Récit Endu’Rance Trail des Corsaires 2020 (98 km – 2100 m D+) – 3ème au Scratch – 08h 51min 58 sec

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Première moitié : Maitrise & Retenue.

« Retiens toi sur le départ.. retiens toi.. Rien ne sert de fanfaronner sur les 10 premiers km.. Si c’est pour se faire rattraper comme un jeune chien fou dès le premier ravitaillement venu ». Il a fallu que je me la rabâche encore et encore cette phrase pour l’appliquer. Me retenir. Mettre la corde en tension. Juste ce qu’il faut. Juste assez pour que la flèche parte au bout moment.

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05h32. Un petit groupe se forme en tête dès le passage dans l’Intra-muros. Je reste dedans. Bien au chaud. Le temps de mettre la machine en route. Le rythme est bon. Je ne prends pas la tête. Je me laisse guider. J’entends certains du groupe dire la traditionnelle phrase « C’est parti fort quand même » alors que nous en sommes à peine au 5ème kilomètre et qu’on n’a pas non plus appuyé comme jamais. Je me retiens de répondre par la négative.

Nous nous perdons. Plusieurs fois. Ça râle. J’en rigole. Les kilomètres passent vite et bien. J’aime cette sensation de fuir le départ. De vouloir s’en échapper. Pour ressentir plus tard l’envie de revenir.

Juste avant le premier ravito, le groupe de tête éclate en grappe de 2 ou 3 coureurs. Je n’ai pas envie de me mettre dans le rouge pour tenir le rythme de l’avant poste. Je contemple de loin deux ou trois Petzl s’échappant. Disparaissant de virages en virages. Je saute le ravitaillement.

C’est en compagnie de Christophe que je gambade. Nous sommes entre la 5 et 7ème position je pense. Le moment est plus difficile pour moi. J’ai toujours du mal entre le km 10 et le 30. Les indices de fatigues futures apparaissent silencieusement. Je tente de les analyser. Je somatise sûrement un peu trop dessus. Il me faut toujours quatre bonnes demi-heures pour être dedans sans soucis, sans prise de tête. Je reste dans les mollets. Je n’ai pas envie de mener le train. Je tente de m’abriter du vent fou.. mais derrière Christophe, c’est mission impossible.

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Km 30. Me voici en rythme de croisière. Reste encore une dizaine de kilomètre avant le ravitaillement des 40. Je suis complètement à l’aise. Je me sens déjà la possibilité d’accélérer. Je ne le fais pas. J’en garde sous le pied. Dans les montées, je piétine derrière mes compagnons. Je déteste cela. Je prends sur moi. « Attends.. attends encore un peu. 60 bornes à fond pour finir, c’est sûrement trop. Idéalement, tu t’échappes au 50ième. Il te restera un gros marathon. C’est déjà plus probable comme projection ».

_IMG0148Ravito du 40ème. Recharge en eau et en eau coupée au miel. Morceau de pain d’épice dans la bouche, quelques raisins secs et ça repart aussi vite. « Vas-tu réussir à piétiner encore 10 Km… où la tentation d’aller chercher devant plus tôt va-t-elle être trop forte ? « .

Seconde moitié : Conquête & Résistance.

Mâcher ce pain d’épice m’aura occupé 200m. Je m’ennuie. Ça y est. Seule la douleur atroce que les plis qui se sont formés sur mes semelles me rappellent que je suis entrain de courir un presque 100 bornes. Les premiers rayons de soleil ont fini de me sécher de cette nuit sous des trombes d’eau (j’aborderai le sujet « touchy » du climat breton dans le prochain chapitre). « Tu es sec. Tu es frais.

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Un compagnon d’aventure vient de te dire.. « Ayé plus que 50 Km ». Laisse toi tenter. Part. « .

J’accélère une première fois sur 2 km. Je fais rapidement un trou sans monter dans les tours. Je passe en stand-by juste le temps de m’alimenter. Une gorgée d’eau. J’accélère à nouveau. Et cette fois-ci c’est pour de bon. On va tenter un negative spleen des familles sur 50 bornes.

Je mets une dizaine de kilomètres à reprendre le troisième. Nous sommes dans une belle montée. Je passe comme sur le plat. Je suis très à l’aise. Il me dit que « ça commence à être dur ». Je lui fais une petite tape dans le dos en signe d’encouragement et je m’échappe. J’en remets un petit coup. Plus froidement. Je ne veux pas avoir la sensation de courir avec quelqu’un à 700 mètres dans le dos.

Dans un village, je me paume complètement. Après avoir visité l’église, le cimetière, la Mairie et la poste je reviens dans le droit chemin. Je le sais. Je viens de repasser 4ème. Je m’en fiche un peu à vrai dire. Mais je m’engueule de n’avoir pas été plus attentif.

Je retrouve mon compagnon un peu plus loin. Il s’agit de le remettre loin derrière à nouveau. Grosse accélération. 4:20 au kil pendant 3 bornes roulantes. À ce moment avancé de la course, cela devrait suffire pour refaire un écart et se retrouver seul.

Ayé. Je suis seul. C’est ce moment que j’aime dans les courses. Il me reste 30 Km. Je ne rattraperai plus personnes. Je le sais. Et si je ne faiblis pas, il sera impossible de me reprendre. Je profite enfin de mon ultra. Je cours au feeling. Ma montre vibre, je ne la regarde pas. Je peux lever le museau pour observer le paysage, écouter les goélands, voir ce gros lapin s’échapper. Je profite. On se croirait à l’entraînement. Sans pression.

Dernier ravitaillement avant l’arrivée. Je me gave de saucisson et de gruyère. Les seuls tristes Tuc que j’ai pris jusque là, n’ont que réveillé ma soif de salé. Je rigole avec les bénévoles. Et je repars.

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Les 20 derniers Km passent comme un bonbon sucré à l’âge où le 4h est le plus doux des repas. Du monotrace côtiers en veux-tu en voilà. Des passages dans la rivière fraîche pour vivifier les muscles. Et quelques longs passages roulants pour travailler le mental.

Je vous ai déjà dit que ça fait 50 bornes que j’hurle intérieurement à cause de mes semelles ? Oui ? Et Bien je vous le redis. Car BORDEL.. ça faisait longtemps que je n’avais pas dû combattre une telle douleur d’inconfort.

Le panneau St Malo est là. Il doit rester 4 ou 5 Km maintenant. Je repasse sur les sentiers et sur les quais empruntés 7 h plus tôt dans la nuit. Il fait soleil maintenant (entre 2 averses de grêles). Le vent n’a pas disparu. Mais cela ne me dérange pas.

Remontée sur les remparts de l’Intra-muros. C’est la fin. Je le sais. Je sers frénétiquement le poing. Je fête ce podium en discrétion. Avant que la ligne soit franchie. Je préfère savourer cette 3ème place seul. Maintenant. En pensant à mes proches, à ceux qui me manquent. Sur la ligne d’arrivée, cela sera déjà trop tard. C’est pendant qu’il faut profiter.

Moment de jouissance personnelle effectué. Je savoure maintenant les félicitations des passants et des supporters. Je partage avec eux l’énergie qu’il me reste en cette fin de course. Ça tape quelques mains. Derniers mètres. Petit 360°. Ayé. C’est fait. Le pari de partir au Km 44 a payé. J’ai pu répondre à cette question que j’ai tant pu me poser lors de la seconde moitié course. Est-ce que je ne suis pas parti trop tôt ? Est-ce que je n’ai pas été trop gourmand ? À priori. Non. Et en plus, j’ai pu profiter. Une belle prise d’expérience pour d’autres courses à venir.

 

Point météo. 

Il nez jamais facile de rapporter les conditions météo extrêmes que l’on peut subir durant une course. Cela donne toujours l’impression de trop en faire. De n’avoir que peu les bons mots pour décrire ce difficile moment. Nez-t-il pas vrai ? « Bah.. il a plu fort.. il a vent fort aussi ». Ne souhaitant me réduire à cela.. J’ai décidé de vous conter cette matinée légendaire dans la tempête bretonne par les vers de mon tendre Cyrano. Contant sa légende, que je parodie ainsi…

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 » Eh bien donc.

Vers 6h,

J’allais à la rencontre de ce climat breton.

La lune dans le ciel se voyait cachée par de sombres et orageux nuages.

Le vent soufflait plus fort que le temps ne passe sur une montre.

Quand. Soudain.

Je ne sais que de violentes trombes glacées,

C’étaient mis à passer un coton nuagé sur la Bonatti grise de ce coureur citadin.

Il se fit une nuit,

La plus humide du monde.

Et les sentiers n’étant pas du tout illuminés.

Mordious !

On n’y voyait pas plus loin…

<Que son nez.>

Je…

Je disais donc…

Mordious ! …

Que l’on n’y voyait, rien.

Et je courrais.

Songeant que pour un gueux fort mince

J’allais mécontenter quelque orage, quelque tempête,

Qui m’auraient sûrement…

<Dans le nez…>

Une dent !

Qui m’aurait une dent…

et qu’en somme, imprudent,

J’allais me fourré…

<Le nez…>

Le doigt !

Dans cet enfer descendant du ciel,

car cette tempête pouvait être de force

À me faire donner…

<Sur le nez…>

Sur les doigts !

Mais j’ajoutai :

Cours, mon garçon, fais ce que dois !

J’avance.

Et tout à coup me retrouve

<Nez à nez…>

Face à face !

Avec milles parpaings d’eau qui sentaient

<À plein nez>

L’humidité et le froid.

Je relance.

Front baissé.

<Nez au vent>

Et je passe.

J’estomaque cette rafale !

J’en empale une autre. Toute vive !

À découvert, celle-ci m’ajuste : Paf !

Et je riposte…

<Pif !>

TONNERRE ! Sortez-tous ! « .

Sortez !

Laissez moi seul avec cette tempête qui ne me fait que trop violence.

Je me retrouve en tête à tête avec celle-ci.

Je sais quoi lui dire. Je sais ce que je lui dois.

Embrasse moi. Lui dis-je.

Embrasse moi.

Sans toi, je n’aurai pas de souvenirs si violents. Humides. Cruels. Mais forts. De ceux que l’on garde. Précieusement. En soit. Pour soit. Pour quelques an-nez !

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Satisfactions – Réglages & ajustements.

Le titre de ce chapitre fait peur. Mais promis.. ce n’est pas si chiant que ça 😉

À chaque course, c’est un peu plus d’expérience qui s’acquiert. Je commence à récolter les fruits de beaucoup d’erreurs effectuées par le passé. Beaucoup de choses se passent bien mieux qu’avant. J’applique des recettes que je me suis concocté. Certaines sont rodées. De la cuisson au dressage. D’autres sont en test. Mais je ne cesse de découvrir de nouvelles problématiques à régler. De petites choses à améliorer par ci par là. Tel un artiste qui a du mal à mettre le dernier coup de pinceau, je trouve encore à refaire, à redire, à améliorer.. Dans cette immense toile que la pratique de l’Ultra me fait dessiner.

Les satisfactions de mon Endu’Rance Trail des Corsaires :

La gestion de course : OK. Content d’avoir enfin pu réussir une course en negative spleen de manière volontaire.

La gestion de l’alimentation & hydratation : OK. On est sur quelque chose de mieux en mieux maitrisée. Je me suis même surpris à bien gérer le manque de salé sur les ravitaillements.

Partir avec l’essentiel : OK. Quand tu rentres, et que tu as plus que deux gels et une patte de fruit, c’est que tu as pris juste ce qu’il faut.

La capacité à courir presque sans arrêt : OK. J’ai été étonné. Rares ont été les moments où j’ai du me résoudre à m’auto-motiver pour avancer ou relancer. Cela fonctionnait presque tout seul. Régler comme du papier à musique. Ce n’est pas souvent le cas. Faut savoir en profiter lorsque cela arrive.

Ne pas se prendre la tête.. s’énerver.. Ou se mettre en mode compétition : Ok. C’est peut être ce dont je suis au fond le plus fier. Réussir à rester moi même. Riant de l’adversité. Pouffant d’une erreur de parcours. Élevant la fausse modestie à un rang encore inégalé. Bref. Restant moi même. Arrogant, mais brillant. Vaniteux, mais sincère.

Trêve de satisfactions. Place aux améliorations et points d’attention pour la suite.

Au premier lieu desquels :

ENTRETENIR SES AFFAIRES. Je vous explique. Nous sommes jeudi soir. Je commence à comprendre que les deux semaines de pluies qui viennent de passer vont solutionner rapidement la problématique du choix des chaussures.

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Moi qui voulait partir en Sense Ride. Me voilà, recherchant mes Speedcross 5. Où sont-elles bordel ? Tu ne les as pas utilisé depuis quand ?.. Ne te pose pas ces questions rhétoriques.. tu le sais bien. Ça fait 3 mois que tu repousses dans ton agenda cette alerte « Nettoyer SpeedCross » de Dimanche en Dimanche  depuis la SaintéLyon. Fallait bien qu’à un moment ta flemme prenne vie, et Quelle te mette un gentil, mais sec, coup de bambou derrière la nuque.

Ah. Bah. Finalement ça va. Elles ne sont pas si crados. Un peu figées. Mais ça va. Glissant ta main dedans : Là.. on va avoir un soucis en revanche. Soudain, reviens à toi ce souvenir. Les longues descentes roulantes de la SaintéLyon sous la pluie. Ces semelles qui glissent sous ton pied inexorablement. La douleur que tu as contenue sur le moment, et les ampoules que tu t’es tapé par la suite. Tu te souviens maintenant. IDIOT VA.

Trop tard pour acheter de nouvelles semelles de confort. Je passe au système D. Les 2 semelles passent la nuit écrasées sous un morceau de bois de 60 kg. J’enchaîne la journée de voyage avec celles-ci aux pieds. Ça devrait le faire me dis-je. Je ne m’inquiète même plus le matin du grand départ. J’aurai du !

Km 10. Depuis 2 ou 3 descentes, j’ai ressenti un pli se former sous l’attaque avant pied. Vraiment à l’endroit où peu importe ta façon de courir.. un pli de prés d’un cm sur toute la largueur va te faire souffrir. Et il va te faire souffrir 3 fois. Quand ton pied va se poser. Normal. Quand ton pied va quitter le sol. Normal aussi. Mais surtout quand ton pied est en l’air, et que tu sais que dans un instant, tu vas douiller deux nouvelles fois… pendant 80 bornes.. en boucle. Tu auras beau tenter de la remettre, rien n’y fera. Ta flemme.. tu la sens ta flemme j’espère ?

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Bref. En rentrant à Paris.. je fais pas le con cette fois ! Je mets une tâche dans mon agenda « Nettoyer speedcross ».

Second point. Moins critique car plus humain.

RESTER CONCENTRÉ même quand on prend du plaisir. Globalement, je suis plutôt content de moi là dessus. Pas de chute. Presque pas de mauvais appuis vrillant la cheville. C’est plutôt « en bonne voie » comme dirait mon professeur principal en 5ème 4. Mais, étant donné le nombre de fois où je me suis encore perdu. Où revenant sur mes pas, l’énorme flèche jaune fluo peinte au sol me faisait comprendre qu’un rendez-vous chez l’opticien ne serait pas malvenu.. je me dis qu’il faut vraiment que je m’efforce à rester concentré.

Oui. J’ai le droit de divaguer quelque peu comme samedi. Oui. Chanter « Voiles sur les filles.. Et barques sur le Nil.. Je suis dans ta vie.. Je suis dans tes bras » (veuillez noter que mon inconscient à rattacher St Malo et ses bateaux au phare D’Alexandri de Cloclo.. le cerveau est bien fait quand même !). Je reprends. Oui. Chanter les sirènes du port d’Alexandri n’est pas un crime. Mais. Soit raisonnable. Tu as fait des efforts. Je le sais. Mais encore un peu plus de rigueur. Et tu verras. Tout va mieux se passer. Oui. Après. On boira des coups. On ira faire la fête dans des pubs du nord de Londres. Mais là. Sérieux. C’est une course tout de même. (Le moi qui lit cette dernière phrase  avec deux jours de recul sur l’écriture s’empresse de mettre une énorme Trikha au moi qui vient de l’écrire.. je vous rassure).

 

Parcours – Ambiance et organisation.

Il est venu le temps douloureux pour vous. Lectrices – Lecteurs. De subir le lamentable instant « Le paysage bla-bla.. les ravitos bla-bla.. Merci aux bénévoles.. Coeur coeur sur l’orga’. Amour et nougatine. »

Pour le rendre plus digeste. Je vous propose de commencer par ce qui ne va pas. Mouahahahahahh.

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Pour moi. Mais peut être que je me trompe. Et il faudra alors excuser le parisien déconnecté des réalités que je suis. Pour moi.. qui dit Bretagne dit.. beurre salé.. dit iode.. dit sel de guérande.

Bref.. vous m’avez sûrement vu venir..  Pourquoi attendre le Km 60 pour mettre du vrai salé (fromage/saucisson) sur les ravitaillements ?

Car non. Une cagette de Tuc. Même un 33 tonnes de Tuc tant qu’on y est, n’est pas Mon-sieur suffisant à ma soif de sel en Ultra.

Profitons en pour parler des Tuc plus généralement.. Oui. Parlons « Tuc ».

(C’est à cet instant que je dois vous avouer que ma colère n’est pas dirigé vers l’organisation.. mais vers les Tuc. J’ai jusqu’à aujourd’hui retenu ce dédain totalitaire qui règne depuis longtemps en moi. JE HAIS LES TUCS. C’est dit. Et JE HAIS LES CINTRES. Mais ça c’est une autre histoire.. bref.. revenons là où nous en étions..)

Parlons « Tuc ». C’est drôle. Quand tu commences à faire du trail. Tu te dis « Tiens. Mais ils se nourrissent vraiment de ça les coureurs ? »

Personnellement, la dernière fois que j’en ai eu c’était lors de cette réunion parent-prof.. Quand mon étonnant, mais non-moins sympathique professeur d’Histoire-Géo tentait d’amadouer la vindique parentale en posant sur la table de discussion quelques Tuc servis dans la fameuse assiette en plastique avec les petits picots anti-dérapant au fond.. vous avez bien l’image en tête. Et bien, voilà messieurs, pourquoi il faut en cesser avec les Tucs. Ils doivent rester sur cette table de collège, et ne pas se mettre à celle d’un ultra ! On a coupé la tête de nos rois (et d’autres d’ailleurs).. On peut bien mettre fin à cette suprématie apéritive, plus proche de la blague de mauvais goût que d’un apport sérieux en sel nécessaire sur un Ultra !

J’en étais où ?  (me disant qu’il faut revenir au sujet de base.. car je risque de vous perdre là.). Alors.. ce ravito’. Oui. Ça manquait de salé. Mais franchement, on s’en fout pas un peu ? Et puis surtout, quand tu en es réduit à critiquer le manque d’un aliment.. Cela fait preuve d’une seule chose.. 1 – Tu es un vieux con. (Bon.. de deux seules choses) 2 – C’est que franchement, tout le reste devait être aux petits oignons pour que tu n’arrives à retenir que cela 😉

Deuxième chose qui ne va pas. Et en plus court cette fois. « Baliseurs.. ôh sombres héros de ma jeunesse… ». Je vous aime. Car j’aime vous détester.

J’aime quand dans un élan créatif encore trop incompris vous décidez de vous éloigner de l’article 1er du bon baliseur :

« À chaque virage, tu l’annonceras en amont / Tu indiqueras le sens à prendre dans celui-ci / Puis (très important et c’est souvent ce qui pèche) tu placeras un rappel visible en sortie de virage pour notifier au coureur que son choix est le bon. »

Bref. Encore une Course où j’ai entendu trop de coureurs prononcer le fatal « Il est léger de chez léger le balisage ». Ma position est la suivante.. certes c’est plus simple quand le balisage est dense, ainsi que positionné par des coureurs plus qu’habitués des ultras. Mais est-ce que c’est vraiment mieux ? Est-ce que ça n’a pas plus de saveurs quand c’est un peu plus compliqué. Quand pour arriver à bons ports, il faut inévitablement se perdre un peu. Et puis franchement. Le plus souvent. C’est tellement de notre faute. De notre déconcentration que vient les erreurs de navigation. Certes. Il y a les actes malveillants (et je crois en avoir repéré quelques uns lors de la course). Certes. Parfois une balise pourrait être un peu mieux placée. Mais si vraiment c’est trop compliqué pour toi, met toi au ping pong. Les lignes blanches sont bien voyantes. Et la balle ressort bien dessus. Tu peux même en prendre des jaunes si ça te chante (Mouahahhahah).

Et voilà le moment qu’on attends tous : Les paysages sont franchement supers ! Du côtiers.. de la campagne.. du sous-bois forestiers.. des petits villages charmants.. des passages au sein de gros œuvres en termes d’infrastructures.. Du bord de départemental.. des passages submergés dans l’eau.. des traversées de barrages.. des balades le long de quais plaisanciers.. bref.. franchement il y en a pour tous les goûts.. et surtout on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Et ça je trouve ça top en Ultra. Moi qui suit habitué à beaucoup de monotonie (Montmartre.. triple paname.. etc..).. c’était un vrai régale.

