10.000 m de D+ dans Paris Intra-Muros ! Le défi complètement débile (mais fun) de l’UTMM – L’Ultra-Trail MontMartre. 

Que la montagne est belle ! Ses paysages remplis de vides, de rocs et de quelques sapins bien solitaires. Ses caprices météorologiques nous ensorcèlent. Son terrain de jeu pour Trailer assoiffé de dénivelé. Oui. La montagne est belle. Chaque Trailer vous le dira. Il l’aime, la convoite, la jalouse. La montagne, c’est sa chose, son graal, son espace vital !

Malheureux, il l’est. Ce Trailer parisien qui n’a autres choix que de se changer en hamster sur les quelques côtes de la capitale pour jouer à la montagne dans Paris.

Chaque côtes, légers dénivelés ou sursauts topographiques de sa tendre ville lumière, il les connaît.

  • Buttes aux Cailles : Altitude max = 63 m. (Ca rigole pas) 
  • Buttes Chaumont : Altitude max = 103 m. (Le mont blanc à côté c’est une colline) 
  • Belleville : Altitude max = 128.5 m. (Autant dire que niveau respiration, en haut, on est limite)
  • Montagne Sainte Geneviève : Altitude max = 61 m. (Ne pas oublier les cordes de rappel) 
  • Butte Bergeyre : Altitude max = 100 m. (Il y neige en ce moment apparement) 
  • Montmartre : Altitude max = 131 m. (LE point culminant naturel de Paris.. un vrai sommet !!) 

Bref. Le constat est simple et rapide à faire. Dans Paris, intra-muros, il y a autant de dénivelé que d’épiceries sur les Champs Elysées !

C’est face à ce CONSTAT TERRIBLE, mais qui ne saurait abattre le Trailer parisien, que quelques uns d’entre eux ont décidé de tenter un pari fou : FAIRE 10.000 DE D+ en un coup dans Paris intra-muros. Ayé, l’UTMM – Ultra Trail MontMartre est lancé.

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Après de long moments de réflexions, ce sont les escaliers de Montmartre qui ont été retenus.. assez élevés pour atteindre (peut être) 10.000 de dénivelé positif (rapidement).. et assez court en distance pour ne pas se faire le Tor des géants de Montmartre.. Ce court segment à proximité du funiculaire sera bel et bien le notre.

Ah. SACRÉ.. sacré cœur ! Ce sont près  de 271 allers-retours qu’il faudra effectuer. Ce sera la quantité à atteindre pour faire nos 10.000 m de dénivelé.

À raison de 37 m de dénivelé en partant du bas de l’escalier, jusqu’au niveau du parvis du sacré cœur, nous accumulerons les montées et descentes sans trop réfléchir.

En termes de distance, nous devrons tourner entre 78 et 80 km.. FUNKY !

Vous l’avez bien compris ce défis est complètement débile (mais fun). Il part d’un délire entre quelques Trailers parisiens.

Si nous arrivons au bout, tant mieux.. si nous n’y arrivons pas, tant mieux aussi.. Nous sommes là pour nous amuser et pour voir « si c’est possible ».

RDV le jeudi 28 décembre vers 23 h pour le départ au pied des escaliers du funiculaire. (Au delta des conditions météo – Les marches de cet escalier se transformant facilement en piste de bobsleigh si pluie, neige ou gel il y a).

Suivi des avancées sur Facebook :

Vous souhaitez participer au projet, sportivement, en assistance ou en observateur, n’hésitez pas à venir nous en parler 😉

Casquettement Verte. 

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Récit CCC 2017 (101 km / 6100 D+) – 14 h 51 min / 123ème au général (87ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Difficile de prendre du recul en si peu de temps pour écrire un récit de mon aventure. Voilà maintenant 2 jours que je me demande comment vais-je bien pouvoir décrire les sensations vécues lors de cette course. L’émotion intense du départ.. La concentration profonde tout au long du parcours.. Le ressenti de chacune de ces montées qui n’en finissent jamais. La volonté d’être à bloc, tout en en gardant sous le pied. Cet adorable sentiment de devoir.. pouvoir.. vouloir.. C’est si simple. Si primaire. Enchainé pas après pas. Comme des notes de musique qui s’étalent sur une partition. La montée est sèche je dépose une blanche. Un rocher apparait, je passe l’octave supérieur. Une racine se découvre, j’enclenche une noire pointée. Tiens, voilà un ravito, s’agirait-il d’un couplet. Quelques mètres permettent de courir, je triple croche. Courir, avancer, ne pas s’arrêter, tel est le refrain de ma CCC. Mesure après mesure la musique de la course entre en moi. C’est la symphonie trail. Le requiem pour une course. L’orchestre s’installe. 3 – 4. Courrez.

 

L’AVANT COURSE : 

05:30. Mercredi.

Je me réveille. Mes différents sacs sont faits. Ils m’attendent. Je n’ai plus qu’à les prendre et partir à l’aventure. Je n’ai aucune pression. Ni la distance, ni le dénivelé ne m’inquiètent. Je suis serein. Ma préparation s’est relativement bien passée. J’ai fait beaucoup de kilomètres, mais peu de dénivelé. Je sens que rien ne peut m’arrêter. Cela me rappelle les jours de devoirs sur tables au lycée lorsque sur les bouts des doigts, parfaitement, ma leçon, je connaissais. On n’a pas à s’inquiéter, lorsque l’on est conscient d’avoir tout bien préparé.

Mon collègue passe me chercher. Il s’aligne lui aussi sur la course. Nous n’allons pas courir ensemble. Quelques heures et kilomètres vont rapidement nous séparer. Mais peu importe. Nos deux objectifs bien différents convergent dans le plaisir de partager cette aventure qui nous tend les bras. Nous sommes déterminés.

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Voyage (Mercredi) : 

616 km nous séparent de Chamonix. Je le sais, à certains moments, sur l’autoroute, je vais y penser : « Imagine que tu vas devoir courir de maintenant à dans 100 km.. regarde le paysage défiler.. Les bandes blanches bordant la route s’échappent les unes après les autres. Cela te parait-il long ? Te rappelles-tu du moment où tu as commencé ? Pourtant dans 48 h, ce n’est pas à 130 km/h que tu vas avancer ». Clignotant à droite. Ravito Thé.

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Je l’ai déjà expliqué. Comme à chaque course que je prépare, les trois derniers jours sont synonymes de MALTO à gogo. Pour en avoir un peu débattu avec d’autres coureurs, je ne sais toujours pas si cela a réellement un effet positif. Est-ce que fondamentalement, se gaver de poudre blanche rend votre corps plus résistant à l’effort que vous allez lui infliger ? Pablo Escobar et El Chapo ne pouvant se prononcer, je dirais que c’est avant tout un moyen de rentrer dans la course. Comme on lasse ses lacets avant un match de tennis, comme on foule la pelouse d’un stade avant une rencontre au sommet.. le MALTO-GAVAGE est devenu une tradition sans laquelle j’aurai l’impression de partir diminué.

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MALTO-GAVAGE : Fait de consommer à outrance des litres et des litres d’eau, savamment distillés d’une poudre blanche. Effet recherché = Absorber et capitaliser une grande quantité de glucides sans jamais ressentir d’écoeurement, de ballonnement ou toutes autres sensations d’avoir ingurgité trop de pattes ou de riz. Effet secondaire obtenu = Vessie sous pression, incapable de tenir plus longtemps qu’un album de 15 chansons écouté entre deux aires d’autoroutes. Si j’étais responsable communication de la marque, je lancerais des campagnes d’affichage dans les toilettes d’aires d’autoroute et des stations de trail pendant les grands événements de course avec un visuel simple : Une boite de MALTO et un message : « On vous avait prévenu ! ».

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C’est la première fois pour moi que je découvre les Alpes autrement que lors de la saison d’hiver. Je suis très impressionné. Les seules montagnes que je connais sont celles du Jura ou bien les volcans d’Auvergne. Là, rien à voir. Ce sont de véritables murs qui se dressent devant mes yeux. Le doute m’envahit un instant. La première petite colline au premier plan a déjà plus de dénivelé que ma petite côte tant parcourue à l’entrainement dans le bois de Vincennes. J’entre dans une autre dimension.

Ces montagnes semblent si grandes. L’effort à fournir pour y grimper me parait de suite inconcevable au vu de mon entrainement. Je tente de relativiser en rappelant à mon bon souvenir les dénivelés effectués lors des Templiers (2016). Ils me paraissent si petits maintenant. Des bambinos. Je reprends mes esprits. Ce n’est qu’une première impression. D’accord, elle est réussie. Ok, elle est assez impressionnante. Mais, si je suis là, c’est que je l’ai voulu. C’est que je crois au fond de moi que c’est possible.

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Par « chance » le mont blanc est couvert. Invisible. Absent, mais tout à la fois présent. Je ne peux voir le sommet. Mais je n’ai aucun mal à l’imaginer. J’ai une pensée pour le jeune trailer récemment décédé lors de sa descente. La montagne parait si belle, si paisible. Comment peut-elle en réalité être si violente et imprévisible ?

J’imagine ce sommet majestueux. La mer de glace qui en descend se propage en moi. Si l’eau en descend, me dis-je, mon corps peut bien y monter. Nous entrons dans Chamonix.

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La ville est littérallement transformée en DISNEYLAND pour trailers. Et vas-y qu’il y a des drapeaux UTMB sur chaque poteau.. Et vas-y que toutes les boutiques de sport ont enfilé leurs plus beaux appareils pour accueillir (et faire consommer) les hordes de coureurs assoiffés de kilomètres et de dénivelé.

Je fais remarquer à mon collègue que la population présente est incroyablement internationale.. L’anglais, l’espagnol, le brésilien, le coréen, le japonais, le chinois, l’italien, le bulgare et tant d’autres langages, auxquels, pour la plupart, je suis hermétique, se laissent entendre dans les rues de cette station.

Et d’autres part, nous remarquons que les personnes croisées sont très majoritairement affutées telles des machines de guerre. La moyenne de l’indice IMC sur Chamonix doit friser les 21. Vous aimez les beaux mollets; les bras fins, musclés et affutés; les ventres plats et les silhouettes incurvées. Moi qui pensait que les magazines de Trail avaient la fâcheuse tendance à montrer une image trop parfaite des coureurs, et bien, ils existent, pour de vrai. Ils sont tous là. Au rendez-vous.

Le slogan de l’UTMB « Sommet Mondial du Trail » n’a rien d’une publicité mensongère. Vous y êtes. Pas de culte du corps. Que des enfants, émerveillés par le défis que chacun vont se lancer. Le trail émule, il bouillonne. Fermer le couvercle. Agiter.

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Salon de l’ULTRA-TRAIL (Mercredi) : 

Souvent, dans le running ou le trail, qui dit foule, dit pognon et consommation. J’ai un peu peur de ressentir cette ambiance sur le salon de l’ultra-trail. Je crains d’être déçu par tout ce qui à côté de l’épreuve fait commerce. Les salons qui précédent le Marathon de Paris ou bien l’EcoTrail de Paris me vont fuir à chaque fois. La présence des marques et de leurs stands tourne le plus souvent à l’aggripage de prospect qu’au réel partage autour d’un intérêt et de valeurs communes.

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Ici, rien de tout cela. Je n’ai pas la sensation de traverser un souk. Je ne me sens pas agressé. C’est agréable. Je peux rentrer sur des stands sans de suite avoir un vendeur sur le dos qui me propose d’essayer tel ou tel produit. Je croise même quelques « stars » de la discipline entrain de discuter avec les représentants des marques. C’est réellement sympathique.

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Retrait dossard @Chamonix (Mercredi) : 

Nous repassons à la voiture chercher nos affaires. Un ami trailer présent sur la TDS m’a averti qu’il fallait présenter l’ensemble du matériel obligatoire pour récupérer le dossard de course. Il me manque un bonnet. Je le sais. J’espère que mon buff fera l’affaire.

Nous traversons tranquillement les stands des Trails. J’en reconnais quelques uns déjà effectués, et d’autres qui font partis de la longue liste des « reste à tenter ». Dans un virage, je reconnais le logo du Grand Raid de la Réunion. Je m’arrête un instant. Je sors mon portable. J’ai installé une petite application, permettant de calculer le nombre de jours restant avant une date précise. Mon application indique : CCC = J – 2 / Diagonale des fous = J – 50. J’y pense un bref instant. Puis je continue ma route, me disant que pour le moment l’important est de se concentrer uniquement sur le défi de vendredi.

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Beaucoup de monde font déjà la queue. Mon collègue déteste cela. Moi, j’ai développé un moyen efficace de ne pas exploser à cause d’une attente un peu trop longue : Le rire. Je fais exprès de parler fort pour que des trailers présents à nos côtés réagissent à mes petites phrases : « Et dire qu’on a quitté le métro parisien pour se retrouver bouché ici » – « Tu penses qu’il y a un panneau : Temps d’attente estimé à 45 minutes à partir de ce point ? » – « Ils auraient quand même pu mettre un ravito à mi-queue »… des bêtises, trop peu souvent fines. Mais cela permet de patienter et de rencontrer quelques autres personnes. Nous passons le temps. Le temps qu’il passe.

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Premier barrage à l’entrée du gymnase : « Vous avez bien toutes vos affaires obligatoires ? » – « Oui. Tout est là ! Dans mon sac ».. Oooooh le menteur ! Je n’aime pas tellement tricher, mentir. Mais la tentation est trop grande ici. Continuant la queue, je repère que les barrages et la vérification des éléments obligatoires s’intensifie un peu plus loin. Mon petit mensonge commence à me rogner de l’intérieur. Que risque-je ? Quand même pas une disqualification avant même de partir. Au pire, je dirai que je ne savais pas et j’irai acheter un bonnet sur le salon.. C’est petit. C’est pas beau. Mais j’aime cette sensation d’être border-line.

Premier filtrage. J’arrive devant un bénévole, me demandant carte d’identité et n° de dossard. Je lui fournis. Me tournant vers la droite, je vois un papier sortir de l’imprimante avec la liste des éléments obligatoires dont seulement quatre sont cochés. L’espoir renait. Cela serait pas de bol que le jugement aléatoire m’accuse coupable. Le bénévole souriant et sympathique me rend mon permis de conduire, et me tend la sentence :  » Pour vous cela sera ces quatre éléments là ! ». Je saisis la feuille, regarde les coches sombres : Téléphone / Couverture / Veste / Gants.. YALLAAAAAAAA !

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Comme à l’aéroport, je prends mon petit plateau sur lequel je dépose fièrement les éléments obligatoires qui m’ont été désignés. J’avance dans la queue. On m’indique d’aller voir ce monsieur là bas qui me fait signe. Il a l’air jovial. Je vais tenter l’humour.

J’arrive devant lui, très souriant, en prononçant un YOPLAAAAAAA ! Il me regarde, s’arrête et me demande si je parle français. Je comprends alors qu’un bonjour aurait été plus adéquate. Nous parlons un peu, et rapidement nous commençons à nous chambrer. Je sens qu’il a vraiment de l’humour, alors nous joutons tous deux de nos meilleurs vannes. Ayant compris, que je suis un petit rigolo, ce bénévole souhaite rapidement me faire revenir à la réalité. D’un ton sérieux, il me demande si j’ai bien toutes les affaires obligatoires. Je réponds d’un voix affirmative. Mon ton n’a pas convaincu. Le bénévole commence alors à me titiller sur chacun de mes éléments aléatoirement désignés : « Votre portable fonctionne bien en France, Suisse et Italie ? » « Avez-vous mis le n° de l’organisation dans votre répertoire ? ».. Pas de problème, j’ai tout bien préparé. On passe à la couverture de survie. La vérification s’intensifie : 2m20 sur 1m40. « Aaaah, mon petit monsieur vous avez 20 cm de trop ! ». Avec l’arrogance qui me distingue je lui réponds que « C’est ce qu’elles me disent toutes ». Mon examinateur se retient de rire. Son voisin lui explose. One Point ! Il me demande de lever les bras. « C’est bon, 2m20 devraient largement passés.. n’hésitez pas à accueillir du monde avec vous dans cette couverture, si vous voyez ce que je veux dire ». Parfait. Nous sommes sur le même registre. On passe à la veste. Je sais très bien qu’il a déjà du avoir des centaines de Salomon Bonatti en main. Il le sait, elle est aux normes. Pourtant, il s’échine à trouver les mots Gore-tex ou Dry je ne sais plus trop quoi. Il me reproche de n’avoir pas mis les manches dans le bon sens. Nous rions. Pour finir nous passons aux gants. Je lui fournis ma paire de (là, j’ai envie de faire un jeu de mots, mais on va me prendre pour un sexo-centré…) gants. L’étiquette est toujours présente dessus. Il me demande si je ne les ai jamais essayés. Je lui réponds qu’entre Juillet et Août, je n’ai eu que trop peu pas l’occasion de faire une moufle-party sur les plages privées de la côte d’azur. Il me demande de les enfiler. Ca passe. Nous concluons ce rapport, par un sourire. Je lui souhaite bon courage, il fait de même. 3 minutes sympathiques.

Un peu plus loin, nous récupérons nos dossards. Les bénévoles, quelques femmes (un peu âgées) très souriantes nous glissent quelques crèvent de chaud. Il est vrai que ce gymnase rempli de trailers commence à suffoquer dans son jus. Plus loin, nous récupérons le bracelet de course ainsi que notre sac d’assistance. Allez. Zouuu. On s’en va. 1h30 pour récupérer tout cela. Heureusement que quelques rencontres sympathiques nous ont fait passer le temps.

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Fin de journée et soir d’attente (Mercredi) : 

Nous retournons dans le centre de Chamonix. Petite pizza avalée sur une terrasse en regardant les T-shirts des passants : Oh.. un UT4M. Tiens un EcoTrail. Regarde, là, une casquette MDS.. J’ai l’impression que les touristes portent chacun sur soit leurs CV de courses. C’est assez drôle. Cela peut effectivement paraitre un peu comme de la vantardise, mais c’est en fait un bon moyen de brisser la glace. Un peu comme dans ces soirées étudiantes où l’on affiche fièrement si l’on est « En couple » / « It’s Complicated » / « Célibataire ». Un meetic des trailers.. Cela existe au fait ?

Nous décidons de prendre notre dernière bière avant la course en profitant des rayons du soleil éclaboussant cette fin de journée radieuse. Nous sommes très honnêtement complètement décompressés. Il nous reste deux jours pour être prêts.

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Nous rejoignons notre hotel. Un peu plus haut dans la vallée. A Argentière. La Suunto de mon collégue indique que nous passerons quelques centaines de mètres au dessus à la fin de notre course. J’ai envie d’aller voir le parcours. La nuit commence à tomber. Trop tard.

Notre régime alimentaire de futurs coureurs, se limitant aux pâtes et au riz, nous avons opté pour l’opération camping sur le balcon de notre chambre. En mode système D. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire cuire des pâtes pour deux personnes affamées, avec un petit réchaud en altitude, mais c’est un grand moment de solitude !

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JOUR D’ACCLIMATATION (Jeudi) :

Petit tour dans Chamonix : 

Nous nous réveillons relativement tard. Petit-déjeuner. Douche. Puis nous partons en direction de la gare de train pour rejoindre Chamonix. Il pleut. Il ne fait pas si froid. Autour de 12 / 13 degrés. Les prévisions météo annoncent un temps sec du côté italien, mais un temps très pluvieux en rebasculant du côté de Cham’. De plus, le froid semble être de vigueur sur les sommets. Cela promet. J’ai une pensée pour les coureurs de la TDS qui doivent être littéralement trempés à l’heure qu’il est.

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Arrivée à Chamonix, nous rejoignons la ligne d’arrivée. Les coureurs de la TDS complètement trempés finissent leurs courses. Je vois des visages fatigués, des foulées épuisées, mais tant de bonheur dans le regard de ces finishers. Ca y est. J’ai envie d’y être. Je ne veux plus attendre. Vivement demain.

Nous faisons un tour derrière la ligne d’arrivée. N’ayant pas arrêté la consommation de malto, ma vessie guide mes pas jusqu’à des toilettes installées là provisoirement. Petit soucis, il pleut des cordes et ces toilettes n’ont pas de toit. Je tente un coup avec mon parapluie.. Pas mal. Seems legit !

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Nous retournons sur la ligne de départ, car est annoncée la tête de course (OCC). Je n’ai jamais eu l’occasion de voir l’arrivée de gagnants. Généralement, participant à la course en question, quelques heures me séparent de ce moment intense. Je compte bien en profiter. Marc Lauenstein entre dans le dernier virage. Ses cuisses m’impressionnent. Je suis de plus en plus affuté, mais pour arriver à ce résultat ce n’est pas avec mon niveau d’entrainement actuel que je pourrais m’en approcher. La foule acclame cet homme. Il fait un tour de la ligne d’arrivée pour taper dans les mains. Il semble savourer ce moment. Je suis jaloux.

Nous assistons à l’arrivée du TOP 5, puis nous nous dirigeons vers le salon. Durant la nuit, j’ai cogité. Mon mensonge sur l’absence de mon bonnet m’effraie. J’acquiers celui-ci sur un stand. Maintenant que je suis en toute légalité, je peux me détendre. Oui. Je le sais, la probabilité d’utiliser cet achat pendant la course est faible, mais, ne sait-on jamais. Un coup de mou peut si vite arriver.

Nous nous attablons à une terrasse pour profiter de l’arrivée des premières féminines de l’OCC. La première passe. Un petit bout de femme impressionnante de détermination. Je me demande un instant quel type de préparation elle a du endurer pour atteindre ce niveau. Je suis depuis le matin l’évolution de la course sur mon téléphone grâce à l’application LiveTrail (SUPER BIEN FAITE AU PASSAGE). Je sais qu’Emilie Forsberg, la compagne de Kilian Jornet est en seconde position. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir de mes yeux son sourire mondialement connu dans le milieu du trail. Là voilà, traversant la ville, très applaudie. Son sourire n’est pas une légende. Telle Hélène (de la série TV) qui a du faire saliver des générations entières de jeunes hommes dans les années 90′; on ne peut résister bien longtemps au charme de cette jeune femme. Kiki.. quel chanceux.

 

Nous rentrons à l’hôtel. Il est temps de préparer nos affaires pour la course. C’est parti pour 1 heure de concentration ultime, où l’équation est simple : « Comment faire rentrer dans un sac de 12 litres l’ensemble des éléments obligatoires ». Après plusieurs essais, je remporte ma partie de Tetris à l’aide d’élastiques me permettant de réduire au plus stricte espace ma veste, ma seconde couche ainsi que mon sur-pantalon de pluie. Il me reste même de l’espace. Je ne sais pas encore si je vais partir en collants, ou si je tente le coup en short. Je me déciderai demain matin.

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Avant de nous coucher (18h), nous décidons d’aller faire quelques courses ainsi que de passer au ravitaillement d’Argentière. Dernier point d’étape de l’OCC. Au vu du timing, les coureurs qui doivent y passer maintenant vont terminer dans les temps, juste, mais tout à fait dans les temps de la dernière barrière horaire.

Les premiers coureurs apparaissent au loin. Le pas est difficile. La foulée est quasi-inexistante. C’est effrayant. La pluie a malmené tous ces trailers. Beaucoup semblent être tombés dans la boue au vu des longues trainées présentes sur les collants, shorts et fessiers. Nous les applaudissons et les encourageons pour qu’ils finissent la course. Une coureuse retient mon attention. Elle a du faire récemment une coloration rouge car son front, ses oreilles, sa nuque sont roses. Ses cheveux trempés glissent sur son visage fatigué et déterminé. Alors que l’ensemble des coureurs que nous avons vu jusqu’à là prennent le temps de s’assoir sous la tente de ce ravitaillement, je vois cette femme rentrer dans le ravito en trottinant, le traverser aussi vite et en ressortir de plus belle. C’est magnifique. Elle n’a jeté aucun regard autour d’elle. Je pense qu’elle est en auto-pilotage. Les quelques supporters présents surpris par ce passage éclair (à la framboise) l’acclament à la sortie. C’est beau. Bravo Madame.

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Nous rentrons à l’hôtel. Dernier repas. Ce soir c’est riz. Le réchaud arrive tend bien que mal à transformer notre riz cru et riz demi-cuit. Tant pis pour nos papilles, nous le mangeons ainsi. Cela ne peut pas nous faire de mal.

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20 h. Au lit. 20 h 45, je regarde tranquillement France-Pays Bas. Mon collègue s’endort. Je m’oblige à éteindre à la mi-temps. 21 h 30. Nous dormons. D’habitude, je n’arrive pas à dormir les veilles de course. Là, à priori, mon cerveau a vu toute la journée des images fortes.. il est conditionné.. il a bien compris que si mon corps ne se repose pas, alors demain cela sera impossible. Je te remercie toi petit cervelet, et tes compagnons neuronaux.

 

JOUR DE COURSE (Vendredi) : 

Réveil :

J’ai mis mon réveil à 05h15. Je me réveille à 05h10. Assez incroyable cette horloge interne quand on y pense. J’ai curieusement bien dormi. Je sens que mon capital énergie est total.

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Je jette un oeil dehors. Le ciel est couvert, je ne vois pas d’étoiles. Une légère bruine tombe. Il n’y a pas de vent. Je file aussitôt sous la douche. Alors que l’eau chaude glisse sur moi et réveille mes muscles en réchauffant ma peau, je regarde mes cuisses. Je passe lentement les mains dessus. Elles sont molles, mais ne sont pas flasques. Je le sais, cela ne va pas durer longtemps. D’ici quelques heures, elles prendront une forme rectangulaire sur le dessus et seront étirées au maximum sur l’arrière. Je prends mon temps.

Douche finie. J’enfile mes affaires de course. J’opte pour un T-shirt manche longue ayant des trous pour les pouces. J’aime bien cette sensation de serrer quelques choses pendant des heures. Pour le bas, le froid que j’ai ressenti en sortant sur le balcon m’a convaincu. J’enfile mon collant. Cela sera toujours ça de moins à porter dans mon sac. J’enfile mes SpeedCross. Je ne peux m’empêcher de penser au moment où je les enlèverai après la course. Dans 19, 25 ou 30 heures.. peu importe. Pour le moment, mes pieds doivent faire ami ami avec mes pantoufles de montagne.

06 h. Nous entrons dans la voiture. Sur la route vers Chamonix, je me fais la remarque que je n’ai rien à penser pendant la course. D’habitude, je me garde toujours 2 ou 3 sujets pour distraire mon esprit quand cela n’ira pas. Une fille. Un projet. Un événement. Une autre fille. Là. Je n’ai rien. Pas de matière à s’évader. Je vais m’emprisonner dans mon épreuve. Espérons que le quartier de haute sécurité ne sera pas trop mentalement prenant.

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06 h 19. La voiture est garée dans le parking le plus proche de l’arrivée. Tout autour de nous des centaines de trailers convergent tous vers le même point de ralliement. Une chenille de cars nous attend. Nous les longeons, puis montons dans le second.

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06 h 26. Ce n’est pas du tout la même ambiance quand dans les cars que j’ai pu prendre sur mes courses précédentes (EcoTrail / SaintéLyon). Lors de ces courses, l’ambiance dans le car était électrique. Peu de silence, beaucoup de brouhaha de coureurs qui font la course dans leur conversation avant qu’elle ne commence. Ce matin, c’est très différent. La barrière de la langue inhibe bien sur un peu les rencontres, mais c’est une sensation de concentration forte de tous les participants qui se fait ressentir. Les regards sont horizontaux, presque méditatif.

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Nous arrivons à l’entrée du tunnel du Mont-Blanc. La nuit est bien là. La pluie l’accompagne. Le bruit répétitif provoqué par l’aller-retour des essuies glaces sur le pare-brise rentre en moi et crispe l’ensemble de mes os. Je suis dans un cocon, mais tel le verre qui tremble dans Jurassic Park, je sais que bientôt je n’aurai plus de carrosserie pour me défendre des conditions climatiques. Je vibre en mode silencieux.

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Après la traversée du tunnel, nous ressortons en Italie. A mon grand étonnement, il fait jour. Et surtout, il fait super beau. Quelques nuages sont encore présents dans le ciel, mais ils sont très minoritaires. En redescendant sur Courmayeur, j’observe au loin le soleil éclairer les  sommets qui nous font face. Il fait donc beau dans la vallée d’Aoste; c’est toujours ça de pris.

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07 h 20. L’autocar nous dépose à 800 mètres du vieux village. Nous descendons et suivons la longue file de coureurs portant leur sacs d’assistances à bout de bras. La plupart sont déjà en tenue de course complète, sans pull pour rester au chaud en attendant le départ.

