Bon.. tu le sais.. C’est certainement fracturé.. ta saison est terminée.. autant tenter de finir ». C’était une erreur. J’apprends pour plus tard. Si plus tard, il y aura.

 

9. Gestion de l’abandon. 

Mes deux dernières courses : Deux premiers abandons. Le constat devrait être sans équivoque. Il y a quelque chose qui cloche. Et bien, je ne le crois pas. Je pense réellement que ces abandons ne sont pas des résultantes d’une mauvaise préparation, ou d’une faiblesse.

Ce sont selon moi, uniquement deux faits de course. Deux hasards qui font partie prenantes de l’épreuve qu’est l’ultra.

Le premier en Corse était simplement un appui mal assuré sur une racine. Vlaaaaam. La cheville qui dérape. Et Biiiiiim. L’entorse.

Le second, un rocher mal placé.. une foulée trop proche du sol.. Et Staaaaaak.. La fracture. Impossible pour moi de me remettre en question. C’est abandons ne viennent pas de moi. J’en suis sûr. Je suis toujours le premier à identifier mes erreurs. Là, il n’y en a pas eu. Cela fait partie de la course. C’est normal. Et si c’est les premières fois que cela m’arrive c’est purement par hasard. Mon système n’a pas évolué. Les statistiques se sont simplement appliquées. A haut (bon) niveau. Ne pas se blesser, résulte selon moi à 95 % de sa méthode, de sa façon de s’entrainer. Et à 5 %, c’est la variable hasard. Et cette variable s’applique. Forcément. On ne peut l’éviter. A moins de réduire la quantité de course. Et ce n’est pas dans mon logiciel, ce n’est pas dans mes envies. Je dois passer par là. Cela fait partie de mon entrainement au final.

Pour en revenir à cet abandon. Je suis déçu. j’ai toujours attendu mes premiers abandons. Je les imaginais terribles. Pleins de sens. Pleins de choses à en retirer. J’espérais ces abandons atroces, cruels, malveillants. Là, rien du tout. Pourquoi ? Tout simplement, car selon ma façon de voir les choses, je n’ai pas abandonner. Pour moi, un abandon c’est quoi ? C’est quand tu ne veux plus. Quand tu refuses d’affronter l’épreuve. Dans ces deux cas. Et plus particulièrement sur l’UTMB. Ce n’était rien de cela. Je n’avais plus d’épreuve à affronter. Ma course s’était arrêtée au km 50. J’étais déjà mort. Un mort-vivant. Mon épreuve était de continuer. Je l’ai fait. Jusqu’à être enterré 70 km plus tard. Mon abandon, je l’ai vécu. Je ne l’ai pas subi. Et je le regrette un peu.

Vivement que je le rencontre. Ce bel. Ce beau. Ce terrible abandon. J’espère en pleurer. J’espère qu’il me foudroiera dans le plus profond de mon être. Que j’en serai marqué au fer rouge. Que des semaines passant, je n’aurais plus le goût de rien. Que des mois par la suite, j’aurais peur. Je flipperais que cela arrive à nouveau. Aaaaaaaaah. Ca va être bien de vivre cette épreuve. Ca va être une vrai expérience. Pas un simple moment. Un vrai instant atroce pour le soi. Qui dure, et qui dure encore. Que l’on n’efface pas avec de la volonté. Vivement, cet abandon indélébile.

Certains, beaucoup plutôt, m’ont félicité à l’arrivée et par la suite. « Bravo quand même ». « 70 km sur une fracture.. WOUUUUAHouuuu ». Ne m’en voulez pas. Mais je déteste cela. Un bravo, c’est quand on réussit pour moi. Des félicitations dans l’échec, c’est dire à la maitresse de maison qui a complètement raté une cuisson « Huuuum. Je me régale. ». Même si ce n’est pas volontaire de la part de certains, c’est totalement hypocrite. Et de l’hypocrisie, on ne se nourrit en rien. C’est un placebo que de se contenter de félicitations dans un échec. Un échec doit rester un échec. Et on ne doit pas l’encourager, le féliciter. On doit le pointer du point. Le gratter. Le mettre en avant. Si on veut vraiment en ressortir quelques choses par la suite. Accepter ces bravos, c’est se voiler la face. 

Km 123. Après avoir retapé l’orteil dans un rocher. Impossible de poser le pied par terre. C’est fini. Je viens de comprendre la différence immense entre un trouble et une évidence.

 

10. Chamonix : DisneyLand du Trail. 

Ok. L’UTMB. C’est l’UTMB. Comme je le disais dans l’introduction, L’UTMB est au centre d’une déformation créer par sa propre masse. D’accord, on est heureux d’y être. Certes c’est un graal. Tout à fait, il y a des personnes du monde entier. Et c’est un peu troublant la première fois qu’on vient. Comme la première fois qu’on rentre dans un parc à thème.

Oui. J’aime l’UTMB. Oui. J’ai déjà envie d’y retourner. Mais, franchement, entre nous, j’ai trouvé l’atmosphère personnellement très décevante. Je ne sais pas si c’est l’habitude d’une troisième année sur Chamonix en période d’UTMB. Mais sincèrement, c’était fade. Enfin, pas fade. Mais les artifices ne font plus effets. J’ai l’impression que l’autour de la course crée en moi une sensation de dédain. C’est peu être du snobisme de presque élite. Sur beaucoup de course, en regardant les membres du peloton, je suis heureux pour eux. Mais sur l’UTMB, l’humeur générale me pousse à ne plus aimer cela. J’ai l’impression que tout le monde veut sa part d’UTMB. Une volonté égoïste. Aucun partage. L’univers du « moi je » entre deux montagnes.

J’ai l’impression d’être un poisson d’eau douce qu’on plongerait dans un aquarium d’eau de mer. L’atmosphère de cette eau salée m’irrite. Les crevettes gravitent, se laissant balancer par les courants. Les crustacés s’enferment dans leurs coquilles, gardant un oeil sur l’extérieur. Quelques requins naviguent nonchalamment. C’est leur droit. Mais par contre, les 8000 personnes autour qui regardent l’aquarium. Ca non. Ca ce n’est pas supportable. Non monsieur. On ne touche pas les parois de l’aquarium pour que les poissons bougent. Non monsieur. On ne lance pas des pronostics sur de potentiels vainqueurs par ce que les médias les ont mis en avant. Non monsieur. On ne considère pas cet aquarium comme un spectacle payant dont vous avez acheté toutes les places au premier rang.

Ce sentiment est difficile à décrire pour moi. Mais j’ai l’impression que participer à l’UTMB. C’est un peu comme être un animal sauvage et gratter à la porte d’un Zoo pour s’y faire enfermer. Jusqu’à là, pas de problème. C’est un choix. Mais par contre, se taper les visiteurs qui jettent des cacahuètes, et des avis non discernés ce n’est pas acceptable. Sur la diagonale, j’avais vraiment vécu une sensation de fête et de respect. Là c’est plutôt : « Venez voir les débiles »… « Oh regarde celui-là, il a une tenue toute rouge »… « Je suis sûr qu’il va pas finir celui-là »…. C’est très certainement un ressenti de vieux con. Mais c’est le ressenti que j’ai eu. Le public est devenu plus important que les coureurs. Je pense même que l’organisation met plus de choses en oeuvre pour l’accompagnement, que pour les coureurs. Nous sommes peut être en train d’oublier qu’une course c’est avant tout des coureurs. J’ai beaucoup de respect pour l’épreuve, pour les personnes qui font que c’est possible. Mais nous sommes en train de tomber dans la construction d’un rendez-vous annuel, qui ne se révolutionne pas, qui perd un peu en saveur. A trop vouloir contenter tout le monde.. A trop vouloir donner sa part du gâteau à chacun… Ce gâteau devient fade.

J’espère que ce n’était qu’une sensation momentanée. Je crois vraiment que la perte de valeurs n’est pas une chute irrattrapable. Remettre au centre : la performance, le respect du dépassement de soit. Remettre au centre les coureurs n’est pas impossible. Peut-être faudrait-il éviter que l’UTMB ne devienne un salon du trail, un disneyland du trail autour d’une course. La course doit être remis en avant. Les supporters doivent rester à leur place. Les commentateurs peuvent commenter, mais je les remercierai de ne pas affirmer.

Quand en partant de Chamonix, je me suis dit que cela me donnait envies de montre un ultra qui me correspond plus. Plus dans le système D. Plus orienté autour du coureur. C’est que cela ne sent pas bon. Je reviendrai bien sur. Car je suis faible, et que la course me fait encore rêver. Par contre, s’agissant de l’évènement. De ces « à côté ». Pitié. Ralentissez sur la présence des marques. Ralentissez sur les lancements de produits. Ralentissez sur les produits dérivés. Ce que les gens aiment dans les kermesses. Ce sont les moments forts de celle-ci. Les « à-côté » ne sont que des parasites. Pas du tout des services supplémentaires ajoutant du gout.

 

11. TOP 50. Envisageable. 

Tout le monde ne peut pas habiter la place du village. Je l’ai toujours su. Je ne m’imagine tout de même pas pouvoir approcher d’un Top 30. Pouvoir approcher de quelques heures les premiers. Mais franchement, un top 50 c’est prenable.

Sur les 50 kilomètres avant la fracture. Et même sur les 70 km suivants. J’ai pu voir qu’avec ma préparation. 100 miles, en courant et marchant rapidement. Sans pause. C’est possible. Cela me confirme une chose. Que ma méthode d’entrainement.. avec un peu de volume OK. tout au feeling et sans trop de dénivelé. Ca le permet. J’ai bien en tête que la descente, ce n’est toujours pas ça. Mais j’arrive maintenant à assez économiser mes jambes pour en avoir sur les derniers tiers de course.

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Sortie de ravito – UTMB – Copyright ?

Je repars de zéro pour les inscriptions à l’UTMB. C’est reparti pour un cycle de trois ans logiquement. Mais j’ai presque déjà en tête l’objectif que je me fixerai : Entre 25 et 27 h. Je pense que c’est faisable. Vraiment. Avec une préparation un peu plus adaptée. Sans bien évidemment l’aléa blessure. Et en bossant à fond sur la technicité et sur les descentes.

Cet échec m’a rappelé qu’on est pas éternel. Si j’arrive à revenir, cela sera pour performer. Si je reviens, on va enlever quelques temps la notion de plaisir tout le temps, pour y mettre de la rigueur, de la sueur, du travail et toujours autant d’envie.

 

Place à la rééducation. 

Bon. Tu prends un chêne centenaire. Tu peux mettre tout l’engrais que tu veux. Il faudra toujours 100 ans. Voilà où j’en suis. Ma fracture me met à l’arrêt total pendant 6 semaines au minimum selon les médecins.

J’ai une volonté totale de tenter de revenir. D’abord à la course à pied. Par la suite à mon niveau. Je sais que cela va prendre du temps. Beaucoup plus de temps, certainement, que ce que je pense actuellement d’ailleurs. Mais, je vais tout mettre de mon côté pour y arriver. Mon protocole médical sera ma nouvelle ligne de conduite. Tant qu’un médecin, voir plusieurs, ne m’auront pas dit (et prouvé) que c’est totalement impossible. Que je ne pourrais jamais revenir à mon niveau. Alors j’y croirai.

Je pense que cette expérience va être follement intéressante. Quand je me lançais dans le trail, et surtout dans mes premiers ultra ; je me demandais vraiment : Est ce que c’est possible de le faire ? Maintenant, l’épreuve est différente. La question aussi : Est ce que c’est possible de revenir ? – J’espère le prouver. Me le prouver !

Au niveau planning. C’est simple. J’annule l’Impérial Trail (mi sept) – L’Ecotrail de WickLow en Ireland (fin sept) et la Diagonale des fous (mi oct). J’espère avoir le droit, et la possibilité physique de reprendre doucement courant octobre. Si cela est possible, je tenterai alors de me préparer sur novembre afin de pouvoir m’aligner sur la Lyon SaintéLyon (153 km) fin novembre/début décembre. Avec l’ambition de la gagne totalement abandonnée, mais simplement le besoin d’en finir pour me sentir vivant à nouveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 H DES 25 BOSSES – 8 tours – 129 km – 7040 m D+ – 24 h 06 min.


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Vous retrouverez ci-dessous 7 petits textes que j’ai écrit pour parler de mes #25hdes25Bosses.

Une aventure comme je les aime. Pas de dossards. Simplement une idée fixe. Courir pendant 25 h sur le circuit des 25 bosses à Fontainebleau. Chaque tour représente 16 km et quelques 880 m D+. Départ un samedi matin à 10 h. Pour une journée entière de bonheur et de course. J’ai adoré. Totalement. Vraiment entièrement. C’était juste bien. Juste la sensation de profiter à fond. D’être à ma place. Dans une forêt. Parfois seul. Parfois accompagné. Mais au fond, ce qui compte. Ce qui compte vraiment. C’est simplement de l’avoir tenté.

1/7 • Prendre du plaisir. Etre apaisé. 

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Cela peut paraître abstrait ou complètement loufoque pour certains, mais j’ai réellement pris du plaisir à courir pendant plus de 24 h dans le circuit des 25 bosses. Je parlais de « défi » avant de me lancer dedans. Mais pendant, et surtout après je n’ai pas du tout ressenti cela comme un challenge. C’est comme si c’était normal en fait. Une sortie un peu plus longue que d’habitude certes. Mais je n’ai pas ressenti le poids de la performance à réaliser ou en réalisation. J’ai tout simplement profité du moment que je vivais. Sans chichi. Sans aucun stress. Assez primairement, je pense que cela vient du fait de ne pas porter de dossard. Mais en grattant plus loin, je me rends compte que c’est un ensemble. Un physique suffisant, une bonne gestion de l’alimentation sans trop se prendre la tête, une foulée rythmée mais pas non plus bourrine et des appuis à la recherche constante d’économie… bref, une bonne base pour poser l’équation du plaisir sur ce genre d’aventure. Il faudrait le refaire tous les weekends, que cela ne me lasserait pas. Ce n’est pas de la planitude. Ni la sensation d’apesanteur. J’étais très loin de cette ivresse que je peux avoir sur certaine course. Là, ça avait réellement un goût de vérité.. un goût de repas du Dimanche en famille.. une odeur de feu de cheminée à la campagne.. un plaisir vrai. Quelque chose de fondamentalement apaisant 😌.

 

2/7 • Un terrain technique. Courir avec ses yeux.

 

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Pour ceux qui connaissent le coin, je n’ai pas besoin d’utiliser de flopée de mots pour décrire ce que leurs genoux, cuisses, bras, épaules et mains ont déjà vécu sur ce circuit. Pour les autres, imaginez des séries de 25 côtes de 30 à 60 mètres de dénivelé.. séparées par des sentiers et des monotraces couverts d’épines de pins, de maquis et d’un peu de sable. Ajouter y un passage pas plus large que le périmètre de vos bras, zigzagant entre des rochers de bonnes tailles. Pour le revêtement, cailloux.. cailloux.. et recailloux. Certains aggripant, d’autres recouverts d’une poussière glissante et d’autres encore aussi polis que le parquet de la galerie des glaces. Vous y êtes ? Parfait. Ne manque plus que 2 ou 3 passages roulants pour se relancer.. et une ambiance escalade de temps en temps. On ne prépare pas un UTMB sur ce parcours. On ne prépare pas de courses en particulier d’ailleurs je pense. Il y a certes quelques 900 m de dénivelé par tour. Mais ce n’est pas tant le dénivelé que la technicité qui rend se parcours intéressant. Chaque minute, la concentration doit être pointue. Chaque seconde, les appuis doivent être calculés et calculés encore. Plus que les jambes, c’est le corps dans son ensemble qui doit se mouvoir sur ce circuit. Avant de courir avec ses pieds, il faut courir avec ses yeux 👀.

 

3/7 • Un tour seul dans la nuit. 

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Je me suis retrouvé seul. Dans mon petit short. Avec mes petites chaussures. Et ma petite PETZL. C’est très étonnant de se retrouver seul en forêt la nuit. Sans aucune lumière autre que la frontale. C’est très différent des nuits sur un ultra où l’on sait très bien qu’à moins de 10 km devant ou derrière il y a un ravitaillement avec du people. Une sensation réelle de solitude. Profonde. Ce genre de solitude qui pèse. Qu’il faut savoir gérer. Pour ne pas craindre du sombre. Pour ne pas avoir peur de ce que l’on ne peut pas voir, mais que l’on peut si facilement imaginer. C’est très angoissant de passer entre deux pans de rochers sombre et froid. De se sentir compressé par ces masses rocheuses inamicales. Cela fait réfléchir de sauter des crevasses en sachant que personne n’est à des kilomètres. Cela fait se sentir libre d’être emprisonné dehors. Il y a bien quelques animaux qui vous rappellent la vie. Les deux yeux de renards qui brillent dans le faisceau de la PETZL. Le bruit des chouettes qui décollent à votre passage. Mais c’est troublant. Comme c’est difficile de ne pas faire de crise d’anxiété. Comme c’est dur de ne pas s’imaginer ce qui pourrait se cacher dans la partie sombre. Hors de son champ de vision éclairé. J’avais peur de me confronter à cet aspect avant de me lancer ce Samedi. J’y ai pensé pendant plusieurs semaines avant. Je suis content d’avoir vécu cette expérience et d’avoir su garder le contrôle sur cette frayeur que je pensais me faire. Ne pas avoir sombré. De n’être pas partie dans une frénésie anxieuse. Être resté focus sans s’enfermer dans une sur-concentration. Bref, un beau voyage intérieur au bout de la nuit 🌚.

 

4/7 • Un peu de logistique. 

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Je n’aurai pu faire ce délire des 25hDes25Bosses sans un minimum de logistique. Rien de fantastique hein. Mais voilà les quelques appuis sans lesquels je n’aurais pu y arriver. Tout d’abord :

(1) Mon coffre de ravito. J’ai placé au début de ma boucle une box (1m^3) de rangement. Dans laquelle se trouver : 18 L d’eau, 3 L de coca, des gels, du saucisson, des pistaches, du comté, des affaires de rechange, des batteries, une PETZL de rechange et un peu de matos médical. Ma plus grande crainte : Que des sangliers alléchés par l’odeur décident de se faire ma box’ en mon absence. Merci les gars de ne pas être passés 🐗.

(2) Du balisage pour la nuit. Si vous avez déjà fait les 25 bosses de jour, vous savez à quel point il est déjà facile de se perdre en suivant le marquage léger Rouge. Alors de nuit, je ne vous raconte pas. Merci à l’UT4M pour le prêt des balises (x160) ! Et surtout merci à Ronald, Claude et son acolyte pour le balisage – débalisage. À charge de revanche 😉 (3) D’un point de vu sécurité, je suis resté léger sans toutefois me mettre en danger. Pour le froid de la nuit, j’avais en permanence ma Salomon Bonatti   sur moi ainsi qu’un t-shirt manche longue et une couverture de survie dans mon sac. En cas de pépin, mon portable – son chargeur et une batterie portable afin de prévenir les secours. Enfin, merci à Guillaume pour le prêt de sa balise GPS qui en plus de permettre (presque facilement 😂) de me retrouver pour courir, m’aurait permis de balancer un signal SOS en cas de gros pépin. Je n’ai pas fait la traversée d’un 7000 au fin fond d’un territoire inconnu et hostile certes. J’étais à Fontainebleau.. on va se calmer ^^. Mais la sécurité était tout de même un facteur à prendre en compte pour se lancer dans ce genre de délire sans trop se mettre en danger.

 

5/7 • L’ambiance et le partage. 

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9 h 25. Mon père me dépose gentillement en voiture. Nous sommes sur l’A6. Et là, je me dis « Et si personne ne vient. Ça va être long 25 h tout seul ». Heureusement, dans la réalité, beaucoup sont venus m’accompagner. Je l’ai déjà beaucoup dit, je n’apprécie que peu le fait de courir en groupe. J’aime la solitude du coureur. Et j’ai cette satané tendance à faire le fanfaron quand je cours en groupe. Bref. C’est pas mon truc. Mais quand on se lance sur ce genre de délire, être accompagné, c’est franchement agréable. Au final, je pense que 25 personnes différentes m’ont accompagné. Nous n’étions jamais plus de 5 ou 6. Et la plus part du temps 3 ou 4. Parfois, je me mettais devant. Parfois je restais un peu derrière. Il n’y avait pas de règles. C’était au Feeling. Comme souvent. Certains se sont vu rapidement distancés (désolé) et d’autres ont dû baisser leur rythme pour traîner le zombie sur les dernières heures. Parfois, nous ne parlions plus. Pendant des dizaines de minutes. Ce genre de silence qui dit « Pas besoin de parler. On sait ce que l’on est en train de faire là. Ensemble. » D’autres fois nous nous échappions autour de sujets très trail. Et puis on se racontait nos vies. Nos souvenirs. Du partage à l’état brut. Il y a eu peu de chanson.. mais je me rappelle d’une bosse montée au lever du soleil orange brûlant. Me voilà chantant « Ingonyama bagithi baba – Sithi uhhmm ingonyama – Au matin de ta vie sur la planète – Ébloui par le dieu soleil – À l’infini, tu t’éveilles aux merveilles – De la terre, qui t’attend et t’appelle… » Et quelques bosses plus loin « Putin.. tu m’as foutu le roi lion dans la tête ». C’est ce genre de petits trucs qui était Cool. Et il y en a eu pleins.. Se retrouver dans la nuit.. Avec deux personnes qui ne se connaissent pas. Et qui ont tous deux leur femme enceinte de 8 mois et une / trois semaines qui les attend à la maison. Situation étonnante. Je suis dans la Forêt de Fontainebleau. Il est 4 h du matin. La fraîcheur de la nuit est bien là. Mais ces deux personnes ont décidé de m’accompagner alors qu’à tout moment ils peuvent être appelés pour leur grand moment à eux. Et après on dit que c’est moi le taré.. au final, j’aurai pleins de choses à raconter sur l’aspect aventure humaine. Sur la bienveillance qui m’a été portée et sur celle que j’ai aussi tenté d’avoir avec mes accompagnateurs. Une chose est certaine. Je les remercie. Seul. Je serai aller au bout. C’est certain. Mais seul je n’aurai pas pris autant de plaisir. Ça me donnerait presque envie de recommencer juste pour cela. Et ça c’est Top.

 

6/7 • Statistiques & perf’. 

 

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Je déteste la fausse modestie. J’ai pour exemple Dutronc (Jacques) en la matière. Ce petit bout d’homme définit merveilleusement bien ce qu’est la modestie : « C’est l’art de se faire louer une seconde fois ». J’aime ce panache qu’il y a dans la vanité. La vanité a été mise au pilori par la bien-pensance (Bordel.. fait avoir de sacré bollocks pour sortir cette phrase 😂). C’est à vomir pour moi. Je n’aime pas en faire des caisses. Et j’essaie de garder les pieds sur terre. Mais quand j’estime que je fais un truc bien, que pour moi, selon mes critères, c’est « Quand meme pas mal ». J’aime bien pouvoir le dire. Alors Bon.. 24h06 minutes – 8 tours des 25 Bosses – C’est quand même pas mal.. c’est pas ouf non plus hein.. mais c’est pas mal ». Trêve de blabla.. On passe aux chiffres : Mes temps au tour : Tour 1 = 2h20 / Tour 2 = 2h10 / Tour 3 = 2h33 / Tour 4 = 2h43 / Tour 5 = 3h09 / Tour 6 = 3h16 / Tour 7 = 3h14 / Tour 8 = 3h01 – Bref, cela fait une moyenne de 3h au tour. On est bien loin du record officieux (apparemment autour de 1h30). Mais c’est assez dur de trouver des statistiques officielles et d’être sur que le parcours a été parfaitement respecté. En tout cas, je crois que je prends les 3 records suivants (si vous avez des infos de meilleurs performances, je suis preneur 🙂) : Record du nombre de tours (x8) – Record du nombre de tours en 24 h (x8) – Et record de temps sur 8 tours (24h06). Cela ne sert pas à grand chose. Mais au mieux ça a le mérite d’exister. Et puis surtout ça donnera peut être envie à d’autres de péter les scores. Ce qui est selon moi complètement faisable. Je suis presque impatient que cela arrive d’ailleurs 🙂

 

7/7 • Et puis quoi maintenant ? 

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Dimanche 31 avril. 12h06. Je viens de finir mes 25hdes25bosses. Deux questions se posent maintenant. Je me les pose d’ailleurs naturellement. (1) Quel avenir pour les 25hdes25bosses ? (2) Et maintenant je fais quoi moi ?

[1] À la première question, je n’ai pas encore de réponses. Pourquoi pas proposer à quelques tarés de tenter à nouveau le truc à plusieurs l’an prochain mais en version un peu plus officielle. Ça serait sympa de voir plusieurs personnes le tenter. Et je suis sûr que cela pourrait aller au bout. Cela pose pas mal de questions de logistiques – D’autorisations – D’assurances – etc. Et tout cela me fait un peu suer (chier.. utilisons les mots). Donc, vers une officialisation de ce format ?! Je ne sais pas. Enfin, je n’y suis pas encore prêt. Et si je me chauffe il va falloir une bonne équipe bien motivée (Et folle). Bref, je vais regarder ça.

[2] À la seconde question.. Ben.. à vrai dire.. ça m’a beaucoup plu ce délire. Je continue à en chercher d’autres. Sur d’autres terrains et sur d’autres formats. Je pense faire un format un peu plus court sur mes terres du Bois De Vincennes fin Juillet pour préparer l’UTMB. Mais il y a tout de même quelque chose qui me titille très très fort. J’étais encore en forme à la fin des 8 tours. J’aurai bien aimé continuer. Je n’ai pas pris longtemps pour me décider d’ailleurs. Ça a commencé à me trotter dans la tête en buvant ma Goudale de fin de course. J’ai déjà trop envie de le tenter = Les 10 tours des 25 Bosses. Ça me donne beaucoup trop envie. 160 Km – 9000 m de dénivelé. Un bon format selon moi. Bref, vous l’aurez compris. On peut déjà se donner rendez-vous en 2020 pour que j’aille chercher cela 🙊

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Récit UT4M Xtrem 2018 (170 km – 11.000 D+) – 13ème au général – 11ème Sénior Homme – 32 h 19 min 25 sec.

Récit UT4M Xtrem 2018 (170 km – 11.000 D+) – 13ème au général – 11ème Sénior Homme – 32 h 19 min 25 sec.

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Pas de chronologie dans mon récit de cette fois.

D’une part, cela n’aurait pas de sens au vu de l’expérience vécue. Elle n’a pas été une succession d’évènements en actes distincts, mais une expérience entière presque à huit clos que l’on consomme d’une bouchée seule.

D’autre part, j’en suis incapable. Mes souvenirs ne s’attachent pas à des moments, ils ne sont ni temporels, ni géographiques. Ils sont une masse copieuse qui va me prendre un peu de temps à digérer et à exploiter pour le futur.

L’ensemble de ma course.. enfin ce que j’ai pu en ressortir avec le peu de recul que j’ai pour l’instant.. Tout peut se résumer avec cette petite histoire : « Deux petites souris tombent dans un pot de crème. La première, paniquée, écrasée par le poids de l’épreuve à affronter renonce rapidement et se laisse noyer. La deuxième, qui a décidé fermement que son jour n’est pas arrivé, se débat tant et tant qu’elle finit par transformer la crème en beurre et s’en sort ». Je suis cette deuxième souris.

 

1 – Avant un Ultra, tout est en apesanteur. 

13h. @ Parc François Mitterrand à Seyssins. Pas de traversée de Grenoble bitumeuse cette année. Le plan vigipirate écarlate a décidé de préserver nos crampons pour les massifs.

J’y arrive 3 h avant le départ. Je dépose les sacs d’assistance et m’allonge dans l’herbe. Je tente de dormir un peu. Quelques fourmis m’en empêchent. Je pratique sans le vouloir mon exercice de respiration que j’ai pris l’habitude de faire avant les courses (inspiration & expiration lente par le nez). Je suis très détendu. Aucun stress. Aucune sensation qu’il va se passer quelque chose d’énorme pour moi dans les dizaines d’heures à venir.

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La ligne de départ est quelques mètres plus bas dans le champ. Les coureurs sont tous allongés dans l’herbe en surplomb. Il règne ici un état de pesanteur rare. Les corps semblent flotter au dessus de leurs chaussures. Les lois de gravité ne semblent pas s’appliquer sur nous.

Les mouvements sont lents mais méthodiques. On ne remplit pas sa flasque comme on le ferait avant de partir à l’entraînement, dans un éclat d’eau arrosant les alentours du robinet. On prend garde à ne pas faire tomber une goutte sur le bord. On a presque le doigt qui vient essuyer la dernière goutte d’un coup de pouce en revers.

Les discussions sont simples, mais pleines de bon sens. « Comment te sens-tu ? Qu’est-ce qui te fait le plus peur ? As-tu déjà réfléchi à ta gestion du sommeil ? ». En réalité nous ne nous posons pas réellement de questions les uns les autres. Nous ouvrons chacune de nos phrases par un « Moi je… ». « Moi, je suis plutôt reposé. Moi, ce qui me fait le plus peur c’est la longueur des montées et des descentes. Moi, j’espère ne pas m’arrêter dormir ». Exprimer sa vision, sa sensation permet à l’autre d’en faire de même par la suite. Tout en gardant une base de comparaison à laquelle se rattacher. Triste être limité que nous sommes. Heureusement, il y a parmi les coureurs ceux qui arrivent à rire, à sourire. Et je ne parle pas de ceux qui le font faussement.. Pour évacuer la tension. Je parle de ceux qui te sortent la vanne magique.. placée au bon moment.. dans la bonne cadence.. avec le bon angle.. assez forte pour que tous l’entendent. Vous en rapporter quelques unes serait hors-contexte et tomberait à l’eau maintenant. Mais je suis sûr que vous pouvez imaginer le genre de remarques vives d’esprit dont je veux parler. Je n’ai pas encore assez de détachement pour jouer le rôle de ce faiseur de magie, mais merci à ceux qui l’ont fait sur le moment. Leurs sursauts a plané dans l’air et nous a permis à tous de sortir de notre conditionnement (ultra) dans lequel nous étions plongés.

Mon ami Christophe m’a rejoint. Nous discutons très sérieusement. Nous ne tentons pas de nous épater l’un l’autre. C’est agréable. Un organisateur a dû nous repérer et vendre la mèche. Nous enchaînons les visites de deux journalistes. « Bonjour. Je suis journaliste pour xxxxx. Je fais un papier sur l’UT4M Xtrem, et les organisateurs m’ont indiqué de venir voir le mec assis là bas avec sa Casquette Verte. Ça vous dérange si je vous pose quelques questions ? ».

Sans narcisse aucun, je commence à m’habituer à cela. Non pas que j’en ai fait des centaines, mais je commence à sentir ce que recherche la personne en face de moi. Les mots qu’elle veut obtenir. Les sensations qu’elle veut faire passer. À moi de réussir à m’exprimer pour faire passer le message que je veux porter.