Niveau sol et revêtement.. c’est incroyablement roulant. Il y a les traditionnels et inévitables « roulants bitumes » et les « roulants sentiers blancs ». Mais j’ai découvert pour la première fois en course les « roulants côtiers ». Alors comment je définis cela : Le roulant côtier. Se sont tous ses monotraces ou légèrement plus larges, qui naviguent, slaloment gentiment, grimpent un peu, mais pas trop. Descendent un peu, mais pas trop non plus. Bref, un bonheur pour y courir à l’entraînement selon moi. Un peu plus dur à faire sur un 98 bornes chronomètré.

L’exigence du parcours se résume vraiment dans le fait que tout est courable. Les aspérités « un peu casse-pattes » du parcours ne le sont pas assez pour inhiber la capacité à courir. Les relances peuvent se faire sans que 4 mètres plus loin un virage ou un obstacle rende la chose difficile. Bref. Un vrai parcours trail breton si j’ai bien compris. À découvrir.

Et enfin. Par ce que sinon je ne serai pas complet. J’ai découvert un nouveau style de bénévole. Un de plus. Le bénévole breton. J’avais dans ma collection le bénévole savoyard, le Jurassien, le retraité Parisien, le banlieusard, le sud-africain, le corse, le lyonnais ou le stéphanois.. en voici un de plus que j’ajoute à mon mur des gens qu’on aime, qu’on remercie et qu’on souhaite avec vigueur revoir l’année prochaine. Ce l’année prochaine, me permet de rebondir sur la question fatale du « Envie de revenir ? ». Généralement, c’est la question qui fait foi. Et bien. Outre le fait que je trouve très pratique de n’avoir que 2 h de train from Paris et pas de voiture nécessaire sur place.. J’ai passé un super moment. J’ai donc déjà très envie de revenir.

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Ps : Chapeau (casquette) à l’organisation. Car même si mon irrévérence audacieuse est plus présente dans mon récit que mon sincère respect. Je n’ose imaginer le taff qu’il y a derrière pour organiser ce type de course, et qui plus est dans les conditions climatiques qui n’ont pas dû aider. Clap clap pleins de respect et de félicitations à vous.

Récit Lyon SaintéLyon 2019 (152 km – 4542 m D+) – Victoire – 16:44:18 (Retour : 07:27:35).

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1/6 – Une course tout en gestion à l’aller.

La Lyon SaintéLyon, avant d’être un Ultra de 152 Km, c’est surtout un format étonnant, original et intéressant. Il s’agit fondamentalement de parfaitement se connaître sur ce style d’épreuve. Un aller (en maximum 13 h) qui n’est pas pris en compte dans le classement final. Une pause à St Etienne plus ou moins longue selon le temps mis à l’aller. Et un retour le plus rapide possible qui sera le seul juge de paix pour le classement.

Lorsque l’on assimile cette règle, la stratégie est évidente : Faire l’aller assez vite pour se reposer à St Etienne, mais également assez doucement pour en garder sous le pied afin d’assurer sur le retour.

Le fait d’être en petit comité (350 au départ, donc rapidement par petit groupe de 2 – 3 sur le parcours) aide à ne pas s’enflammer. J’ai ainsi fait l’aller avec Olivier et celui qui selon moi avait ses chances de remporter la course : Seb’ Dos Santos. Je crois que nous avons fait les 76 bornes à moins de 1m50 l’un de l’autre. Je l’entends encore me dire « On devrait marcher là.. » – « On est trop rapide.. » – « Ça monte, on s’arrête. » – « Faut pas faire grimper le cardio ». Il avait raison. (Merci de m’avoir retenu). C’était la meilleure stratégie pour arriver frais à St Etienne en prévision du retour.

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9h15 pour faire l’aller. Nous avons été très raisonnable, ce qui pour ceux qui me connaissent n’est pas ma qualité première. 9h15 qui m’ont permis de mettre un visage sur cette SaintéLyon que je ne connaissais que de nuit. Et un très beau visage. Avec des reliefs, des habitations charmantes et des agricultures de tous types. Certes, il a fallu courir avec les yeux dans le dos (le parcours n’étant balisé que pour le retour). Certes, ainsi nous nous sommes perdus 6 ou 7 fois (pour changer). Mais tout était appréciable dans cet aller.

Autre aspect intéressant de l’aller : Prendre (avoir) le temps de chercher les meilleurs appuis pour économiser les chocs pris en courant. Atténuer au maximum la pression qui remonte dans tout le corps. Et en faisant cela, repérer quelques passages plus techniques, oú l’on sait que dans quelques heures, sur le retour, il va falloir aller chercher de la vitesse et de la précaution.

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En d’autres termes, et plus simplement. Cet aller fut pour moi une vrai découverte. Celle d’un territoire. D’une autre manière de courir. Je ne dirai pas que c’est ce que je préfère maintenant et que je ne ferai que ce type de format. Mais cela a clairement eu le mérite immense de n’être que délicieusement agréable.

 

2/6 – Une pause à occuper.

Me voilà donc à Saint Etienne. Il est 18h45. J’ai les jambes fraîches comme un gardon (bien qu’il soit plutôt nageoire celui là).

J’apprécie les regards étonnés, et les encouragements des quelques coureurs de la SaintéLyon classique qui attendent dans le Hall. Je tente de ne pas trop me disperser. Mais c’est difficile de ne pas porter sur soit la marque de celui qui a déjà couru.

J’ai 4h45 devant moi pour me reposer. Je n’en ressens nullement le besoin. Je serai bien reparti directement. Mais maintenant qu’on a bien géré l’aller, on va continuer à être sérieux pour cette pause. Ca fait aussi parti de la difficulté de ce format nouveau pour moi.

Je file à la douche. Je m’y oblige. J’en ai envie comme on a envie d’enlever un sparadrap pris dans quelques poils. Et le fait que l’eau soit froide n’arrange rien.

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J’ai vu que les coureurs précédemment arrivés vont tous chez les osthéo’. Et mesdames, messieurs.. c’est une grande première > Je me dis « Aller.. Pour une fois.. Soit pas idiot.. il faut tout essayer au moins une fois ». Je me retrouve donc allongé, à me faire masser les mollets et les cuisses par deux jeunes ostéopathes très sympathiques. Je ne sais pas du tout si cela a été utile. En tout cas, c’était agréable, et nous avons pu nous marrer entre coureurs de la LSTL. (Ps : La photo est clairement sur-jouée).

Je file au diner. Riz – Pâtes – Poulet. On est sur une base parfaite, peut-être un peu trop en quantité. Manger chaud pendant une course, encore une nouveauté. C’est agréable. J’ai cru comprendre que des coureurs arrivés plus tard n’ont rien eu :s J’en aurai moins pris si j’avais su. Mais dans ces moments là, franchement, on n’y pense pas. 

J’enfile mes affaires pour le retour. Et je me couche. Je n’ai pas été prévoyant. Je suis à même le sol. J’ai froid. Je tremble. Je n’arrive pas éviter cela. Ce n’est pas un bon moment. Je n’arrive pas à dormir pendant 2h. J’ai fermé les yeux, c’est déjà cela.

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Je me réveille 1h30 avant le départ. Les jambes semblent OK. Moins bien qu’en arrivant à St Etienne, mais cela n’est pas atrocement douloureux. Un simple rappel qu’on a trottiné depuis Lyon pendant toute la journée. C’était vraiment mon gros point de doute avant la course. Comment mon corps va réagir à une grande pause comme cela avant de repartir ?

Je me re-active. Je vais voir des collègues à l’extérieur. Je discute. Réponds à quelques sollicitations de la presse. Bref, je m’occupe. Je sais que dans quelques minutes, la course commence vraiment. Ça ne sera plus du tout la partie franche de plaisir qu’a été l’aller. Enfin, ça sera un autre plaisir. Celui qu’on trouve dans l’intensité, la difficulté et l’ambiance enivrante d’une course aux avants-postes.

Il pleut dehors. Le terrain va être très différent. Quels vont être les sensations ? Est-ce que cela va tenir ? En tout cas, j’aurai tout fait pour.

 

3/6 – Un retour de feu. 

Départ depuis le SAS élite. Ça va m’aider à prendre un peu d’allure. Je n’ai aucun stress. L’aller c’est bien passé. Le retour va être très différent, je le sais. Et il pleut depuis un moment maintenant. Mes speedcross 5 que j’ai regretté à l’aller, vont m’être plus qu’utile sur le retour.

Musique de la SaintéLyon lancée. Petit tapage dans les mains de Seb pour nous souhaiter bonne course. Et BIM ! C’est parti. Je décolle facilement. Les premiers Km s’avalent entre 3:45 et 4:10 au kil’. J’ai la sensation d’avoir déjà couru aujourd’hui, mais ce n’est pas non plus dérangeant. Je tente de ne pas me mettre dans le rouge, car j’ai peur que l’aller me revienne d’un coup dans les jambes.

Au KM 4. Je me sais seul en tête. Je n’ai pas vu de Dossard jaune devant moi. Lorsque d’un coup, une fusée au Dossard jaune me dépasse. Il me dit sur le ton de l’humour « Tu n’as pas pris assez d’avance… ». Cela me titille l’orgueil. C’est rare. Je ne suis pas de ce genre.

Je recolle aussi sec. Se lance maintenant une trentaine de Km aux côtés de Christophe Le Saux. Clairement, il est plus fort. Sur le plat, j’arrive facilement à tenir son rythme, j’y respire. Dans les descentes, je suis obligé d’allonger un peu la foulée pour rester à proximité. Et dans les montées, il me met clairement dans le rouge.

Plusieurs fois pendant ces trente Km partagés ensemble, je me suis dit : « C’est bon. Lâche l’affaire. Tu vas te cramer. La fin de course va devenir un enfer Si tu continues à ce rythme ». Mais à chaque fois, une petite voix me rappelle que si je lui laisse 10 – 15 mètres, je n’allais plus jamais le revoir. C’est donc en déployant de gros efforts, que j’ai tenu derrière Christophe. J’étais tout simplement incapable de passer devant.

Cela m’a permis d’observer sa foulée. Et croyez moi, elle est assez particulière. Le plus surprenant étant sûrement ses appuis dans les montées, qui lui permettaient de remettre du rythme à mi-pente. Pas en mode verrin comme j’ai tendance à le faire de mon côté. Plutôt une alliance entre des appuis avant – medio et arrière pieds en modulant l’angle selon les rebords du chemin. Bref. Une vrai leçon de trail.

Après une trentaine de Km. Je me sens beaucoup plus à l’aise pour le suivre. Je ne me vois pas encore prendre le lead et tenter de partir au loin. Mais à un instant, alors que j’étais repassé devant. Je ne sens plus sa présence derrière moi. Je crois qu’il s’est arrêté. Je m’interroge. Dois-je l’attendre ? Ça serait sûrement plus stratégique pour nous deux d’avancer ensemble. Je fais un point sur les sensations. Tout est en train de passer au vert. Je prends la décision d’y aller. Et de voir ce qu’il se passe.

Plus les km dans la boue, sous la pluie passent et plus je me demande quand cela va revenir derrière. Je fais le constat qu’il me reste 35 Km et que je suis plutôt très frais. Les jambes tournent facilement. Je suis dans l’orange. Je ne rentre jamais dans le rouge. J’ai la sensation incroyable d’être facile. Je ne sais pas si cela va durer longtemps. Je m’alimente avant d’avoir faim. Je bois avant d’avoir soif. Bref. Tout roule. Ok le terrain est vraiment compliqué avec la quantité de boue qu’il y a maintenant, mais cela ne me dérange pas plus que cela. Seul, la visibilité qui se réduit à 1 ou 2 mètres parfois me fait ralentir.

J’arrive à Soucieu-En-Jarez. Je le sais. À partir de maintenant, j’ai une carte à jouer. J’ai toujours découper la STL en 2. Une première partie avant ce ravito du Km 53. Et une seconde de 26 Km que je sais pouvoir sprinter tout du long. J’entre dans le ravitaillement comme on entre dans un métro avant de se rendre compte que c’est le mauvais. J’en ressors aussi sec. Et me voilà parti sur un sprint de 26 Km. Si je n’ai pas été rattrapé jusqu’à présent, me dis-je.. Je sais bien que ça va être beaucoup plus compliqué de me rattraper par la suite.

Je commence à y croire à 10 – 15 km de l’arrivée. Je tente de faire fuir ce potentiel succès. S’il ne se réalise pas, j’aurais tant de regrets de m’y être vu complaisant trop tôt. Je connais bien cette fin de course. J’ai la topographie et les distances en tête. Je double encore quelques élites de la SaintéLyon. Je suis un peu gêné de le faire. Mais pas le temps de m’en vouloir.

Parc des arcrobranches passé. Je trouve le temps de me tromper de rue et de me perdre. Demi-tour. Pourvu que personne ne m’ai dépassé. Je n’ai aucune notion des écarts. Il y a-t-il quelqu’un à 2 min.. Ou à 45 min.. je ne le sais pas. Descente des escaliers. Il s’agit d’y croire maintenant. Passage sous le pont. Remontée. J’y crois.

Je suis en train de remporter mon premier format long. Les émotions montent. Je sers le poing droit de bonheur. Je pense à ma copine. À mes parents. À ma soeur. À mon grand père. À Marc. Je cavale tout en profitant de ce moment. J’ai beau me dire de profiter. Que cela risque de ne plus jamais m’arriver. Je continue à sprinter. Comme une envie de finir en beauté une course que je pense avoir idéalement géré. Je vois la Halle. C’est fini. Profite garçon. Profite. Feux d’artifice. Un bandeau à soulever. C’est fait. Je l’ai fait. C’est dingue. J’ai beau relativiser. Ce n’est que de la course à pied. Mais à ce moment là très précis. Vous m’en excuserez. J’ai exulté.

SaintéLyon 2019. Lyon dimanche 1er décembre 2019

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SaintéLyon 2019. Lyon dimanche 1er décembre 2019

 

4/6 – D’orgueil et d’envie.

Je cours à l’envie. Difficile de faire autrement quand on court presque tous les jours. Cela n’est pas la première fois que je le dis : Passant tellement de temps à l’entraînement, si ce n’était pas avec envie, le temps serait long. Si je devais suivre des plans, des préparations spécifiques, des méthodologies, des process.. je me lasserais vite et j’arrêterais.

Certes, j’ai beau avoir la même envie, la meme naïveté que lorsque j’ai commencé. La course en compétition garde un goût tout particulier. Comme un DST de Chimie un samedi matin au lycée alors qu’on se sait avoir le mieux possible révisé. Le plaisir pris à s’exercer à la maison auparavant n’est pas tout à fait le même que celui que procure la mise à plat de l’examen. Il convient ainsi assez simplement de comprendre qu’un échec en compet’ par le passé peut être une source d’envie pour le futur. Mais je tente de toujours rester sur une envie positive. Je ne veux que regret soit moteur.

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Il y a eu le semi-échec sur l’Ultra Maxi Race, l’abandon sur blessure pendant la Restonica, la fracture sur l’UTMB. J’ai bien vécu ses petites épreuves de la vie d’un coureur. Seule, la fracture.. les doutes sur les capacités à recourir un jour.. les semaines passées en béquilles en septembre et octobre m’ont un peu tapé sur les nerfs. Heureusement que l’envie était là avant et pendant pour se sortir de ce tourbillon néfaste qu’est la loi de l’éternel pessimisme. (Violente cette phrase ^^).

Je suis d’une heureuse nature. L’envie est mon moteur. Mais cela ne suffit pas pour performer. Il y a parfois des petits déclics en plus qui apportent un supplément d’âme. Quelque chose qui déclenche une ressource encore inexploité. Sur cette Lyon SaintéLyon le déclic a certainement été cette petite phrase reçue au Km 4 me faisant doubler : « T’as pas pris assez d’avance ». Aie.. qu’est ce dont ? Aiiiiiiie.. Que se passe-t-il ? J’ai des fourmis dans mon orgueil. C’est rare chez moi.

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C’est une réaction que je ne sais pas gérer. Se laisser guider par l’orgueil me fait peur. J’ai l’impression que c’est tout simplement moche. Sans classe. Sans feutre. Une réaction primaire d’homme blessé dans son ego. C’est moche. Je m’en veux un peu d’avoir trouvé là dedans des forces pour viser plus haut et remporter la course. J’aurais tant aimé gagner le match sans discussion morale. Sans avoir l’impression de gagner 3-0 avec un premier but de l’adversaire contre son camp. Ce n’est pas cavalier. Heureusement que les deux buts suivants furent une reprise demi-volée à la Pavard hors de la surface et une frappe sèche qui vient taper la barre avant d’entrer dans les filets. Je m’en serai voulu si tout n’était venu que de là.

Et il y a pire encore. Il y a ces paroles qu’on voudrait ne pas s’être prononcé dans la tête en comprenant que ça pouvait le faire. « Aller. Continue. Ça va faire fermer deux, trois bouches. ». Mais pourquoi ? Pourquoi toujours être dans l’arrogance d’une vengeance qui n’a lieu d’être. Je pense que c’est dans la nature humaine. Je ne vois que cela. Qu’on ne peut s’empêcher d’avoir ces pensées. Il faut alors trouver fierté dans sa propre réaction suivante, et se dire « Mais ferme bien ta gueule ! T’es pas là pour fermer des bouches. Tu cours pour toi. Oubli ta rancoeur. Soit simplement « d’heureuse nature.. ». Et ça passe. Bien heureusement.

 

5/6 – Ne pas s’enflammer non plus. 

En passant la ligne. Même si on n’y pense pas. J’avais bien sub-conscience de ce que tout cela allait provoquer. Beaucoup, un flot discontinu, de félicitations, de bravos. D’actes sincères de respect. Je n’ai jamais su gérer les compliments. Comme je n’ai jamais su réagir à une chanson d’anniversaire que l’on me chante. Je suis gêné. Timide de cela. Une envie de souffler la bougie le plus rapidement possible, et que l’on passe à autre chose.

J’apprends petit à petit à remercier. Mais c’est si dur pour moi. Je préfère encore amoindrir ce que je viens de faire que de remercier la flatterie. Et pourtant je le sais bien, c’est costaud. La performance n’est pas deguelasse. Je devrais me pavaner de ma réussite. Ce que j’ai fait m’en donne le droit. Mais je n’en ai pas envie. Cela ne m’excite pas. Le succès m’est encombrant.

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Aller. OK. C’est pas mal quand même. Je m’autorise ce manque d’humilité. Mais il s’agit de ne pas s’enflammer non plus. J’ai bien trop peur de prendre cela pour acquis. De me reposer sur ces quelques lauriers. L’envie d’aller plus loin est trop pressante. Je préfère me dire que j’étais à 60 % pendant cette course. Cela me laisse un delta de progression. Quelque chose à aller chercher. Pousser encore du bout des doigts la limite que je sais rencontrer un jour venant.

 

6/6 – Projet panache 2020.

Une saison officielle 2019 qui se termine sur une victoire. J’ai toujours dit que je n’allais pas faire de l’Ultra à ce niveau d’engagement pendant encore des années et des années. Que j’avais quelques objectifs personnels qui me tenaient à coeur. Dont celui de gagner un jour un ultra. C’est chose faite. Difficile pour moi de ne pas ressentir une petite fierté. Je la garde pour moi. Elle m’appartient. Et celle-ci me permet de me libérer de la pression que je pouvais avoir de réussir cela avant d’arrêter.

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C’est donc libéré que je vais courir dorénavant. Libéré, mais loin de ne plus être concerné. Cette réalisation met un point virgule à cette saison. Un point virgule, car l’histoire ne se termine pas là. Un point pour clore quelques problématiques (blessures, déception, …). Un point aussi qui je l’espère un peu, fera comprendre que ma conception de la course, du trail n’est pas celle d’une recherche de la performance à tout prix. Un point pour passer à autre chose. Mais aussi une virgule. Une virgule car je ne veux pas en rester là. J’ai encore pas mal de choses en tête que je veux faire. Réaliser. Une virgule pour tenter plus. Pour risquer d’exploser. Pour se sentir vivant. Pour sûrement aussi un peu se planter.

Année accentuée. Je m’irai courir sans rien sur moi qui ne reluise. Ni statut, Ni titre. Empanaché d’indépendance et de franchise. Ponctuant chaque course de tentative d’éclat. Allant chercher en tout temps le point culminant d’interrogation. Quitte à ouvrir les guillemets à l’abandon. Laissant le principe de précaution en suspension. Sans ce soucier des traïma autour de ceux qui diront qu’il n’aurait pas du tenter. En mettant parfois entre parenthèses quelques principes. Mais toujours le front levé, le bras gauche balançant. La truffe au vent. Recherchant l’exclamation de celui qui le premier passera le point à la ligne.