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07 h 40. Un coureur me renseigne sur la logistique du lancement de la course. Nos dossards commencent soit par un 3, soit par un 4, soit par un 5. Il s’agit en fait d’une traduction de notre côte ITRA. Plus votre côte est élevée plus vous avez une numéro de dossard faible. Je suis chanceux, je suis 3742. Je partirai donc avec le premier SAS. Je suis content. Je n’avais pas envie de piétiner sur le début de course, et d’avoir par la suite à doubler tout le long.

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07 h 56. Je me rends compte qu’une de mes flasques fuit. Mon collègue, prévoyant, m’en fournit une autre. Ouf !

08 h. Nous rejoignons l’espace de départ. Les Carabinieri présents me rappellent soudain que nous sommes actuellement en Italie, et qu’aujourd’hui je vais traverser trois pays en courant. Bon, ok. Je suis pas Magellan non plus, mais je trouve ça élégant.

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SAS de départ @Courmayeur :

Le voici, le voilà. L’arche de départ aux couleurs de l’UTMB. Je ne me rends pas bien compte qu’une fois celui-ci passé, cela sera 101 km à parcourir, et en montagne. Moi qui n’ai jamais dépassé les 80 km et les 3400 D+.. je ne sais trop à quoi m’attendre. Je profite de mon insouciance. C’est si rare de n’avoir aucun stress avant une course. Je jouis du moment présent.

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08 h 03. Je préviens, ce n’est pas classe, mais ça fait partie de la course : Je n’ai pas réussi à « poser ma pèche » ce matin. C’est toujours la même chose avant les courses pour moi. Impossible de me libérer. Je me dis que je ferai mieux de me forcer, et étant donné que je viens de boire 1 L de flotte et 500 ml de Powerade il faut de toute manière que j’urine. Il y a 30 mètres de queue pour les toilettes. Je me mets au bout de la file en me disant que cela fera passer le temps avant le départ. Au bout de 5 min, ma vessie est prête à exploser. Je me retiens encore quelques minutes. J’ai à peine avancer de 3 mètres. Cela ne va pas le faire. Je file ni une ni deux trouver un arbre. Tant pis pour la grosse commission.

08 h 20. « Bonjour.. monsieur.. monsieur.. Alexandre Boucheix. Contrôle aléatoire des sacs, veuillez nous montrer l’ensemble des éléments obligatoires. HALLELLUJAH- J’AI MON BONNET !! Les deux contrôleurs s’excusent presque de me faire déplier toutes les affaires de mon sac. Je rigole avec eux. Le contrôle se passe bien. Nous discutons un peu des conditions météo que nous allons rencontrer. Je fais un petit selfie pour me rappeler de ce moment. J’ai gagné le droit d’avoir une petite gommette rouge sur mon dossard.

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Une fois la gommette posée, je fais un trait d’humour en disant au contrôleur que c’est top car maintenant, je vais pouvoir laisser toutes les affaires en trop sur la ligne de départ. Ils rigolent à moitié et m’avertissent que d’autres contrôles auront lieu durant la course. Ok. Je me tais et range méticuleusement mes affaires en silence.

08 h 30. Petite photo avant de rentrer dans mon SAS. Et non… Je n’ai pas sucé un Stroumpchf.. c’est le Powerade 😉

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08 h 32. Ca y est. J’y suis. SAS de départ n°1. Autour de moi, uniquement des mecs et des nanas gaulés comme des athlètes. Indice IMC moyen très faible selon moi.. Je prends le temps de faire un petit selfie pour pouvoir faire la comparaison entre ma tête avant la course et ma tête à la fin de course.

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08 h 35. Peu de français dans mon SAS. Et vas y que ça cause Espagnoins, et va y que ça parlemente en Rital, en Portugech ou en Japonais. Péro nada en frances.. L’aspect internationale de la course lui donne encore plus de caractères, encore plus de cachet. C’est l’élite mondial du Trail qui se trouve ici. Et j’ai le droit d’y participer, c’est grandiose.

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08 h 45. Les speakers tentent de faire monter l’ambiance. Je reconnais « la voix du trail » présent sur toutes les grandes courses, ainsi que la femme qui parlent anglais et espagnol que j’ai déjà entendu sur d’autres évènements. Le dernier animateur, italien, si mes souvenirs sont bons, donne un goût authentique à ce moment. Tous trois ont beau tenté de motiver la foule, cela ne prend pas tellement. Nous sommes tous bien trop concentrés sur la course qui va bientôt débuter.

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08 h 50. Briefing de course. On nous annonce une légère modification sur la fin de l’épreuve due aux conditions météo. La Tête aux vents sera remplacée par la Flégère. Sur le papier cela ne change pas grand chose.. et puis c’est tellement loin tout ça que cela me passe un peu par dessus la tête. Par contre, je retiens les paroles suivantes du briefing :  » Ici, il fait beau. Ils appellent ce côté, le Sunny Side. Mais ce n’est pas le cas sur tout le tour. En particulier, il va faire très froid. La température ressentie sur les crêtes sera de – 3° ! ». Là, dans ma tête ça fait tilt. Je suis actuellement en T-shirt. Je n’ai jamais trop fait de hautes montagnes en été, donc je ne sais pas à quelle vitesse d’ascension la température va descendre. J’espère ne pas attraper froid et par la même devoir m’arrêter de longs moments aux ravitaillements pour me réchauffer. Ces paroles me font réellement rentrer dans ma course. Je ne pense plus à personne, plus à rien. Il n’y a que ma course, l’écoute de mon corps et de mes sensations qui comptent maintenant. Je suis prêt.

(Petit jeu.. Saurez-vous me trouver ?)

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08 h 55. Nous venons d’écouter les hymnes nationaux des trois pays traversés par la course. L’instant se solennelise. Un hélicoptère commence à nous survoler. Il dérape dans le ciel de manière très vectorielle. Les images vont être belles. On se croirait sur le Tour de France. Seulement, nous n’avons pas de vélos. Uniquement nos pieds et notre motivation pour avancer.

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08 h 57. Les sonos commencent à cracher la musique de Vangélis. Cela prend aux tripes. On se demande un peu ce que l’on fait là. Mais on est bien là. Je me dis que je vais le faire. Que je dois le faire. Que je n’ai pas le droit d’abandonner. Il y a trop d’heures d’entrainement, trop de sacrifices durant ces 12 derniers mois pour ouvrir la porte à un échec. Je dois tout donner.

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Dieci..

Nuovo..

Otto..

Sette..

Sei..

Cinque..

Quattro..

Tre..

Due..

Uno..

Zero !! C’est parti. 

 

DEPART DE LA COURSE : 

KM 0 = DEPART (altitude : 1210 m) :

Bon.. y a pas à chier (désolé pour la grossièreté) mais être à l’avant dans le SAS de départ c’est quand même très confortable ! Peu ou pas de bousculades.. aucun risque de glisser sur un bidon perdu ou sur une bouteille laissée à l’abandon.. presque impossible de ne pas voir un obstacle qui générait le passage et que l’on pourrait se prendre en pleine accélération. Bref, devant c’est mieux !

Les premiers 200 mètres sont lunaires, il y a foule sur les bords de la route. Les spectateurs font énormément de bruits.. Les hurlements, bravos, applaudissements et retentissements de cloches sont tous bien présents. Je ne pars pas en sprint. Je vais relativement vite, mais je ne fais pas la bêtise d’envoyer comme une brute épaisse. Le profil de course des 10 premiers km est déjà assez effrayant comme cela. Autant ne pas tenter le diable.

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Nous traversons le village. Tout d’abord par une route assez large qui en fait le tour, puis nous entrons en son coeur par une ruelle piétonne. Les supporters aux fenêtres décorées de drapeaux nous acclament. Que c’est bon.

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Première partie de la montée sur la TÊTE DE LA TRONCHE :

Petit virage sur la droite et nous empruntons une route bitumée bordée à gauche et à droite de deux bandes blanches continues. Comme à mon habitude, je cours sur l’une d’entre elles. J’aime bien cela. C’est canalisant. La route monte légèrement et plus nous avançons plus la montée s’accentue. Généralement, j’ai au bout d’un ou deux kilomètres de très mauvaises sensations. Là, rien de tout cela. Je suis à l’aise. Aucune gène. Aucun point de côté.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais il me vient l’envie d’uriner. Sur les autres courses, je ne m’arrête jamais sur le départ afin de monter rapidement en chaleur et de ne pas trop perdre de places. Mais là, étant donné que tout va bien et que je ne suis pas venu faire un classement, je m’arrête sur un bord de forêt. Je pisse trois gouttes. Comme quoi c’est plus psychologique que physiologique. Je repars, plein d’entrain.

Je dois être dans les 500 / 600ème positions. La foule des coureurs n’est pas trop dense, mais la route est encore large. Cela va très certainement être différent dès que nous basculerons sur du chemin de montagne.

Après 2 ou 3 km, nous sortons de la route bitumée pour rejoindre un sentier. Ce n’est pas encore un vrai monotrace. J’ai doublé pas mal de coureurs dans la partie bitumée. Le rythme est encore assez uniforme, aucun groupe ne se dessine.

Nous croisons quelques supporters qui se sont placés dans la toute première difficulté. 600 mètres plus loin, nous basculons sur un monotrace à flanc de montagne. Nous sommes dans la foret. Trois personnes sont assises sur le dévert’. Je remarque de loin que deux d’entre elles regardent de manière assidue les jambes des coureurs et que la dernière note des choses sur un bloc-notes. A leur niveau, j’entends : « Sportiva.. Salomon.. Salomon.. Hoka.. Hoka.. » AAAAAAAH d’accord, les mecs se font un petit recensement des chaussures portées par les coureurs.. sans pression.. tout va bien. Ils vont s’éclater putain ! 1900 paires de pompes à compter à la mano. Bon, déjà faut s’y connaitre en chaussures de trail. Ca, à la limite ça se fait. Mais à la vitesse où l’on passe, c’est ultra-tendu !! A leur place, je me serais mis au sommet de la première difficulté, là au moins, ils peuvent être sûrs de ne pas en manquer.

Passé cette zone, le silence règne. Pas tellement d’échanges entre coureurs. J’arrive à entendre au loin les départs qui sont encore donnés pour les derniers SAS. J’ai une pensée pour mon collègue. Sa course commence.

Tout le monde court dans la montée. La pente est assez raide, mais les coureurs semblent tous en forme. Moi aussi. Je n’ai aucune difficulté à garder un bon rythme. Un peu plus loin, le chemin à flanc de montagne s’arrête et nous entamons un chemin qui monte en serpentin. Impossible à présent de courir. Soit par ce qu’il y a un peu trop de monde devant, soit tout simplement car la pente est trop forte. Je me retrouve dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Nous allons tous à la même allure. Nous doublons quelques personnes dans les serpentins.

Arrivé en haut de ce passage, nous repartons sur un chemin à flanc de montagne. Cela permet de faire un peu tourner les jambes après cette première difficulté. Ca monte et cela descend sur des touts petits dénivelés. Le monotrace est sec et bien formé. Il n’y a pas de risques de chuter dans le vide sur notre gauche.

 

Deuxième partie de la montée sur la TÊTE DE LA TRONCHE : 

Après avoir traversé ce qui semble être un ruisseau plein de cailloux glissant entre deux  pans de montagne, nous attaquons la deuxième partie de la montée. A partir de maintenant, cela ne rigole plus. Silence dans les rangs.

Je suis toujours dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Je me retourne un moment pour regarder derrière nous. Un petit trou est déjà entrain de se faire. Pas grand chose. 50 mètres. Mais le trou est fait.

Mes anciens démons reviennent à moi. Je me fixe sur les mollets de la personne qui me précède et je monte exactement dans son rythme. J’ai accroché deux mollets costauds, ils avancent vite. Presque tous les coureurs ont sorti leurs bâtons. Moi, je cours sans. Je suis d’accord, je pense que j’irai plus vite avec, mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas envie d’essayer. J’aurais trop l’impression que cela me faciliterait les choses. Je n’aurais plus l’impression de faire corps avec la difficulté de l’épreuve. Je ne vivrais plus ma course sans additifs.

Mon collègue a pris quelques photos de ce passage. A la différence de ce que j’ai vécu, il y a beaucoup de monde sur ces photos. Lorsque je suis passé, la foule était légèrement plus clairsemée et regroupée en petit ensemble de coureurs.

 

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A mi-hauteur de cette deuxième partie de montée, je commence à être à l’aise. Je n’ai pas eu besoin de poser les mains sur les cuisses depuis le début et je commence à me redresser, voir même à me tenir de plus en plus droit. La personne devant moi n’est plus tout à fait dans mon rythme. J’hésite. Est-ce que j’y vais, je lance les chevaux et je rentre dans mon rythme, ou est-ce que j’applique un principe de précaution et je reste derrière elle pour en garder sous le pied ?..

10 secondes plus tard : « Attention, je passe à droite ! ». C’est parti. Je suis bien. Autant en profiter. Je lance mes pas dans la montée. C’est automatique, le cerveau ne réfléchit plus. Tap.. Tap.. Tap.. Tap.. Tap.. c’est presque systémique. Après une minute à mon régime de croisière, je me rends compte que mon souffle n’est pas tellement accéléré et que je n’ai pas trop augmenté ma chaleur corporelle. Je continue donc à ce tempo. Jusqu’en haut.

 

KM 10.3 = Sommet de la TÊTE DE LA TRONCHE (altitude 2548 m) :

Temps de course : 01 h 54 min / Classement général : 246ème.  

Premier sommet atteint. Nous venons de nous prendre 1435 D+. Et c’est passé comme dans du beurre. Les cuisses ne me brulent pas. Mon dos ne me fait pas souffrir et je ne ressens pas de picotements dans les mollets. Tout va bien. L’entrainement a payé. Je redoutais un peu ces dix premiers kilomètres. Le fait de partir comme cela, à froid. De tout de suite devoir envoyer du pâté. J’avais peur que mon corps ne me trahisse. Il a répondu présent. Je suis fier de toi ensemble d’os, d’organes et de peaux. Maintenant il te reste 90 bornes à tenir !

Le soleil est bien présent. Nous l’avons eu dans le dos une bonne partie de la montée. Le paysage est dégagé. C’est magique comme endroit. Si seulement j’avais l’occasion de courir plus souvent dans de tels lieux !

Trèves d’observations, je me fais Biper au sommet. Je relance de suite. Il y a peu de vent, mais le froid de l’altitude se fait ressentir. Mes jambes qui avaient pris un rythme particulier dans la montée, doivent maintenant s’assouplir pour aller chercher une bonne foulée. Au bout de 300 ou 400 mètres je rentre dans mon rythme.

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Descente sur le Ravito n°1 : REFUGE BERTONE : 

Nous sommes sur la crête. Aucun arbre. Donc aucune racine. Quelques rares rochers sont à éviter. Nous courrons sur des monotraces dans une grande prairie alpine en descente. J’arrive à envoyer. Je double même quelques coureurs. Cela me surprend. Au loin, je repère l’hélicoptère qui capte les images pour les Live UTMB. Il est en vol quasi-stationnaire et remonte doucement la crête. Je me dis que cela serait sympa d’avoir une image de ce moment. Ma foulée s’accélèrent. Au moment d’arriver à son niveau, patatra mon monotrace fait le tour d’une petite butte. L’hélicoptère est là, juste derrière. Je ne le verrai pas, lui non plus. Tantpis. De toute manière je ne suis pas venu pour faire des images. Je retourne dans ma course.

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Etant donné que nous sommes dans une descente les écarts entre les coureurs commencent à franchement se former. Les groupes de plus de dix coureurs ont tous explosé. Il n’y a maintenant plus que des groupes de 2 à 4 coureurs dont l’un s’échappe généralement pour rejoindre celui de devant au bout de quelques dizaines de secondes. Je fais parti de ces coureurs qui font des sauts de puces de groupe en groupe. Je pense que cela me permet de me donner une suite de petits objectifs atteignables. Cela m’aide à bien avancer, tout en faisant passer le temps.

Entre deux groupes, lorsque je me retrouve seul, une chanson que j’ai entendu la veille me revient automatiquement à la tête. Bon, préparez-vous.. c’est pas du Beethoven ou la Traviata. C’est de la bonne grosse musique bien commerciale qui entre bêtement dans la tête sans vouloir jamais en ressortir. Je fredonne :

 » Le monde est à nous, le monde est à toi et moi
Mais p’t-être que sans moi le monde sera à toi
Et p’t-être qu’avec lui le monde sera à vous
Et c’est peut-être mieux ainsi
Mes sentiments dansent la macarena
Donc je me dis qu’si t’es avec lui, tu te sentiras mieux
Mais si tu te sens mieux, tu te souviendras plus de moi
Oh là là
Mon cœur danse la macarena, la la la la la la la la la la
Oh là là « 

Pour ceux qui ne connaissent pas cette chanson très recherchée et avec des paroles dignes des plus grands dialoguistes je vous mets le lien ici -> DAMSO – Macarena

En doublant un coureur, il m’entend fredonner. Tourne légèrement la tête vers moi, l’air de dire « Ah ouais.. quand même.. t’en es là toi.. ». Je garderai ce morceau dans la tête pour les 30 prochains kilomètres.. et trente kilomètres.. c’est LONG ! Mes oreilles dansent la macarena, la la la la la…

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Je repère le refuge en contre-bas. La descente est légèrement plus technique que sur les crêtes. Le fait d’arriver au premier ravito me donne du coeur à la foulée. J’accélère. La technicité du passage ne m’effraie pas. Mes entrainements spécifiques à la descente commencent à payer. Ok, ce n’est pas du Kilian’style mais franchement je suis content. Les supporters placés en bas de la descente qui regardent le passage me donnent encore plus l’envie d’envoyer avec style et souplesse. Je double quelques coureurs en coupant les virages. Mes jambes répondent bien. Les à-coups de mes réceptions un peu forcées ne me font pas mal aux cuisses. J’ai même l’impression que je ne vais pas le payer plus tard. Bref, ça va bien dans le meilleur des mondes.

 

KM 14.5 = Ravito n°1 – REFUGE BERTONE (altitude 1970 m) : 

Temps de course : 02 h 18 min / Classement général : 225ème 

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En entrant dans le ravitaillement, je fais ma traditionnelle blagounette aux bénévoles : « Bon courage pour votre journée.. on croit en vous ». Cela fonctionne.

Ni une ni deux, je file me recharger en eau. J’ai bu mes deux flasques. Il n’y a pas grand monde dans le ravito. Les coureurs se sont déjà bien étalés à l’avant de la course. C’est agréable de ne pas avoir à faire la queue.

Après l’eau, je me dirige en direction du buffet : J’attrape 2 petit Lu, quelques bouts de viandes séchées (Délicieuuuuuuuuux !), un peu de fromage et trois abricots secs. Ma manie de ne pas vouloir rester au ravitaillement reprenant le dessus, je file en direction de la sortie, les aliments dans les mains.

Sur les 300 mètres en sortant, je grignote tranquillement tout en avançant. Quelques supporters se sont placés à ce niveau. Ils nous applaudissent. C’est très sympathique.

 

Liaison avec le Ravito n°2 – REFUGE BONATTI : 

Je n’ai strictement AUCUN souvenir de cette liaison. Sur le papier c’est un enchainement de faux plats, de petites descentes et de petites montées; mais impossible de me souvenir de ce moment là. Oh la la .. (Satané chanson).

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KM 21.9 = Ravito n°2 – REFUGE BONATTI (altitude 2028 m) : 

Temps de course : 03 h 11 min / Classement général : 201ème 

Aucun souvenirs encore une fois ^^. J’ai le vague souvenir d’un refuge d’alpage assez mignon comme on peut en voir dans les films de Randonneurs ou des Bronzés, mais rien de plus. En réalité, très franchement, je pense que je devais être tellement entre la contemplation du paysage et la concentration sur mon état général que je n’ai pas du mettre mon enregistreur en marche.

Je sais juste que j’ai suivi à la lettre ma méthode de ravitaillement : Remplissage des flasques -> 2 petits Lu, viandes séchées, etc.. -> Départ du refuge et consommation sur les 400 mètres suivants.

Bon si, je me rappelle d’une chose. Mais trop tard. 5 minutes après avoir quitter le ravitaillement, je veux prendre une gorgée d’eau pour faire passer la légendaire pâteuse du petit Lu. Là. Horreur ! Mon eau fait de la mousse. Je veux pas être alarmant, mais de l’eau, qui fait de la mousse, on a beau être à 2000 mètres d’altitude, ce n’est pas normal. Le champagne fait de la mousse, le coca aussi, mais pas l’eau ! Je prends une seconde gorgée. Je détecte alors un léger arrière goût de citron chimique. Bordel ! J’ai pris de la boisson énergétique. Quand on ne s’y attend pas c’est surprenant. Heureusement, la personne qui a cuisiné le réservoir de boisson énergisante n’a pas du lire la notice, et semble avoir dilué ce qu’il faut pour un litre dans un réservoir de 30 litres. Effet sur le corps : NADA.. Effet sur le gout : Beurk. La prochaine fois je ferai plus attention. Oh là là !

 

 

Liaison et descente sur le Ravito n°3 : ARNOUVAZ : 

Je me souviens bien de cette partie. Nous avons changé d’axes de course. Nous sommes maintenant à la parallèle parfaite de la vallée. Nous courrons sur un monotrace étroit mais clean qui permet d’envoyer à flanc de montagne. Le paysage est fabuleux. La mer de glace qui descend du Mont Blanc sur notre gauche est impériale. Les falaises sont majestueuses. Du caillou sec et aride sur lequel aucun arbre ne pousse. J’essaie de repérer à plusieurs reprises nos amis les animaux de la montagne. Bouquetins, chamois et autres trailers à quatre pattes ne portant pas de dossards.

Peine perdue. Je suis trop loin pour repérer quoi que ce soit. A force de regarder le paysage, j’en oublis complètement la course et mon état général. Cela fait plus de 20 km que je cours et pourtant je ne ressens aucunes sensations d’épuisement. C’est très cool.

Je reviens vite à la course grâce à un pas mal placé. Mon pied gauche décide que le chemin est surement trop facile pour lui, et glisse tendrement dans la pente à ma gauche. Par réflexe, je m’agrippe au flanc droit de la montagne, ce qui me permet de rester debout. Cette petite alerte me remet dedans. Je me concentre à nouveau. Cela serait vraiment trop con de se blesser par manque d’attention.

La fin de la liaison vers Arnouvaz se termine par une descente assez sèche à travers les bois. Le terrain est encore relativement sec ici. J’arrive à bien envoyer. Avoir la tente du ravito en ligne de mire me donne comme à chaque fois un peu d’entrain à la tâche. J’arrive à ne pas me faire doubler. Décidément, je me surprends moi même.

L’arrivée sur le ravitaillement est géniale. Beaucoup de familles et d’enfants sont présents. J’applaudis les supporters qui me le rendent bien, et je vais claquer la main des enfants qui la tendent. C’est toujours électrisant comme sensation.

Ah. Tiens. Mais. Ne serait-ce mon ami la caméra de ravitaillement ? Qu’est ce que je fais ? Qu’est ce que je fais pour amuser les gens qui me suivent.. Le temps d’y réfléchir.. j’atteins le champs de vision de la caméra. Et là, va savoir pourquoi, je fais Dugarry à la Coupe du monde 98.. Vous noterez, que ça vient tellement de nul part que je suis à deux doigts de me casser la gueule en arrière. Bref, je profite !

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KM 27.0 = Ravito n°3 – ARNOUVAZ (altitude 1779 m) : 

Temps de course : 03 h 47 min / Classement général : 188ème 

Je vous fais pas le résumé du ravitaillement, mais comme d’habitude je tente de faire rire les bénévoles et je prends mon petit paquetage pour les 300 mètres qui suivent.

En quittant le ravitaillement, étant donné que je marche, j’entends mieux les supporters : « Bravissimo » « E fantastico » « Continua ».. J’avais presque oublié que l’on courrait en Italie.

 

Montée sur le GRAND COL FERRET : 

Le ravitaillement passé, nous traversons un lit de rivière presque à sec. C’est assez sympa de bondir de cailloux en cailloux.

Un peu plus loin, une pancarte « PHOTO – Dossard visible » attire mon attention. Je n’ai pas fini mon petit Lu. Je repère le photographe et dans ma tête je me dis « Bon.. tu n’es peut être pas assez bon pour avoir un sponsor équipementier.. mais sans déconner, un pub pour petit Lu.. tu as le niveau.. ». Je passe devant le capteur d’instant vivant, petit Lu légèrement mordillé dans une foulée légendaire tel Hercule gravissant l’Olympe. Dans ma tête ça rendait vraiment bien. Je verrai bien le résultat. Mais quelque chose me dit que je vais être déçu.

Plus de place à la rigolade. C’est parti pour 754 m de dénivelé sur 4.5 km. Du bas de la montée, j’arrive à bien discerner les trailers qui me précédent tout en haut d’un premier pan de la montée. Cela parait déjà tellement haut. Je lève encore les yeux, et je me rends compte qu’il ne s’agit même pas du sommet, mais seulement d’un palier à mi-hauteur. Ca va piquer.

Je suis seul quand je me lance dans la montée. J’ai repéré un trailer qui avance plutôt bien. Il est à deux virages en avance sur moi. Je me donne comme objectif de le rattraper et de monter avec lui. C’est reparti pour le cadencement des cuisses. Je ne réfléchis plus, j’avance. La douleur est surement présente, mais je ne la laisse pas remonter à mon cerveau. Si je pense que cela ne fait pas mal, alors cela ne fait pas mal. Cela fonctionne. Je rattrape rapidement le trailer.

Nous avançons bien tous les deux. Un troisième coureur nous rejoint. Nous montons à trois. Nous n’échangeons pas tellement nos opinions. Nous avons un pacte d’obligation de résultat, pas un pacte d’amitié franche et sincère. Notre petit train rattrape sans trop de difficultés pas mal de coureurs. Certains arrivent à accrocher.. d’autres sont complètement dépassés et doivent vite revenir dans leur rythme.

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A mi hauteur de la montée, notre vision sur le sommet s’améliore. Je me rends rapidement compte que je peux dire adieux au soleil. Nous allons rentrer dans le nuage qui est accroché en haut. La course va définitivement changer.

Sur la fin de la montée, nous croisons quelques randonneurs. Assez poliment (je pense qu’ils sont Suisses étant donné que nous avons traversé la frontière en bas sans que je m’en rende compte), ceux-ci se sont écartés du sentier principal pour laisser passer les coureurs sans difficulté. Certains nous applaudissent, d’autres restent immobiles et nous regardent passer. Sans doute, sont-ils déjà laser d’avoir applaudi la grosse centaine de coureurs nous ayant précédés. (Ou sinon c’est vraiment qu’on les fait chier à prendre leur sentier.. mais ça.. nous ne le saurons jamais).

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La fin de la montée se passe complètement dans le nuage. Il n’y a plus de paysage à contempler. De toute manière cela fait bien 10 minutes que je ne regarde rien d’autre que les chaussettes grises et noires du grand trailer ultra-affuté qui me précède. L’autre trailer qui est monté avec nous me demande de remettre ses bâtons dans sa petite sacoche. Ca semble bien pratique quand même son truc. Mais bon, pas envie d’essayer.

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Crédit photo : @Clairecassoth sur Instagram

 

KM 31.5 = Sommet GRAND COL FERRET (altitude 2528 m) : 

Temps de course : 04 h 49 min / Classement général : 158ème 

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Bon. 1 h pour faire quatre kilomètres. C’est bien la première fois que cela m’arrive. Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir super bien monté cette section. J’irai comparer avec la moyenne des coureurs pour me rassurer (ou pas).

Je ne reste pas au sommet. Il fait maintenant trop froid. L’humidité se fait ressentir, il commence à bruiner et le vent souffle légèrement. Et dire que 400 mètres plus bas, il faisait beau. Incroyable.

 

Descente sur le Ravito n°4 – LA FOULY : 

J’enfile ma veste (une salomon Bonatti, tout ce qu’il y a de plus classique). C’est la première fois que je l’essaie en course. On va bien voir si elle vaut son prix. Déjà, j’arrive sans problème à la mettre au dessus de mon sac alors qu’il est plein à craquer. C’est un bon point. Ensuite, j’arrive à facilement soulever le rebord pour récupérer un gel dans une des deux poches arrières de mon sac. Deuxième bon point. Le troisième bon point, elle va le gagner sur les dix premières minutes de la descente, alors que je suis entrain de me refroidir grave. La veste tient très bien la chaleur corporelle, sans toutefois étouffer. J’ai rapidement la sensation d’avoir chaud, mais je ne suis pas mal à l’aise. Vous l’aurez compris, je plusoie ma veste 😀

Un mec qui remonte la course en sens inverse m’annonce 158ème. Je n’avais pas du tout estimer mon classement pour le moment. Je pensais être plutôt dans les 300. D’un côté, cela me rend ravis, de l’autre, cela me met la pression GRAVE. Etre dans le TOP 200 à un peu moins de 70 km de l’arrivée cela veut tout et rien dire. Je me dis qu’en continuant ainsi, je pourrai tenir sous la barre des 200, mais étant donné la longue distance qu’il reste à parcourir, je me dis que tout peut arriver et que je peux très rapidement reculer de plusieurs centaines de places. De toute manière mon objectif est simple : Finir en moins de 20 h. Le reste on s’en fout !