« Pourquoi je me lance dans un Ultra de 170 Km ? Par ce que je pense qu’il est essentiel d’être imprudent. On vit au quotidien enfermés dans un bureau, puis dans des villes très éloignées de notre nature animale. L’envie de faire de l’Ultra c’est l’envie de sortir de cela. C’est l’envie d’être imprudent. De sortir de son quotidien. Et physiquement, c’est un moyen de se retrouver. Seul. Face à soi même. Mais profondément seul. Sans assistance ou presque. Sans applications qui nous simplifient la vie. Sans remèdes qui nous guérissent de presque tout. Avec sa bite et son couteau. »

« Le meilleur moment pour moi ? Ça sera assurément la nuit. Quand je suis seul dans les bois ou au sommet d’une montagne. J’éteins ma lumière une poignée de secondes pour bien profiter de cet instant au milieu des ténèbres ».

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Bref. Vous l’avez compris. L’exercice est de placer des sensations en quelques phrases et espérer pour que celles qui ne soient pas reprises par la journaliste soit celles où vous avez dit une bonne grosse banalité. Et puis au pire. On s’en fout. Ce ne sont pas une dizaine de mots imprimés sur du papier qui vont altérer l’aventure que vous allez vivre. Lâche toi bonhomme.

Journalistes abreuvés. 45 min avant le départ, nous pouvons recommencer nos discussions planantes. Je suis terriblement impatient d’y être. Ce n’est pas tellement la sensation du départ que je souhaite impatiemment. C’est plutôt la sensation d’être dedans. Après 7 ou 8 h de course. Quand les deux pieds sont bien dedans et que la fatigue n’a pas encore toqué à la porte. Ces quelques heures délicieuses où tout se passe aussi bien que possible dans le meilleur des mondes. Les moments plus dures à passer me manquent aussi. C’est vrai. Je le dis moins. Mais j’aime ça. Quand c’est vraiment dur. Quand physiquement tu es au bord du gouffre, et qu’il ne tient qu’à toi d’être combattant. Encore quelques heures et j’y serai.

Un bénévole fait signe plus bas. Il est temps de se lever et d’aller dans le sas de départ. En avançant, je tente de me rappeler de ce que je me disais juste avant la Diagonale. Je m’en souviens « Mais qu’est ce que tu fous là ? Toi. Petit parisien fêtard. Tu ne sais pas dans quoi tu te lances. Tu vas peut être passer 2 jours ou même 3 jours sur les sentiers ». Je n’ai pas du tout le même ressenti cette fois. Je n’ai tout simplement pas l’impression de me jeter dans l’inconnu. Est-ce que je pars vraiment pour 170 Km Et 11.000 D+ D- ? Oui. Et bien pourquoi je n’ai pas peur ? Pourquoi je ne ressens pas ce saut dans le vide ? Tout simplement car ce n’est plus une découverte. Le goût de la nouveauté a disparu. Mais c’est un nouveau goût que je découvre, celui de l’envie de réussir. Pas simplement d’aller au bout, mais d’aller au bout le mieux possible. C’est tout nouveau pour moi cette sensation sur cette distance. Je pense que j’apprécie et que ce goût va me rester aux papilles encore pendant quelques courses.

 

2 – On m’a vu sur la ligne de départ et dans le Vercors… sauter à l’élastique.

Les affaires obligatoires ont bien été vérifiées. Je suis dans le sas de départ. Sans hésitation aucune, je pars droit en direction de la ligne de départ. C’est devenu naturel. J’y suis bien. J’ai la sensation d’être à ma place. 1 an en arrière, il ne me serait même venu à l’idée d’y passer rapidement pour prendre une photo. « Première ligne au départ d’une course.. qui plus est un Ultra.. ce n’est pas pour les gens comme nous. C’est des ovnis les mecs qui sont là bas. Des tarés de la course qui ne font que ça de leur vie. Je pense même que la plupart sont professionnelles. » Voilà, ce que j’aurai pu prononcé alors. Je pense même que je l’ai eu dit. Comme quoi. Tout change. Bien heureusement. Et d’ailleurs « Hey.. toi.. Le moi d’il y a un an. Sache que les gens devant sont vraiment des gens tout à fait comme toi. D’ailleurs tu peux venir devant. Cela ne tient qu’à toi. Il te suffit d’en avoir envie. Ce n’est pas réservé. Et au passage, aucun d’entre ceux qui sont là ne sont professionnels.. tu rencontreras simplement des êtres qui sortent du commun et de grands passionnés ».

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Quelques visages familiers sont là. Ça tape dans les mains. Ça se souhaite bonne course. L’ambiance est géniale. Je profite à fond. Je regarde un peu à droite de moi. Je repère des visages inconnus. Mais plus pour longtemps. La détermination dans les yeux, le physique affûté à l’épreuve du dénivelé.. leur visage est maintenant gravé dans mon Pokédex. Ça va partir fort je le sens. Mais je m’en fous complètement. Je sais comment moi je veux partir. Dans le trail en général, et dans mon UT4M ce n’est pas tant LA course qui m’intéresse.. c’est MA course qui m’intéresse. Je ne fais pas en fonction des autres. Bien sur, j’interagis, je partage avec les coureurs croisés, et je n’hésite pas à prendre les relais quand c’est mon moment ; mais je vis réellement les courses pour moi et pour moi seul. Très égoïstement. D’ailleurs toute ma pratique de la course est basée sur ce fondement : Je préfère m’entraîner seul. J’aime bien partir seul à l’autre bout de la France ou du monde pour une course. Et je déteste par dessus tout la fausse émulation de groupe (ambiance séminaire). Je ne pense pas que cela soit une tare. Mais je sais que des idiots me le reprocheront. Tant pis, je continuerai sans eux. TUUUUUUUUUUUUUUUUUUUT !! Le départ est donné.

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Je pars à mon rythme. Sans forcer. Au bout de quelques kilomètres, je suis dans le Top 10. Je ne force pas. Cela avance tout seul même si l’on attaque rapidement la montée. En même temps, cela fait 3 jours que je n’ai pas couru. Ça faisait des mois que je n’avais pas couru pendant 3 jours. Je vais avoir le temps de me rattraper sur les 170 prochains kilomètres.

Le premier massif c’est incroyablement bien passé pour moi. Enfin je dis incroyablement, mais en réalité cela c’est passé exactement comme je le pensais. J’étais sûr avant la course de pouvoir l’avaler assez facilement. Dans ma tête ces 40 premiers Km dans le Vercors étaient vraiment un apéritif, quelque chose avant que la vrai course ne commence. Je m’y étais conditionné. Mon cerveau savait bien que plus vite je l’aurai passé, plus vite je pourrai commencer réellement à rentrer dans mon Ultra. Je suis plutôt très satisfait. C’est la deuxième course que j’arrive à faire (Après le Mad’Trail) sans caler dans les 10 premiers kilomètres. Le travail paie.

Ce que j’en garde comme souvenir : 3 moments :

Le premier : L’arrivée au premier sommet. La vue est dégagée sur tout Grenoble, mais surtout sur l’ensemble des massifs que nous allons traverser. J’ai bien repéré la Bastille juste au dessus de l’arrivée. C’est là qu’il faut aller. Je le garde en tête.

Le second : Juste après le sommet, en redescendant par des chemins de 4×4 dans les alpages, la lumière rasante de la fin de journée soufflant dans le dos, des photographes effectuent des prises de vues aux drones. Je l’entends décoller à mon passage et me suivre sur une grosse centaine de mètres. Dans ma tête, je me dis : « Soit élégant si tu veux passer dans la video ! En fait non. Tout le monde va se dire ça. Et il y aura toujours plus élégant que ta foulée parisienne au milieu d’un Vercors si montagnard. Réfléchi.. réfléchi.. et si tu faisais une Pierre Richard ? Un bonne grosse gamelle.. Bien débile.. En se prenant le pied droit dans le mollet gauche.. tu le tentes ? ». Le drone s’arrête. Tant mieux.

Le troisième : Le tremplin olympique de Grenoble 68. Aaaaaaaah. Je l’avais bien repéré dans toutes les vidéos que l’on peut voir sur YouTube s’agissant de l’UT4M. Je me suis clairement prévu une attaque au 60 % de l’escalier pour finir en courant. Et puis disons le franchement, avec l’UTMM, les marches, cela me connaît. Les supporters sont là nombreux. Grosse ambiance pour finir la montée. Je lance mon attaque. Je ne sais pas si vous avait déjà monté un tremplin olympique.. mais c’est plus long que ce que je croyais. Ce n’est pas grave. Je sers un peu les dents et j’accélère. Cela laissera peut être des traces, mais il faut aussi savoir se faire plaisir en Ultra. Ma petite fanfaronnade à amuser les supporters. C’est très sympa. L’ambiance est bonne. Et puis je sais que dans quelques heures cela ne sera plus du tout la même ambiance au milieu de la nuit.

 

3 – Lors d’un trail.. le bénévole s’appelle Claude. 

À l’image de mes arrêts dans les bases de vie, l’ensemble de mes passages aux ravitaillement ont été éclairs. Je passe de moins en moins de temps dedans. Pour les fanatiques du chronométrage officiel sachez que j’ai passé très exactement 4min13sec à Vif (Base de vie n°1) / 9min00sec à Rioupérioux (Base de vie n°2) / 12min08sec à St Nazaire (Base de vie n°3). Et puis je ne vous fais pas le détail des ravitos classiques, mais en gros c’est 30 sec à 2 min quand ça allait, et 4 à 6 min quand ça n’allait pas.

Les ravitos étaient formidables. Il n’y a rien à dire dessus. Les bénévoles étaient pro-actifs, vigilants et attentionnés. La nourriture était bonne, goûtue et assez variée. Qu’est ce qu’on peut demander de plus ? De la pastèque ? De la Chartreuse ? Et ben il y en avait aussi ! Mais bon, les ravitaillements c’est pas mon truc. Enfin c’est pas tout à fait cela. J’aime les ravitos, mais ce que je préfère c’est les fuir. J’aime ce moment délicieux où l’on quitte le ravitaillement sous des applaudissements qui disent « Allez.. bon courage bonhomme ». Un réel bonheur. J’essaie de toujours avoir un mot ou un geste en partant. Pour remercier d’une part et pour provoquer une réaction d’autre part. Puis, il faut le dire. Je pense réellement que le temps passé au ravitaillement est du temps perdu. Beaucoup me diront « C’est peut être là aussi que tu récupères pour aller plus vite plus tard gneu gneu gneu.. ». Je n’y crois pas trop pour moi. J’ai déjà testé les arrêts plus longs. Cela n’a pas mieux fonctionné. Alors maintenant c’est remplissage des flasques à fond, picorage et fin de l’alimentation en solide en partant. Je suis rapide là dessus. Mais je suis sûr de pouvoir encore gagner du temps.

Le sentiment le plus étrange est celui que je ressentais sur les 5 ou 6 derniers ravitaillements. Beaucoup de coureurs dessus (Les challenge – Le master – Les 40…) et donc forcément pas mal de supporters. J’avais le sentiment d’être regardé.. presque épié. « Regarde c’est un Xtrem.. il a l’air mort.. » – « Tiens.. il y a un malade du 170.. comment il fait ? » – « C’est quoi déjà les dossards rouge ? ». C’est sympa d’un côté. Tu es une curiosité. Mais d’un autre côté tu te dis rapidement que tu es jugé. C’est surement dans la tête tout ça, mais j’ai vraiment ressenti le poids des regards.. les vibrations de quelques mots prononcés sur toi.. c’est aussi pour cela que je fuis cet endroit.

Pour ceux qui connaissent le film Fight Club, ils connaîtront la citation suivante : « Dans la mort, un membre du projet Chaos s’appelle Robert Paulson ». Et bien là, c’est décidé. À vie. À jamais pour moi : « Dans le trail, un bénévole s’appelle Claude Deladoeuille« . Claude. C’est la belle rencontre de mon UT4M. Claude est professeur de mathématiques pour des lycéens sur Grenoble. Mais durant son temps libre, Claude est bénévole sur l’UT4M. Plus précisément, il est le chef de tout ce qui tourne autour du balisage. La pose, les ouvreurs, les serres-files, le rebalisage et le débalisage. Ce n’est pas la première fois que je rencontre un bénévole et que je discute un bon moment avec. Mais là j’ai rencontré une personne formidable. Ce genre de personne bienveillante, souriante et professionnelle à la fois. On ne dit jamais assez l’importance des bénévoles pour les courses. Sur l’UT4M, ce sont près de 800 personnes qui sont en action. 800 ! Non, mais ALLO ! C’est plus une simple association sportive là. C’est une réelle entreprise (au sens sociétal du terme). Une hiérarchie, une organisation, un management, une gestion des risques et des responsabilités, une logistique militaire, une vision et bien évident tout cela gracieusement. J’ai rencontré Claude il y a quelques mois sur Instagram. Je ne vous ferai pas la liste de toutes les BA qu’il a pu faire envers moi pendant ces quelques jours sans arrière pensée.. Sans espérer une quelconque reconnaissance.. simplement par humanité et par envie. Cela fait tellement du bien de rencontrer quelqu’un qui avance.. qui a envie.. qui réalise.. cela donne envie de retourner l’ascenseur. Il est donc décrété que Claude est l’exemple des bénévoles.. le pire c’est que cela ne va pas lui plaire que je dise cela. Mais je le pense réellement. Il ne fait pas de tour de magie, il ne sauve pas des vies, il n’envoie pas des fusées sur Neptune, mais c’est un de ces héros ordinaires dont on aime conter l’histoire et que l’on aime surtout entendre conter la sienne une pinte à la main. Cela fait quelques mois que je cherche une thématique pour réaliser un documentaire sur le trail. Et bien, je crois que j’ai peut-être trouvé. Cela serait un docu-biopic en suivant son quotidien dans l’organisation de l’UT4M. C’est passionnant de l’entendre parler des « à-côté » de la course. C’est terriblement intéressant de comprendre comment la mécanique d’une course se construit et se gère. C’est fabuleusement respectable de prendre en pleine face l’engagement de ses bénévoles pour simplement quelques centaines de gars qui veulent faire quelques kilomètres en montagne. J’en profite pour glisser une petite promo (qui ne m’a pas été demandé je vous rassure). Si vous souhaitez découvrir l’envers du décor d’un ultra-trail, les coulisses, les rouages.. je vous conseille fortement de vous renseigner auprès de l’organisation de l’UT4M. Les équipes sont sensationnelles. Le directeur de course est un plus grand passionné que j’ai pu rencontrer dans ce sport. Et apparement, de ce que j’ai pu constaté, tous les bénévoles sont fiers de leur réalisation et ils reviennent tous d’année en année. Bref, si ça vous tente.. l’UT4M 2019 c’est en Juillet l’an prochain 😉

Sebastien ACCARIER

(Claude –  deuxième en partant de la droite. Regard concentré)

(Merci à lui d’avoir accepté d’apparaitre sur mon blog… qui a priori est une référence mondial en terme d’audience sur le web – Private joke 😉 ). 

 

 

4 – La nuit – Le brouillard – Les ténébres. 

Il est des instants magiques. Ceux où votre esprit s’évade à mille lieux de votre corps. Un tel moment me revient. Il n’est pas loin de 3 h du matin. Je suis reparti du ravitaillement de La Morte depuis quelques kilomètres. La nuit est sombre. Le brouillard est épais. Je ne vois pas à plus de 2 mètres devant moi. Ma PETZL forme une masse blanche devant mes yeux. Suivre le sentier devient de plus en plus difficile. Je m’en écarte régulièrement. J’essaie de ne pas trop le faire, car je sais qu’il peut y avoir des précipices à quelques cm de mes pas. Une chute et c’est l’éternel sommeil assuré. Vous êtes dans l’ambiance. Cool. Je suis seul à ce moment là. J’avance à un rythme soutenu. Le bruit de l’air forme une chanson harmonieuse dans mes oreilles. Ma cadence est musicale au frottement. Je commence à fredonner :

 » Marcher dans le sable

Se sentir coupable

Dans les herbes hautes

C’est sûr tout est de ma faute

Savoir dire tant pie

Avoir juste envie

Rester dans son lit

Tout ça m’est interdit

Il faut que quelqu’un m’aide

Je n’ai qu’une seule vie

À trouver le remède

Je n’ai qu’une seule vie

Chaque jour cette pensée m’obsède

Je n’ai qu’une seule, une seule vie ».

Pourquoi cette chanson ? Pourquoi maintenant ? Je ne sais pas. Mais c’est un bonheur immense. Un rocher d’un mètre de haut apparaît devant moi. Je quitte le sentier pour y grimper. Je suis debout dessus. La truffe au vent. J’arrête de fredonner. Je me retourne. Personne. Je regarde devant. Rien. Le brouillard. Je n’ai aucune idée du relief à côté de moi. Peut être qu’une falaise immense se dresse à ma gauche. Peut être qu’un Lac s’offre à moi à quelques mètres. Je respire un grand coup. Je ferme les yeux. J’éteins ma PETZL. J’ouvre les yeux. Je ne vois rien. Pas le moindre petit contraste. Tout est profondément noir et pourtant j’ouvre grand les yeux. J’hume l’air. Le vent semble s’être arrêté. Pendant une seconde, je m’imagine seule sur terre. Je la vois tout entière ronde.. Et moi seul posé dessus. Tout cela a duré une vingtaine de secondes seulement. Un moment magique qui restera gravé longtemps.

Vous le savez sûrement déjà. Etre en groupe n’est pas du tout ma préférence (à moi….). J’affectionne ces moments de solitudes fantastiques. Ils sont pour moi des sources d’envie, de réflexions et de plaisir. La nuit me permet cela. Plus fort que le jour. Souvent, lors des montées en pleine nuit, j’essaie de lever la tête. Regarder loin devant. Au dessus. De déterminer les sommets environnants. En pleine journée, cette tâche est facile. Trop facile. Dans la nuit, c’est impossible. Vous pouvez déterminer avec d’autres critères les reliefs environnants. La force du vent. Sa direction. L’inclinaison du chemin et sa manière de serpenter. La température. Les odeurs. La taille des ruisseaux. La pression dans vos oreilles. Tout vous donne des indications. Mais il n’y a que la nuit qui vous permet d’imaginer le relief. De le créer. De penser le voir. De le dessiner dans sa tête. S’en convaincre, sans y croire vraiment. S’en protéger, sans pouvoir rien y faire. J’aime cette sensation.  Je me sens tout puissant. (Bah ouais.. je dessine des montagnes dans ma tête.. c’est costaud quand même !).

Dernières paroles sur la nuit avant que vous ne sombrez. Parole. Que dis-je. Anecdote. Première nuit. Brouillard. Vision à 2 m. Bref, je suis pas loin de deux paragraphes plus haut. Nous avons du mal à repérer les balises. Elles ont beaux être séparées de 20 m à peine, le brouillard est trop dense. En passant à côté d’une balise, on se jette dans l’inconnu quelques mètres. Dans l’espoir de tomber sur la suivante, scintillante quelques mètres plus loin. Souvent, il suffit de suivre le sentier. Mais parfois c’est plus compliqué. Nous sommes à ce parfois. Pas de sentier sous nos pieds. Ce ne sont que rochers et gros cailloux. La concentration pour avancer est déjà immense. Ne pas se faire une cheville en loupant un appui est une priorité. J’avance de rochers en rochers. Cela fait plus de 30 m que j’ai quitté la dernière balise. Je regarde à gauche, à droite, devant, derrière. Rien ne scintille. Je continue encore un peu. Mes appuis tentent de se faire sur les rochers les plus plats possibles. Il ne s’agit même plus d’avancer vite maintenant, mais de trouver le prochain caillou sur lequel poser son pied. Je vois alors une surface plane. Dans ma tête, il s’agit d’une sorte de dalle en béton comme on peut trouver à proximité d’un réservoir, ou d’un abreuvoir. Je lance mon pied gauche dessus. Assuré du maintien que la surface va m’apporter. Lorsque l’avant de mon pied arrive au niveau de cette surface, je suis assez près pour remarquer que ce sol lisse réfléchit ma lumière. Il s’agit en réalité d’un lac d’altitude. PLOUUUUUUUUUUUF. La jambe gauche y passe. J’arrive à m’arrêter avant de basculer entièrement dedans. BORDEL. Je rigole. Demi-tour. C’est reparti. Tu es mignon maintenant, tu marches sur les surfaces planes.. mais en pente, c’est plus sur !

 

5 – Des instants à deux. 

Adorer être seul. C’est un fait. Mais je ne crache pas non plus sur des moments en petit groupe. J’en ai vécu quelques uns sur l’UT4M. Trois moments principalement. Il y en a certainement d’autres, mais je ne m’en souviens pas.

Le premier, c’est joué en deux actes. Le premier dès les premiers kilomètres après la ligne de départ. J’avais repéré, un gars plutot ultra-affûté. Crâne rasé. Casquette blanche à poids rouge de meilleur grimpeur visée sur la tête. Je comprendrai en discutant avec lui le pourquoi de la Casquette. Nous avons pris un départ rapide. Les 3 premiers commencent à prendre le large. Ils accélèrent clairement pour mettre de la distance. J’avance bien, mais je ne force pas non plus. Rapidement, je me trouve un compagnon de rythme. Nous avons la même allure. Nous nous présentons l’un, l’autre. Il s’appelle Nicolas (Perrier je crois). On me l’a montré de loin avant la course en disant « Lui. C’est du très lourd. Il est spécialisé sur les Km vertical ». Nous échangeons un peu. C’est la première fois qu’il se lance sur un 100 miles. Il ne sait pas trop comment son corps va réagir. J’ai un peu l’impression de parler avec un champion de rally, qui monterait pour la première fois dans une formule 1. Sa vision est intéressante. Il me décroche rapidement quand le % devient trop important. Je le retrouve 6 h plus tard. En attaquant Oyssans. « Aaaah. Bah t’es là toi. Ça va toujours ? ». Deux potes à lui l’encouragent quelques centaines de mètres. Ils le charient « Nico. Ca fait quoi d’être au même niveau qu’un parisien ? ». C’est bon esprit. On se marre pas mal. En discutant par la suite il me dit « C’est parti super vite. On est sur le temps du record de l’UT4M là. Ceux qui sont devant sont parti ultra fort. Ça va péter devant à un moment ou à un autre« . L’entendant dire cela, je me dis : Premièrement, qu’il va falloir que je m’économise tout de même. J’ai beau ne pas avoir l’impression de puiser dans les réserves, c’est vrai qu’on a bien avancé jusqu’à là. Et deuxièmement, je discerne dans sa phrase de l’ambition. Je sens qu’il va aller chercher l’avant de la course à un moment.

Là, il est tapis dans l’ombre, près à bondir. J’espère sincèrement pour lui qu’il va réussir. Dans le plat et le faux plat je me place naturellement devant. Dès que cela monte plus, il passe devant et je tente de m’accrocher. Il impose un gros rythme. Nous faisons à deux l’ensemble du Km vertical avant d’arriver à Laffrey. Clairement, c’est lui qui est à la manœuvre. Je le sens dans son élément. Il me fait un peu sortir de ma zone de confort dans la vitesse ascensionnelle mais ça passe. Une fois en haut, il relance rapidement et disparaît dans la nuit. Je ne le reverrai plus.

Mon second souvenir non solitaire est au 128ème Km. Après la dernière base de vie (St Nazaire). J’ai plus de 25 h de course dans les pattes. Et surtout je suis en train de revivre après un passage à vide total de 40 Km dans Belledone et après une dizaine d’heures sans énergie. J’attaque le dernier massif. Bienvenue en Chartreuse. Comme cadeau de bienvenue, je vous propose un bon petit 1500 m D+ jusqu’au prochain ravitaillement (Habert de Chamechaude). Parfait.. quand on commence à revivre.

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J’opte rapidement pour la stratégie de ne pas monter seul. J’ai un peu parlé avec deux coureurs du 100 Km. Je pense qu’il s’agit d’un couple (j’apprendrai le lendemain qu’il s’agit d’un frère et de sa soeur.. Oups). Ils semblent avoir bien compris que je suis entamé. Je me glisse derrière le garçon. Je lui demande « Désolé. Je me mets dans tes mollets. Ça te dérange pas ? ». Il accepte gentiment. Je ne vais pas le lâcher. Je ne vais pas beaucoup discuter non plus. Mon regard ne va presque pas quitter ses mollets de toute la montée. Je ne sais pas combien de temps cela a duré. 1h30. Peut être deux heures. Sa soeur est en tête. Elle tient un super rythme. J’arrive à tenir derrière. C’est ouvertement très difficile pour moi. Mais je ne réfléchis plus. Mes jambes avancent mécaniquement. Je me refuse à m’éloigner de plus de 2 m du frérot. Lorsque cela arrive, je tremble de peur de ne plus les avoir et je remets un petit coup pour les rattraper. Je suis une sangsue du trail. Je les remercie plusieurs fois. Peut être trop de fois. Je ne suis plus du tout lucide de tout façon. Le gobelet accroché dans le dos du frère, qui balote à ma vue, vient de m’adresser la parole pour la seconde fois. Il a la voix du doubleur français d’Eddie Murphy (Med Hondo). Je ne me rapelle plus trop ce qu’il m’avait dit. Un truc du style « Héé. Mec. Tu vas pas t’arrêter là ? Bouge ton popotin et fini cette course. Je te le dis ! » Bref, le bonheur des hallucinations. Nous nous quittons au sommet. Merci à tous les deux. Seul. Je n’y serais pas aussi bien arrivé.

Troisième est dernier souvenir à deux. Les 20 derniers kilomètres avec Thibault (Pesenti). Cela faisait des heures que je n’avais pas vu de coureur de l’Xtrem. Apres un ravitaillement, dans un virage en commençant une côte, je dépasse un coureur. En le faisant, je jète un œil à la couleur de son dossard. Il est rouge. « Ça va ? Tu tiens ? ». La conversation s’engage. Ça fait du bien de se savoir avec quelqu’un qui a vécu la même chose que toi depuis le début. Non pas que les autres coureurs n’étaient pas sympa. Mais là, tu as vraiment l’impression de faire partie de la même tribu. Nous restons ensemble. Il connaît à merveille l’ensemble de la fin du parcours. C’est un gros plus à cet instant de la course où l’envie que cela se finisse devient de plus en plus grande. Nous allons parcourir les 20 derniers kilomètres à 1 m l’un de l’autre. Nous passerons la ligne d’arrivée ensemble. Deux choses m’ont marqué. La première, c’est simplement l’image de nos deux corps courant dans Grenoble sur le bitume. L’un à côté de l’autre. Nous ne savons plus courir. Notre foulée est carrée. Nous avançons nos deux pieds plats sans dérouler d’aucune façon. On croirait deux animaux dont les pattes sont trop courtes par rapport à leur corps. Peut importe. Dans notre volonté de continuer à avancer nous sommes beaux. La deuxième chose qui m’a marqué, et surtout pour laquelle je remercie Thibault c’est sa réponse à mon ras-le-Bol de tous ses lacets en descente que nous effectuons depuis des dizaines de minutes. Nous courrons tout le temps. J’en ai complètement marre. Nerveusement je suis à bout. Grenoble est bien visible au dessous. Mais nous perdons trop peu d’altitude à chaque lacet pour s’en rapprocher rapidement. C’est interminable. J’ai envie de m’arrêter et de marcher. Je lui dis. Il me répond le plus simplement du monde « Tu te vois marcher là dessus. Ça va être encore plus chiant. Plus vite on court et plus vite c’est fini« . C’est tout ce que j’avais besoin d’entendre. Merci Thibault.

 

6 – Onze mille.. croix V bâtons. 

11.000 – Onze Mille. 11 fois mille. Franchement, entre nous, vu comme ça, cela ne veut rien dire. Ce n’est qu’un chiffre (un nombre.. ok). « Je pars sur un Ultra.. 170 Km Et 11 mille mètre de dénivelé ». Là, où tout le monde va tiquer, c’est bien sur le 170 Km. Pas sur le 11 000. Et pourtant c’est bien lui qui fait tout. 11 kilomètres de montée. Et surtout, on l’oublie trop souvent, c’est aussi 11 kilomètres de descentes. Rappelez vous de la dernière fois que vous avez couru 11 Km. C’était quand même un bon petit morceau en terme de nombre de pas.. de temps passé. Et bien maintenant, placez ce référentiel en direction du ciel. Montez le. C’est long. Ok. Maintenant. Creuser un trou de 11 Km au dessous de vous. Descendez y. C’est long. N’est ce pas ?

J’avais un peu oublié depuis la Diagonale ce qu’était le gros dénivelé. Le Mad’Trail m’avait fait une piqûre de rappel en juillet. Mais ce n’était pas suffisant. Quand on s’entraîne dans une côte de 34 m, on n’est pas prêt. On ne peut pas imaginer ce que c’est. Ce que cela fait à notre corps. Comment s’y prendre. C’est juste inimaginable. Quelle violence. Toutes ces montées. Avec des % affolant. Et la longueur infinie de ces descentes. Comme c’est dur. Comme le corps souffre. Cela se voit bio-mécaniquement parlant sur le corps d’ailleurs. En écrivant ces quelques mots, dans le train pour Chamonix, deux jours après l’UT4M, je place ma main droite sur ma cuisse, mes doigts se calent sur les reliefs créés par ma viande (on se calme hein.. je ne vais pas me lancer dans la littérature érotique). Des nouveaux muscles sont apparus. Coucou vous. J’ai beau courir 100 bornes par semaine minimum. Mes cuisses sont formées. Mais là, 11.000 m de D+ et de D- ont fait apparaître de nouvelles formes inconnues. C’est troublant. Je ne me reconnais plus trop. Ce n’est pas à moi cette jambe. Retirez moi ça vite.

C’est Bon ? C’est parti ? Top. Ma main droite quitte ma cuisse pour monter sur mon épaule gauche. Bordel. Mais là aussi. C’est quoi ce délire. Mes muscles poussent aussi sur les bras maintenant. C’est nouveau ça. Oui. C’est nouveau ça. Et il y a une bonne raison. Enfin deux. Deux bouts de bois à vrai dire. Des branches mortes. Ramassées. Juste pour pouvoir continuer à avancer. Et Oui. Moi. L’anti-baton. J’ai utilisé des bouts de bois pour avancer sur l’UT4M. Pour rappel, il y a encore deux semaines sortait un article où j’expliquais que « pour moi.. les batons.. c’est de la triche mécanique« . Je le pense encore d’ailleurs. Mais avec une telle quantité de dénivelé j’ai cédé à l’appel des branches mortes. Ok. Je suis parti comme sur la Diagonale. Sans bâtons. En me disant que de toute façon, moi, je suis habitué à courir sans. C’est plus pur. C’est ça la vrai course. Je n’ai pas besoin de deux déambulateurs pour avancer. C’est pour les autres çà. D’ailleurs, quand je regarde le Top 20. Je le vois Bien. C’est pour eux ça. Mais attend. Je suis le seul à pas les utiliser ? Lui. Il en a. Lui aussi. Lui aussi. Aaaaah lui, il en a pas. Ah non. J’ai rien dit, il les a dans le dos. Ok. Bon tu n’es pas non plus têtu à ce point la. Si t’es vraiment le seul à ne pas les utiliser, il faut peut être se poser la question ? Non ? Tu penses pas ? Je me suis réellement dit cela apres le 3ème ou le 4ème ravitaillement. Lorsque pour la 3ème fois de suite, les bénévoles m’ont interpelés alors que je quittais le ravito « Heeeey. Tu oublis tes batons !! » –  » Euh. Ben j’en ai pas ». Le fait que cela soit tellement naturel pour eux qu’on ait des batons m’a un peu marqué.