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Programme trail – Saison 2020 – Casquette Verte – Alexandre Boucheix

SAISON 2020 - Alexandre Boucheix - Casquette Verte

  • (Janvier) OFF – 3 tours de Paris. 105 km Paris (France) 🇫🇷
  • (Janvier) OFF – 24 h du Bois de Vincennes. ? km Saint Mandé (France) 🇫🇷

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

UTMB 2019 by Casquette Verte – Fracture au km 50. Abandon au km 123.

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Instant pistaches – Départ UTMB – Copyright Trong Phuoc Banh

Savez-vous pourquoi la lune gravite autour de la terre ? Enfin plus précisément, pourquoi la lune est attirée par la terre, ce qui très schématiquement la fait tourner autour ?

Dans la réalité, la lune dispose d’une trajectoire en ligne droite. Une fuite vers l’avant éternelle. Sans la terre, sans l’attraction qu’elle provoque, celle-ci s’éloignerait et continuerait tranquillement son bonhomme de chemin comme un astéroïde allant se perdre aux confins de l’univers.

Mais cette attraction. Cette céleste attirance ? Comment l’explique-t-on ?

« Bah. Wesh ! La terre c’est un gros aimant quoi. ».

Et bien pas du tout JAMY ! En fait si la lune est attirée par la terre, c’est tout simplement car la terre est au centre d’une déformation créée par sa propre masse.

Imaginez un immense flan (Miam miam) assez mou, mais appétissant. Placez dessus un gros abricot auquel il faudrait encore quelques jours pour mûrir parfaitement. Cet abricot va se positionner au centre, du fait de son poids, formant une pente en sa direction. Si vous disposez alors des petites billes de sucre sur le bord du flan. Ceux-ci seront attirés par le centre. Et peu importe la vitesse ou la trajectoire initiale, celles ci sont tomberont sur l’abricot.

Et bien.. en schématisant cette comparaison universellement pâtissière.. l’UTMB c’est la même chose. Un bel abricot ! Moi. Gentille petite bille de sucre. Courant tranquillement en ligne droite. Je suis attiré par cet UTMB. Mais pourquoi ? « Bah par ce que c’est mythique » – « Bah par ce qu’il y a de la compétition ».. Pffff.. Arguments en carton. Si je suis attiré par l’UTMB c’est tout simplement car l’UTMB est au centre d’une déformation créée par sa propre masse. 

Il faut se laisser déséquilibrer. Il ne faut pas résister. C’est irrémédiable. Quoi que tu fasses. Ou que tu sois. Si l’ultra trail est ton univers. Tu tomberas. Plus ou moins vite. Vers cet astre qui déforme tout. Je préfère dire maintenant « cette masse » qu’est l’UTMB.

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 Départ UTMB – Copyright Alexis Berg

 

1. Avant départ – Douleurs fantômes et douleurs de stress.

Nous sommes mercredi matin. Le départ de l’UTMB sera donné ce vendredi à 18 h très précisément. J’ai déjà reçu un sms confirmant que les packs Canicule & Grand Froid resteront dans le placard. J’attends encore le sms qui doit confirmer l’heure de départ.

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Carré affaires – Copyright Instagram Casquette Verte

Il est très exactement 8h04. Je soulève mon sac, que je pose en bandoulière sur mon épaule droite. Celui-ci me pèse un peu. Certainement le poids de l’envie. Je fixe ma casquette verte sur ma tête. Je ferme à double tour ma porte en pensant que la prochaine fois que je la passe : J’aurai fini l’UTMB. Je ne m’enflamme pas. Mais j’y crois. Je sors de mon immeuble. La porte vitrée se ferme derrière moi. Je fais un pas à gauche. Puis un à droite. 

Et là. Cela couine dans la cheville. Je me hâte de refaire un pas à gauche pour vérifier cette sensation sur le droit. Aie. Ca grince vraiment là. J’accélère le pas. Trois foulées. Et cela ne se décoince pas. Au bout de ma rue. Chaque pas n’a pas réussi à faire passer cette sensation. A chaque étape, je me dit : « Oh. Ca va bien passer à un moment ». Les étapes passent pour rejoindre la gare de Lyon. J’espère qu’à la fin, j’aurai oublié cette douleur. Qu’il s’agit simplement d’une douleur du matin. Comme je peux en avoir de temps en temps.

Il me faut plus d’une heure pour commencer à m’inquiéter. Je suis dans le train. Je fais quelques exercices de proprioception pour décoincer ce mal qui me hante. Rien n’y fait. Mais bordel ! C’est pas possible. Mon entorse en Corse, c’était il y a 6 – 7 semaines. J’ai stoppé l’entrainement 10 jours. Et j’ai pu reprendre mes sorties. J’ai couru jusqu’à lundi soir. Et franchement, je ne ressentais aucun mal. Comment est-ce possible que cela tire maintenant ? Je me suis fait mal dans la nuit ? J’ai fais un faux pas en sortant de la douche ? Rien de tout cela ne me revient à l’esprit.

Arrivé à Chamonix. Installé. Je pars faire un tour. Je croise quelques connaissances. Quelques amis. Je n’arrive pas à me sortir de l’esprit cette douleur que j’ai. A chaque fois, le rituel de la question qu’on se pose avant un UTMB gratte la plaie : « Alors. En forme ? ». A chaque fois, je ne mens pas. Je parle de cette douleur à la cheville droite. Je n’en suis plus au stade de me demander si j’ai vraiment mal. J’en suis au stade de me demander si j’ai vais pouvoir courir vendredi. Tous tentent de me rassurer. Mais rien n’y fait.

Le jeudi se passe de manière encore plus terrible. En me levant, je boite presque. Je suis hors de moi. Comment est-ce possible ? Pourquoi maintenant ? A un jour d’un événement si patiemment attendu. Je ne l’accepte pas. La journée se passe. Durant une discussion à ce sujet avec Julien Chorier, il m’explique avoir vécu cela il y quelques années. Une douleur intense, presque paralysante les deux jours précédents une course très attendue pour lui. Il me parle de « Douleurs somatiques ». Que je verrai. A 2 h du départ, cela partira. A vrai dire, je ne suis pas rassuré. La douleur est trop intense pour cela. Mais savoir que c’est possible. Que cela pourrait aller mieux, me donne une option délivrante. Je la prends. Cela tombe bien. Je suis très stressé depuis mon départ de Paris et mon arrivée à Chamonix. Jeudi soir. Je me détends heure après heure.

Vendredi. 15h. J’ai fini ma sieste. Je m’habille avant de partir remettre mon sac assistance. Je sors de l’appartement. Je fais quelques pas. Je ne ressens plus rien. Je n’ai plus mal. Je préfère vérifier. Je cours 100 m au milieu de Chamonix. Aucune douleur. Incroyable. Je n’y crois pas. Le syndrome Casper existerait-il bien ? 

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Dossard – Copyright Instagram Casquette Verte

7 h plus tard. La nuit est tombée. Je cours bien. Cela fait 4 h que je suis dans mon UTMB. Je ne me rappelle même plus que j’ai pu tant souffrir ces derniers jours. J’ai même mal ailleurs. Avec le recul je comprends que ces douleurs existent vraiment. Ne dit-on pas qu’un fantôme est tout simplement un signe extérieur évident d’une frayeur intérieure ? J’ai un peu du mal à y croire. Et pourtant c’est vraiment ce qui m’est arrivé. Ma douleur n’était pas une douleur physique. Il s’agissait d’une douleur fantôme. Ou plutôt, une douleur de stress. Ce moment passé durant 2 jours a été crevant mentalement parlant. Mais je suis heureux de pouvoir en retirer quelques choses. Déjà, l’expérience. Je sais comment y réagir dans le futur. Ne pas me morfondre. Ne pas m’enfermer encore plus dans une spirale du mal. Et surtout, j’ai compris qu’il fallait que je pratique le stress, comme si c’était un sport. Comme si c’était du dénivelé. Que pour bien le vivre, il faut en bouffer. Bref. Pour la prochaine. On va s’entrainer un peu à la pratique du stress. Ca va être intéressant de s’inventer des exercices pour cela.

Ps : Charles (Mon chef) si tu lis ces quelques lignes – Tu peux y aller.. 1 semaine avant mon prochain ultra. Quand je réduis mon volume d’entrainement physique. Lâche toi. Fait monter la pression ! Je ne t’en voudrais pas 😉

 

2. L’attente. 

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Départ UTMB – Copyright Wider Mag’. 

Rien n’est plus délicieux que l’attente de ce qui parait inéluctable. Je me revois quelques années en arrière. Voyant les photos de ce fameux départ de l’UTMB. Je pensais alors que jamais je n’y serai. Tout simplement, car je n’en n’avais pas envie. Puis. Assez rapidement. Je me disais que ce n’était pas possible. Que c’était trop dur pour moi. Que jamais je n’y arriverai. Et bien c’est cela. C’est bien le fait de savoir que c’est impossible à ce moment là, qui m’a motivé pour le tenter. Il m’a suffit alors de quelques secondes. A regarder cette photo d’un départ. Aucun moment d’admiration. Juste une affirmation à moi-même : C’est impossible. Tu dois le faire. 

M’y voici donc. Je suis totalement serein. Presque habitué. Comme si je l’avais déjà fait. Comme si je l’avais déjà vécu. Rien ne m’affecte. Je suis programmé à ce départ. Cela fait des semaines, voir mêmes des mois que je m’y prépare. Je suis totalement à ma place. J’ai cette sensation d’être dans une vaste salle d’attente. De vivre un moment perdu. Je suis en fait déjà dans l’étape suivante. Je suis déjà 60 km plus loin. Je vis déjà ma course.

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Le mec alerte – Départ UTMB – Copyright Trong Phuoc Banh

Arrivé sous le soleil. Nous sommes baptisé par une petite pluie. Obligé de se mettre debout pour attendre. Je dois stopper ma petite sieste que j’improvisais sur mes genoux. J’ai aussi appris cela. La capacité à faire abstraction dans les grands moments. Me recentrer sur moi même. Sans toutefois m’enfermer totalement.

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Petit dodo tranquillou – Départ UTMB – Copyright ?

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Ready, mais trempé, To Go – Départ UTMB – Copyright Trong Phuoc Banh

La musique d’Evangelis se lance. Je ne l’aime pas. Tout le monde autour de moi semble très concentré. Je ne le suis pas du tout. C’est le cas aussi d’un coureur à droite de moi. Nous avons approximativement le même âge. Nous rigolons un peu ensemble. Je regarde le ciel. Je regarde l’arche. Je regarde la mairie de Chamonix. Mon regard se fixe sur une fenêtre. A celle-ci, une silhouette me dit quelque chose. Mon regard de myope insiste. Ce n’est pas possible. Ce n’est pas lui. Pas maintenant. Je regarde mes chaussures et je relève ma tête dans la direction de la fenêtre. Je ne rêve pas. IL Y A EDOUARD BALLADUR A LA FENETRE BORDEL ! Rien à fichtre du départ. Rien à fichtre de me lancer dans un 170 km. Il y a Edouard Balladur à la fenêtre les mecs. Combien de fois ai-je imiter son fameux « Je vous demande de vous arrêter » –  » Combien de fois, je l’ai imaginé alpaguant son collègue d’un « Jacques » ? « . 10. 9. Je demande au coureur à ma droite. 8. 7. 6. C’est bien lui ? Hein ? 5. 4. Le coureur à côté de moi a été happé par sa course. Je ne pourrais partager ce moment. Je lui fais un coucou. 3. 2. Il lève la main. Je crie « COUCOU LE TUUUUUURC ». Il ne m’entend pas. 1. C’est parti. Merci Edouard. Merci Edouard de m’avoir fait sortir de cette folie ambiante qu’est le départ.

 

3. Départ serein. 

Il n’y a plus de secret entre nous. J’aime partir à mon allure. Mon allure de parisien. Peu importe les 170 km qui nous attendent après. Les 3 ou 4 premiers km qui s’offre à mon départ se font généralement entre 16 et 18 km/h. Et cela ne m’affecte pas. Cela me met en route.

Sur cet UTMB, je me suis promis de faire attention. De ne pas partir comme un fou. De rester dans les mollets. M’étant plutôt bien placé sur la ligne de départ, je ne marche que quelques centaines de mètres. Le monde autour créé un tube dans lequel le flux s’accélère automatiquement. Après 1 km, cela se libère un peu devant. Je n’ai plus besoin de mes bras pour me protéger d’un coup de bâtons ou d’un écart imprévu. Je peux m’élancer.

Je ne me laisse pas non plus emporter par la foule. J’imprime mon rythme calmement. J’ai de l’espace devant pour doubler. Je ne le prends pas à chaque fois. Je reste dans mon rythme. Je reste dans ma course. Folie ambiante. Tu ne m’auras pas. 

Je croise quelques têtes connues. Je les double en les encourageants. « Bonne course Sissi« . « Bonne course Timothy« . J’obtiens le même encouragement en réponse. Je continue tranquillement mon début de course. Après quelques km, j’hallucine un peu sur le nombre de personnes qui me reconnaissent. Les « ALLER Casquette Verte » me font rire. J’en profite un peu.

En passant au dessus du chemin de fer, pour rejoindre les Houches, je suis en parfaite synchronisation avec le train. Je me décale sur le bord du pont. Je monte sur le petit trottoir afin que le conducteur me voit. Je lui fais de grands signes. « Vas-y KLAXONNNNEEEEE l’ami ! « .. TCHUUUUUU TCHUUUUUUUUUUUUUUUUU ! Parfait. Faire klaxonner un train pendant l’UTMB : Check. 

Arrivé aux Houches. 34 min. 14 km/h. Je n’ai pas regardé ma montre depuis le départ. Je ne la regarde plus du tout en course de toute façon. Je suis heureux, car je sais que maintenant on part. On part dans la montagne. Celle-ci que je suis venu chercher. J’ai envie de m’amuser pendant les prochains kilomètres. De toute manière, la course ne commence pas maintenant. Elle commence bien plus loin pour moi. J’estime qu’elle commence à la bascule du Grand Col Ferret. On enchaine avec quelques km souples. On remonte sur Champex. Et là, il s’agit de faire le point. Si on en a assez gardé sous le pied, cela va le faire. On va même pouvoir accélérer sur les trois dernières difficultés. En revanche, si on y arrive physiquement atteint. Il est clair, que derrière ça va être long. Ma stratégie est donc la suivante : En garder sous le pied jusqu’à la descente sur La Fouly. Me tester à ce moment là. Faire le point à Champex. Et puis derrière. Tout donner. 

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Attaque talon – UTMB – Copyright ?

 

4. Une bouchée des premières difficultés. 

Il s’agit maintenant d’attaquer la première difficulté. Un + 800 suivi d’un – 800 sur 13 km pour rejoindre Saint Gervais. Le parcours est très roulant. La montée se passe incroyablement bien.

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Et ça bâtonne – UTMB – Copyright ?

Le duo Courtney Dauwalter  & Mimmi Kotka me rejoint en se début de grimpette. Je les avais doublé un peu plus tôt dans le plat. Comme à chaque fois qu’il y a des élites un peu connus, il y a un petit troupeau derrière qui pense que courir derrière cela peut aider. Je me retrouve devant elles deux. Je continue à mon rythme. Je ne me laisse pas déstabiliser par la notoriété à quatre pattes. A mi hauteur, je me rends compte que Courtney suit mon sillage. Je trouve cela amusant. S’agissant de Mimmi, elle semble plus en difficulté. Je suis étonné. Cela doit être un jour de moins bien. J’avais le souvenir qu’à Cape Town, elle m’avait totalement déposé dans la première montée. Je n’avais même pas réussi à rester dans ses jambes. La roue tourne. C’est amusant.

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Live UTMB – Copyright Live UTMB

Au sommet, je me retrouve avec Cédric. Cédric est un coureur Salomon du sud de la France. Nous avons fait plusieurs courses ensemble. Généralement, on termine plus ou moins dans les mêmes temps. Nous parlons un peu. Il a reconnu le premier bout du parcours. Cela me permet de lui demander quand ranger mes bâtons. C’est agréable de se sortir un peu de la course. On discute trail.. on discute des sensations.. de l’UTMB certes.. mais c’est un peu comme à l’entrainement. Je profite.

Un peu plus loin. Je me retrouve depuis 500 m avec un coureur qui me dit quelque chose. Je ne suis pas sûr à 100 %. Mais je crois bien que c’est lui. Je n’arrive pas à voir le drapeau de nationalité sur son dossard pour vérifier. « Sorry. You were in Cape Town last december ? » – « Yes » – « And you win ! » – « Yes. What a day ». Je suis impressionné un temps. Janosch Kowalczyk. Mais qu’est ce que tu fous là ? Tu devrais être devant ? Nous échangeons. Il m’explique que c’est son premier 100 miles. Je comprends mieux son départ tranquille. Le message lui a été donné d’en garder beaucoup sous le pied pour aller au bout. Ceci explique cela.

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En balade avec Janosch – UTMB – Copyright ?

Nous allons faire une trentaine de km ensemble. Il ne comprend pas bien pourquoi beaucoup de gens semblent me connaitre sur le bord du chemin. « Why everybody say Casquette Verte ? What is Casquette Verte ? ». Je lui explique toute l’histoire. Cela fait passer le temps. Et je lui parle de MontMartre. Il me fait répéter plusieurs fois le rapport distance / dénivelé… 80 kilometers and 11.650 meters ? Il ne me croit pas. Je lui donne donc rendez-vous à Montmartre en décembre. Voilà. Voilà ce que l’on raconte pendant un UTMB. Pas grand chose en fait. Une discussion simple. Comme si on échangeait un verre après une première journée de classe à la rentrée. On découvre une nouvelle personne. On se présente calmement. On se livre sans trop en donner. Et parfois, le feeling passe. Là, il est passé.

Au final, les 50 premiers km sont passés tout seul. L’énergie des Contamines et de Saint Gervais m’ont enivré. La folie dans la montée sur La Balme m’a éclaté. Et j’ai pu discuté avec pas mal de monde. Tout se passe comme prévu. 2 h pour arriver à St Gervais. 5h20 pour arriver en haut de la croix du bonhomme. Moins de 6h pour arriver aux Chapieux. Bref. Ca roule. Encore 60 km comme ça, et la course peut commencer.  

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Batonite – UTMB – Copyright ?

 

5. Tu doubles, un rocher et crac. 

Je le sais. Cela m’est déjà arrivé plusieurs fois. Sur les Templiers, sur l’Impérial Trail, sur la SaintéLyon. A chaque fois que je me blesse c’est en doublant. Un petit « Je passe à gauche » – Vérification de l’angle mort – Accélération – Je double par le bord du chemin – Distance de sécurité – Reprise du mono-trace. Sur le papier c’est simple. En réalité, cela se passe toujours bien. Mais de rares fois, cela se passe beaucoup plus mal. C’est le cas cette fois.

Nous descendons de la Croix du Bonhomme. En direction des Chapieux. J’ai mis ma PETZL en route car la nuit est tombée. Il fait sombre, mais ce n’est pas encore la nuit profonde. Ce moment où la visibilité est un peu réduite. On pourrait courir sans frontale, mais on devrait un peu ralentir pour bien voir les aspérités du terrain. Avec la PETZL, les aspérités ressortent. Mais pas assez. La luminosité de fin de journée combiné avec le phare de la PETZL créent des zones d’ombre.

Devant moi, un coureur semble ralentir. Je crois qu’il s’alimente. Je n’ai personne derrière moi. Nous sommes sur un petit monotrace qui traverse un champ. Le dénivelé négatif est assez léger pour envoyer un peu de vitesse, mais trop fort pour faire de grande foulée aérienne. Les pas sont rapides, mais proche du sol. Je mets le clignotant. j’averti que je passe à gauche. Léger décalage hors mono-trace. Je passe dans l’herbe. A ce moment, je fais un écart à gauche pour chercher un appui et accélérer. A 15 cm de toucher le sol, mon pied est surpris par une masse. PAAAAAAAAAM. Je ne l’avais pas vu. La masse n’était pas ronde. Elle était à 90° inclinée et rocheuse. Le pied tape droit dedans. Je suis surpris en pleine accélération. Je me vois totalement déséquilibré. Le choc est intense. Je suis propulsé dans les airs. D’autant que ma jambe droite se relevait pour accélérer ma foulée. Je pars en soleil. Dans un réflexe de mes années de judo, je tente la chute avant. Elle fonctionne. Je m’envole totalement et présente un saut périlleux avant de terminer lourdement sur le sol. Je m’arrête net. Je suis sur le dos. Au sol. Mon bras gauche a pris cher. Mon dos aussi. Mais ce n’est pas le plus grave. Je ne le sais pas encore.

