Récit Trail des Forts de Besançon 2018 (48 km – 2126 D+) – 21ème au général en 04h51min19sec (18ème Senior Homme).

Récit Trail des Forts de Besançon 2018 (48 km – 2126 D+) – 21ème au général en 04h51min19sec (18ème Senior Homme).

Je commence ce récit en citant une interview de Jacques Brel :  » La bêtise c’est de la paresse. La bêtise c’est un type qui vit et qui se dit « Ca me suffit… Je vis. Je vais bien. Ca me suffit… Et il se botte pas le cul tous les matins en se disant : C’est pas assez ! Tu ne sais pas assez de choses. Tu ne vois pas assez de choses. Tu ne fais pas assez de choses. » C’est de la paresse je crois la bêtise.

Enchainé le Trail des forts, deux semaines après l’Ardéchois Trail, c’est un peu ma manière à moi de combattre cette bêtise. De combattre cette paresse. De me botter le cul en me disant « Tu ne sais pas assez de choses. Tu ne vois pas assez de choses. Tu ne fais pas assez de choses.. ». C’est dans cet état d’esprit que j’arrive fatigué certes, mais avec de l’envie à Besançon pour découvrir et venir à bout du Trail des Forts 2018. J’ai bien sûr en tête que je ne suis pas là pour faire une performance, et que je recherche sur cette course plus l’entrainement que le résultat; mais je garde au fond de moi cette envie, cette lueur qui me fera avancer tout au long des 48 km qui nous sont proposés. Et qui sait ? Peut être que cela va bien se passer ! On verra bien.

 

13 h 50 – Samedi – Arrivée à la Gare de Besançon. Veille de course. 

Le voyage m’a semblé très rapide. Je suis content. Cela fait quelques jours que je me dis que si je trouve que ce n’est pas trop loin, je pourrais venir faire des journées d’entrainement ici. Train tôt le matin. Journée entière à courir. Et train tard le soir pour rentrer. Ce n’est pas très eco-friendly comme programme, mais pour l’instant, je ne pense pas avoir trouvé beaucoup mieux pour me changer de Gravelle – Les buttes Chaumont ou bien encore Montmartre.

Il fait une chaleur épaisse. Il fait même lourd cet après-midi. Un bon 25° qui pèse. Je sue rapidement. La météo annonce de la pluie pour la fin d’après-midi, des orages dans la soirée et de la pluie très rafraichie pour toute la journée de demain. Je profite du soleil pour le moment.

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J’ai pris l’hôtel le plus proche de la gare pour ne pas à avoir à porter mon sac trop longtemps. L’alerte de mon mal de dos lors des 10 derniers km sur l’Ardéchois Trail m’a donné une bonne leçon là dessus. Je vais y prendre gare maintenant. Pas de surcharge de poids qui pourrait me faire faire de faux mouvement. Je veux m’économiser pour ne plus souffrir comme cela a pu être le cas. Je veux être au maximum que je peux être sur ma course de demain. J’ai déjà beaucoup de fatigue accumulée. N’ajoutons pas d’autres faiblesses dans le panier.

J’ai à peu près visualiser la topographie de la ville. Etant donné que je suis en sur-plomb, je n’ait qu’à rejoindre le Doubs qui coule un peu plus bas. Une fois arrivé à son niveau, je n’aurai qu’à remonter en aval pour trouver la zone où la course a pris ses quartiers. Je me balade un peu. Le Doubs est vraiment beau à cet endroit. Je le connais bien, mais sur ces 25 premiers kilomètres. Les heures à y pêcher des truites à la mouche ou au lancer il y a quelques années me reviennent. J’ai envie de lancer ma ligne ici aussi. Juste pour voir. Juste pour vérifier que mon âme de pêcheur n’est pas si rouillée.

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En longeant la rivière, je repère en face, sur l’autre quai, des grappes de coureurs avançant en sens inverse. Je me rappelle avoir lu que le Trail des Forts est un évènement sur deux jours. Au vu de la vitesse de progression, de l’équipement et de la silhouette des coureurs, j’arrive facilement à deviner qu’il s’agit d’un 10 ou 15 km. Ils ont de la chance de courir par ce temps. Il fait certes un peu chaud, mais c’est un sacré bonheur de pouvoir en profiter en courant. J’aurai bien fait un tour avec eux. Principe de précaution oblige, je m’interdis encore de participer à plusieurs courses lors du même évènement. Mais cela me tente pas mal. Il faudrait que j’arrive à trouver un événement sur deux ou trois jours, sur lequel je pourrais tenter de faire toutes les distances proposées. Je ne sais pas si cela existe. Je continue mon chemin. L’oeil rivé sur les coureurs.

 

14h30 – Samedi – Retrait du dossard. 

En arrivant à proximité de l’espace du Trail des Forts, j’entends une voiture et un  » Aleeeeeeex’ « . Il s’agit de Pierre Oucif. Un des plus grands dingos de course que je connaisse. (L’idée des 10.000 m de D+ dans Paris.. C’est lui). J’adore son état d’esprit. Il court le 48 km lui aussi demain. Il semble plutôt décontracté pour quelqu’un qui vient d’enchainer le Marathon des Sables et une No Finish Line au champ de mars de 60 ou 80 bornes lors des 3 dernières semaines.

Il descend de la voiture de son grand père. Nous avançons ensemble. Nous parlons un peu de la fatigue d’accumulation respective, du matos pour demain et connaissant le parcours, il m’indique que pour lui le départ est crucial si on veut faire un classement ici. Une montée directement 300 m après le départ en direction d’un fort en surplomb. La redescente vers le Doubs et puis quelques kilomètres de plat sur lesquels on peut envoyer. Je prends bien note de ses conseils.

Nous arrivons aux barrières qui encerclent la zone. Je repère l’arche d’arrivée. Comme à chaque fois je pense qu’il va falloir la passer demain deux fois. Une fois au départ et une fois à l’arrivée. Cela ne m’effraie plus du tout. J’ai plutôt même envie de déjà y être. J’ai l’impression qu’il s’agit de préliminaires. On tourne un peu autour du trou là. Cela en est presque frustrant. Mes chaussures ne sont pas loin, mon short aussi. Je pourrais les enfiler et partir tout de suite. Ca serait pas mal. Mais non. Il faudra attendre 7h30 demain matin. Patience.

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A l’extérieur, je passe un peu de temps à regarder les quelques stands et chapiteaux. Je repère des équipementiers, des sponsors officielles, des médias (France 3 Franche Comté si je ne me trompe pas), le podium et le plus important : La buvette.

Pour rentrer dans l’espace, je passe une arche jaune. Je reconnais le logo. Il s’agit de celui d’ExtraSports.. C’est le même organisateur que l’Ardéchois Trail.. La SaintéLyon.. Le LUT.. etc. On pourra dire ce que l’on veut de l’industrialisation du monde du trail, je trouve personnellement qu’ils gèrent plutôt très bien les évènements. Ils arrivent à les faire grossir sans non plus perdre l’esprit Trail. Et on ne dirait pas comme cela, mais je pense que ce n’est vraiment pas quelque chose de facile de trouver un équilibre entre un événement de grande ampleur, l’esprit trail que l’on aime tant et de l’événementiel professionnel. Chapeau les gars. (Ps : Non.. Je ne fais pas le lèche botte pour avoir mon prochain dossard gratuit. La seule exonération que je m’autoriserais à accepter serait celle d’avoir le droit d’accéder à des dossards Elite. Là. Oui. Pourquoi pas. Mais sinon JAMAIS).

 

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Je rentre à l’intérieur d’un genre de hangar industriel désaffecté, baignant dans l’atmosphère de la course. Le lieu est plutôt bien aménagé. Il y a pas mal de gens dedans, mais c’est totalement respirable. J’ai l’habitude de ne pas trop trainer dans ce genre d’endroit. Là. C’est autre chose. L’atmosphère me plait. J’ai envie de prendre une pinte et de faire le tour. De me poser contre le mur là. Et de regarder les gens passer. Je suis détendu.

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Je m’attarde un peu de temps sur le parcours et sur le profil de la course. Je ne l’ai pas vraiment bien étudié pour le moment. Je tente de l’apprendre par coeur. D’abord, les repères important : Les ravitos. 10ème. 24ème. 39ème. Je me le répète plusieurs fois. Cela fait les sections de course suivantes : 10 km – 15 km – 15 km – 10 km. C’est plus facile à retenir.

Maintenant, chose importante aussi, le nombre de montées. Il y a pas mal de bosses à passer sur le parcours. Jusqu’au premier ravitaillement c’est simple, il y a une… le plat.. une seconde à laquelle on trouvera au sommet le ravito n°1. Ensuite, c’est une succession d’une descente suivi de trois bosses. Je me connais, dans la deuxième, je ne saurai déjà plus où j’en serai. Je tente de faire un effort de mémorisation. Ensuite, ne restera que deux bosses moins sèche, plus roulante et avec un peu plus de distance. Ok. C’est bon. J’ai tout en tête.

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Je regarde maintenant le plan. Je commence déjà à découper ma course, a anticipé là où je pense pouvoir accélérer, là où prendre mon temps. Je repense aux conseils de Pierre sur le départ et sur le plat après la première bosse. Je vais tenter de suivre sa consigne à la lettre.

 

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Un des organisateurs me reconnait et me lance un « Tu fais vraiment toutes nos courses. Ca suffit maintenant ! ». Puis il m’amène pour me présenter le directeur d’Extra-sport. Je trouve cela un peu surprenant, mais je le suis.

Apparement, il me connait. C’est drôle. Nous discutons un peu. Organisation de la course… Nombre de participants… Météo… Ca parle un peu comme si on se connaissait depuis un bon moment. C’est sympa. Il semble avoir bien la tête sur les épaules.. pas du tout complètement déconnecté des réalités. Ca donne envie. Comme à chaque fois que je rencontre un organisateur de trail, je réitère ma demande de mettre en place des parcours plus long. « Pourquoi pas un format Ultra ici ? » « Impossible de reprendre la gestion de la 180° lors de la SaintéLyon pour la rendre plus accessible ? ». Il me répond franchement. M’explique calmement pourquoi telle ou telle chose ne sont pas possibles.. Je retiens principalement, une problématique qui semble centrale : La difficulté de trouver des bénévoles.. Je comprends tout à fait. Je vais consacrer quelques heures de mes entrainements à chercher des solutions. Qui sait. Avec quelques kilomètres dans la tête. LA bonne idée pourrait venir.

On se quitte sur un « Bon.. demain.. TOP 20 ? ». Je réponds : « Aaaah. Je ne pense vraiment pas. C’est impossible. Il y a trop de compétitivité sur cette course selon moi. Les locaux connaissent chaque racine.. chaque cailloux.. J’ai l’Ardéchois dans les jambes. Et je ne me suis pas tellement mis dans la tête un objectif classement, je pense plutôt top 50.. On verra bien ».

Je me tourne en direction de la zone de récupération des dossards. Les bénévoles sont comme d’habitude très souriant et avenant. Je tente de faire deux ou trois blagues. Cela fonctionne bien. Je récupère mon dossard. Cela sera le 745.

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Après avoir posté mon dossard sur instagram quelqu’un a commenté en disant « C’est un bon numéro ça… ». Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bon ou de mauvais numéro. Moi, si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Et c’est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée… Parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l’interlocuteur en face je dirais, le miroir qui vous aide à avancer. Alors ça n’est pas mon cas, comme je disais là, puisque moi au contraire, j’ai pu : et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie… je ne suis qu’amour ! Et finalement, quand beaucoup de gens aujourd’hui me disent « Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? », et bien je leur réponds très simplement, je leur dis que c’est ce goût de l’amour ce goût donc qui m’a poussé aujourd’hui à entreprendre une course trailistique, mais demain qui sait ? Peut-être simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi… J’espère que vous avez la réf’.

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En ressortant du hangar, je croise l’organisateur du Trail du mont d’or que j’ai couru l’an dernier. J’y retourne cette année avec deux collègues. Je crois même que j’ai le dossard n°1.. C’est drôle. Il me parle du rassemblement des courses du coin. Ils mettent en fait en place un championnat régional « Doubs Terre de trail ».. C’est assez incroyable à entendre toute cette dynamique qu’ils tentent de créer autour du trail dans le coin. Franchement c’est ultra motivant. J’aimerai pouvoir les aider.

Ensuite, nous parlons un peu de mon récit que j’avais fait l’an dernier. Il semble l’avoir apprécié. C’est cool. Puis, j’évoque avec lui le nouveau parcours pour cette année. C’est en fait presque le parcours inverse de l’an dernier. C’est dommage. J’avais bien pris mes repères. Mais au final, tant mieux, cela permettra de varier un peu les paysages et de découvrir les mêmes espaces autrement. On continue encore quelques minutes sur la volonté qu’il a de faire un parcours plus long. Cela me laisse songeur. Rêveur même. Bref, pour résumer, on discute trail quoi.

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Je passe récupérer mon T-shirt TRAIL DES FORTS. J’enchaine encore quelques blagounettes avec les bénévoles présents à ce stand. La dame me propose un T-Shirt médium en me voyant arriver. « Tu vas voir.. il taille petit ». Je l’enfile pour essayer. Je nage dedans. J’essaie donc un taille S. Cette fois-ci c’est la bonne taille, mais c’est presque trop moulant pour moi.. Mon passé de Skater refait surface. Tous ces t-shirts trop grands que j’ai portés… La sensation d’été nu sous un grand bout de textile. Aller. Je préfère cela. Ca sera taille M pour moi.

Avant de partir, j’enchaine avec la buvette. Je reste sage. Je prends un Perrier. En fait, en réalité, je veux simplement vérifier qu’il y a de la bière pour après la course demain. Les bénévoles sont super sympas. Je rigole avec eux. Un me lance « Si tu fais TOP 10.. elle est gratuite demain.. ». Belle motivation. C’est improbable selon moi, mais c’est une source de motivation en tout cas. Je file en lui répondant que « Fait gaffe. J’en serai pas loin ! ».

Il est temps de retourner à l’hôtel. En longeant le Doubs, je croise les concurrents du 10 km qui arrivent. J’encourage les coureurs. Certains semblent super frais. D’autres beaucoup moins. Cela me met définitivement dans l’ambiance de ma course.

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Passage rapide par ma chambre d’hôtel. Je vide mes affaires. Je regarde la fin d’un match de rugby entre deux gorgées de malto, puis je pars en quête d’une supérette pour acheter de l’eau. Petit tour dans la ville. 3 x 1.5 L d’eau acheté. Je devrais être pas mal avec cela. Je fais pouvoir me faire un ultime malto.

 

18 h – Samedi – Petit tour en ville. 

Je rejoins un pote. Il était avec moi sur l’Ardéchois (37 km) et il avait abandonné au premier ravito suite à une blessure à la cheville. Il veut prendre sa revanche demain sur le 27 km. Il est avec un pote à lui. On décide rapidement d’aller faire un tour en ville et de prendre un verre en terrasse.

Le ciel s’est couvert. Le beau ciel bleu et la chaleur intense a fait place à un ciel gris, voir gris très foncé et à une chaleur épaisse et lourde. Ca sent l’orage à vrai dire. J’hésite fortement à me prendre une pinte. J’ai tenu jusqu’à maintenant, mais le cadre de la placette, et des tables en terrasse m’en donnent très envie. Je résiste.  » Et pour vous ? Cela sera quoi ? »  » Un petit diabolo grenadine s’il vous plait ! ». J’ai résisté.

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Nous sommes assis là depuis 20 min. On parle de tout et de rien. Mais surtout de Trail. Je sens un peu d’appréhension chez mes deux congénaires. Personnellement, je n’ai pas le moindre stress. Je suis complètement détendu. De toute façon, il n’y a plus le choix et ce n’est pas mon genre de faire marche arrière.

L’orage tonne maintenant. De manière régulière , on entend la force de la nature s’exprimer au dessus de nous. Quelques grosses gouttes tombent. Nous nous mettons à l’abri sous un parasol géant. On vérifie la météo. Ils annoncent de la pluie toute la soirée, des orages pendant la nuit, et de la pluie assez forte demain pendant toute la matinée et le début d’après-midi. J’ai bien fait de prendre ma veste. Nous allons passé de 25° à l’ombre à 7° demain matin. Ca va faire bizarre. Mais avec le recul, je me dis que ce n’est pas plus mal. J’ai tendance à préférer la pluie et la fraicheur ; au soleil et la chaleur quand je pars courir. D’un point de vu terrain, je pense que cela va être un peu boueux, mais pas non plus dantesque ou incourrable. Je décide même de mes chaussures. L’option Speedcross 4 pourrait m’aider sur certains passages, mais sur la longueur, je pense que leur poids va m’handicaper. Je décide donc de partir en Salomon S-Lab Sense 6 SG. Cela devrait passer.

Un dernier grondement dans le ciel se laisse entendre. Mon pote se tourne vers moi :  » Ahhhhhh ! Ce petit bruit qui annonce une bonne matinée ». Je lui souris.

 

19 h – Samedi – Repas de veille de course. 

Nous regardons l’heure. 19h. Il est temps d’aller manger si nous voulons nous coucher tôt ce soir pour être au taquet. Nous gravitons dans les rues du centre. Notre dévolu se jette sur un italien. Les cuisines viennent d’ouvrir. En regardant le menu, j’hésite énormément. Pâtes ou Pizza ? Pâtes = La sécurité. Pizza.. cela ferait un peu trop je m’en foutiste. Pâtes cela sera. J’espère que la sauce ne me dérangera pas plus que cela.

Dans le restaurant, tout autour de nous, c’est clairement le RDV dès coureurs du lendemain. Tout le monde à la même stratégie. Gros italien à la veille de la course. Les serveurs ont pas mal de boulot. Je pense qu’ils n’avaient pas anticipé cet afflux. Ils le sauront pour l’an prochain.

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20 h 30 – Samedi – Retour à l’hôtel et dodo. 

Ayé. Le repas est avalé. J’ai marché jusqu’à mon hôtel pour digérer. Ne reste plus qu’à finir de préparer mes affaires pour demain matin. Cela ne me prends pas bien longtemps. Je sais exactement quoi prendre. Et comment ne pas perdre de temps là dessus.

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Ma seule source d’hésitation réside dans la quantité de gel et de pâtes de fruits à prendre. 48 km. Même si j’en prends un avant le départ, et si je me force à un prendre un tous les 10 kilomètres, cela voudrait dire que je pars sur 4 gels sur moi. Je pense que j’en prends trop, mais je le fais quand même. Je suis déjà sûr que je vais en transporter jusqu’à la fin et que je vais les ramener à Paris par la suite. (Petit Spoil : Oui. C’est bien le cas. J’en ai ramené à Paris. Il faudrait qu’un jour, j’arrive à mieux me cantonner. Histoire de gagner quelques grammes… Et oui.. J’en suis là maintenant).

20h50. Je me déshabille. J’ai une dernière mission. J’enfile mon short et me voilà face au drôle de moment « Ajustement du dossard sur le short ». Première et seconde épingle au top. J’enchaine de suite avec les deux autres. Je teste deux ou trois lever de jambes. Cela fait un peu de bruit, mais cela ne me gène pas. Et puis de toute façon, en courant, je ne m’en rendrai vraiment plus compte. Première fois de ma vie de coureur que j’arrive à accrocher mon dossard d’un seul coup. Cela se fête. Vooooodka ! (non je déconne. Maltoooo !).

Je me glisse sous ma couette. J’ai laissé la télé allumée pour me détendre. Je vais avoir du mal à m’endormir. Entre le multi-ligue 1 et le suivi de l’attaque aux couteaux à Paris, j’ai du mal à m’endormir. 23 h 30. Je ne dors toujours pas. Je sombre vers minuit.