Je double un trailer dans la descente. 157. Un autre s’arrête pour mettre sa veste. 156. Nooooooooooooon ! Ca recommence. Je n’arrive pas à m’empêcher de compter maintenant.

Au fur et à mesure de la descente je commence à avoir un coup de mou. Le prochain ravitaillement de la Fouly est encore loin. Une dizaine de kilomètres. Je me reprends en me disant que de la descente c’est des kilomètres « faciles ».. des kilomètres « donnés ».. J’avale un gel et dix minutes plus tard, cela va beaucoup mieux.

A peu près à mi-chemin, la descente est plus raide. Mes cuisses commencent à prendre cher. Je le sens. J’arrive à tenir le rythme mais je sais maintenant que plus tard cela va faire très mal.

Un peu plus loin, je me surprends à avoir une hallucination. Un bout de bois sur le bord du monotrace se transforme en chien/loup me bondissant dessus. Je sursaute effrayé. Le temps de réaliser qu’il s’agit d’un bout de bois, je suis déjà 5 mètres plus loin. Si c’est comme cela au km 40, ça va être quoi par la suite ?

Nous repassons sur le bitume. Je comprends que le ravitaillement est proche. En arrivant dessus, j’applaudis à mon habitude les spectateurs. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cela me fait autant de bien de les applaudir que d’entendre leurs applaudissements.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

Coucou ma copine la caméra. Cette fois-ci, je n’ai toujours pas d’idée, mais par contre on va éviter de faire Dugarry.

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KM 41.1 = Ravito n°4 – LA FOULY (altitude 1600 m) :

Temps de course : 05 h 43 min / Classement général : 160ème 

Le ravitaillement est étrangement calme. Peu de bruits, d’excitations. C’est tout à fait normal en fait. Il n’y a presque personne pour l’instant. Nous devons être 5 ou 6 coureurs grand maximum sous la tente.

Je me ravitaille des éléments habituels, tout en faisant bien attention à prendre de l’eau (et pas de la boisson énergisante).

En sortant du ravitaillement, j’ai repéré une dizaine d’enfants qui s’amusent à faire une Olà. Je prépare mon coup… Je sors d’un coup de la tente en faisant un gros  » Pa..PA..pa..PA..Pa..PO..Po.. PoLALA.. OLEEEEEEE… ». Tout le monde rigole. Et c’est reparti.

Je marche 400 mètres pour manger tranquillement. Je croise un gars de l’organisation. Il me souhaite une bonne fin de course. Je me retourne en disant « FIN de course ? ».. l’air de dire « Euh.. mec, il reste 60 bornes à faire.. je suis même pas à la moitié.. et tu m’annonces déjà que c’est la fin.. tu me spoiles là ! ». Il se marre, je reprends la course.

 

Descente après LA FOULY : 

Tout simplement le pire passage de la course pour moi.. Quelques 7 ou 8 km de bitume en descente. Tout simplement atroce pour mes jambes. J’ai remarqué que peu de coureurs portaient des speedcross comme moi. Ou du moins, j’ai repéré que beaucoup de coureurs avaient des chaussures avec très peu de crampons. Je comprends mieux pourquoi. Cette partie m’use littéralement. Je me dit une nouvelle fois que ce sont des kilomètres offerts, donc je me force à avancer, mais clairement j’ai pas aimé.

Bon, il y a quand même quelques aspects positifs à courir sur la route. Presque toutes les voitures que l’on croise klaxonnent et font des appels de phares. Ca égaille un peu tout ça. En plus je n’ai plus ma musique à la con dans la tête. Oh là là.

Je me sens bien seul dans cette descente. Nous traversons un petit village suisse super mignon. Dommage, il n’y a pas âme qui vive. J’ai du traverser bien trois villages sans voir la moindre personne. Un peu glauque. Je garde tout de même le souvenir d’un petit chalet sur la droite, que j’appellerai « La maison des nains de jardins ».. Il y a plus de nains de jardins là bas que dans Blanche Neige.. C’est assez incroyable. Flippant. Mais incroyable. L’envie de faire un « Amélie poulain » en volant un nain et en lui faisant traverser le monde me vient. Heureusement qu’il me reste beaucoup de kilomètres et que mon sac est plein car j’en aurai bien pris un pour l’humour.

Sur la fin de la descente, je sympathise avec un Irlandais. Nous avons repéré au loin un village en surplomb. Au vu du petit profil de course que mon collègue m’a plastifié, je pense qu’il doit s’agir de notre prochaine destination : Champex Lac. Le saxon ne veut pas me croire. Il ne pense pas qu’il nous reste une montée à faire pour atteindre le prochain ravitaillement. Je lui montre mon profil. Il me le rend un peu dépité. « You’re right ! ». Et il enchaine en me disant « Tell me. It’s a realy realy huge beer after the last climb ! I hope you will finish it too ! ». Nous rigolons ensemble. Et continuons chacun notre course de notre côté.

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Cette longue descente depuis le sommet du Col Ferret a bien tassé mon estomac. Voilà que j’ai envie de passer aux toilettes maintenant (Et oui.. le trailer n’est pas une princesse !). Je ne vois pas d’espace un peu planqué qui me permettrait de faire ce que j’ai à faire autour de moi. Je prends mon mal en patience. J’espère qu’au prochain ravitaillement il y aura des toilettes.

 

J’approche de la montée sur Champex. Je croise enfin quelques habitants à la terrasse d’un bar. Ceux-ci brandissent fièrement leurs pintes de bières en m’applaudissant. Je suis à peine à la moitié, il me reste encore 50 km avant de pouvoir faire comme eux. Les sal*ps !

 

Montée sur le Ravito n°5 – CHAMPEX LAC :

J’attaque la montée sur Champex. J’ai eu tout le loisir d’estimer la longueur de celle-ci pendant toute la descente que je viens de me faire. Je sais quelle va être relativement forte, mais pas trop longue. Je rejoins le trailer que j’avais croiser précédemment (celui à qui j’avais rangé les bâtons). Il avance super bien. Ces bâtons l’aident pas mal. Un ami à lui fait la montée avec nous. Nous avons un bon rythme. Je suis complètement dans ces mollets pendant la moitié de la montée.

C’est sa troisième CCC. D’habitude il l’a fait en plutôt en 24h. Là, il est très content car il est parti pour faire beaucoup mieux. Il m’annonce même que nous sommes dans le rythme pour faire 15 ou 16 h. J’hallucine grave ! C’est 4 heures de moins que mon objectif de départ.

Je lui raconte un peu mon parcours dans le monde de la course, le fait que je m’entraine dans le bois de Vincennes et que j’ai la diagonale dans 1 mois et demi. Discuter avec lui me fait beaucoup de bien. Nous devons avoir sensiblement le même âge. Et pourtant il semble tellement plus mature. C’est agréable. Dans ma tête, il devient mon grand frère de Trail.

A la moitié de la montée, nous avons beau avoir pas mal envoyé sur la première partie, j’ai la folle impression de m’être reposé. J’enclenche mon rythme. Nous nous disons au revoir, et à plus tard sur la course. Je finis la deuxième partie de la montée à bloc. Seul. Je suis très très à l’aise. J’ai pris un gel tout en bas, et je commence à en ressentir l’effet. Malheureusement, le temps commence à se gâter. Il pleut maintenant. Ce ne sont pas des grosses gouttes, mais je suis tout de même trempé.

 

Dernier petit coup de cul avant le ravito. Je finis en courant. Il y a pas mal de supporters à ce moment là, et cela arrive de tous les côtés. En fait, c’est par ce que Champex est l’un des ravitaillements où un coureur peut se faire assister par des personnes extérieurs à la course. Moi. Je n’ai personne. Pas grave.

Ah tiens la caméra. Je suis beaucoup moins inventif que les deux dernières fois, et les 55 km dans les pattes commencent à se faire sentir. Un petit geste, et je passe en courant pour rentrer dans le ravitaillement.

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KM 55.1 = Ravito n°5 – CHAMPEX LAC (altitude 1474 m) : 

Temps de course : 07 h 15 min / Classement général : 152ème 

J’ai repéré que la batterie de ma Garmin était sur la fin. J’enlève pour la première fois mon sac de mon dos afin de prendre une batterie portable et de brancher ma montre. Je clipse le chargeur sur ma montre et je glisse le fil dans ma manche afin de tenir la batterie dans ma main. Cela fonctionne. Top.

Je prends mon ravitaillement habituel, auquel j’ajoute deux gobelets de Coca rouge. Le besoin de sucre et de pétillant se faisait ressentir.

A la sortie du ravitaillement, un orga’ m’arrête et me demande de rejoindre la table de contrôle des éléments obligatoires. Et c’est reparti. Le bénévole me demande de vérifier la présence de mon téléphone, de mes Petzl, des piles de rechange, ainsi que de ma veste et de mes collants.

Le bénévole est super sympa. Me voyant un peu fatigué, il m’aide à lui montrer les éléments. Le collant sur moi, la veste dans la poche extensible du sac, le portable calé dans une poche lisse et les frontales dans un sac de congélation. Tout est ok. Je peux repartir.

A la sortie du ravitaillement, j’ai très froid. Mes habits sont trempés et mon corps est refroidi. Je remets ma veste trempée. Elle fait rapidement effet. Je longe le lac en marchant afin de manger les aliments pris lors du ravitaillement. PAUSE CONSEIL A L’ORGANISATION : Je fais toujours très attention à ne rien jeter sur le parcours. Je ramasse assez souvent les gels que je vois sur les chemins afin de les déposer au ravitaillement. Mais serait-il possible de simplement mettre des sacs poubelles quelques centaines de mètres après les ravitaillements, même discrètement, afin que l’on ai pas à se trimballer les déchets sur nous. Je prends l’exemple des peaux d’oranges. M’imaginer jeter des peaux d’oranges m’énerve. Je les garde donc avec moi, mais franchement, garder des peaux d’oranges pas bien mangées, c’est pas le confort absolu. Surtout que la plupart du temps, j’oublis au prochain ravitaillement de jeter mes déchets et je repars avec une double dose pour un trajet de plus. Voilà. C’est pas grand chose. Mais cela rendrait la course un tout petit peu plus confort. (Oui.. je suis quand même une princesse !).

Je reprends la course. Les 200 premiers mètres sont très durs. Ca y est. Je commence à être musculairement atteint. Cela revient vite, mais il faut vraiment s’obliger à recommencer. On sert les dents et cela repart. Quelques temps plus tard, cette reprise douloureuse est déjà oubliée. Sur cette partie, je croise énormément de personnes faisant des assistances qui arrivent sur le ravitaillement, ils vont en sens inverse de mon chemin. Ils sont sympas et m’encouragent. Cela me fait du bien. Moralement, je commençais à avoir un petit passage à vide.

Nous empruntons maintenant des chemins forestiers pour 4×4 qui descendent. Je n’arrive plus tellement à accélérer à fond sur du faux plat descendant. Ce n’est pas grave. J’arrive tout de même à avancer.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas couru un petit moment avec quelqu’un. Je sais qu’une grosse montée arrive. J’aimerais bien rattraper un coureur pour ne pas faire la montée seul.

 

Montée sur LA GIETE : 

C’est parti pour la troisième grosse difficulté de la journée. Un bon + 860 découpé à la moitié par un petit passage roulant pour changer de flanc de montagne.

Je suis seul dans la première partie de la montée. C’est très dur. J’ai un gros passage à vide. Je suis obligé pour la première fois depuis le début de la course de m’arrêter 20 secondes pour reprendre de l’énergie. Ce petit arrêt m’est salvateur. Je vois au loin, le trailer avec lequel j’ai fait la montée sur Champex. Il a l’air en forme avec ces bâtons. Je m’accroche à lui à son passage. Nous montons ensemble. Tout de suite, cela va mieux. Mes jambes reviennent. Nous parlons peu. Mais le peu de paroles que nous échangeons nous suffisent à nous évader de la difficulté de la montée. Avec le recul, qu’est ce que c’est dur ces moments là physiquement. Heureusement que le mental est là pour tenir la cadence. Je pense que si je devais faire le même style de côte hors-course officielle, je m’arrêterais tous les 50 mètres du fait de la douleur qui se propage dans les cuisses. La tension de la course et la volonté d’aller au bout fait tenir le tout. Va savoir comment. Ca tient. Oh La La La .. (Ah bah t’es encore là toi :D).

Nous voyons le bout de la montée. Comment nous le savons ? Tout simplement car il n’y a plus beaucoup d’arbres. Plus d’arbres. OK. Mais côté hallucinations, c’est le début du grand n’importe quoi. A partir de maintenant et jusqu’à la fin de la course, j’ai vu (imaginé) des supporters qui applaudissent à peu près partout.. où il n’y en avait en fait pas. Je le sais pourtant. Il n’y a personne qui se met dans ce genre d’endroit, sous la flotte pour applaudir les coureurs. Mais dans ma tête c’est le tour de France sur le bord de nos mono-traces. C’est grave docteur ?

Enfin… On bascule sur la descente. Cette montée a été terrible pour moi. Je pense m’économiser dans la descente. Pourtant après quelques centaines de mètres, va savoir pour quelles raisons, mes jambes repartent comme si elles n’avaient rien fait pour le moment. Je pars en solitaire dans le dénivelé négatif. A partir de maintenant, cela sera pluie forte tout le long de la descente.

 

KM 66.4 = LA GIETE (altitude 1888 m) : 

Temps de course : 09 h 12 min / Classement général : 130ème.  

Si je ne confonds pas, ce petit ravitaillement est mon préféré de toute la course. Une toute petite bergerie dans une espèce de grande clairière à la sortie d’un bois. J’entre dedans d’un bond en criant un grand TADAM !! Les bénévoles me bipent et me proposent de l’eau. J’hésite un instant, puis me dirige vers les réservoirs. Un des bénévoles me dit : « Sinon, le gros ravito est à 5 km, avec que de la descente ». Dans ma tête ça fait tilt. Je me retourne dans la bergerie et je me mets à courir vers la sortie. Bon courage et merci.

 

 

Descente sur le Ravito n°6 – TRIENT : 

Me revoilà dehors.  J’ai le souvenir vague de quelques centaines de mètres très boueux. Ma capuche est visée sur ma tête. Ma casquette est à l’abris de ce ruisseau qui tombe du ciel. De toutes façon je suis déjà crade et trempé.. Je continue à envoyer.

Je rejoins rapidement un Italien d’une quarantaine d’année.. Je n’ai pas besoin de regarder son dossard pour savoir que sa mère patrie est celle de la pizza et de la Juventus de Turin. Sa manière de courir, ses fringues bleu ciel proches du corps et sa belle petite chaine en or qui s’agite font lieu et place de sa carta d’identita. Mes souvenirs de la coupe du monde 2016 refont surface. Laisser un italien devant moi, cela serait pardonner à Materazzi. Alors que je suis déjà à bloc, j’accélère à nouveau pour le distancer. Je le sens très proche derrière moi. On se tire la bourre. C’est génial. Cela nous fait avancer comme jamais. Je le sème sur la fin de la descente. Mon envie de passer aux toilettes n’est plus tenable. Cela tombe bien le gros ravitaillement n’est plus loin.

Et non. Pour une fois, je ne fais rien de spécial. Je n’ai pas remarqué la caméra.

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KM 71.3 = Ravito n°6 – TRIENT (altitude 1305 m) : 

Temps de course : 09 h 48 min / Classement général : 134ème 

Ce ravitaillement est un peu particulier. Il se situe à 200 mètres du parcours de la course. J’y arrive en courant. J’entre sous le chapiteau. Il y a beaucoup de monde, mais relativement peu de coureurs. Je commence par prendre deux verres de Coca. Le goût sucré qui glisse dans ma gorge me fait énormément de bien.

Alors que je sélectionne mon ravitaillement je repère une nouveauté que je n’avais pas vu pour l’instant. Je ne sais pas qu’elle est la personne de l’organisation qui a eu cette idée, mais c’est un génie auquel je suis prêt à payer ma pinte. Vous vous attendez certainement à quelque chose de dingo.. qui sort de l’ordinaire.. et bien … non. Pas tellement : C’est tout simplement de la PASTEQUE !! C’est drôle comme un aliment aussi banal peut devenir à ce moment précis un élément aussi exceptionnel. Voilà presque 10 h que mon appétit s’abreuve de quelques petit lu, et autres aliments sans trop de goûts particuliers. Et voilà qu’un simple bout de pastèque me redonne la vie, et l’envie. J’avale 4 bouts sur le champ et je quitte le ravitaillement deux bouts à la main.

Ces pastèques m’ont fait oublier de remplir mes flasques. Idiot va. Au moment où je m’en rends compte, je passe juste à côté de toilettes, d’où un supporter sort. Ni une ni deux, j’entre dedans, et je remplis mes flasques (au robinet je vous rassure). Je passe ensuite par la case cabinet (EN-FIN). J’ai un peu peur que d’effectuer mes besoins maintenant ne me donne à nouveau l’envie d’y retourner rapidement par la suite. Tant pis. Il le faut maintenant.

Je repars des toilettes, et file vers la sortie du ravitaillement. Cette fois, je ne loupe pas la caméra.

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Montée sur LES TSEPPES : 

Quelques mètres après la caméra, je dois sauter un petit muret de 60 cm de haut et me réceptionner sur du bitume. Cela peut paraitre minuscule sorti du contexte, mais après 70 bornes et 10 minutes d’arrêt ce genre de mouvement n’est pas des plus fluides. A la réception, je sens les deux muscles supérieurs de mes cuisses me dire :  » Houla.. Houla.. Houla.. mec ! Ca va pas le faire. On va pas être copains tous les deux. Tu te calmes. On veut bien continuer à avancer tranquillement, mais tu ne nous mets pas ça dans la tronche directement après une petite période de repos. Est-ce que l’on te réveille la nuit nous ? Non. Ben un peu de gentillesse ne te fera pas de mal. Tu te calmes ! ». Oui. Reines ! Promis, je vous chauffe un peu avant de repartir sur du technique..

Tout de suite après le ravitaillement, je traverse un pont et je suis un chemin qui monte tranquillement. Je cours dans celui-ci, cela me permet de reprendre le rythme ainsi que de me réchauffer.

J’effectue les premiers mètres de la montée seul. Personne devant pour me motiver. Je me fais rapidement rattraper par un coureur qui semble avoir le même âge que moi. Voir, quelques années de plus. Il commence à me parler en anglais avec un accent parfait. Je tente de répondre, mais impossible de trouver les mots les plus basiques. Mon cerveau ne fonctionne plus que dans sa langue maternelle. Me voyant hésitant, le coureur me demande « Where are you from ? ». Je réponds « Paris ». Il enchaine alors en disant : « Ah bah, on va pouvoir parler en français c’est plus simple ». T’aurais pas pu commencer par ça ? ^^ Tu m’as fait totalement  buggué en voulant parler anglais.. alors qu’en réalité tu viens de pas très loin de chez moi. La bonne blague. Nous continuons a avancé ensemble. Rapidement, je me rends compte qu’il est plus en forme que moi et me dépose complètement dans cette grosse montée.

Je prends un gel. Là, c’est le trou noir. Impossible de me rappeler quoi que ce soit. Un peu plus haut, je retrouve mon collègue de montée (celui des bâtons). Avec lui, cela fonctionne bien. Je reprends le rythme. Malheureusement, je commence à être à court d’eau. Je ne sais pas du tout si le point de passage des Tseppes dispose de réservoirs de flotte. Par chance, nous croisons une ferme d’alpage. Le fermier local a prévu le coup et à laisser couler un peu d’eau d’un tuyau en direction d’un abreuvoir. Je prends le temps de remplir mes deux flasques.

Nous sommes à nouveau dans les nuages. La pluie n’est pas très intense, mais elle suffit à remettre mes fringues à l’état de liquéfaction. Mon collègue à continuer son chemin. Impossible de le rattraper. Je finis la montée seul.

 

KM 74.6 = LES TSEPPES (altitude 1941 m) : 

Temps de course : 10 h 44 min / Classement général : 125ème 

Je me fait biper sans m’arrêter. A droite, une toute petite tente, dans laquelle je repère un trailer assis, tête dans les mains, coudes sur les genoux. Il est cuit. Il lève les yeux à mon passage. Nos regards se croisent, j’essaie de lui faire passer en une fraction de seconde un « On finit ensemble ? ».. pas de réponse. Je continue mon chemin.

Il reste encore un ou deux kilomètres avant le sommet. La montée que je viens de faire a été terriblement épuisante. 680 m de D+ en un peu plus de 3 kilomètres. J’ai puisé dans mes réserves pour la passer le plus vite possible. Je commence à sentir la fatigue m’envahir. Je ne cède pas à la tentation de marcher. Je me remets à courir. Le dénivelé est plus honnête sur cette fin de côte. J’ai envie de l’avoir derrière moi celle-ci. Rapidement.

Arrivé en haut. Nous passons une barrière. Je m’arrête en haut de celle-ci, et va savoir pourquoi, je me dis que c’est un bon endroit pour pisser. Je m’arrête un instant, respire un coup. J’urine. J’hume l’air. Là. Je suis bien. Je me rendrais compte plus tard (en écrivant ce récit en fait) qu’il s’agissait de la frontière qui nous ramenait en France. On pisse quand même vachement mieux dans son pays !

 

Descente sur le Ravito n°7 – VALLORCINE : 

J’entame la descente. Toujours seul. La luminosité commence à baisser, mais la nuit est encore assez loin. Une grosse demi-heure je dirais. Je commence à envoyer dans cette descente. Mes jambes sous à nouveau là. Je me sens revivre. Mes muscles et mon corps fonctionne à nouveau à plein régime.

Je vérifie dans les minutes qui suivent que tout roule. Un petit caillou (de merde !) s’est glissé dans l’avant de ma chaussure gauche. Juste devant mon gros orteil. A chaque pas, je reçois une décharge électrique dans tout le pied remontant jusqu’à la fesse. Chaque pas et une petite souffrance. Etonnement, je préfère ne pas m’arrêter pour l’enlever, au final j’aime bien cette sensation crispante. Elle me garde éveillé. Conscient. Elle me fait cette petite piqure de rappel qui suffit à me dire que sans elle mon corps se serait assoupi petit à petit. Je garderai ce caillou jusqu’à l’arrivée. 25 km de piqures. Qui dit mieux ?

Dans le début de la descente, je rattrape un coureur. En le doublant, je lui demande si tout va bien. Il ne me répond pas. Je comprends alors qu’il écoute de la musique. Sur les 500 mètres suivants, je me demande pourquoi je n’en ai pas pris. A l’entrainement j’ai toujours du son dans les oreilles. Mais en course jamais. Je me l’interdis. C’est un peu comme les bâtons. Si je mets de la musique, j’ai l’impression de tricher. Et puis, c’est si sympa d’entendre les bruits des montagnes.. dans les nuages.. alors que la nuit tombe.. sous la pluie qui redouble d’effort.. dans la gadoue qui commence à devenir de plus en plus épaisse.

Après un tiers de la descente, alors que ma casquette est sous ma capuche. La pluie étant trop forte pour rester à crâne perméable. Je remarque que toutes les 3 minutes j’ai le réflexe, nous pouvons même dire le toc, de retirer ma capuche, de retirer ma casquette et de me passer la main dans les cheveux. C’est étrange. Cela ne sert à rien. Mais ça me fait du bien.

Je me rappelle d’un moment assez lunaire. J’espère que ce n’était pas une hallucination, car c’était vraiment trop étrange pour ne pas être vrai. Le sentier sur lequel je cours jusque là est relativement boueux, mais tout à faire courable. Celui-ci forme une sorte de grande boucle autour d’une vielle bâtisse. Sur cette vielle maison, j’ai l’impression, et je suis quasiment sûr que c’est le cas, qu’il y a un homme vêtu d’un haut orange fluo qui se tient debout. Et il regarde. Il regarde passer les coureurs. Je pense que c’est quelqu’un de l’organisation qui surveille ce passage de la descente. Je suis quasiment sur de l’avoir vu s’orienter vers moi tout au long du tournant. Si ce n’est pas le cas, j’ai fait une énorme hallucination et il faut tout de suite faire placer l’Ultra-Trail dans la liste des substances illicites.

Après ce passage déconcertant, je me rends compte que je commence à ne vraiment plus voir grand chose. Et puis c’est pas le moment car les chemins sont de plus en plus impraticables. Imaginez pleins de monotraces formés par des tracteurs qui s’entrecroisent, tout en boue, alors qu’il pleut comme lors des grandes eaux de Versailles. Impossible d’avoir une foulée constante. Tout le temps obligé de changer de trajectoire, de réfléchir au bon endroit où placer le pied. Avec la vitesse et la fatigue tout cela devient de plus en plus difficile.

Je rattrape un trailer un peu plus loin. Il enfile sa frontale. Je décide de continuer encore un peu sans. Quelques centaines de mètres plus bas, je croise à nouveau un coureur arrêté qui enfile lui aussi sa frontale. Cette fois-ci, je décide de faire la même chose. Je plonge le bras dans mon sac, attrape mon sac de congélation spécial « électronique ». Je saisis ma Petzl, mets les piles dedans. Je vous raconte tout en détails, car très bizarrement je me rappelle très précisément de ce moment – C’est très inutile me direz-vous, mais je me rappelle de tout ! La première pile, je la change de côté deux fois avant de me rendre compte que le + c’est en haut et que le – c’est en bas. La seconde pile je la pose à l’opposé, avant de me rendre compte que si je l’insère d’abord, je ne pourrais plus mettre la dernière. Tout devient compliqué après 78 km. Même mettre des piles dans une lampe, c’est vous dire. Pour le fun, il faudrait faire passer des tests de QI aux trailers finissant un ultra, les résultats pourraient être alarmant sur l’avenir de l’humanité.

Frontale enfilée. Un clic (petit luminosité), deux clics (moyenne luminosité), trois clics (pas besoin de vous écrire le résultat). Me voilà donc, avec ma frontale pour voir mieux.. et je vois MOINS BIEN ! La frontale éclaire trop le brouillard et les gouttes de pluie. Avant je voyais mal le sol devant moi, maintenant je ne vois plus le sol devant moi. C’est pratique quand il s’agit de courir ! Je tente tout de même le coup, en me disant que selon les principes du Darwinisme, si je compte survivre, ma vue devrait s’adapter.

Je repars. Un peu plus lentement. Je me fais rapidement rattraper par une jeune femme en jupe Salomon et frontale allumée. Ainsi que par un coréen (chaud de la night) qui préfère descendre sans frontale.

Nous commençons à descendre à trois. Je réaccélère avec eux. Je ne vois rien ! Le parcours s’est transformé en piste de boue mélangée à des mottes d’herbes. Et nous courrons gaiement là dedans. Le trailer coréen se vautre devant moi. Je l’aide à se relever. Il passe derrière moi et m’explique par la langue universelle des signes qu’il suivra mes pas.

Ok. D’accord. Donc avant j’étais responsable de mes pieds, et maintenant je suis responsable de quatre pieds. Cela devient compliqué. De toute façon je ne vois rien. J’avance à fond sans trop savoir si je vais mettre le pied dans un trou, dans un dévert ou sur un monticule de boue. Assez rapidement, mes deux pieds coréens supplémentaires décident d’abandonner la partie de colin-maillard. La jeune femme est 200 mètres plus bas, je veux la rattraper pour finir la descente à deux. J’accélère.

Dans un virage, je fais une sortie de route glissade dans la boue. Voilà. Je suis trempé, fatigué, mentalement atteint et j’ai assez de boue sur moi pour faire une reproduction du penseur de Rodin. Je repars.

La jeune femme a ralenti. Je continue la descente avec elle. Nous repassons dans une zone de forêt. La frontale éclaire mieux le tracé. On voit au moins à 4 mètres. Les balisages sont bons et bien placés. Cela permet de ne pas nous perdre. Nous trouvons notre rythme sur cette fin de descente technique. Elle m’impressionne. Sa manière de prendre les virages est très différentes de tout ce que j’ai pu voir pour le moment. Elle doit faire beaucoup de ski selon moi. Alors que tous les trailers que j’ai pu observer depuis le début de la course épousent la courbure des virages pour mieux les prendre, elle au contre pique dedans et d’un bon latéral se remet dans l’axe de sortie. C’est difficile à décrire, mais de derrière franchement c’est pas mal !