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Radio Hôpital de Chamonix – UTMB – Copyright Instagram Casquette Verte

Je me relève seul. Le coureur devant moi ne s’est pas arrêté. J’ai mal un peu partout. J’enlève la terre présente sur mes mains. Mes bras et sur mon T-shirt. J’ai un peu mal au genou gauche, mais ce n’est qu’un coup. Je relance trois foulées. Aiiiiiiiiiiiiiiiie. Bordel. Ca fait vraiment mal là. Je m’arrête. J’identifie que la douleur provient du pied gauche. Plus précisément de mon orteil. Je l’agite un peu dans la chaussure. C’est très douloureux ! Je repars doucement. Je n’appuie pas sur l’orteil. J’arrive à courir. Dans ma tête, je ne sais pas. Je ne sais pas si j’ai vraiment entendu ce crac ressenti dans l’orteil. J’adapte ma foulée en appuyant uniquement sur le flanc gauche du pied et sur le talon. Cela fonctionne. Je suis ralenti, mais dans ma tête, je pense que d’ici 800 m la douleur sera disparue. It’s just an illusionnnnnnn.

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Bon appétit bien sûr – UTMB – Copyright Instagram Casquette Verte

Au ravito des Chapieux. Je pose mon pied sur un banc. J’enlève ma chaussure pour voir les dégâts. Première surprise. Ma chaussette est totalement trouée au niveau de la base de mon gros orteil. Bordel. La torsion a du être assez violente. Elles étaient neuve ma chaussette, et vu combien ça coute, je suis un peu énervé. Sur le moment, je ne pense pas à l’aspect pécuniaire. Mais, je me dis que cela ne va pas être terrible pour courir. Heureusement, je me rappelle que j’ai glissé une seconde paire dans mon sac d’allégement présent à Courmayeur. 30 km à faire avec l’orteil nu dans la chaussure. On va faire avec. Par contre, je vois à travers le trou de la chaussette que la base de l’orteil se colore. Ce n’est pas du rouge vif d’un simple coup. C’est déjà presque violet. Cela ne sent pas bon.

Je repars à froid du ravitaillement. Le col de la Seigne, les pyramides calcaires et l’arête du Mont Favre m’attendent. A froid, après un arrêt de 3 minutes. La douleur s’est intensifiée. Je comprends qu’il y a un réel soucis. Sur le plat, j’arrive à envoyer en adaptant la foulée sur le pied gauche. Je n’arrive pas à accélérer, mais j’avance pas trop mal quand même. Les ascensions se passent plutôt bien. Cela fait vraiment mal, mais j’arrive à faire abstraction. Par contre, dans les descentes c’est l’enfer. A chaque rebond, la douleur est terrible. Cela déclenche dans mon pied une décharge qui me fait bondir. Un sursaut qui ne sent pas bon. Petit à petit. Je comprends. Je comprends que cela va être mission impossible. Je le sais. Je suis obligé de la tenter. 

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Arrivée à Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Arrivé à Courmayeur, 5h30 plus tard. Je me suis fait une raison. Je suis presque sûr que mon orteil est cassé. La descente sur Courmayeur, assez nette et un peu technique me l’a confirmé. J’ai été obligé de diviser par 3 ma vitesse. Chaque appui à gauche est devenu une pause. Je souffre. Je souffre vraiment. Je récupère mon sac d’allégement et je cours jusqu’à un banc. Je veux changer de chaussette. J’enlève ma chaussure, puis ma chaussette. Le violet que j’avais aperçu auparavant s’est intensifié. Il représente une forme de S sur mon orteil. Signe d’un saignement interne. Je le sais. C’est cassé. Mais peu importe. Je veux continuer.

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Changement de chaussettes – Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Des bénévoles du service médical ont repéré que quelques choses ne va pas. Je les rassure. « Non. C’est bon. Pas d’inquiétudes. Ca va le faire. Oui. J’ai mal. Mais ce n’est qu’un coup. » – « Vous ne voulez pas voir le service médical ? ». « Non. Non merci. Ca va le faire. ». Je me tourne vers Tony (qui me fait l’assistance) : « Si je vais les voir. Ils m’arrêtent. ». Ma stratégie de course n’est plus la même qu’au départ. Maintenant, je dois feinter d’aller bien, pour pouvoir continuer. Je ne veux surtout pas être mis hors course. Il va falloir jouer de mes talents d’acteur. Avec le recul, je le dis haut et fort : Ce n’est pas un exemple. Si cela vous arrive. Arrêtez-vous. Allez voir les médecins. Et suivez leurs avis. Je ne veux pas être le contre-exemple qui pousserait à fuir le service médical.

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Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Je repars de Courmayeur après 7 minutes d’arrêt. La douleur est beaucoup trop forte maintenant. J’ai déjà compris que cela ne va pas le faire pour finir. Mais je tente le coup. Il y a un infime espace qui pourrait potentiellement me permettre de finir. Je tente de m’y glisser. Mais, plus j’avancerai. Plus je comprendrai que c’est déjà fini depuis le km 50. Que cette fuite en avant n’a pas d’issue possible. Je fuis. Certes. Mais je fuis vers le précipice de ma course.

 

6. Gestion de l’alimentation & du sommeil. 

Faisant abstraction de mon orteil cassé, je fais le constat que ma gestion de l’alimentation et du sommeil fonctionnent parfaitement. Je n’ai pas de sensation de soif. Je bois très régulièrement (toutes les 10 minutes à peu prés). Je n’attends pas d’avoir soif. Cela fonctionne bien. Preuve en est : Les pauses pipi sont écarlates. Généralement, peu importe la quantité bue, mes urines sont un peu colorées. Là, c’est la transparence qui fait plaisir. J’ai bien anticipé mes besoins. Des gorgées régulières tout au long de la course, et 350 à 500 ml avalés avant de quitter les ravitaillements pour recharger la bête.

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Ravito – UTMB – Copyright ?

En ce qui concerne l’alimentation, j’applique les préceptes acquis avec l’expérience. Du gel entre les ravitaillements. Et du salé sur les ravitos. J’utilise un gel GU pour faire le fond d’énergie ; et des coups de fouet pour rester sur le haut de la courbe. J’arrive totalement à anticiper les moments de moins bien. Je me connais. Je sais quand ca va, ou quand cela ne va pas. Je m’alimente dans le parfait timing pour ne pas tomber dedans. Lorsque je suis bien, j’anticipe la rechute. Je n’attends pas de me sentir un peu affaibli pour avaler un gel. C’est principalement sur cet aspect que je pense avoir grandi. Auparavant, j’attendais le dernier moment pour me sucrer. Le temps que celui-ci agisse dans mon corps, j’avais toujours des moments de moins bien de 10 à 20 min. En anticipant cela, j’arrive à tenir une ligne de sensation assez bonne de manière constante. Pas de pic vers le bas, mais pas non plus de pic vers le haut. J’apprécie vraiment d’avoir su mesurer ma consommation de gels pour rester entre un seuil bas et un plafond sans trop passer de temps au dessus et en dessous.

Dernière aspect de gestion que je constate avoir compris. La gestion de la fatigue. Enfin plus particulièrement du sommeil. Sur mes autres courses qui m’ont fait traverser des nuits, je me suis presque toujours retrouvé à bailler. A sentir un besoin de sommeil. Mais cette fois, rien. J’étais éveillé tout le long. Aucune envie, aucun besoin de dormir. Je pense que c’est le contre effet de ma nouvelle méthode de gestion du sommeil. Deux principes à cela : En course, quand je sens un peu de monotonie, je ne me laisse pas envahir par celle-ci. Je me secoue intellectuellement. Je ne m’enferme pas dans un sujet de pensée. Je chante un peu. Sur l’UTMB, il y a eu du Joe Dassin, du Patrick Bruel et du Macklemore. Eclectique me direz-vous. Ne connaissant pas les paroles des chansons entière, je bute plusieurs fois sur les couplets. Cela me tient parfaitement en éveil.

Deuxième principe. Celui-ci m’a été conseillé par Ugo Ferrari. Dorénavant, 3 semaines avant un ultra je me prive de toutes consommations de caféine. Pas de café. Pas de coca. Rien. Cette privation a un seul but : Etre plus réceptif lors de la course à la caféine. Les gels que je consomme en sont gavés. Si je sens le sommeil venir, je sais qu’un gel, ou dans les cas les plus limites : un grand café en ravitaillement. Et hop. C’est 8h du matin dans ma tête. Je ne vous conseille pas de tenter cette méthode sur un ultra important, sans avoir testé votre réaction sur des courses plus courtes. Et oui, le café qui va vous éveiller en ultra après une longue privation, peut aussi déclencher quelque chose de plus compliqué à gérer pour un coureur. Un bon gros problème digestif. J’avais vécu cette expérience sur le Trail du Mont D’Or quelques mois auparavant. J’avais compris, que le dosage était important et qu’il ne fallait pas forcément en prendre un dès le départ. Cette fois-ci tout a parfaitement fonctionné. En m’arrêtant. Après 18 h de course, j’étais toujours complètement alerte. Ce n’était pas la course, et la concentration nécessaire qui me faisait tenir. C’était vraiment la re-découverte par mon corps de la caféine.

Cela fera peut être baissé le cours de bourse des producteurs de café à long terme. Mais franchement, une fois bien réglé, cette méthode m’a convaincu. J’en ferai l’option pour chacun de mes prochains ultras.

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1 h après l’abandon ^^ – UTMB – Copyright Tony 

 

7. Découverte de l’assistance. 

Ca je pense que vous l’avez déjà bien compris. Je hais du profond de moi même les conseils. Je fuis les diseurs de « Tu devrais … ». Je déteste cela. Ce n’est pas que je pense avoir raison. Loin de là. C’est tout simplement car j’ai la volonté puissante de ne pas être redevable. Cette phrase de Cyrano résonne en moi « Ne pas monter bien haut peut-être, mais tout seul ». Je ne sais pas pourquoi. Mais dans tout ce que je fais, course ou hors course. Dans le sport, comme dans la vie, je ne veux surtout pas me retrouver dans la situation de devoir remercier. Je ne veux vraiment pas être redevable. Je considère que le mérite est solitaire. Qu’aidé, qu’accompagné, qu’assisté.. c’est se résoudre à la simplicité.

J’ai déjà craqué à l’appel des bâtons. Et au fond de moi-même, c’est une déchirure. J’ai l’impression de rompre avec mes valeurs. Alors, lorsque Tony m’a proposé de faire mon assistance sur l’UTMB, je lui ai tout d’abord fait fin de ne pas recevoir. « On verra ». Et c’est au final, presque pour lui faire plaisir que j’ai accepté.

Notre programme était simple. Je lui ai fourni ce que je pensais avoir besoin alimentairement parlant pour les ravitaillements de Champex – Trient et Vallorcine. Cela n’allait pas non plus me faire gagner des minutes entières donc j’ai cédé. Pour moi, l’assistance c’est comme une drogue à laquelle on s’est toujours refusé de gouter. Il faut tout tester dans la vie, donc j’ai accepté son assistance. Mais je n’ai pas non plus poussé le vice en lui demandant des choses très précises. Un objectif de timing. Ou un besoin que je ne pourrais pas zapper. Savoir que je n’étais pas obligé de m’en servir, m’a permis de quelque peu garder mes valeurs vierges.

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Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

Après cette expérience qui n’a pu être totalement testé (m’étant arrêté avant de l’avoir vraiment utilisé) ; j’ai compris quelques faits :

Avoir une assistance, c’est déjà découper un ultra en course à étapes. On ne fait plus une course en autonomie complète, mais on fait plusieurs courses d’un point à un autre. On découpe le long vecteur. Ce découpage rend les choses tellement plus simple. Il ne faut plus faire 170 km sur l’UTMB. Mais plutôt 50 + 30 + 45 + 20 + 10 + 15. Cela change totalement la linéarité de la course. C’est un peu dommage je trouve. On perd cette notion de course longue distance. Mais on ne va pas se le cacher, cela rend le tout tellement plus digeste.

Savoir que quelqu’un t’attend, te motive à accélérer un peu. Je n’avais pas donné à Tony de temps de passage précis. Je lui avais dit que j’allais faire ma course au feeling. Je n’avais donc pas cet impératif. Je n’avais pas de rendez-vous. Pour autant, je me suis plusieurs fois dit : « Dépêche toi. Il va t’attendre ». Savoir que l’on est attendu. Cela créé une pression supplémentaire. Il faut savoir la gérer pour ne pas faire n’importe quoi. Mais psychologiquement cela aide. On n’avance pas pour soi. On avance pour quelqu’un d’extérieur à sa propre course. Et ça. Ca change pas mal de choses dans sa conception de la course.

Enfin, avoir une assistance c’est aussi parer à l’imprévu. Ah. Cet imprévu. Celui qu’on déteste sur le moment, mais qui fait la saveur de l’ultra. J’avais beau avoir fourni à Tony quelques sacs bien précis, nomenclaturés des noms des différents ravitaillement. Je n’avais pas non plus prévu de surplus « au cas ou… ». Enfin si, j’avais glissé quelques petits gels si cela allait vraiment mal. Mais au final, j’ai compris que de savoir que quelqu’un n’est pas loin, avec tout ce qu’il faut pour palier à l’imprévu cela me permettait de courir plus sereinement. L’esprit plus léger. Sans avoir à trop réfléchir à ce qui est nécessaire sur le moment. Sans lesquels cela serait compliqué de terminer.

Au final, c’est très certainement cela l’assistance en ultra. C’est s’enlever un poids. C’est avoir une assurance. C’est réduire le risque. Et très franchement, je pense que cela aide énormément. J’ai beau penser que cela retire du panache à cette épreuve. J’ai beau me dire que ce n’est plus un ultra, mais une course à étapes. Je pense que si je reviens sur pied, lors de mon prochain 100 miles, je monterai un programme d’assistance ultra précis. Avec des temps de passage strictes. Je pense que cela va m’aider à performer. Enlever de la saveur certes. Mais mon objectif maintenant n’est plus forcément dans la saveur. Il se dirige irrémédiablement en direction de la performance.

 

8. Seuil de résistance à la douleur. 

Avoir l’ensemble des muscles de ses jambes tétanisés et devoir faire 50 km en marchant (UTCT) : Check.

Se faire une tendinite au releveur droit et devoir continuer sur 90 km en souffrant (Ultra Maxi Race) : Check.

Avoir le bide en vrac. Perdre la première place et résister au retour du top 5 sur 25 km (Trail du Mont D’or) : Check.

Faire 70 km d’UTMB avec une fracture à l’orteil gauche. Ca. Ca, je n’avais jamais fait.

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Courmayeur – UTMB – Copyright Mickael Lefevre pour WONDERTRAIL

D’accord, j’ai un haut seuil de résistance à la douleur. D’accord, j’ai appris à gérer les souffrances. Certes, je suis habitué à serrer les dents. A me dire que la douleur c’est dans la tête. Mais là, sur mon UTMB. Je suis passé à un autre niveau de gestion de la douleur. 70 km sur une fracture bordel. Je n’arrive même pas à y croire. On me le dirait d’un autre coureur. Je pense que je n’y croirais pas. Ou à la limite, je me l’imaginerais titubant. Luttant contre la douleur. Criant sur les sentiers. Mais pas du tout comme j’ai pu le vivre.

Qu’on se le dise. CE N’EST PAS UN EXEMPLE. IL NE FAUT SURTOUT PAS SE DIRE : S’IL L’A FAIT. JE PEUX LE FAIRE. Je pense que c’est réellement une grosse erreur. Maintenant que ça c’est dit, je peux vous raconter. Je n’ai jamais eu aussi mal, physiquement parlant de ma vie. Quand on court, appuyer sur le gros orteil est tout simplement essentiel. Que cela soit pour l’équilibre de votre corps, ou pour la propulsion. Le gros orteil c’est juste la direction assistée de votre foulée. Des milliers de pas de souffrance. Des milliers d’appuis déclenchant une terrible douleur de l’orteil jusqu’à la moelle épinière. Des centaines de bonds forcés par une pique nerveuse. Des dizaines d’accrocs avec des rochers, qui font disparaitre les centaines de mètres à se remettre dedans.

Bien évidement, la douleur c’est dans la tête. Bien évidement, je maitrise ce concept. Mais avec une fracture, ce concept est presque inapplicable. La seule solution a été de compenser. Courir sur une jambe. Appuyer fort sur le bâton gauche. Chercher tous ses appuis sur l’extérieur du pied. Mais cette compensation ne marche qu’un temps. Après 30 ou 40 km à courir comme cela. Vous avez mal au niveau de la fracture et cela s’accentue avec le temps. Mais le pire c’est que maintenant vous avez aussi terriblement mal sur les endroits de compensation.

D’abord, mon bras gauche. A force d’appuyer dessus, je me suis déclenché une petite tendinite très douloureuse de l’épaule au coude. Ensuite, mon talon gauche. A bordel, j’ai même pas envie de vous décrire la douleur que j’ai vécu après 50 km de bourrinage dessus. A la fin, j’avais presque moins mal en appuyant sur la fracture à l’avant du pied. Et enfin, le flanc gauche du pied. Alors là.. là.. c’était au dessus de tout. Une semaine plus tard, mon orteil est toujours douloureux. Mais le flanc c’est juste atroce. Je n’arrive pas à discerner si la douleur est osseuse, tendinaire ou c’est un simple énorme bleu qui met beaucoup de temps à disparaitre. J’en suis presque à me demander si je n’ai pas une fracture aussi de ce côté là.

Bref. J’ai crié. Mais réellement. J’ai hurlé de mal. Les « ressaisis-toi » ne servait à rien. J’avais besoin d’exprimer ce mal. Au final, je n’ai qu’une seule conclusion à cela. Avec un peu de recul j’ai compris. J’ai compris que seule la douleur peut éclairer l’esprit de ses erreurs. J’ai fait une erreur. D’abord physique en ne m’arrêtant pas. Mais ensuite une erreur humaine. Celle de refuser que ce n’est plus possible. Et la douleur était là pour me le rappeler. J’avais beau me dire « Bon.. tu le sais.. C’est certainement fracturé.. ta saison est terminée.. autant tenter de finir ». C’était une erreur. J’apprends pour plus tard. Si plus tard, il y aura.

 

9. Gestion de l’abandon. 

Mes deux dernières courses : Deux premiers abandons. Le constat devrait être sans équivoque. Il y a quelque chose qui cloche. Et bien, je ne le crois pas. Je pense réellement que ces abandons ne sont pas des résultantes d’une mauvaise préparation, ou d’une faiblesse.

Ce sont selon moi, uniquement deux faits de course. Deux hasards qui font partie prenantes de l’épreuve qu’est l’ultra.

Le premier en Corse était simplement un appui mal assuré sur une racine. Vlaaaaam. La cheville qui dérape. Et Biiiiiim. L’entorse.

Le second, un rocher mal placé.. une foulée trop proche du sol.. Et Staaaaaak.. La fracture. Impossible pour moi de me remettre en question. C’est abandons ne viennent pas de moi. J’en suis sûr. Je suis toujours le premier à identifier mes erreurs. Là, il n’y en a pas eu. Cela fait partie de la course. C’est normal. Et si c’est les premières fois que cela m’arrive c’est purement par hasard. Mon système n’a pas évolué. Les statistiques se sont simplement appliquées. A haut (bon) niveau. Ne pas se blesser, résulte selon moi à 95 % de sa méthode, de sa façon de s’entrainer. Et à 5 %, c’est la variable hasard. Et cette variable s’applique. Forcément. On ne peut l’éviter. A moins de réduire la quantité de course. Et ce n’est pas dans mon logiciel, ce n’est pas dans mes envies. Je dois passer par là. Cela fait partie de mon entrainement au final.

Pour en revenir à cet abandon. Je suis déçu. j’ai toujours attendu mes premiers abandons. Je les imaginais terribles. Pleins de sens. Pleins de choses à en retirer. J’espérais ces abandons atroces, cruels, malveillants. Là, rien du tout. Pourquoi ? Tout simplement, car selon ma façon de voir les choses, je n’ai pas abandonner. Pour moi, un abandon c’est quoi ? C’est quand tu ne veux plus. Quand tu refuses d’affronter l’épreuve. Dans ces deux cas. Et plus particulièrement sur l’UTMB. Ce n’était rien de cela. Je n’avais plus d’épreuve à affronter. Ma course s’était arrêtée au km 50. J’étais déjà mort. Un mort-vivant. Mon épreuve était de continuer. Je l’ai fait. Jusqu’à être enterré 70 km plus tard. Mon abandon, je l’ai vécu. Je ne l’ai pas subi. Et je le regrette un peu.

Vivement que je le rencontre. Ce bel. Ce beau. Ce terrible abandon. J’espère en pleurer. J’espère qu’il me foudroiera dans le plus profond de mon être. Que j’en serai marqué au fer rouge. Que des semaines passant, je n’aurais plus le goût de rien. Que des mois par la suite, j’aurais peur. Je flipperais que cela arrive à nouveau. Aaaaaaaaah. Ca va être bien de vivre cette épreuve. Ca va être une vrai expérience. Pas un simple moment. Un vrai instant atroce pour le soi. Qui dure, et qui dure encore. Que l’on n’efface pas avec de la volonté. Vivement, cet abandon indélébile.