 

05 h – Jour de course.  

Le réveil sonne. J’ai énormément de mal à me réveiller. En plus j’ai mal à la tête. Un mal de tête assez atroce. Celui en roulement de machine à laver. L’impression qu’un tambour tangue dans ma tête. Ce n’est vraiment pas agréable. J’espère que cela va passer en m’éveillant. Je n’ai pas envie de prendre une aspirine.

Je me lève et je file pour prendre ma douche. Je me rends compte qu’il n’y a pas de serviette et que j’ai oublié d’en prendre une. Mon cerveau n’est pas encore actif, mais je prends rapidement la décision de squeezer la douche en me disant que de toute façon, je serai dégeulasse dans quelques heures. Tant pis.

Le mal de tête est de plus en plus grand. Je décide à contre coeur de prendre une aspirine. En la prenant, je sais les effets que cela peut avoir sur moi pendant la course. Des cuisses molles, douloureuses, pas dynamiques. Cela m’effraie. Mais je n’ai pas d’autres solutions.

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Place au ravitaillement. J’entame mon petit déjeuner à base de : Saucisson – Pistaches et flotte. Huuuuuuum. Le bon goût de la charcuterie à 05 h 30. ENJOY. Je me force. Je suis incapable d’avaler quoi que ce soit le matin en tant normal. J’ai l’impression d’être un canard qu’on gave. Seulement là, je suis mon propre bourreau de gavage. Coin. Coin.

 

06 h 15. Il est temps de s’habiller. J’ai rendez-vous un peu plus loin en ville avec Pierre. Son grand père peut nous déposer en voiture au départ. Je range rapidement les affaires qui me sont inutiles. Je finis mes préparations en m’asseyant sur mon lit et en laçant mes chaussures. Je fais de plus en plus attention à ma manière de les lasser. J’essaie de bien accrocher l’ensemble du pied. Je serre de manière assez forte l’avant du laçage, mais je laisse un peu de mou au niveau du haut. Je trouve cela plus confortable d’avoir un peu de jeu à cet endroit là. Je m’y reprends à trois ou quatre fois avant de trouver l’intensité parfaite. J’enfile mon sac et simule une accélération dans le petit couloir de ma chambre. Cela semble parfait. On y va !

 

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Il fait vraiment plutôt frais. Les 25° d’hier et la lourdeur ressentie ont disparu. Il doit faire 7 ou 8° et il pleut. Un temps parfait pour courir quelques heures. C’est ce qu’il faut se dire. Le ciel est gris. Voir gris foncé. Je ne suis pas encore totalement réveillé. Le froid tente de me congeler. J’y résiste. J’opte pour la stratégie mentale. Je me dis « Si tu te dis, qu’il fait chaud, que tu es une source de chaleur.. alors l’impression de froid va disparaitre ». J’arrive à m’y convaincre. Cela fonctionne. Le froid rebondit sur moi et s’en va plus loin.

Je rejoins Pierre et son grand père qui nous emmène jusqu’à l’espace de départ. Nous y serons rapidement. Peu de circulation, un dimanche matin, tôt, dans Besançon.

 

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06 h 57 – Zone de départ. 

Nous arrivons au départ. Je veux rapidement déposer mon sac et filer sur la ligne sous l’arche pour être aux avants postes. Il n’y a pas trop de monde encore. C’est étonnant car nous sommes autour de 800 à prendre le départ dans moins de 30 min. Je profite de la queue vide pour déposer mon sac.

Il pleut un peu plus franchement maintenant. Et la quantité d’eau présente par terre laisse présager de ce qui nous attend sur les chemins. Il est trop tard pour moi pour changer de chaussures. Cela va passer. J’y crois.

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Les conditions météo sont vraiment celles que l’on attend sur une course de ce genre pour pimenter un peu la difficulté. Le froid est quand même bien présent. Pierre et moi sommes emmitouflés dans nos vestes imperméables. Stylistiquement parlant, on est pas au top. Mais ce n’est pas du tout l’objectif principal. Il nous reste 30 min à tenir comme ça. Autant ne pas se refroidir complètement.

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La pluie s’intensifie un peu. Nous rentrons dans le bâtiment pour nous mettre à l’abris. A l’intérieur c’est une ambiance matinale d’avant course. Pas trop de bruit. Des gens un peu stressés.. Qui regardent dehors. Les regards cherchent quelques choses pour les aider. Les têtes tournent dans tous les sens. Cela se sent.. il va se passer quelque chose bientôt. J’adore ce genre de moment. Dommage qu’il y ait peu de photographe à cet instant précis. Il y aurait un joli reportage à faire.

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07 h 10. Départ vers le SAS. 

Quand il faut y aller. Il faut y aller.

Nous trottinons en direction de la zone de départ. Nous avons fait à peine 50 mètres en courant. C’est bon. Cela suffit. On est chaud. On se marre. En arrivant, 20 minutes plus tôt, nous avons vu des trailers s’échauffer plus rudement dans des petites côtes partant de la route. Je ne comprends pas trop l’intérêt. A moins de vouloir faire TOP 3 et de devoir partir à fond pour être tout devant. Je ne vois pas du tout à quoi cela sert. Surtout quand on sait, qu’après 300 m de plat, il y a aura une bonne montée directement qui inhibera toute possibilité de rentrer dans un vrai rythme. Bref. 50 m nous suffissent de notre côté.

Je suis étonné. Nous sommes à 15 minutes du départ et il n’y a personne dans le SAS. Nous sommes tous les deux sur la ligne de départ et personne n’est présent. Nous en profitons pour faire une petite photo. On est pas beau comme des camions en rouge et vert.. tout propre.. Presque trop propre ?

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Les coureurs commencent à arriver derrière nous. Comme d’habitude, la plupart semblent avoir peur de se mettre tout devant. Pas nous. On ne pourrait être plus devant. Première ligne. Au milieu.

Une sorte de cercle.. de zone à ne pas franchir se créé derrière. Une bande invisible de 2 m de profondeur semble empêcher les coureurs de s’approcher encore un peu plus. On se marre à nouveau. Que cela soit Pierre ou moi, nous sommes complètement détendus. Nous n’avons même pas l’air déterminés.

Des coureurs affutés et déterminés nous rejoignent maintenant. Là, ce ne sont plus les mêmes que ceux de juste avant. Ils n’hésitent pas à se mettre directement en première ligne. Il y en a qui ont vraiment l’air chaud patate. Je reconnais Sangé SHERPA, tout sourire. C’est drôle d’être sur la ligne avec des champions de ce type là.

Le SAS est maintenant complet. Je ne stresse pas du tout. Il reste encore 2 minutes à attendre et je ne m’inquiète nullement. Je ne suis même pas chaud. Je souhaite un bon courage à Pierre qui me souhaite bonne course en retour. Il me dit qu’il va se mettre un peu sur le côté. La rangée juste devant nous c’est déjà mis en position de départ. Comme s’ils partaient pour une 1000 m. C’est drôle. Pied gauche en avant. Pied droit légèrement en biais derrière. Ils sont au taquet les mecs.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Le speaker fait monter la pression.

Je vérifie ma montre. Le GPS de la Suunto est particulièrement rapide pour la détection. Sur mon ancienne montre, je devais attendre 5 à 15 min pour qu’il me détecte. Là. Au bout de 20 secondes maximum, je suis détecté. Parfait.

La musique de départ est lancée. Elle est vraiment ultra motivante. (Je vous conseille de vous la mettre juste histoire de se mettre dans l’ambiance -> Musique ici).

10. Devant moi.. Ils sont bouillants.

9. Je sautille.

8. Je relâche mes deux bras en direction du sol.

7. Je regarde un petit coup le ciel.

6. Je souffle un grand coup en fermant les yeux.

5. Je les réouvre lentement. La musique monte dans le rythme.

4. Le speaker nous motive à fond.

3. A dans quelques heures.. ici.

2. Ca pousse un peu à droite.

1. Ca pousse un peu derrière. De toute façon. C’est maintenant.

C’est partiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

DEPART : (Km 0 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 00h00min00sec

Je me décale très rapidement sur la droite pour pouvoir prendre de la vitesse sans être gêné. Je me positionne rapidement dans les coureurs de tête.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Après quelques foulées bondissantes, je me retrouve en première ligne. Cela me permet de discerner à l’avance une très grosse flaque à traverser pour quitter la zone de départ. Je n’essaie pas du tout de l’éviter. Osef. Je passe dedans… A fond.

Sortie de la zone de départ. Virage à droite sur la route. Je suis 2ème. Je me dis « T’enflamme pas non plus.. ». C’est tout plat. C’est le début. Tu vas te faire énormément doubler quand tu vas ralentir. J’ai beau me dire cela, mes jambes avancent toute seul. C’est l’émotion du départ surement. Je ne ressens encore rien au niveau de mon état. Nous sommes parti trop vite. Mon corps n’a même pas eu le temps de m’envoyer des signaux pour me signaler de mon état général. Cela va bientôt venir.

Virage à gauche. Première montée en bitume. Cela attaque direct dans le D+. En temps normal, c’est le genre de côte que tu décides de monter calmement. Là. On est dans un autre registre. Ca envoie du gros. Je n’ai aucune idée de ma vitesse à ce moment précis, mais je pense qu’on est sur du 14 km/h dans un bon %. Autant dire que je ne vais pas tarder à exploser à ce rythme. Je tente de tenir encore peu.

Mes jambes commencent à me dire :  » Oh.. Ohhhhhhh. OHHHHHHH.. mon garçon. Tu vas te calmer tout de suite ! C’est quoi ce départ de taré ? Tu trouves ça drôle ? Ca te fait rire ? PAS NOUS. Soit tu ralenties tout de suite, soit nous on déclenche des crampes. Tu vas voir.. C’est agréable aussi. ». Je redeviens un peu plus sage, je me laisse doubler en ralentissant.

Ayé. Cela fait à peine 3 minutes, et j’ai chaud. Je peux enlever ma veste malgré la pluie (un peu plus fine maintenant). Premier virage à droite pour récupérer un sentier. Je passe au pas. Pas mal de coureurs me doublent. Les gens sont un peu surexcités sur ce départ. Comme s’ils étaient pressés. Je joue ma carte de la sagesse en me disant que le parcours est encore long.

La montée continue sur un petit rythme pour moi. J’ai un peu du mal à m’obliger à envoyer. Mes jambes ne répondent pas présentes. Cela avance pas mal, mais sans plus. Comme si j’étais déjà fatigué. Comme si je manquais un peu d’énergie. L’ascension en direction du premier fort continue. Nous passons sur des sentiers assez larges qui permettent de doubler et d’être doubler. J’avance bien d’un point de vu global, mais c’est un peu l’enfer. Je n’ai pas les jambes du tout. J’espère que cela va revenir rapidement. La tête de course est déjà hors de vision. Tant pis.

Fin de la première montée. Je fais le constat que cela va être compliqué sans mes jambes aujourd’hui. Je décide donc de ne pas me forcer à aller plus vite que la musique. Je vais me laisser dépasser en avançant en sous-régime. On verra bien si cela revient un peu plus loin.

 

Km 4 – Fort de Bregille.

Après un simili-monotrace, nous courrons sur un passage en surplomb d’une sorte de douve. Je repère des coureurs en bas à gauche qui passent dans celles-ci à contre sens. C’est très sympa visuellement. Et puis cela permet de se rendre compte de l’écart que les coureurs aux avants postes ont déjà réussi à nous mettre.

J’emprunte à mon tour les douves du fort. C’est encore plus marrant vu de dedans. « Messiiiiiiiiiiire.. Messiiiiiiiire.. Le château est attaqué.. ». Je m’amuse clairement à imaginer ce qu’il a pu se passer ici il y a quelques centaines d’années. Cela donne encore plus de magie à l’endroit. Douves finies. On enchaine sur du monotrace qui longe le fort. Le chemin est bien tracé. On sent que les coureurs du coin s’en donne à coeur joie toute l’année.

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Crédit Photo : Instagram @france3franchecomte

Cette visite du fort dès le début de la course m’a bien plu. Tout de suite cela met bien dans l’ambiance. Le trail des forts tiens ces promesses. Reste maintenant à tenir la mienne.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

J’attaque la redescente. Je ne suis pas à l’aise à 100 %. Je me fais un peu doubler. Les jambes ne sont pas douloureuses, mais j’ai vraiment du mal à accélérer le rythme. Je commence déjà à me trouver des excuses « Tu enchaines un peu trop ces dernières semaines. Ecotrail.. 2 semaines.. Marathon de Paris.. 3 semaines.. Ardéchois Trail.. 2 semaines.. Trail des forts.. et sur chaque semaine tu te manges pas mal de kilomètres d’entrainement, sans jamais trop te reposer.. c’est normal que tu cales un peu maintenant ». Lorsque je me trouve des excuses comme cela, généralement, au bout de deux ou trois minutes, cela m’énerve moi même de m’apitoyer sur mon sort. Je repars de plus belle. Là.. Mentalement je repars.. mais mes jambes ne veulent toujours rien entendre. Tant pis.

 

Km 5 – Fort de Beauregard.

Apparemment, on passe par un second fort avant de redescendre sur le Doubs. Très franchement, je n’en garde pas le moindre souvenir.

J’ai plutôt le souvenir de la fin de la descente. En ville, sur le bitume. Mes chaussures qui claquent à chaque foulée. Mon pas motivé et dynamique. Je commence déjà à imaginer les 3 ou 4 kilomètres de plat derrière. C’est maintenant qu’il faut s’activer un peu mon petit bonhomme. Tu as perdu beaucoup de places et de temps sur la première difficulté. A toi de ne pas en perdre plus maintenant.

 

Km 7 à 10. Trois kilomètres de plat sur les quais. 

Je sais que je suis plutôt bon sur le plat. J’envoie donc. Je double facilement les personnes qui m’ont doublé dans la descente précédente.

Je fais rapidement des écarts. Je m’en rends compte en traversant le premier pont. Le groupe avec lequel j’étais il y a 3 minutes et déjà loin derrière moi. Et je me rapproche d’un groupe devant que je ne voyais même pas au début.

Les quais sont en pavés. Ce n’est pas super pour courir vite. Mais mon entraînement sur les quais de seine m’a préparé à ce genre de bêtise. Je suis très à l’aise.

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Je cours de temps en temps sur les pavés et de temps en temps sur le fin passage au bord du quais. Je me dis qu’il faut me concentrer. Un faux pas et bim. Je tombe des quais. Droit dans le doubs. Je suis en Salomon Sense 6 SG. Sur ce genre de terrain, les crampons sont plutôt à ma défaveur. J’adapte ma foulée de manière à ne pas raper le sol. J’essaie de toujours placer mon appui à l’avant d’un pavé, de manière à ne pas glisser.

La sculpture sur l’ile crache de l’eau. C’est plutôt mignon.

Je rattrape facilement les groupes devant moi, et je ne reste pas dedans. Je les passe à ma vitesse et les laisse derrière moi sans problème. Merci Pierre pour le conseil sur cette partie de la course. J’ai bien fait de laisser sortir les chevaux. Je ne suis pas à 100 % mais cela suffit pour bien avancer. Je cours ces 3 km autour de 3min55sec au kil’ sans m’épuiser. C’est pas mal.

Virage à gauche. Petit tour pour emprunter un pont et changer de rive. Sur le pont, nous avons une vue sur une belle bosse que nous allons devoir passer. La végétation parait luxuriante. Il ne pleut plus à ce moment là. Je rattrape encore quelques coureurs.

 

Km 10. Montée sur le fort de Chaudanne. 

Quelques bénévoles bien placés, nous indiquent ou tourner pour attaquer la montée. Ca commence par un petit escalier. J’avais un peu oublié ce que c’était que du dénivelé positif avec des marches. Je l’avale dans la difficulté. Mes jambes ne répondent pas bien.

C’est parti pour un petit kilomètre de montée, avec 200 / 230 m de D+. En soit ce n’est pas violent comme effort. Mais je n’ai pas les jambes ce matin. Je ne sais pas si c’est la fatigue accumulée depuis quelques semaines ou le réveil trop matinal, mais j’ai du mal à trouver mon rythme. Je me botte un peu le c*l pour avancer.

C’est assez saccadé. Je trouve ma marche rapide en montée assez inefficace. J’ai l’impression de ne pas avancer assez vite. En tout cas par rapport aux autres coureurs qui semblent très à l’aise. Je passe fréquemment de la marche à la course pour me relancer, mais j’ai vraiment du mal à garder un rythme régulier ou à trouver une bonne allure. Ce n’est pas très grave. Je suis là pour réapprendre le D+ de toute manière.

Fin de la montée. Je ne suis pas vraiment essoufflé. Je ne me suis pas donné à fond. Enfin, selon moi, je n’avais pas la motivation pour le faire. Au moins, j’en ai gardé sous le pied pour plus tard. C’est ce qu’il faut se dire.

Le ravito est en vu. Le sponsor HOKA a complètement décorer l’abord du ravitaillement. C’est assez sympa.

 

RAVITO 1 : CHAUDANNE (Km 11 – Cumul D+ = 417 m) 

Temps : 00h56min41sec

Classement : 39ème

Le ravitaillement est en fait un aller-retour à l’intérieur du fort. La porte du fort est divisée en deux passages. A droite on rentre, à gauche on sort.

Juste avant d’arriver dans celui-ci, j’ai taté mes flasques. Je n’ai presque pas bu jusqu’à présent. Je décide donc de zapper ce ravitaillement.

Les bénévoles nous voyant arriver, indique « L’eau c’est par là. Le ravitaillement solide c’est ici. ». Je fais un petit signe de la main pour les remercier, je prends le virage et je ressors comme je suis rentré : A balle.

Le squizage du ravitaillement ne me fait ni chaud ni froid. J’ai ce qu’il me faut sur moi pour tenir les 15 km à venir. D’ailleurs à la sortie du ravitaillement, je pioche une petite pâte de fruits. Je fais bien attention à garder le plastique dans ma poche et à surveiller le chemin devant moi en l’avalant.

Je sais ce qu’il m’attend maintenant jusqu’au prochain ravitaillement. Une descente puis trois bosses. Une première sur le fort de Rosemont, puis les deux suivantes sur La Planoise. Je ne sais pas trop comment je vais les passer. Est-ce que je dois m’économiser pour passer les trois de manière régulière. Ou est-ce que je dois envoyer un peu plus fort sur la première bosse pour rentrer dans un rythme quitte à devoir ralentir sur les suivantes. Je ne calcule pas. J’y vais au feeling.

 

Km 11.5 – Descente de Chaudanne. 

Nous sommes en surplomb total de la boucle du doubs. Il n’y a pas trop de nuages bas à cet endroit. Cela me permet de regarder un peu le paysage. C’est plutôt super joli ce coin. Je me dis qu’il faudrait que je revienne en mode touriste un peu plus tard.

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Crédit Photo : L’est Républicain

Je ne me perds pas trop dans la contemplation. Nous sommes maintenant sur un monotrace légèrement en pente tout en rocher luisant de la pluie qui vient de tomber. C’est ultra glissant. Le moindre mauvais appui peut être synonyme de chute. Je redouble d’attention car en plus, à 1m50 sur la gauche, c’est le gouffre.

La pluie recommence. Le vent souffle un peu. Je décide de remettre ma veste. La pente est un peu plus forte. Nous naviguons maintenant dans un monotrace en zigzag. Les arbres sont relativement proches de nous sur les côtés. J’arrive à prendre ma veste dans mon sac.. retourner les manches.. l’enfiler et la zipper tout en gardant les yeux rivés sur la technicité du terrain. Je suis content de réussir cela maintenant sans me mettre en danger.