Arrivé en bas de la descente, un homme attend la jeune femme. Je pense que c’est son entraîneur. Il nous pace jusqu’au ravitaillement.

En arrivant à celui-ci, j’entends un « Alexandre ? Casquette Verte ? ». Il s’agit de @Florianrauline. Un mec que j’ai rencontré sur Instagram et qui m’a dit qu’il se trouverai là. Je le salue, un peu hébété. Je suis à 100 % dans ma course à ce moment là, et dire des choses censées devient de plus en plus difficile. Dans mon souvenir, je crois lui avoir demander mon classement. Va savoir pourquoi. Mais en tout cas, le fait que quelqu’un me fasse un coucou sur la course me fait revenir à la vie réelle. J’entre dans le ravitaillement.

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KM 82.0 = Ravito 7 – VALLORCINE (altitude : 1263 m) : 

Temps de course : 11 h 48 min / Classement général : 129ème 

Reprenant mes esprits, je fonce vers les robinets d’eau. Je remplis une flasque que je bois cul sec. Je la remplis à nouveau et me vide la moitié de l’eau sur la nuque. Je suis déjà complètement trempé, donc un peu plus, un peu moins.. on s’en cogne. Après avoir fait mes réserves d’eau et alimentaires pour repartir, je m’arrête au stand de Coca. Les bénévoles sont super bienveillants avec moi. Je pense qu’ils voient bien que je ne suis plus à 100 % de mon état normal. Leurs paroles sont douces et les mots qu’ils utilisent sont rassurants. Ils me posent quelques questions sur cette dernière descente. Je leur en fait un récit court, mais pointu. Alors qu’un des deux me ressert du Coca, je reprends mes esprits et lui demande s’il n’a pas une goutte de whisky avec. Il lève la tête, étonné et cherche dans mon regard si c’est une blague ou si c’est une vraie question. Je n’ai pas du assez bien l’accentuer celle là. J’avale mon Coca et je file.

En sortant du ravitaillement, l’ensemble des personnes qui sont présentes et qui nous observent sans que l’on s’en rende compte applaudissent. Cela fait énormément de bien. Je croise à nouveau ma connaissance d’Instagram. Je crois que sa copine me prend en photo (mais j’ai un doute). Je le remercie et repart seul dans la nuit.. trempé.. sous la pluie 😀 On dirait une chanson de Brel.

 

Liaison avec le COL DES MONTETS : 

Je prends le temps de me ravitailler sur les 400 mètres qui suivent. Le ravitaillement m’a bien sorti de mon petit nuage. L’acidulé des oranges me pique certains points précis du palais. Je suis bien réveillé. Je prends à nouveau un gel. Il m’en restera un pour l’ultime montée. C’est parfait.

Pendant que je marche, trois ou quatre coureurs m’ont dépassé. Je me remets à courir. Je me rends compte que sur ce faux plat montant je cours plus vite qu’eux. Je les rattrape facilement, puis les dépassent. Un seul. Grand. Short rouge et nouveau sac Salomon bleu ciel (ou les couleurs à l’inverse je ne sais plus trop) me résiste. Il est 100 mètres devant moi, mais impossible de le rattraper. Après un bon kilomètre, il s’arrête pour pisser. J’arrive à son niveau. Il redémarre aussi sec. Je le sens. Il veut finir. Et il veut finir rapidement. Cela va être un partenaire parfait de fin de course.

Il est 20 mètres devant moi. Je remarque qu’il se retourne fréquemment pour voir la distance qui nous sépare. A chaque fois que je me rapproche, il accélère à nouveau.

Le chemin passe par un parking. Sur celui-ci, trois ou quatre de ses potes l’attendent. Ils l’encouragent « Fafa l’homme de la montagne » .. « Il est chaud mon Fafa ».. je suis juste derrière. C’est un peu dur d’être seul à ce moment là, sans supporter pour soi. Je profite donc du spectacle. Ses potes semblent bien chauds. Alors qu’ils le quittent pour retourner à leur voiture, j’arrive à son niveau. Nous courrons l’un derrière l’autre maintenant.

Nous avançons bien. Nous nous sommes toujours pas adressé la parole. Nous sommes concentrés sur le fait de courir et de terminer. Quelques centaines de mètres plus loin, notre parcours surplombe de deux ou trois mètres la route qui descend jusqu’à Chamonix. Une voiture arrive à notre niveau, klaxonnant à réveiller les marmottes les plus somnamphiles. Ils sont chauds comme la braise. Ils hurlent. L’encouragent. C’est assez drôle comme moment. J’en profite pour lui dire « Putain, mais ils ont carburé à l’apéro tes potes ? ».. Il rigole. La liaison se créée.

Le chemin descend. Nous traversons la route et nous nous faisons biper.

 

KM 85.8 = COL DES MONTETS (altitude 1467 m) : 

Temps de course : 12 h 28 min / Classement général : 124ème.  

Les bénévoles nous crient au passage : « Bravo les gars. Vous y êtes presque. Dernière montée et dernière descente sur Chamonix ! ». Les mots derniers résonnent en moi.

 

Première montée sur LA FLEGERE : 

Deux de ses potes sont descendus de la voiture et s’embarquent dans la montée avec nous. L’un tient son chien en laisse. Juste dernière moi. Nous nous présentons. Alors, moi je m’appelle Alexandre, je viens de Paris, je m’entraine dans le bois de Vincennes, c’est mon premier 100 km et dans 45 jours je fais la Diagonale des fous. Ils sont morts de rire.

Nous avançons à fond dans la montée. Lui devant, moi derrière. En y repensant, c’était vraiment lui qui donnait l’allure. Je ne faisais que le suivre. Sans lui, je pense que j’aurais bien mis 20 minutes de plus à effectuer la montée sur La Flégère.

Ses amis nous encourage : « C’est super ce que vous faites les gars » – « Vous avez un bon rythme » – « Ca relance après les virages.. PowPoPO ! ». Ces encouragements me galvanisent. Je suis en mode terminator maintenant. Rien ne peut m’arrêter. Le chien (d’ailleurs je crois que c’est une chienne mais j’ai un doute) est au taquet juste derrière moi. Franchement, à la vitesse où l’on a fait cette montée, il faudrait une veste Finisher rien que pour elle !

 

Redescente avant la dernier montée sur LA FLEGERE : 

Fin de la première partie de montée. On ne comprend pas trop pourquoi mais cela redescend. Peu importe. On envoie du bois. Dans la montée nous avons doublé deux coureurs et nous les avons déposés sur place. C’était assez impressionnant. Maintenant nous sommes uniquement tous les deux, avec les potes et la chienne.

La descente est très technique. la pluie est terriblement forte. La plus forte depuis le début du parcours. On ne voit pas grande chose. Le chemin est devenu une vraie petite rivière. Deux stratégies, soit tu passes au milieu : les pieds dans l’eau. Soit tu passes sur les bords dans la boue au risque de chuter dans le précipice. J’opte pour la deuxième solution avant de rapidement n’en avoir plus rien à fichtre et de passer les pieds dans l’eau en mode sous-marin.

Nous croisons un coureur dans la descente, il est seul dans cette partie technique et prend vraiment son temps pour passer les obstacles. Nous, c’est différent. Nous tentons de passer rapidement pour ne pas glisser sur les rochers et racines glissantes. Jusque là, cela fonctionne. C’est un peu inconscient. Mais on cartonne.

 

Deuxième montée sur LA FLEGERE : 

Fin de la descente. L’un des deux potes semble avoir du mal à nous suivre. En attaquant la montée, je l’entends dire « C’est des tarés. Ils ont 90 bornes dans les pattes et je n’arrive pas à les suivre ». Intérieurement, je suis fier.

La deuxième montée est encore plus difficile que la première. La pente me semble plus forte. J’avale un gel. Devant moi, ce sont des patates douces qui font le régale de mon camarade de fin de course. Nous doublons à nouveau deux coureurs. Rapidement, nous ne voyons plus leurs frontales derrière nous. Mais qu’est ce qui nous arrive ? ^^

La fin de la montée est terrible. Nous sortons de la foret pour terminer sur ce qui semble être une piste de ski. Nous sommes à découvert. L’eau tombe du ciel à grosses gouttes. C’est apocalyptique comme instant. Je suis au bout de moi même. Nous venons de nous prendre 732 m de D+ dans du chemin technique et nous sommes montés à plus de 5 km/h. Lu comme cela sur un blog, cela peut paraitre pas grand chose, mais je peux vous promettre que j’ai rarement dans ma vie atteint un tel niveau dépassement de soi.

Ca y est. Nous voyons 200 mètres plus haut la lumière de la petite tente de ravitaillement. Nous finissons en courant. C’était complètement dantesque comme instant de vie.

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KM 92.9 = Ravito 8 – LA FLEGERE (altitude 1868 m) : 

Temps de course : 13 h 54 min / Classement général : 119ème. 

L’ambiance sous la tente est indescriptible. La pluie lourde qui tombent sur le plastique du toit produit un bruit assourdissant. Autour de moi, les bénévoles semblent être en lévitation à 20 centimètres du sol. Il doit y avoir quelques neurones qui se connectent plus bien là haut. Je suis un peu perdu dans la tente, alors que celle-ci doit faire à peine quelques mètres de long sur encore moins de large (ce qui est très précis !).

Je m’approche des réservoirs d’eau et demande à un bénévole si c’est bien de l’eau. (Bah non banane.. Il y a marqué EAU en caractère 300 dessus, mais pour le délire on a mis de la chartreuse dedans. Que penses-tu de notre initiative ?). Le bénévole me répond gentillement et calmement : « Tout à fait.. tu en veux un peu ? ». Je prends mes flasques, les débouche et vide le reste dans la tente au pied de la table. Je regarde le bénévole.. « Au putin.. je suis con. Désolé. C’est la fatigue. » – « T’inquiète pas. On est habitué. Donne les moi, je vais te les remplir. » Pendant ce temps, je cherche dans la tente mon collègue de montée pour le remercier et lui proposer de faire la descente ensemble. Il n’est déjà plus là.

Je finis de reboucher mes gourdes et je file vers la sortie. En repartant, je demande combien de kilomètres reste-il.  » 7 km mon gars. Et que de la descente ! ». C’est parti…

 

Descente sur CHAMONIX : 

Je rallume ma frontale. J’avance en marchant sur 10 mètres avec une démarche de guerrier. J’ai l’impression d’être fort à ce moment là. Rien ne peut m’arrêter. Je suis entrain de réaliser quelque chose qui me parait complètement fou, tellement loin de mon quotidien. Ca passe crème !

Je me mets à courir. La descente commence par un début de piste de ski. Ca calme tout de suite les ardeurs de vitesse. Je temporise un peu, mais mes cuisses me font rapidement comprendre que cela ne va pas être possible de se prendre 800 D – à toute vitesse. Je les comprends. Je ralentie un peu.

J’entre dans la partie forestière de la descente, qui va durer jusqu’en bas. Etant seul, ma frontale éclaire relativement peu d’espace. Je fais très attention. Ce n’est pas ultra technique, mais c’est dangereux. Beaucoup de boue. De trous d’eau. De racines et de pierres sont sur le monotrace qui descend en zigzag pendant quelques kilomètres.

Ayant tout le temps la tête penchée vers le sol, je ne repère pas bien à quel moment il va falloir tourner au loin, ou quelle est l’intensité de la descente. Heureusement, les balisages sont là et reflètent bien de loin. Ils me permettent en un levé de nuque de repérer la distance et le dénivelé des 100 prochains mètres. J’avancerai selon ce principe pendant toute la durée de la descente.

Je me fais rattraper et doubler plusieurs fois. Je n’ai plus les moyens physiques de faire la course, ou bien simplement de m’accrocher. Ce n’est plus important du tout. Je suis presque au bout. D’ailleurs j’ai repéré depuis quelques virages les lumières de Chamonix qui semblent se rapprocher inexorablement au fur et à mesure que les tournants passent.

Nous traversons un ou deux ruisseaux. Je ne les vois pas. Mais je le sais. Le bruit s’entend de loin, et permet d’ailleurs d’indiquer au cerveau qu’il va falloir faire attention aux quelques pierres qui peuvent parsemer le chemin.

Je traverse un chalet. Ca semble super mignon (de jour, par beau temps.. là il fait nuit et les conditions sont cataclysmiques). C’est la fin du monotrace. Je rejoins une route de montagne en terre et petit gravier. Elle avance sur un bon gros km. J’avance avec elle. Ca sent la fin.

Une dernière coureuse me double. Cette fois-ci, je m’accroche. Je vais terminer avec elle. Je vois au bout du chemin des lumières intenses. Ce sont des lampadaires. Je n’ai jamais été aussi heureux de voir du mobilier urbain.

 

Arrivée dans CHAMONIX : 

Nous entrons dans Chamonix. Quelques femmes sont massées à cet endroit. Juste sur la gauche du passage. Elles attendent leur mari pour finir avec eux je pense. Elles ont du courage, il pleut orage, mais sans tout le tintouin des éclairs et du tonnerre.

Je ne sais pas si nous sommes loin de l’arrivée. Ce n’est pas important. Mon cerveau est hors ligne, la seule connexion qu’il peut faire est celle de la ligne d’arrivée. Nous sprintons presque.

Je laisse la jeune femme 50 mètres devant moi, je veux profiter égoïstement de mon arrivée. Je reconnais au loin le petit pont qui traverse la rivière passant au centre de Chamonix. C’est le dernier kilomètre. Virage sur la droite. Je longe le torrent. L’émotion monte.

J’arrive au croisement devant le salon de l’Ultra-Trail, les bénévoles me félicitent. Je remonte l’avenue. Il n’y a pas grand monde à minuit sous la pluie à cet endroit là. Virage sur la gauche, j’entre dans la voie piétonne de Chamonix. Deux bars sont encore ouverts. Pas mal de mecs (complètement I-VRES) sont sur la terrasse, protégés de la pluie, ils nous acclament, ronds comme des pelles. Je finis de traverser Chamonix, les rares passants applaudissent. Quel pied. Virage sur la gauche, petit tour du pâté de maison, j’entrevoie l’arche au loin.

200 mètres. Tu vas le faire putin !

150 mètres. Tu es entrain de le faire putin !

100 mètres. Tu le fais putin !

50 mètres. Tu l’as fait putin. PROFITE BORDEL.

Je me vois tournoyer sur moi même… hurler de joie… reprendre mes esprits. Courir en direction de la ligne d’arrivée.. le préparer.. et le lancer.. ce fameux 3 6 d’arrivée !

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KM 100 = LIGNE D’ARRIVEE – CHAMONIX :

Temps de course : 14 h 51 min 48 sec / Classement général : 123ème 

Après l’arrivée. Je m’arrête. 10 secondes. Qui semblent durer des heures. Toutes la course et les émotions qu’elle m’a procurées remontent en ultra-accéléré. Cela fait un immense PAN dans ma tête. Un déclic. Un choc. Les filets tremblent. La respiration prend le temps. Mes yeux s’ouvrent. Mes mains se détendent. Je suis bien.

C’est fait. Tu peux passer à autre chose maintenant. Je me relève et je prends en photo l’écran d’arrivée. J’ai un peu du mal à y croire. 14 h 51 min 48 sec !! 5 h de moins que prévu et un super classement en prime. YALLAAAAAA !

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Je file devant la ligne d’arrivée pour demander une petite photo. J’en aurai deux.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

J’en profite pour faire ma traditionnelle photo que je fais à toutes mes sorties Running. La photo symbolique, de cette Casquette, qui commence à en avoir fait des kms avec moi.  Elle peut être fier d’elle la petite. Elle a assuré !

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Et voilà, l’envers du décor. N’ai-je pas l’air intelligent comme ça ? ^^ Bon, au moins, cette photo aura le mérite de montrer à quel point je suis trempé.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

Reportage photo effectué. Je file dans le ravitaillement post-course. J’avale 3 thés en débriefant la course avec quelques coureurs croisés tout au long. Je suis resté assis 15 minutes. Erreur fatale. Mes jambes se sont refroidies, maintenant c’est lenteur et douleur  qui vont accompagner mes trois prochains jours. Mais c’est de la bonne douleur. De la douleur qui rappelle le chemin accompli. Tel l’enfant qui montre fièrement ses cicatrices, je serai content mardi matin d’aller au boulot en marchant un peu anormalement.

Je récupère ma veste Finisher. Il ne pleut plus. Sans déconner ? Ca fait 45 bornes que je me prends la piscine olympique sur la tronche et maintenant que c’est fini, le ciel se dit « Allez.. c’est bon.. il en a eu assez ! ».. ARRRRRRRRRRRGH ! Je file récupérer mes affaires.

 

L’APRES COURSE : 

J’entre dans le gymnase pour aller me reposer en attendant mon collègue. Je viens d’allumer mon téléphone. Il est à Champex. Je vais pouvoir dormir un peu. J’espère qu’il va pouvoir passer sous les barrières horaires. Cela gâcherait tout mon plaisir s’il se faisait sortir.

Le gymnase est rempli de quelques morts-vivants. Tous suivent le même scénario. Ils arrivent complètement à l’ouest. Sont amenés par un bénévole super sympa jusqu’à un lit. S’assoient. Prennent leurs affaires de douche. Filent sous l’eau (chaude cette fois). Reviennent. S’habillent et se couchent. Pas de bières. Pas de « Allez, on trinque à notre aventure ».. Je suis un peu déçu. Mais je comprends. Je m’enfile une bière.

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Tout en profitant de ma bière, je décide de faire un état des lieux. Serais-je capable d’en rajouter 70 (km) et 4000 (D+) à la Diagonale des fous ? – Franchement. Pourquoi pas. Pas à cette vitesse. Mais pourquoi pas. Je suis rassuré.

Le dos, pas de problème. La tête et la nuque, nickel ! Pas d’irritations.. parfait ! Les cuisses tirent un peu mais c’est normal. Les mollets.. franchement après un 10 km ils sont pareils. Par contre au niveau des pieds, il y a un peu de taff’.

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03 h 16. Je suis mon collégue sur LiveTrail. L’application l’annonce à 5 h 15 au prochain ravitaillement. Je vais tenter de dormir un peu.

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Je me réveille comme une fleur deux heures plus tard. Bon.. ok.. comme une fleur fanée sur laquelle on aurait fait tomber une bouteille de Cola marque distributeur en fin de soirée.

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05 h 34. HORREUR ! J’ai oublié de prendre des chaussures de rechange. Mes speedcross sont complètement trempées. Je suis prêt à faire beaucoup de sacrifices à ce moment là, mais mettre mes pieds torturés dans des chaussures trempées pour aller voir l’arrivée de mon collégue, je dis NON.

06 h 01. Je cherche une solution. J’entreprends de demander à des amis trailers de me prêter leurs tongs pour aller m’acheter des chaussures. Si j’arrive à me faire comprendre, je m’offre une glace.

06 h 03. Ils dorment tous. Je laisse tomber. De toute façon, rien n’ouvre avant au moins trois heures.

07 h 10. J’ai une idée. Je fais les poubelles.

08 h 30. Le Mac Giver qui se cache en moi réalise l’oeuvre de système D parfaite. Voici les premières chaussettes post-trail imperméables ajustables pour toutes les pointures.

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09 h 26. Je me pavane dans Chamonix avec ce chic propre au créateur néo-moderniste.

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09 h 30. Après avoir fait sensation dans les rues. Je décide de garder mon prototype secret.. et d’acheter une paire d’espadrilles.. car quand même j’aurai l’air moins con.

09 h 56. Je m’installe à proximité de l’arrivée pour attendre mon collégue et je déguste un petit déjeuner bien mérité.

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Voilà voilà. Ce récit a été très compliqué pour moi à écrire. J’ai vécu ma course de manière tellement intense, que de ressortir par écrit des sensations si fortes n’est pas toujours facile. Il y aussi le fait que la longueur et la difficulté de l’effort m’ont fait oublié, temporairement je l’espère, pas mal de détails sur les instants vécus. Mais globalement, vous l’aurez compris, j’ai vécu une aventure de vie sensationnelle. L’une de celles qui vous fait grandir, évoluer, avancer. Je vais vite récupérer et me lancer dans la préparation rapide de mon prochain défi, d’encore plus grosse envergure, celui-ci. Le Grand Raid de la Réunion. Je me laisse une semaine pour descendre de mon petit nuage. Et je m’y mets. En attendant, je vous remercie tous pour les messages de soutien et de félicitations que vous m’avez envoyés. Cela fait énormément de bien, avant et après la course. J’ai l’impression comme cela, d’un peu, à ma manière, courir pour vous.

Casquetement Verte.

 

 

 

 

 

 

 

 

Programme Saison 2018 : Urban Trail Issy Les Moulineaux / EcoTrail de Paris 2018 / Marathon de Paris 2018 / Trail du Mont d’or 2018 / Maxi-Race (ou) EcoTrail d’Oslo 2018 / EcoTrail de Reykjavik 2018 (ou) Etna Trail 2018 / UTMB 2018 (ou) Endurance Trail 2018 / SaintéLyon 2018 (ou) La 180.

Saison 2018 Casquette Verte

Derrière les collines d’août et les monts de Septembre, se dessinent au loin quelques belles courbes bien proportionnées portant les doux noms de Diagonale et CCC. Tout en moi se focalise dessus. Mon regard, tête redressée, y converge plein d’espoir, d’envie et de curiosité. Nous sommes dans le fond de la vallée de Juillet, nous entrons doucement dans le tourbillon aoûtien. Le vent souffle dans les plaines. Oui. Hakim, le fils du forgeron est venu me chercher. C’est la première fois pour moi que je pars au combat. Encore beaucoup d’étapes de montagne sont à passer avant de finir 2017. Pourtant, il est déjà temps de penser à la saison prochaine.

Toujours avoir un bon gros coup, que dis-je un gigantesque coup d’avance dans le Trail. Sur les courses, j’ai tendance à partir de l’arrière. Et ben, là c’est pareil pour la programmation de ma saison 2018. Je dois me fixer le plus tôt possible un cap à tenir. Connaître mes objectifs. Savoir où la folie qu’y est en moi va mener mes pieds.

Aux cas de forces majeurs (blessure, changement radical d’environnement,etc.) près, ma saison 2018 devrait se composer selon le schéma suivant :

 

  • [JANVIER] 

-> Urban Trail Issy Les Moulineaux 30 km

Le site officiel : ICI

Afin de ne pas laisser les jambes trop longtemps hors compétition, dans ce froid hivernale si peu accueillant pour quelques séances d’entraînement. J’ai trouvé cette épreuve au cœur du mois de janvier (et en plus, elle n’est pas à l’autre bout de la France). Un 30 km. En ville. Autant dire que ça va être du gâteau. Une tartelette à la fraise qui n’a pas trop attendue en vitrine, qui pourrait tourner à l’éclair au café que j’avale d’une bouchée si je me prends au jeu de la course et à ma volonté d’accrocher un podium. Bref, une ouverture de saison légère, pas trop copieuse, qui suggère l’appétit, sans me couper la faim.

 

  • [MARS] 

-> EcoTrail de Paris 80 km / 1500m D+

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Le site officiel : ICI

Mon récit 2017.

Ça sera ma troisième participation. Pour ce round III, l’objectif est clair, net et précis. Faire mieux qu’en 2017. Battre mon temps de 7 h 44 min et améliorer mon classement au Scratch. Je le sais d’avance, cela ne va pas être de tout repos.

J’aimerai bien partir sur un objectif 7 h 15. Mais entre nous. 80 km à 5:26 min du km .. pauses et ravitos compris.. j’y crois pas une seule seconde..

Il va falloir partir vite et tenir une bonne allure sur 80. Ça sent la douleur et les souffrances d’ici. Mouahhahahahahah. J’adore ca.

 

  • [AVRIL] 

-> Marathon de Paris 

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2016.

Mon récit 2017.

Pour moi. Ca va être sans comparaison aucune, un des gros moments de ma saison. Finir le marathon en moins de 3h. Le challenge promet d’être terrible. Généralement, l’EcoTrail est encore dans les pattes. Les trois semaines qui séparent les deux événements ne suffissent aux 4 R : Récupérer, Reprendre, Repréparer et y Retourner. Mais là, j’ai une motivation toute particulière pour atteindre cet objectif temps. J’ai calculé, il va falloir que je cavale mes kms en moins de 4min16. Ca va être dur. Très dur. Cette barrière des 3 h, c’est décidé, c’est le temps qui me fera arrêter pour un moment les marathons sur route. Rien que financièrement, ça donne envie !

-> Quid de l’ARDECHOIS TRAIL (56 km/2444 D+) ? 

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2017.

Avril. Synonyme de doublette ? Cette année j’ai réussi sans trop de casses à enchaîner EcoTrail / Marathon et Ardéchois. Ok. Cette succession a puisé dans les réserves, mais c’est passé comme dans du beurre demi-sel un jour de petite chaleur. Je verrai à quelques mois de m’engager si je fais le choix ou non de m’aligner au départ de cet événement. Il faut dire que ma 27ème place cette année me laisse pas mal espérer. Bref, je laisse l’hésitation reine pendant encore quelques temps.

 

  • [MAI] 

Pour mai, je ne suis pas encore fixé du tout. J’ai deux pistes :

La maxi race (117 km / 7300 D+) sur les hauteurs d’Annecy ou l’EcoTrail d’Oslo (80 km / 1900 D+).

Le site officiel (Maxi Race) : ICI

 

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Le site officiel (EcoTrail Oslo) : ICI

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La première m’attire. Cette année j’ai pu observer qu’il y avait un plateau relevé là bas. Je n’ai jamais couru une course en même temps qu’un cador de la discipline (à par peut-être Miguel Heras sur les Templiers, Manu Gault et Sylvaine Cussot sur l’ecotrail, l’ardechois et la STL). Et cette idée me donne envie. Connaître combien d’heures les meilleurs peuvent-ils me mettre. Connaître ma marge de progression. Cela m’attire. Et aussi, il faut bien le dire, cette épreuve est stratégiquement placée pour préparer de plus grosses échéances dans les mois qui suivent.

La deuxième option : l’EcoTrail d’Oslo me chauffe grave aussi. Si je performe bien sur celui de Paris, j’aimerai voir ce que ça peut donner sur un autre terrain.

Bref, décision finale sous peu.

 

  • [JUIN]

-> Trail du Mont D’or 44 km / 2245 D+

Le site officiel : ICI

Mon récit 2017.

Retour en terre jurassienne avec l’ardente envie d’accrocher mon premier podium. Il m’a manqué 15 min cette année pour monter sur la troisième marche de ma catégorie. Avec un an d’entraînement, une préparation plus spécifique à cet effort relativement court, pas d’erreur d’orientation et ma connaissance du parcours, je pense que ça doit pouvoir le faire. Je croise les doigts. J’y crois. Sur un malentendu, il y a moyen de conclure.

 

  • [JUILLET] 

Gros tatage sur Juillet. Trois options :  soit je ralentis après ce gros printemps histoire de reposer la machine.. soit je réponds à l’appelle des syrènes de l’Ecotrail de Reykjavik (82km) (Islande) ou bien je succombe au sulfureux Etna Trail (94 KM / 4800 D+) (Italie).

Le site officiel (EcoTrail de Reykjavik) : ICI

Le site officiel (Etna Trail) : ICI

J’ai encore quelques doutes. Je vais regarder un peu les tarifs d’inscription, le coût des transports et des logements , ca me confortera dans ma motivation ou non.

 

  • [SEPTEMBRE] 

-> UTMB 2018 170 km / 10400m D+

Le site officiel : ICI

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L’OBJECTIF NUMÉRO 1 pour 2018. S’il ne devait en avoir qu’un seul, cela serait bien celui-ci. Selon les résultats de ma CCC et de ma Diagonale cette année, j’aurai ou non les points UTMB suffisants pour m’inscrire. Viendra ensuite, je le sais, la terrible loi de l’aléatoire tirage au sort. J’en transpire déjà. Une chose est sûre, cette course m’attire terriblement. Tout me pousse vers elle. Je suis littéralement en orbite autour d’elle depuis un moment.  Pas besoin de me demander si je vais tenter le périple.. En décembre pour l’ouverture des inscriptions, je serai devant mon ordi, prêt à cliquer sur l’aguichant bouton d’inscription.

 

  • [OCTOBRE] 

-> Endurance Trail – Les Templiers 100 km / 4910 D+

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2016 (Des Templiers).

C’est simple. Si je ne me lance pas dans l’aventure UTMB.. si je n’ai pas les points pour m’inscrire, ou si (plus probablement) je ne suis pas tiré au sort.. je pencherai pour l’Endurance Trail.. le long des Templiers. J’avais adoré l’ambiance des Templiers en 2016. Retourner dans ce coin là me donne envie. Ça sera un peu par défaut de l’UTMB. Mais ça sera avec un immense plaisir cette fois-ci encore. Et puis.. je ne pourrai traverser 2018 sans un > 100 km.