Certains, beaucoup plutôt, m’ont félicité à l’arrivée et par la suite. « Bravo quand même ». « 70 km sur une fracture.. WOUUUUAHouuuu ». Ne m’en voulez pas. Mais je déteste cela. Un bravo, c’est quand on réussit pour moi. Des félicitations dans l’échec, c’est dire à la maitresse de maison qui a complètement raté une cuisson « Huuuum. Je me régale. ». Même si ce n’est pas volontaire de la part de certains, c’est totalement hypocrite. Et de l’hypocrisie, on ne se nourrit en rien. C’est un placebo que de se contenter de félicitations dans un échec. Un échec doit rester un échec. Et on ne doit pas l’encourager, le féliciter. On doit le pointer du point. Le gratter. Le mettre en avant. Si on veut vraiment en ressortir quelques choses par la suite. Accepter ces bravos, c’est se voiler la face. 

Km 123. Après avoir retapé l’orteil dans un rocher. Impossible de poser le pied par terre. C’est fini. Je viens de comprendre la différence immense entre un trouble et une évidence.

 

10. Chamonix : DisneyLand du Trail. 

Ok. L’UTMB. C’est l’UTMB. Comme je le disais dans l’introduction, L’UTMB est au centre d’une déformation créer par sa propre masse. D’accord, on est heureux d’y être. Certes c’est un graal. Tout à fait, il y a des personnes du monde entier. Et c’est un peu troublant la première fois qu’on vient. Comme la première fois qu’on rentre dans un parc à thème.

Oui. J’aime l’UTMB. Oui. J’ai déjà envie d’y retourner. Mais, franchement, entre nous, j’ai trouvé l’atmosphère personnellement très décevante. Je ne sais pas si c’est l’habitude d’une troisième année sur Chamonix en période d’UTMB. Mais sincèrement, c’était fade. Enfin, pas fade. Mais les artifices ne font plus effets. J’ai l’impression que l’autour de la course crée en moi une sensation de dédain. C’est peu être du snobisme de presque élite. Sur beaucoup de course, en regardant les membres du peloton, je suis heureux pour eux. Mais sur l’UTMB, l’humeur générale me pousse à ne plus aimer cela. J’ai l’impression que tout le monde veut sa part d’UTMB. Une volonté égoïste. Aucun partage. L’univers du « moi je » entre deux montagnes.

J’ai l’impression d’être un poisson d’eau douce qu’on plongerait dans un aquarium d’eau de mer. L’atmosphère de cette eau salée m’irrite. Les crevettes gravitent, se laissant balancer par les courants. Les crustacés s’enferment dans leurs coquilles, gardant un oeil sur l’extérieur. Quelques requins naviguent nonchalamment. C’est leur droit. Mais par contre, les 8000 personnes autour qui regardent l’aquarium. Ca non. Ca ce n’est pas supportable. Non monsieur. On ne touche pas les parois de l’aquarium pour que les poissons bougent. Non monsieur. On ne lance pas des pronostics sur de potentiels vainqueurs par ce que les médias les ont mis en avant. Non monsieur. On ne considère pas cet aquarium comme un spectacle payant dont vous avez acheté toutes les places au premier rang.

Ce sentiment est difficile à décrire pour moi. Mais j’ai l’impression que participer à l’UTMB. C’est un peu comme être un animal sauvage et gratter à la porte d’un Zoo pour s’y faire enfermer. Jusqu’à là, pas de problème. C’est un choix. Mais par contre, se taper les visiteurs qui jettent des cacahuètes, et des avis non discernés ce n’est pas acceptable. Sur la diagonale, j’avais vraiment vécu une sensation de fête et de respect. Là c’est plutôt : « Venez voir les débiles »… « Oh regarde celui-là, il a une tenue toute rouge »… « Je suis sûr qu’il va pas finir celui-là »…. C’est très certainement un ressenti de vieux con. Mais c’est le ressenti que j’ai eu. Le public est devenu plus important que les coureurs. Je pense même que l’organisation met plus de choses en oeuvre pour l’accompagnement, que pour les coureurs. Nous sommes peut être en train d’oublier qu’une course c’est avant tout des coureurs. J’ai beaucoup de respect pour l’épreuve, pour les personnes qui font que c’est possible. Mais nous sommes en train de tomber dans la construction d’un rendez-vous annuel, qui ne se révolutionne pas, qui perd un peu en saveur. A trop vouloir contenter tout le monde.. A trop vouloir donner sa part du gâteau à chacun… Ce gâteau devient fade.

J’espère que ce n’était qu’une sensation momentanée. Je crois vraiment que la perte de valeurs n’est pas une chute irrattrapable. Remettre au centre : la performance, le respect du dépassement de soit. Remettre au centre les coureurs n’est pas impossible. Peut-être faudrait-il éviter que l’UTMB ne devienne un salon du trail, un disneyland du trail autour d’une course. La course doit être remis en avant. Les supporters doivent rester à leur place. Les commentateurs peuvent commenter, mais je les remercierai de ne pas affirmer.

Quand en partant de Chamonix, je me suis dit que cela me donnait envies de montre un ultra qui me correspond plus. Plus dans le système D. Plus orienté autour du coureur. C’est que cela ne sent pas bon. Je reviendrai bien sur. Car je suis faible, et que la course me fait encore rêver. Par contre, s’agissant de l’évènement. De ces « à côté ». Pitié. Ralentissez sur la présence des marques. Ralentissez sur les lancements de produits. Ralentissez sur les produits dérivés. Ce que les gens aiment dans les kermesses. Ce sont les moments forts de celle-ci. Les « à-côté » ne sont que des parasites. Pas du tout des services supplémentaires ajoutant du gout.

 

11. TOP 50. Envisageable. 

Tout le monde ne peut pas habiter la place du village. Je l’ai toujours su. Je ne m’imagine tout de même pas pouvoir approcher d’un Top 30. Pouvoir approcher de quelques heures les premiers. Mais franchement, un top 50 c’est prenable.

Sur les 50 kilomètres avant la fracture. Et même sur les 70 km suivants. J’ai pu voir qu’avec ma préparation. 100 miles, en courant et marchant rapidement. Sans pause. C’est possible. Cela me confirme une chose. Que ma méthode d’entrainement.. avec un peu de volume OK. tout au feeling et sans trop de dénivelé. Ca le permet. J’ai bien en tête que la descente, ce n’est toujours pas ça. Mais j’arrive maintenant à assez économiser mes jambes pour en avoir sur les derniers tiers de course.

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Sortie de ravito – UTMB – Copyright ?

Je repars de zéro pour les inscriptions à l’UTMB. C’est reparti pour un cycle de trois ans logiquement. Mais j’ai presque déjà en tête l’objectif que je me fixerai : Entre 25 et 27 h. Je pense que c’est faisable. Vraiment. Avec une préparation un peu plus adaptée. Sans bien évidemment l’aléa blessure. Et en bossant à fond sur la technicité et sur les descentes.

Cet échec m’a rappelé qu’on est pas éternel. Si j’arrive à revenir, cela sera pour performer. Si je reviens, on va enlever quelques temps la notion de plaisir tout le temps, pour y mettre de la rigueur, de la sueur, du travail et toujours autant d’envie.

 

Place à la rééducation. 

Bon. Tu prends un chêne centenaire. Tu peux mettre tout l’engrais que tu veux. Il faudra toujours 100 ans. Voilà où j’en suis. Ma fracture me met à l’arrêt total pendant 6 semaines au minimum selon les médecins.

J’ai une volonté totale de tenter de revenir. D’abord à la course à pied. Par la suite à mon niveau. Je sais que cela va prendre du temps. Beaucoup plus de temps, certainement, que ce que je pense actuellement d’ailleurs. Mais, je vais tout mettre de mon côté pour y arriver. Mon protocole médical sera ma nouvelle ligne de conduite. Tant qu’un médecin, voir plusieurs, ne m’auront pas dit (et prouvé) que c’est totalement impossible. Que je ne pourrais jamais revenir à mon niveau. Alors j’y croirai.

Je pense que cette expérience va être follement intéressante. Quand je me lançais dans le trail, et surtout dans mes premiers ultra ; je me demandais vraiment : Est ce que c’est possible de le faire ? Maintenant, l’épreuve est différente. La question aussi : Est ce que c’est possible de revenir ? – J’espère le prouver. Me le prouver !

Au niveau planning. C’est simple. J’annule l’Impérial Trail (mi sept) – L’Ecotrail de WickLow en Ireland (fin sept) et la Diagonale des fous (mi oct). J’espère avoir le droit, et la possibilité physique de reprendre doucement courant octobre. Si cela est possible, je tenterai alors de me préparer sur novembre afin de pouvoir m’aligner sur la Lyon SaintéLyon (153 km) fin novembre/début décembre. Avec l’ambition de la gagne totalement abandonnée, mais simplement le besoin d’en finir pour me sentir vivant à nouveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

25 H DES 25 BOSSES – 8 tours – 129 km – 7040 m D+ – 24 h 06 min.


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Vous retrouverez ci-dessous 7 petits textes que j’ai écrit pour parler de mes #25hdes25Bosses.

Une aventure comme je les aime. Pas de dossards. Simplement une idée fixe. Courir pendant 25 h sur le circuit des 25 bosses à Fontainebleau. Chaque tour représente 16 km et quelques 880 m D+. Départ un samedi matin à 10 h. Pour une journée entière de bonheur et de course. J’ai adoré. Totalement. Vraiment entièrement. C’était juste bien. Juste la sensation de profiter à fond. D’être à ma place. Dans une forêt. Parfois seul. Parfois accompagné. Mais au fond, ce qui compte. Ce qui compte vraiment. C’est simplement de l’avoir tenté.

1/7 • Prendre du plaisir. Etre apaisé. 

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Cela peut paraître abstrait ou complètement loufoque pour certains, mais j’ai réellement pris du plaisir à courir pendant plus de 24 h dans le circuit des 25 bosses. Je parlais de « défi » avant de me lancer dedans. Mais pendant, et surtout après je n’ai pas du tout ressenti cela comme un challenge. C’est comme si c’était normal en fait. Une sortie un peu plus longue que d’habitude certes. Mais je n’ai pas ressenti le poids de la performance à réaliser ou en réalisation. J’ai tout simplement profité du moment que je vivais. Sans chichi. Sans aucun stress. Assez primairement, je pense que cela vient du fait de ne pas porter de dossard. Mais en grattant plus loin, je me rends compte que c’est un ensemble. Un physique suffisant, une bonne gestion de l’alimentation sans trop se prendre la tête, une foulée rythmée mais pas non plus bourrine et des appuis à la recherche constante d’économie… bref, une bonne base pour poser l’équation du plaisir sur ce genre d’aventure. Il faudrait le refaire tous les weekends, que cela ne me lasserait pas. Ce n’est pas de la planitude. Ni la sensation d’apesanteur. J’étais très loin de cette ivresse que je peux avoir sur certaine course. Là, ça avait réellement un goût de vérité.. un goût de repas du Dimanche en famille.. une odeur de feu de cheminée à la campagne.. un plaisir vrai. Quelque chose de fondamentalement apaisant 😌.

 

2/7 • Un terrain technique. Courir avec ses yeux.

 

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Pour ceux qui connaissent le coin, je n’ai pas besoin d’utiliser de flopée de mots pour décrire ce que leurs genoux, cuisses, bras, épaules et mains ont déjà vécu sur ce circuit. Pour les autres, imaginez des séries de 25 côtes de 30 à 60 mètres de dénivelé.. séparées par des sentiers et des monotraces couverts d’épines de pins, de maquis et d’un peu de sable. Ajouter y un passage pas plus large que le périmètre de vos bras, zigzagant entre des rochers de bonnes tailles. Pour le revêtement, cailloux.. cailloux.. et recailloux. Certains aggripant, d’autres recouverts d’une poussière glissante et d’autres encore aussi polis que le parquet de la galerie des glaces. Vous y êtes ? Parfait. Ne manque plus que 2 ou 3 passages roulants pour se relancer.. et une ambiance escalade de temps en temps. On ne prépare pas un UTMB sur ce parcours. On ne prépare pas de courses en particulier d’ailleurs je pense. Il y a certes quelques 900 m de dénivelé par tour. Mais ce n’est pas tant le dénivelé que la technicité qui rend se parcours intéressant. Chaque minute, la concentration doit être pointue. Chaque seconde, les appuis doivent être calculés et calculés encore. Plus que les jambes, c’est le corps dans son ensemble qui doit se mouvoir sur ce circuit. Avant de courir avec ses pieds, il faut courir avec ses yeux 👀.

 

3/7 • Un tour seul dans la nuit. 

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Je me suis retrouvé seul. Dans mon petit short. Avec mes petites chaussures. Et ma petite PETZL. C’est très étonnant de se retrouver seul en forêt la nuit. Sans aucune lumière autre que la frontale. C’est très différent des nuits sur un ultra où l’on sait très bien qu’à moins de 10 km devant ou derrière il y a un ravitaillement avec du people. Une sensation réelle de solitude. Profonde. Ce genre de solitude qui pèse. Qu’il faut savoir gérer. Pour ne pas craindre du sombre. Pour ne pas avoir peur de ce que l’on ne peut pas voir, mais que l’on peut si facilement imaginer. C’est très angoissant de passer entre deux pans de rochers sombre et froid. De se sentir compressé par ces masses rocheuses inamicales. Cela fait réfléchir de sauter des crevasses en sachant que personne n’est à des kilomètres. Cela fait se sentir libre d’être emprisonné dehors. Il y a bien quelques animaux qui vous rappellent la vie. Les deux yeux de renards qui brillent dans le faisceau de la PETZL. Le bruit des chouettes qui décollent à votre passage. Mais c’est troublant. Comme c’est difficile de ne pas faire de crise d’anxiété. Comme c’est dur de ne pas s’imaginer ce qui pourrait se cacher dans la partie sombre. Hors de son champ de vision éclairé. J’avais peur de me confronter à cet aspect avant de me lancer ce Samedi. J’y ai pensé pendant plusieurs semaines avant. Je suis content d’avoir vécu cette expérience et d’avoir su garder le contrôle sur cette frayeur que je pensais me faire. Ne pas avoir sombré. De n’être pas partie dans une frénésie anxieuse. Être resté focus sans s’enfermer dans une sur-concentration. Bref, un beau voyage intérieur au bout de la nuit 🌚.

 

4/7 • Un peu de logistique. 

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Je n’aurai pu faire ce délire des 25hDes25Bosses sans un minimum de logistique. Rien de fantastique hein. Mais voilà les quelques appuis sans lesquels je n’aurais pu y arriver. Tout d’abord :

(1) Mon coffre de ravito. J’ai placé au début de ma boucle une box (1m^3) de rangement. Dans laquelle se trouver : 18 L d’eau, 3 L de coca, des gels, du saucisson, des pistaches, du comté, des affaires de rechange, des batteries, une PETZL de rechange et un peu de matos médical. Ma plus grande crainte : Que des sangliers alléchés par l’odeur décident de se faire ma box’ en mon absence. Merci les gars de ne pas être passés 🐗.

(2) Du balisage pour la nuit. Si vous avez déjà fait les 25 bosses de jour, vous savez à quel point il est déjà facile de se perdre en suivant le marquage léger Rouge. Alors de nuit, je ne vous raconte pas. Merci à l’UT4M pour le prêt des balises (x160) ! Et surtout merci à Ronald, Claude et son acolyte pour le balisage – débalisage. À charge de revanche 😉 (3) D’un point de vu sécurité, je suis resté léger sans toutefois me mettre en danger. Pour le froid de la nuit, j’avais en permanence ma Salomon Bonatti   sur moi ainsi qu’un t-shirt manche longue et une couverture de survie dans mon sac. En cas de pépin, mon portable – son chargeur et une batterie portable afin de prévenir les secours. Enfin, merci à Guillaume pour le prêt de sa balise GPS qui en plus de permettre (presque facilement 😂) de me retrouver pour courir, m’aurait permis de balancer un signal SOS en cas de gros pépin. Je n’ai pas fait la traversée d’un 7000 au fin fond d’un territoire inconnu et hostile certes. J’étais à Fontainebleau.. on va se calmer ^^. Mais la sécurité était tout de même un facteur à prendre en compte pour se lancer dans ce genre de délire sans trop se mettre en danger.

 

5/7 • L’ambiance et le partage. 

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9 h 25. Mon père me dépose gentillement en voiture. Nous sommes sur l’A6. Et là, je me dis « Et si personne ne vient. Ça va être long 25 h tout seul ». Heureusement, dans la réalité, beaucoup sont venus m’accompagner. Je l’ai déjà beaucoup dit, je n’apprécie que peu le fait de courir en groupe. J’aime la solitude du coureur. Et j’ai cette satané tendance à faire le fanfaron quand je cours en groupe. Bref. C’est pas mon truc. Mais quand on se lance sur ce genre de délire, être accompagné, c’est franchement agréable. Au final, je pense que 25 personnes différentes m’ont accompagné. Nous n’étions jamais plus de 5 ou 6. Et la plus part du temps 3 ou 4. Parfois, je me mettais devant. Parfois je restais un peu derrière. Il n’y avait pas de règles. C’était au Feeling. Comme souvent. Certains se sont vu rapidement distancés (désolé) et d’autres ont dû baisser leur rythme pour traîner le zombie sur les dernières heures. Parfois, nous ne parlions plus. Pendant des dizaines de minutes. Ce genre de silence qui dit « Pas besoin de parler. On sait ce que l’on est en train de faire là. Ensemble. » D’autres fois nous nous échappions autour de sujets très trail. Et puis on se racontait nos vies. Nos souvenirs. Du partage à l’état brut. Il y a eu peu de chanson.. mais je me rappelle d’une bosse montée au lever du soleil orange brûlant. Me voilà chantant « Ingonyama bagithi baba – Sithi uhhmm ingonyama – Au matin de ta vie sur la planète – Ébloui par le dieu soleil – À l’infini, tu t’éveilles aux merveilles – De la terre, qui t’attend et t’appelle… » Et quelques bosses plus loin « Putin.. tu m’as foutu le roi lion dans la tête ». C’est ce genre de petits trucs qui était Cool. Et il y en a eu pleins.. Se retrouver dans la nuit.. Avec deux personnes qui ne se connaissent pas. Et qui ont tous deux leur femme enceinte de 8 mois et une / trois semaines qui les attend à la maison. Situation étonnante. Je suis dans la Forêt de Fontainebleau. Il est 4 h du matin. La fraîcheur de la nuit est bien là. Mais ces deux personnes ont décidé de m’accompagner alors qu’à tout moment ils peuvent être appelés pour leur grand moment à eux. Et après on dit que c’est moi le taré.. au final, j’aurai pleins de choses à raconter sur l’aspect aventure humaine. Sur la bienveillance qui m’a été portée et sur celle que j’ai aussi tenté d’avoir avec mes accompagnateurs. Une chose est certaine. Je les remercie. Seul. Je serai aller au bout. C’est certain. Mais seul je n’aurai pas pris autant de plaisir. Ça me donnerait presque envie de recommencer juste pour cela. Et ça c’est Top.

 

6/7 • Statistiques & perf’. 

 

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Je déteste la fausse modestie. J’ai pour exemple Dutronc (Jacques) en la matière. Ce petit bout d’homme définit merveilleusement bien ce qu’est la modestie : « C’est l’art de se faire louer une seconde fois ». J’aime ce panache qu’il y a dans la vanité. La vanité a été mise au pilori par la bien-pensance (Bordel.. fait avoir de sacré bollocks pour sortir cette phrase 😂). C’est à vomir pour moi. Je n’aime pas en faire des caisses. Et j’essaie de garder les pieds sur terre. Mais quand j’estime que je fais un truc bien, que pour moi, selon mes critères, c’est « Quand meme pas mal ». J’aime bien pouvoir le dire. Alors Bon.. 24h06 minutes – 8 tours des 25 Bosses – C’est quand même pas mal.. c’est pas ouf non plus hein.. mais c’est pas mal ». Trêve de blabla.. On passe aux chiffres : Mes temps au tour : Tour 1 = 2h20 / Tour 2 = 2h10 / Tour 3 = 2h33 / Tour 4 = 2h43 / Tour 5 = 3h09 / Tour 6 = 3h16 / Tour 7 = 3h14 / Tour 8 = 3h01 – Bref, cela fait une moyenne de 3h au tour. On est bien loin du record officieux (apparemment autour de 1h30). Mais c’est assez dur de trouver des statistiques officielles et d’être sur que le parcours a été parfaitement respecté. En tout cas, je crois que je prends les 3 records suivants (si vous avez des infos de meilleurs performances, je suis preneur 🙂) : Record du nombre de tours (x8) – Record du nombre de tours en 24 h (x8) – Et record de temps sur 8 tours (24h06). Cela ne sert pas à grand chose. Mais au mieux ça a le mérite d’exister. Et puis surtout ça donnera peut être envie à d’autres de péter les scores. Ce qui est selon moi complètement faisable. Je suis presque impatient que cela arrive d’ailleurs 🙂

 

7/7 • Et puis quoi maintenant ? 