Je me retrouve un peu seul dans la descente. Le coureur qui était devant moi à la sortie du ravitaillement a accéléré dans cette partie technique. Et personne ne me rattrape.

 

Km 12.5 – Fin de la descente. 

J’ai le souvenir d’un passage plutôt très technique. Une sorte d’éboulis de rochers/cailloux ultra glissants et assez gros. J’ai un peu ralenti le rythme, mais j’envoie encore pas mal. La preuve, je revoie le coureur qui m’avait semé, 50 m à peine devant moi.

Il s’agit dans ce genre de passage de très bien calculer les endroits où poser son pied. Il faut en un instant décider de l’angle, et du cailloux sur lequel poser son pied en espérant que celui-ci ne se décale pas d’un coup en le heurtant. Mon meilleur conseil pour ce type de passage et d’avoir un pas plutôt lourd et de chercher des appuis dans les zones incurvées. Si votre pied frappe un rocher qui est dans ce type de zone, la pression que vous exercez sur celui-ci sera perpendiculaire à l’espace de frottement entre le rocher et le sol. La probabilité qu’il bouge sera d’autant plus réduite. Par contre, si le terrain est vraiment uniforme et qu’il n’y a pas de renfoncement ou d’inclinaison, je conseille d’avoir des appuis bondissants. Par bondissants, je veux dire qu’il faut avoir des appuis ultra-rapide, très léger. On vient toper le haut des rochers et rebondir dessus. On ne s’appuie surtout pas. On se déplace comme un chat qui saute du sol à la table à manger en se servant de dossier du canapé. Trêve de technique. J’avance bien. J’apprécie ce moment.

Nous traversons rapidement le coin de Velotte avant d’attaquer la montée sur le fort de Rosemont. J’ai rattrapé le coureur qui me devançait sur la partie plate. Je pense à ce moment là que ma course va se passer de la même manière à chaque fois : Je ne vais pas trop me faire doubler en montée. Je vais me faire rattraper en descente technique et par contre, je vais rattraper et dépasser des coureurs dès que cela sera roulant.

 

Km 13.5 – Montée sur le fort de Rosemont. 

Je n’ai pas le moindre souvenir de cette partie de la course. Tout ce qui me revient est un passage d’escalier formé par des rondins de bois ultra glissant. Cela me rappelle un peu certain passage de la Diagonale des fous.. Avec du vent, de la pluie qui trempe et le froid en plus.

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Crédit Photo : Instagram @france3franchecomte

Je me vois encore hésitant dans cette montée. Je n’arrive pas à trouver le bon rythme entre course et marche rapide. J’alterne. Cela fonctionne, mais pas parfaitement. Je n’ai vraiment pas les jambes ce matin.

 

Km 17 – Descente de Rosemont.

Toujours aucun souvenir de ce passage. Je suis un peu dans le coaltar. Je me rappelle avoir pris un gel pour revenir à moi même. Il reste encore 31 km, et je n’ai pas encore l’impression d’avoir commencé à courir vraiment. Est-ce que cela va revenir à un moment ? Je ne sais pas du tout.

Un petit point sur le parcours, le type de chemin emprunté et sur le balisage.

Déjà première chose : Ce trail est tout simplement PARFAIT. Je pense que sur la totalité du parcours (48 km) il doit y avoir – de 15 % de bitume. Et c’est assez rare pour le signaler. Mais surtout, je pense qu’il y a pas loin de 60 à 70 % du parcours qui est du monotrace (du single). C’est le bonheur tout le temps pour qui aime faire de la navigation. Et vas y que cela zig zag, et vas y que cela propose des passages rapides à flanc de montagne en mode tout droit. Tiens, je t’offre un passage à l’intérieur d’un fort.. et hop.. un single qui remonte légèrement te permettant de relancer sans t’en rendre compte.. C’est vraiment top.

Seconde chose : Les bénévoles sont très bien placés et prennent soin d’indiquer clairement le chemin à prendre le plus à l’avance possible en faisant des grands signes. Bon, déjà, ils sont courageux (et merci à eux), car rester quelques heures sous la forte pluie, dans le froid, sans bouger, pour indiquer le passage à des mecs qui cavalent, c’est déjà une mission. Mais en plus, ils le font avec le sourire, en encourageant et surtout en faisant des grands signes très en amont (avec ou sans petit panneau) pour indiquer la route à suivre, les virages à prendre, etc. Franchement bravo à eux.

Troisième et dernière chose : Je n’ai JAMAIS vu un trail aussi bien balisé. Je me suis fait plusieurs fois la réflexion, mais clairement, tout organisateur de trail devrait venir s’inspirer du balisage effectuer sur le Trail des forts. Il y a un balisage en hauteur fréquent. On ne peut que rarement hésiter sur le chemin à prendre. Cela se sent que ceux qui ont placé les rubalises sont des coureurs. C’est toujours à hauteur de vue ou légèrement au dessus de manière à être vu de loin. Pour ce qui est des options entre deux ou trois chemins, il y a clairement à chaque fois une condamnation des mauvais chemins par des rubans, un balisage au sol en amont du virage, un balisage sous format de porte au niveau du sentier à prendre et aussi une confirmation dans les quelques mètres après le changement de direction aussi bien au sol (bombage de racines) et dans la hauteur avec des rubans placés en évidence. Franchement, là dessus BRAVO LES GARS. Je me perds généralement deux ou trois fois sur chacune de mes courses. Là, je ne me suis pas perdu une seule fois. Clap-Clap-Clap !

Fin de la descente. Je me rappelle que nous sommes sur des monotraces qui longent des champs. C’est plutôt sympa à regarder. Mon regard se perd un peu dans la verdure de ceux-ci.

Passage roulant par la Malcombe. J’ai le souvenir de passer à gauche d’un terrain de baseball. Mais peut être que je me trompe. Nous passons à fond dans l’herbe mis haute. Le bruit de l’avant de mes chaussures me signale que j’avance plutôt bien. J’entends les herbes venir se fracasser sur la partie rigide (le pare-pierre) de mes shoes. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. ChhhhhhhTa-ta-taaa-taaa-Taaa …. C’est une mitraille à chaque foulée. Je prends le temps de regarder mes appuis. J’apprécie énormément ce moment.

Il a beau pleuvoir depuis le début de la course, je n’avais pas encore les pieds trempés avant la traversée de ce champ. L’herbe à mis hauteur humide, c’est clairement le pire. Mes chaussettes rembourrées sont maintenant gorgées d’eau. Je vais m’en rendre compte un peu plus loin sur le bitume lorsque cela va faire Sploooche – Splooooche à chaque pas.

Au milieu du champ un bénévole totalement fou est en position. Il nous encourage comme personne. Il est en position sur ces deux jambes, légèrement en flexion mais bien maintenu au sol. Il nous tend la main pour taper dedans. Dès qu’on arrive à son niveau, il ouvre la main, tape fort dans la notre et crie un « ALLER MON GARCOOOON ! ». Très sympa !

Fin du champ. Virage à droite au dessous d’un pont. Et c’est parti pour la première montée en direction du fort de La Planoise : Un peu moins d’un kilomètre pour monter un peu plus de 200 D+.

Cette montée est une longue ligne droite avec un bon %. On peut alterner facilement marche rapide et petite relance en courant. Je ne trouve toujours pas mon rythme. J’ai vraiment la sensation de ne pas avoir de jambes ce matin. J’ai beau faire abstraction dans ma tête, rien n’y fait. Je n’arrive pas à m’obliger. Mes jambes me gouvernent. C’est elles qui décident. Je n’ai plus la main sur mon avancée. C’est un mauvais moment à passer. Autour de moi, certains commencent à faiblir. Le silence règne. Nous sommes un petit troupeau éparpillé de 5 ou 6 coureurs. Nous nous tenons depuis 6 km. Au gré des montées et des descentes nous nous retrouvons. De temps en temps, l’un faiblit et on le dépasse. Quelques km plus loin, c’est à notre tour de faiblir et on se fait dépasser. Je n’arrive pas à trouver quelqu’un qui est dans mon rythme. Ce n’est pas grave, j’aime bien avancer seul.

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Crédit Photo : Instagram @france3bourgogne

J’ai réussi à finir la montée avec facilité. Les quelques coureurs devant moi ont un peu calé dans celle-ci. Je me retrouve seul au sommet. J’avale un petit gel. Je repère des fortifications. Il s’agit du Fort de la Planoise. L’endroit est un peu abandonné. Cela donne beaucoup de cachet. Je navigue dans les monotraces avec aisance. Gros virage à gauche, je rentre dans ce qui ressemble à des douves. C’est magique comme endroit. On se croirait dans un roman fantastique. On pourrait facilement imaginer Merlin L’Enchanteur sortir d’un recoin pour nous poser une énigme à laquelle il faudrait répondre pour obtenir le droit de passage. Les arbres ne sont pas très hauts. Ils sont recouverts entièrement de mousses et de lichen. C’est réellement magnifique. On passerait là de nuit, cela ferait un peu « Projet Blairwitch » mais de jour aussi l’ambiance du lieu se fait sentir.

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Crédit Photo : Instagram @Jeremychevreuil

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Crédit Photo : Instagram @goran_mojicevic

Redescente sur des monotraces zigzaguant. Je profite à fond de ce moment. Le parcours est assez pentu pour prendre de la vitesse, mais pas trop pour être pris de vitesse. Je fais fonctionner l’amortie de mes cuisses tout en économisant mes muscles à chaque impact. Je descends bien. Je me trouve plutôt à l’aise dans cette partie. J’essaie de temps en temps de regarder loin devant en direction du passage que je surplombe pour repérer un potentiel coureur qui me précéderait. Ca va trop vite. Je n’arrive pas à en détecter.  Je vois que j’arrive en bas lorsque je repère quelques habitations et une route au loin.

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Crédit Photo : L’est Républicain

 

Km 19.5. Virage à droite sur la route. C’est parti pour 1 km de roulant avant de remonter sur la bosse de la Planoise. Pierre m’a prévenu qu’il y a une grosse montée avec un méga %. Je ne l’anticipe pas tellement. Je suis lancé avec ma bonne descente. Je vais envoyer un peu plus sur le plat. Je repère deux coureurs au loin dans le champ que l’on doit emprunter. Ils sont 100 mètres devant moi. Sur le plat, je devrais rapidement les rattraper.

Un bénévole qui a allié le pratique avec l’agréable signale l’endroit où l’on doit quitter la route pour rejoindre le champ sur notre gauche. Il pleut énormément à ce moment là. Le bénévole à tout simplement accroché le balisage d’un côté au barbelé du champ et de l’autre à l’anse de son parapluie qu’il tient pour s’abriter. Je le félicite pour son ingéniosité en passant.

Je rentre dans le champ. Il y a quelques vaches au fond sur la gauche. Je les regarde brièvement car le passage que l’on prend n’est pas du tout tracé. Il y a des trous et il faut faire attention à ne pas se faire une cheville bêtement. Je reviens sur les deux coureurs qui me précédent assez rapidement. En arrivant à leur niveau, je décide de ne pas rester derrière et les double par la gauche. Dans mon accélération pour les doubler, je ne fais pas attention à mes appuis. Et Sprouuuuch.. Pied gauche au plein milieu d’une bouse. On va dire que ça porte chance. Je finis le champ à bonne vitesse.

Virage à droite. Je traverse une route. Nous allons attaquer la seconde montée de La Planoise (Km 20.7), et cela va être un grand moment. Deux bénévoles nous ont bien encouragé à la traversée de la rue. Un peu plus loin, nous les entendons hurler comme jamais pour encourager un autre coureur qui doit arriver à ce moment là. « ALLLLLLLLLLLLLLLLLLLER MON GARS. C’EST COSTAUD CA. C’EST BOOOOOOON ! ». Le mec doit vraiment hurler, car nous sommes déjà un peu plus haut et le son de sa voix porte plus que le bruit de la pluie qui tombe ou que celui de nos pas qui glissent dans la boue. Cette dernière se fait de plus en plus présente.

La montée commence plutôt tranquillement. Le dénivelé n’est pas trop violent. J’arrive à le passer en courant. Virage sur la gauche. La pente s’accentue un peu. Je repère d’autres coureurs devant moi qui commencent à mettre les mains sur les cuisses. Ils sont à 70 mètres devant.

200 mètres plus loin. Virage à droite. Et là. On se retrouve devant un mur de boue droit dans la pente. J’ai vraiment l’impression d’un dénivelé super important. Le fait qu’il y ait 3 personnes dedans me fait dire que cela doit être vraiment costaud, sinon les écarts de distances ne se seraient pas rétrécis autant.

Imaginez un passage de 250 mètres de long (à peu près) avec un pourcentage de 40 à 50 % de dénivelé. Et ajouter y un sol uniquement en boue glissante sans formes creusées pour prendre appui. Vous y êtes ? Ah oui. Ajoutez le fait que ce passage est relativement large (2 m 50) et que vous n’allez pas pouvoir vous aider de la végétation pour avancer. C’est parti pour quelques longues minutes de galère mais de bonheur.

J’attaque dedans. Je ne vais vraiment pas vite. Dès mes premiers pas. Je me rends compte que je n’ai pas du tout d’adhérence. Je regrette à ce moment là de ne pas être parti avec mes SpeedCross (à vrai dire, cela aurait juste utile à ce moment là et à un autre moment vers le 28 – 29 ème km).

1 pas sur 3 part complètement en cou*lle. J’avance de deux pas, et à chaque fois, le troisième me fait reculer d’un. C’est physiquement rude. Je suis obligé à plusieurs reprises de mettre mes mains dans la boue devant moi pour m’équilibrer. Lorsque je lève la tête devant moi, je me rassure en voyant que les coureurs qui me devancent ne réussissent pas mieux.

Je me demande un instant pourquoi ce genre de passage existe ? Quel est l’utilité au quotidien et historiquement de ce genre de tranché droit dans le dénivelé. Très franchement, je n’arrive pas à imaginer des humains assez idiot pour faire un sentier aussi abrute dans la terre alors que nous sommes dans une région où la pluie est aussi fréquente que le métro parisien aux heures de pointes. Après maintes réflexions, je me dis que cela doit être un endroit par lequel les bucherons locaux devaient balancer les troncs d’arbres pour qu’ils dévalent jusqu’en bas. Je ne vois que cela de possible.

La moitié de la montée est passée. J’ai réussi à trouver une astuce pour grimper un peu plus facilement. Je n’attaque pas le dénivelé tout droit. Je fais des pas en slalomant légèrement. Je forme des S dans ma montée. Mon ratio de glissade est passée de 1 pas sur 3, à 1 pas sur 6. C’est déjà cela de gagner. Je repère au milieu du passage une sangle qui traine au sol pleine de boue qui est reliée jusqu’à un arbre à l’arrivée. Je ne la saisie pas. Je continue à monter avec ma technique des S.

Au 3/4, la sangle commence à se tendre. Un coureur derrière moi la saisit. Celle-ci vient me frotter les jambes et m’empêche de continuer à slalomer. Je décide donc de la saisir. Mes mains sont humides et pleines de boue. Il en est de même pour la sangle qui a cette endroit de la montée n’est plus qu’une sorte de grosse gaine électrique en plastique. Autant vous dire qu’elle ne me serre à rien. Je glisse autant avec mes pieds au sol, qu’avec mes mains sur la gaine. Je finis tant bien que mal la montée en chutant deux fois dans la boue. Une femme en haut assisse. Nous regarde. Dans sa tête, elle doit être assez morte de rire. Mais elle ne montre rien et nous félicite. Merci madame.

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Crédit Photo : Instagram @arnaud.druelle

Ouuuuuuuuf. C’est fini. Je relance en courant directement après cette montée violente pour réactiver les jambes. Il me faudra 150 mètres pour effacer ce qui vient de se passer. Je finis l’ascension jusqu’au sommet sans trop de problème.

Aucun souvenir de la descente qui suit. Je peux seulement vous dire, que je suis maintenant complètement trempé. Ma veste imperméable à bien tenu 2 h. Mais maintenant, l’eau est passée et je ressens mon t-shirt humide qui se colle contre mon abdomen. Cela ne me gène pas trop. Ce qui m’irrite un peu plus est le frottement de celui-ci au niveau de mes aisselles. Je sais déjà que je vais terminer brulé (comme souvent) à la fin de la course à ce niveau là. Je fais abstraction. Je fonce jusqu’au ravitaillement.

(Photo d’illustration du terrain un peu boueux)

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Crédit Photo : Instagram @Caro_fit_coach

 

RAVITO 2 : AVANNE (Km 23.8 – Cumul D+ = 1187 m) 

Temps : 02h22min31sec

Classement : 37ème

Les 24 premiers kilomètres sont passés tout seul. Je n’ai pas l’impression de courir depuis 2h. Je n’ai pas de jambes, mais je n’ai pas non plus la sensation d’être éreinté ou quelque peu épuisé. Je suis tout à fait normal. Trempé. Mais normal. Je vais pouvoir continuer à ce rythme sans problème.

En arrivant au ravitaillement, il pleut très fort. Je ne regarde même pas la partie alimentaire du ravitaillement. Je veux simplement me recharger en eau et repartir. Je dévise ma première flasque. Je la place sous le robinet, que j’ouvre d’un coup sec. L’eau surgit avec une trop grande pression. Cela esclabousse tout à côté de moi. Le bénévole présent aussi (veste noir sur la photo). Je le regarde et lui lance un « Oups. Désolé. ». Il me répond « T’inquiéte. De toute façon je suis déjà complètement trempé ». On rigole quelque peu et je lui souhaite bon courage.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Mes deux flasques remplies à fond, je repars en courant. Nous traversons à nouveau le Doubs par un joli pont métallique dans mon souvenir.

Sur celui-ci, j’ai la sensation d’être plus liquide à l’intérieur qu’à l’extérieur de ma veste au niveau de mon abdomen gauche. Je continue quelques dizaines de mètres pour bien comprendre ce qu’il se passe. J’appuie sur ma flasque gauche à travers ma veste pour vérifier qu’elle est bien fermée. La sensation de liquide froid recommence. Oh le con. Je l’ai mal revissé. J’ouvre ma veste. Je revisse le bouchon avec mes dents. C’est bon. Je vais galérer pour l’ouvrir la prochaine fois, mais au moins cela ne va pas me pisser 1 L dessus.

Km 25. On rattaque une montée. Je suis dans le rythme d’un autre coureur. Nous avançons plutôt pas trop mal tous les deux. Ce n’est pas de la grande vitesse, mais on avance. A un moment, nous nous faisons dépasser par une flèche qui nous dit en passant « Ne vous fier pas à moi, je rejoins un pote devant ». Nous ne l’écoutons pas, et nous rentrons dans son rythme. Au bout de 500 ou 600 mètres mon collègue de début de montée commence à flancher. Je continue à tenter de suivre la flèche. Il me met rapidement un peu de distance. Je ne le vois plus. Je continue l’ascension un peu seul.

Vers le Km 27, un faux plat me permet de rattraper la flèche qui a rejoint son ami. Je les double sur cette partie à mon avantage. Ils vont rapidement me rattraper dans le passage  de montée suivant.

Cela remonte. Je prends le temps de boire un peu. Les deux coureurs me dépassent à nouveau et je m’accroche à leur rythme en laissant tout de même un peu de distance pour bien anticiper le terrain qui est assez technique à cet endroit là. Dans un passage un peu plus pentu, je suis à leur niveau. Un bénévole qui est placé à cet endroit là donne les classements. Je l’entends « 31 – 32 – 33 ». Cool. Je pensais vraiment être un peu plus loin. Cela me motive un peu. Je continue avec eux.