A partir du Km 88. La question ne se posait plus. J’étais juste incapable de grimper à bonne vitesse sans utiliser des bouts de bois. Chaque montée commençait par 400 mètres de recherche de bois mort pour me fabriquer deux batons. Je pense que j’ai du passé 70 Km avec des branches d’arbres dans les mains. Je me suis fait les bras, je peux vous le dire. Et je vous parle pas des ampoules aux mains. En tout cas, cela à bien fait rire les autres coureurs croisés. « Sympa les nouveaux Leki » – « Et bah alors cromagnon.. ». Mais au final, je dois l’avouer. C’est tellement, mais alors tellement plus simple avec des batons. Cela vous porte en montée, et vous stabilise en descente. Je suis un peu déçu d’avoir céder à cette facilité. Mais je pense vraiment que si je veux continuer à progresser dans les classements, il va falloir que je m’y mette. Je pense gagner facilement 2 h rien qu’avec les batons sur les formats proches de l’UT4M. Je n’ai pas encore fait définitivement ce choix. Mais 2 h. 120 minutes. On ne peut pas cracher dessus.

Dernière chose sur les bâtons. Étant donné que j’ai ramassé du bois mort, je ne pense pas prendre de sanction sur des points de règlements liés à la protection de la nature. Par contre, j’ai un doute sur le droit ou non d’utiliser des bouts de bois comme batons. Je me dis que s’il est interdit de mettre des bâtons dans les sacs assistances, ce ne devrait pas être autorisé d’utiliser des bouts de bois trouvés, qu’on ne porte pas tout le long de la course ? Non ? J’ai un doute. Et ce doute je l’ai eu tout le long de la course. Je ne me suis pas caché avec mes bouts de bois. Je rentrais dans les ravitos avec. Si c’était interdit. On me l’aurait dit ? Non ? En tout cas, promis. La prochaine fois. Soit je pars sans bâton. Et je m’interdis d’utiliser des branches mortes. Soit je m’achète des batons et je mets 2 h de plus à mes pronostics.

 

7 – Plus de son. Plus de lumière. Je crois que le disjoncteur a sauté. 

Nous sommes très précisément au kilomètre 87,6. Je viens de ressortir de la seconde base de vie de Rioupéroux. J’ai une grosse 15ène d’heures de course dans le corps. La descente des – 1400 m de D- très sèche pour atteindre la base vie m’a bien massacré. Le jour commence à se lever. Je redoute ce moment. Je vis généralement mal les passages de la nuit au jour. Pour ne rien arranger, c’est gros km vertical tout de suite au petit-déjeuner. Quelques 1100 m D+ à faire en 4 Km. J’avale quelques pistaches en commençant la grimpette. Rapidement, je me sens de plus en plus faible. Je m’endors complètement en avançant. Mes yeux se ferment. Ma démarche n’est pas bonne. Je slalome sur le monotrace montant. Je me ressaisis plusieurs fois avant de tomber dans le ravin. J’attrape un gel et l’avale aussi sec. Je m’arrête un instant en me tenant à un arbre. Mes yeux n’arrêtent pas de se fermer. J’ouvre une de mes flasques et me lance de l’eau sur le visage. Je tente de repartir. 50 mètres plus loin. Plus de son. Plus d’image. Je m’arrête net. Le réservoir est à sec. Je ne peux plus faire le moindre mètre. Je m’assoie sur un rocher. Pose mes mains sur mes genoux. La tête tombe toute seule. Je n’arrive pas à la retenir. Je m’endors quelques secondes. Je me réveille en sursaut. Tiens bon. Tu ne peux pas t’arrêter là. Il faut que tu continues. J’arrive à me relever. J’avance à nouveau. Chaque Pas est une épreuve en soit. 50 m plus loin. Plus possible. Je m’arrête à nouveau sur un caillou. Je fais le point. Aller. Pose toi. Respire. C’est un mauvais moment ça va revenir. Respire. Mon regard est vide. Je ne pense à rien de manière lucide. Je commence à imaginer le pire. L’abandon. Il reste encore 80 Km et deux massifs entiers. Comment je vais faire. Toute la montée se passe comme cela. Je mets 23 min pour faire le premier Km. 31 minutes pour le second et 35 minutes pour le dernier. PLUS D’UNE HEURE POUR FAIRE 2 KILOMETRES. J’ai beau me rappeler de l’état cadavérique dans lequel j’étais, c’est quand même énorme.

Je me vois tout de même ultra combattant. Vaillant comme jamais je ne l’ai été pour finir ce Km vertical. D’accord tu avances un pas par un pas. Mais au moins tu avances. La tête est base. J’entends un bruit proche à un moment. Il y a quelqu’un dans un duvet qui dort à moins d’un mètre de moi. Je ne l’avais même pas vu. En fait, elles sont deux. Elles voient ma détresse. Me demande si ça va ? Si elles peuvent faire quelque chose. Mon orgueil répond à ma place. « C’est dur là. Mais ça va le faire. Merci ». C’est énorme bonhomme. Continue. L’abandon ne fait pas parti de ton logiciel. L’abandon n’est pas une option. L’abandon est interdit. Je grimpe. Arrivé au sommet, je lance un immense cri de délivrance et de fierté. Un bénévole placé plus haut m’entend. Il me répond. « C’est bien champion. T’es au bout. Continue », en agitant une cloche. Je passe à côté de lui. Totalement dévasté, mais fier.

Sur les 470 partants, 202 personnes ont abandonné. Ça donne le ton. Je crois que c’est la première course que je fais avec un tel taux de DNF (43 %). Selon moi, il y a deux raisons. La première : C’est TELLEMENT DUR. Tout simplement. Venir à bout de cette course est une lutte. Les difficultés résident bien entendu dans la longueur et dans le dénivelé, mais aussi dans la technicité des chemins, qui ne sont vraiment pas tous roulants du tout. La seconde : Il n’y a pas (peu) de barrière à l’entrée. N’importe qui peut s’inscrire à cet Ultra sans avoir à prouver d’une quelconque expérience en trail. On m’a même raconté qu’une femme avait offert le dossard à son mari alors qu’il n’avait qu’un marathon à son compteur. Je suppose un tentative de crime parfait.. mais n’allons pas plus loin. Mais au fond, je comprends le volume d’abandon. Quand je vois l’enfer que j’ai vécu dans l’ensemble du troisième massif. Aaaah. Belledone. Le fameux juge de paix dans cet ultra. Pour moi, Belledonne a tout bêtement été 40 Km dans le fond du fond. Sans jus. Sans jambe. Sans rythme. À m’endormir. À m’arrêter sur des rochers, le regard vide. À tenir avec les tripes pour ne pas tout arrêter. Quel souvenir ! C’est idiot. C’est très certainement mon pire passage à vide dans mon experience en course. Et pourtant je pense que c’est un de mes meilleurs souvenirs. Celui qui m’a permis en quelques heures d’obtenir des mois et des mois d’expérience. Celui auquel je penserai la prochaine fois que cela m’arrivera. Celui qui me fait dire que si j’arrive à résister à des moments comme cela alors rien ne m’est impossible.

Beaucoup de coureurs sont venus me voir pendant mon passage à vide. Quand j’étais en difficulté pour avancer ou quand je m’arrêterai pour comater. Je les remercie tous. Même si c’est très chiant de répéter pour la 25ième fois que « Ça va. Je respire un peu. J’ai tout ce qu’il me faut. Merci » avec un simili-sourire. Même si c’est chiant. Au fond, cela fait du bien. Cela sort quelques instants la tête du seau. Échanger c’est déjà tenter de repartir. Parler c’est l’amorce du premier pas. Heureusement que beaucoup on était là pour moi.

La lumière s’est rallumé après la troisième base de vie. 10 h en enfer. Si j’y avais été réduit, je pense que j’aurai rampé. Ma détermination était immense face à mon échec mécanique cuisant. Je pense tout simplement que comme un noyé, j’avais besoin de toucher le fond pour remonter à la surface. Et quel rebond. Qui aurait pu croire que j’arriverais à avaler cul sec le dernier massif (Chartreuse) après m’avoir vu dans un tel état dans Belledone. Personne ! Enfin, en tout cas, pas moi. Le corps humain est incroyable. J’espère encore en découvrir d’autres, des comme celle là.

 

8 – Ceux qui ne sont pas là. 

Courir c’est courir d’abord pour soi. Mais c’est aussi courir pour ceux (qui sont loiiiiiiiin de chez eux..) qui ne sont pas là. Bien entendu que quand je cours, je le fais pour moi. Pour mon plaisir. Mais maintenant c’est n’est plus possible de le faire pour moi uniquement. Il y a des parties prenantes à ma course. Surtout quand il y a un suivi Live de la course qui ne peut qu’apporter crainte, erreur de jugement, insomnie et foulure du doigt à force d’appuyer sur « actualiser » pour ceux qui suivent.

Je le sais. Je suis suivi. Et en premier lieu par ma copine. J’y pense énormément en courant. Quand ça va pour passer le temps. Quand cela ne va pas pour tenir. Et plus globalement, je me sens responsable de ses craintes. Dépêche toi d’arriver au ravitaillement idiot ! Elle doit flipper derrière son écran. C’est drôle. C’est comme si c’était une difficulté en plus dans la course. Les chemins, la nuit, le froid, la fatigue, les rochers, la boue ne sont pas suffisants. Il fallait se mettre cette chose en plus. Je le dis en rigolant. Bien sur. Mais il y a toujours un peu de cela. La peur de décevoir. L’envie de ne pas inquiéter. Et surtout l’envie d’envoyer un petit message « Tkt. Je gère. Gros bisoux. » Au milieu de la nuit. Il faudra que je prenne le temps de le faire une fois. Mais je lui ai tellement dit que « Je n’utilise pas mon téléphone en course » – « Ne t’inquiète pas si tu n’as pas de nouvelles » – « C’est si je t’appelle qu’il faut commencer à t’inquiéter ». Ces indications sont tellement ancrées que j’aurais peur de lui faire faire une crise cardiaque pour un petit Sms rapidement envoyé. On verra bien. En tout cas, sache (par ce que je sais très bien que tu vas lire cet article) que ton bracelet m’aide énormément. Et que chaque bisou que je lui fais quand ça ne va pas et multiplier par mille (au moins) en t’arrivant.

Il y a aussi la famille, les amis. Pour eux c’est différent. L’objectif premier n’est pas tant de ne pas les inquiéter, mais plutôt de les rendre fiers. Je ne sais pas pourquoi je le vis différemment. Pour eux, je veux simplement aller au bout. Ne pas revenir la tête basse et trouver une explication du pourquoi.. du comment.. cela n’a pas marché. Ça m’arrivera forcément un jour de bâcher une course. Ce jour là, cela sera très difficile pour moi de revenir en les regardant droit dans les yeux. Savoir qu’un jour j’aurai à dire « Je ne pouvais tout simplement plus » me panique.. m’angoisse. Cela sera une épreuve à affronter.

Et enfin, je cours bien évidement aussi pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux. Beaucoup placent en moi une source d’inspiration. J’ai du mal à le comprendre d’ailleurs. Comme je le dis souvent, tout le monde est capable de faire ce que je fais. Avec un peu d’envie, de la motivation et surtout en plaçant la notion de plaisir très haut dans la pratique du trail. Pour eux, ce n’est ni la volonté de ne pas inquiéter ou celle de rendre fier, cela n’aurait pas de sens. Pour eux, il s’agit de tout faire pour ne pas les décevoir. Cette pression sociale qu’au final j’ai créé moi même ne me dérange pas. Elle me stimule d’ailleurs bien souvent à aller de l’avant. Et puis quand d’ailleurs, des supporters ou des coureurs en course encourage la casquette Verte, j’ai toujours un regain d’énergie qui m’aide à continuer.

 

9 – Les points positifs. 

32 h de course, c’est long. Certes. Mais cela permet de bien identifier des fondations, des opportunités, des erreurs de fabrication, des vices cachés.. Pas simplement par flash comme l’entraînement. Mais dans le fond. 170 Km suffisent bien à cela. Les lacunes ancrées émergent, les facilités éprouvées font surface. Commençons par le positif.

Pour la première fois depuis toujours je crois, je n’ai pris aucune gamelle. Aucun gadin. Aucune mise à terre. Il y a bien eu quelques dérapages, mais aucun n’a réussi à démontrer sur le cobaye que je suis la loi universelle de la gravité. Pas de chute. On pourrait prendre cela comme de la chance. Mais, je ne crois nullement en cela. Si je n’ai pas chuté c’est pour plusieurs raisons selon moi. J’ai été très vigilant. Très concentré tout le long de la course. Rares sont les pas, les appuis, les prises de risque qui n’étaient pas calculés.. assumés.. choisis. Oui.. il y a bien entendu eu des petits moments d’égarements. Des pieds qui glissent. Des trajectoires incertaines. Des torsions de cheville. Mais je suis content de mettre toujours bousculé pour me focaliser sur la bonne marche à suivre. Nombreux ont été les « Reprend toi bonhomme. Concentre toi ». Et je suis content qu’ils aient tous fonctionné. Et puis je pense que l’entraînement plus technique que je me suis imposé ces derniers mois commence à payer. Des automatismes se sont créés. Je suis sur la bonne voie.

Autre point positif.. Qui peut paraître, je le conçois, complètement indolore. Mais qui pour moi change beaucoup de choses et le fait de n’avoir pas (enfin très peu) regarder ma montre. Cela fait depuis la dernière SaintéLyon que je regarde de moins en moins ma montre en course. Avant c’était un choix, pour faire passer les kilomètres plus vite. Maintenant c’est un besoin. Regarder rarement ma montre me permet de me focaliser à 100 % sur moi. Sur mes sensations. Je me connais bien maintenant, et surtout je sais de mieux en mieux m’analyser. L’indicateur kilométrique, la vitesse, l’altitude.. tous ces petits indices ne rentrent plus dans ma table de décision. Le corps avant la machine. Les sens avant la science. Il y a d’ailleurs un mode extinction de l’écran automatique après 5 sec sur ma Suunto Spartan Ultra. Ça économise la batterie.. Et des noeuds au cerveau.

Continuons la liste des bons points. Qu’est ce que l’on a maintenant ? « Gestion de l’eau, de l’alimentation et du matos« .. Ah. Vaste sujet quand on commence à courir. Pour ce qui est de l’eau, j’ai testé une nouvelle méthode : 2 flasques 500 ml devant et une troisième dans le filet dans le dos. J’avais un peu peur du ballottement dans mon Salomon ADV Skin 12 L. Mais au final, c’est passé comme dans du beurre un chaud matin d’été. 2 à 3 petites gorgées de manière régulière. Et des grosses gorgées quand la soif se fait sentir. Un petit check sur la couleur en urinant. Et hop. On continue. Pour l’alimentation, pas de problème. Mon fonctionnement avec pas mal de gels en course et du grignotage aux ravitaillements a bien fonctionné. J’ai ajouté deux sachets de pistaches au 80 et 120 ème km pour l’apport en sel et en potassium. Je pense que c’est le bon moyen pour moi de tenir sur ce genre de distance. J’ajouterai certainement la prochaine fois des aliments avec plus de goûts pour le plaisir. On verra. Enfin, le matos. Bah. Tout simplement, aucun problème. Suivant à la lettre ma règle du « Pas de nouveaux matos, inconnu, non-éprouvé en course officielle ».. j’étais rodé. Ça a roulé. Grosse satisfaction sur les chaussures. Au final, je me suis parti sur les Salomon S/Slab Ultra. J’avais un peu peur de subir le poids au fur et à mesure des kilomètres par rapport à mes traditionnelles Sense 6 SG. Mais au final, aucun soucis. C’était parfait. Le confort qu’elles apportent est tellement agréable au bout de 90 – 100 km. On oublie rapidement qu’on aurait pu gagner quelques grammes.

LE POINT DE SATISFACTION que je retiendrai s’il devait en avoir qu’un seul. « Avoir eu les tripes de continuer« . C’est rare pour moi d’y penser, voir inacceptable dans ma manière de concevoir ma pratique du Trail : J’ai pensé à abandonner. Ça n’a pas duré longtemps. Mais j’y ai pensé. Ce n’est pas contagieux je vous rassure. Lorsque j’étais au fond, très profond. Quand plus rien ne fonctionnait en moi. Quand chaque pas devenait un effort surhumain. Quand pendant 40 Km, je me voyais tituber comme un ivrogne qui court après un bus qu’il ne rattrapera pas. Quand dans ces moments, plus rien n’allait.. me dire que je suis allé puiser au fond de moi l’énergie.. l’envie de continuer. Malgré tout. D’aller chercher la ligne d’arrivée avec les tripes. Et bien je suis très très très content de cela. Passer par ce genre de petite victoire sur soi même t’apprend plus que des milliers de séances d’entraînement. Je suis armé pour la prochaine fois. Je sais que si je suis au plus mal. J’aurai vécu ce mal déjà une fois. Et comme en probabilité : Quelque chose qui s’est déjà produit une fois à plus de probabilité de se reproduire que quelque chose qui ne s’est jamais produit » alors je serai prévenu.. prévenu que c’est possible de gagner face à ce mal la.

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Dernier point de satisfaction : Je n’ai pas eu de douleurs physiques intenses.. terribles.. intenables.. Enfin si. Bien sûr que si que j’ai eu ces douleurs physiques intenses.. terribles.. intenables.. mais j’ai réussi à en faire totalement abstraction. Sans en plus avoir besoin de me le dire.. Ou de m’y obliger. L’expérience acquise sur la gestion de la douleur commence à bien fonctionner. J’avais compris que c’était possible de décider qu’on a pas mal en regardant une video de Kilian. Une petite interview, où le plus simplement du monde Kilian expliquait que le mal c’était dans les jambes et dans la tête. Mais que si tu décidais que ce n’était que dans la tête. Et que si c’est dans la tête, alors, au final, cela n’existe pas. Et bien tu peux vivre avec le fait que cela n’existe pas. Conseil vu. Conseil avalé. Conseil digéré. Conseil appliqué. La douleur c’est dans ma tête. Elle n’existe pas. Cela a fonctionné parfaitement. Et en plus, sans que j’ai eu besoin d’y penser. C’est parfait. (Aucun rapport, mais je fais la même chose lorsqu’il fait très froid. J’ai beau être en t-shirt par – 5°C dans la rue. Mes lèvres peuvent être bleues.. ma peau crispée de gelure.. mes poils dressés. J’arrive facilement à me dire qu’en réalité. J’ai chaud. Et en une fraction de seconde. Je le ressens. C’est fabuleux).

 

10 – Les points d’améliorations. 

Passons aux sujets qui fâchent. Non. Elle ne me plait pas cette introduction. Ce ne sont pas des sujets qui fâchent. Ce sont des points à améliorer. De la matière à travailler. De l’argile à transformer en penseur. Ma seule crainte.. passer à côté d’un tas d’argile posé là parmi les autres. Et ne pas le travailler. Risquer de glisser dessus la prochaine fois. On verra bien. Et puis ça laissera de la matière pour continuer à me modèler..

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Primero. Je trouve ça fabuleusement génial de sortir un Top 15 sur un Ultra. Se dire « OK. C’est cool. Même très bien. Mais tu peux encore et toujours progresser ». Trouver à s’améliorer alors que cela a plutôt pas trop mal fonctionné. J’adore. Ça me passe le message que l’apothéose est encore loin. Je n’ai pas atteint mon max. Loin de là d’ailleurs. Mais pour continuer à le rechercher j’ai déjà quelques pistes :

L’utilisation des bâtons. Bon. Ça fait chier. Vraiment. Vraiment. Vraiment chier. Mais je pense que si je veux gagner facilement une ou deux heures sur ce genre de format. Je n’ai pas le choix. Je dois retourner ma veste et accepter la triche mécanique que j’ai tant décrié. D’un côté je me dis.. Cool un nouveau territoire d’expression qui va en plus te permettre de gagner du temps. De l’autre, je me dis.. si tu as reussi à en y arriver là c’est aussi car tu cours sans bâtons.. Gros dilemme. Je pense que d’ici quelques semaines j’irai en tester en boutique. On verra si cela me plait. Affaire à suivre.

LE GROS POINT NÉGATIF sur la course : J’ai beau y penser depuis 1 semaine. C’est impossible, mais alors complètement impossible pour moi de comprendre le passage à vide que j’ai vécu. J’ai vraiment réfléchi à tout.. J’ai fait tous les schémas.. j’ai imaginé toutes les hypothèses.. je ne comprends toujours pas. D’où ça vient ? Pourquoi ? Est-ce que quelques choses l’a déclenché ?.. Pas de réponse. Je vais encore beaucoup y penser. Nombreux seront les ongles rongés.. Ou les kilomètres effectués en y pensant. Je garde espoir de comprendre. Et puis.. au pire des cas.. ça m’arrivera à nouveau.. mais là je serai prévenu. Vigileant. À l’affût du pk ? A la chasse du comment ? À la traque du déclencheur !

Dans le TOP 20. Seul à ne pas avoir de batons. Ok. On va peut être tester les batons. Mais aussi un peu le seul à ne pas avoir d’assistance, d’accompagnants sur les ravitiallements et sur les segments. Seul. Sur 170 Km. C’est long. Seul. Et voir que les autres ne le sont pas. C’est être encore plus seul. Je sais que je vais y passer aussi. Demander à des personnes de faire mon assistance. J’y suis prêt. Il faut simplement que tout comme en amour, je rencontre la bonne personne. Ps : ceci n’est pas un appel à SOS amitié. Je n’en suis pas là. Mais je me suis beaucoup posé la question. Je suis incroyablement solitaire dans ma pratique du trail. Et je pense qu’au fond, j’aimerai bien être assisté.. supporté.. accompagné.. ça ne marchera peut être pas. Mais j’ai le sentiment qu’il faut que j’essaie. Je ne veux pas passer à côté.

Dernier point d’amélioration. La connaissance du parcours. Bon.. là.. je n’y suis pour rien. Je ne connaissais même pas Grenoble. Mais de manière générale. Ne pas assez travailler sur le profil de la course, ne pas assez se renseigner sur le terrain. Les spécificités du parcours. Y aller un peu trop à l’arrache. Je sens que c’est un gros point négatif. Je suis parti sur l’UT4M Xtrem, comme on part sur un marathon. « De toute façon.. Ca va être long.. pas besoin de se documenter ». Erreur petit bonhomme. La connaissance c’est le pouvoir. Et quand tu as le pouvoir tu as tout ! (Oui. Je finis en piochant un dialogue de Scarface pour l’appliquer au Trail. Pourquoi pas.. il y en a bien qui utilisent des bâtons pour courir ^^).

 

Conclusion. 

J’ai pris l’habitude de terminer sur une citation Ou une chanson. Ça sera bien le cas je vous rassure. Mais juste avant j’ai quelque chose d’important à dire. Ma pratique du trail passe avant tout par le plaisir. C’est très important pour moi. L’UT4M m’a encore une fois rassuré là dessus. Je continue à prendre du plaisir. J’en prends même de plus en plus j’ai l’impression. Mais, même s’il faut retenir le plaisir, le petit truc en plus qu’y résumera bien mon aventure.. mon plaisir : Cette fois, ce qui m’a vraiment plu.. ce n’est pas la foulée, la nuit, le parcours, le paysage, les ravitaillements, l’ambiance, les bénévoles, les descentes, les montées… cette fois, ce que j’ai vraiment aimé, c’est que j’ai aimé douter.

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Sur un air d’ Englishman in New York – Sting :

I don’t take coffee, I take tea, my dear

Je n’fais pas de D, je fais l’Hamster, My dear

I like my toast done on one side

J’aime repasser dans mes montées

And you can hear it in my accent when I talk

Et tu peux voir cela dans ma manière de courir 

I’m an Englishman in New York

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien 

See me walking down Fifth Avenue

Regarde moi baver dans le KV

A walking cane here at my side

Le regard vide en contre plongée

I take it everywhere I walk

Je l’amène toujours en montagne

I’m an Englishman in New York

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien 

Oh, I’m an alien, I’m a legal alien

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien 

Oh, I’m an alien, I’m a legal alien

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien !

 

Récit Trail des Forts de Besançon 2018 (48 km – 2126 D+) – 21ème au général en 04h51min19sec (18ème Senior Homme).

Récit Trail des Forts de Besançon 2018 (48 km – 2126 D+) – 21ème au général en 04h51min19sec (18ème Senior Homme).

Je commence ce récit en citant une interview de Jacques Brel :  » La bêtise c’est de la paresse. La bêtise c’est un type qui vit et qui se dit « Ca me suffit… Je vis. Je vais bien. Ca me suffit… Et il se botte pas le cul tous les matins en se disant : C’est pas assez ! Tu ne sais pas assez de choses. Tu ne vois pas assez de choses. Tu ne fais pas assez de choses. » C’est de la paresse je crois la bêtise.

Enchainé le Trail des forts, deux semaines après l’Ardéchois Trail, c’est un peu ma manière à moi de combattre cette bêtise. De combattre cette paresse. De me botter le cul en me disant « Tu ne sais pas assez de choses. Tu ne vois pas assez de choses. Tu ne fais pas assez de choses.. ». C’est dans cet état d’esprit que j’arrive fatigué certes, mais avec de l’envie à Besançon pour découvrir et venir à bout du Trail des Forts 2018. J’ai bien sûr en tête que je ne suis pas là pour faire une performance, et que je recherche sur cette course plus l’entrainement que le résultat; mais je garde au fond de moi cette envie, cette lueur qui me fera avancer tout au long des 48 km qui nous sont proposés. Et qui sait ? Peut être que cela va bien se passer ! On verra bien.

 

13 h 50 – Samedi – Arrivée à la Gare de Besançon. Veille de course. 

Le voyage m’a semblé très rapide. Je suis content. Cela fait quelques jours que je me dis que si je trouve que ce n’est pas trop loin, je pourrais venir faire des journées d’entrainement ici. Train tôt le matin. Journée entière à courir. Et train tard le soir pour rentrer. Ce n’est pas très eco-friendly comme programme, mais pour l’instant, je ne pense pas avoir trouvé beaucoup mieux pour me changer de Gravelle – Les buttes Chaumont ou bien encore Montmartre.

Il fait une chaleur épaisse. Il fait même lourd cet après-midi. Un bon 25° qui pèse. Je sue rapidement. La météo annonce de la pluie pour la fin d’après-midi, des orages dans la soirée et de la pluie très rafraichie pour toute la journée de demain. Je profite du soleil pour le moment.

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J’ai pris l’hôtel le plus proche de la gare pour ne pas à avoir à porter mon sac trop longtemps. L’alerte de mon mal de dos lors des 10 derniers km sur l’Ardéchois Trail m’a donné une bonne leçon là dessus. Je vais y prendre gare maintenant. Pas de surcharge de poids qui pourrait me faire faire de faux mouvement. Je veux m’économiser pour ne plus souffrir comme cela a pu être le cas. Je veux être au maximum que je peux être sur ma course de demain. J’ai déjà beaucoup de fatigue accumulée. N’ajoutons pas d’autres faiblesses dans le panier.

J’ai à peu près visualiser la topographie de la ville. Etant donné que je suis en sur-plomb, je n’ait qu’à rejoindre le Doubs qui coule un peu plus bas. Une fois arrivé à son niveau, je n’aurai qu’à remonter en aval pour trouver la zone où la course a pris ses quartiers. Je me balade un peu. Le Doubs est vraiment beau à cet endroit. Je le connais bien, mais sur ces 25 premiers kilomètres. Les heures à y pêcher des truites à la mouche ou au lancer il y a quelques années me reviennent. J’ai envie de lancer ma ligne ici aussi. Juste pour voir. Juste pour vérifier que mon âme de pêcheur n’est pas si rouillée.

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En longeant la rivière, je repère en face, sur l’autre quai, des grappes de coureurs avançant en sens inverse. Je me rappelle avoir lu que le Trail des Forts est un évènement sur deux jours. Au vu de la vitesse de progression, de l’équipement et de la silhouette des coureurs, j’arrive facilement à deviner qu’il s’agit d’un 10 ou 15 km. Ils ont de la chance de courir par ce temps. Il fait certes un peu chaud, mais c’est un sacré bonheur de pouvoir en profiter en courant. J’aurai bien fait un tour avec eux. Principe de précaution oblige, je m’interdis encore de participer à plusieurs courses lors du même évènement. Mais cela me tente pas mal. Il faudrait que j’arrive à trouver un événement sur deux ou trois jours, sur lequel je pourrais tenter de faire toutes les distances proposées. Je ne sais pas si cela existe. Je continue mon chemin. L’oeil rivé sur les coureurs.

 

14h30 – Samedi – Retrait du dossard. 

En arrivant à proximité de l’espace du Trail des Forts, j’entends une voiture et un  » Aleeeeeeex’ « . Il s’agit de Pierre Oucif. Un des plus grands dingos de course que je connaisse. (L’idée des 10.000 m de D+ dans Paris.. C’est lui). J’adore son état d’esprit. Il court le 48 km lui aussi demain. Il semble plutôt décontracté pour quelqu’un qui vient d’enchainer le Marathon des Sables et une No Finish Line au champ de mars de 60 ou 80 bornes lors des 3 dernières semaines.

Il descend de la voiture de son grand père. Nous avançons ensemble. Nous parlons un peu de la fatigue d’accumulation respective, du matos pour demain et connaissant le parcours, il m’indique que pour lui le départ est crucial si on veut faire un classement ici. Une montée directement 300 m après le départ en direction d’un fort en surplomb. La redescente vers le Doubs et puis quelques kilomètres de plat sur lesquels on peut envoyer. Je prends bien note de ses conseils.

Nous arrivons aux barrières qui encerclent la zone. Je repère l’arche d’arrivée. Comme à chaque fois je pense qu’il va falloir la passer demain deux fois. Une fois au départ et une fois à l’arrivée. Cela ne m’effraie plus du tout. J’ai plutôt même envie de déjà y être. J’ai l’impression qu’il s’agit de préliminaires. On tourne un peu autour du trou là. Cela en est presque frustrant. Mes chaussures ne sont pas loin, mon short aussi. Je pourrais les enfiler et partir tout de suite. Ca serait pas mal. Mais non. Il faudra attendre 7h30 demain matin. Patience.

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A l’extérieur, je passe un peu de temps à regarder les quelques stands et chapiteaux. Je repère des équipementiers, des sponsors officielles, des médias (France 3 Franche Comté si je ne me trompe pas), le podium et le plus important : La buvette.

Pour rentrer dans l’espace, je passe une arche jaune. Je reconnais le logo. Il s’agit de celui d’ExtraSports.. C’est le même organisateur que l’Ardéchois Trail.. La SaintéLyon.. Le LUT.. etc. On pourra dire ce que l’on veut de l’industrialisation du monde du trail, je trouve personnellement qu’ils gèrent plutôt très bien les évènements. Ils arrivent à les faire grossir sans non plus perdre l’esprit Trail. Et on ne dirait pas comme cela, mais je pense que ce n’est vraiment pas quelque chose de facile de trouver un équilibre entre un événement de grande ampleur, l’esprit trail que l’on aime tant et de l’événementiel professionnel. Chapeau les gars. (Ps : Non.. Je ne fais pas le lèche botte pour avoir mon prochain dossard gratuit. La seule exonération que je m’autoriserais à accepter serait celle d’avoir le droit d’accéder à des dossards Elite. Là. Oui. Pourquoi pas. Mais sinon JAMAIS).