 

  • [DECEMBRE] 

-> SaintéLyon 72 km / 1720 D+ 

Le site officiel : ICI

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Mon récit 2016.

Je n’ai même pas besoin de réfléchir. Je suis déjà sûr de retourner sur la SaintéLyon en 2018. J’adore cette course. L’ambiance qu’elle propose. La difficulté du parcours nocturne. Si je me chauffe, je ferai même bien la 180. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est assez simple. La 180 c’est un aller Lyon -> Saint Etienne.. avant de faire la SaintéLyon 72 classique avec tout le monde au retour. Une balade qui selon moi doit être assez costaud. Je laisse la place à l’hésitation.

Vous l’avez compris. 2018 sera pour moi l’année de la performance recherchée sur des terrains connus et la découverte de nouveaux territoires. Varier les plaisirs, tout en consolidant des connaissances. Bon. J’avoue que financièrement, ma pratique du Trail commence à atteindre mon plafond. Mes dépenses en équipement, son renouvellement, les frais de transports et de logement sont de plus en plus un frein à ma pratique. Je pense déposer quelques dossiers de sponsoring en Septembre auprès d’équipementiers (sans trop d’espoir.. je peux le dire).

Bref.. 2018.. l’année de la réussite ?

Casquettement Verte ! 

Récit Trail du Mont D’or (44 km / 2245 D+) 05 h 04 min / 7ème au général (5ème Senior Homme) par Casquette Verte. 

« Le sport consiste à déléguer au corps quelques-unes des vertus les plus fortes de l’âme ». Cette citation de Jean Giraudoux colore bien ma pensée actuellement. Le rouge de ma motivation, le bleu ciel de ma courte expérience, le jaune de mon envie de réussir, le noir de mes sacrifices, l’orange de mon goût pour ce sport, le gris de mes inquiétudes et le vert de ma casquette ! Un magistral melting pot d’arc en ciel qui colore ma vie depuis maintenant presque 3 ans. Le Trail du Mont d’Or était pour moi un vrai test. Est-ce que toutes ces heures d’entrainement, tous ces sacrifices, toutes ces pensées solitaires vont payer ? Vais-je y arriver ? Vais-je performer ? Sans vous mentir, j’avais peur de ne pas prendre de plaisir. Peur de comprendre que je ne pourrais jamais percer. Suave était ma crainte ce matin avant de me lancer.

(Par avance, je m’excuse pour les photos. Je n’ai pas pu en prendre pendant la course. Donc j’ai googlé un peu pour illustrer mon récit. En vrai c’était plus beau que sur les photos 😉 ). 

La vidéo officielle de l’événement du Trail vient de sortir : Je l’ajoute ici :

Semaine d’avant course : 

Comme pour chacune de mes courses, je prépare mon corps à ce qui va lui arriver. Me voilà, lancé dans une semaine intensive de pâtes, riz et malto. L’enfer en terre gastronomique. Mais bon, il faut ce qu’il faut. Je ne sais toujours pas si cela marche. Mais en tout cas, dans ma tête oui. Si je ne le faisais pas, je pense que je prendrai le départ avec un réel handicap. Un handicap mental. Qui n’a jamais eu un petit grigri ? Un caleçon fétiche ? Un bracelet porte bonheur ? Je n’irai pas jusqu’à la patte de lapin.. mais bon, vous m’avez compris. J’en ai besoin. Tel l’ivrogne qui voudrait faire croire qu’il n’a pas besoin de compagnie, je me bourre aux glucides pour oublier mon triste physique de lâche. ET CA MARCHE ! J’oubli mes petits bras, mon ventre sans abdos, mes pommes d’amour. Tout, tout, tout, je laisse tout au vestiaire, et je pars conquérir mes rêves.

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Samedi : Jour d’avant course.

Il est 16h30, quand je décide de partir chercher mon dossard à la station. Ah, oui. Vous ne connaissez certainement pas Métabief. Charmante « petite » (si je n’avais pas mis les guillemets je pense que les locaux m’auraient banni de toute participation dans le futur) station de ski l’hiver, et de VTT l’été, dans le Jura Français. Plus précisément dans le Hauts-Doubs, en Franche comté (Roule tout doux dans le 25.. Lève ton verre et trinque !). Depuis maintenant cinq ans, la station organise le Trail du Mont d’Or. Plusieurs courses et randonnées sont proposées pour tous les niveaux. Dont, la course phare : Le 44 km – 2245 D+. Cette course a pour parrain, le champion international (double vainqueur de l’UTMB) local de l’étape : Xavier Thévenard. La station a même créé un espace Trail dans la montagne portant son nom (La classe à Dallas !).

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Me voilà, donc à la station. J’observe de loin les personnes qui viennent rechercher leurs dossards. Je ne sais pas si c’est par ce que c’est la fête des pères le jour de la course, mais il y a très peu de compétitrices et beaucoup plus de pères de familles accompagnés de leurs enfants. Il y a clairement un esprit trail familial qui rôde par ici. C’est assez agréable. Les gens ne se regardent pas comme des compétiteurs. C’est vraiment à la cool.

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Je file sous la tente pour récupérer mon dossard. Pas de prise de tête avec la paperasse. On donne son nom, son prénom, les bénévoles sont sympas et font confiance.

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Je suis dossard N°3. NON ! Je ne suis pas classé élite. C’est juste que je me suis inscrit le premier jour. Voilà. Dommage pour moi. J’avoue, avoir un dossard à un chiffre, c’est classe. Je me pavane en dehors de la tente avec mon dossard à la main.. tel un enfant qui veut montrer son prestige. Dans l’autre main, le cadeau de l’organisation : UN FROMAGE ! Plus précisément, le Metsi. Un fromage au lait cru du coin. Je trouve ça super original. Ca vaut bien 100 bonnets de la SaintéLyon trop petits (souvenir STL 2015). Me voilà donc, fromage à la main, faisant le tour des stands. Je me dis, que je vais le garder pour plus tard. Il me donne super envie, mais demain il y a course.

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Je pose mes affaires dans la voiture, et retourne sous la tente. Je veux regarder la carte du parcours. Je connais très bien les montagnes du coin, mais j’ai peur de me perdre. En course, ma vue se dégrade rapidement après quelques kilomètres. Je n’ai vraiment pas envie de me perdre. Cela serait Balo !

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Il est 17 h 10. Il y a une course qui commence dans 20 min. Un kilomètre vertical. J’en ai beaucoup vu sur Youtube et sur Instagram, mais jamais en vrai. Je fais le choix de m’avancer sur le parcours pour mieux voir les participants. Je veux me caler dans la plus grosse difficulté, au milieu de la Renversée (une des deux pistes noires du domaine).

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Ayé. Je suis parfaitement placé. Au coeur de la Renversée. Je n’ai plus qu’à attendre le passage des warriors. Rien qu’en faisant le chemin en marchant, je me suis bien rendu compte de la difficulté de ce type d’épreuve. Un jour, j’essaierai. Mais pas aujourd’hui. Demain, il y a un 44 k à faire.

Ils arrivent. Je suis assez impressionné. Ils montent à fond. Droit dans la pente. Peu de sourires sur les visages. Les yeux sont concentrés sur la pente. Les bras aident à grimper. J’ai beaucoup de respect pour les compétiteurs. J’attends que les derniers passent pour partir. Ce fut bref, mais intense. J’ai adoré !

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Je rentre au chalet. Il faut que je prépare mes petites affaires. Je fais comme à mon habitude, ma petite photo traditionnelle. Un carré trailistique de 1 sur 1. Un concentré de fringues, chaussures, sacs et d’alimentation de course. Comme à chaque fois, je le sais, j’en prends trop. J’espère que demain matin, l’esprit un peu moins excité, j’enlèverai quelques éléments pour voyager plus léger.

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Dernier plat de riz et au lit. Se coucher à 21 h, l’été, alors qu’il fait encore jour dehors. c’est clairement compliqué. J’aurais bien aimé regarder le couché de soleil. Il est si tendre à cette saison. Ma motivation me pousse à le précéder. Aller au lit mon petit !

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Matin de course 

Réveil 06 h.

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Mes affaires sont prêtes. J’enfile ma casquette et je file voir le temps. Il fait super beau. Un peu froid, mais les nuages ne sont pas de la partie. Les sapins d’en face qui s’agitent n’annoncent rien de bon. Je suis pile poil à 1000 mètres d’altitude. Et quand, il y a du vent à 1000 mètres, c’est clairement la merde à 1500 mètres. Je décide d’emporter mon coupe vent. Il me servira peut être.

J’avale deux Pitch aux pépites de chocolat, deux grands bols de thé. Petite douche. Je suis prêt.

07h15. Départ du chalet.

Tel le bon élève qui a bien préparé toutes ses petites affaires pour la rentrée, je descends l’escalier qui me sépare de la voiture. J’espère n’avoir rien oublié. Arrivé en bas des dernières marches, je fais le tour de ce que j’ai besoin pour courir. Mon short : OK. Ma montre : OK. Ma casquette : OK. Les gels et Krema, j’ai vérifié avant de partir. Tout est OK. Enfin.. presque. Je me fige. Je regarde ma main droite, ma main gauche.. J’ai oublié mes pompes putin ! Le champion. Ca commence !

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Sur la route jusqu’à la station, je passe sur une voie qui permet de regarder le Mont D’Or. Je ralentis. 3ème. Seconde. Première. Je suis en ralentie moteur. Mes yeux se fige dans la montagne. Je me dis qu’aujourd’hui je vais l’affronter. Que je serai sur elle.. je me sens tout petit devant cette poupée, qui donne des frissons quand on la regarde.

J’arrive à la station. Je me gare et je file vers la ligne de départ. Il y a un vent de boeufs. J’ai bien fait de prendre mon coupe vent, même si je sais que 800 mètres après le départ, cela sera roulage en boule et hop dans le sac.

08h50. SAS de départ :

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Je me place à l’avant du SAS. Non, pas que je veux partir vite, mais j’aime de moins en moins piétiner sur le départ et voir l’avant de course s’éloigner. Sur ma droite, je reconnais le vainqueur de l’an dernier. Dans ma tête je me dis qu’il faudrait que j’arrive à le suivre un peu. Ne serait-ce que pour se dire que j’ai partagé ma course avec la sienne.

5 minutes avant le départ.

Les consignes de course sont données. J’écoute attentivement. RAS. Je retiens juste qu’il y a eu du débalisage et que l’organisation a rebalisé avec des rubans d’une couleur un peu différente. Ca me fait flipper, mais ok.

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Le speaker annonce les 10 secondes avant le départ.

10 Je sautille

9 Je fais des mouvements de footballeur à l’échauffement (étrange)

8 Je me dis que cela serait bien de réussir mon départ pour une fois

7 Le mec devant moi a des mollets bretzel.. autrement dis, ses mollets n’ont pas poussé.

6 Celui de gauche, c’est autre chose par contre.. un vrai terminator

5 Aller, on se concentre.. Courir c’est simple.. un pas devant l’autre.

4 Je respire par le nez..

3 Je prends le temps de sentir mes inspirations passées le long de mon entre narine.

2 Le mec devant moi se met en position de départ de 10.000 mètres.. On se calme speedy gonzalez

1 Oh.. il y a un caméraman sur un Quad 10 mètres devant.. Faut que je parte avec de l’allure

0… HIIIIIIIHA ! ENFIN ! Ca libère. C’est parti pour 44 km de plaisir.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

La Course 

Départ.

Je pars en 40ème position à peu près. Ca part très vite devant. J’ai pas envie de me retrouver dès le départ dans le groupe des poursuivants. J’accélère un peu sur le faux plat. Je me faufille. Me voilà 20ème. Je regarde les paires de chaussures autour de moins. Je suis le seul en crampons un peu hard Speedcross 4.. Sur le bitume c’est pas dingue, mais je me dis que plus tard cela sera pas mal. Les autres ont plutôt des chaussures plates. Leurs pas caréssent le bitume comme des pas de félins. C’est assez sympa à écouter.

Les premiers mètres ont été rapides. Mais ce n’est pas non plus parti au sprint comme sur certaine course. Ce départ cadencé m’a permis de bien me placer pour la première difficulté, 200 mètres après le départ. Une montée tout en bitume, que je connais bien. Le vent souffle fort. Doublant les coureurs sur cette portion, je ne peux pas m’abriter derrière un grand bonhomme. Pas grave. Je suis frais. Il faut faire chauffer la machine.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

A la moitié de la montée, je suis en 7 ou 8ème position. Je pense à ce moment là que je pourrais dire à la fin, que j’ai fait le début de course devant. Ca sera la classe. Enfin, je serai content quoi !

En haut de la première butte, un 100 D+ sur un kilomètre je ralentie un peu. On tourne sur la gauche pour quitter la route et rejoindre une petite route de tracteur assez plate. J’ai déjà trop chaud. Je décide de m’arrêter pour enlever mon coupe vente et le mettre dans mon sac. Je reprends la course. J’accèlère un peu pour rejoindre le groupe de tête. Une trentaine de coureurs. Le trou avec le reste des participants s’est déjà fait. Je prends le rythme.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

On rentre dans des petits chemins de sous-bois. Pas mal de racines et de cailloux au sol. J’essaie de ne pas me bouffer de branches de sapins séchées posées au sol. Ca avance bien. Il y a quelques femmes avec nous. Ca fait plaisir.

Km 2.

En bas d’un chemin, nous prenons sur la droite par un tronçon qui remonte. Je ne regarde pas le balisage. Le groupe est dense. On ne peut pas se perde. On suit le flot qui avance à bonne allure. Descente sèche, atterrissant dans un peu de boue. ENFIN. Mes chaussures étaient trop propres ! On rejoint une route. Je suis un peu déçu. Je voulais faire un max de chemins en sous-bois. Et là, se prendre dès le départ des grands bouts de bitume qui montent, c’est pas super cool. On continue un bon kilomètre sur cette route. J’ai perdu pas mal de places. Je suis à l’arrière du groupe de tête. Etrangement, nous avons fait un gros trou avec les poursuivants. En me retournant, je ne vois personne à 200 mètres. Je commence à chercher du balisage. J’en vois un au loin. C’est pourtant le bon chemin. Et puis, je me dis que si le mec qui a gagné l’an dernier est devant, il n’y a pas de soucis à se faire.

La route bitumée tourne légèrement sur la droite. Je ne vois plus la tête de course. Tout à coup, les voilà. Revenant vers moi. Je comprends ce qu’il se passe. Nous nous sommes plantés. ALLER !! 2,5 kilomètres de plus pour le plaisir ^^. Nous faisons demi-tour. Ceux qui étaient premiers me doublent à toute vitesse en sens inverse. Ils ont l’air un peu énervé. Personnellement, cela ne me fait ni chaud, ni froid. Cela fait partie de la course.. et puis ça fera des choses à raconter. Demi-tour effectué. Nous ne croisons personne. Les poursuivants n’ont pas du se planter. Mes rêves de classement sympa s’éloignent.

Retour à la bifurcation avec la boue, nous prenons sur la droite dans un chemin qui descend pas mal. Je ne suis pas encore chaud. La descente m’est douloureuse. Les grosses pierres à éviter n’arrangent rien. Au bout de 400 mètres, j’entends au loin un BOOOOOORDEL ! On s’est encore planté de chemin. Demi tour. On remonte le chemin. La rage d’avoir fait 3.5 km de plus et d’avoir perdu 15 / 20 minutes aide à courir. On rebrousse chemin totalement pour retrouver nos traces.

En avançant.. en arrière.. nous entendons au loin le klaxon du quad. Il doit se foutre de notre gueule. En passant à côté de lui, je lui dis « Baaaah on s’est dit que c’était sympa par là bas ». Il rigole. Un peu plus loin, je repère deux filles de l’organisation. Je souris bêtement en arrivant à elles. Tout cela me fait bien marrer. Un autre trailer (que j’appelerai le ragueux), leur sort un « 50 balles pour ça.. c’est scandaleux ! ».. J’essaie de le calmer en lui disant que ça fait partie de la course, que c’est pas grave n’ont plus. La course n’est pas fini. Ok, ça fait chier. Mais c’est pas la fin du monde. Il accélère.

Km 6 (à mon chrono).. Km 2.5 en vrai.

Je suis officiellement DERNIER ^^ Ca fait même pas 30/35 minutes que l’on est parti et je suis dernier. Autant dire que ce n’est pas le début de course que j’espérais. En plus, les mecs qui étaient avec moi dans le groupe de tête foncent comme des dingues. Je n’en vois bientôt plus qu’un seul. 200 mètres devant moi. Et il cavale. Impossible de le rattraper.

Hôpitaux-Neufs : Km 4 (en vrai, je pense).

Je suis en haut du fameux escalier. Toujours bon dernier. En regardant la place en bas, je repère 2 ou 3 coureurs au loin. L’espoir renait. J’ai un peu de mal à descendre élégamment cet escalier. Les marches sont trop longues pour les faire deux par deux, mais trop courtes pour mettre de la vitesse. Je gambade tel une petite biche sautillante. Les organisateurs en bas de l’escalier rigolent. Tu m’étonnes.

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Copyright : http://www.kikourou.net/recits/recit-14749-trail_du_mont_d_or-2013-par-tidgi.html

Je traverse la place à fond. Les supporters présents portent sur moi un regard étonné. Pour moi, il y a trois options : Soit ils se disent que j’ai décidé de partir en dernier juste pour le kiff.. soit ils se disent que je suis arrivé en retard pour le départ.. soit ils ont compris que je me suis perdu. Trêve d’hypothèses. Je fonce pour rattraper des coureurs. Nous tournons sur la droite pour quitter la ville. Ca monte dans un sous-bois, et il y a quelques coureurs qui se sont mis à marcher. NICKEL. Je monte en courant. J’en dépasse trois. YALLAAAAAAAAAAAA ! Je ne suis plus dernier. Ca se fête. VODKA.. non juste un petit coup d’eau.

On traverse la voie rapide. Je ne connais pas ce coin. Dommage pour la découverte, je n’ai pas le temps, je cours maintenant.

Km 5.

Début de la première petite difficulté. Un + 250 sur 3 km. Avec mes 9 km dans les pattes, je suis chaud. Je peux envoyer en montée. Je marche à de rares moments pour reprendre mon souffle. Sinon c’est full course dans la montée. Je suis vraiment à l’aise dans le dénivelé maintenant. L’entrainement paye. C’est agréable.

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Copyright : Laurent Briere Photographe.

Km 8. Chalet de la Champagne.

Pas trop de souvenirs de cette montée. Tout ce que je me rappelle, c’est que j’ai envoyé. J’ai pas mal doublé. Ca fait du bien au moral. Arrivé au chalet de la Champagne, pas mal de coureurs marchent pour finir la montée. Moi ça tourne bien.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Je recroise l’ami un peu rageux. Je le double, et je continue. Maintenant, c’est parti pour 5 kilomètres de descente pour rejoindre le premier ravito. Je me rends compte que je ne bois pas assez. Mes gourdes sont presque pleines. Je ne veux pas revivre des crampes, alors je me force à boire.

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Copyright : https://sites.google.com/site/traildumontdor/parcours/trail-du-mont-d-or

Dans la descente, rien de particulier, je reprends mes réflexes de doubleur.. « J’arriiiiiive » « Je passe à gauche » « Je passe à droite » « Merci merci ». J’ai du doubler 70 coureurs dans la montée et j’ai du en doubler une grosse cinquantaine dans la descente. Même si je sais que 4 km de plus, ça se paie à un moment ou à un autre, je suis plutôt content.

Km 13. Ravito N°1.

En voilà, un ravito comme j’aime. Une simple table. Quelques bénévoles dont pas mal d’enfants, de la bonne humeur… Parfait. Je fais remplir par une jeune fille mes deux gourbes.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Je discute avec une jeune femme compétitrice. Elle me dit qu’elle à + 4 km au ravito.. Je regarde ma montre.. + 4 aussi. Youpi ! On est tous dans la même m*rde :D. Ca fait du bien de ne pas se sentir seul la dedans. Je repars du ravitaillement en remerciant les bénévoles et en leur souhaitant un bon dimanche. C’est reparti. Je cours. Et puis maintenant c’est le fameux Suchet qu’il faut se grimper.

Km 13 à 18 : La montée vers le suchet.

Là. On passe aux choses sérieuses. Objectif, le Suchet : 1588 mètres. Sachant que nous sommes en bas, vers 1000 mètres je pense, ça va faire un peu de dénivelé tout ça.

Première partie. Cela monte raide. Je suis à l’aise. J’arrive à courir assez souvent. Je continue à bien doubler. Dans ma tête, je me dis que j’ai du rattraper mon objectif de finir dans le TOP 100. En vrai, je devais déjà être dans le TOP 60. Le décor est magnifique. Je comprends bien le slogan « Jura : terre de Trail ».. J’en prends plein les yeux dans la montée. Et puis les chemins sont parfaits. Techniques comme j’aime. Vous voulez des racines.. vous voulez des bons gros cailloux.. vous voulez des arbres qui ont décidé de pousser au milieu des chemins.. Voilà.. vous les avez.

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Dans une section en montée surplombant la section précédente en zig zag, je me rends compte que j’arrive à mettre pas mal de distance rapidement aux autres coureurs. C’est rassurant sur mon état de forme.

Nous arrivons en haut de la première partie de la montée. On entre dans un vaste champ alpin. Sans m’en rendre compte, je suis passé en Suisse. Hiiiha. Mon premier trail à l’étranger ^^. Bon.. l’étranger accueille mal. Il y a un zèffe de dingo ! Et puis dans une longue ligne droite en faux plat, un bon vent de face, ça calme. Aucun coureur devant moi pour m’abriter. Juste un à 150 mètres devant. Je file contre le vent. La fraicheur est agréable, mais cela me freine un peu. Je rattrape rapidement le coureur. Il y a trop de différentiel de vitesse pour rester derrière lui à l’abris. Je le double. Au bout de la ligne droite, quelques supporters au milieu de nul part. C’est agréable.

On repart en sens inverse.. le vent est favorable maintenant. C’est le kiff. Bon ça aide, mais le faux plat s’élève un peu.. un peu trop. J’arrive encore à courir vite, mais ce n’est pas non plus glorieux comme allure.

Devant moi, quelques vaches sur le chemin. En arrivant au niveau de la première, je tends ma main pour lui caresser le museau. Elle baisse tendrement la tête vers moi. Petite tapouille et je file. Les autres vaches un peu plus loin semblent un peu plus flippées par mon allure de marsien trailer. Elles se mettent à courir devant moi. C’est assez drôle comme moment. Je cours un trail avec un troupeau de vaches ! TOUT VA BIEN !

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Dernier gros bloc de la montée vers le Suchet. Là, cela ne rigole plus du tout ! C’est bien droit dans la pente. Je monte de manière très fluide. Je double quelques coureurs qui calent dans la montée. J’y vais comme une brute. Je suis au taquet. J’ai déjà fait ce chemin en rando avec mes parents étant petit. Ca m’avait paru tellement long. Mais là, ça se passe bien. Même très bien. En regardant vers le haut, je vois au bout d’un moment la clarté traverser les arbres. C’est presque la fin.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Dernier monotrace dans la forêt. Je vois le bout. Quelques gros rochers à grimper sur la droite. Je distingue enfin le sommet atypique du Suchet. Un espèce de Tétraèdre régulier perché sur quatre pattes. Aucune idée de l’utilité de ce truc. Mais c’est original. Il n’y a plus d’arbres sur les derniers mètres de la montée. Une belle prairie alpine dans laquelle j’aimerai me rouler. Alpine. C’est bien le mot. Je me retourne pour regarder le paysage. C’est fabuleux ! Nous avons une vue totalement dégagée sur les Alpes. On s’y croirait. Je reconnais le Mont Blanc. Il est beau. Majestueux. Ca fait du bien de le voir ailleurs que sur une bouteille de flotte. Je me dis que dans 2 mois et demi, cela sera là bas qu’il faudra courir… aaaaaah ça va être quelque chose cette CCC. Je retourne dans ma course. 15 mètres et je suis au sommet. Un mec de l’organisation, note les numéros de dossards. En regardant le mieux, je me rends compte que j’ai perdu une épingle. Con de vent ! J’espère que les autres ne vont pas se détacher. Sur le sommet, un caméraman. Comme à mon habitude, je fais l’idiot. Et c’est reparti. Droit dans la descente.

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Copyright : http://marsuline.canalblog.com/archives/2010/10/07/19307729.html

Km 19. Descente du Suchet.

Comment vous décrire cet endroit.. ce moment.. c’était tout simplement magique. Imaginez un champ d’herbe rase qui tombe vers un horizon précipice. Relevez légèrement les yeux. Sur votre droite, les falaises de Piquemiette.. de longs blocs rocheux qui tombent sur 100 mètres verticalement. Sur votre gauche, l’immensité de la plaine helvétique parsemée de villes et de champs. Relevez encore les yeux. Devant eux, la chaines des Alpes. Toute entière. Toute magnifique. Toute majestueuse. Le Mont Blanc droit comme un I. Puis, enfin, lachez votre tête en arrière pour observer le ciel. Un ciel bleu. Pas le bleu de Paris. Du vrai bleu. C’était vraiment beau. Bref, pas le temps de prendre des photos. Ca court fort par ici. Tout le monde envoie en descente.

(La photo illustre mal la beauté de l’instant. C’était tellement plus beau à ce moment là). 

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Copyright : https://photoblog.randonneurs.ch/showalbum.php?albumid=20160905214822

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Comme à mon habitude, la descente, c’est pas mon truc du tout. Je me fais doubler sévère et distancer rapidement. La pente est trop forte pour que j’envoie du lard. C’est pas grave, je me concentre pour ne pas chuter. En bas de la pente, 100 mètres devant moi, j’entends un sale bruit de chute. Je cavale pour rejoindre l’homme qui a chuté. Il s’est bien vautré purée ! Je m’arrête à son niveau. Je l’aide à se relever. Il est sauné. Il prend du temps à répondre à mes questions. Il me montre sa poitrine. Je soulève son t-shirt pour regarder la blessure. Je pense qu’il s’est vautré en avant. J’observe sur le haut gauche de son buste deux traces bien égratignées. Un peu plus haut, au niveau de l’os qui part de l’épaule (oui.. je sais pas comment il s’appelle celui là.. et puis j’ai la flemme d’aller chercher sur google), il a un beau petit impact. Cela ne semble pas cassé du tout. La blessure est blanche. La chair est bien ouverte, mais je pense que cela va. Je lui propose de l’eau et lui demande s’il veut que j’avertise les prochains bénévoles. Il me dit que non. Je repars en lui souhaitant bon courage et en voyant qu’il a repris ses esprits. 800 mètres plus bas, la sécurité civile est là. Je les préviens tout de même.. et j’enchaine.

Je ne suis pas descendu à 100 à l’heure, mais pourtant j’ai ressenti l’effet de la pression dans mes oreilles. C’est la première fois que j’ai besoin de décompresser mes oreilles sur une course. En voiture, cela arrive en descendant vite, mais à pied, cela ne m’était jamais arrivé. Drôle de sensation. Une de plus à ajouter dans mon classeur des ressentis de course.

Km 20.

Maintenant, je peux me détendre un peu. Ce sont de grands chemins blancs, super roulants qui se dressent devant moi. J’accèlère à nouveau. Je reprends mon rythme de course à l’entrainement. Et puis ça descend donc ça aide. Ca fait du bien de courir 3 km sans trop avoir à réfléchir. Courir avec ses jambes.. plus avec sa tête.. le bonheur du trailer !

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Copyright : Laurent Briere Photographe.

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Copyright : Laurent Briere Photographe.

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Copyright : Laurent Briere Photographe.

Je double encore quelques coureurs. Ce type de pente est vraiment super pour moi. Ca m’aide à retrouver mes jambes. En face de moi, je reconnais la Dent de Vaullion. Même si je cours après, ça fait passer le temps.

Km 23.

Retour en France. Je ne m’en rends pas trop compte encore une fois. De toute façon, je suis bien. Donc frontières ou pas frontières.. Je file. Je sais que je ne suis plus très loin d’Entre les Fourgs. Ca va faire du bien de repasser dans une petite ville.

Km 24.

J’entre à toute vitesse dans le village. Les Brûle-loups (le nom des habitants d’Entre les Fourgs) sont au taquets ! Et vas-y que je crie.. et vas-y que tous les habitants du village agitent des cloches. Ca fait beaucoup de bien. A la sortie du village, je suis un peu perdu. Deux papis m’indiquent le chemin. Merci les papis 😀

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Là ça redescend rude. Un monotrace en zigzag avec un bon dénivelé. Je suis littéralement seul. Personne devant. Personne derrière. Pause pipi ! Youpi !