Vers le km 28 – 29, revient le moment où je regrette totalement de n’avoir pas pris mes SpeedCross. Nous sommes sur un monotrace dans un sous bois légèrement en dessous d’un champ. Je pense que le champ doit être gorgé d’eau car la terre est ici ultra glissante. Le monotrace est usé par le passage. Nous sommes dans un dévert’ complet. C’est l’enfer. A chaque pas, votre appui chasse dans la pente. Au mieux, votre pas s’arrête 20 cm plus bas et vous permet de relancer votre foulée, au pire, vous dégringolez dans le décor et touchez le sol sur votre flanc gauche.

C’est mythique comme moment. Les deux gars devant moi n’arrêtent pas de se tauler. Il y en a un qui râle. Je rigole en l’entendant de loin. Et le karma aidant, alors que je me marre, vlaaaaaaaaaaaaaam ! Bibi est au sol dans la boue. Comme c’est agréable. Je repars plus prudemment. Je ne cours presque pas dans ce passage, j’essaie tant bien que mal d’avancer en m’aidant de la végétation et en visant les amas de boue plutôt que les traces de glissades précédentes. Je tombe 2 ou 3 fois sur ce passage. J’ai une petite pensée pour les 770 coureurs qui vont passer après nous. Déjà que là c’est atroce. Pour eux, une fois que le terrain va être labouré, cela va tout simplement être le royaume de la chute, le paradis du cul par terre, l’espace gadoue sur ta veste en veux-tu en voilà !

Je suis étonnamment heureux de voir que nous rattaquons une montée un peu plus droit dans la pente. Au moins, on quitte cet espace « dévert » qui était clairement une belle difficulté du parcours. Cette ultime montée en direction du Fort de Pugey est très boueuse. On peut passer un peu sur les côtés dans la végétation pour éviter les passages infranchissables sans glissade. Les deux coureurs ne sont pas loin devant moi et un autre arrive 100 mètres derrière. Je relance sur la fin de la montée pour les rattraper. J’en double un facilement, et je rattrape le second avec qui j’entre dans le fort.

Un bénévole nous indique l’entrée. Il faut prendre gare à ne pas de se cogner la tête pour s’engouffrer dans le fort. Une fois à l’intérieur, la température est fraiche et cela sent l’humidité. Il fait plutôt sombre. C’est très sympa et atypique de courir en passant par ce genre d’endroit.

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Crédit Photo : Instagram – @Daniel_rnrd

 

Après quelques dizaines de mètres sous terre, se dresse une table avec trois bénévoles. Un pancarte indique « Km 30 » et ceux-ci proposent des bouteilles d’eau et nous disent qu’il y a des poubelles un peu plus loin. (TRES BONNE IDEE DE L’ORGANISATION). Je ne prends pas de bouteille car je suis encore pas mal niveau flotte dans mes flasques.

Pour ressortir du fort, nous empruntons un rouleau d’1m50 de large qu’un escalier en colimaçon nous permet de franchir. On entend des bénévoles au dessus de nous crier « Coupez les virages par l’intérieur pour gagner du temps ». LOL. Ils sont drôles. Cela me détend un peu.

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Crédit Photo : Instagram – @AntoineHoka

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Trail des Forts de Besançon 2018_Vidéo officielle

A la sortie du fort, la lumière de l’extérieur m’éblouie. J’ai clairement l’impression de revivre. D’ailleurs, j’ai l’impression que ce passage m’a totalement réveillé. Mes jambes sont entrain de revenir. Je ne sais pas si c’est le passage des 3 h de course, la barre des 30 km ou le petit parcours sympathique par le fort, mais je retrouve totalement mes jambes. Je me sens drôlement dynamique et maitre de ma foulée. Je décide de prendre un petit gel coup de fouet.

Ce n’est pas du tout un rêve. Je suis en train de retrouver mes jambes. J’avance de mieux en mieux. Je sens même que j’accélère un peu sans le vouloir. C’est top comme moment. Du km 30 au km 34 je profite totalement, et la descente sur BEURE me confirme que je suis en train de reprendre la main sur mon corps. Aaaaaaaaah quel kiffe !

Bon, tout ne peut pas être top à 100 %. Depuis le km 32 (et jusqu’à l’arrivée) je vais avoir l’impression qu’une sorte de bout de bois de 4 cm de long, mais pas très épais s’est glissé sous mon pied, pile poil au milieu en perpendiculaire. J’hésite plusieurs fois à m’arrêter pour l’enlever. Cela sous entend trouver un endroit pour s’assoir, enlever ma chaussure, enlever le corps extérieur et surtout remettre ma chaussette trempée dans mes chaussures trempées. L’imagination de cette dernière sensation m’a convaincu. Je préfère souffrir un peu en courant que de devoir ressentir le fait de rentrer mon pied humide dans une chaussure humide. Serre les dents. Pense à autre chose. Tu sais faire ça normalement mon petit bonhomme.

Un peu par hasard, une musique salvatrice me vient à l’esprit et me prend la tête. Elle me permet d’oublier cette gène dans ma chaussure. Je ne sais pas pourquoi c’est cette chanson qui m’est venue. Je ne l’ai pas entendue ou écoutée depuis des mois et des mois. Je pense que c’est l’ambiance, la pluie et le bien-être de mes jambes retrouvé qui m’ont poussé à la fredonner. Je suis réellement en pleine possession de mes moyens maintenant. Je navigue en toute facilité sur les monotraces qui s’offre à moi. Je me retrouve seul. J’ai complètement semé le coureur avec qui j’étais. Et je ne rattrape encore personne. Je profite du moment tout simplement.

A voix basse, je fredonne : (Le son ici pour se mettre dans l’ambiance 😉 ).

Postééééééé devant la fenêtre
Je guette
Les âmeeeeeeees esseulées
A – la – fa – veur de – l’auuuuuutooooOooooOooomne

Pos – té de – vant la fenêtre
Je regrette
De n’y aaaaaaavoir son – gé
Main – tenant que tu aaaaaaa – baaaaan – donnes

A la – faaaaveur de l’automne
Revient cette – don – ce mééééééélancolie

Un, deux, trois, quatre
Un peu comme – on fredonne
De vieilles mélodies

Ri – vé devant le téléphooone
J’attends
Que tu daiiiiiiiignes – m’appeler
Que – tu – te dé – cides en – fiiiiiiiIiiiiIiiiin

Toi – tes – allures de garçonne
Rompiez’un peu la monotonie
De – mes – jour – nées de – mes nuiiiiiiiits

A – la – faveur de l’automne
Revient cette – dooooooooouce méééééé – lancolie

Un, deux, trois, quatre
Un peu comme – on fredonne
De vieiiiiiiiiilles mé – lodies

Aaaa la fa – veur de l’automne

Tu redonnes
A ma mélancolie
Ses couleurs de – super – scopitOOOOoooone
A la fa – veur de l’autoOooomne

À la fa – veur de l’automne !

J’ai vraiment super bien avancé sur cette partie. Je ne suis pas encore à fond, mais ça cavale de manière très régulière.. avec assurance.. Je m’évade complètement dans l’environnement. Les monotraces par lesquels je passe sont tout simplement extraordinaires. Il y a de quoi jouer à faire de la navigation. De quoi travailler ses appuis rapides dans tous les sens. Des obstacles à passer. Des zones pour accélérer. Des anticipations de virages. Vraiment c’est le bonheur. Enfin, en tout cas pour moi ça l’était. Tu m’étonnes que Thibaut Baronian cartonne. Avec un tel terrain d’entrainement à disposition, tu dois avoir envie de courir H 24. De passer du temps dehors. C’est un délicieux bonheur de trailer à l’état brut.

35ème km. Une belle montée s’offre à moi. Autour de 200 de D+ assez rapidement (en un gros kilomètre). Je débute mon ascension en courant. Je ne lâche rien. Mon souffle ne s’accélère pas tellement. J’ai vraiment retrouvé mes jambes et mon endurance. Je sens que j’en ai encore beaucoup sous le pied. Je continue à bien monter.

Sur la fin de la première partie, après 150 m de D+. J’ai commencé à voir un groupe de trois coureurs. Deux devant qui courent ensemble et un derrière qui semble un peu plus à la traine. Je décide de les rejoindre rapidement. C’est facile pour moi à ce moment là. Le  dénivelé s’arrête sur 200 m en ligne presque droite. J’accélère ma foulée pour revenir à leur niveau.

Me voici dans les jambes du troisième. Je décide de ne pas rester derrière lui. Je me signale et passe à sa gauche. Petit signe de la main pour le remercier. Je continue à appuyer le pas. Je veux rejoindre les deux juste devant dans la montée que je repère. Il reste 50 mètres de D+.

Je me cale dans le rythme des deux trailers. Ils avancent plutôt bien ensemble. Le passage est assez étroit. Je n’arrive pas à trouver un espace pour dépasser. Je temporise un peu. Temporiser me redonne du souffle. Mon rythme cardiaque redescend. Le passage étroit jusqu’à lors s’ouvre un peu plus. C’est le moment.

Je place littéralement une accélération de grimpeur dans l’épreuve de l’Alpes d’Huez sur le tour de France. Ma foulée est très rapide. Je bondis sans toutefois perdre trop de temps en l’air. Je vais chercher des appuis loin devant en hauteur et me hisse rapidement pour enchainer ma foulée suivante. (Bon la comparaison avec un grimpeur du tour de France est un peu romancée.. mais je vis vraiment ce moment comme une attaque).

Un des deux coureurs tentent de s’accrocher à mon rythme. Je le sens. Là. Très proche de moi. Je l’entends presque souffler dans mon dos. Il est dans le rouge, je le sens. Moi, ça va totalement. Je peux même accélérer. J’attends encore 10 m de plus. Petit regard derrière mon épaule droite. Il a la tête penchée vers le sol. C’est le moment de porter le coup de grâce. Je place une seconde accélération. J’ai repéré la fin de la montée un peu plus loin. Je me connais. Si j’arrive à fond en haut, je vais être lancé et je ne pourrais plus m’arrêter. Fluuuuuup.. Fluuuuuuuup.. Fluuuuup.. En une grosse dizaine de foulées, je fais l’écart. Me voici presque en haut. Je ne me retourne pas. Je fonce. Nez dans le vent. En prenant soin de bien assurer mes appuis. Les trois coureurs ont lâché mon rythme. Je peux lancer ma fuite en avant. Cela tombe bien cela redescend.

Je dévale presque à fond la pente. Ce n’est pas le terrain le plus favorable pour moi. Il ne s’agit pas de se faire rattraper maintenant. Je regarde un peu mes cuisses courir. Je suis assez épaté par le fait de n’avoir aucune douleur. Comme si c’était normal après 36 km.

Aucun souvenir des prochains kilomètres. Je crois me rappeler que j’ai vu un mémorial (ambiance Notre Dame de La Libération), mais rien de bien construit dans mon esprit. Ah si.. ça y est. Je me rappelle de deux choses sur ce passage :

La première : Avoir rattraper un coureur seul du 48 km. Plutôt mal en point. De l’avoir encouragé en lui disant qu’il devait tenir. Qu’il était presque au bout. Et que dans pas longtemps c’était grosse bière. Je me rappelle avoir parlé avec lui. Mais je ne sais plus trop de quoi. En tout cas, dans mon souvenir c’était très sympa.

La seconde : Je commence à doubler des personnes beaucoup plus lente que moi. Et vraiment beaucoup. Je tilte au bout du troisième. La route du 28 et du 48 km s’est entremêlée maintenant. Il va falloir faire le finish avec l’autre course. Cela ne me dérange pas tant que ça. Les 10 derniers km, avec mes jambes qui reviennent, m’ont amené à plus de solitude dans ma course. Ca va me faire du bien de croiser des gens. J’ai juste un peu de mal avec le fait de les doubler à fond. Je m’imagine leur sensation : dans la tête, se faire doubler par quelqu’un à fond, alors qu’il a couru 20 km de plus. C’est pas vraiment cool. Ce n’est pas mon genre de m’être les gens mal à l’aise. Je vais tenter de rester le plus sympathique possible et d’encourager ceux qui me semblent dans le dur.

 

RAVITO 3 : MORRE (Km 40.5 – Cumul D+ = 1909 m) 

Temps : 04h15min36sec

Classement : 24ème

Peu de souvenirs de l’arrivée au ravitaillement. Je me rappelle simplement avoir pris la décision de ne remplir qu’une seule flasque et de repartir rapidement.

J’oublie à nouveau de vider la poche de mon short avec tous les déchets. Je commence à avoir le côté droit du short vraiment gonfler. Je me dis « Tu es idiot.. c’est pas possible.. » mais je ne m’en veux pas. Je file.

Juste avant de quitter le ravitaillement, je félicite les bénévoles et leur souhaite un « Bon dimanche sous la pluie » l’air rieur. J’applaudis en partant.

Je prends le temps d’avaler une dernière pâte de fruit et un dernier gel coup de fouet. IL reste autour de 8 km.. je vais filer sans m’arrêter maintenant. On va augmenter un peu la cadence. Ca va chauffer. Mais la distance à parcourir est courte. Ca va le faire.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

 

Je fonce dans une belle petite descente. Je me retrouve à nouveau seul. Mais au final, c’est comme cela que j’avance le mieux je crois. Virage à gauche. Léger faux plat. Et puis j’attaque la dernière vraie petite montée, celle juste après MORRE (vers le Km 41.5). L’endroit est boueux à nouveau. Le sentier de randonnée est en boue intégrale. Des anciennes marches formées par les randonneurs dans la gadoue sont entrain de disparaitre. Les appuis sont fuyants. J’avance tant bien que mal là dedans.

Je repère un peu plus haut un coureur du 48. A sa vision, je deviens un véritable animal. Un jeune lionceau découvrant le plaisir de la chasse. Je laisse la proie à bonne distance. Je n’accélère pas trop de manière à ne pas me faire repérer. J’y arrive plutôt bien. Je m’imagine panthère. Je m’imagine Guépard. Mon souffle disparait pour ne laisser place qu’à mon silence. J’ai même l’impression de tenter de faire le minimum de bruit possible en foulant le sol.

Quelques dizaines de mètres plus loin, le coureur entame un virage sur la gauche. Il va me voir. Ait l’air naturel. Pas trop à l’aise. Comme si tu étais là depuis toujours. Ta-da-di-daaaaaa- ti-la-la-tsoiiiiiin.. je me balade en forêt.. li-la-la.. Mon jeu d’acteur me semblait pourtant bon. Le trailer semble avoir compris mon jeu. Il relance légèrement.

J’attends pour accélérer avec lui. Il reprend quelques mètres de distances. Je les lui laisse. Il me regarde. Je ne veux pas lui donner l’impression que je vais le dévorer de suite.

Lorsque l’on se retrouve dans un sentier ou je suis totalement dans son dos, je décide d’accélérer violemment de manière à réduire l’écart entre nous. Puis dès que cela tourne et qu’il me regarde brièvement à nouveau, je ralentie pour avoir l’air de rien. Je répète la scène trois fois. C’est drôle avec le recul. C’était vraiment une chasse. Un 1 – 2 – 3 soleil, où de toute façon à la fin, j’allais mettre un gros sprint pour le dépasser définitivement peu importe qu’il me dise « vu » ou non.

Quatrième retournement du trailer devant moi. Je suis maintenant à 4 m de lui. Comme si j’avais apparu là. C’est trop tard. Dès qu’il va pencher la tête vers le bas, je vais y aller. Je vais m’annoncer et prendre le large. Ces quelques secondes durent longtemps. J’attends. Patiemment. Prêt. A bondir. Une racine un peu plus haute le ralentit. Il s’aide de son bras droit sur un arbre. C’est maintenant, je le sais. Taaaaak – Taaaaaak –  Taaaaaaak – tak – tak – tak. Je suis passé, et comme à chaque fois, c’est définitif. J’ai encore attaqué sur le dernier quart de la montée. Je pense que c’est mon money-time à moi.

J’espère que la romance de cette chasse au trailer ne me fait pas trop passer pour un animal avide de classement. Ce n’est pas du tout cela. Ce n’est pas tant l’aspect chrono ou une place qui m’intéresse lors de ce genre de moment. C’est véritablement la sensation pesante du moment. Celle-ci même qui vous fait sentir homme face à l’homme. Enfin plutôt animal face à l’animal que nous sommes. C’est très primaire. Mais c’est des grands moments comme cela que j’aime aussi dans le trail.

Jusqu’au Km 44, plus trop de mémoire. A priori, j’ai emprunté à fond le Chemin de la Bro et j’ai traversé à fond le coin de La Chapelle des Buis, mais je n’en garde que peu de souvenirs. Je suis concentré sur ma foulée qu’y s’accélère plus les kilomètres passent. Je sais que la fin est proche, cela me donne encore plus envie d’en découdre.

Les coureurs du 28 que l’on double sont plutôt très respectueux. Ils ont beau être dans le finish difficile de leur course, beaucoup prennent garde à laisser pas mal d’espace pour me laisser passer. Je parle avec certains d’entre eux brièvement. J’essaie d’encourager tout ceux qui m’ont l’air d’être à bout. Si j’étais à leur place, j’aimerais bien que l’on m’encourage dans ce genre de moment là.

Dans la descente qui précède la remontée vers la citadelle, je me rappelle d’un coureur du 28. Il m’a vu débouler à fond derrière lui dans le monotrace. Il s’est senti obligé d’accélérer pour ne pas me gêner. Je lui dis de faire gaffe, que je ne suis pas pressé. Il semble ne plus m’écouter. Il est totalement hermétique à mes conseils. Il accélère encore. Je piétine un peu derrière lui, mais il me raconte des choses un peu insensé. Je reste avec lui car cela me fait rire. Il est complètement à l’ouest. Je connais bien cet état de fin de course. Lorsque les nerfs lâchent complètement.

Dans une descente plus rude, un bénévole nous lance au passage « Attention. Rondin mouillé et très glissant !! ». Je lui réponds un « Merci. T’inquiète ». Je regarde mon collègue du 28 un peu foufou se lancer dedans. Cela ne manque pas. Troisième rondin, et zliiiiiiiiiiiiiip. Paaaaam Paaaam Paaaam fait son derrière sur les trois rondins d’après. J’ai mal pour son coccyx. Je lui demande si cela va. Il se relève avant que je ne l’aide. Ca a l’air d’aller. Il continue. Mais cette fois, d’un air un peu puni, il me fait signe du bras pour que je passe devant lui. C’était sympa ce petit moment. Merci mister’.

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Crédit Photo : L’est Républicain

 

Km 44.5. Fin de la descente. S’en est fini des sentiers. Cela sera Citadelle et finish sur le dur maintenant. J’arrive de haut sur un virage bitumé sur la gauche assez large. Je le prends à pleine vitesse. Il y a beaucoup de supporters à cet endroit là. J’applaudis les mains placées à hauteur de mon front devant mon épaule droite. Les supporters m’encouragent. C’est cool.

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Copyright Photo – Album Flickr : Trail des forts 2018

Remontée en bitume. Je ne m’arrête pas. J’avance bien dedans. Je prends la décision de passer en marche rapide. Juste un instant. Pour prendre trois grandes gorgées d’eau.

Gorgées d’eau prises. Je me remets à courir. Virage à droite toujours sur le bitume. Je dépasse beaucoup de coureurs du 28. J’en encourage certain.