 

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Je rentre à l’intérieur d’un genre de hangar industriel désaffecté, baignant dans l’atmosphère de la course. Le lieu est plutôt bien aménagé. Il y a pas mal de gens dedans, mais c’est totalement respirable. J’ai l’habitude de ne pas trop trainer dans ce genre d’endroit. Là. C’est autre chose. L’atmosphère me plait. J’ai envie de prendre une pinte et de faire le tour. De me poser contre le mur là. Et de regarder les gens passer. Je suis détendu.

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Je m’attarde un peu de temps sur le parcours et sur le profil de la course. Je ne l’ai pas vraiment bien étudié pour le moment. Je tente de l’apprendre par coeur. D’abord, les repères important : Les ravitos. 10ème. 24ème. 39ème. Je me le répète plusieurs fois. Cela fait les sections de course suivantes : 10 km – 15 km – 15 km – 10 km. C’est plus facile à retenir.

Maintenant, chose importante aussi, le nombre de montées. Il y a pas mal de bosses à passer sur le parcours. Jusqu’au premier ravitaillement c’est simple, il y a une… le plat.. une seconde à laquelle on trouvera au sommet le ravito n°1. Ensuite, c’est une succession d’une descente suivi de trois bosses. Je me connais, dans la deuxième, je ne saurai déjà plus où j’en serai. Je tente de faire un effort de mémorisation. Ensuite, ne restera que deux bosses moins sèche, plus roulante et avec un peu plus de distance. Ok. C’est bon. J’ai tout en tête.

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Je regarde maintenant le plan. Je commence déjà à découper ma course, a anticipé là où je pense pouvoir accélérer, là où prendre mon temps. Je repense aux conseils de Pierre sur le départ et sur le plat après la première bosse. Je vais tenter de suivre sa consigne à la lettre.

 

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Un des organisateurs me reconnait et me lance un « Tu fais vraiment toutes nos courses. Ca suffit maintenant ! ». Puis il m’amène pour me présenter le directeur d’Extra-sport. Je trouve cela un peu surprenant, mais je le suis.

Apparement, il me connait. C’est drôle. Nous discutons un peu. Organisation de la course… Nombre de participants… Météo… Ca parle un peu comme si on se connaissait depuis un bon moment. C’est sympa. Il semble avoir bien la tête sur les épaules.. pas du tout complètement déconnecté des réalités. Ca donne envie. Comme à chaque fois que je rencontre un organisateur de trail, je réitère ma demande de mettre en place des parcours plus long. « Pourquoi pas un format Ultra ici ? » « Impossible de reprendre la gestion de la 180° lors de la SaintéLyon pour la rendre plus accessible ? ». Il me répond franchement. M’explique calmement pourquoi telle ou telle chose ne sont pas possibles.. Je retiens principalement, une problématique qui semble centrale : La difficulté de trouver des bénévoles.. Je comprends tout à fait. Je vais consacrer quelques heures de mes entrainements à chercher des solutions. Qui sait. Avec quelques kilomètres dans la tête. LA bonne idée pourrait venir.

On se quitte sur un « Bon.. demain.. TOP 20 ? ». Je réponds : « Aaaah. Je ne pense vraiment pas. C’est impossible. Il y a trop de compétitivité sur cette course selon moi. Les locaux connaissent chaque racine.. chaque cailloux.. J’ai l’Ardéchois dans les jambes. Et je ne me suis pas tellement mis dans la tête un objectif classement, je pense plutôt top 50.. On verra bien ».

Je me tourne en direction de la zone de récupération des dossards. Les bénévoles sont comme d’habitude très souriant et avenant. Je tente de faire deux ou trois blagues. Cela fonctionne bien. Je récupère mon dossard. Cela sera le 745.

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Après avoir posté mon dossard sur instagram quelqu’un a commenté en disant « C’est un bon numéro ça… ». Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais numéro. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face je dirais, le miroir qui vous aide à avancer. Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… je ne suis qu’amour ! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? », et bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’amour ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une course trailistique, mais demain qui sait ? Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… J’espère que vous avez la réf’.

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En ressortant du hangar, je croise l’organisateur du Trail du mont d’or que j’ai couru l’an dernier. J’y retourne cette année avec deux collègues. Je crois même que j’ai le dossard n°1.. C’est drôle. Il me parle du rassemblement des courses du coin. Ils mettent en fait en place un championnat régional « Doubs Terre de trail ».. C’est assez incroyable à entendre toute cette dynamique qu’ils tentent de créer autour du trail dans le coin. Franchement c’est ultra motivant. J’aimerai pouvoir les aider.

Ensuite, nous parlons un peu de mon récit que j’avais fait l’an dernier. Il semble l’avoir apprécié. C’est cool. Puis, j’évoque avec lui le nouveau parcours pour cette année. C’est en fait presque le parcours inverse de l’an dernier. C’est dommage. J’avais bien pris mes repères. Mais au final, tant mieux, cela permettra de varier un peu les paysages et de découvrir les mêmes espaces autrement. On continue encore quelques minutes sur la volonté qu’il a de faire un parcours plus long. Cela me laisse songeur. Rêveur même. Bref, pour résumer, on discute trail quoi.

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Je passe récupérer mon T-shirt TRAIL DES FORTS. J’enchaine encore quelques blagounettes avec les bénévoles présents à ce stand. La dame me propose un T-Shirt médium en me voyant arriver. « Tu vas voir.. il taille petit ». Je l’enfile pour essayer. Je nage dedans. J’essaie donc un taille S. Cette fois-ci c’est la bonne taille, mais c’est presque trop moulant pour moi.. Mon passé de Skater refait surface. Tous ces t-shirts trop grands que j’ai portés… La sensation d’été nu sous un grand bout de textile. Aller. Je préfère cela. Ca sera taille M pour moi.

Avant de partir, j’enchaine avec la buvette. Je reste sage. Je prends un Perrier. En fait, en réalité, je veux simplement vérifier qu’il y a de la bière pour après la course demain. Les bénévoles sont super sympas. Je rigole avec eux. Un me lance « Si tu fais TOP 10.. elle est gratuite demain.. ». Belle motivation. C’est improbable selon moi, mais c’est une source de motivation en tout cas. Je file en lui répondant que « Fait gaffe. J’en serai pas loin ! ».

Il est temps de retourner à l’hôtel. En longeant le Doubs, je croise les concurrents du 10 km qui arrivent. J’encourage les coureurs. Certains semblent super frais. D’autres beaucoup moins. Cela me met définitivement dans l’ambiance de ma course.

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Passage rapide par ma chambre d’hôtel. Je vide mes affaires. Je regarde la fin d’un match de rugby entre deux gorgées de malto, puis je pars en quête d’une supérette pour acheter de l’eau. Petit tour dans la ville. 3 x 1.5 L d’eau acheté. Je devrais être pas mal avec cela. Je fais pouvoir me faire un ultime malto.

 

18 h – Samedi – Petit tour en ville. 

Je rejoins un pote. Il était avec moi sur l’Ardéchois (37 km) et il avait abandonné au premier ravito suite à une blessure à la cheville. Il veut prendre sa revanche demain sur le 27 km. Il est avec un pote à lui. On décide rapidement d’aller faire un tour en ville et de prendre un verre en terrasse.

Le ciel s’est couvert. Le beau ciel bleu et la chaleur intense a fait place à un ciel gris, voir gris très foncé et à une chaleur épaisse et lourde. Ca sent l’orage à vrai dire. J’hésite fortement à me prendre une pinte. J’ai tenu jusqu’à maintenant, mais le cadre de la placette, et des tables en terrasse m’en donnent très envie. Je résiste.  » Et pour vous ? Cela sera quoi ? »  » Un petit diabolo grenadine s’il vous plait ! ». J’ai résisté.

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Nous sommes assis là depuis 20 min. On parle de tout et de rien. Mais surtout de Trail. Je sens un peu d’appréhension chez mes deux congénaires. Personnellement, je n’ai pas le moindre stress. Je suis complètement détendu. De toute façon, il n’y a plus le choix et ce n’est pas mon genre de faire marche arrière.

L’orage tonne maintenant. De manière régulière , on entend la force de la nature s’exprimer au dessus de nous. Quelques grosses gouttes tombent. Nous nous mettons à l’abri sous un parasol géant. On vérifie la météo. Ils annoncent de la pluie toute la soirée, des orages pendant la nuit, et de la pluie assez forte demain pendant toute la matinée et le début d’après-midi. J’ai bien fait de prendre ma veste. Nous allons passé de 25° à l’ombre à 7° demain matin. Ca va faire bizarre. Mais avec le recul, je me dis que ce n’est pas plus mal. J’ai tendance à préférer la pluie et la fraicheur ; au soleil et la chaleur quand je pars courir. D’un point de vu terrain, je pense que cela va être un peu boueux, mais pas non plus dantesque ou incourrable. Je décide même de mes chaussures. L’option Speedcross 4 pourrait m’aider sur certains passages, mais sur la longueur, je pense que leur poids va m’handicaper. Je décide donc de partir en Salomon S-Lab Sense 6 SG. Cela devrait passer.

Un dernier grondement dans le ciel se laisse entendre. Mon pote se tourne vers moi :  » Ahhhhhh ! Ce petit bruit qui annonce une bonne matinée ». Je lui souris.

 

19 h – Samedi – Repas de veille de course. 

Nous regardons l’heure. 19h. Il est temps d’aller manger si nous voulons nous coucher tôt ce soir pour être au taquet. Nous gravitons dans les rues du centre. Notre dévolu se jette sur un italien. Les cuisines viennent d’ouvrir. En regardant le menu, j’hésite énormément. Pâtes ou Pizza ? Pâtes = La sécurité. Pizza.. cela ferait un peu trop je m’en foutiste. Pâtes cela sera. J’espère que la sauce ne me dérangera pas plus que cela.

Dans le restaurant, tout autour de nous, c’est clairement le RDV dès coureurs du lendemain. Tout le monde à la même stratégie. Gros italien à la veille de la course. Les serveurs ont pas mal de boulot. Je pense qu’ils n’avaient pas anticipé cet afflux. Ils le sauront pour l’an prochain.

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20 h 30 – Samedi – Retour à l’hôtel et dodo. 

Ayé. Le repas est avalé. J’ai marché jusqu’à mon hôtel pour digérer. Ne reste plus qu’à finir de préparer mes affaires pour demain matin. Cela ne me prends pas bien longtemps. Je sais exactement quoi prendre. Et comment ne pas perdre de temps là dessus.

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Ma seule source d’hésitation réside dans la quantité de gel et de pâtes de fruits à prendre. 48 km. Même si j’en prends un avant le départ, et si je me force à un prendre un tous les 10 kilomètres, cela voudrait dire que je pars sur 4 gels sur moi. Je pense que j’en prends trop, mais je le fais quand même. Je suis déjà sûr que je vais en transporter jusqu’à la fin et que je vais les ramener à Paris par la suite. (Petit Spoil : Oui. C’est bien le cas. J’en ai ramené à Paris. Il faudrait qu’un jour, j’arrive à mieux me cantonner. Histoire de gagner quelques grammes… Et oui.. J’en suis là maintenant).

20h50. Je me déshabille. J’ai une dernière mission. J’enfile mon short et me voilà face au drôle de moment « Ajustement du dossard sur le short ». Première et seconde épingle au top. J’enchaine de suite avec les deux autres. Je teste deux ou trois lever de jambes. Cela fait un peu de bruit, mais cela ne me gène pas. Et puis de toute façon, en courant, je ne m’en rendrai vraiment plus compte. Première fois de ma vie de coureur que j’arrive à accrocher mon dossard d’un seul coup. Cela se fête. Vooooodka ! (non je déconne. Maltoooo !).

Je me glisse sous ma couette. J’ai laissé la télé allumée pour me détendre. Je vais avoir du mal à m’endormir. Entre le multi-ligue 1 et le suivi de l’attaque aux couteaux à Paris, j’ai du mal à m’endormir. 23 h 30. Je ne dors toujours pas. Je sombre vers minuit.

 

05 h – Jour de course.  

Le réveil sonne. J’ai énormément de mal à me réveiller. En plus j’ai mal à la tête. Un mal de tête assez atroce. Celui en roulement de machine à laver. L’impression qu’un tambour tangue dans ma tête. Ce n’est vraiment pas agréable. J’espère que cela va passer en m’éveillant. Je n’ai pas envie de prendre une aspirine.

Je me lève et je file pour prendre ma douche. Je me rends compte qu’il n’y a pas de serviette et que j’ai oublié d’en prendre une. Mon cerveau n’est pas encore actif, mais je prends rapidement la décision de squeezer la douche en me disant que de toute façon, je serai dégeulasse dans quelques heures. Tant pis.

Le mal de tête est de plus en plus grand. Je décide à contre coeur de prendre une aspirine. En la prenant, je sais les effets que cela peut avoir sur moi pendant la course. Des cuisses molles, douloureuses, pas dynamiques. Cela m’effraie. Mais je n’ai pas d’autres solutions.

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Place au ravitaillement. J’entame mon petit déjeuner à base de : Saucisson – Pistaches et flotte. Huuuuuuum. Le bon goût de la charcuterie à 05 h 30. ENJOY. Je me force. Je suis incapable d’avaler quoi que ce soit le matin en tant normal. J’ai l’impression d’être un canard qu’on gave. Seulement là, je suis mon propre bourreau de gavage. Coin. Coin.

 

06 h 15. Il est temps de s’habiller. J’ai rendez-vous un peu plus loin en ville avec Pierre. Son grand père peut nous déposer en voiture au départ. Je range rapidement les affaires qui me sont inutiles. Je finis mes préparations en m’asseyant sur mon lit et en laçant mes chaussures. Je fais de plus en plus attention à ma manière de les lasser. J’essaie de bien accrocher l’ensemble du pied. Je serre de manière assez forte l’avant du laçage, mais je laisse un peu de mou au niveau du haut. Je trouve cela plus confortable d’avoir un peu de jeu à cet endroit là. Je m’y reprends à trois ou quatre fois avant de trouver l’intensité parfaite. J’enfile mon sac et simule une accélération dans le petit couloir de ma chambre. Cela semble parfait. On y va !

 

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Il fait vraiment plutôt frais. Les 25° d’hier et la lourdeur ressentie ont disparu. Il doit faire 7 ou 8° et il pleut. Un temps parfait pour courir quelques heures. C’est ce qu’il faut se dire. Le ciel est gris. Voir gris foncé. Je ne suis pas encore totalement réveillé. Le froid tente de me congeler. J’y résiste. J’opte pour la stratégie mentale. Je me dis « Si tu te dis, qu’il fait chaud, que tu es une source de chaleur.. alors l’impression de froid va disparaitre ». J’arrive à m’y convaincre. Cela fonctionne. Le froid rebondit sur moi et s’en va plus loin.

Je rejoins Pierre et son grand père qui nous emmène jusqu’à l’espace de départ. Nous y serons rapidement. Peu de circulation, un dimanche matin, tôt, dans Besançon.

 

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06 h 57 – Zone de départ. 

Nous arrivons au départ. Je veux rapidement déposer mon sac et filer sur la ligne sous l’arche pour être aux avants postes. Il n’y a pas trop de monde encore. C’est étonnant car nous sommes autour de 800 à prendre le départ dans moins de 30 min. Je profite de la queue vide pour déposer mon sac.

Il pleut un peu plus franchement maintenant. Et la quantité d’eau présente par terre laisse présager de ce qui nous attend sur les chemins. Il est trop tard pour moi pour changer de chaussures. Cela va passer. J’y crois.

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Les conditions météo sont vraiment celles que l’on attend sur une course de ce genre pour pimenter un peu la difficulté. Le froid est quand même bien présent. Pierre et moi sommes emmitouflés dans nos vestes imperméables. Stylistiquement parlant, on est pas au top. Mais ce n’est pas du tout l’objectif principal. Il nous reste 30 min à tenir comme ça. Autant ne pas se refroidir complètement.

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La pluie s’intensifie un peu. Nous rentrons dans le bâtiment pour nous mettre à l’abris. A l’intérieur c’est une ambiance matinale d’avant course. Pas trop de bruit. Des gens un peu stressés.. Qui regardent dehors. Les regards cherchent quelques choses pour les aider. Les têtes tournent dans tous les sens. Cela se sent.. il va se passer quelque chose bientôt. J’adore ce genre de moment. Dommage qu’il y ait peu de photographe à cet instant précis. Il y aurait un joli reportage à faire.

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07 h 10. Départ vers le SAS. 

Quand il faut y aller. Il faut y aller.

Nous trottinons en direction de la zone de départ. Nous avons fait à peine 50 mètres en courant. C’est bon. Cela suffit. On est chaud. On se marre. En arrivant, 20 minutes plus tôt, nous avons vu des trailers s’échauffer plus rudement dans des petites côtes partant de la route. Je ne comprends pas trop l’intérêt. A moins de vouloir faire TOP 3 et de devoir partir à fond pour être tout devant. Je ne vois pas du tout à quoi cela sert. Surtout quand on sait, qu’après 300 m de plat, il y a aura une bonne montée directement qui inhibera toute possibilité de rentrer dans un vrai rythme. Bref. 50 m nous suffissent de notre côté.

Je suis étonné. Nous sommes à 15 minutes du départ et il n’y a personne dans le SAS. Nous sommes tous les deux sur la ligne de départ et personne n’est présent. Nous en profitons pour faire une petite photo. On est pas beau comme des camions en rouge et vert.. tout propre.. Presque trop propre ?

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Les coureurs commencent à arriver derrière nous. Comme d’habitude, la plupart semblent avoir peur de se mettre tout devant. Pas nous. On ne pourrait être plus devant. Première ligne. Au milieu.

Une sorte de cercle.. de zone à ne pas franchir se créé derrière. Une bande invisible de 2 m de profondeur semble empêcher les coureurs de s’approcher encore un peu plus. On se marre à nouveau. Que cela soit Pierre ou moi, nous sommes complètement détendus. Nous n’avons même pas l’air déterminés.

Des coureurs affutés et déterminés nous rejoignent maintenant. Là, ce ne sont plus les mêmes que ceux de juste avant. Ils n’hésitent pas à se mettre directement en première ligne. Il y en a qui ont vraiment l’air chaud patate. Je reconnais Sangé SHERPA, tout sourire. C’est drôle d’être sur la ligne avec des champions de ce type là.

Le SAS est maintenant complet. Je ne stresse pas du tout. Il reste encore 2 minutes à attendre et je ne m’inquiète nullement. Je ne suis même pas chaud. Je souhaite un bon courage à Pierre qui me souhaite bonne course en retour. Il me dit qu’il va se mettre un peu sur le côté. La rangée juste devant nous c’est déjà mis en position de départ. Comme s’ils partaient pour une 1000 m. C’est drôle. Pied gauche en avant. Pied droit légèrement en biais derrière. Ils sont au taquet les mecs.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Le speaker fait monter la pression.

Je vérifie ma montre. Le GPS de la Suunto est particulièrement rapide pour la détection. Sur mon ancienne montre, je devais attendre 5 à 15 min pour qu’il me détecte. Là. Au bout de 20 secondes maximum, je suis détecté. Parfait.

La musique de départ est lancée. Elle est vraiment ultra motivante. (Je vous conseille de vous la mettre juste histoire de se mettre dans l’ambiance -> Musique ici).

10. Devant moi.. Ils sont bouillants.

9. Je sautille.

8. Je relâche mes deux bras en direction du sol.

7. Je regarde un petit coup le ciel.

6. Je souffle un grand coup en fermant les yeux.

5. Je les réouvre lentement. La musique monte dans le rythme.

4. Le speaker nous motive à fond.

3. A dans quelques heures.. ici.

2. Ca pousse un peu à droite.

1. Ca pousse un peu derrière. De toute façon. C’est maintenant.

C’est partiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

DEPART : (Km 0 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 00h00min00sec

Je me décale très rapidement sur la droite pour pouvoir prendre de la vitesse sans être gêné. Je me positionne rapidement dans les coureurs de tête.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Après quelques foulées bondissantes, je me retrouve en première ligne. Cela me permet de discerner à l’avance une très grosse flaque à traverser pour quitter la zone de départ. Je n’essaie pas du tout de l’éviter. Osef. Je passe dedans… A fond.

Sortie de la zone de départ. Virage à droite sur la route. Je suis 2ème. Je me dis « T’enflamme pas non plus.. ». C’est tout plat. C’est le début. Tu vas te faire énormément doubler quand tu vas ralentir. J’ai beau me dire cela, mes jambes avancent toute seul. C’est l’émotion du départ surement. Je ne ressens encore rien au niveau de mon état. Nous sommes parti trop vite. Mon corps n’a même pas eu le temps de m’envoyer des signaux pour me signaler de mon état général. Cela va bientôt venir.

Virage à gauche. Première montée en bitume. Cela attaque direct dans le D+. En temps normal, c’est le genre de côte que tu décides de monter calmement. Là. On est dans un autre registre. Ca envoie du gros. Je n’ai aucune idée de ma vitesse à ce moment précis, mais je pense qu’on est sur du 14 km/h dans un bon %. Autant dire que je ne vais pas tarder à exploser à ce rythme. Je tente de tenir encore peu.

Mes jambes commencent à me dire :  » Oh.. Ohhhhhhh. OHHHHHHH.. mon garçon. Tu vas te calmer tout de suite ! C’est quoi ce départ de taré ? Tu trouves ça drôle ? Ca te fait rire ? PAS NOUS. Soit tu ralenties tout de suite, soit nous on déclenche des crampes. Tu vas voir.. C’est agréable aussi. ». Je redeviens un peu plus sage, je me laisse doubler en ralentissant.

Ayé. Cela fait à peine 3 minutes, et j’ai chaud. Je peux enlever ma veste malgré la pluie (un peu plus fine maintenant). Premier virage à droite pour récupérer un sentier. Je passe au pas. Pas mal de coureurs me doublent. Les gens sont un peu surexcités sur ce départ. Comme s’ils étaient pressés. Je joue ma carte de la sagesse en me disant que le parcours est encore long.

La montée continue sur un petit rythme pour moi. J’ai un peu du mal à m’obliger à envoyer. Mes jambes ne répondent pas présentes. Cela avance pas mal, mais sans plus. Comme si j’étais déjà fatigué. Comme si je manquais un peu d’énergie. L’ascension en direction du premier fort continue. Nous passons sur des sentiers assez larges qui permettent de doubler et d’être doubler. J’avance bien d’un point de vu global, mais c’est un peu l’enfer. Je n’ai pas les jambes du tout. J’espère que cela va revenir rapidement. La tête de course est déjà hors de vision. Tant pis.

Fin de la première montée. Je fais le constat que cela va être compliqué sans mes jambes aujourd’hui. Je décide donc de ne pas me forcer à aller plus vite que la musique. Je vais me laisser dépasser en avançant en sous-régime. On verra bien si cela revient un peu plus loin.

 

Km 4 – Fort de Bregille.

Après un simili-monotrace, nous courrons sur un passage en surplomb d’une sorte de douve. Je repère des coureurs en bas à gauche qui passent dans celles-ci à contre sens. C’est très sympa visuellement. Et puis cela permet de se rendre compte de l’écart que les coureurs aux avants postes ont déjà réussi à nous mettre.

J’emprunte à mon tour les douves du fort. C’est encore plus marrant vu de dedans. « Messiiiiiiiiiiire.. Messiiiiiiiire.. Le château est attaqué.. ». Je m’amuse clairement à imaginer ce qu’il a pu se passer ici il y a quelques centaines d’années. Cela donne encore plus de magie à l’endroit. Douves finies. On enchaine sur du monotrace qui longe le fort. Le chemin est bien tracé. On sent que les coureurs du coin s’en donne à coeur joie toute l’année.

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Crédit Photo : Instagram @france3franchecomte

Cette visite du fort dès le début de la course m’a bien plu. Tout de suite cela met bien dans l’ambiance. Le trail des forts tiens ces promesses. Reste maintenant à tenir la mienne.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

J’attaque la redescente. Je ne suis pas à l’aise à 100 %. Je me fais un peu doubler. Les jambes ne sont pas douloureuses, mais j’ai vraiment du mal à accélérer le rythme. Je commence déjà à me trouver des excuses « Tu enchaines un peu trop ces dernières semaines. Ecotrail.. 2 semaines.. Marathon de Paris.. 3 semaines.. Ardéchois Trail.. 2 semaines.. Trail des forts.. et sur chaque semaine tu te manges pas mal de kilomètres d’entrainement, sans jamais trop te reposer.. c’est normal que tu cales un peu maintenant ». Lorsque je me trouve des excuses comme cela, généralement, au bout de deux ou trois minutes, cela m’énerve moi même de m’apitoyer sur mon sort. Je repars de plus belle. Là.. Mentalement je repars.. mais mes jambes ne veulent toujours rien entendre. Tant pis.

 

Km 5 – Fort de Beauregard.

Apparemment, on passe par un second fort avant de redescendre sur le Doubs. Très franchement, je n’en garde pas le moindre souvenir.

J’ai plutôt le souvenir de la fin de la descente. En ville, sur le bitume. Mes chaussures qui claquent à chaque foulée. Mon pas motivé et dynamique. Je commence déjà à imaginer les 3 ou 4 kilomètres de plat derrière. C’est maintenant qu’il faut s’activer un peu mon petit bonhomme. Tu as perdu beaucoup de places et de temps sur la première difficulté. A toi de ne pas en perdre plus maintenant.

 

Km 7 à 10. Trois kilomètres de plat sur les quais. 

Je sais que je suis plutôt bon sur le plat. J’envoie donc. Je double facilement les personnes qui m’ont doublé dans la descente précédente.

Je fais rapidement des écarts. Je m’en rends compte en traversant le premier pont. Le groupe avec lequel j’étais il y a 3 minutes et déjà loin derrière moi. Et je me rapproche d’un groupe devant que je ne voyais même pas au début.

Les quais sont en pavés. Ce n’est pas super pour courir vite. Mais mon entraînement sur les quais de seine m’a préparé à ce genre de bêtise. Je suis très à l’aise.

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Je cours de temps en temps sur les pavés et de temps en temps sur le fin passage au bord du quais. Je me dis qu’il faut me concentrer. Un faux pas et bim. Je tombe des quais. Droit dans le doubs. Je suis en Salomon Sense 6 SG. Sur ce genre de terrain, les crampons sont plutôt à ma défaveur. J’adapte ma foulée de manière à ne pas raper le sol. J’essaie de toujours placer mon appui à l’avant d’un pavé, de manière à ne pas glisser.

La sculpture sur l’ile crache de l’eau. C’est plutôt mignon.

Je rattrape facilement les groupes devant moi, et je ne reste pas dedans. Je les passe à ma vitesse et les laisse derrière moi sans problème. Merci Pierre pour le conseil sur cette partie de la course. J’ai bien fait de laisser sortir les chevaux. Je ne suis pas à 100 % mais cela suffit pour bien avancer. Je cours ces 3 km autour de 3min55sec au kil’ sans m’épuiser. C’est pas mal.

Virage à gauche. Petit tour pour emprunter un pont et changer de rive. Sur le pont, nous avons une vue sur une belle bosse que nous allons devoir passer. La végétation parait luxuriante. Il ne pleut plus à ce moment là. Je rattrape encore quelques coureurs.

 

Km 10. Montée sur le fort de Chaudanne. 

Quelques bénévoles bien placés, nous indiquent ou tourner pour attaquer la montée. Ca commence par un petit escalier. J’avais un peu oublié ce que c’était que du dénivelé positif avec des marches. Je l’avale dans la difficulté. Mes jambes ne répondent pas bien.

C’est parti pour un petit kilomètre de montée, avec 200 / 230 m de D+. En soit ce n’est pas violent comme effort. Mais je n’ai pas les jambes ce matin. Je ne sais pas si c’est la fatigue accumulée depuis quelques semaines ou le réveil trop matinal, mais j’ai du mal à trouver mon rythme. Je me botte un peu le c*l pour avancer.

C’est assez saccadé. Je trouve ma marche rapide en montée assez inefficace. J’ai l’impression de ne pas avancer assez vite. En tout cas par rapport aux autres coureurs qui semblent très à l’aise. Je passe fréquemment de la marche à la course pour me relancer, mais j’ai vraiment du mal à garder un rythme régulier ou à trouver une bonne allure. Ce n’est pas très grave. Je suis là pour réapprendre le D+ de toute manière.

Fin de la montée. Je ne suis pas vraiment essoufflé. Je ne me suis pas donné à fond. Enfin, selon moi, je n’avais pas la motivation pour le faire. Au moins, j’en ai gardé sous le pied pour plus tard. C’est ce qu’il faut se dire.

Le ravito est en vu. Le sponsor HOKA a complètement décorer l’abord du ravitaillement. C’est assez sympa.

 

RAVITO 1 : CHAUDANNE (Km 11 – Cumul D+ = 417 m) 

Temps : 00h56min41sec

Classement : 39ème

Le ravitaillement est en fait un aller-retour à l’intérieur du fort. La porte du fort est divisée en deux passages. A droite on rentre, à gauche on sort.

Juste avant d’arriver dans celui-ci, j’ai taté mes flasques. Je n’ai presque pas bu jusqu’à présent. Je décide donc de zapper ce ravitaillement.

Les bénévoles nous voyant arriver, indique « L’eau c’est par là. Le ravitaillement solide c’est ici. ». Je fais un petit signe de la main pour les remercier, je prends le virage et je ressors comme je suis rentré : A balle.

Le squizage du ravitaillement ne me fait ni chaud ni froid. J’ai ce qu’il me faut sur moi pour tenir les 15 km à venir. D’ailleurs à la sortie du ravitaillement, je pioche une petite pâte de fruits. Je fais bien attention à garder le plastique dans ma poche et à surveiller le chemin devant moi en l’avalant.

Je sais ce qu’il m’attend maintenant jusqu’au prochain ravitaillement. Une descente puis trois bosses. Une première sur le fort de Rosemont, puis les deux suivantes sur La Planoise. Je ne sais pas trop comment je vais les passer. Est-ce que je dois m’économiser pour passer les trois de manière régulière. Ou est-ce que je dois envoyer un peu plus fort sur la première bosse pour rentrer dans un rythme quitte à devoir ralentir sur les suivantes. Je ne calcule pas. J’y vais au feeling.

 

Km 11.5 – Descente de Chaudanne. 

Nous sommes en surplomb total de la boucle du doubs. Il n’y a pas trop de nuages bas à cet endroit. Cela me permet de regarder un peu le paysage. C’est plutôt super joli ce coin. Je me dis qu’il faudrait que je revienne en mode touriste un peu plus tard.

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Crédit Photo : L’est Républicain

Je ne me perds pas trop dans la contemplation. Nous sommes maintenant sur un monotrace légèrement en pente tout en rocher luisant de la pluie qui vient de tomber. C’est ultra glissant. Le moindre mauvais appui peut être synonyme de chute. Je redouble d’attention car en plus, à 1m50 sur la gauche, c’est le gouffre.

La pluie recommence. Le vent souffle un peu. Je décide de remettre ma veste. La pente est un peu plus forte. Nous naviguons maintenant dans un monotrace en zigzag. Les arbres sont relativement proches de nous sur les côtés. J’arrive à prendre ma veste dans mon sac.. retourner les manches.. l’enfiler et la zipper tout en gardant les yeux rivés sur la technicité du terrain. Je suis content de réussir cela maintenant sans me mettre en danger.

Je me retrouve un peu seul dans la descente. Le coureur qui était devant moi à la sortie du ravitaillement a accéléré dans cette partie technique. Et personne ne me rattrape.