Km 26.

Petit passage sur le bitume. Je croise un bénévole. A mon habitude, je lui souhaite un bon dimanche.. il rigole et me dit « Bonne continuation »… Ahhhhh toi t’es suisse !

Un peu plus loin, quelques supporters ! Dont un enfant.. avec un maillot du PSG !!! T’es un bon toi ! Alors que la famille me lancent des bravos, je lui lance un gros.. AAAAAAA..LLEZ PARIS !! Il rigole. C’est cool.

Fin du bitume. Ca va monter sec jusqu’à Jougne maintenant. Je cours dans tout le début de la montée. Un supporter ultra bouillant m’encourage tel un Ultra du virage Auteuil du Parc des Princes. C’est un bon lui aussi :D.

En bas de la montée, je parle avec un autre coureur. Il me demande si je connais cette portion. Je lui dis que non.. il me répond. Ahhh. Tu vas voir. Ca pique !.. Dans ma tête je me dis COOOOL.. Ayé je suis masochiste ! C’est officiel. J’enchaine bien dans la montée. Au milieu, je rattrape un coureur qui faisait partie du groupe de tête de course au tout début. Il est super affuté.. Il doit avoir un certain nombre de courses dans les jambes. Je m’attarde sur son sac Salomon rouge. Sous le sigle Salomon je vois le mot TORRES. Je me demande pendant 3 minutes, si c’est pas un mec sponso.. genre un espagnol sponsorisé Salomon et qui a un sac personnalisé. Je me dis que je vais discuter avec lui en espagnol.. Holà. Que tal ? Como se pasa el Trail para tu ? … Oui, bon mon niveau d’espagnol n’est plus ce qu’il était. Je suis dans ces talons depuis 3 minutes. Je veux le doubler. Mais je n’ose pas le déranger.. et puis s’il ne comprend pas le français, ça va pas être simple. Au moment, où je me dis que je vais le doubler avec un gros QUE TAL ?, il se retourne légèrement et me dit : « Tu veux passer ? »… Ahahahha. Oui. Merci. Bon, ok. Je me suis un peu inventé une histoire. Mais ça se trouve c’est un espagnol qui a fait son erasmus à Besançon ? Peu probable.. mais laissez moi rêver !

Km 27.

J’enchaine à fond dans la fin de la montée. Pleins de racines.. je bondis.. pleins de cailloux.. je virevolte. Tout va bien. J’entre dans Jougne. Je me demande où est le ravito. En traversant la grande route qui mène à la Suisse, les bénévoles annoncent le ravito dans 400 mètres. C’est ça que c’est bon ! J’accélère encore pas mal.

Km 28. Ravito n°2.

Je ne veux pas perdre de temps. En arrivant sur le ravitaillement, je prépare mes gourdes. Un enfant vient vers moi. Il remplit ma première gourde. Je l’avale sur le champ. Je remplis mes deux gourdes. Le gamin me dit que nous sommes dans les 20 premiers là. J’hallucine total. J’ai peur de ne pas avoir bien compris ce qu’il m’a dit. J’aurai déjà doubler 175 personnes ? Plausible. En partant, je remercie les bénévoles.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

En quittant le ravitaillement, je retrouve la jeune femme du premier ravito (elle finira deuxième). Nous parlons un peu des kilomètres parcourus en trop au départ. Nous espérons simplement que cela ne nous arrivera plus.

Un peu plus loin, en quittant Jougne, nous ne repérons pas le balisage. Nous faisons demi tour. Ca y est, ça recommence ! Heureusement, un voisin (tranquillou en terrasse) nous indique le chemin. Merci monsieur. C’est reparti.

Km 29.

Ca redescend. Bizarre. Je pensais qu’on allait attaquer la montée finale sur Piquemiette. J’accèlère. Je double 4 ou 5 trailers. Je commence à compter mon classement. Mon esprit de compétition revient. La descente plonge vers les Tavins.

Km 30. Les Tavins.

Les supporters sont de plus en plus entrainés. Ca sent l’avant de course. C’est génial.

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Copyright : http://www.en-randonnee.com/Le-tour-du-Mont-d-Or-par-Piquemiette.html

Nous sommes à 895 mètres.. et maintenant c’est parti pour la montée jusqu’au Mont d’Or (1463 m). Ca va être sympa tout ça.

Nous passons tout à côté d’un abreuvoir (pour les vaches je suppose). Je glisse ma Casquette dedans pour récupérer de l’eau. Je m’empresse de la remettre sur la tête. L’eau fraiche glisse sur ma nuque sèche et salée. C’est très agréable.

La montée est en sous bois. Heureusement, car il commence à faire super chaud. C’est un single, mi-terre/boue, mi cailloux dans la gadoue, mi branches de sapins sèches.. Ca fait trois mi.. ok. Revenez en arrière et changer avec des tri.. c’est moins bien ? Bon ben voilà !

Je grimpe bien. Je double encore trois trailers. Je commence à rêver à un TOP 15.

Km 32.

Nous sommes maintenant sur les pistes de ski de Piquemiette. Des chemins de pierres blanches ne sont pas pour moi super agréables pour courir. Et puis ça grimpe. Et puis il fait super chaud.. Oui.. je râle un peu.. et alors ? J’ai le droit maintenant. Sur le moment, j’adorais pourtant.

Nous sommes sous les falaises impériales du Mont d’Or. C’est juste incroyable comme décor.

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Devant moi, au loin, un trailer en blanc assez grand qui marche en montée; et une jeune femme qui grimpe en courant. Elle est assez incroyable à courir dans ce genre de montée.

En revenant sur eux, je vois assis à l’ombre un trailer qui s’est arrêté. La chaleur a semble-t-il trop tapé. Je ne m’inquiète pas pour lui. Il a juste besoin d’un peu s’arrêter.

Je rattrape le grand trailer en blanc. Je sens qu’il n’a plus trop de jus. Je discute rapidement et je continue ma montée.

Au bout de 2 ou 3 minutes, j’arrive à rattraper la jeune femme (qui finira première).

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Je lui demande comment elle fait pour courir dans ce genre de montée ?.. Elle me réponds.. Et toi alors ?.. Pas con. On finit la montée de Piquemiette ensemble. En bas de la piste noir, je croise les doigts pour qu’ils ne nous fassent pas monter le petit bras super raide. On file tout droit. Cool. J’avais vraiment pas envie de me le faire, main sur les cuisses, en faisant attention à ne pas soulever trop de pierres pour les coureurs derrière. Derniers mètres dans la montée. Je vois un groupe de 4 trailers. Cela m’étonne. Ils courent beaucoup moins vite que moi. C’est louche.

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A la fin de l’ascension, nous rejoignons la piste verte que je connais par coeur. Ca descend bien. Je vais pouvoir envoyer.

Km 34.

J’envoie bien dans la descente. Je recroise pas mal de coureurs. En me retournant, je vois que la couleur du dossard n’est pas la même (verte je crois). Je comprends mieux. Je continue, sans trop réfléchir. La descente est assez longue.

A la fin, nous tournons sur la droite pour repasser en Suisse. Et là c’est le début d’une sacrée montée : 3,5km et 350m de dénivelé. Je rentre dedans avec beaucoup d’entrain. Les deux premiers kilomètres se passent bien. Le dernier est beaucoup plus dur. Je cale 10 secondes dans une montée avec un trop gros pourcentage. Je respire et je repars. Ca va le faire.

Sur les derniers mètres de la montée, je sens que je suis au bout de moi même. J’ai tenté de relancer en courant sur 200 mètres. Je sens le sang afflué dans les vaisseaux de ma bouche. Ma bouche a un goût de sang. C’est assez étrange comme sensation. Je me dis que mon corps fonctionne à 200 %. Pour me le rappeler, j’entends au niveau de l’arrière de mes tempes mon rythme cardiaque sonner. Spouuum Spouuuuum Spouuuum. Un bruit sourd. Interne. Puissant. Un peu flippant, je vous l’accorde. Je ralentie un peu pour ne pas avoir de pépin.

Km 36.

En bas du Chalet Bellevue, je croise un autre supporter. Je lui souhaite un bon dimanche.. il me sort un beau « Pareillement ». Supporter suisse number two !

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Copyright : https://www.altituderando.com/Le-Morond-1419m-et-le-Mont-d-Or

Cette montée sur le chalet Bellevue.. Je la connais par coeur. Elle ne me fait pas peur. Je la grimpe comme un petit chamois. Zliiiiip sur la droite… Zliiiip sur la gauche.. Zliiiiiiip sur la droite.. et PAF je suis en haut.

Un mec de l’orga note mon dossard. Il me dit 9ème. Je n’y crois pas. Cela me motive à fond. Je traverse la frontière pour retourner en France. Et là je fonce. Beaucoup de promeneurs et de coureurs (dossards verts) sur cette portion. Ils s’écartent plus ou moins facilement, mais ça passe. J’ai un gros km à faire pour monter jusqu’au sommet. Mais ça va le faire. Je connais par coeur ce passage.

Km 37.

Un orga m’annonce 9ème et me dit qu’il y a deux coureurs devant. Un pas très loin et un 7 à 10 minutes devant. Je cours à fond en montée. Il me dit que je peux le faire. Cela me chauffe grave.

Sur les crêtes cela se passe bien. J’essaie de ne pas me casser la gueule. Avec l’effort que je viens de faire je sue comme un boeuf. Heureusement, il y a pas mal de vent sur les crêtes, cela me rafraichit à fond.

W - Crêtes du mont d'or

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Fini les crêtes, on retourne vers le parking. Ca descend un peu. J’accélère. Je me dis que si je veux tenir mon TOP 10, je n’ai plus le choix. Et puis il ne reste plus que 7 km.

Km 38 – Ravito n°3.

Les supporters et passants m’applaudissent et me félicitent. Cela fait chaud au coeur (comme si j’avais besoin de chaleur à ce moment là ^^). Au ravito, je donne mes gourdes aux bénévoles. Cette fois-ci, j’ai le droit à deux jeunes femmes charmantes rien que pour moi. C’est limite du favoritisme ! Mais merci mesdames. Je repars, je ne veux pas perdre de temps.

Km 39 – 40.

Me voilà sur le chemin blanc des crêtes. Autant dire qu’à part le bois de Vincennes, c’est l’endroit que je connais le mieux. Je file. Pas de soucis physique. Je commence à lancer des cris de douleurs mentales, mais physiquement ça tient. J’ai de bonnes pointes de vitesse. Petit stand photo : FLASH.. Pas le temps de m’arrêter.. je continue.

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(Ps : Merci à l’organisation de course, pour la gratuité de la photo. C’est assez rare sur un trail pour le signaler).

Je n’ai pas tellement de choses à dire en plus. Je ne réalisais plus trop ce qu’il se passait pour moi à ce moment là. Sorry.

Km 41.

Arrivée à la retenue d’eau. Les salops ! Ils nous font faire le tour par la gauche ^^. Le soleil tape fort. J’hésite à aller prendre un peu d’eau pour me la passer sur la nuque. Pas le temps. Dommage.

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Maintenant, dernière montée avant la grande descente. Je double pas mal de trailers (dossards vert). J’en vois un qui semble pas au top. Il est arrêté. Je lui demande si c’est la cheville. Il me dit crampes. Je lui propose de l’eau.. il en a. Pas le temps niaisser. (Ps : J’écris à la vitesse à laquelle ça c’est passé réellement.. Pas plus de 2 secondes..).

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Ca monte sévère. Je commence à BEUGLER de douleurs internes. Il doit y avoir de la joie aussi dans tous ces cris. Je sais que je suis 8ième. Si je descends à fond, cela doit le faire.

Km 41,3.

Ayé. Je suis au sommet. C’est parti pour un 2,7 km de descente. Et puis de la vrai descente.. Tout ce que j’aime PAS.

Je commence par filer sur la familial. Si c’est ça jusqu’en bas, c’est cool. Dommage, les organisateurs ont préféré nous faire quitter la piste verte pour passer sur des pistes de VTT. Je commence à sacrément souffrir en descente avec les cailloux et les coups qu’ils procurent. Les genoux et les cuisses prennent chers ! Je crie. Mes aboiements ont au moins l’avantage de faire écarter les coureurs devant moi. Habile.

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Copyright : http://loisirs2000.canalblog.com/albums/metabief/photos/93000701-2010__565_.html

En haut du mur de la Renversée, je repère un dossard rouge. Il semble bien crampé.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Dans le monotrace qui descend le long du mur, je le double facilement… 7ième. C’est stylé ! J’y aurais jamais cru. Bon maintenant faut rien lâcher. Dans un tournant en S du monotrace, je repère au dessus de moi la jeune femme qui courait dans la montée de Piquemiette. Elle a envoyé du gros punaise ! Elle me donne envie d’accélérer.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

Km 43.

Fin du monotrace. Un dernier petit passage sur un chemin puis bitume. C’est simple, je suis en sprint total dans la descente.

Je vois l’arrivée se rapprocher.

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Copyright : Vidéo Trail du Mont D’Or – Betrained Production : https://vimeo.com/222307393

500 mètres.

400 mètres.

300 mètres. J’entre dans la station.

200 mètres. Les applaudissements commencent.

100 mètres. Ils retentissent.

50 mètres. Je l’ai fait putin !

4 mètres.. je prépare mon traditionnel 360.

3..2..1.. GROS 360 ! Et Biiiiiiiiiiiiiiiiiim c’est fait.

Petite crampe à la réception de mon 360. Je m’effondre. Je suis bien. C’est fait.

Une dame de l’organisation s’approche de moi pour me demander si ça va. Je lui réponds : Mieux que jamais !

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Distance : 44 km (sur le papier.. en vrai avec le petit détour : 47.8 km)

Dénivelé : 2245 m D+ (sur le papier.. en vrai avec le petit détour : 2397 m D+)

Temps de course : 05 h 04 min. 

Allure moyenne : 8.68 km/h. (ou 6 min 13 du km)

Classement général : 7ème au Scratch.

Classement dans ma catégorie (Senior Homme) : 5ème.

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Bon, bah.. 94 représente ! J’ai envie de dire ^^

Je suis très content de ma course. C’est la première fois que je me perds complètement sur un trail. J’ai la sensation d’avoir tout de même réussi quelque chose de fort pour moi. Mon premier TOP 10 sonne pour moi comme un merveilleux sentiment d’accomplissement. L’entrainement a enfin payé. Bon, je suis à deux places d’un podium. C’est pas grave. Ca me motive à revenir l’an prochain. Pour me consoler de n’avoir pu accrocher une troisième place dans ma catégorie, je croise Xavier Thévenard. J’ai beaucoup de respect pour le champion qu’il est. Je prends une petite photo avec lui, et je lui souhaite bonnes chances pour ces prochains défis. Un jour, on courra ensemble. Mais pas tout de suite, hein !

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Pour revenir sur le Trail du Mont D’Or, je dirai que c’est tout simplement, un trail fantastique. Le parcours est très varié : On y trouve des passages roulants qui permettent d’envoyer. Des monotraces très affutés. Des passages techniques comme les trailers aiment. Des bénévoles sympas, souriants et complètement au service des coureurs. Et surtout, un paysage magnifique. Le seul bémol que je peux prononcer concerne la distance. J’aurai bien aimé que cela soit un peu plus long. 44 km (bon 48 avec le petit détour ^^) c’est relativement court au final. Ca passe assez vite. Un format 70 ou 80 km pourrait être vraiment sympa. Et je le sais, dans le coin, il y a de quoi faire pour allonger la distance en faisant découvrir de fabuleux paysages. A ce moment de la saison, c’est en plus un format parfait pour se préparer aux grandes courses de la fin de l’été ;). Un conseil, et un seul : Venez le tester ! Vous ne le regretterez pas ! En tout cas, en ce qui me concerne, je pense revenir dès l’an prochain. Bon faudra que je nettoie mes pompes avant.

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C’était mon troisième trail de l’année (EcoTrail – Ardéchois – Trail du Mont d’Or). Maintenant j’ai devant moi deux gros défis : La CCC en septembre et la Diagonale des fous en Octobre. Il s’agirait de ne plus trop rigoler. Je vais me concentrer sur ces deux objectifs. Casquette verte sur la tête. En déléguant à mon corps quelques-unes des vertus les plus fortes de mon âme.

Bon en attendant, c’est parti pour la BOULIMIE post-rail et la récupération pendant deux jours.

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Casquettement verte. La bise !

Récit Ardéchois Trail 2017 (57 km / 2400 D+) – 06 h 14 min 41 sec – 26ème au général – 12ème Senior Homme – By Casquette Verte

Pour moi, cette course, c’était très particulier. Cette semaine, mon grand père, mon papi, nous a quitté. J’ai beaucoup hésité à venir. Et je sais que là où il est il me regarde et me dit « Axi.. vas-y. Fait cette course. Je suis derrière toi. Tu vas y arriver ». Cette course, c’était pour lui. C’était avec lui. Une aventure tous les deux. Ensemble. Papi j’espère que tu m’as vu. J’en suis sur. Tu étais là. Juste à côté de moi. On l’a fait ! Je t’aime Papi.

Vendredi 20 h. 

Je rentre du boulot. Je ne suis pas du tout dans un état d’esprit de course. Je prépare mes affaires comme traditionnellement.

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Samedi. 7 h 00. Réveil – douche. 

Pas d’objectif sportif particulier. Je n’ai pas l’impression que je vais courir 57 km demain. Je n’ai pas du tout, mais alors du tout, la sensation que j’ai habituellement. Cette sensation qui fait dire à mon corps « Demain.. tu vas te faire mal.. mais ça va être bien ». Dans ma tête, tout est normal. Je pense que je suis habitué.

Je prépare ma bouteille de Malto. Je n’en peux plus. J’ai déjà pissé 3 fois en 1 heure. Merci qui ? Merci la prépa trail !

08 h 45 : Départ de la maison. Direction Gare de Lyon. 

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J’ai rendez-vous avec mon collègue à 09 h 30 à gare de Lyon. Il est en retard. Cette fois-ci nous ne prendrons pas notre traditionnel thé d’avant course. Pour ce qui est du trajet, nous allons prendre le train jusqu’à Valence, où nous récupérerons une voiture pour rejoindre Désaignes. Son oncle, Roger, qu’il m’a décrit comme « un ermite vivant seul et déconnecté au fin fond de l’Ardèche », habite à 1.2 km du départ de la course. Pratique. Nous établirons notre camp Trail chez lui. Ca promet d’être folklorique.

09 h 45 : Le train part. Direction Valence. 

Nous buvons encore et toujours du Malto. Trublion que je suis, je provoque les voisins de wagon en faisant croire que c’est du Ricard. Les voyageurs sont un peu déboussolé. Il est 10 h du mat’, et il y a un jeunot qui picole du Ricard dans une bouteille en plastique à la vue de tous. Aaaaaah. La jeunesse de nos jours ^^.

Après de nombreux aller retour dans les toilettes du train, nous jetons un coup d’oeil au profil de la course.

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La verticalité de certaines pentes attise ma curiosité et me fait surtout dire que je ne pourrais pas toujours courir. Ce sont plus particulièrement les 10 premiers kilomètres qui me paraissent costaud ; et aussi l’éloignement des ravitos (1er au 24ème km et second au 44ème…). Moi, qui, généralement, ai des problèmes en terme de réserve de flotte. Cela ne va pas être pratique tout ça !

12 h 10 : Arrivée à la gare TGV de Valence. 

Nous récupérons la voiture. Un superbe Citroen Berlingo gris. La classe internationale. On ne pourrait pas faire plus trailer du dimanche 😀 Un Berlingo gris immatriculé dans la Drôme (26) avec un auto-collant ASSE (Club de foot de Saint Etienne) à l’avant. Je mets mon coeur de supporter du PSG de côté et grimpe dans la limousine.

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Nous traversons la ville de Valence, puis le Rhône et nous voilà dans les routes qui tournent, et qui tournent de l’Ardèche. A mon humble avis, avoir bu beaucoup de Malto et avoir mangé plus que de raison des pâtes lors des 3-4 derniers jours n’est pas très recommandé pour la route ardéchoise. J’ai un peu la gerbe. Mon collègue me montre les endroits où il s’arrête dans les virages d’habitude pour « que les enfants puissent vomir ». Merci de m’encourager Roni ! Ca m’aide ^^

Nous nous arrêtons manger dans le charmant village (apparemment, vu de là bas, c’est une ville.. je dirai village avec mon arrogance toute parisienne) de Lamastre. Entrecôte – Frites – Ketchup… Au TOP !

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Retour à notre limousine. Clic… Clic… Clic… A chaque tour de clés, rien ne se passe. Le Berlingo a décidé de faire des siennes. Nous sommes comme deux cons, un samedi de pont, au fin fond de l’Ardèche et la voiture ne démarre pas. Je m’imagine déjà devoir marcher 20/25 bornes, bagages sur le dos pour rejoindre le départ.

 

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La décision de pousser la voiture est prise. Je ne sais pas si vous avez déjà poussé un berlingo.. mais clairement, cela pèse GRAVE !

Les « petits vieux » assis pas loin et les motards aux terrasses des restaurants assistent hilares à la scène. Voilà donc deux parisiens qui poussent un Berlingo sur la place du village. 3 … 2 … 1… HUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUU. Tout à coup, la machine se lance dans un bruit indescriptible. En voiture Janine ! L’aventure continue !

15 h 00 : Arrivée à Désaignes. 

Nous posons nos affaires chez Roger. Je rencontre cette personne décrite comme un ermite, mais qui est en réalité une des personnes les plus accueillante que je n’ai jamais rencontrée. Bon en plus, un ermite, qui a un portable, une livebox et une voiture électrique de dernière génération, cela ne s’invente pas !

Nous faisons le tour du propriétaire et nous partons chercher nos dossards. Sur le chemin, nous repérons des balisages de course. Je rentre petit à petit dans l’ambiance. Enfin.

16 h 09 : Récupération des dossards. 

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Nous nous dirigeons vers l’école. Les plus belles filles de Désaignes sont présentes. Les bénévoles sont super sympas. Je suis dossard 140. Cela me va. De toute façon, j’ai pas le choix.

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Nous récupérons ensuite nos jolis T-Shirts floqués aux couleurs de l’Ardéchois Trail. Un de plus. Youpi ! On fait le tour du village, puis nous repartons chez Roger. Il y a une drôle d’ambiance de veille de course. C’est super sympa. Cela prépare mentalement. Cela aide à bien rentrer dans la course.

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1 recup cadeau

18 h 01 : Dernier Malto. 

Il fait beau. Même super beau. La météo annonce de la pluie pour demain. Fait chier. Pour l’instant on profite de la dernière soirée pour se reposer. C’est pas Ricard piscine, c’est Malto Terrasse. Mais ça nous va bien. Le Ricard, cela sera pour demain.

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Un puissance 16… (en gros c’est comme un puissance 4, mais en 3d. Franchement, je vous le conseille ce jeu. C’est à essayer absolument !) et puis à table…

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Et puis pour finir, c’est le repas. Pour ce dernier repas d’avant course, ce sera pâtes et lapin de l’Ardèche. Je sais pas si cela aide à courir plus vite; mais en tout qu’à c’est très bon !

Je finis la soirée en préparant mon sac pour demain. Je le fais rapidement maintenant. Avant je passais une heure à le faire. Je sais ce dont j’ai réellement besoin et ce qu’il ne faut pas prendre. (Cela ne m’a pas empêché de prendre 10 bâtonnets de Justin Bridou, qui ont fait les 57 km avec moi…).

21h30. Extinction des feux. Je ne me suis jamais couché aussi tôt une veille de course.

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06 h 30.  Réveil – Jour de course. 

Je sors voir le temps. Il fait plutôt beau. Le fond de l’air est frais, mais le soleil chauffe bien. D’après la météo agricole, il ne devrait pas pleuvoir avant 14 h. Logiquement, cela veut dire que je vais un peu me tremper sur la fin.

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Il y a un peu de vent. Cela m’inquiète un peu. Je ne suis pas équipé pour des conditions climatiques moyennes. Bref.. je verrai bien.

Au pied : Salomon SpeedCross 4 & Chaussettes Nike renforcées.

En bas : Un short Nike avec caleçon de compression intégré & un caleçon Nike Pro Combat.

En haut : Mon T-shirt Finisher EcoTrail 80 2017 et un léger-coupe vent Nike.

Sur le dos : Mon sac Salomon s-lab advanced skin 3 12l

Et dedans : Une couverture de survie – 2 cachets de Nureflex – 1 petite boite de mouchoir – Mon iPhone – 6 gels Gü – 2 gels coup de fouet – 10 bonbons Krema – Deux gourdes molles (500 ml) – Mon réservoir dorsal 1.5 L à 2/3 rempli et 10 bâtonnets de saucisson (les fameux…).

07 h 25 : Nous partons de la maison. 

20 minutes de marche pour rejoindre le départ. Cela va nous mettre en jambe. Parfait. Sur le chemin, j’avale une barre CLIFF (Macadamia Nuts & White Chocolate). Avec une barre comme ça (promis ce n’est pas un placement de produit. Je l’aime vraiment !), je tiendrai la journée A L’AISE !

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Petit selfi. Mon collègue ressemble plus à une majorette qu’à un trailer. Cela me fait rire. On commence à parler de la course, des favoris, etc. Je lui dis vouloir partir fort et voir si je tiens après les 10 premiers kilomètres. Il me conseille de ne pas me cramer bêtement. Son conseil rentre.. fait le tour.. et ressort aussi vite.

07 h 46 : Désaignes juste avant le départ. 

Il rôde une ambiance de fête de village. Les fanions sont de sortie, les fanfares brésiliennes aussi. De partout des trailers avancent dans la même direction : la place de la mairie.

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A 10 minutes du départ. Nous sommes en place. Je me faufile dans les 200 premiers coureurs. Je ne veux pas piétiner dans les premiers kilomètres.

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Le président de la course et le maire de la commune prennent la parole. Les trailers indisciplinés font plus de bruit que la sono. Faudra penser à des sonos plus fortes l’an prochain (où à museler les trailers… à voir).

08 h 00. Le départ fictif est donné. 

Deux lignes devant moi, je repère Emmanuel Gault et Sylvaine Cussot. Je les admire. Un couple de champion du Trail. Je sais que je ne les reverrai pas lors de la course. Bonne course Manu.. Bonne course Sisi.

Nous faisons un tour du village pour atteindre l’arche de départ réel. Je cours avec mon collègue. C’est rare que cela nous arrive en course officielle. La horde de Trailers qui traversent le village ressemble à un troupeau de taureaux lors de férias urbaines. Pas de matador à l’horizon. Juste 57 km. Olééééééé !

Quelques mètres avant l’arche de départ, je tape la main de mon collègue et lui souhaite Bonne course. Il fait de même.

D’un coup, d’un seul, je mets le turbo. C’est parti. Mes jambes sont dynamiques. Je double à fond dans les ruelles du village.

Tournant sur la boite, et … BIM…. direct dans la côte. C’est parti pour 10 km de montée. On ne peut pas rêver mieux à 8 du mat’ ; n’est ce pas ?

Le premier kilomètre se passe bien. Cela monte pas mal, mais j’arrive à courir à fond. C’est dur, mais je sais qu’il faut absolument faire monter mon corps en chaleur. Personne ne marche. Autour de moi, beaucoup de dossards bleus. Ce sont les participants du 37 km qui vont nous accompagner sur les 31 premiers. Cela risque d’être trompeur si je juge mon état de forme par rapport aux leurs. Je me reconcentre sur la course.

Les premiers kilomètres suivants, sont infernaux pour moi. J’ai mal au dessous des côtes. J’ai trop chaud. Mon souffle est coupé. Je suis obligé plusieurs fois de me mettre à marcher. Je me dis que ça commence mal. Je me fais pas mal doubler. Ce ne sont pas que des dossards rouges, alors ça va.

Km 3. 

J’enlève mon coupe vent pour me refroidir un peu. Je suis trop monté en chaleur, entre la course, la côte et le soleil qui brille fort. Avec le zeff’ qu’on se tape, cela va me refroidir direct. Je suis trempé de sueur. Le vent m’apporte pas mal de fraicheur. Cela ne va pas tellement mieux, mais au moins je ne crève pas de chaud. J’avale le km en 6 min 21 sec. Pas terrible.

Km 4 & 5.

Un petit répit dans la montée. C’est un peu plus plat sur quelques centaines de mètres. Avoir pris de l’altitude me permet de contempler le paysage. La région est magnifique vu de là haut.

  • Toutes les photos que vous verrez ci-dessous, ont été prises par mon collégue. Après sa carrière de majorette, il a décidé de se reconvertir en grand reporter du trail. Habile !

Maison de pierre premier montee

Km 6. 