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(Facile de me retrouver sur cette photo ^^) 

Entrée dans la citadelle. Je crois me souvenir d’un simili-zoo. Mais franchement c’est très vague dans ma tête. Je ne pense plus trop à garder des images du moment. Ma foulée est rapide. Il y a quelques secteur pavé, ou dans un bitume assez lisse. Etant donné la bruine qui finit de tomber, tout est très glissant. Je prends garde à ne pas laisser échapper un appui mal pensé.

Dans les ruelles de cette citadelle, plus rien ne peut m’arrêter. Je suis presque à fond. Pas du sprint. Mais un bon 15km/h comme à l’entrainement. Et après près de 45 bornes, cela fait plaisir de réussir à faire encore cela.

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Crédit Photo : L’est Républicain

Le chemin nous amène jusqu’en bas d’une muraille. Nous allons devoir monter dessus et y courir. Je trouve cela mille fois trop cool. Virage à droite et c’est parti pour un bon petit escalier. Je le monte en courant. Je m’en veux car trois coureurs du 28 le montent en marchant avec un peu de difficulté. J’espère que cela ne leur a pas brisé le moral. Puis en arrivant en haut, j’oublie mes remords. La vue est tout simplement magnifique. La belle boucle du doubs s’imagine. En regardant un peu sur la droite, on arrive à voir la ligne d’arrivée 150 mètres plus bas. Ca y est c’est la fin. Profite maintenant.

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Crédit Photo : Instagram @arnaudmoine

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Crédit Photo : Instagram @Jeremychevreuil

Je cavale sur les remparts. Si bien, que mes chaussures qui claquent le sol avertissent les coureurs devant moi de mon arrivée. Après une bonne ligne droite, se dresse ce que sur le moment j’ai vu comme l’escalier vers le paradis. Un escalier pas trop large, mais pas trop étroit non plus. Composé d’une quinzaine de marches seulement, mais dont la fin semble finir dans les nuages. Il y aurait une photo à faire là.. maintenant.. tout de suite.. Ou bien un playback.. Sur un des solos de Stairway tooooo Heaven ! Ca serait magique. Cette image de l’escalier me reste graver. Même après l’avoir passé.

Je finis le passage sur le rempart. Je repère plus bas un coureur au dossard rouge. Il a bien 250 m d’avance sur moi. Est-ce que je le tente ? Est-ce que je le te tente ?.. Je me pose vraiment la question quelques fois. Un escalier pour descendre des remparts, assez glissant, me fait oublier cette question. Me revoilà sur le plancher des vaches. J’accélère pour sortir du coeur de la citadelle.

Km 46. Virage à droite pour ressortir. Je fais un peu le show pour des bénévoles placés là. C’est assez drôle. Nous enchainons ensuite avec une longue descente tout en bitume. Je fonce littéralement dedans. L’endroit ressemble à ce genre d’espace que j’adore : les entrées de châteaux. C’est déjà beau avant d’y être. C’est déjà l’esprit de château (bon de citadelle pour Besac’) avant le château en lui même. Je le répète mais j’adore ça. Biiiiiiiiiiiiiip Biiiiiiiiiiiiiiiiiiip. Je cavale comme un fou, tout en me disant qu’il faut en garder encore un tout petit peu sous le pied pour finir une fois en bas.

Dans la fin de la descente en bitume, je rattrape un coureur. Nous devons freiner assez fort pour prendre un virage sur la droite indiqué par une barrière blanche placée à 90°. J’arrive au niveau du coureur exactement à 30 cm avant de prendre le virage. Je tente de ne pas le gèner. Je lui fais l’extérieur. Ca va passer.. ça va passer.. Ca Va……….. C’est passé. J’ai senti la barrière contre mon flanc.. mais c’est passé.

Petit passage en descente (toujours aussi glissante) avec des escaliers complètement irréguliers et assez durs. L’adhérence est mauvaise. Il faut bien positionner son centre de graviter. Mes heures d’escaliers à Montmartre m’aident à passer plus facilement ce genre de danger. Je double encore quelques coureurs. Je me débrouille vraiment bien dedans, jusqu’en bas.

Arrivé au niveau du Doubs. Il ne reste plus qu’à traverser un pont et cela sera la dernière ligne droite que j’ai pu repérer hier en récupérant mon dossard. J’enlève ma veste en courant. Je la plie de manière à la placer dans mon sac et à équilibrer tout son poids (plume) sur mon dos.

Je lance mon sprint. Au bout de 100 mètres, je rattrape le coureur du 48 que j’avais repéré. Je suis bien essoufflé. Je lui lance un « Je suis mort. » (L’air rieur). Il me répond « T’as l’air.. » (l’air moqueur). On se sourit. Je fonce.

Traversée du pont. J’y vais à fond. Plus de pitié pour mes cuisses. Elles ont pas eu mal jusqu’à là. Je vais tenter de les attaquer un peu. Descente proche du Doubs. Applaudissements des supporters placés en hauteur à l’abri de la pluie. Je ne lache rien. Je ne suis plus en total Sprint. Je vais finir rapidement les derniers 200 mètres, mais je n’ai plus l’envie de continuer à fond les ballons.

Virage sur la gauche. Mes chaussures rouge resplendissent sur ce tapis bleu.

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Je le prépare. Je passe en vitesse de croisière. Main droite qui tape la cuisse à son passage. Une fois.. deux fois.. Je sers le poing gauche et commence à enrouler le bras devant moi.. Je pose le pied un mètre devant la ligne d’arrivée. Je rebondis les deux pieds dessus. Je le lanceeeeeeeeee. Et le voici.. le voilà.. mon 360° d’arrivée !

 

ARRIVEE : (Km 47.3 – Cumul D+ = 2126 m) 

Temps : 04h51min19sec

Classement Scratch : 21ème

Classement Senior Homme : 18ème

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Je prends un peu le temps de profiter sur la ligne d’arrivée. Je respire. Je fais redescendre mon rythme cardiaque. C’est étrange, mais j’ai encore envie de courir. On me proposerait de repartir en arrière pour faire le retour, baaaaah, je pense que je dirai oui.

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Crédit Photo : Instagram @Shakapeaks

Je m’assoie par terre. Le tapis bleu est gorgé d’eau. Je suis déjà totalement trempé de toute façon. Mes fesses ne ressentent pas l’eau froide du tapis. Je positionne ma Casquette dans l’axe et je prends une petite photo pour immortaliser le moment.

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Après avoir un peu trainé dans la zone d’arrivée et récupéré mon sac. Je fonce en direction de la buvette. Je veux ABSOLUMENT boire une bière fraiche. En arrivant près du bar, le bénévole de la buvette me reconnait : « Alors ? T’as fait combien ? 10ème ou pas ? ».. « 21ème »… « Aaaaaaah. Bah pas de bière gratuite alors.. mouahahahhaahah ! ». « Je t’en prends deux payantes alors ^^ ». Il me sert. Je prends une grande gorgée. La bière est fraiche. La bière est bonne. Il faudrait un jour que je fasse le classement des meilleurs bières (enfin.. un classement des meilleurs moments pour boire une bière) et clairement je pense que la « bière de l’arrivée d’un trail » sera facilement sur le podium. On échange un peu avec le bénévole. Il est super sympa. Il me demande l’état du terrain. Je lui raconte. Il me dit avoir ouvert le tout droit en boue ce matin très tôt. Apparemment c’était déjà l’enfer. Je lui confirme, en lui ajoutant que personnellement j’ai adoré. On se quitte. (Le temps que je boive mes bières et que je revienne pour en prendre d’autres… Mouahaahahhahha).

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Depuis que je suis arrivé, je ne sais pas trop pourquoi mais j’ai cette musique dans la tête (Laurent Voulzy – Rock Collection). Je pense que c’est tout simplement car je suis heureux. Je passe un bon moment. Ma course s’est au final plutôt pas trop mal passée. Je ne me suis pas blessé. J’ai adoré le parcours et je suis assez motivé pour revenir l’an prochain. Autant dire que c’est un dimanche matin réussi.

On a tous dans l’cœur le ticket pour Liverpool
Sortie de scène hélicoptère pour échapper
à la foule
Excuse-me Sir mais j’entends plus Big Ben qui sonne
Les scarabées bourdonnent c’est la folie à London
Et les Beatles chantaient
Et les Beatles chantaient
Un truc qui m’colle’encore au cœur et au corps
It’s Beeeeeeeeeen a Hard day’s night….

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Crédit Photo : Instagram @k.lao_design

Je passe tout le reste de la journée à profiter du moment. Je rencontre quelques personnes. Je partage. J’échange. C’est vraiment un super dimanche. En rentrant, un peu plus tard dans la journée en direction de la gare, j’essaie de faire le point d’un point de vu uniquement sportif. Je fais rapidement le constat que mes 30 premiers kilomètres et mon absence de jambes complètement sur cette partie est un échec en soit. Mais je pense réellement que c’est l’effet d’une fatigue d’accumulation.. pas du tout d’un manque d’envie. Et puis mon redémarrage sur les 18 derniers m’a beaucoup rassuré. Etre capable d’envoyer plus fort sur le dernier tiers d’une course, je ne le pensais pas encore possible. C’est vraiment mille fois trop cool.

Mon petit passage à vide (de 3 h ^^), me pousse tout de même à me dire qu’il faudrait que je me calme un peu sur le volume pour les semaines à venir. J’ai pour une fois plus de deux semaines avant le prochain trail. Je vais pouvoir prendre un peu de temps pour moi. Me reposer un peu et aussi aller travailler des aspects plus spécifiques. Pas simplement faire du volume pour du volume.

Bref. Cette course a été riche en apprentissage. C’est top. J’avais un peu peur d’avaler ces 48 km sans trop prendre le temps de profiter du goût.. de la texture.. des odeurs.. J’avais un peu peur de ne rien apprendre de nouveau sur moi. Et c’est vraiment au final tout le contraire. J’ai pu m’éveiller à une nouvelle façon de gérer ma course, j’ai pu identifier des points d’amélioration et confirmer le retour de mes capacités dans le dénivelé. Ce n’est que le début de la partie D+ de ma saison, mais je commence à me dire qu’en travaillant bien les axes d’amélioration, cela peut apporter un résultat plutôt pas mal d’ici quelques mois.

Pour ce qui est de la course en soit, je pense que j’ai déjà tout dit. Et vous l’avez compris. J’ai clairement tout adoré. Je n’ai presque aucun reproche à faire (et c’est rare). On verra comment la caler dans mon agenda 2019. Cela risque d’être compliqué vu l’année d’ULTRA que je suis en train de me préparer. Mais en tout cas, je pense que si je ne reviens pas pour le Trail des Forts, je reviendrai courir à Besançon. Le terrain de jeu est trop sympa pour ne le parcourir qu’une fois. A bientôt Besac’ !

Casquemment Verte.

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Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

6 semaines après l’Ecotrail de Paris (récit ici), 3 semaines après le Marathon de Paris.. Autant dire que je n’arrive pas frais comme un gardon sur cet Ardéchois Trail. J’ai cette sensation de fatigue d’accumulation en moi. Cette sensation d’anti-fraicheur dans les jambes et dans tout le corps. Cela frisonne de sensations molles. Il me faudrait peut-être quelques semaines de repos de plus pour récupérer parfaitement. Ne serait-ce que pour revenir au moins une fois à 100% de mon énergie et de ma forme (musculairement parlant).

Je me lance dans cette édition de l’Ardéchois Trail comme on sort de son lit un lundi matin après un week-end agité. Avec motivation, mais aussi avec pas mal de difficultés.. de faiblesses.. Heureusement, je n’ai aucun stress (contrairement à l’EcoTrail). Le fait d’avoir fait le parcours l’an dernier, et d’en avoir gardé quelques bons souvenirs me rassure.

Je vais y aller au feeling. Sans trop réfléchir. L’idée n’est pas du tout d’aller chercher une perf’. L’idée c’est vraiment deux choses : (1) Profiter. Y aller au feeling. Aux sensations. Ne pas se forcer. Ne pas tenter de découvrir de l’inconnu.. Et (2) Me tester dans le D+. Voir où j’en suis quand je sol devant moi se dresse.

Depuis octobre dernier (2017), je n’ai pas trop l’impression d’avoir travaillé cette partie du trail. Comment ai-je pu faire les 10.000 m de D+ de la Diagonale ? Sérieusement ?! Je me pose encore la question. Depuis cette dernière course de « vrai » montagne, j’ai beau avoir fait quelques trails (SaintéLyon, Urban Trail d’Issy et l’EcoTrail), j’ai distinctement la sensation d’être beaucoup moins à l’aise qu’avant dans le positif. On verra bien. Ces quelques courses un peu trop roulantes auraient-elles mis à mal mon âme de grimpeur ? Ai-je rangé ma tunique blanche aux pois rouges ? C’est ce qu’on va voir.

 

Samedi – 06 h – Veille de course : Départ de la maison. J’ai préparé mes affaires la veille. Vendredi. La météo annonce jusqu’à maintenant la possibilité d’avoir de grosses précipitations. Cela ne m’effraie pas du tout. Je préfère même presque la pluie à la chaleur.

J’ai opté pour un équipement plutôt léger : Salomon S-Slab Sense 6 SG aux pieds. Chaussettes Nike rembourrées. Caleçon Nike Pro Combat. Short Nike avec short de compression intégré. T-Shirt cadeau UTMB 2017 super léger. Petit Buff des Templiers au cas où. Sac Salomon S-Lab ADV Skin 12 L. Ma nouvelle veste Salomon Bonatti Pro WP M. Quelques gels Gü classiques et des gels Overstims Coup de fouet. 3 – 4 pâtes de fruits. La couverture de survie, et le gobelet obligatoire. Ma Garmin Forerunner 235 et puis bien sûr ma Casquette Verte et hop. C’est bon. Je suis ready.

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J’ai toujours un doute au moment de partir. Est-ce que j’ai oublié quelques choses ? Mes pompes ? Mes chaussettes ? Un papier administratif ? J’ai beau être habitué, le doute est là à chaque fois. C’est systématique. Je me dis qu’il faudrait que je me fasse une check-list à respecter pour les prochaines fois. (Même si je sais très bien que je ne la regarderai même pas ^^). Je me prépare une bouteille de malto.

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Aller. On file. J’ai RDV à la Gare de Lyon à 06h40. Mes trains circulent normalement. J’ai eu du bol sur le coup. Ca m’aurait bien désorganiser si j’avais du y aller en voiture. Ca aurait surtout été bien plus fatiguant.

 

06h40 – @Gare de Lyon. Je retrouve un pote d’école de commerce. C’est drôle de se dire qu’il y a quelques années, on organisait des soirées en boite totalement folle qui allaient souvent loin dans les excès et que maintenant, on se rejoint le samedi matin à la Gare pour partir au fin fond de l’Ardèche pour courir sur les sentiers. Les temps changent. Deux de ses amis nous rejoignent. Ils se lancent tous les trois sur le 37 km. Ils ne semblent pas stressés du tout. C’est très cool !

 

09 h – @Gare de Lyon Part-Dieu. Petit changement de train. Sur le quai, je sors mon attirail pour me confectionner une nouvelle bouteille de malto. Bouteille d’eau. Petit entonnoir rouge. Et vas-y que cela verse de la poudre blanche. Il y a un peu de fumée. Les gens doivent me regarder bizarrement. Une des personnes qui m’accompagne me dit : « Fait gaffe. Ils vont croire aux caméras que tu es en train de faire une bombe ». Il n’a pas tord. S’il y a des gens qui surveillent les caméras, clairement, ils ont du zoomer sur moi. « Est-ce un trailer qui joue au petit chimiste ou un terroriste du système D ? ». Le train arrive. Nous plongeons dedans. Direction Valence.

 

10 h – @Gare TGV de Valence. Nous louons une voiture pour nous rendre à Désaignes. A bien y réfléchir, je me dis que cela ne serait pas de trop que l’organisation développe un peu les moyens d’accès à la course sans voiture. Mettre en place un ou deux bus qui pourraient récupérer les voyageurs à la Gare de Valence et les amener sur le site de la course. Cela donnerait plus d’attractivité à la course, quitte à ce que cela coute un peu plus cher à l’inscription. (Avis à l’organisation : Franchement, cela serait réellement utile et cela permettrait aux coureurs non véhiculés de ne pas se mettre la pression pour venir).

 

Jusqu’à 14h30, nous trainons dans Valence. Petites bières en terrasse, en T-shirt au soleil. Petit restaurant sur la place du marché et puis petites courses au Monoprix du coin. Eau, pistaches, fruits secs.. nous sommes prêts. Cette pause a fait du bien. Il va falloir affronter une grosse heure de route à cinq (nous avons récupéré un dernier coureur dans le groupe) dans une Clio sur les routes enlacées de l’Ardèche. ENJOY.

Au fur et à mesure que nous avançons, je me rends compte que la végétation est bien plus avancée cette année. C’est très très très vert. L’an dernier, les bourgeons sortaient à peine à cette époque. C’était à peine la fin de l’hiver. Cette année, nous avons déjà franchi un grand pas dans le printemps. C’est ravisant. Tout ce vert m’indique qu’il a du pas mal pleuvoir et qu’il a du faire assez bons ces derniers jours. J’anticipe déjà la hauteur des ruisseaux grâce à cela.

 

16 h – @Desaignes : Récupération du dossard. Nous arrivons dans le village. On s’arrête à proximité d’un bénévole pour demander où se garer. Il nous lance « Pééééééé-Yun ». On se regarde. « Il a dit payant là ? ». Il nous relance « Pééééééééé-Yun ». On se regarde à nouveau. « AAAAAAAAH. P1. Okay ! ». #LesParisiensEnProvince. Direction, le parking P1 en contrebas du village.

Un petit sentier balisé permettant de remonter jusqu’au coeur de Desaignes met tout de suite dans l’ambiance. Je me fais deux petites accélérations dedans, juste pour me tester. Comme d’habitude, lors d’une veille de course, les sensations sont atroces. J’ai l’impression d’avoir des douleurs lancinantes dans les genoux et dans les hanches. J’ai appris à faire abstraction de ces mauvaises sensations, plus originaires d’un stress que de douleurs réelles.

Petit tour dans le village. Et on file dans l’école en surplomb pour récupérer nos dossards.

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Comme l’an dernier, les bénévoles qui remettent les dossards sont très sympas. Sans prise de tête. On ressent vraiment que l’on est accueilli chez eux. Dans leur village et qu’ils sont plutôt contents de voir du monde venu d’ailleurs.

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Je pioche 4 épingles au passage et c’est reparti. Direction la place du village pour récupérer le T-shirt (participant et non-finisher) de l’Ardéchois. J’adore les ruelles à cet endroit. Le côté petits fanions qui virevoltent à 2m50 du sol donne du cachet.. de l’âme.. on a l’impression de participer à un événement.. à une fête. C’est sympathique.

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Le t-shirt de l’an dernier était plutôt sympa visuellement parlant. Par contre, il avait un gros défaut : Le flocage. C’était le genre de flocage qui reste collé à la peau dès que l’on sue un peu du torse. Celui-là même qui vous amuse lorsque que vous jouez avec votre t-shirt en rentrant chez vous : « Regaaaarde. Sluuuuuuuuurp.. Spaaach.. on dirait une seconde peau… ». L’hiver, l’automne, cela ne dérange pas lorsque l’on court avec plusieurs couches. Mais clairement, l’été c’est pas super super agréable.

Cette année, l’organisation semble avoir pris en compte ce détail et a produit un flocage de meilleur qualité. (Faudra que je le teste dans les jours qui viennent.. je verrai bien). En tout cas, le t-shirt reste toujours aussi sympa visuellement parlant.