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Dimanche 31 avril. 12h06. Je viens de finir mes 25hdes25bosses. Deux questions se posent maintenant. Je me les pose d’ailleurs naturellement. (1) Quel avenir pour les 25hdes25bosses ? (2) Et maintenant je fais quoi moi ?

[1] À la première question, je n’ai pas encore de réponses. Pourquoi pas proposer à quelques tarés de tenter à nouveau le truc à plusieurs l’an prochain mais en version un peu plus officielle. Ça serait sympa de voir plusieurs personnes le tenter. Et je suis sûr que cela pourrait aller au bout. Cela pose pas mal de questions de logistiques – D’autorisations – D’assurances – etc. Et tout cela me fait un peu suer (chier.. utilisons les mots). Donc, vers une officialisation de ce format ?! Je ne sais pas. Enfin, je n’y suis pas encore prêt. Et si je me chauffe il va falloir une bonne équipe bien motivée (Et folle). Bref, je vais regarder ça.

[2] À la seconde question.. Ben.. à vrai dire.. ça m’a beaucoup plu ce délire. Je continue à en chercher d’autres. Sur d’autres terrains et sur d’autres formats. Je pense faire un format un peu plus court sur mes terres du Bois De Vincennes fin Juillet pour préparer l’UTMB. Mais il y a tout de même quelque chose qui me titille très très fort. J’étais encore en forme à la fin des 8 tours. J’aurai bien aimé continuer. Je n’ai pas pris longtemps pour me décider d’ailleurs. Ça a commencé à me trotter dans la tête en buvant ma Goudale de fin de course. J’ai déjà trop envie de le tenter = Les 10 tours des 25 Bosses. Ça me donne beaucoup trop envie. 160 Km – 9000 m de dénivelé. Un bon format selon moi. Bref, vous l’aurez compris. On peut déjà se donner rendez-vous en 2020 pour que j’aille chercher cela 🙊

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Récit UT4M Xtrem 2018 (170 km – 11.000 D+) – 13ème au général – 11ème Sénior Homme – 32 h 19 min 25 sec.

Récit UT4M Xtrem 2018 (170 km – 11.000 D+) – 13ème au général – 11ème Sénior Homme – 32 h 19 min 25 sec.

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Pas de chronologie dans mon récit de cette fois.

D’une part, cela n’aurait pas de sens au vu de l’expérience vécue. Elle n’a pas été une succession d’évènements en actes distincts, mais une expérience entière presque à huit clos que l’on consomme d’une bouchée seule.

D’autre part, j’en suis incapable. Mes souvenirs ne s’attachent pas à des moments, ils ne sont ni temporels, ni géographiques. Ils sont une masse copieuse qui va me prendre un peu de temps à digérer et à exploiter pour le futur.

L’ensemble de ma course.. enfin ce que j’ai pu en ressortir avec le peu de recul que j’ai pour l’instant.. Tout peut se résumer avec cette petite histoire : « Deux petites souris tombent dans un pot de crème. La première, paniquée, écrasée par le poids de l’épreuve à affronter renonce rapidement et se laisse noyer. La deuxième, qui a décidé fermement que son jour n’est pas arrivé, se débat tant et tant qu’elle finit par transformer la crème en beurre et s’en sort ». Je suis cette deuxième souris.

 

1 – Avant un Ultra, tout est en apesanteur. 

13h. @ Parc François Mitterrand à Seyssins. Pas de traversée de Grenoble bitumeuse cette année. Le plan vigipirate écarlate a décidé de préserver nos crampons pour les massifs.

J’y arrive 3 h avant le départ. Je dépose les sacs d’assistance et m’allonge dans l’herbe. Je tente de dormir un peu. Quelques fourmis m’en empêchent. Je pratique sans le vouloir mon exercice de respiration que j’ai pris l’habitude de faire avant les courses (inspiration & expiration lente par le nez). Je suis très détendu. Aucun stress. Aucune sensation qu’il va se passer quelque chose d’énorme pour moi dans les dizaines d’heures à venir.

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La ligne de départ est quelques mètres plus bas dans le champ. Les coureurs sont tous allongés dans l’herbe en surplomb. Il règne ici un état de pesanteur rare. Les corps semblent flotter au dessus de leurs chaussures. Les lois de gravité ne semblent pas s’appliquer sur nous.

Les mouvements sont lents mais méthodiques. On ne remplit pas sa flasque comme on le ferait avant de partir à l’entraînement, dans un éclat d’eau arrosant les alentours du robinet. On prend garde à ne pas faire tomber une goutte sur le bord. On a presque le doigt qui vient essuyer la dernière goutte d’un coup de pouce en revers.

Les discussions sont simples, mais pleines de bon sens. « Comment te sens-tu ? Qu’est-ce qui te fait le plus peur ? As-tu déjà réfléchi à ta gestion du sommeil ? ». En réalité nous ne nous posons pas réellement de questions les uns les autres. Nous ouvrons chacune de nos phrases par un « Moi je… ». « Moi, je suis plutôt reposé. Moi, ce qui me fait le plus peur c’est la longueur des montées et des descentes. Moi, j’espère ne pas m’arrêter dormir ». Exprimer sa vision, sa sensation permet à l’autre d’en faire de même par la suite. Tout en gardant une base de comparaison à laquelle se rattacher. Triste être limité que nous sommes. Heureusement, il y a parmi les coureurs ceux qui arrivent à rire, à sourire. Et je ne parle pas de ceux qui le font faussement.. Pour évacuer la tension. Je parle de ceux qui te sortent la vanne magique.. placée au bon moment.. dans la bonne cadence.. avec le bon angle.. assez forte pour que tous l’entendent. Vous en rapporter quelques unes serait hors-contexte et tomberait à l’eau maintenant. Mais je suis sûr que vous pouvez imaginer le genre de remarques vives d’esprit dont je veux parler. Je n’ai pas encore assez de détachement pour jouer le rôle de ce faiseur de magie, mais merci à ceux qui l’ont fait sur le moment. Leurs sursauts a plané dans l’air et nous a permis à tous de sortir de notre conditionnement (ultra) dans lequel nous étions plongés.

Mon ami Christophe m’a rejoint. Nous discutons très sérieusement. Nous ne tentons pas de nous épater l’un l’autre. C’est agréable. Un organisateur a dû nous repérer et vendre la mèche. Nous enchaînons les visites de deux journalistes. « Bonjour. Je suis journaliste pour xxxxx. Je fais un papier sur l’UT4M Xtrem, et les organisateurs m’ont indiqué de venir voir le mec assis là bas avec sa Casquette Verte. Ça vous dérange si je vous pose quelques questions ? ».

Sans narcisse aucun, je commence à m’habituer à cela. Non pas que j’en ai fait des centaines, mais je commence à sentir ce que recherche la personne en face de moi. Les mots qu’elle veut obtenir. Les sensations qu’elle veut faire passer. À moi de réussir à m’exprimer pour faire passer le message que je veux porter.

« Pourquoi je me lance dans un Ultra de 170 Km ? Par ce que je pense qu’il est essentiel d’être imprudent. On vit au quotidien enfermés dans un bureau, puis dans des villes très éloignées de notre nature animale. L’envie de faire de l’Ultra c’est l’envie de sortir de cela. C’est l’envie d’être imprudent. De sortir de son quotidien. Et physiquement, c’est un moyen de se retrouver. Seul. Face à soi même. Mais profondément seul. Sans assistance ou presque. Sans applications qui nous simplifient la vie. Sans remèdes qui nous guérissent de presque tout. Avec sa bite et son couteau. »

« Le meilleur moment pour moi ? Ça sera assurément la nuit. Quand je suis seul dans les bois ou au sommet d’une montagne. J’éteins ma lumière une poignée de secondes pour bien profiter de cet instant au milieu des ténèbres ».

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Bref. Vous l’avez compris. L’exercice est de placer des sensations en quelques phrases et espérer pour que celles qui ne soient pas reprises par la journaliste soit celles où vous avez dit une bonne grosse banalité. Et puis au pire. On s’en fout. Ce ne sont pas une dizaine de mots imprimés sur du papier qui vont altérer l’aventure que vous allez vivre. Lâche toi bonhomme.

Journalistes abreuvés. 45 min avant le départ, nous pouvons recommencer nos discussions planantes. Je suis terriblement impatient d’y être. Ce n’est pas tellement la sensation du départ que je souhaite impatiemment. C’est plutôt la sensation d’être dedans. Après 7 ou 8 h de course. Quand les deux pieds sont bien dedans et que la fatigue n’a pas encore toqué à la porte. Ces quelques heures délicieuses où tout se passe aussi bien que possible dans le meilleur des mondes. Les moments plus dures à passer me manquent aussi. C’est vrai. Je le dis moins. Mais j’aime ça. Quand c’est vraiment dur. Quand physiquement tu es au bord du gouffre, et qu’il ne tient qu’à toi d’être combattant. Encore quelques heures et j’y serai.

Un bénévole fait signe plus bas. Il est temps de se lever et d’aller dans le sas de départ. En avançant, je tente de me rappeler de ce que je me disais juste avant la Diagonale. Je m’en souviens « Mais qu’est ce que tu fous là ? Toi. Petit parisien fêtard. Tu ne sais pas dans quoi tu te lances. Tu vas peut être passer 2 jours ou même 3 jours sur les sentiers ». Je n’ai pas du tout le même ressenti cette fois. Je n’ai tout simplement pas l’impression de me jeter dans l’inconnu. Est-ce que je pars vraiment pour 170 Km Et 11.000 D+ D- ? Oui. Et bien pourquoi je n’ai pas peur ? Pourquoi je ne ressens pas ce saut dans le vide ? Tout simplement car ce n’est plus une découverte. Le goût de la nouveauté a disparu. Mais c’est un nouveau goût que je découvre, celui de l’envie de réussir. Pas simplement d’aller au bout, mais d’aller au bout le mieux possible. C’est tout nouveau pour moi cette sensation sur cette distance. Je pense que j’apprécie et que ce goût va me rester aux papilles encore pendant quelques courses.

 

2 – On m’a vu sur la ligne de départ et dans le Vercors… sauter à l’élastique.

Les affaires obligatoires ont bien été vérifiées. Je suis dans le sas de départ. Sans hésitation aucune, je pars droit en direction de la ligne de départ. C’est devenu naturel. J’y suis bien. J’ai la sensation d’être à ma place. 1 an en arrière, il ne me serait même venu à l’idée d’y passer rapidement pour prendre une photo. « Première ligne au départ d’une course.. qui plus est un Ultra.. ce n’est pas pour les gens comme nous. C’est des ovnis les mecs qui sont là bas. Des tarés de la course qui ne font que ça de leur vie. Je pense même que la plupart sont professionnelles. » Voilà, ce que j’aurai pu prononcé alors. Je pense même que je l’ai eu dit. Comme quoi. Tout change. Bien heureusement. Et d’ailleurs « Hey.. toi.. Le moi d’il y a un an. Sache que les gens devant sont vraiment des gens tout à fait comme toi. D’ailleurs tu peux venir devant. Cela ne tient qu’à toi. Il te suffit d’en avoir envie. Ce n’est pas réservé. Et au passage, aucun d’entre ceux qui sont là ne sont professionnels.. tu rencontreras simplement des êtres qui sortent du commun et de grands passionnés ».

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Quelques visages familiers sont là. Ça tape dans les mains. Ça se souhaite bonne course. L’ambiance est géniale. Je profite à fond. Je regarde un peu à droite de moi. Je repère des visages inconnus. Mais plus pour longtemps. La détermination dans les yeux, le physique affûté à l’épreuve du dénivelé.. leur visage est maintenant gravé dans mon Pokédex. Ça va partir fort je le sens. Mais je m’en fous complètement. Je sais comment moi je veux partir. Dans le trail en général, et dans mon UT4M ce n’est pas tant LA course qui m’intéresse.. c’est MA course qui m’intéresse. Je ne fais pas en fonction des autres. Bien sur, j’interagis, je partage avec les coureurs croisés, et je n’hésite pas à prendre les relais quand c’est mon moment ; mais je vis réellement les courses pour moi et pour moi seul. Très égoïstement. D’ailleurs toute ma pratique de la course est basée sur ce fondement : Je préfère m’entraîner seul. J’aime bien partir seul à l’autre bout de la France ou du monde pour une course. Et je déteste par dessus tout la fausse émulation de groupe (ambiance séminaire). Je ne pense pas que cela soit une tare. Mais je sais que des idiots me le reprocheront. Tant pis, je continuerai sans eux. TUUUUUUUUUUUUUUUUUUUT !! Le départ est donné.

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Je pars à mon rythme. Sans forcer. Au bout de quelques kilomètres, je suis dans le Top 10. Je ne force pas. Cela avance tout seul même si l’on attaque rapidement la montée. En même temps, cela fait 3 jours que je n’ai pas couru. Ça faisait des mois que je n’avais pas couru pendant 3 jours. Je vais avoir le temps de me rattraper sur les 170 prochains kilomètres.

Le premier massif c’est incroyablement bien passé pour moi. Enfin je dis incroyablement, mais en réalité cela c’est passé exactement comme je le pensais. J’étais sûr avant la course de pouvoir l’avaler assez facilement. Dans ma tête ces 40 premiers Km dans le Vercors étaient vraiment un apéritif, quelque chose avant que la vrai course ne commence. Je m’y étais conditionné. Mon cerveau savait bien que plus vite je l’aurai passé, plus vite je pourrai commencer réellement à rentrer dans mon Ultra. Je suis plutôt très satisfait. C’est la deuxième course que j’arrive à faire (Après le Mad’Trail) sans caler dans les 10 premiers kilomètres. Le travail paie.

Ce que j’en garde comme souvenir : 3 moments :

Le premier : L’arrivée au premier sommet. La vue est dégagée sur tout Grenoble, mais surtout sur l’ensemble des massifs que nous allons traverser. J’ai bien repéré la Bastille juste au dessus de l’arrivée. C’est là qu’il faut aller. Je le garde en tête.

Le second : Juste après le sommet, en redescendant par des chemins de 4×4 dans les alpages, la lumière rasante de la fin de journée soufflant dans le dos, des photographes effectuent des prises de vues aux drones. Je l’entends décoller à mon passage et me suivre sur une grosse centaine de mètres. Dans ma tête, je me dis : « Soit élégant si tu veux passer dans la video ! En fait non. Tout le monde va se dire ça. Et il y aura toujours plus élégant que ta foulée parisienne au milieu d’un Vercors si montagnard. Réfléchi.. réfléchi.. et si tu faisais une Pierre Richard ? Un bonne grosse gamelle.. Bien débile.. En se prenant le pied droit dans le mollet gauche.. tu le tentes ? ». Le drone s’arrête. Tant mieux.

Le troisième : Le tremplin olympique de Grenoble 68. Aaaaaaaah. Je l’avais bien repéré dans toutes les vidéos que l’on peut voir sur YouTube s’agissant de l’UT4M. Je me suis clairement prévu une attaque au 60 % de l’escalier pour finir en courant. Et puis disons le franchement, avec l’UTMM, les marches, cela me connaît. Les supporters sont là nombreux. Grosse ambiance pour finir la montée. Je lance mon attaque. Je ne sais pas si vous avait déjà monté un tremplin olympique.. mais c’est plus long que ce que je croyais. Ce n’est pas grave. Je sers un peu les dents et j’accélère. Cela laissera peut être des traces, mais il faut aussi savoir se faire plaisir en Ultra. Ma petite fanfaronnade à amuser les supporters. C’est très sympa. L’ambiance est bonne. Et puis je sais que dans quelques heures cela ne sera plus du tout la même ambiance au milieu de la nuit.

 

3 – Lors d’un trail.. le bénévole s’appelle Claude. 

À l’image de mes arrêts dans les bases de vie, l’ensemble de mes passages aux ravitaillement ont été éclairs. Je passe de moins en moins de temps dedans. Pour les fanatiques du chronométrage officiel sachez que j’ai passé très exactement 4min13sec à Vif (Base de vie n°1) / 9min00sec à Rioupérioux (Base de vie n°2) / 12min08sec à St Nazaire (Base de vie n°3). Et puis je ne vous fais pas le détail des ravitos classiques, mais en gros c’est 30 sec à 2 min quand ça allait, et 4 à 6 min quand ça n’allait pas.

Les ravitos étaient formidables. Il n’y a rien à dire dessus. Les bénévoles étaient pro-actifs, vigilants et attentionnés. La nourriture était bonne, goûtue et assez variée. Qu’est ce qu’on peut demander de plus ? De la pastèque ? De la Chartreuse ? Et ben il y en avait aussi ! Mais bon, les ravitaillements c’est pas mon truc. Enfin c’est pas tout à fait cela. J’aime les ravitos, mais ce que je préfère c’est les fuir. J’aime ce moment délicieux où l’on quitte le ravitaillement sous des applaudissements qui disent « Allez.. bon courage bonhomme ». Un réel bonheur. J’essaie de toujours avoir un mot ou un geste en partant. Pour remercier d’une part et pour provoquer une réaction d’autre part. Puis, il faut le dire. Je pense réellement que le temps passé au ravitaillement est du temps perdu. Beaucoup me diront « C’est peut être là aussi que tu récupères pour aller plus vite plus tard gneu gneu gneu.. ». Je n’y crois pas trop pour moi. J’ai déjà testé les arrêts plus longs. Cela n’a pas mieux fonctionné. Alors maintenant c’est remplissage des flasques à fond, picorage et fin de l’alimentation en solide en partant. Je suis rapide là dessus. Mais je suis sûr de pouvoir encore gagner du temps.

Le sentiment le plus étrange est celui que je ressentais sur les 5 ou 6 derniers ravitaillements. Beaucoup de coureurs dessus (Les challenge – Le master – Les 40…) et donc forcément pas mal de supporters. J’avais le sentiment d’être regardé.. presque épié. « Regarde c’est un Xtrem.. il a l’air mort.. » – « Tiens.. il y a un malade du 170.. comment il fait ? » – « C’est quoi déjà les dossards rouge ? ». C’est sympa d’un côté. Tu es une curiosité. Mais d’un autre côté tu te dis rapidement que tu es jugé. C’est surement dans la tête tout ça, mais j’ai vraiment ressenti le poids des regards.. les vibrations de quelques mots prononcés sur toi.. c’est aussi pour cela que je fuis cet endroit.

Pour ceux qui connaissent le film Fight Club, ils connaîtront la citation suivante : « Dans la mort, un membre du projet Chaos s’appelle Robert Paulson ». Et bien là, c’est décidé. À vie. À jamais pour moi : « Dans le trail, un bénévole s’appelle Claude Deladoeuille« . Claude. C’est la belle rencontre de mon UT4M. Claude est professeur de mathématiques pour des lycéens sur Grenoble. Mais durant son temps libre, Claude est bénévole sur l’UT4M. Plus précisément, il est le chef de tout ce qui tourne autour du balisage. La pose, les ouvreurs, les serres-files, le rebalisage et le débalisage. Ce n’est pas la première fois que je rencontre un bénévole et que je discute un bon moment avec. Mais là j’ai rencontré une personne formidable. Ce genre de personne bienveillante, souriante et professionnelle à la fois. On ne dit jamais assez l’importance des bénévoles pour les courses. Sur l’UT4M, ce sont près de 800 personnes qui sont en action. 800 ! Non, mais ALLO ! C’est plus une simple association sportive là. C’est une réelle entreprise (au sens sociétal du terme). Une hiérarchie, une organisation, un management, une gestion des risques et des responsabilités, une logistique militaire, une vision et bien évident tout cela gracieusement. J’ai rencontré Claude il y a quelques mois sur Instagram. Je ne vous ferai pas la liste de toutes les BA qu’il a pu faire envers moi pendant ces quelques jours sans arrière pensée.. Sans espérer une quelconque reconnaissance.. simplement par humanité et par envie. Cela fait tellement du bien de rencontrer quelqu’un qui avance.. qui a envie.. qui réalise.. cela donne envie de retourner l’ascenseur. Il est donc décrété que Claude est l’exemple des bénévoles.. le pire c’est que cela ne va pas lui plaire que je dise cela. Mais je le pense réellement. Il ne fait pas de tour de magie, il ne sauve pas des vies, il n’envoie pas des fusées sur Neptune, mais c’est un de ces héros ordinaires dont on aime conter l’histoire et que l’on aime surtout entendre conter la sienne une pinte à la main. Cela fait quelques mois que je cherche une thématique pour réaliser un documentaire sur le trail. Et bien, je crois que j’ai peut-être trouvé. Cela serait un docu-biopic en suivant son quotidien dans l’organisation de l’UT4M. C’est passionnant de l’entendre parler des « à-côté » de la course. C’est terriblement intéressant de comprendre comment la mécanique d’une course se construit et se gère. C’est fabuleusement respectable de prendre en pleine face l’engagement de ses bénévoles pour simplement quelques centaines de gars qui veulent faire quelques kilomètres en montagne. J’en profite pour glisser une petite promo (qui ne m’a pas été demandé je vous rassure). Si vous souhaitez découvrir l’envers du décor d’un ultra-trail, les coulisses, les rouages.. je vous conseille fortement de vous renseigner auprès de l’organisation de l’UT4M. Les équipes sont sensationnelles. Le directeur de course est un plus grand passionné que j’ai pu rencontrer dans ce sport. Et apparement, de ce que j’ai pu constaté, tous les bénévoles sont fiers de leur réalisation et ils reviennent tous d’année en année. Bref, si ça vous tente.. l’UT4M 2019 c’est en Juillet l’an prochain 😉

Sebastien ACCARIER

(Claude –  deuxième en partant de la droite. Regard concentré)

(Merci à lui d’avoir accepté d’apparaitre sur mon blog… qui a priori est une référence mondial en terme d’audience sur le web – Private joke 😉 ). 