 

Km 12.5 – Fin de la descente. 

J’ai le souvenir d’un passage plutôt très technique. Une sorte d’éboulis de rochers/cailloux ultra glissants et assez gros. J’ai un peu ralenti le rythme, mais j’envoie encore pas mal. La preuve, je revoie le coureur qui m’avait semé, 50 m à peine devant moi.

Il s’agit dans ce genre de passage de très bien calculer les endroits où poser son pied. Il faut en un instant décider de l’angle, et du cailloux sur lequel poser son pied en espérant que celui-ci ne se décale pas d’un coup en le heurtant. Mon meilleur conseil pour ce type de passage et d’avoir un pas plutôt lourd et de chercher des appuis dans les zones incurvées. Si votre pied frappe un rocher qui est dans ce type de zone, la pression que vous exercez sur celui-ci sera perpendiculaire à l’espace de frottement entre le rocher et le sol. La probabilité qu’il bouge sera d’autant plus réduite. Par contre, si le terrain est vraiment uniforme et qu’il n’y a pas de renfoncement ou d’inclinaison, je conseille d’avoir des appuis bondissants. Par bondissants, je veux dire qu’il faut avoir des appuis ultra-rapide, très léger. On vient toper le haut des rochers et rebondir dessus. On ne s’appuie surtout pas. On se déplace comme un chat qui saute du sol à la table à manger en se servant de dossier du canapé. Trêve de technique. J’avance bien. J’apprécie ce moment.

Nous traversons rapidement le coin de Velotte avant d’attaquer la montée sur le fort de Rosemont. J’ai rattrapé le coureur qui me devançait sur la partie plate. Je pense à ce moment là que ma course va se passer de la même manière à chaque fois : Je ne vais pas trop me faire doubler en montée. Je vais me faire rattraper en descente technique et par contre, je vais rattraper et dépasser des coureurs dès que cela sera roulant.

 

Km 13.5 – Montée sur le fort de Rosemont. 

Je n’ai pas le moindre souvenir de cette partie de la course. Tout ce qui me revient est un passage d’escalier formé par des rondins de bois ultra glissant. Cela me rappelle un peu certain passage de la Diagonale des fous.. Avec du vent, de la pluie qui trempe et le froid en plus.

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Crédit Photo : Instagram @france3franchecomte

Je me vois encore hésitant dans cette montée. Je n’arrive pas à trouver le bon rythme entre course et marche rapide. J’alterne. Cela fonctionne, mais pas parfaitement. Je n’ai vraiment pas les jambes ce matin.

 

Km 17 – Descente de Rosemont.

Toujours aucun souvenir de ce passage. Je suis un peu dans le coaltar. Je me rappelle avoir pris un gel pour revenir à moi même. Il reste encore 31 km, et je n’ai pas encore l’impression d’avoir commencé à courir vraiment. Est-ce que cela va revenir à un moment ? Je ne sais pas du tout.

Un petit point sur le parcours, le type de chemin emprunté et sur le balisage.

Déjà première chose : Ce trail est tout simplement PARFAIT. Je pense que sur la totalité du parcours (48 km) il doit y avoir – de 15 % de bitume. Et c’est assez rare pour le signaler. Mais surtout, je pense qu’il y a pas loin de 60 à 70 % du parcours qui est du monotrace (du single). C’est le bonheur tout le temps pour qui aime faire de la navigation. Et vas y que cela zig zag, et vas y que cela propose des passages rapides à flanc de montagne en mode tout droit. Tiens, je t’offre un passage à l’intérieur d’un fort.. et hop.. un single qui remonte légèrement te permettant de relancer sans t’en rendre compte.. C’est vraiment top.

Seconde chose : Les bénévoles sont très bien placés et prennent soin d’indiquer clairement le chemin à prendre le plus à l’avance possible en faisant des grands signes. Bon, déjà, ils sont courageux (et merci à eux), car rester quelques heures sous la forte pluie, dans le froid, sans bouger, pour indiquer le passage à des mecs qui cavalent, c’est déjà une mission. Mais en plus, ils le font avec le sourire, en encourageant et surtout en faisant des grands signes très en amont (avec ou sans petit panneau) pour indiquer la route à suivre, les virages à prendre, etc. Franchement bravo à eux.

Troisième et dernière chose : Je n’ai JAMAIS vu un trail aussi bien balisé. Je me suis fait plusieurs fois la réflexion, mais clairement, tout organisateur de trail devrait venir s’inspirer du balisage effectuer sur le Trail des forts. Il y a un balisage en hauteur fréquent. On ne peut que rarement hésiter sur le chemin à prendre. Cela se sent que ceux qui ont placé les rubalises sont des coureurs. C’est toujours à hauteur de vue ou légèrement au dessus de manière à être vu de loin. Pour ce qui est des options entre deux ou trois chemins, il y a clairement à chaque fois une condamnation des mauvais chemins par des rubans, un balisage au sol en amont du virage, un balisage sous format de porte au niveau du sentier à prendre et aussi une confirmation dans les quelques mètres après le changement de direction aussi bien au sol (bombage de racines) et dans la hauteur avec des rubans placés en évidence. Franchement, là dessus BRAVO LES GARS. Je me perds généralement deux ou trois fois sur chacune de mes courses. Là, je ne me suis pas perdu une seule fois. Clap-Clap-Clap !

Fin de la descente. Je me rappelle que nous sommes sur des monotraces qui longent des champs. C’est plutôt sympa à regarder. Mon regard se perd un peu dans la verdure de ceux-ci.

Passage roulant par la Malcombe. J’ai le souvenir de passer à gauche d’un terrain de baseball. Mais peut être que je me trompe. Nous passons à fond dans l’herbe mis haute. Le bruit de l’avant de mes chaussures me signale que j’avance plutôt bien. J’entends les herbes venir se fracasser sur la partie rigide (le pare-pierre) de mes shoes. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. C’est une mitraille à chaque foulée. Je prends le temps de regarder mes appuis. J’apprécie énormément ce moment.

Il a beau pleuvoir depuis le début de la course, je n’avais pas encore les pieds trempés avant la traversée de ce champ. L’herbe à mis hauteur humide, c’est clairement le pire. Mes chaussettes rembourrées sont maintenant gorgées d’eau. Je vais m’en rendre compte un peu plus loin sur le bitume lorsque cela va faire Sploooche – Splooooche à chaque pas.

Au milieu du champ un bénévole totalement fou est en position. Il nous encourage comme personne. Il est en position sur ces deux jambes, légèrement en flexion mais bien maintenu au sol. Il nous tend la main pour taper dedans. Dès qu’on arrive à son niveau, il ouvre la main, tape fort dans la notre et crie un « ALLER MON GARCOOOON ! ». Très sympa !

Fin du champ. Virage à droite au dessous d’un pont. Et c’est parti pour la première montée en direction du fort de La Planoise : Un peu moins d’un kilomètre pour monter un peu plus de 200 D+.

Cette montée est une longue ligne droite avec un bon %. On peut alterner facilement marche rapide et petite relance en courant. Je ne trouve toujours pas mon rythme. J’ai vraiment la sensation de ne pas avoir de jambes ce matin. J’ai beau faire abstraction dans ma tête, rien n’y fait. Je n’arrive pas à m’obliger. Mes jambes me gouvernent. C’est elles qui décident. Je n’ai plus la main sur mon avancée. C’est un mauvais moment à passer. Autour de moi, certains commencent à faiblir. Le silence règne. Nous sommes un petit troupeau éparpillé de 5 ou 6 coureurs. Nous nous tenons depuis 6 km. Au gré des montées et des descentes nous nous retrouvons. De temps en temps, l’un faiblit et on le dépasse. Quelques km plus loin, c’est à notre tour de faiblir et on se fait dépasser. Je n’arrive pas à trouver quelqu’un qui est dans mon rythme. Ce n’est pas grave, j’aime bien avancer seul.

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Crédit Photo : Instagram @france3bourgogne

J’ai réussi à finir la montée avec facilité. Les quelques coureurs devant moi ont un peu calé dans celle-ci. Je me retrouve seul au sommet. J’avale un petit gel. Je repère des fortifications. Il s’agit du Fort de la Planoise. L’endroit est un peu abandonné. Cela donne beaucoup de cachet. Je navigue dans les monotraces avec aisance. Gros virage à gauche, je rentre dans ce qui ressemble à des douves. C’est magique comme endroit. On se croirait dans un roman fantastique. On pourrait facilement imaginer Merlin L’Enchanteur sortir d’un recoin pour nous poser une énigme à laquelle il faudrait répondre pour obtenir le droit de passage. Les arbres ne sont pas très hauts. Ils sont recouverts entièrement de mousses et de lichen. C’est réellement magnifique. On passerait là de nuit, cela ferait un peu « Projet Blairwitch » mais de jour aussi l’ambiance du lieu se fait sentir.

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Crédit Photo : Instagram @Jeremychevreuil

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Crédit Photo : Instagram @goran_mojicevic

Redescente sur des monotraces zigzaguant. Je profite à fond de ce moment. Le parcours est assez pentu pour prendre de la vitesse, mais pas trop pour être pris de vitesse. Je fais fonctionner l’amortie de mes cuisses tout en économisant mes muscles à chaque impact. Je descends bien. Je me trouve plutôt à l’aise dans cette partie. J’essaie de temps en temps de regarder loin devant en direction du passage que je surplombe pour repérer un potentiel coureur qui me précéderait. Ca va trop vite. Je n’arrive pas à en détecter.  Je vois que j’arrive en bas lorsque je repère quelques habitations et une route au loin.

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Crédit Photo : L’est Républicain

 

Km 19.5. Virage à droite sur la route. C’est parti pour 1 km de roulant avant de remonter sur la bosse de la Planoise. Pierre m’a prévenu qu’il y a une grosse montée avec un méga %. Je ne l’anticipe pas tellement. Je suis lancé avec ma bonne descente. Je vais envoyer un peu plus sur le plat. Je repère deux coureurs au loin dans le champ que l’on doit emprunter. Ils sont 100 mètres devant moi. Sur le plat, je devrais rapidement les rattraper.

Un bénévole qui a allié le pratique avec l’agréable signale l’endroit où l’on doit quitter la route pour rejoindre le champ sur notre gauche. Il pleut énormément à ce moment là. Le bénévole à tout simplement accroché le balisage d’un côté au barbelé du champ et de l’autre à l’anse de son parapluie qu’il tient pour s’abriter. Je le félicite pour son ingéniosité en passant.

Je rentre dans le champ. Il y a quelques vaches au fond sur la gauche. Je les regarde brièvement car le passage que l’on prend n’est pas du tout tracé. Il y a des trous et il faut faire attention à ne pas se faire une cheville bêtement. Je reviens sur les deux coureurs qui me précédent assez rapidement. En arrivant à leur niveau, je décide de ne pas rester derrière et les double par la gauche. Dans mon accélération pour les doubler, je ne fais pas attention à mes appuis. Et Sprouuuuch.. Pied gauche au plein milieu d’une bouse. On va dire que ça porte chance. Je finis le champ à bonne vitesse.

Virage à droite. Je traverse une route. Nous allons attaquer la seconde montée de La Planoise (Km 20.7), et cela va être un grand moment. Deux bénévoles nous ont bien encouragé à la traversée de la rue. Un peu plus loin, nous les entendons hurler comme jamais pour encourager un autre coureur qui doit arriver à ce moment là. « ALLLLLLLLLLLLLLLLLLLER MON GARS. C’EST COSTAUD CA. C’EST BOOOOOOON ! ». Le mec doit vraiment hurler, car nous sommes déjà un peu plus haut et le son de sa voix porte plus que le bruit de la pluie qui tombe ou que celui de nos pas qui glissent dans la boue. Cette dernière se fait de plus en plus présente.

La montée commence plutôt tranquillement. Le dénivelé n’est pas trop violent. J’arrive à le passer en courant. Virage sur la gauche. La pente s’accentue un peu. Je repère d’autres coureurs devant moi qui commencent à mettre les mains sur les cuisses. Ils sont à 70 mètres devant.

200 mètres plus loin. Virage à droite. Et là. On se retrouve devant un mur de boue droit dans la pente. J’ai vraiment l’impression d’un dénivelé super important. Le fait qu’il y ait 3 personnes dedans me fait dire que cela doit être vraiment costaud, sinon les écarts de distances ne se seraient pas rétrécis autant.

Imaginez un passage de 250 mètres de long (à peu près) avec un pourcentage de 40 à 50 % de dénivelé. Et ajouter y un sol uniquement en boue glissante sans formes creusées pour prendre appui. Vous y êtes ? Ah oui. Ajoutez le fait que ce passage est relativement large (2 m 50) et que vous n’allez pas pouvoir vous aider de la végétation pour avancer. C’est parti pour quelques longues minutes de galère mais de bonheur.

J’attaque dedans. Je ne vais vraiment pas vite. Dès mes premiers pas. Je me rends compte que je n’ai pas du tout d’adhérence. Je regrette à ce moment là de ne pas être parti avec mes SpeedCross (à vrai dire, cela aurait juste utile à ce moment là et à un autre moment vers le 28 – 29 ème km).

1 pas sur 3 part complètement en cou*lle. J’avance de deux pas, et à chaque fois, le troisième me fait reculer d’un. C’est physiquement rude. Je suis obligé à plusieurs reprises de mettre mes mains dans la boue devant moi pour m’équilibrer. Lorsque je lève la tête devant moi, je me rassure en voyant que les coureurs qui me devancent ne réussissent pas mieux.

Je me demande un instant pourquoi ce genre de passage existe ? Quel est l’utilité au quotidien et historiquement de ce genre de tranché droit dans le dénivelé. Très franchement, je n’arrive pas à imaginer des humains assez idiot pour faire un sentier aussi abrute dans la terre alors que nous sommes dans une région où la pluie est aussi fréquente que le métro parisien aux heures de pointes. Après maintes réflexions, je me dis que cela doit être un endroit par lequel les bucherons locaux devaient balancer les troncs d’arbres pour qu’ils dévalent jusqu’en bas. Je ne vois que cela de possible.

La moitié de la montée est passée. J’ai réussi à trouver une astuce pour grimper un peu plus facilement. Je n’attaque pas le dénivelé tout droit. Je fais des pas en slalomant légèrement. Je forme des S dans ma montée. Mon ratio de glissade est passée de 1 pas sur 3, à 1 pas sur 6. C’est déjà cela de gagner. Je repère au milieu du passage une sangle qui traine au sol pleine de boue qui est reliée jusqu’à un arbre à l’arrivée. Je ne la saisie pas. Je continue à monter avec ma technique des S.

Au 3/4, la sangle commence à se tendre. Un coureur derrière moi la saisit. Celle-ci vient me frotter les jambes et m’empêche de continuer à slalomer. Je décide donc de la saisir. Mes mains sont humides et pleines de boue. Il en est de même pour la sangle qui a cette endroit de la montée n’est plus qu’une sorte de grosse gaine électrique en plastique. Autant vous dire qu’elle ne me serre à rien. Je glisse autant avec mes pieds au sol, qu’avec mes mains sur la gaine. Je finis tant bien que mal la montée en chutant deux fois dans la boue. Une femme en haut assisse. Nous regarde. Dans sa tête, elle doit être assez morte de rire. Mais elle ne montre rien et nous félicite. Merci madame.

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Crédit Photo : Instagram @arnaud.druelle

Ouuuuuuuuf. C’est fini. Je relance en courant directement après cette montée violente pour réactiver les jambes. Il me faudra 150 mètres pour effacer ce qui vient de se passer. Je finis l’ascension jusqu’au sommet sans trop de problème.

Aucun souvenir de la descente qui suit. Je peux seulement vous dire, que je suis maintenant complètement trempé. Ma veste imperméable à bien tenu 2 h. Mais maintenant, l’eau est passée et je ressens mon t-shirt humide qui se colle contre mon abdomen. Cela ne me gène pas trop. Ce qui m’irrite un peu plus est le frottement de celui-ci au niveau de mes aisselles. Je sais déjà que je vais terminer brulé (comme souvent) à la fin de la course à ce niveau là. Je fais abstraction. Je fonce jusqu’au ravitaillement.

(Photo d’illustration du terrain un peu boueux)

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Crédit Photo : Instagram @Caro_fit_coach

 

RAVITO 2 : AVANNE (Km 23.8 – Cumul D+ = 1187 m) 

Temps : 02h22min31sec

Classement : 37ème

Les 24 premiers kilomètres sont passés tout seul. Je n’ai pas l’impression de courir depuis 2h. Je n’ai pas de jambes, mais je n’ai pas non plus la sensation d’être éreinté ou quelque peu épuisé. Je suis tout à fait normal. Trempé. Mais normal. Je vais pouvoir continuer à ce rythme sans problème.

En arrivant au ravitaillement, il pleut très fort. Je ne regarde même pas la partie alimentaire du ravitaillement. Je veux simplement me recharger en eau et repartir. Je dévise ma première flasque. Je la place sous le robinet, que j’ouvre d’un coup sec. L’eau surgit avec une trop grande pression. Cela esclabousse tout à côté de moi. Le bénévole présent aussi (veste noir sur la photo). Je le regarde et lui lance un « Oups. Désolé. ». Il me répond « T’inquiéte. De toute façon je suis déjà complètement trempé ». On rigole quelque peu et je lui souhaite bon courage.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Mes deux flasques remplies à fond, je repars en courant. Nous traversons à nouveau le Doubs par un joli pont métallique dans mon souvenir.

Sur celui-ci, j’ai la sensation d’être plus liquide à l’intérieur qu’à l’extérieur de ma veste au niveau de mon abdomen gauche. Je continue quelques dizaines de mètres pour bien comprendre ce qu’il se passe. J’appuie sur ma flasque gauche à travers ma veste pour vérifier qu’elle est bien fermée. La sensation de liquide froid recommence. Oh le con. Je l’ai mal revissé. J’ouvre ma veste. Je revisse le bouchon avec mes dents. C’est bon. Je vais galérer pour l’ouvrir la prochaine fois, mais au moins cela ne va pas me pisser 1 L dessus.

Km 25. On rattaque une montée. Je suis dans le rythme d’un autre coureur. Nous avançons plutôt pas trop mal tous les deux. Ce n’est pas de la grande vitesse, mais on avance. A un moment, nous nous faisons dépasser par une flèche qui nous dit en passant « Ne vous fier pas à moi, je rejoins un pote devant ». Nous ne l’écoutons pas, et nous rentrons dans son rythme. Au bout de 500 ou 600 mètres mon collègue de début de montée commence à flancher. Je continue à tenter de suivre la flèche. Il me met rapidement un peu de distance. Je ne le vois plus. Je continue l’ascension un peu seul.

Vers le Km 27, un faux plat me permet de rattraper la flèche qui a rejoint son ami. Je les double sur cette partie à mon avantage. Ils vont rapidement me rattraper dans le passage  de montée suivant.

Cela remonte. Je prends le temps de boire un peu. Les deux coureurs me dépassent à nouveau et je m’accroche à leur rythme en laissant tout de même un peu de distance pour bien anticiper le terrain qui est assez technique à cet endroit là. Dans un passage un peu plus pentu, je suis à leur niveau. Un bénévole qui est placé à cet endroit là donne les classements. Je l’entends « 31 – 32 – 33 ». Cool. Je pensais vraiment être un peu plus loin. Cela me motive un peu. Je continue avec eux.

Vers le km 28 – 29, revient le moment où je regrette totalement de n’avoir pas pris mes SpeedCross. Nous sommes sur un monotrace dans un sous bois légèrement en dessous d’un champ. Je pense que le champ doit être gorgé d’eau car la terre est ici ultra glissante. Le monotrace est usé par le passage. Nous sommes dans un dévert’ complet. C’est l’enfer. A chaque pas, votre appui chasse dans la pente. Au mieux, votre pas s’arrête 20 cm plus bas et vous permet de relancer votre foulée, au pire, vous dégringolez dans le décor et touchez le sol sur votre flanc gauche.

C’est mythique comme moment. Les deux gars devant moi n’arrêtent pas de se tauler. Il y en a un qui râle. Je rigole en l’entendant de loin. Et le karma aidant, alors que je me marre, vlaaaaaaaaaaaaaam ! Bibi est au sol dans la boue. Comme c’est agréable. Je repars plus prudemment. Je ne cours presque pas dans ce passage, j’essaie tant bien que mal d’avancer en m’aidant de la végétation et en visant les amas de boue plutôt que les traces de glissades précédentes. Je tombe 2 ou 3 fois sur ce passage. J’ai une petite pensée pour les 770 coureurs qui vont passer après nous. Déjà que là c’est atroce. Pour eux, une fois que le terrain va être labouré, cela va tout simplement être le royaume de la chute, le paradis du cul par terre, l’espace gadoue sur ta veste en veux-tu en voilà !

Je suis étonnamment heureux de voir que nous rattaquons une montée un peu plus droit dans la pente. Au moins, on quitte cet espace « dévert » qui était clairement une belle difficulté du parcours. Cette ultime montée en direction du Fort de Pugey est très boueuse. On peut passer un peu sur les côtés dans la végétation pour éviter les passages infranchissables sans glissade. Les deux coureurs ne sont pas loin devant moi et un autre arrive 100 mètres derrière. Je relance sur la fin de la montée pour les rattraper. J’en double un facilement, et je rattrape le second avec qui j’entre dans le fort.

Un bénévole nous indique l’entrée. Il faut prendre gare à ne pas de se cogner la tête pour s’engouffrer dans le fort. Une fois à l’intérieur, la température est fraiche et cela sent l’humidité. Il fait plutôt sombre. C’est très sympa et atypique de courir en passant par ce genre d’endroit.

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Crédit Photo : Instagram – @Daniel_rnrd

 

Après quelques dizaines de mètres sous terre, se dresse une table avec trois bénévoles. Un pancarte indique « Km 30 » et ceux-ci proposent des bouteilles d’eau et nous disent qu’il y a des poubelles un peu plus loin. (TRES BONNE IDEE DE L’ORGANISATION). Je ne prends pas de bouteille car je suis encore pas mal niveau flotte dans mes flasques.

Pour ressortir du fort, nous empruntons un rouleau d’1m50 de large qu’un escalier en colimaçon nous permet de franchir. On entend des bénévoles au dessus de nous crier « Coupez les virages par l’intérieur pour gagner du temps ». LOL. Ils sont drôles. Cela me détend un peu.

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Crédit Photo : Instagram – @AntoineHoka

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Trail des Forts de Besançon 2018_Vidéo officielle

A la sortie du fort, la lumière de l’extérieur m’éblouie. J’ai clairement l’impression de revivre. D’ailleurs, j’ai l’impression que ce passage m’a totalement réveillé. Mes jambes sont entrain de revenir. Je ne sais pas si c’est le passage des 3 h de course, la barre des 30 km ou le petit parcours sympathique par le fort, mais je retrouve totalement mes jambes. Je me sens drôlement dynamique et maitre de ma foulée. Je décide de prendre un petit gel coup de fouet.

Ce n’est pas du tout un rêve. Je suis en train de retrouver mes jambes. J’avance de mieux en mieux. Je sens même que j’accélère un peu sans le vouloir. C’est top comme moment. Du km 30 au km 34 je profite totalement, et la descente sur BEURE me confirme que je suis en train de reprendre la main sur mon corps. Aaaaaaaaah quel kiffe !

Bon, tout ne peut pas être top à 100 %. Depuis le km 32 (et jusqu’à l’arrivée) je vais avoir l’impression qu’une sorte de bout de bois de 4 cm de long, mais pas très épais s’est glissé sous mon pied, pile poil au milieu en perpendiculaire. J’hésite plusieurs fois à m’arrêter pour l’enlever. Cela sous entend trouver un endroit pour s’assoir, enlever ma chaussure, enlever le corps extérieur et surtout remettre ma chaussette trempée dans mes chaussures trempées. L’imagination de cette dernière sensation m’a convaincu. Je préfère souffrir un peu en courant que de devoir ressentir le fait de rentrer mon pied humide dans une chaussure humide. Serre les dents. Pense à autre chose. Tu sais faire ça normalement mon petit bonhomme.

Un peu par hasard, une musique salvatrice me vient à l’esprit et me prend la tête. Elle me permet d’oublier cette gène dans ma chaussure. Je ne sais pas pourquoi c’est cette chanson qui m’est venue. Je ne l’ai pas entendue ou écoutée depuis des mois et des mois. Je pense que c’est l’ambiance, la pluie et le bien-être de mes jambes retrouvé qui m’ont poussé à la fredonner. Je suis réellement en pleine possession de mes moyens maintenant. Je navigue en toute facilité sur les monotraces qui s’offre à moi. Je me retrouve seul. J’ai complètement semé le coureur avec qui j’étais. Et je ne rattrape encore personne. Je profite du moment tout simplement.

A voix basse, je fredonne : (Le son ici pour se mettre dans l’ambiance 😉 ).

Postééééééé devant la fenêtre
Je guette
Les âmeeeeeeees esseulées
A – la – fa – veur de – l’auuuuuutooooOooooOooomne

Pos – té de – vant la fenêtre
Je regrette
De n’y aaaaaaavoir son – gé
Main – tenant que tu aaaaaaa – baaaaan – donnes

A la – faaaaveur de l’automne
Revient cette – don – ce mééééééélancolie

Un, deux, trois, quatre
Un peu comme – on fredonne
De vieilles mélodies

Ri – vé devant le téléphooone
J’attends
Que tu daiiiiiiiignes – m’appeler
Que – tu – te dé – cides en – fiiiiiiiIiiiiIiiiin

Toi – tes – allures de garçonne
Rompiez’un peu la monotonie
De – mes – jour – nées de – mes nuiiiiiiiits

A – la – faveur de l’automne
Revient cette – dooooooooouce méééééé – lancolie

Un, deux, trois, quatre
Un peu comme – on fredonne
De vieiiiiiiiiilles mé – lodies

Aaaa la fa – veur de l’automne

Tu redonnes
A ma mélancolie
Ses couleurs de – super – scopitOOOOoooone
A la fa – veur de l’autoOooomne

À la fa – veur de l’automne !

J’ai vraiment super bien avancé sur cette partie. Je ne suis pas encore à fond, mais ça cavale de manière très régulière.. avec assurance.. Je m’évade complètement dans l’environnement. Les monotraces par lesquels je passe sont tout simplement extraordinaires. Il y a de quoi jouer à faire de la navigation. De quoi travailler ses appuis rapides dans tous les sens. Des obstacles à passer. Des zones pour accélérer. Des anticipations de virages. Vraiment c’est le bonheur. Enfin, en tout cas pour moi ça l’était. Tu m’étonnes que Thibaut Baronian cartonne. Avec un tel terrain d’entrainement à disposition, tu dois avoir envie de courir H 24. De passer du temps dehors. C’est un délicieux bonheur de trailer à l’état brut.

35ème km. Une belle montée s’offre à moi. Autour de 200 de D+ assez rapidement (en un gros kilomètre). Je débute mon ascension en courant. Je ne lâche rien. Mon souffle ne s’accélère pas tellement. J’ai vraiment retrouvé mes jambes et mon endurance. Je sens que j’en ai encore beaucoup sous le pied. Je continue à bien monter.

Sur la fin de la première partie, après 150 m de D+. J’ai commencé à voir un groupe de trois coureurs. Deux devant qui courent ensemble et un derrière qui semble un peu plus à la traine. Je décide de les rejoindre rapidement. C’est facile pour moi à ce moment là. Le  dénivelé s’arrête sur 200 m en ligne presque droite. J’accélère ma foulée pour revenir à leur niveau.

Me voici dans les jambes du troisième. Je décide de ne pas rester derrière lui. Je me signale et passe à sa gauche. Petit signe de la main pour le remercier. Je continue à appuyer le pas. Je veux rejoindre les deux juste devant dans la montée que je repère. Il reste 50 mètres de D+.

Je me cale dans le rythme des deux trailers. Ils avancent plutôt bien ensemble. Le passage est assez étroit. Je n’arrive pas à trouver un espace pour dépasser. Je temporise un peu. Temporiser me redonne du souffle. Mon rythme cardiaque redescend. Le passage étroit jusqu’à lors s’ouvre un peu plus. C’est le moment.

Je place littéralement une accélération de grimpeur dans l’épreuve de l’Alpes d’Huez sur le tour de France. Ma foulée est très rapide. Je bondis sans toutefois perdre trop de temps en l’air. Je vais chercher des appuis loin devant en hauteur et me hisse rapidement pour enchainer ma foulée suivante. (Bon la comparaison avec un grimpeur du tour de France est un peu romancée.. mais je vis vraiment ce moment comme une attaque).

Un des deux coureurs tentent de s’accrocher à mon rythme. Je le sens. Là. Très proche de moi. Je l’entends presque souffler dans mon dos. Il est dans le rouge, je le sens. Moi, ça va totalement. Je peux même accélérer. J’attends encore 10 m de plus. Petit regard derrière mon épaule droite. Il a la tête penchée vers le sol. C’est le moment de porter le coup de grâce. Je place une seconde accélération. J’ai repéré la fin de la montée un peu plus loin. Je me connais. Si j’arrive à fond en haut, je vais être lancé et je ne pourrais plus m’arrêter. Fluuuuuup.. Fluuuuuuuup.. Fluuuuup.. En une grosse dizaine de foulées, je fais l’écart. Me voici presque en haut. Je ne me retourne pas. Je fonce. Nez dans le vent. En prenant soin de bien assurer mes appuis. Les trois coureurs ont lâché mon rythme. Je peux lancer ma fuite en avant. Cela tombe bien cela redescend.

Je dévale presque à fond la pente. Ce n’est pas le terrain le plus favorable pour moi. Il ne s’agit pas de se faire rattraper maintenant. Je regarde un peu mes cuisses courir. Je suis assez épaté par le fait de n’avoir aucune douleur. Comme si c’était normal après 36 km.

Aucun souvenir des prochains kilomètres. Je crois me rappeler que j’ai vu un mémorial (ambiance Notre Dame de La Libération), mais rien de bien construit dans mon esprit. Ah si.. ça y est. Je me rappelle de deux choses sur ce passage :

La première : Avoir rattraper un coureur seul du 48 km. Plutôt mal en point. De l’avoir encouragé en lui disant qu’il devait tenir. Qu’il était presque au bout. Et que dans pas longtemps c’était grosse bière. Je me rappelle avoir parlé avec lui. Mais je ne sais plus trop de quoi. En tout cas, dans mon souvenir c’était très sympa.

La seconde : Je commence à doubler des personnes beaucoup plus lente que moi. Et vraiment beaucoup. Je tilte au bout du troisième. La route du 28 et du 48 km s’est entremêlée maintenant. Il va falloir faire le finish avec l’autre course. Cela ne me dérange pas tant que ça. Les 10 derniers km, avec mes jambes qui reviennent, m’ont amené à plus de solitude dans ma course. Ca va me faire du bien de croiser des gens. J’ai juste un peu de mal avec le fait de les doubler à fond. Je m’imagine leur sensation : dans la tête, se faire doubler par quelqu’un à fond, alors qu’il a couru 20 km de plus. C’est pas vraiment cool. Ce n’est pas mon genre de m’être les gens mal à l’aise. Je vais tenter de rester le plus sympathique possible et d’encourager ceux qui me semblent dans le dur.

 

RAVITO 3 : MORRE (Km 40.5 – Cumul D+ = 1909 m) 

Temps : 04h15min36sec

Classement : 24ème

Peu de souvenirs de l’arrivée au ravitaillement. Je me rappelle simplement avoir pris la décision de ne remplir qu’une seule flasque et de repartir rapidement.