Bon. Par contre. Je ne suis pas un expert en Marketing.. et encore moins en Marketing du sport. Mais étant donné que le sponsor officiel de la course est La Sportiva. Je placerai bien le logo de la marque sur le t-shirt. Quitte à demander une redevance un peu plus grande auprès de la marque (qui j’en suis sûr fait déjà un bel effort pour se positionner en partenaire officiel de la course). Mais cela paraitrait logique ? Non ?

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T-shirt récupéré. On va pouvoir aller poser nos affaires à l’hôtel. Je vais surtout pouvoir m’allonger 20 minutes sur un lit. Cela ne va pas me faire de mal. En partant, je croise deux jeunes d’Extra-sport que j’avais déjà croisé sur le Salon du Running il y a quelques semaines. Petite photo du community manager et hop. Je file.

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

 

17 h 56 – Hotel @Le Crestet. 

Nous récupérons nos chambres. La gérante de l’hôtel est au petit soin avec nous. C’est agréable. Les chambres sont fonctionnelles, c’est parfait. Je me pose quelques dizaines de minutes sur mon lit. Je suis assez fatigué de la journée de voyage. Je me dis qu’il va falloir se coucher tôt ce soir pour être en forme demain matin.

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La petite sieste me met un sacré coup de fatigue. Alors que j’étais plutôt excité toute la journée, je commence à me sentir physiquement ailleurs. Flippante impression de fatigue à 14 h du départ d’un 57 km. Je me sors du lit et je consulte la météo pour demain. Cela s’annonce mieux que prévu. De la pluie, on en aura, mais cela ne sera pas les orages qu’on nous annonçait. Tant mieux. Je prépare mes affaires pour le lendemain. Je ne veux qu’avoir à les enfiler le matin.

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19 h 48 : Pasta party – @Desaignes.

15 petites minutes de route. Et hop. Direction la Pasta Party. Je n’en ai jamais fait. J’espère que je vais pouvoir prendre des pâtes sans trop de sauces et qu’il n’y aura pas de tentations irrésistibles.

Sur le chemin de la tente « cantine », je remarque une pancarte fléchée.

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Je me dis qu’ils ont du tout mettre dans le D+ et rien dans le DOSSARDS. J’imagine un instant que ce sont les enfants du village qui ont fabriqué ces pancartes. Je n’ai pas de critiques à faire.. niveau orthographe, je n’ai pas de leçons à donner. Cela me fait rire tout simplement.

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Nous voilà à la Pasta Party. Devant, une queue qui s’allonge pour rentrer dans la tente. On se croirai devant un Apple Store le jour d’une sortie de nouveaux produits. Sur notre droite, quelques organisateurs jouent aux boules en buvant des Ricard. L’ambiance est sympa. Ca se chambre pas mal. Nous, nous sommes complètement fatigués. Le passage par l’hôtel nous a mis un sacré coup de barre. Nous n’avons qu’une seule envie. Manger et aller nous coucher.

Nous entrons dans la tente. L’organisation est bien rodée. Sur la gauche, une caisse filtre les entrées. Dans la salle, de longues tables recouvertes de nappes blanches et rouges permettant d’accueillir pas mal de monde. Sur la droite : Les cuisines et surtout le bar. Où certains semblent avoir bien pris bonne position. C’est bon esprit. La salle se remplit vite. Nous devons être facile 200 je pense. Les organisateurs s’activent à fond pour nous servir. Le staff fait des allers-retours à toute bringue entre les cuisines et les tables. Bon. Certains semblent avoir passer une bonne fin d’après-midi au comptoir, mais ils assurent avec sympathie et vitesse. C’est sympa à voir.

Je ne vais pas vous le cacher. Je ne suis pas fana du coup des « lentilles » et du « yaourt » à moins de 12 h d’une course. Les pâtes sont satisfaisantes et le désert donne un petit coup de sucré. Ce n’est pas de la grande cuisine. Mais c’est l’essentiel de ce qu’il faut pour demain.

Pour vous décrire l’ambiance, il faut d’abord prendre en compte que nous sommes totalement épuisé. Les nerfs à vif. C’est de la fatigue mentale. Alors que nous sommes servis, sur la scène à gauche, se lance un groupe de musique. Le même que celui que j’avais vu sur le parcours l’an dernier. Bien déguisé, ultra motivé et avec un répertoire assez marrant.

En face de nous. Les gens commencent à danser assis. Et vas-y que cela se prend par les épaules en allant de gauche à droite… et vas-y que cela tape des mains… On se croirait dans une colo géante pour adulte consentant. Le bruit est relativement fort. Pas facile de s’entendre parler. Le groupe de musique est chaud comme la braise. C’est drôle à voir. Nous, nous sommes mort de rire. Mentalement, nous avons craqué. C’est trop dur de ne pas être pris par l’ambiance. 2 des 5 que nous sommes succombent à la tentation de prendre une bière. Un en prend même trois.  » Respect mec ! Tu risques de les regretter un peu demain « . De mon côté, je reste sérieux. J’ai beau avoir le plus profond respect pour le mépris que j’ai des règles du « bon coureur ».. ce soir.. cela sera flotte et rien d’autre.

Nous repartons. Totalement épuisés. En ressortant, nous croisons l’arrivée du repas de demain. La fameux boeuf à la broche. J’avais jamais vu un aussi gros bout de viande d’un seul tenant. C’est assez impressionnant. (Et clairement, cela donne envie !). C’est assez drôle de se dire que pour la première fois de ma vie, mon repas est transporté au tractopelle.. pourquoi pas !

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21 h 06 : Retour à l’hôtel et au lit. 

Ayé. Nous sommes à l’hôtel. Il fait plutôt bon ce soir. Je regarde à nouveau la météo. Il va faire plutôt frais (mais pas trop) et il devrait pleuvoir (mais pas trop non plus). Pas d’inquiétude. Je fais un petit tour sur la terrasse pour respirer. Je sympathise avec le chien de l’hôtel. Il me regarde l’air de dire :  » Je connais les chemins que tu vas parcourir ! ». J’ai envie de lui répondre « Tu viens avec moi demain ? ».

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Retour à la chambre. J’épingle mon dossard à mon short. Tout est prêt pour demain. Je me glisse dans mon lit. J’allume la télé. Je tombe sur BFM. RAS. J’éteins 45 minutes plus tard. Je m’endors rapidement. Tant mieux.

 

05h55 : Jour de course. 

Le réveil doit sonner dans 5 min. Mais je me suis déjà réveillé. J’ai clairement la tête dans le c*l. Je tente de m’activer un petit peu en sautillant et en m’étirant un peu les bras, le dos et la nuque.

J’avale quelques grands gorgées d’eau. J’ouvre de quoi me ravitailler. Au menu du petit-déjeuner ce matin : Raisins secs – Un paquet de mini bâtons de berger (Justin Bridouuuuuuu) et un paquet entier de pistaches. Je me force. Je n’aime pas du tout manger au réveil. Enfin, le matin en général. Le goût du saucisson à 6 h du mat’, franchement, il y a plus agréable. Les pistaches par contre, c’est ma passion.

La scène qui se joue dans ma chambre est digne d’un film d’auteur sur la misère de l’homme dans sa solitude de son destin. Je suis entièrement nu. Debout. Devant la télé. Je grignote des poignets de pistaches en prenant bien garde à ne pas faire tomber les coques. J’en fait tomber quelques unes. Les coquines, elles se sont glissées sous le lit. Deuxième plan magnifique de la matinée : Moi.. nu.. à quatre pattes.. en train de tendre mon bras sous le lit pour trouver les coques éparpillées. Je vous laisse ne pas imaginer la scène.

Je file à la douche. Juste avant, (désolé d’avance pour ce moment) j’arrive à « poser mon cake ». On le sait.. c’est un sujet un peu « tabou ». Et pourtant.. c’est vraiment un sujet important pour un coureur. D’autant plus pour un trailer qui part sur une moyenne distance. Est-ce que je vais réussir à passer aux toilettes avant la course ?.. d’habitude, je n’y arrive pas et cela me stresse au départ de la course. Là.. cette fois-ci. Ta-dam (je ne suis pas sûr que Ta-dam soit l’expression approprié) cela fonctionne. (fin de la partie pipi-caca de mon récit 😉 ). La douche est agréable. L’eau chaude glisse sur moi. Comme à chaque fois, je profite de cet instant pour prendre mon temps. Respirer un peu. Faire le point sur ce qu’il va se passer dans quelques heures. Je sors de la douche. J’enfile mes affaires. Je suis à l’aise dedans. Petit brossage de dent. Et hop, on range les affaires et on sort.

Arrivé dehors. Surprise. Il pleut. Et puis il pleut bien. Les petites marres d’eau formées dans le paysage m’indiquent qu’il a du pleuvoir plus qu’un petit peu cette nuit. Je me demande si je ne devrais pas mettre mes Salomon Speedcross. La question est vite résolue. J’ai la flemme de réouvrir mon sac et de me changer. Je resterai en S-Lab Sense 6 SG. J’enfile ma veste. La pluie n’est pas trop froide. Elle trempe bien, mais ce n’est pas désagréable. C’est presque parfait comme temps au final.

 

07h22 : Arrivé au parking PééééééYun. 

Nous voilà sur le parking. Il y a déjà pas mal de monde. Les gens semblent s’activer dans tous les sens. Nous, de notre côte, nous semblons encore tout endormis. Mon corps n’a pas encore compris ce qui va lui arriver dans 40 min. J’ai du mal à le réveiller. Je sautille. Mais je n’insiste pas plus que cela. Il y a pas mal de vent. Les nuages pas très hauts avancent vite dans le ciel. Cela promet des bourrasques plus importantes sur les hauteurs. Je me sens bien dans ma veste.

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Je quitte mes collègues pour rejoindre la ligne de départ. J’aimerai bien me mettre à l’avant cette année, pour ne pas me retrouver bloqué dans les premières montées. Je leur souhaite bon courage.

 

07 h 39 : Ligne de départ. 

Bon. Ben.. Cela ne servait à rien de se presser. La place est encore plutôt vide à 20 minutes du départ. Je prends un peu de temps pour vérifier les gels que j’ai pris dans mon sac. Gü à droite.. Overstims à gauche.. et deux pâtes de fruits de chaque côté. Les deux flasques de flotte ne me dérangent pas. Je dois être habitué maintenant. Petit selfie, on met l’Iphone en mode avion, et hop dans le sac. Je suis prêt.

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Je fais quelques pas chassés dans un sens puis dans l’autre. Deux petites accélérations de 20 mètres. Je rebondis sur mes jambes. Ayé. Je suis prêt. Pas tout à fait réveiller. Mais je suis prêt. Quelques personnes qui me connaissent viennent discuter avec moi ou prendre un selfie. C’est plutôt sympa.

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5 minutes avant le départ. Je me place sur la ligne de départ en plein milieu. Je n’ai plus aucune gène à le faire. Je lance ma montre. Le GPS s’active directement. Parfait. Je n’ai plus rien à penser.

J’entends l’organisateur parler à la foule dans le micro : « Attention.. ne partait pas trop vite.. les 10 premiers kilomètres sont vraiment les plus difficiles…. ». Je ne l’écoute pas trop. Je ne sais pas si c’est de l’arrogance ou la connaissance de mon corps, de mon niveau et du terrain, mais je ne fais plus trop attention aux conseils extérieurs. J’ai l’impression que jusqu’à présent ma méthode de fonctionnement « au feeling » a plutôt pas trop mal marché. Pourquoi en changer.

 

40 secondes du départ. 

Je ne me concentre pas plus que cela. C’est presque devenu normal. Je n’ai pas fait de plan pour cette course. Je n’ai pas anticipé mes temps de passage. J’aimerai bien faire un peu moins que l’an dernier (06h15min), mais cela ne serait pas grave de faire le même temps. Tout ce que je me dis, c’est que je dois voir ces quelques heures devant moi comme un bon exercice, aussi bien pour me tester que pour réapprendre à courir dans le technique.

Pour ne rien vous cacher, j’ai beaucoup moins peur qu’avant. Au final, je n’ai peur que de moi. Je n’ai presque plus peur des choses extérieures, des choses étrangères. La course en elle-même et les difficultés qu’elle propose ne m’effraient pas. Je n’en prends pas compte. La seul chose dangereuse pour moi, c’est moi.

10. Aaaaaaaaah. Cela y est. On va pouvoir partir.

9. Pas besoin de partir en sprint. Il y a le petit tour dans le village d’abord.

8. Pas de bousculades. Surveille tes pieds sur les premiers mètres.

7. Ne suis pas trop longtemps les premiers. Le 57 km part en même temps que le 37.

6. Il ne pleut plus. Je vais rapidement enlever ma veste.

5. Respire à fond.

4. Petit haussement d’épaules pour inspirer.

3. Relâchement des bras pour expirer.

2. Aller.. On y est presque.

1. Prochain arrêt.. Km 23 pour le premier ravito.

0. C’est partiiiiiiiiiiiiii !

Cela ne démarre pas trop vite. L’organisation inhibe un départ au sprint. C’est plutôt bien foutu. Petite montée. Virage à gauche. On redescend. Le bruit des chaussures de trail qui tapent le bitume est assourdissant. J’entends derrière moi : « Héé. Mais pourquoi on part avec les premiers là.. ». LOL.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

Le flot s’écoule dans les ruelles du village. Je ne tente pas d’accélérer. Je me place sur le côté pour ne pas être gêné et pour bien voir le sol devant moi. Quelques coureurs se positionnent en forçant un peu le passage. C’est totalement inutile à mon avis, mais bref. Virage à gauche. On passe par l’arrivée. Je regarde la route à droite. Je sais que je repasserai par là tout à l’heure. Je suis en 30 – 40ème position selon moi. L’arche est en vue. Je suis à l’extrême gauche du passage. Cela va vraiment commençait maintenant. Petit coupage de route par un autre concurrent qui se positionne. Je crochette à droite pour l’éviter. Je me remets dans l’axe. Et paaaaaaf. Arche passée. C’est partiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

 

DEPART : DESAIGNES (Km 0) 

Dès les premiers mètres, je place une accélération afin de rattraper le groupe de tête. En quelques foulées, je les ai rattrapés. Je me positionne dans la queue de celui-ci. Je suis dans les 5 – 10 premiers. Cela me fait bizarre. Mais je n’y pense pas trop.

Je me concentre plutôt sur les kilomètres à venir. Je le sais très bien. Le début de cette course est réellement difficile. Cela part directement dans le D+. Pas un dénivelé violent.. mais simplement un dénivelé piégeant. Il est assez faux-plat pour courir, mais un peu trop pentu pour être à l’aise. Et c’est comme ça pendant quelques kilomètres. Juste de quoi se mettre dans le rouge dès le début.

En soit, c’est simplement 6 km et quelques choses comme 400 m de D+. Ce n’est pas violent. Mais au démarrage. Cela pique grave.

 

Je démarre plutôt bien. Les 500 – 800 premiers mètres sont rassurants. Je ne m’essouffle pas. J’arrive à tenir le groupe de tête facilement. J’ai même l’impression que si je le voulais, je pourrais attaquer pour prendre la manoeuvre de la course. Je m’oblige à me remettre du plomb dans la tête. « Tu n’es pas venu pour ça.. » – « Joue pas au con.. la route est encore longue.. ». « Concentre toi plutôt sur ton souffle.. car même si cela te parait facile maintenant, on en reparle dans quelques km ».

 

J’ai bien raison. A partir du km 1. Mon corps me fait payer. Il se réveille. La grande claque que je viens de lui mettre n’est pas passée inaperçue. Il se venge. J’ai énormément de mal à avancer au rythme des premiers dans la montée maintenant. Je reste à l’affut, mais c’est dans la douleur. Je sais que je dois passer par là, pour être à l’aise dans quelques temps. Mais ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas un moment que j’apprécie. C’est un peu la sensation physique que l’on a lorsque l’on se réveille en retard un jour d’examen ou de RDV important. Le corps ne suit pas.. mais toi tu avances.. tu dois avancer. Je continue donc à marche forcée.

J’ôte ma veste, ainsi que mon buff. La fraicheur devrait m’aider. Ou du moins, cela sera plus supportable. Je me rappelle bien de mon départ de l’an dernier. C’était exactement la même chose.. mais en pire. Ce petit « mais en pire » rôde dans ma tête. Et me revoir un an plus tard, au même endroit, en souffrance, mais un peu plus à l’aise.. cela me fait du bien. Je tiens grâce à cela.

 

Km 3. Dans le DUR complet. Je m’oblige mentalement à continuer à avancer pour rentrer dans mon rythme. C’est très éprouvant mentalement et physiquement. Je décide de ne pas jouer au con. Je ralentis de temps en temps pour ne pas exploser. Je me fais un peu doubler. Ce n’est vraiment pas grave. Je m’en fous complètement. Cela ne m’atteint pas. Je ne regarde même pas si je me fais doubler par des 37 km (dossards bleus) ou par des 57 km (dossards rouges). Je ne tente pas non plus de suivre les coureurs qui me doublent. Je tiens vraiment à rester dans mon rythme. Enfin, surtout je tiens vraiment à rentrer dans mon rythme. Cela va encore prendre un peu de temps. Je le sais.

Dans ces moments là, la meilleur façon pour survivre selon moi, c’est de penser à totalement autre chose.. Et si on y arrive pas (comme moi), il faut philosopher :  » L’action n’apporte pas toujours le bonheur, sans doute, mais il n’y a pas de bonheur sans action. » C’est avec quelques phrases de ce type que je continue mon ascension. Cela fonctionne. En serrant les dents. Mais cela fonctionne.

 

Km 5. Bon.. J’ai laissé partir la tête de course. Je suis toujours plutôt à l’avant, mais je dois être dans les 30 – 40ème place. Je fais le point : Je suis toujours très mal à l’aise. Les faux plats montant encore « courables » sont maintenant tous derrière. Tant mieux. Je n’y arrivais vraiment plus. J’ai même eu cette pensée que j’ai toujours dans le lancement des courses : « Aller. Arrête toi. Va faire la course avec tes collègues. C’est pas si important que ça. En plus je suis sur que tu m’amuseras plus ». Impossible pour moi de ne pas l’avoir. Par contre, j’arrive toujours à y résister. « Il est toujours trop tôt pour abandonner ».

Petit km de vrai montée maintenant. La pente permet de passer en marche rapide sans trop perdre de temps. Je l’avale assez facilement. Je commence à suer. C’est normal. Je suis content, car j’ai l’impression de m’économiser en passant en marche rapide. C’est bon signe.

 

Km 6. Le balisage nous fait quitter le sentir de 4×4 et nous mène vers un chemin qui descend en dévert, ambiance monotrace recouvert de feuilles de chataigners. J’envoie un peu sur les premiers mètres pour me tester. Pas de problème. Je discerne quelques grosses pierres à éviter dans les feuilles. Elles sont plutôt visibles, mais il faut faire attention. Premier virage dans le négatif. Je le prends avec aisance. Je suis plutôt content. Je suis relativement à l’aise dedans. Je ralentis un peu le rythme histoire de ne pas me briser les cuisses et les muscles fessiers trop tôt.

Je me fais un peu doubler. Je laisse passer les sauvages du D – en m’écartant bien à l’avance. J’ai appris à ne pas me mettre la pression par ce que quelqu’un déboule derrière. Cela ne sert à rien d’accélérer pour ne pas se faire dépasser. La seule chose que cela peut provoquer, c’est un mauvais appui.. une chute ou une blessure. Et quand tu n’es pas encore rentré dans ton rythme. Ce n’est pas le moment. Alors à chaque fois qu’un taré déboule.. clignotant sur le côté. Je laisse passer.