C’est reparti pour un peu de montée. Je me force à courir, mais j’ai beaucoup de mal. Un trailer qui me follow sur Instagram m’a dit de penser à mon grand père. De me dire qu’il m’attend en haut des côtes. C’est un peu glauque. Je préfère continuer simplement à penser à lui. Il m’accompagne dans cette difficulté. Il m’aide. Je continue. Je cours pour lui. Avec lui.

Km 7. 

Première descente sèche. Comme d’habitude, je ne suis pas à l’aise. Je me fais pas mal doubler. Je sais pas quoi faire pour m’améliorer sur cette partie. A par beaucoup m’entrainer, je ne vois pas. Mais, là, clairement, c’est pas ça ! Je ne suis pas smouffe, pas fluide du tout. Je pense qu’à regarder de derrière cela doit être limite « Est-ce qu’il court ? Est-ce qu’il crapahute ? Qu’est ce qu’il fout ? Il va se vautrer dans pas longtemps, c’est sur.. ». Ca tape déjà dans les cuisses. Qu’est ce que cela va être dans 30 ou 40 bornes ^^.

Km 8 & 9. 

Cela remonte. Je suis beaucoup plus dans mon élément. Je redouble pas mal de coureurs et les laissent complètement sur place. Ca me fait du bien. Les montées sont assez raides. Trop pour courir vraiment tout le temps.. Pas assez pour marcher tout le long. La végétation est belle, bien qu’elle n’ai pas encore explosé littéralement. Les chemins sont parsemés de rochers et de racines. Il faut être très attentif.

1ere montée costaud

Dans un tournant à 180°, en pleine montée, perdu au milieu de nul part, une fanfare aux rythmes caliente ! Je ne peux m’empêcher d’aller faire l’idiot à côté. Les autres coureurs restent majoritairement sérieux. Tant pis, je profite égoïstement.

Fanfare premiere montée.jpg

Km 10. 

Ayéééééééééé ! Le gros bout du début est passé. Ca a été vraiment dur. Je n’étais pas physiquement prêt à me prendre ça dans les jambes directement, de bon matin. J’ai limité la casse, mais j’ai perdu un peu de temps. Ce n’est pas bien grave. Je ne suis pas encore vraiment chaud. Il va me falloir encore 5 ou 6 bons kilomètres pour être bien. La bulle d’air habituelle vient me démonter le haut du ventre, juste en dessous des cotes. L’enfer ! Nous traversons nos premiers ruisseaux, l’eau n’est pas bien haute. Cela me rassure pour après.

lkhlkhlh

Le temps est toujours (presque) parfait. Un beau soleil. Quelques nuages… mais ce satané vent commence déjà à me taper sur le système. Je remets mon coupe vent pour ne pas avoir froid.

Paysage premiere montée

Km 11 & 12 : Le Château. 

Je regarde beaucoup le paysage pour m’occuper. Le peloton commence à être bien décimé, beaucoup moins dense. Je me retrouve plutôt dans des groupes de 4 à 6 coureurs.

En descente, ils me doublent. En montée, je les double. Et sur le plat, nous gardons nos espaces de sécurité.

Après avoir descendu un petit sentier, nous nous retrouvons nez à nez avec un superbe château (Bon ok… les ruines d’un superbe château.. ou bien les superbes ruines d’un château.. mais quand même !). Ici, plus tellement de végétation.. que du bon gros rocher !

Chateau vu de haut

Avouez que cela a de la gueule quand même. On se croirait dans le château de Montmirail. Un jacouille la fripouille prêt à surgir des oubliettes. Trêve de plaisanterie, on est là pour courir.

Passage dans le chateau

Après avoir traverser la chambre, la cuisine et la terrasse du château, on plonge directement dans la pente. Droit dedans. C’est très technique. Nous descendons à trois. Celui de devant a un bon rythme, j’accélère un peu le mien pour le suivre. Celui derrière moi a fait de même. Nous avançons dans la même foulée.

chateau vu de bas.jpg

chateau vu de bas 2.jpg

De temps en temps, une fusée, un Youri Gagarine de la descente déboule à fond. Nous nous poussons pour le laisser passer. Dans ma tête je me dis :  » Toi, mon coco, dans la prochaine montée, tu vas voir .. je serai Neil Armstrong découvrant la lune.. Cela va fuser ! ».

Je croise l’organisateur de l’Ardéchois Trail venu observer le bon déroulement de la course dans ce passage très critique. Je le salue et le félicite pour l’organisation. Il me remercie en retour.

Mon devoir de politesse accompli, je retourne dans ma course. Trop tard, je me suis trop longtemps déconcentré. Il suffit d’une seconde à peine. C’est dingue. Dans un virage relevé sur la gauche, mon pied droit glisse dans le précipice. Je ne sais pas trop comment, mais dans l’élan j’ai réussi à me rattraper à une prise sur le flanc supérieur. Coup de bol. C’est reparti.

En bas de la pente du château, des pompiers. Logique. Un peu effrayant, mais logique. Comme d’habitude, je fais le rigolo en leur souhaitant  » Bon dimanche » avec la voix du mec que tu croises à la boulangerie pantoufles aux pieds. Ils sont étonnés, cela les fait marrer. J’ai gagné. Je continue.

En levant le nez, je reconnais le passage que je craignais. Le passage d’un ruisseau. Dans une vidéo d’Intérieur Sport sur l’Ardéchois Trail en 2012, j’avais vu des images de ce passage. Il y avait beaucoup d’eau.

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Je n’avais pas du tout, mais alors, pas DU TOUT envie de prendre un bain. Me retrouver avec les chaussures complètement trempées et avec les chaussettes qui font « Sploooochkle… Splooooooochkle… ». Ca tombe bien, cette année, c’est tranquille, ils ont même installé un semblant de pont. C’est royal au bar !

passage ruisson sans flotte.jpg

Km 13 & 14. 

C’est plat. C’est roulant. Je me force à garder un bon rythme. C’est toujours pas ça au niveau des sensations. Je vois le bout du tunnel arrivé. Je cours de plus en plus souvent seul. Il n’y a plus de petits groupes. Que des unités. Séparées de 50 / 100 mètres. C’est parti pour encore un marathon de solitude.

Km 15 à 20. 

De la pente douce pendant cinq kilomètres, ponctuée de descentes plus techniques. Je n’ai plus trop de souvenirs de cette partie. Tout ce que je sais, c’est qu’il y avait du vent comme jamais et qu’il fallait se forcer pour bien avancer. Je prends un deuxième gel. Cela va m’aider.

Km 21 à 23. 

J’ai la pêche. La machine est enfin lancée. HiiiiiiiiiiiiiiiHa. ON THE ROAD AGAIN ! Je commence à bien envoyer. Les trois km qui précédent le ravito sont en montée, une toute petite bosse à passer. Je l’avale.. que dis-je.. je la gobe ! C’est appréciable d’être bien.

Les quelques trailers avec qui j’ai partagé les 10 derniers km sont moins frais. Je commence à me retourner de temps en temps. Personne ne me rattrape. Je rattrape les coureurs les uns après les autres. Lorsque j’en dépasse un, j’en vois un autre au loin (200/300 mètres) et je me le fais. Au suivant !

1 km avant le ravito, je croise une jeune femme blonde (Full stuff Salomon). Elle a un bon rythme. J’hésite à rester un peu avec elle. Je lui lance un « Aller » et comme tous les autres, je la laisse derrière et m’en vais. Je pense qu’elle doit être 3ème ou 4ème féminine à ce moment de la course. En tout cas, une chose est sûre. Elle est super mignonne. (OUI.. je perds pas le nord).

 

700 mètres avant le ravitaillement, cela remonte un peu. Il y a quelques supporters au bord de la route. C’est presque les premiers depuis le départ. Cela fait du bien d’être un peu encouragé. Je relance fort dans la montée. J’aperçois à quelques centaines de mètres le village où se trouve le ravitaillement. Il y a une fanfare. Comme à mon habitude, je commence à danser avec eux sans trop perdre de temps.

fanfare premier ravito

Ravito N°1 : Saint Jean Roure – Km 23.7 – 02 h 35 min 41 sec – 41ème au général. 

Le ravito est plutôt simple mais efficace. Deux tables pour les boissons. Quatre tables pour la bouffe. Pour changer, je demande aux bénévoles s’ils n’ont pas une bière ou un whisky. Ils le prennent au premier degré et me répondent que non… T’inquiète pas bonhomme, j’en aurai pas pris 😉

1er ravito.jpg

Niveau liquide, je recharge ma gourde 500 ml que j’ai vidée. Je décide de ne pas remplir mon réservoir dorsal pour gagner un peu de poids et ne pas perdre trop de temps. Niveau bouffe, je choppe trois tranches d’orange et je repars un verre de boisson énergisante à la main. Je mange mes oranges tranquillement et bois mon verre en quittant le village.

Petite pause pipi. Je me retourne et vois au loin la superbe traileuse. Je suis assez pudique. Je me dépêche de finir et je m’en vais d’aussi belle.

Km 24 -25. 

Cela remonte doucement. Je me sens très frais. Je n’ai pas du tout l’impression de courir depuis plus de 2h30. Mes jambes répondent présentes. C’est très agréable. Une belle montée au kilomètre 25 me remet dans la course. Je double un ou deux trailers à ce moment là. Je suis vraiment à l’aise en montée. Dans chaque côte, j’ouvre en grand mon coupe vent pour rafraichir mon corps. Dès que cela s’aplanit et que je peux courir à nouveau, je ferme la veste afin d’être protégé du vent. Bref, c’était la fête de la fermeture éclair cette course.

Km 26 – 27. 

C’est tout plat. Je prends de la vitesse, je tourne en 5,15 min du kilomètre. Cela déroule pas mal. Les trailers du 37 (dossards bleus) sont encore avec nous. Ils se lancent dans leurs 10 derniers. Ils ont presque fini dans leur tête. Leur détermination me motive. Je suis pendant 2 km un coureur très rapide et très constant. Il est à 200 mètres de moi. Impossible de le rattraper. Je me dis qu’en restant toujours à la même distance que lui ça doit être bon pour mon temps. Je le vois encore. C’est bon. Il y a un virage, je ne le vois plus.. Aller relance Casquette Verte, tu vas le perdre. Ah, le revoilà. Vous l’aurez compris, on s’occupe comme on peut.

Km 28 – 29. 

Nous longeons un parc d’éolienne. Le vent est fort. Je suis trempé de sueur. Le vent rafraichi mon corps. J’ai même un peu froid. Si je m’arrête, ou si je marche, je vais me peler alors je continue à courir à un bon rythme. Le bruit des éoliennes est impressionnant. Pour moi, les éoliennes, c’est cool. C’est peace. Cela protège la nature. Cela ne pollue pas. Mon cul sur la commode ouais ! Et la pollution sonore alors ? Hein ?! Ce boucan que cela fait. J’aimerais pas avoir une maison dans le coin. Pire que le périphérique.

eolienne

Regarder les pales tourner me fait du bien. Cette force. Cyclique. Sans à-coup. Presque infini. J’applique à mes jambes les mêmes règles. Du cyclique. Sans à-coup. Presque infini.

Km 30 – 31. 

Aller. Bim. C’est reparti pour de la descente. Dans ma tête, je me dis que plus de la moitié est passée. Il n’en reste que 27. Facile. Ca devrait le faire. Et puis je me reconcentre à fond. Je n’ai pas peur de tomber, mais je ne suis pas à l’aise. A chaque pas, je regarde deux mètres devant moi pour savoir quel est le meilleur tracé à prendre. Je calcule. Recalcule. C’est une vrai tour IBM la haut. Je commence à voir de moins en moins bien. D’ici quelque temps, je pense que je prendrai des lunettes de vue pour finir mes courses. Cela sera plus agréable. Moins intellectuellement crevant.

Pointage – Séparation du 37 et du 57 – 31.8 km – 03 h 22 min 52 sec – 37ème au général.

Je suis avec un coureur depuis 300 mètres. Un autre coureur nous précède de 150 mètres. Au loin, je vois un fléchage qui indique la séparation du tracé entre les deux courses. A gauche, c’est le 57. A droite, c’est le 37. Le coureur avec moi prend sur la droite. Dommage, il avait un bon rythme, j’étais bien avec lui. En me quittant, il crie au coureur qui nous précédait « ALLER TIENS BON. DEFONCE TOUT ». A priori, ils se connaissent. Ces encouragements qui ne me sont pas adressés. Et bien je les prends pour moi. C’est un peu un esprit de sangsue. Ok. Mais moi, mon collègue, il doit être à bien 1 h derrière. J’ai pas prévu de l’attendre. Alors je prends. Je me répète dans la tête. ALLER TIENS BON. DEFONCE TOUT. Cela me motive.

Pointage effectué. Je relance. Et là, ça descend. Mais quand je dis ça descend, c’est un super %. J’essaie d’optimiser mes pas pour ne pas trop taper dans les genoux et dans les cuisses. Ca commence à faire mal. Heureusement, il n’y a pas trop de cailloux dans cette partie. Nous sommes dans les bois. Enfin dans les pins. Le sol est presque agréable. C’est mou. En évitant les grosses racines, cela passe comme dans du beurre.

Km 32. 

Je sors du bois. Nous prenons un chemin sur lequel des 4×4 peuvent passer sans problème. Je n’aime pas trop ces chemins de traverse, mais j’avance bien dessus. Derrière moi, personne à l’horizon. Devant, un coureur à 50 mètres.

Soudainement, je ne vois plus le coureur. Et je vois un fléchage sur la gauche. Directement dans le ravin. Un tout droit dans la pente. Clairement, ça c’est pas un chemin. C’est une piste noire de VTT, c’est un trou, c’est un puit, c’est tout ce que vous voulez, mais PUTIN que c’est pentu. Le bon terme serait ravine je crois.

Panneau descente HARD

La première partie de cette FAT descente est en sous bois. C’est assez sympa. Technique, mais sympa. On peut envoyer un peu sans trop de risque. Les racines sont bien visibles. Il n’y a pas trop de risques.

descente HARD

La deuxième partie, c’est plus folklorique. Que des éboulis de cailloux. A chaque pas, on déclenche des petites avalanches. Le coureur devant moi se ramasse sur le cul cul. Ca doit faire mal. Je lui demande si ça va. Il se relève est me fait un OK d’un signe de la main. Je ralentie un peu. Une grosse pierre que j’ai soulevée quelques mètres plus tôt a décidé de faire la course avec moi. J’accélère pour ne pas me la prendre dans les chevilles. J’imagine déjà la douleur. Plus que quelques mètres et ce passage se termine. Je n’en peux plus. C’est tellement difficile de se concentrer à 200 % pendant de longs moments. Je finis la descente. Je me retourne. J’ai fait ça moi. Et beeeeeeen ! Allez, on lache rien. C’est reparti.

Km 35. (enfin je pense, je me rappelle plus bien).

Dans ma tête le prochain ravitaillement était au km 44. C’est pas grave. Je prends. Je n’ai plus beaucoup d’eau. Ca tombe même bien. Le vent souffle fort. Les bénévoles sont motivés. Nous, on court. On a chaud. Eux ils doivent se peler. Bon, je pense qu’ils ont trouvé d’autres moyens (alcoolisés) pour rester au chaud. Je redemande, un whisky coca. A priori, cette fois, il y en a. Je discute 20 secondes avec les bénévoles. Ils m’encouragent. Je repars motivé.

ravito alcoolisé

Km 37.

Je suis dans une descente. Mes jambes tirent pas mal. Il reste 20 kilomètres. Je sais que cela va être de plus en plus long. Mais cela ne m’effraie pas.

descente apres ravito

Il y a un coureur à 50 mètres devant moi. Je le vois disparaitre sur la droite. J’aperçois alors un panneau très voyant. Le message qui est écrit m’intrigue « ATTENTION TETE ».

attention la tete.jpg

Je lève les yeux. Je recherche un arbre ou une branche qui serait genante. Rien. Il n’y a rien de dangereux pour un trailer de ma taille (1m75). Mon regard tourne en direction du chemin qui descend sur la droite. Et là. Là. Je comprends. Un petit tunnel sous une départementale. Tout de suite, j’ai les images de la Barclay dans la tête. Un regard vers l’arrière. Oui, c’est bien un tunnel qui est traversé par un ruisseau. Un ruisseau qui coule. Bordel.

ambiance barclay

En entrant dans le tunnel, j’entends le coureur qui me précède en sortir. « MEEEEEEEERDE ». Ahah. Le con. Il a du foutre ces pieds dans l’eau. Je fais attention. C’est sombre. On ne voit rien. Je ne veux pas trop touché les murs sur les côtés. Je visualise un trou vers le milieu. Je ralentie. J’essaie de regarder. Je ne vois rien. J’avance. PLOUUUUUUF. Un pied dans l’eau jusqu’au mollet. Et MEEEEEEEEERDE ^^. Deuxième pied.. re-plouf… aller.. c’est bon. Ce que je redoutais depuis des semaines. Devoir courir avec les chaussures et les chaussettes trempées. J’y suis. M’y voilà. Je ressors du tunnel. Mes pieds pèsent un bon kilo de plus. C’est pas super agréable. Chaque pas font Glooookche Glooookche. Très sympathique. Bon tant pis. Si je cours ça devrait rapidement sécher. C’est reparti.

Km 38. 

En bas d’une petite montée, je rattrape un coureur avec une casquette salomon blanche. Dès les premiers mètres, je me sens plus rapide. Je le double par la gauche. ERREUR. En passant sur le bord du chemin, je lève une grosse branche de ronces qui vient me cisailler sec l’arrière du pied juste au dessus de la chaussette. Je continue mon dépassement. Nous échangeons quelques mots. Quelques mètres plus haut, je regarde mon pied en courant. Ca commence à saigner. Puis de plus en plus. J’espère que ce n’est pas trop profond. Je passe à autre chose et je continue.

Ame sensible. SCROOOOOOOOOLEZ !

1 ecorchure

Km 39. 

Fin de la montée, j’ai bien mis 30 secondes au coureur que j’ai croisé. Il y a un village sur la gauche, je me focalise dessus. Je prends la petite route qui passe au dessus. Je ne vois pas de balisage. Je cherche autour de moi. Pas de points oranges au sol. Pas de fanion blanc et rouge. Je commence à m’énerver. Je cris « C’est par ou ? C’est par ou bordel ? » espérant avoir une réponse d’un habitant local. Pas de réponse. Il n’y a qu’un chien assis au milieu de la route qui me regarde. Je pense que je le dérange. Je continue encore un peu sur cette route. Je commence à me rendre compte que je me suis perdu.

AVIS AUX ORGANISATEURS : Ok. Je suis pas super lucide sur les courses au bout d’un certain moment ; mais à plusieurs moments de la course, je me suis vraiment demandé si j’étais toujours sur le bon chemin. Globalement, le balisage est bon. Mais à certain moment, il en manque un peu pour ne pas être complètement déstabilisé. Il n’y a rien de plus énervant que de courir en se disant que potentiellement, on va devoir faire demi tour et retrouver son chemin.

 

Je reviens sur mes pas. Je vois un coureur tourner à droite. Et pas gauche… C’est reparti. Je suis un peu frustré. Mais au moins, je ne suis pas perdu.

Un kilomètre plus loin, je revois le coureur à la casquette blanche que j’avais doublé. Il fait demi tour. Il s’est planté lui aussi. Nous traversons un champ ensemble. On parle un peu. C’est super sympa.

Km 40 – 41

Dans une toute petite montée, en courant, j’ai ressenti venir un début de crampe. Une légère décharge électrique dans le mollet gauche. J’ai de trop mauvais souvenirs de l’EcoTrail. Je bois pas mal d’eau. Je vais arrêter d’accélérer. De toute façon, le terrain ne s’y prête pas trop. Le décor est vraiment super. Et traverser des petits ruisseaux, c’est toujours une belle originalité. Je les traverse calmement. Je n’ai plus envie de me tremper les pieds.

ruisseau apres barclays.jpg

ruisseau apres barclays 2.jpg

Sur les trois kilomètres avant le dernier ravitaillement, j’envoie bien. Je suis définitivement tout seul. Plus personne derrière.. plus personne devant.. Je n’ai aucune idée de mon classement. Je suis étrangement seul, c’est tout.

Ravito N°2 : Labatie D’Andaure – Km 44.3 – 04 h 41 min 29 sec – 31ème au général. 

Le ravito tombe bien. Je n’ai plus d’eau, et j’ai peur d’avoir des crampes. Je me fais pointer, je discute un peu avec les bénévoles. Ils m’indiquent que là c’est 500 mètres tranquilles puis 3.7 km de montée dure. Youpi. Trois oranges, un gel Isostar et c’est reparti. En traversant le pont au dessus de Le Doux, je me tourne en direction du ravitaillement. Pas de trailer en vu sous le préau. J’ai fait un bel écart. Je suis content.

ravito 2

Au loin, je vois un trailer assis sur la route. Il se tient les chevilles. En arrivant à sa hauteur, il repart. Il est dans le dur. Il a des crampes. Je le plains. J’espère qu’il va réussir à bien terminer.

Km 45.

Ca monte HARD ! Un tout droit dans la pente. La végétation et le monotrace pas très usé me rappelle énormément Le Cade sur Les Templiers. Cette fois ci, pas de panne, pas de KO. J’ai la pêche. J’envoie comme une brute dans cette montée. Sur un kilomètre, ma montre annonce +170 mètres. tout va bien !

montée le cade .jpg

Sur la photo de mon collègue, il fait gris. Moi, quand je suis passé c’était les derniers rayons de soleil qui n’étaient pas cachés par les nuages. Cela tapait pas mal. C’était vraiment agréable. Un peu plus haut, je repère un trailer en PLS.. plus précisément en position foetus. Il est complétement KO. Je lui demande si ça va, s’il veut que j’alerte les prochains bénévoles croisés. Il me répond d’un voix plutôt en forme : « Ca va Ca va. Je me pose juste quelques minutes ». Je continue. J’espère que pour lui cela va aller.

Km 46. 

La montée continue dans un sous-bois. Il y a beaucoup de feuilles par terre. Il y a pas mal de bogues de châtaigniers aussi. On se croirait en octobre. Le temps se couvre. Le vent s’intensifie. Il commence à bruiner. Des vrais conditions de trail.

Montée hard Sous bois

Km 47.

Je sors du sous-bois. Et la face à moi. Du maquis.. que du maquis.. Le balisage accroché à celui-ci dépasse légèrement. Il n’y a plus vraiment de chemin. c’est à travers le maquis. Tout droit. En montée. Belle originalité. Le vent souffle à fond. C’est assourdissant. Mon coupe vent n’est plus étanche. Je commence à être trempé. Je lève les yeux. Entre deux nuages qui passent par là, je distingue des ruines, sur lesquelles il y a un balisage. D’accord. Ok. C’est là qu’il faut aller.

montée maquis

Les derniers mètres de cette montée sont très difficiles. C’est plus de l’escalade que de la course. Pour la première fois, j’ai besoin de l’aide de mes mains pour grimper. Et quand tu utilises tes mains, il y a que deux possibilités : soit t’es au bout de ta life. Soit c’est que le % est élevé. Là, heureusement pour moi, c’est juste le % qui est élevé.

En haut, je m’arrête 5 secondes, je regarde derrière mois. Un trailer est entrain de se bouffer la montée. Autour de moins un paysage sensationnel. Je respire et je repars. Ca c’est fait. Maintenant, il reste 10 km et presque sans aucune montée. Il va falloir courir. Ca va être de plus en plus compliqué.

reste 10 km

(Désolé pour le doigt. Le reporter trailer devait être fatigué). 

Km 48 – 50. 

Je suis tout seul. Je galère un peu à suivre les points oranges sur la route. Je cours. Je ne fais plus que ça. Je sais que si je veux que ça s’arrête, je ferai mieux de me dépêcher. Les crampes ne sont pas loin. Je sens des petites décharges se déclencher. Ca picote. Je suis alerté.

A un moment, le tracé quitte la route pour couper dans un champ. Je me demande quel est mon classement. Je pense être dans les 70 / 80 premiers. En regardant l’herbe devant moi, je vois que peu de coureurs sont passés. Elle est encore assez droite. Pas de chemin totalement tracé. Je commence à être conscient que je dois être pas trop mal classé.

 

Ravito N°3 : Nozière – Km 51 – Pas de pointage. 

Décidément, je suis complètement largué. Pour moi, c’était fini. Plus de ravitaillement avant la fin. Tant mieux. Un peu d’eau je prends. Et c’est reparti.

Km 52.

Je commence à divaguer un peu. J’ai l’impression de me perdre tout le temps. Je cherche les points oranges et les rubans. Plus que 4 kilomètres. Je tourne en 6 min du kilomètre. Petit calcul.. d’ici 25 minutes. C’est fini.

Je pense à mon papi. Je lui parle à haute voix. Je me sens bien. J’ai l’impression qu’il est là. Je lui parle. Il m’encourage. Je tiens bon. Sans cette discussion, je pense que j’aurai fini tranquillement en marchant.

Km 53.

Le coureur qui avait des crampes à la sortie du deuxième ravitaillement me dépassent comme une fusée. Je lui dis « Second souffle ? ». Il me répond « En descente ça va ». Costaud le mec !

J’entends au loin la sono de l’arrivée. Ca sent la fin. C’est bon ça.

Km 55.

J’ai mal. J’ai un peu ralenti. Je tiens au mental. Les jambes n’y sont plus. Je continue à courir car je sais que c’est bientôt terminé. Un coureur me rattrape dans une petite montée. Il me dit : « Aller. Viens. Accroche toi ! ». Son allure est bien meilleure que la mienne. Je m’accroche 500 mètres. Je le lâche dans un descente. Il envoie dur pour un 56ème kilomètre.

Un peu plus loin, je vois ce même coureur se planter de chemin. Je l’appelle. Il fait demi-tour. Dernière petite descente. On rejoins la route. Un bénévole nous annonce 600 mètres pour finir. Nous traversons le pont en parlant. Il a fait cette course il y a onze ans. Il est un peu déçu de son temps. (LOL).

Nous remontons dans Désaignes. Les passants applaudissent. C’est bon ! Je reconnais au loin la place. Je relance avec mon compagnon de fin de course. Dernier tournant vers la droite. 50 mètres avant l’arrivée j’accélère. Aller. Pim Pam Pouuuuum. Je balance un « tout-petit » 3 6 d’arrivée !

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Distance : 56.9 km

Dénivelé : 2400 m D+

Temps de course : 06 h 14 min 41 sec. 

Allure moyenne : 8.16 km/h.

Classement général : 26ème. 

Classement dans ma catégorie (Senior Homme) : 12ème.

Pas plus de fatigue que ça à l’arrivée. Je fonce vers le PC de course pour demander mon classement. Le temps réel n’est pas encore prêt mais le mec me dit que je dois être 26 / 27 ème. Je n’arrive pas à y croire. C’est incroyable pour moi. J’ai toujours imaginé les gens qui finissent dans les 60 premiers comme des GRANDS TARES. Est-ce que je suis un GRAND TARE ?! Je crois bien.

Je dois attendre mon collégue maintenant. D’après mes calculs, j’ai 2h30 ou 3h à attendre. Je vais m’occuper. Je pars dans l’école. Un bénévole me prête un chargeur. Cela me permet de recharger mon téléphone. Après un peu de partage Facebook, sms, Instagram je commence à avoir ultra faim. Je pars dans le coin repas. Il pleut. J’ai froid ! Sous la tente il fait bon. Je récupère deux patates chaudes et du boeuf à la broche. Je m’installe dans la grande salle.

1 espace repas.jpg

J’aurai bien aimé vous partager la photo de mon repas, mais mon appétit a été plus rapide.

1 repas vite avalé

J’attends au chaud encore une heure. 30 minutes avant l’arrivée probable de mon collègue, je repars vers l’arrivée. Je m’installe, bière à la main et j’applaudis les coureurs qui arrivent. Au bout d’un moment, j’ai froid. Je pars faire la course en sens inverse pour le trouver. Je l’attends en bas de la dernière descente avant l’entrée de Desaignes. Le voilà… Hiiiiiiha ! On finit ensemble. A la cool. Il est bien cassé. Mais il l’a fait. Passage par l’arche. Une petite photo de la feuille de résultat (incroyable… je suis sur la première feuille… c’est dingue !).

1 page de resultat

En repartant, nous croisons Emmanuel Gault et Sylvaine Cussot, respectivement 3ème homme et 2ème femme. Nous les félicitons. Ils nous remercient. Sylvaine nous demande si pour nous cela s’est bien passé. Je réponds  » Je termine 12 minutes derrière toi.. donc pas trop mal 😉 « . J’aurais bien aimé courir avec elle, cela m’aurait beaucoup motivé. A l’EcoTrail, elle était 30 minutes devant. Cette fois 12 minutes. Dans ma tête, lors de la prochaine course, forcément, je vais la croiser.