 

 

4 – La nuit – Le brouillard – Les ténébres. 

Il est des instants magiques. Ceux où votre esprit s’évade à mille lieux de votre corps. Un tel moment me revient. Il n’est pas loin de 3 h du matin. Je suis reparti du ravitaillement de La Morte depuis quelques kilomètres. La nuit est sombre. Le brouillard est épais. Je ne vois pas à plus de 2 mètres devant moi. Ma PETZL forme une masse blanche devant mes yeux. Suivre le sentier devient de plus en plus difficile. Je m’en écarte régulièrement. J’essaie de ne pas trop le faire, car je sais qu’il peut y avoir des précipices à quelques cm de mes pas. Une chute et c’est l’éternel sommeil assuré. Vous êtes dans l’ambiance. Cool. Je suis seul à ce moment là. J’avance à un rythme soutenu. Le bruit de l’air forme une chanson harmonieuse dans mes oreilles. Ma cadence est musicale au frottement. Je commence à fredonner :

 » Marcher dans le sable

Se sentir coupable

Dans les herbes hautes

C’est sûr tout est de ma faute

Savoir dire tant pie

Avoir juste envie

Rester dans son lit

Tout ça m’est interdit

Il faut que quelqu’un m’aide

Je n’ai qu’une seule vie

À trouver le remède

Je n’ai qu’une seule vie

Chaque jour cette pensée m’obsède

Je n’ai qu’une seule, une seule vie ».

Pourquoi cette chanson ? Pourquoi maintenant ? Je ne sais pas. Mais c’est un bonheur immense. Un rocher d’un mètre de haut apparaît devant moi. Je quitte le sentier pour y grimper. Je suis debout dessus. La truffe au vent. J’arrête de fredonner. Je me retourne. Personne. Je regarde devant. Rien. Le brouillard. Je n’ai aucune idée du relief à côté de moi. Peut être qu’une falaise immense se dresse à ma gauche. Peut être qu’un Lac s’offre à moi à quelques mètres. Je respire un grand coup. Je ferme les yeux. J’éteins ma PETZL. J’ouvre les yeux. Je ne vois rien. Pas le moindre petit contraste. Tout est profondément noir et pourtant j’ouvre grand les yeux. J’hume l’air. Le vent semble s’être arrêté. Pendant une seconde, je m’imagine seule sur terre. Je la vois tout entière ronde.. Et moi seul posé dessus. Tout cela a duré une vingtaine de secondes seulement. Un moment magique qui restera gravé longtemps.

Vous le savez sûrement déjà. Etre en groupe n’est pas du tout ma préférence (à moi….). J’affectionne ces moments de solitudes fantastiques. Ils sont pour moi des sources d’envie, de réflexions et de plaisir. La nuit me permet cela. Plus fort que le jour. Souvent, lors des montées en pleine nuit, j’essaie de lever la tête. Regarder loin devant. Au dessus. De déterminer les sommets environnants. En pleine journée, cette tâche est facile. Trop facile. Dans la nuit, c’est impossible. Vous pouvez déterminer avec d’autres critères les reliefs environnants. La force du vent. Sa direction. L’inclinaison du chemin et sa manière de serpenter. La température. Les odeurs. La taille des ruisseaux. La pression dans vos oreilles. Tout vous donne des indications. Mais il n’y a que la nuit qui vous permet d’imaginer le relief. De le créer. De penser le voir. De le dessiner dans sa tête. S’en convaincre, sans y croire vraiment. S’en protéger, sans pouvoir rien y faire. J’aime cette sensation.  Je me sens tout puissant. (Bah ouais.. je dessine des montagnes dans ma tête.. c’est costaud quand même !).

Dernières paroles sur la nuit avant que vous ne sombrez. Parole. Que dis-je. Anecdote. Première nuit. Brouillard. Vision à 2 m. Bref, je suis pas loin de deux paragraphes plus haut. Nous avons du mal à repérer les balises. Elles ont beaux être séparées de 20 m à peine, le brouillard est trop dense. En passant à côté d’une balise, on se jette dans l’inconnu quelques mètres. Dans l’espoir de tomber sur la suivante, scintillante quelques mètres plus loin. Souvent, il suffit de suivre le sentier. Mais parfois c’est plus compliqué. Nous sommes à ce parfois. Pas de sentier sous nos pieds. Ce ne sont que rochers et gros cailloux. La concentration pour avancer est déjà immense. Ne pas se faire une cheville en loupant un appui est une priorité. J’avance de rochers en rochers. Cela fait plus de 30 m que j’ai quitté la dernière balise. Je regarde à gauche, à droite, devant, derrière. Rien ne scintille. Je continue encore un peu. Mes appuis tentent de se faire sur les rochers les plus plats possibles. Il ne s’agit même plus d’avancer vite maintenant, mais de trouver le prochain caillou sur lequel poser son pied. Je vois alors une surface plane. Dans ma tête, il s’agit d’une sorte de dalle en béton comme on peut trouver à proximité d’un réservoir, ou d’un abreuvoir. Je lance mon pied gauche dessus. Assuré du maintien que la surface va m’apporter. Lorsque l’avant de mon pied arrive au niveau de cette surface, je suis assez près pour remarquer que ce sol lisse réfléchit ma lumière. Il s’agit en réalité d’un lac d’altitude. PLOUUUUUUUUUUUF. La jambe gauche y passe. J’arrive à m’arrêter avant de basculer entièrement dedans. BORDEL. Je rigole. Demi-tour. C’est reparti. Tu es mignon maintenant, tu marches sur les surfaces planes.. mais en pente, c’est plus sur !

 

5 – Des instants à deux. 

Adorer être seul. C’est un fait. Mais je ne crache pas non plus sur des moments en petit groupe. J’en ai vécu quelques uns sur l’UT4M. Trois moments principalement. Il y en a certainement d’autres, mais je ne m’en souviens pas.

Le premier, c’est joué en deux actes. Le premier dès les premiers kilomètres après la ligne de départ. J’avais repéré, un gars plutot ultra-affûté. Crâne rasé. Casquette blanche à poids rouge de meilleur grimpeur visée sur la tête. Je comprendrai en discutant avec lui le pourquoi de la Casquette. Nous avons pris un départ rapide. Les 3 premiers commencent à prendre le large. Ils accélèrent clairement pour mettre de la distance. J’avance bien, mais je ne force pas non plus. Rapidement, je me trouve un compagnon de rythme. Nous avons la même allure. Nous nous présentons l’un, l’autre. Il s’appelle Nicolas (Perrier je crois). On me l’a montré de loin avant la course en disant « Lui. C’est du très lourd. Il est spécialisé sur les Km vertical ». Nous échangeons un peu. C’est la première fois qu’il se lance sur un 100 miles. Il ne sait pas trop comment son corps va réagir. J’ai un peu l’impression de parler avec un champion de rally, qui monterait pour la première fois dans une formule 1. Sa vision est intéressante. Il me décroche rapidement quand le % devient trop important. Je le retrouve 6 h plus tard. En attaquant Oyssans. « Aaaah. Bah t’es là toi. Ça va toujours ? ». Deux potes à lui l’encouragent quelques centaines de mètres. Ils le charient « Nico. Ca fait quoi d’être au même niveau qu’un parisien ? ». C’est bon esprit. On se marre pas mal. En discutant par la suite il me dit « C’est parti super vite. On est sur le temps du record de l’UT4M là. Ceux qui sont devant sont parti ultra fort. Ça va péter devant à un moment ou à un autre« . L’entendant dire cela, je me dis : Premièrement, qu’il va falloir que je m’économise tout de même. J’ai beau ne pas avoir l’impression de puiser dans les réserves, c’est vrai qu’on a bien avancé jusqu’à là. Et deuxièmement, je discerne dans sa phrase de l’ambition. Je sens qu’il va aller chercher l’avant de la course à un moment.

Là, il est tapis dans l’ombre, près à bondir. J’espère sincèrement pour lui qu’il va réussir. Dans le plat et le faux plat je me place naturellement devant. Dès que cela monte plus, il passe devant et je tente de m’accrocher. Il impose un gros rythme. Nous faisons à deux l’ensemble du Km vertical avant d’arriver à Laffrey. Clairement, c’est lui qui est à la manœuvre. Je le sens dans son élément. Il me fait un peu sortir de ma zone de confort dans la vitesse ascensionnelle mais ça passe. Une fois en haut, il relance rapidement et disparaît dans la nuit. Je ne le reverrai plus.

Mon second souvenir non solitaire est au 128ème Km. Après la dernière base de vie (St Nazaire). J’ai plus de 25 h de course dans les pattes. Et surtout je suis en train de revivre après un passage à vide total de 40 Km dans Belledone et après une dizaine d’heures sans énergie. J’attaque le dernier massif. Bienvenue en Chartreuse. Comme cadeau de bienvenue, je vous propose un bon petit 1500 m D+ jusqu’au prochain ravitaillement (Habert de Chamechaude). Parfait.. quand on commence à revivre.

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J’opte rapidement pour la stratégie de ne pas monter seul. J’ai un peu parlé avec deux coureurs du 100 Km. Je pense qu’il s’agit d’un couple (j’apprendrai le lendemain qu’il s’agit d’un frère et de sa soeur.. Oups). Ils semblent avoir bien compris que je suis entamé. Je me glisse derrière le garçon. Je lui demande « Désolé. Je me mets dans tes mollets. Ça te dérange pas ? ». Il accepte gentiment. Je ne vais pas le lâcher. Je ne vais pas beaucoup discuter non plus. Mon regard ne va presque pas quitter ses mollets de toute la montée. Je ne sais pas combien de temps cela a duré. 1h30. Peut être deux heures. Sa soeur est en tête. Elle tient un super rythme. J’arrive à tenir derrière. C’est ouvertement très difficile pour moi. Mais je ne réfléchis plus. Mes jambes avancent mécaniquement. Je me refuse à m’éloigner de plus de 2 m du frérot. Lorsque cela arrive, je tremble de peur de ne plus les avoir et je remets un petit coup pour les rattraper. Je suis une sangsue du trail. Je les remercie plusieurs fois. Peut être trop de fois. Je ne suis plus du tout lucide de tout façon. Le gobelet accroché dans le dos du frère, qui balote à ma vue, vient de m’adresser la parole pour la seconde fois. Il a la voix du doubleur français d’Eddie Murphy (Med Hondo). Je ne me rapelle plus trop ce qu’il m’avait dit. Un truc du style « Héé. Mec. Tu vas pas t’arrêter là ? Bouge ton popotin et fini cette course. Je te le dis ! » Bref, le bonheur des hallucinations. Nous nous quittons au sommet. Merci à tous les deux. Seul. Je n’y serais pas aussi bien arrivé.

Troisième est dernier souvenir à deux. Les 20 derniers kilomètres avec Thibault (Pesenti). Cela faisait des heures que je n’avais pas vu de coureur de l’Xtrem. Apres un ravitaillement, dans un virage en commençant une côte, je dépasse un coureur. En le faisant, je jète un œil à la couleur de son dossard. Il est rouge. « Ça va ? Tu tiens ? ». La conversation s’engage. Ça fait du bien de se savoir avec quelqu’un qui a vécu la même chose que toi depuis le début. Non pas que les autres coureurs n’étaient pas sympa. Mais là, tu as vraiment l’impression de faire partie de la même tribu. Nous restons ensemble. Il connaît à merveille l’ensemble de la fin du parcours. C’est un gros plus à cet instant de la course où l’envie que cela se finisse devient de plus en plus grande. Nous allons parcourir les 20 derniers kilomètres à 1 m l’un de l’autre. Nous passerons la ligne d’arrivée ensemble. Deux choses m’ont marqué. La première, c’est simplement l’image de nos deux corps courant dans Grenoble sur le bitume. L’un à côté de l’autre. Nous ne savons plus courir. Notre foulée est carrée. Nous avançons nos deux pieds plats sans dérouler d’aucune façon. On croirait deux animaux dont les pattes sont trop courtes par rapport à leur corps. Peut importe. Dans notre volonté de continuer à avancer nous sommes beaux. La deuxième chose qui m’a marqué, et surtout pour laquelle je remercie Thibault c’est sa réponse à mon ras-le-Bol de tous ses lacets en descente que nous effectuons depuis des dizaines de minutes. Nous courrons tout le temps. J’en ai complètement marre. Nerveusement je suis à bout. Grenoble est bien visible au dessous. Mais nous perdons trop peu d’altitude à chaque lacet pour s’en rapprocher rapidement. C’est interminable. J’ai envie de m’arrêter et de marcher. Je lui dis. Il me répond le plus simplement du monde « Tu te vois marcher là dessus. Ça va être encore plus chiant. Plus vite on court et plus vite c’est fini« . C’est tout ce que j’avais besoin d’entendre. Merci Thibault.

 

6 – Onze mille.. croix V bâtons. 

11.000 – Onze Mille. 11 fois mille. Franchement, entre nous, vu comme ça, cela ne veut rien dire. Ce n’est qu’un chiffre (un nombre.. ok). « Je pars sur un Ultra.. 170 Km Et 11 mille mètre de dénivelé ». Là, où tout le monde va tiquer, c’est bien sur le 170 Km. Pas sur le 11 000. Et pourtant c’est bien lui qui fait tout. 11 kilomètres de montée. Et surtout, on l’oublie trop souvent, c’est aussi 11 kilomètres de descentes. Rappelez vous de la dernière fois que vous avez couru 11 Km. C’était quand même un bon petit morceau en terme de nombre de pas.. de temps passé. Et bien maintenant, placez ce référentiel en direction du ciel. Montez le. C’est long. Ok. Maintenant. Creuser un trou de 11 Km au dessous de vous. Descendez y. C’est long. N’est ce pas ?

J’avais un peu oublié depuis la Diagonale ce qu’était le gros dénivelé. Le Mad’Trail m’avait fait une piqûre de rappel en juillet. Mais ce n’était pas suffisant. Quand on s’entraîne dans une côte de 34 m, on n’est pas prêt. On ne peut pas imaginer ce que c’est. Ce que cela fait à notre corps. Comment s’y prendre. C’est juste inimaginable. Quelle violence. Toutes ces montées. Avec des % affolant. Et la longueur infinie de ces descentes. Comme c’est dur. Comme le corps souffre. Cela se voit bio-mécaniquement parlant sur le corps d’ailleurs. En écrivant ces quelques mots, dans le train pour Chamonix, deux jours après l’UT4M, je place ma main droite sur ma cuisse, mes doigts se calent sur les reliefs créés par ma viande (on se calme hein.. je ne vais pas me lancer dans la littérature érotique). Des nouveaux muscles sont apparus. Coucou vous. J’ai beau courir 100 bornes par semaine minimum. Mes cuisses sont formées. Mais là, 11.000 m de D+ et de D- ont fait apparaître de nouvelles formes inconnues. C’est troublant. Je ne me reconnais plus trop. Ce n’est pas à moi cette jambe. Retirez moi ça vite.

C’est Bon ? C’est parti ? Top. Ma main droite quitte ma cuisse pour monter sur mon épaule gauche. Bordel. Mais là aussi. C’est quoi ce délire. Mes muscles poussent aussi sur les bras maintenant. C’est nouveau ça. Oui. C’est nouveau ça. Et il y a une bonne raison. Enfin deux. Deux bouts de bois à vrai dire. Des branches mortes. Ramassées. Juste pour pouvoir continuer à avancer. Et Oui. Moi. L’anti-baton. J’ai utilisé des bouts de bois pour avancer sur l’UT4M. Pour rappel, il y a encore deux semaines sortait un article où j’expliquais que « pour moi.. les batons.. c’est de la triche mécanique« . Je le pense encore d’ailleurs. Mais avec une telle quantité de dénivelé j’ai cédé à l’appel des branches mortes. Ok. Je suis parti comme sur la Diagonale. Sans bâtons. En me disant que de toute façon, moi, je suis habitué à courir sans. C’est plus pur. C’est ça la vrai course. Je n’ai pas besoin de deux déambulateurs pour avancer. C’est pour les autres çà. D’ailleurs, quand je regarde le Top 20. Je le vois Bien. C’est pour eux ça. Mais attend. Je suis le seul à pas les utiliser ? Lui. Il en a. Lui aussi. Lui aussi. Aaaaah lui, il en a pas. Ah non. J’ai rien dit, il les a dans le dos. Ok. Bon tu n’es pas non plus têtu à ce point la. Si t’es vraiment le seul à ne pas les utiliser, il faut peut être se poser la question ? Non ? Tu penses pas ? Je me suis réellement dit cela apres le 3ème ou le 4ème ravitaillement. Lorsque pour la 3ème fois de suite, les bénévoles m’ont interpelés alors que je quittais le ravito « Heeeey. Tu oublis tes batons !! » –  » Euh. Ben j’en ai pas ». Le fait que cela soit tellement naturel pour eux qu’on ait des batons m’a un peu marqué.

A partir du Km 88. La question ne se posait plus. J’étais juste incapable de grimper à bonne vitesse sans utiliser des bouts de bois. Chaque montée commençait par 400 mètres de recherche de bois mort pour me fabriquer deux batons. Je pense que j’ai du passé 70 Km avec des branches d’arbres dans les mains. Je me suis fait les bras, je peux vous le dire. Et je vous parle pas des ampoules aux mains. En tout cas, cela à bien fait rire les autres coureurs croisés. « Sympa les nouveaux Leki » – « Et bah alors cromagnon.. ». Mais au final, je dois l’avouer. C’est tellement, mais alors tellement plus simple avec des batons. Cela vous porte en montée, et vous stabilise en descente. Je suis un peu déçu d’avoir céder à cette facilité. Mais je pense vraiment que si je veux continuer à progresser dans les classements, il va falloir que je m’y mette. Je pense gagner facilement 2 h rien qu’avec les batons sur les formats proches de l’UT4M. Je n’ai pas encore fait définitivement ce choix. Mais 2 h. 120 minutes. On ne peut pas cracher dessus.

Dernière chose sur les bâtons. Étant donné que j’ai ramassé du bois mort, je ne pense pas prendre de sanction sur des points de règlements liés à la protection de la nature. Par contre, j’ai un doute sur le droit ou non d’utiliser des bouts de bois comme batons. Je me dis que s’il est interdit de mettre des bâtons dans les sacs assistances, ce ne devrait pas être autorisé d’utiliser des bouts de bois trouvés, qu’on ne porte pas tout le long de la course ? Non ? J’ai un doute. Et ce doute je l’ai eu tout le long de la course. Je ne me suis pas caché avec mes bouts de bois. Je rentrais dans les ravitos avec. Si c’était interdit. On me l’aurait dit ? Non ? En tout cas, promis. La prochaine fois. Soit je pars sans bâton. Et je m’interdis d’utiliser des branches mortes. Soit je m’achète des batons et je mets 2 h de plus à mes pronostics.

 

7 – Plus de son. Plus de lumière. Je crois que le disjoncteur a sauté. 

Nous sommes très précisément au kilomètre 87,6. Je viens de ressortir de la seconde base de vie de Rioupéroux. J’ai une grosse 15ène d’heures de course dans le corps. La descente des – 1400 m de D- très sèche pour atteindre la base vie m’a bien massacré. Le jour commence à se lever. Je redoute ce moment. Je vis généralement mal les passages de la nuit au jour. Pour ne rien arranger, c’est gros km vertical tout de suite au petit-déjeuner. Quelques 1100 m D+ à faire en 4 Km. J’avale quelques pistaches en commençant la grimpette. Rapidement, je me sens de plus en plus faible. Je m’endors complètement en avançant. Mes yeux se ferment. Ma démarche n’est pas bonne. Je slalome sur le monotrace montant. Je me ressaisis plusieurs fois avant de tomber dans le ravin. J’attrape un gel et l’avale aussi sec. Je m’arrête un instant en me tenant à un arbre. Mes yeux n’arrêtent pas de se fermer. J’ouvre une de mes flasques et me lance de l’eau sur le visage. Je tente de repartir. 50 mètres plus loin. Plus de son. Plus d’image. Je m’arrête net. Le réservoir est à sec. Je ne peux plus faire le moindre mètre. Je m’assoie sur un rocher. Pose mes mains sur mes genoux. La tête tombe toute seule. Je n’arrive pas à la retenir. Je m’endors quelques secondes. Je me réveille en sursaut. Tiens bon. Tu ne peux pas t’arrêter là. Il faut que tu continues. J’arrive à me relever. J’avance à nouveau. Chaque Pas est une épreuve en soit. 50 m plus loin. Plus possible. Je m’arrête à nouveau sur un caillou. Je fais le point. Aller. Pose toi. Respire. C’est un mauvais moment ça va revenir. Respire. Mon regard est vide. Je ne pense à rien de manière lucide. Je commence à imaginer le pire. L’abandon. Il reste encore 80 Km et deux massifs entiers. Comment je vais faire. Toute la montée se passe comme cela. Je mets 23 min pour faire le premier Km. 31 minutes pour le second et 35 minutes pour le dernier. PLUS D’UNE HEURE POUR FAIRE 2 KILOMETRES. J’ai beau me rappeler de l’état cadavérique dans lequel j’étais, c’est quand même énorme.