Sur la fin de la descente. Je me teste à nouveau. Accélération dans les sorties de virages et relance à fond. Je place mon corps en avant. Je prends de la vitesse facilement. Rapidement, je rattrape les barbares du début de descente. J’attends gentiment derrière eux. Je les doublerai dans la remontée.

 

Km 7.5 : On attaque la première vrai difficulté. On va vraiment voir ce que l’on est capable de faire aujourd’hui là dedans. Si ça casse directement ici, je le sais, derrière cela va être un long chemin de croix jusqu’à l’arrivée. Si cela passe, je n’aurai qu’à gérer mon allure pour aller au bout sans problème.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

Je me débrouille bien. J’arrive à alterner course quand c’est possible et marche rapide. Pas besoin de mettre les mains sur les cuisses. Ca passe tout seul. Le fait de pouvoir repasser en course fréquemment me rassure totalement sur mon état physique. J’ai le souvenir d’avoir lutter l’an dernier en marche rapide dans ce passage. Cette année, j’y suis très à l’aise. Mes jambes sont légères. (Je pense que le choix des chaussures doit jouer aussi). J’y prends du plaisir. Et surtout j’ai l’impression de m’économiser dans ce genre de partie. C’est top !

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Un mec en orange est juste devant moi. Bâtons à la main. Il ne les utilise pas. Je ne vous refais pas mon paragraphe sur l’usage des bâtons selon moi, mais en gros : Si je ne prends pas de bâtons.. c’est exactement la même raison que si je n’écoute pas de musique en course officielle : c’est car je considère que c’est une aide trop grande. Ma pratique du trail et surtout le plaisir que j’y prends passe par des sacrifices, de la sueur et de temps en temps de la souffrance. S’accorder des bâtons ou de la musique ça serait pour moi comme faire un short-cut pour terminer plus vite. (Après, pour les autres. Pas de problèmes hein. Ce n’est que mon avis perso.. par rapport à moi même 🙂 ).

Revenons à mister Orange. Ils les portent donc mains droites ces bâtons. De mon côté, je suis toujours très à l’aise, je trottine dans la montée en prenant des appuis totalement par la pointe des pieds. Je me sens plus rapide, j’essaie donc de le doubler sans me mettre dans le rouge. Je fais 3 ou 4 essais. A chaque fois. Je suis gêné par ces bâtons. Ca me soule un peu.

Je ralentis et reste derrière. Dans un virage. Je le double par l’intérieur. Il s’accroche à mes mollets (pas physiquement hein ^^). Et là (c’est pas de sa faute hein), je commence à entendre sa respiration que je n’entendais pas de derrière. Il respire terriblement fort. Tu sens qu’il est dans la zone rouge complètement. J’entends un boeuf à moins de 1m50 de moi. Franchement, tu te demandes s’il ne va pas exploser en vol. « HeuuuuuuuuuuuuuUUU..FOuuuuuuuuuuuuuu.. HeUUUUUUUUUUU..FOuuuuuuuuuuuuuuuu ». Quand ça dure 15 secondes, ça passe, pas de problème, mais au bout de 2 min. Tu as juste envie de te retourner et de dire : « Mec. Arrête toi deux secondes. Tu es en sur-ventilation totale. Fait un truc. Je sais pas. Prends un Hollywood.. détends-toi.. J’arrive même pas à entendre les éoliennes ». J’accélère un peu pour mettre son souffle à distance. Adios éole orange.

Un peu plus loin, dans une montée en terre bien attaquée par la pluie et le ruissellement. J’arrache un gros bout de terre en prenant un appui. Un trailer est juste derrière moi. Je m’excuse aussitôt. Il me dit en rigolant : « Laisse du chemin pour les autres ». Cela me fait rire. Je me demande si j’aurai eu autant d’humour (et surtout de lucidité pour sortir ce genre de blague à ce moment là).

Sur les 500 mètres suivant, je pense à l’impact du trail sur ce genre de terrain. Je pense que nous avons réellement un impact négatif sur les chemins. Nos crampons créés forcément de l’érosion. Et autant dire qu’avec plus de 2000 personnes qui doivent passer au même endroit, cela doit être un carnage après la course. Je me demande comment régler ce problème pour ne pas détruire les sentiers tout en pouvant en profiter tout de même. Des simples dons aux associations locales de coureurs ne sont pas suffisants selon moi. Il faudrait peu être que je mettre à ma manière la main à la patte. Monter une association de réparateur de chemin post-trail. Pourquoi pas. Penser à ce genre de chose me permet de m’évader. Je finis tranquillement la montée. Plus 800 / 900 m de D+ avalé. Ca m’a réveillé. Cela va commencer à aller mieux maintenant.

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Copyright – CM Ardéchois Trail. 

 

Km 10. Montée finie. On bascule dans la descente. Je peux relancer. Enfin, en réalité, j’ai déjà relancé. J’ai pris l’habitude de me remettre à courir dans les fins de montée. Comme j’arrive à un terrain un peu plus plat, puis dans la descente, la relance est moins difficile. Je ne pense pas que cela puisse être facile pour tout le monde, mais je conseille cette tactique. Cela demande simplement un peu de motivation.

Dorénavant, cela avance très très bien sans forcer. Ma foulée se déroule bien plus naturellement qu’au début. Je vais bientôt rentrer dans mon rythme.

Le début de la descente est synonyme de début de la pluie aussi. Nous sommes dans des espaces plutôt dégagés. Le vent souffle. Parfois de face. Parfois de 3/4 face depuis la gauche. J’ai transpiré. Je vais avoir froid si je reste comme cela. J’enfile ma veste.

En la prenant depuis la poche extensible de mon sac, je fais tomber mon buff. FREIN A MAIN – STOOOOOOOOP. Je m’arrête sec. Aiiiiiieeee. Je le ramasse vite et repart en sens inverse. C’est vraiment atroce ces petits arrêts à la façon frein à main. Les cuisses, le dos et les genoux prennent tellement cher. Je pense qu’un défi avec des stops spontanés comme cela pourrait se monter. Et cela serait vraiment l’horreur au bout de quelques dizaines de fois.

Alors que je gambade de plus en plus tranquillement, un trailer me dépasse. Il est sur le 37 (dossard bleu). Juste après avoir fait cela, il me demande sans me regarder sur quelle distance je suis. Je réponds « 57 ». Il me dit d’un ton paternaliste « Calme moi petit. Tu dois en garder sous le pied. ». Je réponds du Tac-O-Tac. « T’inquiète pas.. Ca avance tout seul ». Je pense que vous l’avait compris, mais j’ai encore beaucoup de mal avec les conseils extérieurs.. qui plus est avec des conseils extérieurs un peu orienté « moralisateur – paternaliste – etc. ». Cela m’énerve un peu d’être pris de haut comme cela. Je ne lui en veux pas hein.. Mais je me pose tout de même pendant une seconde la question : « Est-ce qu’il n’aurait pas raison ? ».. Puis je pense : « Je me suis plutôt économiser jusqu’à là. Je suis entrain de rentrer dans mon rythme. Je sais que je vais accélérer jusqu’au chateau maintenant.. pas d’inquiétude ». Je le laisse partir un peu devant. Il me prends 200 m.

 

Km 11. Ayé. Je suis presque dans mon rythme. Je sens que je peux accélérer maintenant. Je dépasse à fond l’homme au conseil paternaliste. Dans sa tête il doit se dire : « Petit con. Tu vas te cramer ». Je ne le verrai plus.

La machine est chaude. Je déroule. Plus de mauvaises sensations. Je vais pouvoir profiter de ma course maintenant. Cela tombe bien on est sur un passage très roulant. Du 11ème au 17ème. On serait à Paris, je vous dirai de prendre la ligne 2.. mais là, ce n’est pas tout à fait l’ambiance.

Plus trop de souvenirs, je pense que j’ai du m’occuper l’esprit. Je crois me rappeler que je me suis posé la question suivante : « A partir de quel kilomètre, puis-je me dire que c’est la fin ? « . Au moment où je quitte le premier ravitaillement (km 23) ? Au moment de traverser le petit tunnel avec l’eau ? En quittant le dernier ravitaillement ? En haut de l’ultime ascension ? Dans la dernière descente quand j’entendrais le haut-parleur de l’arrivée au loin ? – Je n’y répond pas.

 

Km 17 : Nous arrivons sur une partie que j’affectionne : La descente du château.

Je sais que le terrain va être technique à l’approche du monument. Pour l’instant, le single de terre est simplement devenu un single de pierre (et non ce n’est pas une fable). Rien de trop technique, mais les appuis et la concentration se doivent d’être plus affinés.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Dans le haut, en amont du château. La première féminine du 37 km me double. Je la laisse passer en m’écartant un peu. Elle est sacrément affutée. Je regarde sa foulée. Elle est très différente de la mienne. Etant relativement petite, ces pas sont très rapprochés et sa foulée est rapide. C’est l’idéal pour bien descendre selon moi. Par contre, je sais d’avance qu’elle va avoir plus de mal dès qu’il y aura des rochers avec un peu de hauteur à passer. Je me concentre un peu plus sur mes appuis. Je la laisse partir devant avec un autre coureur.

En fait, je laisse un peu de distance pour avoir une bonne vision sur le single et sur les cailloux qui jalonnent le parcours. Je me suis fait avoir trop de fois à vouloir tenir la foulée du coureur devant moi, et à me faire cacher les obstacles qui surgissent à la dernière minute. S’il y a bien une chose que j’ai appris sur l’art de la descente, c’est de toujours tenter de regarder le plus loin possible devant. Ayant un peu ralenti, j’arrive à lever la tête et à profiter du paysage de temps à autre. Je ralentis encore un peu pour en profiter.

Traversée de la route. La féminine devant moi a failli se louper sur un rocher avec un peu de hauteur. C’était prévisible. Il y a pas mal de supporters à cet endroit là. Je crois me souvenir de quelqu’un avec une cloche. Cela me rappelle la CCC. C’est top. Route traversée, je me dis qu’il est temps d’accélérer un peu. En 50 m, j’accélère fort. Je rattrape la première féminine et je la double en prenant des distances de sécurité. Le single est assez technique. Pas mal de rochers et de cailloux mouvants. Le chemin n’est pas roulant du tout. Il est tracé un peu à l’arrache. Ce n’est pas naturel comme un cours d’eau qui ruissèle. J’enquille et prenant garde à ne pas me viander.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Cela passe tout seul. Les quelques marches en descente cassent un peu mon allure de navigation. Pas de problème, je relance. Je traverse le château. Tout comme l’an dernier je m’imagine qu’il y a plusieurs centaines d’années, ce ne devait pas être tout à fait la même ambiance ici.. Plus proche du « Messire » que tu « Trailer ».. C’est sûr.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

J’ai rattrapé un petit groupe dans les cuisines de château (bon.. ce ne sont certainement pas les cuisines, mais ça aurait été mon château, je les aurais mises là.. laisser moi rêver bordel ^^). Je ralentis un peu pour ne pas avoir à pousser derrière et à forcer le dépassement. En sortant des ruines, j’ai la musique des visiteurs dans la tête. Je vois tout à fait Jacquouille la Fripouille et le Hardy de Montmirail se balader dans ce décor. J’adore.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

Je sais qu’il y a une rivière à traverser pas loin. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’eau cette année. La végétation est tout de même bien verte. Il a du pas mal pleuvoir ces dernières semaines. Au loin, j’entends la cascade. Je n’avais pas le souvenir de l’avoir entendu l’an dernier. Je pense qu’on va y avoir le droit cette année. Ca va être flotte jusqu’au cuissot. Et puis pas ambiance balnéothérapie.. plutôt cryothérapie selon moi.

J’approche du passage. Je relève la tête une seconde pour savoir si je vais avoir le droit à un petit bain et à des chaussettes qui font Spaaaaalsh Spaaaaalsh sur quelques km. Je vois que cela va passer sans mettre les pompes dans l’eau. Youpiiiiii ! Je retourne très vite les yeux droits dans le chemin devant moi. Je fais très attention dans cette partie. Les gros pans de rochers en dévert’ sont très humides. L’humidité dessus rend la roche totalement non adhérente. Mes crampons ne suffisent pas à me stabiliser. Je ralentis encore.

(Ce que l’on a évite cette année >>>)

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Copyright : U-Trail. 

Petit bon sur le rocher. Petit bon sur la planche. Je frotte la ficelle qui forme le pont de l’intérieur de ma main droite. Et hop, la rivière est traversée. Parfait ! Plus de soucis à se faire pour le trempage de pieds avant d’arriver au tunnel sous la route.

Ayant bien ralenti, le petit groupe m’a mis 50 m. J’accélère donc pour les rejoindre dans ce monotrace sympa à flan de montagne. Rapidement je les rejoins. Et me voilà bloqué. Je suis presque au pas. Cela bouchonne étant donné la technicité du terrain. Les coureurs devant moi ne semblent pas tous à l’aise dans cette partie. Dommage, j’aurai pu envoyer. Je regarde loin devant pour identifier des espaces de dépassement. C’est complètement impossible selon moi sans gêner tout le monde. J’abdique. Je me dis que de toute façon, ce n’est pas sur ce genre de segment que je peux perdre beaucoup de temps. Et puis cela me permet de profiter un peu du paysage. C’est tant mieux. Pour ne rien vous cacher, dans ma tête j’ai une petit voix qui a très envie de crier. « Bon les gars.. On est pas là pour enfiler des perles ». Mais je ne dis rien. Je tente même d’échanger quelques mots avec les personnes devant et derrière moi. Ce moment va vite passer.

Virage à gauche. Fin de single à flan de montagne. Cela remonte sur 15 mètres. C’est un peu plus large. J’en profite pour relancer et doubler les quelques coureurs en difficulté. En haut, le champ de vision s’ouvre. Cela va être roulant maintenant.

 

Km 19. Cela descend tranquillement. Le chemin est un mix entre route de campagne, petit passage sur le bitume et sentier large dans les sous-bois. La descente est légère mais suffisante pour se laisser entrainer par l’inertie. Je me force à me mettre un peu en avant pour ne pas trop subir les chocs du terrain. J’y arrive facilement. Dans chaque passage dégagé, le vent nous attaque 3/4 gauche. Cela ne me ralentit pas tellement.

 

Km 20. On rattaque la montée. Autour de 300 ou 400 D+ jusqu’au ravitaillement. J’ai bien géré ma consommation d’eau jusqu’à présent. Je me suis forcé à boire un peu, mais comme à mon habitude, j’ai un peu fait le dromadaire. Il m’en reste beaucoup. Je peux boire plus que de raison maintenant. Cela me donne de la fraicheur. Je décide de ne pas ralentir jusqu’au ravitaillement. J’enquille à fond les trois prochains kilomètres. Et comme à chaque fois que j’enquille.. pas trop de souvenirs.

Plus loin, je reconnais la prairie en dessous du village de Saint Jean Roure. Le ravitaillement est juste au dessus, je le sais. Je repense à la jolie jeune femme que j’avais croisé l’an dernier à cet endroit là. Cela m’occupe un peu.

J’enleve ma veste. Les averses par intermittence se sont arrêtées. Le soleil a même fait sont apparition. C’est assez féerique. Je sais que cela va chauffer un peu dans la montée sur ravitaillement. Je me force à finir l’eau présente dans mes flasques.

Descente dans le champ. Un arbre est au sol. Je grimpe facilement son gros tronc. J’ai un coureur juste derrière moi que je viens de doubler. Je sais qu’il y a une bonne petite montée en zigzag pour atteindre le ravitaillement. Je me force à la courir tout le long. Je double 3 ou 4 coureurs dans cette partie très courte. Lorsque je me retourne en haut. Je me rends compte, que je leur ai mis très rapidement de la distance. C’est un bon signe. Je suis en forme.

Dernière montée dans l’herbe. Je lève la tête pour regarder la distance qui me sépare du ravitaillement. Il y a beaucoup de supporters au loin. Cela me motive grave. Je finis à fond. Les applaudissements galvanisent ma foulée. J’avale l’escalier. Et hop. M’y voilà. Ravitooooooo !

 

 

RAVITO 1 : SAINT JEANROURE (Km 23.7 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 02h22min52sec

Classement : 13ème

Je tends mes flasques afin de les faire remplir d’eau. J’en avale une presque cul sec. Je fais presque toujours cela maintenant. Une flasque pour bibi de suite. Puis remplissage pour départ immédiat. Je prends le temps de vider mes poches dans la poubelle. Je n’ai pris qu’un gel et une pâte de fruits pour le moment. Je n’ai pas ressenti le besoin d’en prendre plus. Je me dis que je suis encore une fois de plus parti trop chargé. Je vais en ramener à la maison. Ca sera ça de moins à acheter pour la prochaine course.

Je me retourne en direction de la table avec le ravito solide. Je n’ai envie de rien. Je ne sais pas si c’est le petit-déjeuner saucissons – pistaches qui m’a calé, mais je n’ai vraiment pas d’appétit, et en faisant un bilan, je me dis que cela ne sert à rien de me forcer à ce moment là de la course. Je décide donc de repartir. En quittant la table. Je pioche deux petits bouts d’orange. Je me force un peu, je mords dedans et je jette les écorces dans la poubelle. Le gout et l’acidité me fait du bien.

Sortie du ravitaillement, je regarde ma montre pour la première fois depuis le début de la course. 02h23min.. Oui.. et alors ?.. Je n’ai aucune idée de si c’est bien ou pas. La seule chose que je sais, c’est que j’avais le souvenir d’être reparti déjà bien amoindri l’an dernier. Et là, tout va bien !

Mes jambes sont fraiches. Je redémarre sans aucune difficulté à un bon rythme. Un peu plus loin, il y a deux chemins devant nous. Pas de balisage. Je crois me rappeler que c’est à droite. Un coureur à côté de moi me dit : « C’est par où ? ». Je dis « Je crois que c’est à droite. » Il me répond : « T’es sûr ? ».. Je ne réponds pas et je file à droite. Que répondre à cette question : « Bah non. Je ne suis pas sûr. Je suis comme toi mec.. Mais bon.. on va pas rester planter là.. Ecoute.. ce qu’on fait.. Tu prends à gauche.. Je prends à droite.. et on en reparle à l’arrivée. « . Je pense que mon déterminisme de partir à droite l’a rassuré. Il me suit de loin.

Je finis la descente légère en faisant le point sur mon état. Tout es ok. J’ai l’impression que la course va commencer.

 

Km 24. Re-attaque dans la montée. Je ne faiblis pas. Je l’enquille comme si c’était du plat.  Je n’en fait qu’une bouchée. Cela me parait facile. Je suis très content. Je me rappelle de l’an passé. Je commençais déjà à devoir mettre les mains sur les cuisses dans cette partie. Là je passe en mode écolier comme j’aime le faire. C’est à dire, le dos droit, les pouces à l’intérieur des anses de mon sac au niveau de la poitrine et le museau fière. Dès que c’est un peu moins pentu, je repasse en mode course. Vraiment cette montée se passe bien. Je pense qu’elle passe aussi facilement car je pense à ma copine aussi. J’hésite à prendre le temps de sortir de mon téléphone et lui passer un petit coup de fil. Je me dis, que « ça se trouve, il n’y a même pas de réseau dans ce coin et que je vais me débattre avec mon sac pour rien ». Pas d’imprudence. Pas de coup de fil (Sorry 😉 ).