J’oublie à nouveau de vider la poche de mon short avec tous les déchets. Je commence à avoir le côté droit du short vraiment gonfler. Je me dis « Tu es idiot.. c’est pas possible.. » mais je ne m’en veux pas. Je file.

Juste avant de quitter le ravitaillement, je félicite les bénévoles et leur souhaite un « Bon dimanche sous la pluie » l’air rieur. J’applaudis en partant.

Je prends le temps d’avaler une dernière pâte de fruit et un dernier gel coup de fouet. IL reste autour de 8 km.. je vais filer sans m’arrêter maintenant. On va augmenter un peu la cadence. Ca va chauffer. Mais la distance à parcourir est courte. Ca va le faire.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

 

Je fonce dans une belle petite descente. Je me retrouve à nouveau seul. Mais au final, c’est comme cela que j’avance le mieux je crois. Virage à gauche. Léger faux plat. Et puis j’attaque la dernière vraie petite montée, celle juste après MORRE (vers le Km 41.5). L’endroit est boueux à nouveau. Le sentier de randonnée est en boue intégrale. Des anciennes marches formées par les randonneurs dans la gadoue sont entrain de disparaitre. Les appuis sont fuyants. J’avance tant bien que mal là dedans.

Je repère un peu plus haut un coureur du 48. A sa vision, je deviens un véritable animal. Un jeune lionceau découvrant le plaisir de la chasse. Je laisse la proie à bonne distance. Je n’accélère pas trop de manière à ne pas me faire repérer. J’y arrive plutôt bien. Je m’imagine panthère. Je m’imagine Guépard. Mon souffle disparait pour ne laisser place qu’à mon silence. J’ai même l’impression de tenter de faire le minimum de bruit possible en foulant le sol.

Quelques dizaines de mètres plus loin, le coureur entame un virage sur la gauche. Il va me voir. Ait l’air naturel. Pas trop à l’aise. Comme si tu étais là depuis toujours. Ta-da-di-daaaaaa- ti-la-la-tsoiiiiiin.. je me balade en forêt.. li-la-la.. Mon jeu d’acteur me semblait pourtant bon. Le trailer semble avoir compris mon jeu. Il relance légèrement.

J’attends pour accélérer avec lui. Il reprend quelques mètres de distances. Je les lui laisse. Il me regarde. Je ne veux pas lui donner l’impression que je vais le dévorer de suite.

Lorsque l’on se retrouve dans un sentier ou je suis totalement dans son dos, je décide d’accélérer violemment de manière à réduire l’écart entre nous. Puis dès que cela tourne et qu’il me regarde brièvement à nouveau, je ralentie pour avoir l’air de rien. Je répète la scène trois fois. C’est drôle avec le recul. C’était vraiment une chasse. Un 1 – 2 – 3 soleil, où de toute façon à la fin, j’allais mettre un gros sprint pour le dépasser définitivement peu importe qu’il me dise « vu » ou non.

Quatrième retournement du trailer devant moi. Je suis maintenant à 4 m de lui. Comme si j’avais apparu là. C’est trop tard. Dès qu’il va pencher la tête vers le bas, je vais y aller. Je vais m’annoncer et prendre le large. Ces quelques secondes durent longtemps. J’attends. Patiemment. Prêt. A bondir. Une racine un peu plus haute le ralentit. Il s’aide de son bras droit sur un arbre. C’est maintenant, je le sais. Taaaaak – Taaaaaak –  Taaaaaaak – tak – tak – tak. Je suis passé, et comme à chaque fois, c’est définitif. J’ai encore attaqué sur le dernier quart de la montée. Je pense que c’est mon money-time à moi.

J’espère que la romance de cette chasse au trailer ne me fait pas trop passer pour un animal avide de classement. Ce n’est pas du tout cela. Ce n’est pas tant l’aspect chrono ou une place qui m’intéresse lors de ce genre de moment. C’est véritablement la sensation pesante du moment. Celle-ci même qui vous fait sentir homme face à l’homme. Enfin plutôt animal face à l’animal que nous sommes. C’est très primaire. Mais c’est des grands moments comme cela que j’aime aussi dans le trail.

Jusqu’au Km 44, plus trop de mémoire. A priori, j’ai emprunté à fond le Chemin de la Bro et j’ai traversé à fond le coin de La Chapelle des Buis, mais je n’en garde que peu de souvenirs. Je suis concentré sur ma foulée qu’y s’accélère plus les kilomètres passent. Je sais que la fin est proche, cela me donne encore plus envie d’en découdre.

Les coureurs du 28 que l’on double sont plutôt très respectueux. Ils ont beau être dans le finish difficile de leur course, beaucoup prennent garde à laisser pas mal d’espace pour me laisser passer. Je parle avec certains d’entre eux brièvement. J’essaie d’encourager tout ceux qui m’ont l’air d’être à bout. Si j’étais à leur place, j’aimerais bien que l’on m’encourage dans ce genre de moment là.

Dans la descente qui précède la remontée vers la citadelle, je me rappelle d’un coureur du 28. Il m’a vu débouler à fond derrière lui dans le monotrace. Il s’est senti obligé d’accélérer pour ne pas me gêner. Je lui dis de faire gaffe, que je ne suis pas pressé. Il semble ne plus m’écouter. Il est totalement hermétique à mes conseils. Il accélère encore. Je piétine un peu derrière lui, mais il me raconte des choses un peu insensé. Je reste avec lui car cela me fait rire. Il est complètement à l’ouest. Je connais bien cet état de fin de course. Lorsque les nerfs lâchent complètement.

Dans une descente plus rude, un bénévole nous lance au passage « Attention. Rondin mouillé et très glissant !! ». Je lui réponds un « Merci. T’inquiète ». Je regarde mon collègue du 28 un peu foufou se lancer dedans. Cela ne manque pas. Troisième rondin, et zliiiiiiiiiiiiiip. Paaaaam Paaaam Paaaam fait son derrière sur les trois rondins d’après. J’ai mal pour son coccyx. Je lui demande si cela va. Il se relève avant que je ne l’aide. Ca a l’air d’aller. Il continue. Mais cette fois, d’un air un peu puni, il me fait signe du bras pour que je passe devant lui. C’était sympa ce petit moment. Merci mister’.

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Crédit Photo : L’est Républicain

 

Km 44.5. Fin de la descente. S’en est fini des sentiers. Cela sera Citadelle et finish sur le dur maintenant. J’arrive de haut sur un virage bitumé sur la gauche assez large. Je le prends à pleine vitesse. Il y a beaucoup de supporters à cet endroit là. J’applaudis les mains placées à hauteur de mon front devant mon épaule droite. Les supporters m’encouragent. C’est cool.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Remontée en bitume. Je ne m’arrête pas. J’avance bien dedans. Je prends la décision de passer en marche rapide. Juste un instant. Pour prendre trois grandes gorgées d’eau.

Gorgées d’eau prises. Je me remets à courir. Virage à droite toujours sur le bitume. Je dépasse beaucoup de coureurs du 28. J’en encourage certain.

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(Facile de me retrouver sur cette photo ^^) 

Entrée dans la citadelle. Je crois me souvenir d’un simili-zoo. Mais franchement c’est très vague dans ma tête. Je ne pense plus trop à garder des images du moment. Ma foulée est rapide. Il y a quelques secteur pavé, ou dans un bitume assez lisse. Etant donné la bruine qui finit de tomber, tout est très glissant. Je prends garde à ne pas laisser échapper un appui mal pensé.

Dans les ruelles de cette citadelle, plus rien ne peut m’arrêter. Je suis presque à fond. Pas du sprint. Mais un bon 15km/h comme à l’entrainement. Et après près de 45 bornes, cela fait plaisir de réussir à faire encore cela.

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Crédit Photo : L’est Républicain

Le chemin nous amène jusqu’en bas d’une muraille. Nous allons devoir monter dessus et y courir. Je trouve cela mille fois trop cool. Virage à droite et c’est parti pour un bon petit escalier. Je le monte en courant. Je m’en veux car trois coureurs du 28 le montent en marchant avec un peu de difficulté. J’espère que cela ne leur a pas brisé le moral. Puis en arrivant en haut, j’oublie mes remords. La vue est tout simplement magnifique. La belle boucle du doubs s’imagine. En regardant un peu sur la droite, on arrive à voir la ligne d’arrivée 150 mètres plus bas. Ca y est c’est la fin. Profite maintenant.

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Crédit Photo : Instagram @arnaudmoine

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Crédit Photo : Instagram @Jeremychevreuil

Je cavale sur les remparts. Si bien, que mes chaussures qui claquent le sol avertissent les coureurs devant moi de mon arrivée. Après une bonne ligne droite, se dresse ce que sur le moment j’ai vu comme l’escalier vers le paradis. Un escalier pas trop large, mais pas trop étroit non plus. Composé d’une quinzaine de marches seulement, mais dont la fin semble finir dans les nuages. Il y aurait une photo à faire là.. maintenant.. tout de suite.. Ou bien un playback.. Sur un des solos de Stairway tooooo Heaven ! Ca serait magique. Cette image de l’escalier me reste graver. Même après l’avoir passé.

Je finis le passage sur le rempart. Je repère plus bas un coureur au dossard rouge. Il a bien 250 m d’avance sur moi. Est-ce que je le tente ? Est-ce que je le te tente ?.. Je me pose vraiment la question quelques fois. Un escalier pour descendre des remparts, assez glissant, me fait oublier cette question. Me revoilà sur le plancher des vaches. J’accélère pour sortir du coeur de la citadelle.

Km 46. Virage à droite pour ressortir. Je fais un peu le show pour des bénévoles placés là. C’est assez drôle. Nous enchainons ensuite avec une longue descente tout en bitume. Je fonce littéralement dedans. L’endroit ressemble à ce genre d’espace que j’adore : les entrées de châteaux. C’est déjà beau avant d’y être. C’est déjà l’esprit de château (bon de citadelle pour Besac’) avant le château en lui même. Je le répète mais j’adore ça. Biiiiiiiiiiiiiip Biiiiiiiiiiiiiiiiiiip. Je cavale comme un fou, tout en me disant qu’il faut en garder encore un tout petit peu sous le pied pour finir une fois en bas.

Dans la fin de la descente en bitume, je rattrape un coureur. Nous devons freiner assez fort pour prendre un virage sur la droite indiqué par une barrière blanche placée à 90°. J’arrive au niveau du coureur exactement à 30 cm avant de prendre le virage. Je tente de ne pas le gèner. Je lui fais l’extérieur. Ca va passer.. ça va passer.. Ca Va……….. C’est passé. J’ai senti la barrière contre mon flanc.. mais c’est passé.

Petit passage en descente (toujours aussi glissante) avec des escaliers complètement irréguliers et assez durs. L’adhérence est mauvaise. Il faut bien positionner son centre de graviter. Mes heures d’escaliers à Montmartre m’aident à passer plus facilement ce genre de danger. Je double encore quelques coureurs. Je me débrouille vraiment bien dedans, jusqu’en bas.

Arrivé au niveau du Doubs. Il ne reste plus qu’à traverser un pont et cela sera la dernière ligne droite que j’ai pu repérer hier en récupérant mon dossard. J’enlève ma veste en courant. Je la plie de manière à la placer dans mon sac et à équilibrer tout son poids (plume) sur mon dos.

Je lance mon sprint. Au bout de 100 mètres, je rattrape le coureur du 48 que j’avais repéré. Je suis bien essoufflé. Je lui lance un « Je suis mort. » (L’air rieur). Il me répond « T’as l’air.. » (l’air moqueur). On se sourit. Je fonce.

Traversée du pont. J’y vais à fond. Plus de pitié pour mes cuisses. Elles ont pas eu mal jusqu’à là. Je vais tenter de les attaquer un peu. Descente proche du Doubs. Applaudissements des supporters placés en hauteur à l’abri de la pluie. Je ne lache rien. Je ne suis plus en total Sprint. Je vais finir rapidement les derniers 200 mètres, mais je n’ai plus l’envie de continuer à fond les ballons.

Virage sur la gauche. Mes chaussures rouge resplendissent sur ce tapis bleu.

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Je le prépare. Je passe en vitesse de croisière. Main droite qui tape la cuisse à son passage. Une fois.. deux fois.. Je sers le poing gauche et commence à enrouler le bras devant moi.. Je pose le pied un mètre devant la ligne d’arrivée. Je rebondis les deux pieds dessus. Je le lanceeeeeeeeee. Et le voici.. le voilà.. mon 360° d’arrivée !

 

ARRIVEE : (Km 47.3 – Cumul D+ = 2126 m) 

Temps : 04h51min19sec

Classement Scratch : 21ème

Classement Senior Homme : 18ème

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Je prends un peu le temps de profiter sur la ligne d’arrivée. Je respire. Je fais redescendre mon rythme cardiaque. C’est étrange, mais j’ai encore envie de courir. On me proposerait de repartir en arrière pour faire le retour, baaaaah, je pense que je dirai oui.

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Crédit Photo : Instagram @Shakapeaks

Je m’assoie par terre. Le tapis bleu est gorgé d’eau. Je suis déjà totalement trempé de toute façon. Mes fesses ne ressentent pas l’eau froide du tapis. Je positionne ma Casquette dans l’axe et je prends une petite photo pour immortaliser le moment.

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Après avoir un peu trainé dans la zone d’arrivée et récupéré mon sac. Je fonce en direction de la buvette. Je veux ABSOLUMENT boire une bière fraiche. En arrivant près du bar, le bénévole de la buvette me reconnait : « Alors ? T’as fait combien ? 10ème ou pas ? ».. « 21ème »… « Aaaaaaah. Bah pas de bière gratuite alors.. mouahahahhaahah ! ». « Je t’en prends deux payantes alors ^^ ». Il me sert. Je prends une grande gorgée. La bière est fraiche. La bière est bonne. Il faudrait un jour que je fasse le classement des meilleurs bières (enfin.. un classement des meilleurs moments pour boire une bière) et clairement je pense que la « bière de l’arrivée d’un trail » sera facilement sur le podium. On échange un peu avec le bénévole. Il est super sympa. Il me demande l’état du terrain. Je lui raconte. Il me dit avoir ouvert le tout droit en boue ce matin très tôt. Apparemment c’était déjà l’enfer. Je lui confirme, en lui ajoutant que personnellement j’ai adoré. On se quitte. (Le temps que je boive mes bières et que je revienne pour en prendre d’autres… Mouahaahahhahha).

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Depuis que je suis arrivé, je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai cette musique dans la tête (Laurent Voulzy – Rock Collection). Je pense que c’est tout simplement car je suis heureux. Je passe un bon moment. Ma course s’est au final plutôt pas trop mal passée. Je ne me suis pas blessé. J’ai adoré le parcours et je suis assez motivé pour revenir l’an prochain. Autant dire que c’est un dimanche matin réussi.

On a tous dans l’cœur le ticket pour Liverpool
Sortie de scène hélicoptère pour échapper
à la foule
Excuse-me Sir mais j’entends plus Big Ben qui sonne
Les scarabées bourdonnent c’est la folie à London
Et les Beatles chantaient
Et les Beatles chantaient
Un truc qui m’colle’encore au cœur et au corps
It’s Beeeeeeeeeen a Hard day’s night….

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Crédit Photo : Instagram @k.lao_design

Je passe tout le reste de la journée à profiter du moment. Je rencontre quelques personnes. Je partage. J’échange. C’est vraiment un super dimanche. En rentrant, un peu plus tard dans la journée en direction de la gare, j’essaie de faire le point d’un point de vu uniquement sportif. Je fais rapidement le constat que mes 30 premiers kilomètres et mon absence de jambes complètement sur cette partie est un échec en soit. Mais je pense réellement que c’est l’effet d’une fatigue d’accumulation.. pas du tout d’un manque d’envie. Et puis mon redémarrage sur les 18 derniers m’a beaucoup rassuré. Etre capable d’envoyer plus fort sur le dernier tiers d’une course, je ne le pensais pas encore possible. C’est vraiment mille fois trop cool.

Mon petit passage à vide (de 3 h ^^), me pousse tout de même à me dire qu’il faudrait que je me calme un peu sur le volume pour les semaines à venir. J’ai pour une fois plus de deux semaines avant le prochain trail. Je vais pouvoir prendre un peu de temps pour moi. Me reposer un peu et aussi aller travailler des aspects plus spécifiques. Pas simplement faire du volume pour du volume.

Bref. Cette course a été riche en apprentissage. C’est top. J’avais un peu peur d’avaler ces 48 km sans trop prendre le temps de profiter du goût.. de la texture.. des odeurs.. J’avais un peu peur de ne rien apprendre de nouveau sur moi. Et c’est vraiment au final tout le contraire. J’ai pu m’éveiller à une nouvelle façon de gérer ma course, j’ai pu identifier des points d’amélioration et confirmer le retour de mes capacités dans le dénivelé. Ce n’est que le début de la partie D+ de ma saison, mais je commence à me dire qu’en travaillant bien les axes d’amélioration, cela peut apporter un résultat plutôt pas mal d’ici quelques mois.

Pour ce qui est de la course en soit, je pense que j’ai déjà tout dit. Et vous l’avez compris. J’ai clairement tout adoré. Je n’ai presque aucun reproche à faire (et c’est rare). On verra comment la caler dans mon agenda 2019. Cela risque d’être compliqué vu l’année d’ULTRA que je suis en train de me préparer. Mais en tout cas, je pense que si je ne reviens pas pour le Trail des Forts, je reviendrai courir à Besançon. Le terrain de jeu est trop sympa pour ne le parcourir qu’une fois. A bientôt Besac’ !

Casquemment Verte.

Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

6 semaines après l’Ecotrail de Paris (récit ici), 3 semaines après le Marathon de Paris.. Autant dire que je n’arrive pas frais comme un gardon sur cet Ardéchois Trail. J’ai cette sensation de fatigue d’accumulation en moi. Cette sensation d’anti-fraicheur dans les jambes et dans tout le corps. Cela frisonne de sensations molles. Il me faudrait peut-être quelques semaines de repos de plus pour récupérer parfaitement. Ne serait-ce que pour revenir au moins une fois à 100% de mon énergie et de ma forme (musculairement parlant).

Je me lance dans cette édition de l’Ardéchois Trail comme on sort de son lit un lundi matin après un week-end agité. Avec motivation, mais aussi avec pas mal de difficultés.. de faiblesses.. Heureusement, je n’ai aucun stress (contrairement à l’EcoTrail). Le fait d’avoir fait le parcours l’an dernier, et d’en avoir gardé quelques bons souvenirs me rassure.

Je vais y aller au feeling. Sans trop réfléchir. L’idée n’est pas du tout d’aller chercher une perf’. L’idée c’est vraiment deux choses : (1) Profiter. Y aller au feeling. Aux sensations. Ne pas se forcer. Ne pas tenter de découvrir de l’inconnu.. Et (2) Me tester dans le D+. Voir où j’en suis quand je sol devant moi se dresse.

Depuis octobre dernier (2017), je n’ai pas trop l’impression d’avoir travaillé cette partie du trail. Comment ai-je pu faire les 10.000 m de D+ de la Diagonale ? Sérieusement ?! Je me pose encore la question. Depuis cette dernière course de « vrai » montagne, j’ai beau avoir fait quelques trails (SaintéLyon, Urban Trail d’Issy et l’EcoTrail), j’ai distinctement la sensation d’être beaucoup moins à l’aise qu’avant dans le positif. On verra bien. Ces quelques courses un peu trop roulantes auraient-elles mis à mal mon âme de grimpeur ? Ai-je rangé ma tunique blanche aux pois rouges ? C’est ce qu’on va voir.

 

Samedi – 06 h – Veille de course : Départ de la maison. J’ai préparé mes affaires la veille. Vendredi. La météo annonce jusqu’à maintenant la possibilité d’avoir de grosses précipitations. Cela ne m’effraie pas du tout. Je préfère même presque la pluie à la chaleur.

J’ai opté pour un équipement plutôt léger : Salomon S-Slab Sense 6 SG aux pieds. Chaussettes Nike rembourrées. Caleçon Nike Pro Combat. Short Nike avec short de compression intégré. T-Shirt cadeau UTMB 2017 super léger. Petit Buff des Templiers au cas où. Sac Salomon S-Lab ADV Skin 12 L. Ma nouvelle veste Salomon Bonatti Pro WP M. Quelques gels Gü classiques et des gels Overstims Coup de fouet. 3 – 4 pâtes de fruits. La couverture de survie, et le gobelet obligatoire. Ma Garmin Forerunner 235 et puis bien sûr ma Casquette Verte et hop. C’est bon. Je suis ready.

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J’ai toujours un doute au moment de partir. Est-ce que j’ai oublié quelques choses ? Mes pompes ? Mes chaussettes ? Un papier administratif ? J’ai beau être habitué, le doute est là à chaque fois. C’est systématique. Je me dis qu’il faudrait que je me fasse une check-list à respecter pour les prochaines fois. (Même si je sais très bien que je ne la regarderai même pas ^^). Je me prépare une bouteille de malto.

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Aller. On file. J’ai RDV à la Gare de Lyon à 06h40. Mes trains circulent normalement. J’ai eu du bol sur le coup. Ca m’aurait bien désorganiser si j’avais du y aller en voiture. Ca aurait surtout été bien plus fatiguant.

 

06h40 – @Gare de Lyon. Je retrouve un pote d’école de commerce. C’est drôle de se dire qu’il y a quelques années, on organisait des soirées en boite totalement folle qui allaient souvent loin dans les excès et que maintenant, on se rejoint le samedi matin à la Gare pour partir au fin fond de l’Ardèche pour courir sur les sentiers. Les temps changent. Deux de ses amis nous rejoignent. Ils se lancent tous les trois sur le 37 km. Ils ne semblent pas stressés du tout. C’est très cool !

 

09 h – @Gare de Lyon Part-Dieu. Petit changement de train. Sur le quai, je sors mon attirail pour me confectionner une nouvelle bouteille de malto. Bouteille d’eau. Petit entonnoir rouge. Et vas-y que cela verse de la poudre blanche. Il y a un peu de fumée. Les gens doivent me regarder bizarrement. Une des personnes qui m’accompagne me dit : « Fait gaffe. Ils vont croire aux caméras que tu es en train de faire une bombe ». Il n’a pas tord. S’il y a des gens qui surveillent les caméras, clairement, ils ont du zoomer sur moi. « Est-ce un trailer qui joue au petit chimiste ou un terroriste du système D ? ». Le train arrive. Nous plongeons dedans. Direction Valence.

 

10 h – @Gare TGV de Valence. Nous louons une voiture pour nous rendre à Désaignes. A bien y réfléchir, je me dis que cela ne serait pas de trop que l’organisation développe un peu les moyens d’accès à la course sans voiture. Mettre en place un ou deux bus qui pourraient récupérer les voyageurs à la Gare de Valence et les amener sur le site de la course. Cela donnerait plus d’attractivité à la course, quitte à ce que cela coute un peu plus cher à l’inscription. (Avis à l’organisation : Franchement, cela serait réellement utile et cela permettrait aux coureurs non véhiculés de ne pas se mettre la pression pour venir).

 

Jusqu’à 14h30, nous trainons dans Valence. Petites bières en terrasse, en T-shirt au soleil. Petit restaurant sur la place du marché et puis petites courses au Monoprix du coin. Eau, pistaches, fruits secs.. nous sommes prêts. Cette pause a fait du bien. Il va falloir affronter une grosse heure de route à cinq (nous avons récupéré un dernier coureur dans le groupe) dans une Clio sur les routes enlacées de l’Ardèche. ENJOY.

Au fur et à mesure que nous avançons, je me rends compte que la végétation est bien plus avancée cette année. C’est très très très vert. L’an dernier, les bourgeons sortaient à peine à cette époque. C’était à peine la fin de l’hiver. Cette année, nous avons déjà franchi un grand pas dans le printemps. C’est ravisant. Tout ce vert m’indique qu’il a du pas mal pleuvoir et qu’il a du faire assez bons ces derniers jours. J’anticipe déjà la hauteur des ruisseaux grâce à cela.

 

16 h – @Desaignes : Récupération du dossard. Nous arrivons dans le village. On s’arrête à proximité d’un bénévole pour demander où se garer. Il nous lance « Pééééééé-Yun ». On se regarde. « Il a dit payant là ? ». Il nous relance « Pééééééééé-Yun ». On se regarde à nouveau. « AAAAAAAAH. P1. Okay ! ». #LesParisiensEnProvince. Direction, le parking P1 en contrebas du village.

Un petit sentier balisé permettant de remonter jusqu’au coeur de Desaignes met tout de suite dans l’ambiance. Je me fais deux petites accélérations dedans, juste pour me tester. Comme d’habitude, lors d’une veille de course, les sensations sont atroces. J’ai l’impression d’avoir des douleurs lancinantes dans les genoux et dans les hanches. J’ai appris à faire abstraction de ces mauvaises sensations, plus originaires d’un stress que de douleurs réelles.

Petit tour dans le village. Et on file dans l’école en surplomb pour récupérer nos dossards.

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Comme l’an dernier, les bénévoles qui remettent les dossards sont très sympas. Sans prise de tête. On ressent vraiment que l’on est accueilli chez eux. Dans leur village et qu’ils sont plutôt contents de voir du monde venu d’ailleurs.

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Je pioche 4 épingles au passage et c’est reparti. Direction la place du village pour récupérer le T-shirt (participant et non-finisher) de l’Ardéchois. J’adore les ruelles à cet endroit. Le côté petits fanions qui virevoltent à 2m50 du sol donne du cachet.. de l’âme.. on a l’impression de participer à un événement.. à une fête. C’est sympathique.

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Le t-shirt de l’an dernier était plutôt sympa visuellement parlant. Par contre, il avait un gros défaut : Le flocage. C’était le genre de flocage qui reste collé à la peau dès que l’on sue un peu du torse. Celui-là même qui vous amuse lorsque que vous jouez avec votre t-shirt en rentrant chez vous : « Regaaaarde. Sluuuuuuuuurp.. Spaaach.. on dirait une seconde peau… ». L’hiver, l’automne, cela ne dérange pas lorsque l’on court avec plusieurs couches. Mais clairement, l’été c’est pas super super agréable.

Cette année, l’organisation semble avoir pris en compte ce détail et a produit un flocage de meilleur qualité. (Faudra que je le teste dans les jours qui viennent.. je verrai bien). En tout cas, le t-shirt reste toujours aussi sympa visuellement parlant.

Bon. Par contre. Je ne suis pas un expert en Marketing.. et encore moins en Marketing du sport. Mais étant donné que le sponsor officiel de la course est La Sportiva. Je placerai bien le logo de la marque sur le t-shirt. Quitte à demander une redevance un peu plus grande auprès de la marque (qui j’en suis sûr fait déjà un bel effort pour se positionner en partenaire officiel de la course). Mais cela paraitrait logique ? Non ?

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T-shirt récupéré. On va pouvoir aller poser nos affaires à l’hôtel. Je vais surtout pouvoir m’allonger 20 minutes sur un lit. Cela ne va pas me faire de mal. En partant, je croise deux jeunes d’Extra-sport que j’avais déjà croisé sur le Salon du Running il y a quelques semaines. Petite photo du community manager et hop. Je file.

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

 

17 h 56 – Hotel @Le Crestet. 

Nous récupérons nos chambres. La gérante de l’hôtel est au petit soin avec nous. C’est agréable. Les chambres sont fonctionnelles, c’est parfait. Je me pose quelques dizaines de minutes sur mon lit. Je suis assez fatigué de la journée de voyage. Je me dis qu’il va falloir se coucher tôt ce soir pour être en forme demain matin.

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La petite sieste me met un sacré coup de fatigue. Alors que j’étais plutôt excité toute la journée, je commence à me sentir physiquement ailleurs. Flippante impression de fatigue à 14 h du départ d’un 57 km. Je me sors du lit et je consulte la météo pour demain. Cela s’annonce mieux que prévu. De la pluie, on en aura, mais cela ne sera pas les orages qu’on nous annonçait. Tant mieux. Je prépare mes affaires pour le lendemain. Je ne veux qu’avoir à les enfiler le matin.

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19 h 48 : Pasta party – @Desaignes.

15 petites minutes de route. Et hop. Direction la Pasta Party. Je n’en ai jamais fait. J’espère que je vais pouvoir prendre des pâtes sans trop de sauces et qu’il n’y aura pas de tentations irrésistibles.

Sur le chemin de la tente « cantine », je remarque une pancarte fléchée.

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Je me dis qu’ils ont du tout mettre dans le D+ et rien dans le DOSSARDS. J’imagine un instant que ce sont les enfants du village qui ont fabriqué ces pancartes. Je n’ai pas de critiques à faire.. niveau orthographe, je n’ai pas de leçons à donner. Cela me fait rire tout simplement.

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Nous voilà à la Pasta Party. Devant, une queue qui s’allonge pour rentrer dans la tente. On se croirai devant un Apple Store le jour d’une sortie de nouveaux produits. Sur notre droite, quelques organisateurs jouent aux boules en buvant des Ricard. L’ambiance est sympa. Ca se chambre pas mal. Nous, nous sommes complètement fatigués. Le passage par l’hôtel nous a mis un sacré coup de barre. Nous n’avons qu’une seule envie. Manger et aller nous coucher.

Nous entrons dans la tente. L’organisation est bien rodée. Sur la gauche, une caisse filtre les entrées. Dans la salle, de longues tables recouvertes de nappes blanches et rouges permettant d’accueillir pas mal de monde. Sur la droite : Les cuisines et surtout le bar. Où certains semblent avoir bien pris bonne position. C’est bon esprit. La salle se remplit vite. Nous devons être facile 200 je pense. Les organisateurs s’activent à fond pour nous servir. Le staff fait des allers-retours à toute bringue entre les cuisines et les tables. Bon. Certains semblent avoir passer une bonne fin d’après-midi au comptoir, mais ils assurent avec sympathie et vitesse. C’est sympa à voir.

Je ne vais pas vous le cacher. Je ne suis pas fana du coup des « lentilles » et du « yaourt » à moins de 12 h d’une course. Les pâtes sont satisfaisantes et le désert donne un petit coup de sucré. Ce n’est pas de la grande cuisine. Mais c’est l’essentiel de ce qu’il faut pour demain.

Pour vous décrire l’ambiance, il faut d’abord prendre en compte que nous sommes totalement épuisé. Les nerfs à vif. C’est de la fatigue mentale. Alors que nous sommes servis, sur la scène à gauche, se lance un groupe de musique. Le même que celui que j’avais vu sur le parcours l’an dernier. Bien déguisé, ultra motivé et avec un répertoire assez marrant.

En face de nous. Les gens commencent à danser assis. Et vas-y que cela se prend par les épaules en allant de gauche à droite… et vas-y que cela tape des mains… On se croirait dans une colo géante pour adulte consentant. Le bruit est relativement fort. Pas facile de s’entendre parler. Le groupe de musique est chaud comme la braise. C’est drôle à voir. Nous, nous sommes mort de rire. Mentalement, nous avons craqué. C’est trop dur de ne pas être pris par l’ambiance. 2 des 5 que nous sommes succombent à la tentation de prendre une bière. Un en prend même trois.  » Respect mec ! Tu risques de les regretter un peu demain « . De mon côté, je reste sérieux. J’ai beau avoir le plus profond respect pour le mépris que j’ai des règles du « bon coureur ».. ce soir.. cela sera flotte et rien d’autre.