Maintenant, RDV en juin au Trail du Mont d’Or (@Métabief) – En septembre, la CCC – En octobre, la Diagonale des fous et en décembre pour bien terminer la SaintéLyon. Mais bon, tout ça cela ne sera pas avec mes petites Salomon SpeedCross 4… Elles ont comment dire… pris cher !!

1 chaussure morte

En attendant. C’est recup. Et ça commence par un gros DO MAC !!

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Casquettement Verte, la bise !

 

 

Transférer ses runs de Nike + (NRC) vers STRAVA facilement !

Cela fait maintenant 3 ans que je cours avec l’application NIKE + (NRC). J’ai tout mon historique sur cette application. Plus de 351 sorties.. plus de 5300 km parcourus.. et des heures et des heures de courses enregistrées. Bref, des statistiques en veux-tu en voilà !

Je me sentais complètement captif de cette application. Je ne voyais pas comment en sortir tout en gardant mon historique. Et là, ce matin, je suis tombé sur l’application qui m’a permis de m’évader de cette prison : https://nike.vinz.xyz/

Simple comme bonjour, cette petite application vous permet de transférer très rapidement l’ensemble de vos courses de votre compte Nike + vers votre compte Strava.

ETAPE 1 : Se créer un compte sur STRAVA. (Création du compte ICI).

ETAPE 2 : Se rendre sur l’application en ligne de transfert de courses : Nike.vinz.xyz (Accessible depuis n’importe quel ordinateur).

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ETAPE 3 : Saisissez vos identifiants NIKE +.

ETAPE 4 : Saisissez vos identifiants STRAVA.

(Vos courses apparaissent. Charger toutes vos courses en cliquant sur Load more runs).

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ETAPE 5 : Transférer vos courses en cliquant sur Upload X runs to Strava.

Ayéééééééé ! Toutes vos courses sont transférées.

Je ne connais pas le développeur de cette petite appli’. Mais clairement je le remercie mille fois !

Je ferai sous peu un article sur STRAVA. Le fonctionnement, les plus, les moins… Tout le monde m’en dit le plus grand bien. Casquette Verte va découvrir tout ça !

En attendant, vous pouvez me suivre sur STRAVA >> Casquette Verte sur STRAVA.

Casquettement Verte. La bise !

Récit Marathon de Paris 2017 par Casquette Verte – 03 h 09 min 28 sec.

Brel : « Il faut s’entendre sur le mot réussir. Moi je crois qu’on ne réussit qu’une seul chose. On réussit ses rêves. On a un rêve et on essaie de bâtir. De structurer ce rêve. Alors dans ce sens là, il est exact que j’ai travaillé pour réussir. « 

Ces quelques paroles ont résonné en moi tout le long de ce marathon. Je n’étais pas là pour faire une performance, j’étais là pour continuer à construire mon rêve. Sur le chemin qui doit me mener à la Diagonale des fous, il y avait ce marathon. 03 h 09 min et 28 secondes pour bâtir. Pour continuer à rêver. Pour bâtir mon rêve.

Samedi – 10 h du matin : 

Je commence à avoir mes petites habitudes. C’est dingue comme en 3 ans, je suis devenu un papi du running. Chaussette gauche. Chaussette droite. J’enfourche mon vélib pour rejoindre la porte de Versailles et récupérer mon dossard. 45 min de vélo pour faire tourner les jambes. Pour rentrer dans la course. Pédaler pour mieux courir.

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En arrivant au salon. Je ne ressens plus l’excitation de la première fois. Je n’ai plus l’envie de performer de la seconde. J’ai simplement le sentiment d’être à ma place. Il aura fallu 3 marathons pour me sentir parfaitement dans mon élément. Un runner parmi les runners. Un marathonien parmi les marathoniens.

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Le zig zag qui doit nous permettre d’entrer dans le salon me fait rire cette année. 42 km ne sont pas assez long, il faut transformer les 100 mètres qui nous séparent du hall en 800 mètres (ok. J’exagère). Au bout de ce zig zag, un écran géant sur la gauche montre des images de l’an passé. Une femme au bout d’elle même explique en anglais que c’est le plus beau jour de sa vie. Je me sens éloigné de tout cela. Mon coeur n’est plus perméable aux flots mielleux de sentiments d’accomplissement. C’est triste. Mais c’est comme ça.

Je fournis aux bénévoles (sympa) mon certificat médical et ma convocation. Il se tourne, part chercher mon droit à courir. Fouine. Trouve. Et revenant vers moi me lance un  » Casquette Verte » .. Je me demande pendant un instant s’il m’a reconnu. Je reviens à la raison rapidement en jetant un oeil à l’enveloppe qu’il me tend. J’avais complément oublié que j’avais mis mon pseudo sur le dossard. Mon ego redescend tranquillement.

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Je rentre dans le salon du running. J’ai prévu d’aller essayer des vestes Salomon pour la CCC et la Diagonale. Sur le stand, je rencontre un vendeur cool. Nous parlons Speedcross. Il me donne quelques bons conseils. C’est tout ce que je prendrai.

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Je traverse les autres stands à la recherche des stands de Trails. Ohhhh tiens les Templiers. Déjà fait. AAAAAh la SaintéLyon. Toi aussi. Hihiiiiii, l’Ardéchois Trail. On se voit dans 3 semaines toi ! Au détour d’une allée, je vois au loin ce beau logo bleu et jaune. Ce logo qui siffle à mes oreilles le son du Grand Raid de la Réunion. Je suis attiré. Comme aimanté. Je fonce vers le stand. J’entame la discussion avec les quelques bénévoles présents. Je leur explique mes problématiques logistiques. Ils me donnent des pistes. Je repars. Je pense que je suis amoureux.

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Tout le reste de mon samedi, ce fut Malto et Trail Magazine sur les quais de Seine. Je rentre à 17 h chez moi après m’être fait alpagué par les Marcheurs et la France Insoumise. 20 h, j’entame mon dernier plat de riz de la semaine. Je n’en peux plus. 21 h au dodo. De manière étonnante, pour la première fois, je suis fatigué. J’arrive à m’endormir rapidement. 02 h 42. C’est la troisième fois que je me réveille pour pisser. C’est normal. Alors je le prends avec le sourire. Pas de stress, tout va bien. Je peux continuer à dormir. 04 h 32. Je me réveille en sursaut. J’ai oublié de faire ma traditionnelle photo de mes affaires. C’est pas grave. Je la ferai demain.

06h30 – Jour de marathon. 

Je me réveille. Pour conjurer le sort et ne pas tenter la malchance, je file effectuer mon grigri.

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07 h. Je suis sous la douche. La pression ne monte toujours pas. Je grignote une barre CLIFF. Je me force à la manger. Clairement ces barres sont folles dingo. Mais à sept du mat’, c’est pas du tout mon kiff !

07 h 20. J’enfile mes affaires. Ma casquette est prête. J’accroche mon dossard. Il est de biais. Je détache l’épingle de gauche pour remettre le tout droit. Je regarde dans la glace. C’est maintenant en biais mais de l’autre côté. Je joue à ce petit jeu d’horizontalité pendant bien 10 minutes. Cela me crispe. Je me demande si tous les coureurs ont le même problème ce matin.

07 h 35. Je sors de chez moi. Les rues sont vides. Au loin, quelques coureurs se dépêchent de rejoindre le métro. J’en croise un. Nous nous regardons, les yeux dans les yeux. Il est prêt. Son regard sur moi, me fait dire que je dois avoir l’air trop détendu. Je fais donc semblant d’être concentré. Cela fonctionne.

Je tente par la suite pendant 5 minutes de me concentrer sur la course. J’ai trouvé une nouvelle astuce pas mal. Je ferme les yeux et respire du nez. Toute mon attention se porte alors sur mon entre-narine. L’air froid qui rentre rapidement à chaque inspiration. Puis l’air chaud qui ressort à chaque expiration. Ressentir des va et vient sur cette petite partie de mon corps me fait du bien. Lorsque je commence à me distraire avec les bruits ambiants, je réouvre les yeux. Ca y est. Je suis dans ma course.

07 h 45 – Métro Saint Mandé Tourelle. Ligne 1. 

Sur le quai, quelques coureurs. J’ai un peu froid. Je n’ai ni pull, ni sac poubelle pour me protéger. Je me cache dans un recoin. Le métro entre dans la station. J’avance assurément en jonglant avec ma bouteille d’eau. Les portes s’ouvrent. Une famille sud-africaine est assise, drapeaux et banderoles sur le dos. Ils accompagnent leur père. Nous entamons la conversation. C’est son premier marathon. Il a voulu absolument le faire à Paris et le partager avec sa famille. C’est génial je trouve. Nous parlons du parcours. Je leur dis que le plus dur risque d’être la température. Là, le fils me regarde en souriant. « Tu sais, pour nous, Sud-Africains, ce que tu appelles chaleur aujourd’hui à Paris, c’est limite froid pour nous… ». Nous rions un peu. Je blague en disant que c’est presque un Artic’ marathon pour eux. Nous nous souhaitons bonne chance.

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Plus le métro avance, plus il se remplit de coureurs station après station. J’en repère quelque uns inquiets. D’autres souriants. Et je repère quelques dossards préférentiels. J’ai pris le mauvais défaut de regarder les jambes des dossards préférentiels. La finesse des jambes de ces coureurs m’épate. Moi, plus je cours, plus mes cuisses grossissent. Comment font-ils ?

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Charles de Gaulle étoile. Le métro est plus rempli que quand je vais au boulot. Les quelques voyageurs « normaux » sont un peu déboussolés. C’est drôle. Je serais communicant à la RATP, je tournerais des spots pub les matins de marathon.

08 h 10. Place de l’étoile. 

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La circulation n’est pas fermée. C’est un bordel dingue. Tout le monde va dans tous les sens. Je passe un peu de temps à regarder les gens autour de moi. Beaucoup semblent sous tension. De mon côté, le stress n’est toujours pas monté. J’arrive sur les champs.

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Je commence à avoir très froid. C’est dans ces moments là que j’aimerais avoir des accompagnateurs qui pourraient me prendre mes affaires au moment du départ. Je passe à côté du SAS 04H30. Cela me rappelle des souvenirs. Mon SAS est maintenant 300 mètres plus bas sur les champs. Ca doit être ça, de s’améliorer. 300 mètres sur les champs.

08 H 20. 

J’entre dans mon SAS (03h45). J’ai décidé d’être malin cette année. Je me faufile à l’avant sur le côté gauche. Je sais que les organisateurs vont lancer ce côté avant le côté droit. J’aurai moins à attendre. Petit défaut du côté gauche, les immeubles cachent les rayons du soleil. Je suis à l’ombre. Je me pèle carrément. Heureusement, de la densité des coureurs émane une chaleur. J’en profite.

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08 H 45. 

J’ai fini ma bouteille d’eau. Je me force à prendre ma deuxième barre CLIFF et un premier gel. Le speaker annonce le départ dans 5 minutes. Je ne suis toujours pas stressé. Dans ma tête, je n’ai aucun objectif. Je me dis que je vais envoyé comme à l’entrainement et voir si cela tient.

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08 H 50. Le départ est donné. 

Je pars à mon rythme. A un bon rythme. En 200 mètres, j’ai presque dépassé tous les premiers coureurs de mon SAS. L’avenue des Champs Elysées est drôlement vide devant moi.

En bas des champs, je rattrape un coureur parti en sprint. Il se tourne vers moi et me dit  » Plus que 41 km ». Nous échangeons quelques politesses. Je le sens déjà fatigué. Ca va être difficile pour lui.

Arrivé à la concorde, une dizaine de coureurs me devancent encore. Je pense que j’ai du partir vraiment vite. Ma respiration est calme. Je regarde ma montre. Allure : 04 min 04 sec du km. A l’entrainement, à cette allure, je commence à respirer comme un boeuf. Là, tout va bien.

Je vire à droite sur l’avenue de Rivoli. Au loin, PERSONNE. Un seul coureur 50 mètres devant moi. Je le rattrape rapidement. En passant à sa gauche, je lui lance un  » C’est sympa d’avoir privatiser le marathon pour nous… ». Il ne rit pas. Je le sème. Me voilà donc seul. Complètement seul sur l’avenue de Rivoli. Je ressens ce que les leaders doivent ressentir. Le vide sidéral devant moi m’attire. J’avale le bitume. Je suis bien. Très à l’aise. Au bout d’un moment, vers Châtelet, je trouve que c’est vraiment moins sympa tout seul. Les supporters applaudissent moins. Je me dis qu’à cette vitesse je rattraperai vite le SAS 03 H 30 et que cela redeviendra sympa.

Assez bêtement, je me retourne deux fois sur l’avenue pour voir si je me fais rattraper. Comme si c’était important de rester devant. C’est très con. Il y a 15.000 coureurs qui sont partis avant moi. Toutefois, me retourner m’a permis de voir que j’ai fait un trou conséquent et que personne ne me rattrape. J’ai du partir vraiment fort.

Le bitume me fait mal. Je frappe le sol. Le silence autour de moi, fait résonner le bruit de mes chaussures qui claquent sur l’asphalte. J’aimerais bien voir les Kenyans une fois. Ca doit être un sacré concert de batterie rythmique !

Les pompiers de Saint Paul n’ont pas sorti la grande échelle cette année. C’est dommage. Un peu plus loin sur la droite, je vois des militaires aux aguets en armes. Pour ne rien vous cacher, avant le départ, j’ai crains un attentat sur le marathon. Toute cette foule. Tout ce monde. Je pense que les images de Boston et les événements en France et en Europe ces dernières années m’ont profondément marqués. J’applaudis les militaires.

Bastille en vue, je suis juste derrière les derniers du SAS 03H30. La petite montée vers la place me permet de les rattraper. Je fonce vers les bouteilles d’eau du ravitaillement qui se trouve sur la gauche. J’en prends une et me décale tout de suite à droite de la place. Mon rythme est toujours aussi bon.

Sur le Faubourg Saint Antoine, je commence à entendre des « Oh, les 03h45 sont déjà là ». Je suis assez fier. Je suis le premier de mon SAS. J’ai du mal à y croire. Je m’asperge d’eau la nuque et la face. Je double énormément de monde. Je les largue littéralement. Je cours 75 à 100 % plus vite que les personnes qui m’entourent. C’est assez agréable pour moi, surtout que la route est encore assez large pour ne pas avoir à slalomer.

A la fin du Faubourg, la route tourne sur la droite. Je sais que cela va monter un peu. Vais-je tenir l’allure ? Je vois au loin un jet d’eau qui passe au dessus de la rue. Je commençais à avoir chaud, cela tombe parfaitement. A 15 mètres, le jet s’arrête. Je suis dégouté. J’en rêvais de cette petite douche.

Un peu avant la Caserne de Reuilly, je repère 5 immenses ballons argentés gonflés à l’hélium tenus par une famille. Ils forment ensemble les 5 lettres du prénom MARIE. Elle va kiffer. C’est sur.

Dans la montée, j’enchaine bien. Les coureurs ne marchent pas, mais cela ralentit pas mal. Je commence à devoir zigzaguer. C’est le début de 35 km de slalom entre les coureurs. HiiiiiiiHaaaaa. J’ai l’impression d’être la Tessa Worley du marathon.

Arrivée en haut, je traverse la place à fond. Je sais que cela redescend juste derrière. Personne ne m’encourage par mon Pseudo marqué sur mon dossard, j’entends simplement des « Il y a un 3:45.. » c’est moins sympa. Flattant pour l’ego mais moins sympa.

Dans la descente de l’avenue Daumesnil, sont placés de grands cracheurs de fumée sponsorisés par Asics. Je crois que ce sont des enfants qui pédalent qui les font marcher. C’est innovant. Je traverse la fumée. Elle n’a pas d’odeur.

Porte D’orée. J’ai bien rattrapé les 3H30. Je continue à avoir une allure bien supérieure. Devoir slalomer et faire attention aux autres coureurs commence à me taper sur le système. Je me promets de me mettre dans mon vrai SAS si je reviens sur le marathon de Paris.

Au niveau du ZOO de Vincennes. Je repère les meneurs d’allures du SAS 3H30. Je commence à faire des calculs dans ma tête. Etant donné, qu’ils ont du partir 10 minutes avant moi. Ils font faire 3H30. Alors ça veut dire que je suis entrain de faire du 03H20. C’est dingue. J’ai du mal à y croire. Je ne suis pas fatigué. Ma respiration est tout à fait normal. C’est étrange cette sensation d’aller bien.

A la sortie de Saint Mandé, je sais que mon père doit m’attendre. J’espère qu’il est déjà là. Au loin, je le repère. Je fais des grands signes. Il ne me voit pas. Il doit penser que je vais arriver d’ici 15 minutes. Je siffle. Il me repère. Petite photo. Je lui cris un  » Je crois que je suis premier de mon SAS… ». Il n’a pas entendu. Je continue.

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Nous entrons dans le bois. Dans mon bois. Je connais chaque centimètre de ce poumon parisien. Connaissant bien le lieu, j’accélère.

Devant le château de Vincennes, je vais taper quelques mains d’enfants sur le bord de la route. J’adore ça. C’est tellement génial comme sensation.

Sur la route qui longe le parc floral, j’ai du mal à doubler. Je me retrouve souvent bloqué, pris en sandwich entre plusieurs coureurs. Je suis alors obligé de freiner, de changer de file et de ré-accélérer. Je ne suis pas grognon. Je sais que c’est moi qui ne suit pas à ma place.

Virage sur la droite. Nous longeons maintenant l’hippodrome de Vincennes. Je continue à bien tourner. Mes kilomètres se font entre 04 min 10 et 4 min 30. Je suis assez assidu. Ce sont les petits dénivelés et les routes plus étroites qui me font freiner.

Au niveau du lac de Gravelle, je sens qu’un coureur s’est mis dans ma foulée. C’est une drôle de sensation. Il me tient depuis 3 – 4 minutes. Je ne l’avais pas repéré avant. Je pense qu’il se met en sur-régime. Sur la grande route qui surplombe mon terrain d’entrainement Trail habituel (Sentier Laurent Fignon), je tiens un très bon rythme. Je pense que mon poursuivant a détaché.

KM 18. Le collègue qui m’a mis à la course doit m’attendre à un passage piéton. Je me suis fixé ce moment comme un objectif depuis une grosse demi heure. Il doit me faire le lièvre et m’accompagner quelques temps. Je regarde sur ma gauche. Il n’est pas là. Je pense que j’ai du passé plus tôt que prévu…

Porte de Charenton. La rue qui descend dans le 12eme arrondissement permet à pas mal de coureur de reprendre leur souffle. Je me fais doubler par un coureur pour la première fois du marathon. Ce n’est pas très agréable quand ça fait 20 bornes que vous doublez tout le monde. J’accélère et laisse le doubleur à la Mairie du 12eme.

L’Avenue Daumesnil est longue. Je la connais bien. C’est large, mais pourtant j’ai du mal à me faufiler. J’ai rattrapé le coeur du SAS 3H30. Je prends la piste cyclable qui se trouve sur la gauche de la route. C’est plus simple pour avancer. Je passe le semi marathon. Je viens de le faire en 1 h 30. Joli score. J’ai peur de le payer sur les quais.

Arrivé à la bastille. Clairement c’est la guerre. Beaucoup trop de monde. Impossible d’avancer. Sur la route qui longe le port de l’arsenal, je me retrouve bloqué plusieurs fois. J’opte pour l’option trottoir. Cela fonctionne bien. J’entends un supporter dire « Ah, il y en a qui prennent des raccourcis.. » Ca doit être au moins ça.

Ravitaillement de Sully Morland. J’opte pour la stratégie : 2 bouteilles d’eau et une gros tiers d’orange. L’acidulé de l’orange coule en moi avec bonheur. Je mords dans la pulpe. C’est agréable. Elle me redonne de la force. La première bouteille d’eau me sert à prendre une petite douche. Je suis complètement trempé. C’est génial. Je n’ai jamais pris autant de plaisir sur un marathon.

En arrivant sur les quais de Seine, je fais une « pause pipi ». Désolé Anne Hidalgo. Promis, j’adore ce que vous avez fait des quais. Mais là, j’en pouvais plus. Cette pause de 30 secondes, m’a fait du bien. Le redémarrage est difficile, les jambes commencent à être douloureuse. C’est ça que c’est bon ^^

J’entre dans le tunnel de la Concorde. Il y a peu de lumière. Des coureurs crient, cela résonne. L’ambiance ne résonne plus en moi. Le manque de lumière me met dedans. Je suis dans le soucis. Mes jambes avancent, mais ma tête n’y est plus. Je sors de mon corps pendant deux bonnes minutes. Je pense que je n’étais plus conscient. Juste assez pour doubler les autres coureurs sans prendre de risque. Ce tunnel est long. Trop long. Je vois la lumière au loin. Ca va aller mieux. Je grimpe rapidement la petite montée pour sortir. De la lumière. Des supporters. Je renais !

Sur la droite, juste en dessous du jardin des Tuileries, c’est le retour des ballons MARIE. Coucou toi 🙂

Le soleil commence à taper dure. J’ai sué beaucoup de sel. Ma peau commence à piquer sur mon visage. Une goutte de sueur salée glisse sur mon front et se loge dans mon oeil. Ca pique BORDEL ! J’ai l’impression d’être une huitre dans laquelle on asperge des pincements de citron. Je vous laisse imaginer à quel point c’est agréable.

Nous passons les différents ponts. Cela va mieux. Je commence à croiser des coureurs qui  marchent, des coureurs crampés. Je pris pour que cela ne m’arrive pas. J’ai de mauvais souvenirs de l’EcoTrail. Je bois l’eau qu’il me reste. Avant de passer sous le pont de l’Iéna, je tape des mains sur la gauche. Sans trop m’en rendre compte, je tape de plus en plus fort. J’arrache la main d’un Rugbyman qui n’en est pas à sa première bière. Je n’ai rien senti. Lui non plus.

C’est la cohue au ravitaillement du Trocadéro. Je me fais bousculer par des coureurs pressés. Aller.. c’est pas grave. On n’y pense pas. On continue. J’ai mes deux bouteilles d’eau. Je m’asperge lentement la nuque. Que c’est bon. Il commence à faire particulièrement chaud sur cette partie non abrité du parcours.

J’arrive au Pont de Bir-Hakeim. L’équipe AR locale a pris l’espace. Ils sont au taquet. Un AR Batignoles passe au même moment que moi. Ils l’acclament. Ils sont sympas c’est AR quand même !

Je suis un peu déstabilisé. Les kilomètres ne sont plus au même endroit que la dernière fois. L’an dernier le mur des trente c’était à ce moment là. Non pas que je fatigue.. mais je serai bien content d’arriver vite maintenant. Je continue à un bon rythme.

En bas de la maison de la radio, je croise un camarade d’école. Il a l’air dans le soucis TOTAL ! Je cours beaucoup plus vite que lui. J’aurai bien aimé l’accrocher mais l’écart d’allure est trop grand. Je me sens mal vis à vis de lui. Je lui avais dit que j’y allais molo cette année… que j’allais faire 3h45 tranquillou… et là je le dépasse et le sème en quelques dizaines de secondes. Un peu dur.

Le nouveau tracé de la course dans le 16ième arrondissement est plutôt roulant. Le boulevard Exelmans est sympa à traverser. Il y a beaucoup de supporters sur le bord de la route. Cela change de la montée de Molitor et du tour de Roland Garros complètement vide. Bon, plutôt roulant.. jusqu’au boulevard Suchet. Je ne m’attendais pas à une belle montée à ce moment là. Belle surprise. Les coureurs calent. Moi je file. Je suis vraiment à l’aise. Je regarde ma montre. Il reste 9 km. C’est pas fini ! Je dois tenir.

Gros virage sur la gauche. On rentre dans le bois de Boulogne. Avec l’expérience de mes deux dernières participations, c’est les 4 pires kilomètres du marathon. Cette année, j’ai limite apprécié ce passage. Des supporters sympa, de l’espace pour doubler. C’était parfait. Je commence à faire le point sur mon état physique. La nuque ok. Le dos ok. Les fesses ok. L’arrière de la cuisse gauche commence à être attaqué par les rebonds sur le bitume. Genoux droit pas de problème, genoux gauche « Au rapport chef ». Deuxième petite alerte au niveau de l’avant de mon mollet droit, je mets cette douleur au casier judiciaire de ce satané bitume. Pas d’ampoules. Le souffle ok. On peut continuer.

Virage à droite sur la ligne de droite du bois de boulogne. S’il fallait que je définisse une droite, comme dans mes cours de maths du collège, je montrerai une photo de cette avenue. Heureusement, j’ai rattrapé un groupe de coureurs qui lance son accélération finale. Ils sont dans mon rythme. C’est les premiers que je trouve depuis le début. C’est top. Cela me permet de me reposer un peu. Je n’ai qu’à les suivre. Je prends quelques relais. Nous avançons bien tous les trois !

Denier ravitaillement. AVIS A L’ORGANISATION = C’est une TRES MAUVAISE IDEE de mettre uniquement des gobelets à ce ravitaillement. Il fait super chaud. Tout le monde est à bout. On rêve juste de prendre des petites bouteilles et de pouvoir partir avec. Là avec des gobelets en carton remplis à raz bord, c’est folklorique ! Sur ma première approche je saisis un gobelet. Je cours encore. J’essaie de boire. Tout me tombe sur les chaussures. Pratique… je bois pas par les pieds normalement. Deuxième approche. Je saisis deux gobelets avec la dextérité d’un serveur de pintes. J’arrive à boire la moitié d’un verre. L’autre verre passe dans ma nuque. Je me dis TANT PIS et je repars encore plus vite.

Nouveau parcours cette année, une petite boucle pour passer voir la fondation LVMH. Je vois surtout quelques coureurs décédés sur le bord de la route. Allongés par terre, secourus par la sécurité civile. Courage à eux. Je me demande comment on peut en arriver à ce point là. Je suis un peu à bout, mais franchement ça va encore.

Deux virages sur la droite, et on repart dans le sens inverse. Je passe sur le trottoir. Le monotrace en terre me fait du bien. J’ai l’impression d’être plus sur mon terrain que sur le bitume. Je regarde ma montre. Cela fait moins de 3 h que je cours. Je vois la flamme du kilomètre 40 à 200 mètres. Je fais rapidement le calcul, mais ça devrait dire 3 h 10 à l’arrivée. Je suis très content. Je continue sur mon petit chemin de terre. Mes chaussures trempées récupèrent les poussières. C’est presque du Trail ce marathon :p

Dernier kilomètre. Je ne lance pas tout de suite mon sprint. J’attends de voir la place Dauphine. Bon, je lance pas mon sprint mais je tourne en 4 min du kilomètre. Ca avance bien.

Place Dauphine en vue. J’ai préparé mon coup. Je lance mon sprint. Et comme l’an dernier, je me sépare de la course pour aller voir la foule masser sur la droite à distance des coureurs. Je lance des grands cris. La foule répond. J’adore ça. Mettre l’ambiance sur ce tournant, c’est ma façon de dire merci. Je finis la place en sprint total (j’ai regardé sur ma montre, je monte à 21 km/h ^^).

Dernière ligne droite, le sprint total de la place ma mis dedans. Je tiens bon. J’atteins le tapis vert. Ma casquette verte est bien en place. Je file vers l’arrivée. M’y voilà. M’y voici. Et comme à chaque fois.. 1 … 2 … 3 … VLAAAAAAAN 360 d’arrivée. C’est fait ! J’arrête ma montre.

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Record personnel sur le marathon : 03 h 09 min 28 secondes. 

Allure moyenne : 4 min 27 secondes du kilomètre. 

Vitesse moyenne : 13,5 Km/h. 

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Je n’étais pas venu faire un temps. J’étais venu pour continuer à rêver. Je suis très fier c’est clair. Mais je reste calme. Beaucoup de gros défis sont à venir. (Ok. J’avoue, j’aurais fait 9 minutes de moins, j’aurais officiellement demandé la nationalité Kényane). Maintenant, rendez-vous dans 3 semaines pour l’Ardéchois Trail. Ca va être autre chose ^^.

Merci à l’organisation pour ce super marathon. Merci aux supporters pour l’ambiance toute particulière qu’ils savent mettre et qui fait tellement de bien. Et enfin BRAVO à tous les participants !

« Il faut s’entendre sur le mot réussir. Moi je crois qu’on ne réussit qu’une seul chose. On réussit ses rêves. On a un rêve et on essaie de bâtir. De structurer ce rêve. Alors dans ce sens là, il est exact que j’ai travaillé pour réussir.  » Casquette Brel ! 

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Casquettement Verte. Bise !