Je me vois tout de même ultra combattant. Vaillant comme jamais je ne l’ai été pour finir ce Km vertical. D’accord tu avances un pas par un pas. Mais au moins tu avances. La tête est base. J’entends un bruit proche à un moment. Il y a quelqu’un dans un duvet qui dort à moins d’un mètre de moi. Je ne l’avais même pas vu. En fait, elles sont deux. Elles voient ma détresse. Me demande si ça va ? Si elles peuvent faire quelque chose. Mon orgueil répond à ma place. « C’est dur là. Mais ça va le faire. Merci ». C’est énorme bonhomme. Continue. L’abandon ne fait pas parti de ton logiciel. L’abandon n’est pas une option. L’abandon est interdit. Je grimpe. Arrivé au sommet, je lance un immense cri de délivrance et de fierté. Un bénévole placé plus haut m’entend. Il me répond. « C’est bien champion. T’es au bout. Continue », en agitant une cloche. Je passe à côté de lui. Totalement dévasté, mais fier.

Sur les 470 partants, 202 personnes ont abandonné. Ça donne le ton. Je crois que c’est la première course que je fais avec un tel taux de DNF (43 %). Selon moi, il y a deux raisons. La première : C’est TELLEMENT DUR. Tout simplement. Venir à bout de cette course est une lutte. Les difficultés résident bien entendu dans la longueur et dans le dénivelé, mais aussi dans la technicité des chemins, qui ne sont vraiment pas tous roulants du tout. La seconde : Il n’y a pas (peu) de barrière à l’entrée. N’importe qui peut s’inscrire à cet Ultra sans avoir à prouver d’une quelconque expérience en trail. On m’a même raconté qu’une femme avait offert le dossard à son mari alors qu’il n’avait qu’un marathon à son compteur. Je suppose un tentative de crime parfait.. mais n’allons pas plus loin. Mais au fond, je comprends le volume d’abandon. Quand je vois l’enfer que j’ai vécu dans l’ensemble du troisième massif. Aaaah. Belledone. Le fameux juge de paix dans cet ultra. Pour moi, Belledonne a tout bêtement été 40 Km dans le fond du fond. Sans jus. Sans jambe. Sans rythme. À m’endormir. À m’arrêter sur des rochers, le regard vide. À tenir avec les tripes pour ne pas tout arrêter. Quel souvenir ! C’est idiot. C’est très certainement mon pire passage à vide dans mon experience en course. Et pourtant je pense que c’est un de mes meilleurs souvenirs. Celui qui m’a permis en quelques heures d’obtenir des mois et des mois d’expérience. Celui auquel je penserai la prochaine fois que cela m’arrivera. Celui qui me fait dire que si j’arrive à résister à des moments comme cela alors rien ne m’est impossible.

Beaucoup de coureurs sont venus me voir pendant mon passage à vide. Quand j’étais en difficulté pour avancer ou quand je m’arrêterai pour comater. Je les remercie tous. Même si c’est très chiant de répéter pour la 25ième fois que « Ça va. Je respire un peu. J’ai tout ce qu’il me faut. Merci » avec un simili-sourire. Même si c’est chiant. Au fond, cela fait du bien. Cela sort quelques instants la tête du seau. Échanger c’est déjà tenter de repartir. Parler c’est l’amorce du premier pas. Heureusement que beaucoup on était là pour moi.

La lumière s’est rallumé après la troisième base de vie. 10 h en enfer. Si j’y avais été réduit, je pense que j’aurai rampé. Ma détermination était immense face à mon échec mécanique cuisant. Je pense tout simplement que comme un noyé, j’avais besoin de toucher le fond pour remonter à la surface. Et quel rebond. Qui aurait pu croire que j’arriverais à avaler cul sec le dernier massif (Chartreuse) après m’avoir vu dans un tel état dans Belledone. Personne ! Enfin, en tout cas, pas moi. Le corps humain est incroyable. J’espère encore en découvrir d’autres, des comme celle là.

 

8 – Ceux qui ne sont pas là. 

Courir c’est courir d’abord pour soi. Mais c’est aussi courir pour ceux (qui sont loiiiiiiiin de chez eux..) qui ne sont pas là. Bien entendu que quand je cours, je le fais pour moi. Pour mon plaisir. Mais maintenant c’est n’est plus possible de le faire pour moi uniquement. Il y a des parties prenantes à ma course. Surtout quand il y a un suivi Live de la course qui ne peut qu’apporter crainte, erreur de jugement, insomnie et foulure du doigt à force d’appuyer sur « actualiser » pour ceux qui suivent.

Je le sais. Je suis suivi. Et en premier lieu par ma copine. J’y pense énormément en courant. Quand ça va pour passer le temps. Quand cela ne va pas pour tenir. Et plus globalement, je me sens responsable de ses craintes. Dépêche toi d’arriver au ravitaillement idiot ! Elle doit flipper derrière son écran. C’est drôle. C’est comme si c’était une difficulté en plus dans la course. Les chemins, la nuit, le froid, la fatigue, les rochers, la boue ne sont pas suffisants. Il fallait se mettre cette chose en plus. Je le dis en rigolant. Bien sur. Mais il y a toujours un peu de cela. La peur de décevoir. L’envie de ne pas inquiéter. Et surtout l’envie d’envoyer un petit message « Tkt. Je gère. Gros bisoux. » Au milieu de la nuit. Il faudra que je prenne le temps de le faire une fois. Mais je lui ai tellement dit que « Je n’utilise pas mon téléphone en course » – « Ne t’inquiète pas si tu n’as pas de nouvelles » – « C’est si je t’appelle qu’il faut commencer à t’inquiéter ». Ces indications sont tellement ancrées que j’aurais peur de lui faire faire une crise cardiaque pour un petit Sms rapidement envoyé. On verra bien. En tout cas, sache (par ce que je sais très bien que tu vas lire cet article) que ton bracelet m’aide énormément. Et que chaque bisou que je lui fais quand ça ne va pas et multiplier par mille (au moins) en t’arrivant.

Il y a aussi la famille, les amis. Pour eux c’est différent. L’objectif premier n’est pas tant de ne pas les inquiéter, mais plutôt de les rendre fiers. Je ne sais pas pourquoi je le vis différemment. Pour eux, je veux simplement aller au bout. Ne pas revenir la tête basse et trouver une explication du pourquoi.. du comment.. cela n’a pas marché. Ça m’arrivera forcément un jour de bâcher une course. Ce jour là, cela sera très difficile pour moi de revenir en les regardant droit dans les yeux. Savoir qu’un jour j’aurai à dire « Je ne pouvais tout simplement plus » me panique.. m’angoisse. Cela sera une épreuve à affronter.

Et enfin, je cours bien évidement aussi pour ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux. Beaucoup placent en moi une source d’inspiration. J’ai du mal à le comprendre d’ailleurs. Comme je le dis souvent, tout le monde est capable de faire ce que je fais. Avec un peu d’envie, de la motivation et surtout en plaçant la notion de plaisir très haut dans la pratique du trail. Pour eux, ce n’est ni la volonté de ne pas inquiéter ou celle de rendre fier, cela n’aurait pas de sens. Pour eux, il s’agit de tout faire pour ne pas les décevoir. Cette pression sociale qu’au final j’ai créé moi même ne me dérange pas. Elle me stimule d’ailleurs bien souvent à aller de l’avant. Et puis quand d’ailleurs, des supporters ou des coureurs en course encourage la casquette Verte, j’ai toujours un regain d’énergie qui m’aide à continuer.

 

9 – Les points positifs. 

32 h de course, c’est long. Certes. Mais cela permet de bien identifier des fondations, des opportunités, des erreurs de fabrication, des vices cachés.. Pas simplement par flash comme l’entraînement. Mais dans le fond. 170 Km suffisent bien à cela. Les lacunes ancrées émergent, les facilités éprouvées font surface. Commençons par le positif.

Pour la première fois depuis toujours je crois, je n’ai pris aucune gamelle. Aucun gadin. Aucune mise à terre. Il y a bien eu quelques dérapages, mais aucun n’a réussi à démontrer sur le cobaye que je suis la loi universelle de la gravité. Pas de chute. On pourrait prendre cela comme de la chance. Mais, je ne crois nullement en cela. Si je n’ai pas chuté c’est pour plusieurs raisons selon moi. J’ai été très vigilant. Très concentré tout le long de la course. Rares sont les pas, les appuis, les prises de risque qui n’étaient pas calculés.. assumés.. choisis. Oui.. il y a bien entendu eu des petits moments d’égarements. Des pieds qui glissent. Des trajectoires incertaines. Des torsions de cheville. Mais je suis content de mettre toujours bousculé pour me focaliser sur la bonne marche à suivre. Nombreux ont été les « Reprend toi bonhomme. Concentre toi ». Et je suis content qu’ils aient tous fonctionné. Et puis je pense que l’entraînement plus technique que je me suis imposé ces derniers mois commence à payer. Des automatismes se sont créés. Je suis sur la bonne voie.

Autre point positif.. Qui peut paraître, je le conçois, complètement indolore. Mais qui pour moi change beaucoup de choses et le fait de n’avoir pas (enfin très peu) regarder ma montre. Cela fait depuis la dernière SaintéLyon que je regarde de moins en moins ma montre en course. Avant c’était un choix, pour faire passer les kilomètres plus vite. Maintenant c’est un besoin. Regarder rarement ma montre me permet de me focaliser à 100 % sur moi. Sur mes sensations. Je me connais bien maintenant, et surtout je sais de mieux en mieux m’analyser. L’indicateur kilométrique, la vitesse, l’altitude.. tous ces petits indices ne rentrent plus dans ma table de décision. Le corps avant la machine. Les sens avant la science. Il y a d’ailleurs un mode extinction de l’écran automatique après 5 sec sur ma Suunto Spartan Ultra. Ça économise la batterie.. Et des noeuds au cerveau.

Continuons la liste des bons points. Qu’est ce que l’on a maintenant ? « Gestion de l’eau, de l’alimentation et du matos« .. Ah. Vaste sujet quand on commence à courir. Pour ce qui est de l’eau, j’ai testé une nouvelle méthode : 2 flasques 500 ml devant et une troisième dans le filet dans le dos. J’avais un peu peur du ballottement dans mon Salomon ADV Skin 12 L. Mais au final, c’est passé comme dans du beurre un chaud matin d’été. 2 à 3 petites gorgées de manière régulière. Et des grosses gorgées quand la soif se fait sentir. Un petit check sur la couleur en urinant. Et hop. On continue. Pour l’alimentation, pas de problème. Mon fonctionnement avec pas mal de gels en course et du grignotage aux ravitaillements a bien fonctionné. J’ai ajouté deux sachets de pistaches au 80 et 120 ème km pour l’apport en sel et en potassium. Je pense que c’est le bon moyen pour moi de tenir sur ce genre de distance. J’ajouterai certainement la prochaine fois des aliments avec plus de goûts pour le plaisir. On verra. Enfin, le matos. Bah. Tout simplement, aucun problème. Suivant à la lettre ma règle du « Pas de nouveaux matos, inconnu, non-éprouvé en course officielle ».. j’étais rodé. Ça a roulé. Grosse satisfaction sur les chaussures. Au final, je me suis parti sur les Salomon S/Slab Ultra. J’avais un peu peur de subir le poids au fur et à mesure des kilomètres par rapport à mes traditionnelles Sense 6 SG. Mais au final, aucun soucis. C’était parfait. Le confort qu’elles apportent est tellement agréable au bout de 90 – 100 km. On oublie rapidement qu’on aurait pu gagner quelques grammes.

LE POINT DE SATISFACTION que je retiendrai s’il devait en avoir qu’un seul. « Avoir eu les tripes de continuer« . C’est rare pour moi d’y penser, voir inacceptable dans ma manière de concevoir ma pratique du Trail : J’ai pensé à abandonner. Ça n’a pas duré longtemps. Mais j’y ai pensé. Ce n’est pas contagieux je vous rassure. Lorsque j’étais au fond, très profond. Quand plus rien ne fonctionnait en moi. Quand chaque pas devenait un effort surhumain. Quand pendant 40 Km, je me voyais tituber comme un ivrogne qui court après un bus qu’il ne rattrapera pas. Quand dans ces moments, plus rien n’allait.. me dire que je suis allé puiser au fond de moi l’énergie.. l’envie de continuer. Malgré tout. D’aller chercher la ligne d’arrivée avec les tripes. Et bien je suis très très très content de cela. Passer par ce genre de petite victoire sur soi même t’apprend plus que des milliers de séances d’entraînement. Je suis armé pour la prochaine fois. Je sais que si je suis au plus mal. J’aurai vécu ce mal déjà une fois. Et comme en probabilité : Quelque chose qui s’est déjà produit une fois à plus de probabilité de se reproduire que quelque chose qui ne s’est jamais produit » alors je serai prévenu.. prévenu que c’est possible de gagner face à ce mal la.

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Dernier point de satisfaction : Je n’ai pas eu de douleurs physiques intenses.. terribles.. intenables.. Enfin si. Bien sûr que si que j’ai eu ces douleurs physiques intenses.. terribles.. intenables.. mais j’ai réussi à en faire totalement abstraction. Sans en plus avoir besoin de me le dire.. Ou de m’y obliger. L’expérience acquise sur la gestion de la douleur commence à bien fonctionner. J’avais compris que c’était possible de décider qu’on a pas mal en regardant une video de Kilian. Une petite interview, où le plus simplement du monde Kilian expliquait que le mal c’était dans les jambes et dans la tête. Mais que si tu décidais que ce n’était que dans la tête. Et que si c’est dans la tête, alors, au final, cela n’existe pas. Et bien tu peux vivre avec le fait que cela n’existe pas. Conseil vu. Conseil avalé. Conseil digéré. Conseil appliqué. La douleur c’est dans ma tête. Elle n’existe pas. Cela a fonctionné parfaitement. Et en plus, sans que j’ai eu besoin d’y penser. C’est parfait. (Aucun rapport, mais je fais la même chose lorsqu’il fait très froid. J’ai beau être en t-shirt par – 5°C dans la rue. Mes lèvres peuvent être bleues.. ma peau crispée de gelure.. mes poils dressés. J’arrive facilement à me dire qu’en réalité. J’ai chaud. Et en une fraction de seconde. Je le ressens. C’est fabuleux).

 

10 – Les points d’améliorations. 

Passons aux sujets qui fâchent. Non. Elle ne me plait pas cette introduction. Ce ne sont pas des sujets qui fâchent. Ce sont des points à améliorer. De la matière à travailler. De l’argile à transformer en penseur. Ma seule crainte.. passer à côté d’un tas d’argile posé là parmi les autres. Et ne pas le travailler. Risquer de glisser dessus la prochaine fois. On verra bien. Et puis ça laissera de la matière pour continuer à me modèler..

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Primero. Je trouve ça fabuleusement génial de sortir un Top 15 sur un Ultra. Se dire « OK. C’est cool. Même très bien. Mais tu peux encore et toujours progresser ». Trouver à s’améliorer alors que cela a plutôt pas trop mal fonctionné. J’adore. Ça me passe le message que l’apothéose est encore loin. Je n’ai pas atteint mon max. Loin de là d’ailleurs. Mais pour continuer à le rechercher j’ai déjà quelques pistes :

L’utilisation des bâtons. Bon. Ça fait chier. Vraiment. Vraiment. Vraiment chier. Mais je pense que si je veux gagner facilement une ou deux heures sur ce genre de format. Je n’ai pas le choix. Je dois retourner ma veste et accepter la triche mécanique que j’ai tant décrié. D’un côté je me dis.. Cool un nouveau territoire d’expression qui va en plus te permettre de gagner du temps. De l’autre, je me dis.. si tu as reussi à en y arriver là c’est aussi car tu cours sans bâtons.. Gros dilemme. Je pense que d’ici quelques semaines j’irai en tester en boutique. On verra si cela me plait. Affaire à suivre.

LE GROS POINT NÉGATIF sur la course : J’ai beau y penser depuis 1 semaine. C’est impossible, mais alors complètement impossible pour moi de comprendre le passage à vide que j’ai vécu. J’ai vraiment réfléchi à tout.. J’ai fait tous les schémas.. j’ai imaginé toutes les hypothèses.. je ne comprends toujours pas. D’où ça vient ? Pourquoi ? Est-ce que quelques choses l’a déclenché ?.. Pas de réponse. Je vais encore beaucoup y penser. Nombreux seront les ongles rongés.. Ou les kilomètres effectués en y pensant. Je garde espoir de comprendre. Et puis.. au pire des cas.. ça m’arrivera à nouveau.. mais là je serai prévenu. Vigileant. À l’affût du pk ? A la chasse du comment ? À la traque du déclencheur !

Dans le TOP 20. Seul à ne pas avoir de batons. Ok. On va peut être tester les batons. Mais aussi un peu le seul à ne pas avoir d’assistance, d’accompagnants sur les ravitiallements et sur les segments. Seul. Sur 170 Km. C’est long. Seul. Et voir que les autres ne le sont pas. C’est être encore plus seul. Je sais que je vais y passer aussi. Demander à des personnes de faire mon assistance. J’y suis prêt. Il faut simplement que tout comme en amour, je rencontre la bonne personne. Ps : ceci n’est pas un appel à SOS amitié. Je n’en suis pas là. Mais je me suis beaucoup posé la question. Je suis incroyablement solitaire dans ma pratique du trail. Et je pense qu’au fond, j’aimerai bien être assisté.. supporté.. accompagné.. ça ne marchera peut être pas. Mais j’ai le sentiment qu’il faut que j’essaie. Je ne veux pas passer à côté.

Dernier point d’amélioration. La connaissance du parcours. Bon.. là.. je n’y suis pour rien. Je ne connaissais même pas Grenoble. Mais de manière générale. Ne pas assez travailler sur le profil de la course, ne pas assez se renseigner sur le terrain. Les spécificités du parcours. Y aller un peu trop à l’arrache. Je sens que c’est un gros point négatif. Je suis parti sur l’UT4M Xtrem, comme on part sur un marathon. « De toute façon.. Ca va être long.. pas besoin de se documenter ». Erreur petit bonhomme. La connaissance c’est le pouvoir. Et quand tu as le pouvoir tu as tout ! (Oui. Je finis en piochant un dialogue de Scarface pour l’appliquer au Trail. Pourquoi pas.. il y en a bien qui utilisent des bâtons pour courir ^^).

 

Conclusion. 

J’ai pris l’habitude de terminer sur une citation Ou une chanson. Ça sera bien le cas je vous rassure. Mais juste avant j’ai quelque chose d’important à dire. Ma pratique du trail passe avant tout par le plaisir. C’est très important pour moi. L’UT4M m’a encore une fois rassuré là dessus. Je continue à prendre du plaisir. J’en prends même de plus en plus j’ai l’impression. Mais, même s’il faut retenir le plaisir, le petit truc en plus qu’y résumera bien mon aventure.. mon plaisir : Cette fois, ce qui m’a vraiment plu.. ce n’est pas la foulée, la nuit, le parcours, le paysage, les ravitaillements, l’ambiance, les bénévoles, les descentes, les montées… cette fois, ce que j’ai vraiment aimé, c’est que j’ai aimé douter.

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Sur un air d’ Englishman in New York – Sting :

I don’t take coffee, I take tea, my dear

Je n’fais pas de D, je fais l’Hamster, My dear

I like my toast done on one side

J’aime repasser dans mes montées

And you can hear it in my accent when I talk

Et tu peux voir cela dans ma manière de courir 

I’m an Englishman in New York

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien 

See me walking down Fifth Avenue

Regarde moi baver dans le KV

A walking cane here at my side

Le regard vide en contre plongée

I take it everywhere I walk

Je l’amène toujours en montagne

I’m an Englishman in New York

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien 

Oh, I’m an alien, I’m a legal alien

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien 

Oh, I’m an alien, I’m a legal alien

Je suis un trai – ler Pa – ri – sien !