Nous repartons. Totalement épuisés. En ressortant, nous croisons l’arrivée du repas de demain. La fameux boeuf à la broche. J’avais jamais vu un aussi gros bout de viande d’un seul tenant. C’est assez impressionnant. (Et clairement, cela donne envie !). C’est assez drôle de se dire que pour la première fois de ma vie, mon repas est transporté au tractopelle.. pourquoi pas !

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21 h 06 : Retour à l’hôtel et au lit. 

Ayé. Nous sommes à l’hôtel. Il fait plutôt bon ce soir. Je regarde à nouveau la météo. Il va faire plutôt frais (mais pas trop) et il devrait pleuvoir (mais pas trop non plus). Pas d’inquiétude. Je fais un petit tour sur la terrasse pour respirer. Je sympathise avec le chien de l’hôtel. Il me regarde l’air de dire :  » Je connais les chemins que tu vas parcourir ! ». J’ai envie de lui répondre « Tu viens avec moi demain ? ».

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Retour à la chambre. J’épingle mon dossard à mon short. Tout est prêt pour demain. Je me glisse dans mon lit. J’allume la télé. Je tombe sur BFM. RAS. J’éteins 45 minutes plus tard. Je m’endors rapidement. Tant mieux.

 

05h55 : Jour de course. 

Le réveil doit sonner dans 5 min. Mais je me suis déjà réveillé. J’ai clairement la tête dans le c*l. Je tente de m’activer un petit peu en sautillant et en m’étirant un peu les bras, le dos et la nuque.

J’avale quelques grands gorgées d’eau. J’ouvre de quoi me ravitailler. Au menu du petit-déjeuner ce matin : Raisins secs – Un paquet de mini bâtons de berger (Justin Bridouuuuuuu) et un paquet entier de pistaches. Je me force. Je n’aime pas du tout manger au réveil. Enfin, le matin en général. Le goût du saucisson à 6 h du mat’, franchement, il y a plus agréable. Les pistaches par contre, c’est ma passion.

La scène qui se joue dans ma chambre est digne d’un film d’auteur sur la misère de l’homme dans sa solitude de son destin. Je suis entièrement nu. Debout. Devant la télé. Je grignote des poignets de pistaches en prenant bien garde à ne pas faire tomber les coques. J’en fait tomber quelques unes. Les coquines, elles se sont glissées sous le lit. Deuxième plan magnifique de la matinée : Moi.. nu.. à quatre pattes.. en train de tendre mon bras sous le lit pour trouver les coques éparpillées. Je vous laisse ne pas imaginer la scène.

Je file à la douche. Juste avant, (désolé d’avance pour ce moment) j’arrive à « poser mon cake ». On le sait.. c’est un sujet un peu « tabou ». Et pourtant.. c’est vraiment un sujet important pour un coureur. D’autant plus pour un trailer qui part sur une moyenne distance. Est-ce que je vais réussir à passer aux toilettes avant la course ?.. d’habitude, je n’y arrive pas et cela me stresse au départ de la course. Là.. cette fois-ci. Ta-dam (je ne suis pas sûr que Ta-dam soit l’expression approprié) cela fonctionne. (fin de la partie pipi-caca de mon récit 😉 ). La douche est agréable. L’eau chaude glisse sur moi. Comme à chaque fois, je profite de cet instant pour prendre mon temps. Respirer un peu. Faire le point sur ce qu’il va se passer dans quelques heures. Je sors de la douche. J’enfile mes affaires. Je suis à l’aise dedans. Petit brossage de dent. Et hop, on range les affaires et on sort.

Arrivé dehors. Surprise. Il pleut. Et puis il pleut bien. Les petites marres d’eau formées dans le paysage m’indiquent qu’il a du pleuvoir plus qu’un petit peu cette nuit. Je me demande si je ne devrais pas mettre mes Salomon Speedcross. La question est vite résolue. J’ai la flemme de réouvrir mon sac et de me changer. Je resterai en S-Lab Sense 6 SG. J’enfile ma veste. La pluie n’est pas trop froide. Elle trempe bien, mais ce n’est pas désagréable. C’est presque parfait comme temps au final.

 

07h22 : Arrivé au parking PééééééYun. 

Nous voilà sur le parking. Il y a déjà pas mal de monde. Les gens semblent s’activer dans tous les sens. Nous, de notre côte, nous semblons encore tout endormis. Mon corps n’a pas encore compris ce qui va lui arriver dans 40 min. J’ai du mal à le réveiller. Je sautille. Mais je n’insiste pas plus que cela. Il y a pas mal de vent. Les nuages pas très hauts avancent vite dans le ciel. Cela promet des bourrasques plus importantes sur les hauteurs. Je me sens bien dans ma veste.

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Je quitte mes collègues pour rejoindre la ligne de départ. J’aimerai bien me mettre à l’avant cette année, pour ne pas me retrouver bloqué dans les premières montées. Je leur souhaite bon courage.

 

07 h 39 : Ligne de départ. 

Bon. Ben.. Cela ne servait à rien de se presser. La place est encore plutôt vide à 20 minutes du départ. Je prends un peu de temps pour vérifier les gels que j’ai pris dans mon sac. Gü à droite.. Overstims à gauche.. et deux pâtes de fruits de chaque côté. Les deux flasques de flotte ne me dérangent pas. Je dois être habitué maintenant. Petit selfie, on met l’Iphone en mode avion, et hop dans le sac. Je suis prêt.

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Je fais quelques pas chassés dans un sens puis dans l’autre. Deux petites accélérations de 20 mètres. Je rebondis sur mes jambes. Ayé. Je suis prêt. Pas tout à fait réveiller. Mais je suis prêt. Quelques personnes qui me connaissent viennent discuter avec moi ou prendre un selfie. C’est plutôt sympa.

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5 minutes avant le départ. Je me place sur la ligne de départ en plein milieu. Je n’ai plus aucune gène à le faire. Je lance ma montre. Le GPS s’active directement. Parfait. Je n’ai plus rien à penser.

J’entends l’organisateur parler à la foule dans le micro : « Attention.. ne partait pas trop vite.. les 10 premiers kilomètres sont vraiment les plus difficiles…. ». Je ne l’écoute pas trop. Je ne sais pas si c’est de l’arrogance ou la connaissance de mon corps, de mon niveau et du terrain, mais je ne fais plus trop attention aux conseils extérieurs. J’ai l’impression que jusqu’à présent ma méthode de fonctionnement « au feeling » a plutôt pas trop mal marché. Pourquoi en changer.

 

40 secondes du départ. 

Je ne me concentre pas plus que cela. C’est presque devenu normal. Je n’ai pas fait de plan pour cette course. Je n’ai pas anticipé mes temps de passage. J’aimerai bien faire un peu moins que l’an dernier (06h15min), mais cela ne serait pas grave de faire le même temps. Tout ce que je me dis, c’est que je dois voir ces quelques heures devant moi comme un bon exercice, aussi bien pour me tester que pour réapprendre à courir dans le technique.

Pour ne rien vous cacher, j’ai beaucoup moins peur qu’avant. Au final, je n’ai peur que de moi. Je n’ai presque plus peur des choses extérieures, des choses étrangères. La course en elle-même et les difficultés qu’elle propose ne m’effraient pas. Je n’en prends pas compte. La seul chose dangereuse pour moi, c’est moi.

10. Aaaaaaaaah. Cela y est. On va pouvoir partir.

9. Pas besoin de partir en sprint. Il y a le petit tour dans le village d’abord.

8. Pas de bousculades. Surveille tes pieds sur les premiers mètres.

7. Ne suis pas trop longtemps les premiers. Le 57 km part en même temps que le 37.

6. Il ne pleut plus. Je vais rapidement enlever ma veste.

5. Respire à fond.

4. Petit haussement d’épaules pour inspirer.

3. Relâchement des bras pour expirer.

2. Aller.. On y est presque.

1. Prochain arrêt.. Km 23 pour le premier ravito.

0. C’est partiiiiiiiiiiiiii !

Cela ne démarre pas trop vite. L’organisation inhibe un départ au sprint. C’est plutôt bien foutu. Petite montée. Virage à gauche. On redescend. Le bruit des chaussures de trail qui tapent le bitume est assourdissant. J’entends derrière moi : « Héé. Mais pourquoi on part avec les premiers là.. ». LOL.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

Le flot s’écoule dans les ruelles du village. Je ne tente pas d’accélérer. Je me place sur le côté pour ne pas être gêné et pour bien voir le sol devant moi. Quelques coureurs se positionnent en forçant un peu le passage. C’est totalement inutile à mon avis, mais bref. Virage à gauche. On passe par l’arrivée. Je regarde la route à droite. Je sais que je repasserai par là tout à l’heure. Je suis en 30 – 40ème position selon moi. L’arche est en vue. Je suis à l’extrême gauche du passage. Cela va vraiment commençait maintenant. Petit coupage de route par un autre concurrent qui se positionne. Je crochette à droite pour l’éviter. Je me remets dans l’axe. Et paaaaaaf. Arche passée. C’est partiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

 

DEPART : DESAIGNES (Km 0) 

Dès les premiers mètres, je place une accélération afin de rattraper le groupe de tête. En quelques foulées, je les ai rattrapés. Je me positionne dans la queue de celui-ci. Je suis dans les 5 – 10 premiers. Cela me fait bizarre. Mais je n’y pense pas trop.

Je me concentre plutôt sur les kilomètres à venir. Je le sais très bien. Le début de cette course est réellement difficile. Cela part directement dans le D+. Pas un dénivelé violent.. mais simplement un dénivelé piégeant. Il est assez faux-plat pour courir, mais un peu trop pentu pour être à l’aise. Et c’est comme ça pendant quelques kilomètres. Juste de quoi se mettre dans le rouge dès le début.

En soit, c’est simplement 6 km et quelques choses comme 400 m de D+. Ce n’est pas violent. Mais au démarrage. Cela pique grave.

 

Je démarre plutôt bien. Les 500 – 800 premiers mètres sont rassurants. Je ne m’essouffle pas. J’arrive à tenir le groupe de tête facilement. J’ai même l’impression que si je le voulais, je pourrais attaquer pour prendre la manoeuvre de la course. Je m’oblige à me remettre du plomb dans la tête. « Tu n’es pas venu pour ça.. » – « Joue pas au con.. la route est encore longue.. ». « Concentre toi plutôt sur ton souffle.. car même si cela te parait facile maintenant, on en reparle dans quelques km ».

 

J’ai bien raison. A partir du km 1. Mon corps me fait payer. Il se réveille. La grande claque que je viens de lui mettre n’est pas passée inaperçue. Il se venge. J’ai énormément de mal à avancer au rythme des premiers dans la montée maintenant. Je reste à l’affut, mais c’est dans la douleur. Je sais que je dois passer par là, pour être à l’aise dans quelques temps. Mais ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas un moment que j’apprécie. C’est un peu la sensation physique que l’on a lorsque l’on se réveille en retard un jour d’examen ou de RDV important. Le corps ne suit pas.. mais toi tu avances.. tu dois avancer. Je continue donc à marche forcée.

J’ôte ma veste, ainsi que mon buff. La fraicheur devrait m’aider. Ou du moins, cela sera plus supportable. Je me rappelle bien de mon départ de l’an dernier. C’était exactement la même chose.. mais en pire. Ce petit « mais en pire » rôde dans ma tête. Et me revoir un an plus tard, au même endroit, en souffrance, mais un peu plus à l’aise.. cela me fait du bien. Je tiens grâce à cela.

 

Km 3. Dans le DUR complet. Je m’oblige mentalement à continuer à avancer pour rentrer dans mon rythme. C’est très éprouvant mentalement et physiquement. Je décide de ne pas jouer au con. Je ralentis de temps en temps pour ne pas exploser. Je me fais un peu doubler. Ce n’est vraiment pas grave. Je m’en fous complètement. Cela ne m’atteint pas. Je ne regarde même pas si je me fais doubler par des 37 km (dossards bleus) ou par des 57 km (dossards rouges). Je ne tente pas non plus de suivre les coureurs qui me doublent. Je tiens vraiment à rester dans mon rythme. Enfin, surtout je tiens vraiment à rentrer dans mon rythme. Cela va encore prendre un peu de temps. Je le sais.

Dans ces moments là, la meilleur façon pour survivre selon moi, c’est de penser à totalement autre chose.. Et si on y arrive pas (comme moi), il faut philosopher :  » L’action n’apporte pas toujours le bonheur, sans doute, mais il n’y a pas de bonheur sans action. » C’est avec quelques phrases de ce type que je continue mon ascension. Cela fonctionne. En serrant les dents. Mais cela fonctionne.

 

Km 5. Bon.. J’ai laissé partir la tête de course. Je suis toujours plutôt à l’avant, mais je dois être dans les 30 – 40ème place. Je fais le point : Je suis toujours très mal à l’aise. Les faux plats montant encore « courables » sont maintenant tous derrière. Tant mieux. Je n’y arrivais vraiment plus. J’ai même eu cette pensée que j’ai toujours dans le lancement des courses : « Aller. Arrête toi. Va faire la course avec tes collègues. C’est pas si important que ça. En plus je suis sur que tu m’amuseras plus ». Impossible pour moi de ne pas l’avoir. Par contre, j’arrive toujours à y résister. « Il est toujours trop tôt pour abandonner ».

Petit km de vrai montée maintenant. La pente permet de passer en marche rapide sans trop perdre de temps. Je l’avale assez facilement. Je commence à suer. C’est normal. Je suis content, car j’ai l’impression de m’économiser en passant en marche rapide. C’est bon signe.

 

Km 6. Le balisage nous fait quitter le sentir de 4×4 et nous mène vers un chemin qui descend en dévert, ambiance monotrace recouvert de feuilles de chataigners. J’envoie un peu sur les premiers mètres pour me tester. Pas de problème. Je discerne quelques grosses pierres à éviter dans les feuilles. Elles sont plutôt visibles, mais il faut faire attention. Premier virage dans le négatif. Je le prends avec aisance. Je suis plutôt content. Je suis relativement à l’aise dedans. Je ralentis un peu le rythme histoire de ne pas me briser les cuisses et les muscles fessiers trop tôt.

Je me fais un peu doubler. Je laisse passer les sauvages du D – en m’écartant bien à l’avance. J’ai appris à ne pas me mettre la pression par ce que quelqu’un déboule derrière. Cela ne sert à rien d’accélérer pour ne pas se faire dépasser. La seule chose que cela peut provoquer, c’est un mauvais appui.. une chute ou une blessure. Et quand tu n’es pas encore rentré dans ton rythme. Ce n’est pas le moment. Alors à chaque fois qu’un taré déboule.. clignotant sur le côté. Je laisse passer.

Sur la fin de la descente. Je me teste à nouveau. Accélération dans les sorties de virages et relance à fond. Je place mon corps en avant. Je prends de la vitesse facilement. Rapidement, je rattrape les barbares du début de descente. J’attends gentiment derrière eux. Je les doublerai dans la remontée.

 

Km 7.5 : On attaque la première vrai difficulté. On va vraiment voir ce que l’on est capable de faire aujourd’hui là dedans. Si ça casse directement ici, je le sais, derrière cela va être un long chemin de croix jusqu’à l’arrivée. Si cela passe, je n’aurai qu’à gérer mon allure pour aller au bout sans problème.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

Je me débrouille bien. J’arrive à alterner course quand c’est possible et marche rapide. Pas besoin de mettre les mains sur les cuisses. Ca passe tout seul. Le fait de pouvoir repasser en course fréquemment me rassure totalement sur mon état physique. J’ai le souvenir d’avoir lutter l’an dernier en marche rapide dans ce passage. Cette année, j’y suis très à l’aise. Mes jambes sont légères. (Je pense que le choix des chaussures doit jouer aussi). J’y prends du plaisir. Et surtout j’ai l’impression de m’économiser dans ce genre de partie. C’est top !

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Un mec en orange est juste devant moi. Bâtons à la main. Il ne les utilise pas. Je ne vous refais pas mon paragraphe sur l’usage des bâtons selon moi, mais en gros : Si je ne prends pas de bâtons.. c’est exactement la même raison que si je n’écoute pas de musique en course officielle : c’est car je considère que c’est une aide trop grande. Ma pratique du trail et surtout le plaisir que j’y prends passe par des sacrifices, de la sueur et de temps en temps de la souffrance. S’accorder des bâtons ou de la musique ça serait pour moi comme faire un short-cut pour terminer plus vite. (Après, pour les autres. Pas de problèmes hein. Ce n’est que mon avis perso.. par rapport à moi même 🙂 ).

Revenons à mister Orange. Ils les portent donc mains droites ces bâtons. De mon côté, je suis toujours très à l’aise, je trottine dans la montée en prenant des appuis totalement par la pointe des pieds. Je me sens plus rapide, j’essaie donc de le doubler sans me mettre dans le rouge. Je fais 3 ou 4 essais. A chaque fois. Je suis gêné par ces bâtons. Ca me soule un peu.

Je ralentis et reste derrière. Dans un virage. Je le double par l’intérieur. Il s’accroche à mes mollets (pas physiquement hein ^^). Et là (c’est pas de sa faute hein), je commence à entendre sa respiration que je n’entendais pas de derrière. Il respire terriblement fort. Tu sens qu’il est dans la zone rouge complètement. J’entends un boeuf à moins de 1m50 de moi. Franchement, tu te demandes s’il ne va pas exploser en vol. « HeuuuuuuuuuuuuuUUU..FOuuuuuuuuuuuuuu.. HeUUUUUUUUUUU..FOuuuuuuuuuuuuuuuu ». Quand ça dure 15 secondes, ça passe, pas de problème, mais au bout de 2 min. Tu as juste envie de te retourner et de dire : « Mec. Arrête toi deux secondes. Tu es en sur-ventilation totale. Fait un truc. Je sais pas. Prends un Hollywood.. détends-toi.. J’arrive même pas à entendre les éoliennes ». J’accélère un peu pour mettre son souffle à distance. Adios éole orange.

Un peu plus loin, dans une montée en terre bien attaquée par la pluie et le ruissellement. J’arrache un gros bout de terre en prenant un appui. Un trailer est juste derrière moi. Je m’excuse aussitôt. Il me dit en rigolant : « Laisse du chemin pour les autres ». Cela me fait rire. Je me demande si j’aurai eu autant d’humour (et surtout de lucidité pour sortir ce genre de blague à ce moment là).

Sur les 500 mètres suivant, je pense à l’impact du trail sur ce genre de terrain. Je pense que nous avons réellement un impact négatif sur les chemins. Nos crampons créés forcément de l’érosion. Et autant dire qu’avec plus de 2000 personnes qui doivent passer au même endroit, cela doit être un carnage après la course. Je me demande comment régler ce problème pour ne pas détruire les sentiers tout en pouvant en profiter tout de même. Des simples dons aux associations locales de coureurs ne sont pas suffisants selon moi. Il faudrait peu être que je mettre à ma manière la main à la patte. Monter une association de réparateur de chemin post-trail. Pourquoi pas. Penser à ce genre de chose me permet de m’évader. Je finis tranquillement la montée. Plus 800 / 900 m de D+ avalé. Ca m’a réveillé. Cela va commencer à aller mieux maintenant.

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Copyright – CM Ardéchois Trail. 

 

Km 10. Montée finie. On bascule dans la descente. Je peux relancer. Enfin, en réalité, j’ai déjà relancé. J’ai pris l’habitude de me remettre à courir dans les fins de montée. Comme j’arrive à un terrain un peu plus plat, puis dans la descente, la relance est moins difficile. Je ne pense pas que cela puisse être facile pour tout le monde, mais je conseille cette tactique. Cela demande simplement un peu de motivation.

Dorénavant, cela avance très très bien sans forcer. Ma foulée se déroule bien plus naturellement qu’au début. Je vais bientôt rentrer dans mon rythme.

Le début de la descente est synonyme de début de la pluie aussi. Nous sommes dans des espaces plutôt dégagés. Le vent souffle. Parfois de face. Parfois de 3/4 face depuis la gauche. J’ai transpiré. Je vais avoir froid si je reste comme cela. J’enfile ma veste.

En la prenant depuis la poche extensible de mon sac, je fais tomber mon buff. FREIN A MAIN – STOOOOOOOOP. Je m’arrête sec. Aiiiiiieeee. Je le ramasse vite et repart en sens inverse. C’est vraiment atroce ces petits arrêts à la façon frein à main. Les cuisses, le dos et les genoux prennent tellement cher. Je pense qu’un défi avec des stops spontanés comme cela pourrait se monter. Et cela serait vraiment l’horreur au bout de quelques dizaines de fois.

Alors que je gambade de plus en plus tranquillement, un trailer me dépasse. Il est sur le 37 (dossard bleu). Juste après avoir fait cela, il me demande sans me regarder sur quelle distance je suis. Je réponds « 57 ». Il me dit d’un ton paternaliste « Calme moi petit. Tu dois en garder sous le pied. ». Je réponds du Tac-O-Tac. « T’inquiète pas.. Ca avance tout seul ». Je pense que vous l’avait compris, mais j’ai encore beaucoup de mal avec les conseils extérieurs.. qui plus est avec des conseils extérieurs un peu orienté « moralisateur – paternaliste – etc. ». Cela m’énerve un peu d’être pris de haut comme cela. Je ne lui en veux pas hein.. Mais je me pose tout de même pendant une seconde la question : « Est-ce qu’il n’aurait pas raison ? ».. Puis je pense : « Je me suis plutôt économiser jusqu’à là. Je suis entrain de rentrer dans mon rythme. Je sais que je vais accélérer jusqu’au chateau maintenant.. pas d’inquiétude ». Je le laisse partir un peu devant. Il me prends 200 m.

 

Km 11. Ayé. Je suis presque dans mon rythme. Je sens que je peux accélérer maintenant. Je dépasse à fond l’homme au conseil paternaliste. Dans sa tête il doit se dire : « Petit con. Tu vas te cramer ». Je ne le verrai plus.

La machine est chaude. Je déroule. Plus de mauvaises sensations. Je vais pouvoir profiter de ma course maintenant. Cela tombe bien on est sur un passage très roulant. Du 11ème au 17ème. On serait à Paris, je vous dirai de prendre la ligne 2.. mais là, ce n’est pas tout à fait l’ambiance.

Plus trop de souvenirs, je pense que j’ai du m’occuper l’esprit. Je crois me rappeler que je me suis posé la question suivante : « A partir de quel kilomètre, puis-je me dire que c’est la fin ? « . Au moment où je quitte le premier ravitaillement (km 23) ? Au moment de traverser le petit tunnel avec l’eau ? En quittant le dernier ravitaillement ? En haut de l’ultime ascension ? Dans la dernière descente quand j’entendrais le haut-parleur de l’arrivée au loin ? – Je n’y répond pas.

 

Km 17 : Nous arrivons sur une partie que j’affectionne : La descente du château.

Je sais que le terrain va être technique à l’approche du monument. Pour l’instant, le single de terre est simplement devenu un single de pierre (et non ce n’est pas une fable). Rien de trop technique, mais les appuis et la concentration se doivent d’être plus affinés.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Dans le haut, en amont du château. La première féminine du 37 km me double. Je la laisse passer en m’écartant un peu. Elle est sacrément affutée. Je regarde sa foulée. Elle est très différente de la mienne. Etant relativement petite, ces pas sont très rapprochés et sa foulée est rapide. C’est l’idéal pour bien descendre selon moi. Par contre, je sais d’avance qu’elle va avoir plus de mal dès qu’il y aura des rochers avec un peu de hauteur à passer. Je me concentre un peu plus sur mes appuis. Je la laisse partir devant avec un autre coureur.

En fait, je laisse un peu de distance pour avoir une bonne vision sur le single et sur les cailloux qui jalonnent le parcours. Je me suis fait avoir trop de fois à vouloir tenir la foulée du coureur devant moi, et à me faire cacher les obstacles qui surgissent à la dernière minute. S’il y a bien une chose que j’ai appris sur l’art de la descente, c’est de toujours tenter de regarder le plus loin possible devant. Ayant un peu ralenti, j’arrive à lever la tête et à profiter du paysage de temps à autre. Je ralentis encore un peu pour en profiter.

Traversée de la route. La féminine devant moi a failli se louper sur un rocher avec un peu de hauteur. C’était prévisible. Il y a pas mal de supporters à cet endroit là. Je crois me souvenir de quelqu’un avec une cloche. Cela me rappelle la CCC. C’est top. Route traversée, je me dis qu’il est temps d’accélérer un peu. En 50 m, j’accélère fort. Je rattrape la première féminine et je la double en prenant des distances de sécurité. Le single est assez technique. Pas mal de rochers et de cailloux mouvants. Le chemin n’est pas roulant du tout. Il est tracé un peu à l’arrache. Ce n’est pas naturel comme un cours d’eau qui ruissèle. J’enquille et prenant garde à ne pas me viander.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Cela passe tout seul. Les quelques marches en descente cassent un peu mon allure de navigation. Pas de problème, je relance. Je traverse le château. Tout comme l’an dernier je m’imagine qu’il y a plusieurs centaines d’années, ce ne devait pas être tout à fait la même ambiance ici.. Plus proche du « Messire » que tu « Trailer ».. C’est sûr.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

J’ai rattrapé un petit groupe dans les cuisines de château (bon.. ce ne sont certainement pas les cuisines, mais ça aurait été mon château, je les aurais mises là.. laisser moi rêver bordel ^^). Je ralentis un peu pour ne pas avoir à pousser derrière et à forcer le dépassement. En sortant des ruines, j’ai la musique des visiteurs dans la tête. Je vois tout à fait Jacquouille la Fripouille et le Hardy de Montmirail se balader dans ce décor. J’adore.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

Je sais qu’il y a une rivière à traverser pas loin. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’eau cette année. La végétation est tout de même bien verte. Il a du pas mal pleuvoir ces dernières semaines. Au loin, j’entends la cascade. Je n’avais pas le souvenir de l’avoir entendu l’an dernier. Je pense qu’on va y avoir le droit cette année. Ca va être flotte jusqu’au cuissot. Et puis pas ambiance balnéothérapie.. plutôt cryothérapie selon moi.

J’approche du passage. Je relève la tête une seconde pour savoir si je vais avoir le droit à un petit bain et à des chaussettes qui font Spaaaaalsh Spaaaaalsh sur quelques km. Je vois que cela va passer sans mettre les pompes dans l’eau. Youpiiiiii ! Je retourne très vite les yeux droits dans le chemin devant moi. Je fais très attention dans cette partie. Les gros pans de rochers en dévert’ sont très humides. L’humidité dessus rend la roche totalement non adhérente. Mes crampons ne suffisent pas à me stabiliser. Je ralentis encore.

(Ce que l’on a évite cette année >>>)

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Copyright : U-Trail. 

Petit bon sur le rocher. Petit bon sur la planche. Je frotte la ficelle qui forme le pont de l’intérieur de ma main droite. Et hop, la rivière est traversée. Parfait ! Plus de soucis à se faire pour le trempage de pieds avant d’arriver au tunnel sous la route.

Ayant bien ralenti, le petit groupe m’a mis 50 m. J’accélère donc pour les rejoindre dans ce monotrace sympa à flan de montagne. Rapidement je les rejoins. Et me voilà bloqué. Je suis presque au pas. Cela bouchonne étant donné la technicité du terrain. Les coureurs devant moi ne semblent pas tous à l’aise dans cette partie. Dommage, j’aurai pu envoyer. Je regarde loin devant pour identifier des espaces de dépassement. C’est complètement impossible selon moi sans gêner tout le monde. J’abdique. Je me dis que de toute façon, ce n’est pas sur ce genre de segment que je peux perdre beaucoup de temps. Et puis cela me permet de profiter un peu du paysage. C’est tant mieux. Pour ne rien vous cacher, dans ma tête j’ai une petit voix qui a très envie de crier. « Bon les gars.. On est pas là pour enfiler des perles ». Mais je ne dis rien. Je tente même d’échanger quelques mots avec les personnes devant et derrière moi. Ce moment va vite passer.

Virage à gauche. Fin de single à flan de montagne. Cela remonte sur 15 mètres. C’est un peu plus large. J’en profite pour relancer et doubler les quelques coureurs en difficulté. En haut, le champ de vision s’ouvre. Cela va être roulant maintenant.

 

Km 19. Cela descend tranquillement. Le chemin est un mix entre route de campagne, petit passage sur le bitume et sentier large dans les sous-bois. La descente est légère mais suffisante pour se laisser entrainer par l’inertie. Je me force à me mettre un peu en avant pour ne pas trop subir les chocs du terrain. J’y arrive facilement. Dans chaque passage dégagé, le vent nous attaque 3/4 gauche. Cela ne me ralentit pas tellement.

 

Km 20. On rattaque la montée. Autour de 300 ou 400 D+ jusqu’au ravitaillement. J’ai bien géré ma consommation d’eau jusqu’à présent. Je me suis forcé à boire un peu, mais comme à mon habitude, j’ai un peu fait le dromadaire. Il m’en reste beaucoup. Je peux boire plus que de raison maintenant. Cela me donne de la fraicheur. Je décide de ne pas ralentir jusqu’au ravitaillement. J’enquille à fond les trois prochains kilomètres. Et comme à chaque fois que j’enquille.. pas trop de souvenirs.

Plus loin, je reconnais la prairie en dessous du village de Saint Jean Roure. Le ravitaillement est juste au dessus, je le sais. Je repense à la jolie jeune femme que j’avais croisé l’an dernier à cet endroit là. Cela m’occupe un peu.

J’enleve ma veste. Les averses par intermittence se sont arrêtées. Le soleil a même fait sont apparition. C’est assez féerique. Je sais que cela va chauffer un peu dans la montée sur ravitaillement. Je me force à finir l’eau présente dans mes flasques.

Descente dans le champ. Un arbre est au sol. Je grimpe facilement son gros tronc. J’ai un coureur juste derrière moi que je viens de doubler. Je sais qu’il y a une bonne petite montée en zigzag pour atteindre le ravitaillement. Je me force à la courir tout le long. Je double 3 ou 4 coureurs dans cette partie très courte. Lorsque je me retourne en haut. Je me rends compte, que je leur ai mis très rapidement de la distance. C’est un bon signe. Je suis en forme.

Dernière montée dans l’herbe. Je lève la tête pour regarder la distance qui me sépare du ravitaillement. Il y a beaucoup de supporters au loin. Cela me motive grave. Je finis à fond. Les applaudissements galvanisent ma foulée. J’avale l’escalier. Et hop. M’y voilà. Ravitooooooo !

 

 

RAVITO 1 : SAINT JEANROURE (Km 23.7 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 02h22min52sec

Classement : 13ème

Je tends mes flasques afin de les faire remplir d’eau. J’en avale une presque cul sec. Je fais presque toujours cela maintenant. Une flasque pour bibi de suite. Puis remplissage pour départ immédiat. Je prends le temps de vider mes poches dans la poubelle. Je n’ai pris qu’un gel et une pâte de fruits pour le moment. Je n’ai pas ressenti le besoin d’en prendre plus. Je me dis que je suis encore une fois de plus parti trop chargé. Je vais en ramener à la maison. Ca sera ça de moins à acheter pour la prochaine course.

Je me retourne en direction de la table avec le ravito solide. Je n’ai envie de rien. Je ne sais pas si c’est le petit-déjeuner saucissons – pistaches qui m’a calé, mais je n’ai vraiment pas d’appétit, et en faisant un bilan, je me dis que cela ne sert à rien de me forcer à ce moment là de la course. Je décide donc de repartir. En quittant la table. Je pioche deux petits bouts d’orange. Je me force un peu, je mords dedans et je jette les écorces dans la poubelle. Le gout et l’acidité me fait du bien.

Sortie du ravitaillement, je regarde ma montre pour la première fois depuis le début de la course. 02h23min.. Oui.. et alors ?.. Je n’ai aucune idée de si c’est bien ou pas. La seule chose que je sais, c’est que j’avais le souvenir d’être reparti déjà bien amoindri l’an dernier. Et là, tout va bien !

Mes jambes sont fraiches. Je redémarre sans aucune difficulté à un bon rythme. Un peu plus loin, il y a deux chemins devant nous. Pas de balisage. Je crois me rappeler que c’est à droite. Un coureur à côté de moi me dit : « C’est par où ? ». Je dis « Je crois que c’est à droite. » Il me répond : « T’es sûr ? ».. Je ne réponds pas et je file à droite. Que répondre à cette question : « Bah non. Je ne suis pas sûr. Je suis comme toi mec.. Mais bon.. on va pas rester planter là.. Ecoute.. ce qu’on fait.. Tu prends à gauche.. Je prends à droite.. et on en reparle à l’arrivée. « . Je pense que mon déterminisme de partir à droite l’a rassuré. Il me suit de loin.

Je finis la descente légère en faisant le point sur mon état. Tout es ok. J’ai l’impression que la course va commencer.

 

Km 24. Re-attaque dans la montée. Je ne faiblis pas. Je l’enquille comme si c’était du plat.  Je n’en fait qu’une bouchée. Cela me parait facile. Je suis très content. Je me rappelle de l’an passé. Je commençais déjà à devoir mettre les mains sur les cuisses dans cette partie. Là je passe en mode écolier comme j’aime le faire. C’est à dire, le dos droit, les pouces à l’intérieur des anses de mon sac au niveau de la poitrine et le museau fière. Dès que c’est un peu moins pentu, je repasse en mode course. Vraiment cette montée se passe bien. Je pense qu’elle passe aussi facilement car je pense à ma copine aussi. J’hésite à prendre le temps de sortir de mon téléphone et lui passer un petit coup de fil. Je me dis, que « ça se trouve, il n’y a même pas de réseau dans ce coin et que je vais me débattre avec mon sac pour rien ». Pas d’imprudence. Pas de coup de fil (Sorry 😉 ).

A mi-montée, on bascule sur une longue ligne droite en direction d’une maison. Nous allons l’esquiver par la gauche dans mon souvenir. A 100 m de celle-ci, je repère une jeune femme juste devant. Il pleut un peu à ce moment là, et le vent souffle fort (de la droite maintenant). Je me dirige vers elle. Je commence à entendre ces encouragements. Elle est seule devant cette bâtisse. A l’abri des intempéries, sous une porte. J’ai la drôle d’impression d’avoir déjà vécu ce moment. Je sais très exactement quand. C’était lors de l’EcoTrail, il y a quelques temps. Exactement le même scénario. Une ligne droite en montée. Un finish sur un sol dur. Un virage à gauche pour esquiver une maison (ou un château je crois sur l’EcoTrail). Des conditions météo pas super cool pour une supportrice. Des encouragements. Ce moment est un peu lunaire pour moi. Très appréciable.

 

Km 25. Montée finie. On a mangé un peu plus de 400 D+ en 5 km. Ce n’était pas trop violent. Je relance dans le plat / faux-plat. Je suis bien. Je tourne autour de 4:40 min au km. Je ne force pas. On repasse à côté des éoliennes. J’avais passer du temps à les regarder l’an passé. Cette année, je n’y prête pas trop attention. Je les regarde de temps en temps. Je me dis qu’étant donné le vent que j’ai eu sur les deux éditions, elles sont clairement au bon endroit.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Jusqu’au 29ème km, ce sont des kilomètres « offerts » (enfin, c’est moi qui les appelle comme cela pour positiver). C’est très roulant. Je suis seul depuis le départ du ravitaillement. Je repère au loin un coureur. Il semble courir beaucoup moins vite que moi. Je pense qu’il cale. J’arrive à son niveau et ralenti un peu pour discuter. Il est sur le 37 (dans mes souvenirs). Il a du partir un peu trop vite et il va terminer comme il peut. Je lui demande si ça va. Il a l’air très fatigué et me dit qu’il va aller au bout. J’ai un peu du mal à comprendre. De mon côté, je suis frais comme au départ, et lui parait complètement dans le dur. Je l’encourage. Puis je repars à mon rythme. Cela sera la dernière fois que je verrai un coureur aujourd’hui.

 

Km 29. Hiiiiiiiiha. C’est parti pour la descente bien franco. Je n’ai que des souvenirs vagues. Je suis trop concentré dans le fait de bien avancer dans le négatif courrable et de faire attention à mes appuis dans le négatif plus technique.

Je ne suis pas sûr que cela soit à ce moment là, ou un peu après, mais je me rappelle bien du fameux moment où tu es sur un sentier de forêt. Genre, tout à fait praticable. Et d’un coup, il y a un panneau qui t’indique TRAIL sur la gauche vers nul part. Enfin si.. vers quelque part. Vers le précipice à gauche de la route. Ce moment, et toujours aussi sympa. Avant de me jeter dedans, je regarde un petit coup en arrière pour voir si cela revient derrière. Une mauvaise habitude, que je remarque faire de plus en plus souvent. Personne à l’horizon. Hiiiiiha c’est parti. Je fais complètement mumuse. Comme si j’étais en ski. Stratégie du double appui sur le côté dès que je prends un peu trop de vitesse. Ca descend bien. Mes cuisses n’ont pas mal. Je suis à l’aise. Et dire que l’an dernier j’avais limite peur dans ce passage. Il y a du chemin parcouru depuis 🙂

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

Bon. Que l’on soit clair. Pour moi le ravito « PETITES SAGNES » qu’indique Livetrail, ce n’est pas du tout un ravitaillement, mais c’est la séparation entre le 37 et 57. J’ai le souvenir de mettre fait biper d’ailleurs à ce passage là. Donc, vous m’excuserez si vous connaissez le coin, mais moi, entre mes souvenirs pas tous frais, le livetrail et le Strava, j’essaie de faire une purée à peu près cohérente. Et puis, si je me loupe. C’est pas grave. Ca serait pas la première fois que je loupe une purée.

 

 

Pointage 2 : PETITES SAGNES (Km 31.8 – Cumul D+ = 1130 m) 

Temps : 03h06min32sec

Classement : 12ème

Perso. Je crois que le RAVITO n°2 c’était plutôt vers SAUTEREAU, au Km 35. Mais bon.. je fais ma purée hein ;).

Nous sommes donc à la séparation du 37 et du 57. La petite pensée « Allez.. vas-y.. fini sur le 37 au final.. c’est pas grave.. » ne me passe même pas par le tête. J’ai encore super envie de courir. J’arrive au niveau de deux bénévoles. Je me fais biper. Je crois demander « Juste pour information : Le prochain ravitaillement est dans combien de km ? ». Je crois entendre « Euuuuuuh. 12 km je crois ». Je me dis : « Whaaaaaaaaaaat ? ». C’est totalement illogique. Bref, je fais comme si je n’avais pas entendu, ou plutôt comme si j’avais mal entendu. Je continue. La descente est technique dans le sous-bois. Je la gambade comme une petite biche. Sans pression.

 

Du km 32 au km 35. Je crois me souvenir que j’ai croisé pas mal de marcheurs qui allaient dans le sens inverse du mien. Ils avaient un dossard doré dans mon souvenir. La plupart m’encouragent. Certains ne se poussent pas. Je fais attention à ne pas les bousculer, ou les gêner en passant. Revoir du monde me fait du bien. Je me demande si je vais rattraper un coureur ou si un coureur va me rattraper. Je ne regarde pas ma montre donc je suis incapable de me rendre compte de si je vais vite ou si je me traine. Impossible de connaitre mon classement.

Etant donné qu’au départ de la course, après avoir ralenti, je me suis fait dépasser par 25 – 30 coureurs. Etant donné qu’il y avait max 7 coureurs devant moi au tout début. Et sachant que j’ai doublé quand même un peu de monde entre le 10 et le 23ème. Je pense que je dois être dans les 20 premiers facile. Mais pas plus de précisions. Ce que je sais, c’est qu’il y a relativement, peu de coureurs qui sont passés avant moi. Je le sais car à certains moments, nous courrons dans des champs où l’herbe n’est pas coupée. J’arrive presque à compter le nombre de trace dans ces cas là. D’après moi, il y en a maximum une quinzaine. Bref. Trêve de suppositions. J’avance bien.

 

Km 35.5 – Arrivée au RAVITO de SAUTEREAU (Je suis quasiment sûr que c’était là bas). Pas de pointage dans mon souvenir. Cela doit donc être cela.

Je me souviens de ce ravitaillement. L’an dernier, ils étaient au Ricard dans mon souvenir. J’arrive en trombe. Je sors mes flasques et les tends à bout de bras vers les bénévoles qui ont l’air de bien se marrer. Je dis « Alors.. Du whisky (en agitant la flasque droite) et du Coca (en agitant la flasque gauche) ». Cela les fait rire. Un des bénévoles me dit « Mais, il y en a.. ». Je réponds « Mais, je sais 😉 ». On rigole un peu.

Je finis de faire remplir mes flasques. Je leur souhaite un bon dimanche et je les remercie. En partant, je demande : « C’est après le tunnel humide sous la route ? ». Ils me répondent que c’est juste après, un peu en contre-bas. Youpi. C’est reparti.

Je continue à croiser des marcheurs en sens inverse. Je ne me rappelle plus s’ils avaient des dossards. Ils m’encouragent.

Flèche à gauche. On quitte la route de campagne. Je rejoins vite la forêt. De haut, je repère la route qui circule en dessous. Je le sais. Le fameux tunnel n’est pas loin.

 

Km 36.5 – Le passage du tunnel

Je redoute un peu ce passage. L’an dernier, le difficile moment des chaussures dans l’eau ne m’avait pas fait kiffer du tout. Je vais tenter d’y aller précautionneusement. Une femme est assise à gauche. Je la salue, puis je plonge dans le ruisseau qui passe par le tunnel.

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Copyright Photo – Ronald.B (2017)

Je tente de ne pas mettre mes pieds dans l’eau. J’y vais tout doucement. Deux mètres après l’entrée, on ne voit presque plus rien. Je le sais, il y a un trou de 40 à 50 cm à cet endroit très précisément. Je prends le temps pour bien positionner mon pied. Je tente d’esquiver le trou d’eau. Je m’aide de mes bras en m’accrochant aux deux parois. Grand pas en avant avec le pied gauche. Et hop. Le trou est passé. Je n’ai plus qu’à avancer vers la lumière en prenant garde de ne pas glisser. Deux foulées et me voici à l’extérieur. C’est idiot. Mais je suis content de ne pas mettre mouillé les pieds. J’enchaine.

 

Jusqu’au km 41. Aucun souvenir.

J’avais oublié cet endroit. Je traverse un champ en légère pente. Il y a très peu de traces de passage. Je dois vraiment être pas trop mal au classement. Je n’y pense pas plus que cela. Pourquoi ? Tout simplement car je repère qu’à la fin du champ coule une rivière (Oui, c’est presque le nom d’un film ça…). Je l’avais complètement oubliée. Elle est un peu plus costaud qu’un ruisseau celle-ci. Dans mon souvenir, je mettais bien débrouillé l’an dernier. Cette année. Cela ne va pas se passer pareil.

Je ne prends pas trop le temps de regarder loin devant moi pour identifier le meilleur passage. J’y vais un peu à l’arrache. Sur les cailloux glissants, je fais surtout attention à ne pas me foutre en l’air (dans l’eau). J’arrive à traverser le premier bras sans problème. Le petit îlot sur lequel je me trouve est recouvert d’orties. Je tente de passer sur le bord sans mettre mes jambes dedans. Trop tard. L’avant de mes jambes a déjà embrassé les feuilles urticantes. Ca va piquer. Je décide donc de tenter de mettre rapidement mes pieds sur des cailloux pas trop profond. Ca passe. Mais ça passe juste.

Je n’ai plus que 3 mètres à faire pour rejoindre l’autre rive. Mais là, clairement, je n’ai pas d’autres solutions que de traverser avec les jambes dedans. J’hésite une seconde, je regarde à droite, à gauche. Pas d’autres solutions. Aller j’y vais. Spllllllllllllaaaaaach.. Splaaaaaach.. Splaaaaaaaaaach… Splaaaaaaach. J’ai traversé. J’ai les pieds complètement trempés mais c’est fait. Le problème ne réside pas tant dans mes chaussures, mais plutôt mes chaussettes. J’ai des chaussettes rembourrées, assez épaisse. Des vrais éponges une fois passées dans l’eau. Je remonte le petit single pour sortir de cette zone. A chaque pas, je sens toute l’humidité se remplir et se vider de mes chaussettes. Outre le bruit qui n’est pas bien agréable, ce sont surtout les sensations qui sont atroces. Je fais abstraction. De toute façon c’est trop tard. Avance.. ça va bien sécher de toute manière, me dis-je.

Je suis sur une route en bitume. Je la prends sans trop d’hésitation. J’avance vite dessus afin que l’eau sorte rapidement de mes pompes. Je regarde plus mes chaussures que le parcours. C’est amusant de voir l’eau qui gicle à chaque pas. Bon c’est amusant, mais quand je relève la tête.. surprise.. plus de pois oranges sur la route. Plus de balisage. Je continue à avancer au cas où. J’arrive au niveau de quelques bâtisses. Je comprends que je me suis perdu quand je vois une voiture prendre la route sur laquelle je suis. C’est bizarre qu’il y ait des voitures sur la course. J’avance encore un peu. Il y a quelqu’un au loin. Je cris : « C’est par où ? ». La personne me répond « Pas par là. Vous vous êtes trompés ». Demi-tour toute. C’est reparti en arrière. Je n’ai pas du faire tellement de distance en plus.. peut être 800 m. De toute façon, je le sais, cela m’arrive à chaque fois maintenant. Je ne colère même pas.

Effectivement, en retournant en arrière, je retrouve bien le parcours. Il y avait une énorme flèche orange qui nous faisait sortir de la route. Comment n’ai-je pas pu la voir ? Sérieusement.. bref. J’avance.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 42. Dans mon souvenir, on remonte sur un coin plutôt joli. On longe des vergers. C’est plutôt bucolique comme endroit. En tout cas cela me plait bien. Je pense reconnaitre de loin le dernier « sommet » à gravir. Le ravitaillement ne doit plus être très loin.

Ah. Bah. Le ravitaillement n’est plus au même endroit que l’an dernier. Il est plus tôt. Dans un village. Devant l’église, si mes souvenirs sont bons. En le voyant, j’accélère.

 

 

RAVITO 3 : LABATIE D’ANDAURE (Km 43.8 – Cumul D+ = 1419 m) 

Temps : 04h18min53sec

Classement : 10ème

Me voilà au ravitaillement. Les bénévoles sont toujours aussi sympas. Je remplis mes deux flasques et j’avale un verre de coca. Je repère un gel Isostar sur la table. Je le prends, l’ouvre d’un coup de dents et je l’avale aussi sec. Je finis mon coca. Petits remerciements aux bénévoles. La jeune femme bénévole devant moi me propose de manger quelques choses. Plusieurs fois. Je refuse avec le sourire. Je m’arrête à la poubelle. Je vide mes poches, et c’est reparti. Les encouragements sur ma relance me font du bien. J’adore ce moment. J’arrive presque à me mettre à la place des bénévoles qui me voient partir de dos. C’est motivant.

En repartant, je me demande s’il y a monde derrière moi ou devant moi. Devant moi, cela me parait improbable étant donné que je me suis pommé. J’ai beau avoir bien avancé, je n’ai aucune idée de la distance qui me sépare du coureur de devant. C’est pour derrière moi que je m’inquiète un peu plus. Mon détour m’a fait perdre du temps. Même si à chaque fois que je croise des bénévoles, j’essaie d’écouter s’ils applaudissent d’autres coureurs après, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait personne loin derrière. J’arrête de me poser des questions. Et j’avance.

Je repasse à l’endroit où était le ravito l’an dernier. La sorte de préau est complètement vide. Par réflexe, je passe à côté. Comme si c’était le parcours normal de passer juste au bord de celui-ci. Je me rappelle bien du km à venir. La traversée du pont, la montée en bitume où j’avais ramassé un coureur crampé et puis le tout droit à travers les champs en mode FAT montée.

 

Km 44.5 – Traversée du pont.

En traversant celui-ci j’ai une vue bien dégagée sur plusieurs centaines de mètres derrière moi. Je me retourne de temps en temps pour regarder. Personne à l’horizon. Je continue.

J’attaque la dernière montée du parcours. Un +500 m D+ en 4 km. Je suis encore en très très bonne forme. Je vais la manger. Je vais n’en faire qu’une bouchée. C’est sûr. La montée commence par un bon passage à gros pourcentage. On monte droit dans ces champs (genre champs d’agriculture de terrasses). Je m’aide de mes mains en les plaçant sur les cuisses pour passer rapidement. Je me surprends même à trottiner dans ces gros %. Je suis très content de réussir à faire cela après un peu de kilométrage. Cela me motive pour continuer. A la fin du tout droit dans les champs, on rejoint un sentier qui monte dans la forêt. Juste avant celui-ci, je remarque une caisse en bois sur le sol. Il y a une inscription dessus : « RAMASSAGE DES CHATAIGNES INTERDIT ! ». Bon, je ne prends pas le message pour moi. De toute façon, ce n’est pas la saison.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Km 45.6 : Je continue la montée. Cela se passe bien. Après la fôret. Virage à droite, puis à gauche pour rejoindre une route de campagne qui monte jusqu’à une bâtisse un peu plus haut. Je n’ai pas fait un mètre sur celle-ci que pleins de chiens se mettent à aboyer. Pas de trace d’humains à l’horizon. Je m’approche. Je repère pleins de Toutous, légèrement excités dans des cages sur la droite. Dans ma tête, je me dis que je vais vite passer pour ne pas les déranger. Mais je me rends compte que mon parcours traverse un ensemble de trois ou quatre maisons. Et sur mon chemin, il y a un chien bien affuté qui me regarde fixement. Je repère qu’il a une chaine attaché au cou. Je ne suis pas sûr à 100 % qu’elle soit attaché de l’autre côté. Le chien aboie. Il défend son territoire. Il a raison. Je lui parle : « Hello bonhomme. Je ne fais que passer. Pas d’inquiétude.. ». La chaine se tend. Et le chien se fait stopper. Il a peu d’espace de liberté. C’est un peu triste pour lui. Mais c’est rassurant pour moi. Je ne prends pas le temps de lui faire un câlin. Je disparais comme je suis arrivé. Peut-être à l’an prochain sacré toutou.

 

Km 46.6 : Je rattaque la montée. Le vent souffle de plus en plus fort. Au sol, il y a quelques pommes de pain qui dansent au gré du vent qui souffle. Je me rends compte que je commence à perdre la raison lorsque je confonds une pomme de pain avec un hérisson. Je me ressaisis. Petit gel. Ca va bien se passer.

Pendant toute la montée, je pense à une seule chose : le final dans le maquis. J’adore ce passage. J’en garde un très bon souvenir de l’an dernier. Une vrai difficulté que les personnes sur le 37 n’ont pas la chance de connaitre (et rien que pour celle là, je vous conseille de faire le 57). Le vent souffle fort à nouveau. Il fait frais, mais je pense que je vais avoir chaud avec ma veste. Je reste en t-shirt. Cela me motive à bien avancer.

Je cours dès que le % le permet. Je repère le moment où l’on passe dans le maquis. Le balisage est clair. Je sors du chemin. M’y voici. Ca va piquer un peu les jambes, mais ça vaut clairement le coup. Cette endroit est tout simplement magique. Je vise comme il faut ma casquette sur ma tête. Le vent pourrait presque l’emporter. Le chemin que l’on suit n’en n’est plus vraiment un. Le parcours n’est pas très visible. On repère juste en levant les yeux, les balisages bleus et blancs qui dépassent de certains buissons. C’est juste magique comme passage. En levant encore plus les yeux on se rend compte que l’on va devoir monter droit dedans jusqu’aux pics rocheux. Ca motive énormément. J’avance très bien dans cet endroit.

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Copyright photo – Danielle Autier

J’attaque la dernière partie de la montée. Le moment de la course, où tu as clairement besoin de tes mains pour ne pas partir en arrière. C’est vraiment top. Je ne suis pas si essoufflé. J’avance vite, mais pas trop. Arrivé sur la première crête, je prends deux secondes. Je m’arrête, je me retourne, je regarde le paysage. Je regarde le passage que je viens d’emprunter. Outre le fait que cela soit magnifique, je vois surtout qu’il n’y a vraiment personne derrière moi.. Comme le silence des chiens après mon passage dans les précédentes bâtisses me l’avait suggéré.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 47.7 : Arrivé au sommet. Une femme toute seule à l’abri du vent me félicite et m’encourage pour continuer. Je lui dis : « Ca.. c’est fait.. bon dimanche.. » et je file.

C’est parti pour 10 km de descente et de « roulant ». Je le sais. Ca va être rapide maintenant. Dans le début de la descente, je ressens une légère douleur dans le bas du dos. Je ne m’en inquiète pas trop. Je pense que j’ai du faire un faux mouvement dans la partie escalade de la montée. Cela devrait partir tout seul.

Je croise les hommes de la sécurité civile stratégiquement placés. Je les salue. Je semble un peu pressé. Enfin plutôt, tout simplement déterminé. Dans le faux-plat suivant jusqu’à un petit village. La douleur dans le dos revient. De plus en plus saisissante. Je m’arrête 5 sec. Je m’étire. D’un côté.. de l’autre.. vers le bas.. et je repars. 100 mètres plus loin cela revient. Cela devient de plus en plus douloureux, mais le vrai problème c’est surtout qu’à chaque pas droit, cela me coupe la respiration. C’est très désorientant. Je commence à serrer le poing et les dents. Il n’y a plus beaucoup de kilomètres à faire. Je dois pouvoir tenir.

 

Km 50. Avant l’arrivée dans Nozières, cela descend un petit coup. Là. Clairement cela passe de douloureux à atroce. Chaque pas dans le D- me scie en deux. Je tente de ne pas m’arrêter. A chaque appui droit, au moment de l’impact et du rebondissement.. je gémis deux fois : Suuuuuuuuuurp… Aaaaaaarh. C’est une douleur interne. Je tente de faire abstraction, mais cela ne passe pas. Il va falloir gérer les derniers kilomètres avec.

Sur le plat, cela fait légèrement moins mal. Je peux avancer sans trop gémir. De temps à autres.. pour décompresser. J’hurle un bon coup. AAAAAAAAAAAAAAAARGH ! Un cri qui vient du fond des tripes. Cela me fait du bien. J’essaie de le faire quand je suis sûr que personne ne peut m’entendre. Je n’ai pas envie qu’on me demande d’arrêter.

 

Km 51. Nozières. Je me rappelle qu’il y avait un petit ravitaillement improvisé dans ce village l’an passé. C’est encore le cas. Je ne m’y arrête pas cette année. Je suis trop concentré et trop en souffrance pour remercier oralement les personnes qui m’encouragent. Je vais des petits signes de la main en serrant les dents.

Maintenant, cela va être l’enfer pour moi. Je le sais. C’est parti pour 4 ou 5 km de vrai descente avec 500 m de D-. Ca va être atroce. Je vais douiller graaaaaave. Je le sais d’avance. Heureusement, je monte des subterfuges pour ne pas trop y penser. Enfin du moins, pour tenter de penser à autre chose. Je me pose la question suivante : « A quel moment tu considères que c’est fini ? » « A 2 km de l’arrivée ? 3 km de l’arrivée ? Disons que c’est à 2 km de l’arrivée. Ca veut dire que dans dans 2 x 2 km tu considèreras que cela sera fini. Ca va vite 2 x 2 km.. C’est presque comme 15 min + 1 km.. ». Et je continue les opérations comme cela dans ma tête en avançant. Je pense que c’est un bon indicateur de quand ça commence à être dur pour toi : Quand tu te mets à faire des multiplications de petits entiers pour décomposer la distance. Là.. vraiment c’est que tu es dans le dur.

C’était sur. C’est clairement l’enfer dans la descente pour moi. Je me force à avancer, mais je n’arrive plus à m’empêcher de m’arrêter pour m’étirer. Ce n’est même pas un problème de résistance à la douleur, c’est tout simplement que je n’arrive plus à respirer. Les crispations font si mal, que cela me bloque complètement mon cycle normal d’inspiration-expiration. Je me force. Je sers les dents. J’hurle pour décompresser. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ! De toute manière, il va bien falloir que je descende.

 

Vers le Km 54.7, j’en ai tellement marre de gueuler de douleur, que je commence à fredonner. Va savoir pourquoi c’est cette chanson qui est sortie, mais c’est la seule qui m’est venue :  » Moi si j’étais un homme… je serai capitaine.. D’un bateau.. V.. AAAAAAAAAAAAAAAAAARGH putin que ça fait maaaaaal !!! et blanc ». Je n’arrive même plus à fredonner. Je suis totalement crispé. Heureusement, mes chevilles, mollets, genoux et cuisses sont super frais. Je ne ressens aucune douleur à leur niveau. Je tente de faire continuer à avancer le bas de mon corps, tandis que le haut douille. Heureusement, quelques choses va me réconforter : J’entends au loin le speaker de la ligne d’arrivée. Si le son s’entend de là, ce que je ne suis plus très loin. Continue mon petit bonhomme.

Traversée d’un dernier petit village. Un habitant me donne la direction et m’encourage. Je le remercie d’un geste du poing (je n’arrive plus à me dé-serrer la main droite crispée par la douleur). Plus qu’un km à descendre. Je me dis : « Aller.. Tu ne t’arrêtes plus quand ça fait trop mal. Tu t’arrêtes quand c’est terminé ! GO ! ». J’applique ma décision. C’est douloureux, mais cela fonctionne.

Je repère en dessous de moi le pont à traverser pour rentrer dans Desaignes. C’est réellement la fin. Je dois sécréter une hormone particulière car j’arrive à ce moment là à me décrisper et à envoyer pour le finish dans le monotrace. Cela fait toujours terriblement mal, mais cela ne me pose pas de problème.

Ayé. Me voici sur le bitume. Je ne m’arrête pas. Je file en direction du pont. Je jette un petit coup d’oeil derrière moi. Pas de trace de poursuivants, je vais pouvoir m’éclater dans le finish. J’arrive dans l’axe du pont. J’ai repris une bonne vitesse de course. Je serre les dents pour oublier la douleur, j’ai le regard qui part droit devant. Très concentré. Quelques supporters au loin m’encouragent. Cela me galvanise. J’accélère encore. Me voici dans le village. La route monte un peu, ce n’est pas grave, j’accélère encore. Le parking est rempli de coureur du 37 km qui ont terminé leur course. Ils m’applaudissent et me félicitent. C’est très agréable. Je repère le dernier virage. J’y fonce. J’arrive à oublier la douleur sur 200 mètres. J’applaudis les supporters qui m’applaudissent.

Virage à droite, voici l’arche. Je prends le virage suivant à gauche de manière très large. Je le prépare. BIM.. BAM.. BOOOOOOUM.. 360° d’arrivée. C’est fait !

 

ARRIVEE : DESAIGNES (Km 57 – Cumul D+ = 2200 m) 

Temps : 05h46min56sec

Classement : 10ème

Classement SH : 8ème

Je me plis en deux un instant. La douleur est bien présente. Je me redresse en criant un immense : YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Ca fait du bien !

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Je rejoins mes collègues à la terrasse du café. C’est parti pour une bonne récupération à la bière. Après quelques dizaines de minutes, il se met à pleuvoir. Je suis content d’en avoir terminé. Des crampes se lancent dans ma cuisse droite. Je la retiens pour ne pas renverser la table. En la retenant des crampes se lancent dans la cuisse gauche.. Mouahahahahahaha. Ca pique bordel. Et je suis bloqué dans ma chaise en plastique. Après quelques instants douloureux, j’arrive à faire partir les crampes. Il me faudra encore quelques bières pour parfaitement récupérer.

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Je serai bien rester à la terrasse plus longtemps pour célébrer l’arrivée des autres coureurs, mais nous devons nous dépêcher. Notre train est à 17h41 à Valence. Nous quittons la terrasse et filons en direction du Boeuf à la broche. Je crève la dalle ! Le bout de viande passe tout seul.. les bières aussi. Pas trop de temps pour se reposer, ni de se changer d’ailleurs (tant pis), il est temps de partir.

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Me voici donc dans le train. Il est 17h41 et je suis toujours en Sense 6 / Short / Dossard. La classe. Les autres passagers paraissent un peu étonnés. Mais cela ne semble déranger personne. Tant mieux.

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Je regrette un peu d’avoir du partir aussi vite après la course.. J’aurai bien aimé un peu plus en profiter, prendre le temps de partager avec les autres coureurs, prendre le temps de décompresser.. enfin bref, prendre le temps de prendre le temps quoi..

Dans le train, j’ai deux minutes pour moi, je repense à aujourd’hui. Je me fais le résumé de ce qui c’est passé : Une course comme je l’avais imaginée. Au feeling.. sans regarder la montre.. sans se forcer.. A l’intuition.. à l’envie. J’avais un peu peur de me retrouver à la rue dans le D+, mais finalement cela c’est plutôt très bien passé là dessus. J’ai encore du boulot sur la descente pour gagner en vitesse, mais niveau relance et montée je suis plutôt réellement satisfait. La grosse alerte au dos me motive à reprendre les travaux de gainage que j’avais laissé tomber après la Diagonale des fous. C’est une simple alerte. Que cela m’arrive sur 57 km ne me pose pas trop de problème. Je sais serrer les dents et continuer sur 10 km.. par contre, clairement, il m’arrive la même chose sur une distance beaucoup plus longue, je pense que la voie de l’abandon est possible. Cela ne doit pas arriver. Au boulot. C’est parti pour du gainage en plus de l’entrainement classique. Il y aussi un autre point d’alerte selon moi : Le côté fatigue avant la course me fait dire que j’ai peut-être un peu trop accumulé les courses sans réelles semaines de repos. Je vais enchainer rapidement sur le trail des forts de besançon dans moins de deux semaines, et après je pense faire une micro-pause avec d’attaquer le Trail du mont-d’or mi juin. Cela ne peut pas me faire de mal.

Pour ce qui est de la course en soit, j’ai adoré. Comme l’an passé. L’organisation est sérieuse et appliquée. Le balisage est vraiment très bon. Le parcours est varié et permet de particulièrement bosser les changements de rythmes. J’aimerai toutefois beaucoup que le format long (>90 km) soit réouvert pour varier un peu le parcours. Je ne suis pas sûr à 100 % de pouvoir revenir l’an prochain étant donné le calendrier de la saison 2019 que je suis en train de me monter, mais si je suis disponible, c’est sûr, je reviendrai. Et surtout, je resterai avec les bénévoles le dernier soir, pour la fête qui selon moi, doit être super bien (arrosée).

Casquettement Verte.