A mi-montée, on bascule sur une longue ligne droite en direction d’une maison. Nous allons l’esquiver par la gauche dans mon souvenir. A 100 m de celle-ci, je repère une jeune femme juste devant. Il pleut un peu à ce moment là, et le vent souffle fort (de la droite maintenant). Je me dirige vers elle. Je commence à entendre ces encouragements. Elle est seule devant cette bâtisse. A l’abri des intempéries, sous une porte. J’ai la drôle d’impression d’avoir déjà vécu ce moment. Je sais très exactement quand. C’était lors de l’EcoTrail, il y a quelques temps. Exactement le même scénario. Une ligne droite en montée. Un finish sur un sol dur. Un virage à gauche pour esquiver une maison (ou un château je crois sur l’EcoTrail). Des conditions météo pas super cool pour une supportrice. Des encouragements. Ce moment est un peu lunaire pour moi. Très appréciable.

 

Km 25. Montée finie. On a mangé un peu plus de 400 D+ en 5 km. Ce n’était pas trop violent. Je relance dans le plat / faux-plat. Je suis bien. Je tourne autour de 4:40 min au km. Je ne force pas. On repasse à côté des éoliennes. J’avais passer du temps à les regarder l’an passé. Cette année, je n’y prête pas trop attention. Je les regarde de temps en temps. Je me dis qu’étant donné le vent que j’ai eu sur les deux éditions, elles sont clairement au bon endroit.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Jusqu’au 29ème km, ce sont des kilomètres « offerts » (enfin, c’est moi qui les appelle comme cela pour positiver). C’est très roulant. Je suis seul depuis le départ du ravitaillement. Je repère au loin un coureur. Il semble courir beaucoup moins vite que moi. Je pense qu’il cale. J’arrive à son niveau et ralenti un peu pour discuter. Il est sur le 37 (dans mes souvenirs). Il a du partir un peu trop vite et il va terminer comme il peut. Je lui demande si ça va. Il a l’air très fatigué et me dit qu’il va aller au bout. J’ai un peu du mal à comprendre. De mon côté, je suis frais comme au départ, et lui parait complètement dans le dur. Je l’encourage. Puis je repars à mon rythme. Cela sera la dernière fois que je verrai un coureur aujourd’hui.

 

Km 29. Hiiiiiiiiha. C’est parti pour la descente bien franco. Je n’ai que des souvenirs vagues. Je suis trop concentré dans le fait de bien avancer dans le négatif courrable et de faire attention à mes appuis dans le négatif plus technique.

Je ne suis pas sûr que cela soit à ce moment là, ou un peu après, mais je me rappelle bien du fameux moment où tu es sur un sentier de forêt. Genre, tout à fait praticable. Et d’un coup, il y a un panneau qui t’indique TRAIL sur la gauche vers nul part. Enfin si.. vers quelque part. Vers le précipice à gauche de la route. Ce moment, et toujours aussi sympa. Avant de me jeter dedans, je regarde un petit coup en arrière pour voir si cela revient derrière. Une mauvaise habitude, que je remarque faire de plus en plus souvent. Personne à l’horizon. Hiiiiiha c’est parti. Je fais complètement mumuse. Comme si j’étais en ski. Stratégie du double appui sur le côté dès que je prends un peu trop de vitesse. Ca descend bien. Mes cuisses n’ont pas mal. Je suis à l’aise. Et dire que l’an dernier j’avais limite peur dans ce passage. Il y a du chemin parcouru depuis 🙂

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

Bon. Que l’on soit clair. Pour moi le ravito « PETITES SAGNES » qu’indique Livetrail, ce n’est pas du tout un ravitaillement, mais c’est la séparation entre le 37 et 57. J’ai le souvenir de mettre fait biper d’ailleurs à ce passage là. Donc, vous m’excuserez si vous connaissez le coin, mais moi, entre mes souvenirs pas tous frais, le livetrail et le Strava, j’essaie de faire une purée à peu près cohérente. Et puis, si je me loupe. C’est pas grave. Ca serait pas la première fois que je loupe une purée.

 

 

Pointage 2 : PETITES SAGNES (Km 31.8 – Cumul D+ = 1130 m) 

Temps : 03h06min32sec

Classement : 12ème

Perso. Je crois que le RAVITO n°2 c’était plutôt vers SAUTEREAU, au Km 35. Mais bon.. je fais ma purée hein ;).

Nous sommes donc à la séparation du 37 et du 57. La petite pensée « Allez.. vas-y.. fini sur le 37 au final.. c’est pas grave.. » ne me passe même pas par le tête. J’ai encore super envie de courir. J’arrive au niveau de deux bénévoles. Je me fais biper. Je crois demander « Juste pour information : Le prochain ravitaillement est dans combien de km ? ». Je crois entendre « Euuuuuuh. 12 km je crois ». Je me dis : « Whaaaaaaaaaaat ? ». C’est totalement illogique. Bref, je fais comme si je n’avais pas entendu, ou plutôt comme si j’avais mal entendu. Je continue. La descente est technique dans le sous-bois. Je la gambade comme une petite biche. Sans pression.

 

Du km 32 au km 35. Je crois me souvenir que j’ai croisé pas mal de marcheurs qui allaient dans le sens inverse du mien. Ils avaient un dossard doré dans mon souvenir. La plupart m’encouragent. Certains ne se poussent pas. Je fais attention à ne pas les bousculer, ou les gêner en passant. Revoir du monde me fait du bien. Je me demande si je vais rattraper un coureur ou si un coureur va me rattraper. Je ne regarde pas ma montre donc je suis incapable de me rendre compte de si je vais vite ou si je me traine. Impossible de connaitre mon classement.

Etant donné qu’au départ de la course, après avoir ralenti, je me suis fait dépasser par 25 – 30 coureurs. Etant donné qu’il y avait max 7 coureurs devant moi au tout début. Et sachant que j’ai doublé quand même un peu de monde entre le 10 et le 23ème. Je pense que je dois être dans les 20 premiers facile. Mais pas plus de précisions. Ce que je sais, c’est qu’il y a relativement, peu de coureurs qui sont passés avant moi. Je le sais car à certains moments, nous courrons dans des champs où l’herbe n’est pas coupée. J’arrive presque à compter le nombre de trace dans ces cas là. D’après moi, il y en a maximum une quinzaine. Bref. Trêve de suppositions. J’avance bien.

 

Km 35.5 – Arrivée au RAVITO de SAUTEREAU (Je suis quasiment sûr que c’était là bas). Pas de pointage dans mon souvenir. Cela doit donc être cela.

Je me souviens de ce ravitaillement. L’an dernier, ils étaient au Ricard dans mon souvenir. J’arrive en trombe. Je sors mes flasques et les tends à bout de bras vers les bénévoles qui ont l’air de bien se marrer. Je dis « Alors.. Du whisky (en agitant la flasque droite) et du Coca (en agitant la flasque gauche) ». Cela les fait rire. Un des bénévoles me dit « Mais, il y en a.. ». Je réponds « Mais, je sais 😉 ». On rigole un peu.

Je finis de faire remplir mes flasques. Je leur souhaite un bon dimanche et je les remercie. En partant, je demande : « C’est après le tunnel humide sous la route ? ». Ils me répondent que c’est juste après, un peu en contre-bas. Youpi. C’est reparti.

Je continue à croiser des marcheurs en sens inverse. Je ne me rappelle plus s’ils avaient des dossards. Ils m’encouragent.

Flèche à gauche. On quitte la route de campagne. Je rejoins vite la forêt. De haut, je repère la route qui circule en dessous. Je le sais. Le fameux tunnel n’est pas loin.

 

Km 36.5 – Le passage du tunnel

Je redoute un peu ce passage. L’an dernier, le difficile moment des chaussures dans l’eau ne m’avait pas fait kiffer du tout. Je vais tenter d’y aller précautionneusement. Une femme est assise à gauche. Je la salue, puis je plonge dans le ruisseau qui passe par le tunnel.

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Copyright Photo – Ronald.B (2017)

Je tente de ne pas mettre mes pieds dans l’eau. J’y vais tout doucement. Deux mètres après l’entrée, on ne voit presque plus rien. Je le sais, il y a un trou de 40 à 50 cm à cet endroit très précisément. Je prends le temps pour bien positionner mon pied. Je tente d’esquiver le trou d’eau. Je m’aide de mes bras en m’accrochant aux deux parois. Grand pas en avant avec le pied gauche. Et hop. Le trou est passé. Je n’ai plus qu’à avancer vers la lumière en prenant garde de ne pas glisser. Deux foulées et me voici à l’extérieur. C’est idiot. Mais je suis content de ne pas mettre mouillé les pieds. J’enchaine.

 

Jusqu’au km 41. Aucun souvenir.

J’avais oublié cet endroit. Je traverse un champ en légère pente. Il y a très peu de traces de passage. Je dois vraiment être pas trop mal au classement. Je n’y pense pas plus que cela. Pourquoi ? Tout simplement car je repère qu’à la fin du champ coule une rivière (Oui, c’est presque le nom d’un film ça…). Je l’avais complètement oubliée. Elle est un peu plus costaud qu’un ruisseau celle-ci. Dans mon souvenir, je mettais bien débrouillé l’an dernier. Cette année. Cela ne va pas se passer pareil.

Je ne prends pas trop le temps de regarder loin devant moi pour identifier le meilleur passage. J’y vais un peu à l’arrache. Sur les cailloux glissants, je fais surtout attention à ne pas me foutre en l’air (dans l’eau). J’arrive à traverser le premier bras sans problème. Le petit îlot sur lequel je me trouve est recouvert d’orties. Je tente de passer sur le bord sans mettre mes jambes dedans. Trop tard. L’avant de mes jambes a déjà embrassé les feuilles urticantes. Ca va piquer. Je décide donc de tenter de mettre rapidement mes pieds sur des cailloux pas trop profond. Ca passe. Mais ça passe juste.

Je n’ai plus que 3 mètres à faire pour rejoindre l’autre rive. Mais là, clairement, je n’ai pas d’autres solutions que de traverser avec les jambes dedans. J’hésite une seconde, je regarde à droite, à gauche. Pas d’autres solutions. Aller j’y vais. Spllllllllllllaaaaaach.. Splaaaaaach.. Splaaaaaaaaaach… Splaaaaaaach. J’ai traversé. J’ai les pieds complètement trempés mais c’est fait. Le problème ne réside pas tant dans mes chaussures, mais plutôt mes chaussettes. J’ai des chaussettes rembourrées, assez épaisse. Des vrais éponges une fois passées dans l’eau. Je remonte le petit single pour sortir de cette zone. A chaque pas, je sens toute l’humidité se remplir et se vider de mes chaussettes. Outre le bruit qui n’est pas bien agréable, ce sont surtout les sensations qui sont atroces. Je fais abstraction. De toute façon c’est trop tard. Avance.. ça va bien sécher de toute manière, me dis-je.

Je suis sur une route en bitume. Je la prends sans trop d’hésitation. J’avance vite dessus afin que l’eau sorte rapidement de mes pompes. Je regarde plus mes chaussures que le parcours. C’est amusant de voir l’eau qui gicle à chaque pas. Bon c’est amusant, mais quand je relève la tête.. surprise.. plus de pois oranges sur la route. Plus de balisage. Je continue à avancer au cas où. J’arrive au niveau de quelques bâtisses. Je comprends que je me suis perdu quand je vois une voiture prendre la route sur laquelle je suis. C’est bizarre qu’il y ait des voitures sur la course. J’avance encore un peu. Il y a quelqu’un au loin. Je cris : « C’est par où ? ». La personne me répond « Pas par là. Vous vous êtes trompés ». Demi-tour toute. C’est reparti en arrière. Je n’ai pas du faire tellement de distance en plus.. peut être 800 m. De toute façon, je le sais, cela m’arrive à chaque fois maintenant. Je ne colère même pas.

Effectivement, en retournant en arrière, je retrouve bien le parcours. Il y avait une énorme flèche orange qui nous faisait sortir de la route. Comment n’ai-je pas pu la voir ? Sérieusement.. bref. J’avance.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 42. Dans mon souvenir, on remonte sur un coin plutôt joli. On longe des vergers. C’est plutôt bucolique comme endroit. En tout cas cela me plait bien. Je pense reconnaitre de loin le dernier « sommet » à gravir. Le ravitaillement ne doit plus être très loin.

Ah. Bah. Le ravitaillement n’est plus au même endroit que l’an dernier. Il est plus tôt. Dans un village. Devant l’église, si mes souvenirs sont bons. En le voyant, j’accélère.

 

 

RAVITO 3 : LABATIE D’ANDAURE (Km 43.8 – Cumul D+ = 1419 m) 

Temps : 04h18min53sec

Classement : 10ème

Me voilà au ravitaillement. Les bénévoles sont toujours aussi sympas. Je remplis mes deux flasques et j’avale un verre de coca. Je repère un gel Isostar sur la table. Je le prends, l’ouvre d’un coup de dents et je l’avale aussi sec. Je finis mon coca. Petits remerciements aux bénévoles. La jeune femme bénévole devant moi me propose de manger quelques choses. Plusieurs fois. Je refuse avec le sourire. Je m’arrête à la poubelle. Je vide mes poches, et c’est reparti. Les encouragements sur ma relance me font du bien. J’adore ce moment. J’arrive presque à me mettre à la place des bénévoles qui me voient partir de dos. C’est motivant.

En repartant, je me demande s’il y a monde derrière moi ou devant moi. Devant moi, cela me parait improbable étant donné que je me suis pommé. J’ai beau avoir bien avancé, je n’ai aucune idée de la distance qui me sépare du coureur de devant. C’est pour derrière moi que je m’inquiète un peu plus. Mon détour m’a fait perdre du temps. Même si à chaque fois que je croise des bénévoles, j’essaie d’écouter s’ils applaudissent d’autres coureurs après, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait personne loin derrière. J’arrête de me poser des questions. Et j’avance.

Je repasse à l’endroit où était le ravito l’an dernier. La sorte de préau est complètement vide. Par réflexe, je passe à côté. Comme si c’était le parcours normal de passer juste au bord de celui-ci. Je me rappelle bien du km à venir. La traversée du pont, la montée en bitume où j’avais ramassé un coureur crampé et puis le tout droit à travers les champs en mode FAT montée.

 

Km 44.5 – Traversée du pont.

En traversant celui-ci j’ai une vue bien dégagée sur plusieurs centaines de mètres derrière moi. Je me retourne de temps en temps pour regarder. Personne à l’horizon. Je continue.

J’attaque la dernière montée du parcours. Un +500 m D+ en 4 km. Je suis encore en très très bonne forme. Je vais la manger. Je vais n’en faire qu’une bouchée. C’est sûr. La montée commence par un bon passage à gros pourcentage. On monte droit dans ces champs (genre champs d’agriculture de terrasses). Je m’aide de mes mains en les plaçant sur les cuisses pour passer rapidement. Je me surprends même à trottiner dans ces gros %. Je suis très content de réussir à faire cela après un peu de kilométrage. Cela me motive pour continuer. A la fin du tout droit dans les champs, on rejoint un sentier qui monte dans la forêt. Juste avant celui-ci, je remarque une caisse en bois sur le sol. Il y a une inscription dessus : « RAMASSAGE DES CHATAIGNES INTERDIT ! ». Bon, je ne prends pas le message pour moi. De toute façon, ce n’est pas la saison.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Km 45.6 : Je continue la montée. Cela se passe bien. Après la fôret. Virage à droite, puis à gauche pour rejoindre une route de campagne qui monte jusqu’à une bâtisse un peu plus haut. Je n’ai pas fait un mètre sur celle-ci que pleins de chiens se mettent à aboyer. Pas de trace d’humains à l’horizon. Je m’approche. Je repère pleins de Toutous, légèrement excités dans des cages sur la droite. Dans ma tête, je me dis que je vais vite passer pour ne pas les déranger. Mais je me rends compte que mon parcours traverse un ensemble de trois ou quatre maisons. Et sur mon chemin, il y a un chien bien affuté qui me regarde fixement. Je repère qu’il a une chaine attaché au cou. Je ne suis pas sûr à 100 % qu’elle soit attaché de l’autre côté. Le chien aboie. Il défend son territoire. Il a raison. Je lui parle : « Hello bonhomme. Je ne fais que passer. Pas d’inquiétude.. ». La chaine se tend. Et le chien se fait stopper. Il a peu d’espace de liberté. C’est un peu triste pour lui. Mais c’est rassurant pour moi. Je ne prends pas le temps de lui faire un câlin. Je disparais comme je suis arrivé. Peut-être à l’an prochain sacré toutou.

 

Km 46.6 : Je rattaque la montée. Le vent souffle de plus en plus fort. Au sol, il y a quelques pommes de pain qui dansent au gré du vent qui souffle. Je me rends compte que je commence à perdre la raison lorsque je confonds une pomme de pain avec un hérisson. Je me ressaisis. Petit gel. Ca va bien se passer.

Pendant toute la montée, je pense à une seule chose : le final dans le maquis. J’adore ce passage. J’en garde un très bon souvenir de l’an dernier. Une vrai difficulté que les personnes sur le 37 n’ont pas la chance de connaitre (et rien que pour celle là, je vous conseille de faire le 57). Le vent souffle fort à nouveau. Il fait frais, mais je pense que je vais avoir chaud avec ma veste. Je reste en t-shirt. Cela me motive à bien avancer.

Je cours dès que le % le permet. Je repère le moment où l’on passe dans le maquis. Le balisage est clair. Je sors du chemin. M’y voici. Ca va piquer un peu les jambes, mais ça vaut clairement le coup. Cette endroit est tout simplement magique. Je vise comme il faut ma casquette sur ma tête. Le vent pourrait presque l’emporter. Le chemin que l’on suit n’en n’est plus vraiment un. Le parcours n’est pas très visible. On repère juste en levant les yeux, les balisages bleus et blancs qui dépassent de certains buissons. C’est juste magique comme passage. En levant encore plus les yeux on se rend compte que l’on va devoir monter droit dedans jusqu’aux pics rocheux. Ca motive énormément. J’avance très bien dans cet endroit.

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Copyright photo – Danielle Autier

J’attaque la dernière partie de la montée. Le moment de la course, où tu as clairement besoin de tes mains pour ne pas partir en arrière. C’est vraiment top. Je ne suis pas si essoufflé. J’avance vite, mais pas trop. Arrivé sur la première crête, je prends deux secondes. Je m’arrête, je me retourne, je regarde le paysage. Je regarde le passage que je viens d’emprunter. Outre le fait que cela soit magnifique, je vois surtout qu’il n’y a vraiment personne derrière moi.. Comme le silence des chiens après mon passage dans les précédentes bâtisses me l’avait suggéré.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 47.7 : Arrivé au sommet. Une femme toute seule à l’abri du vent me félicite et m’encourage pour continuer. Je lui dis : « Ca.. c’est fait.. bon dimanche.. » et je file.

C’est parti pour 10 km de descente et de « roulant ». Je le sais. Ca va être rapide maintenant. Dans le début de la descente, je ressens une légère douleur dans le bas du dos. Je ne m’en inquiète pas trop. Je pense que j’ai du faire un faux mouvement dans la partie escalade de la montée. Cela devrait partir tout seul.

Je croise les hommes de la sécurité civile stratégiquement placés. Je les salue. Je semble un peu pressé. Enfin plutôt, tout simplement déterminé. Dans le faux-plat suivant jusqu’à un petit village. La douleur dans le dos revient. De plus en plus saisissante. Je m’arrête 5 sec. Je m’étire. D’un côté.. de l’autre.. vers le bas.. et je repars. 100 mètres plus loin cela revient. Cela devient de plus en plus douloureux, mais le vrai problème c’est surtout qu’à chaque pas droit, cela me coupe la respiration. C’est très désorientant. Je commence à serrer le poing et les dents. Il n’y a plus beaucoup de kilomètres à faire. Je dois pouvoir tenir.

 

Km 50. Avant l’arrivée dans Nozières, cela descend un petit coup. Là. Clairement cela passe de douloureux à atroce. Chaque pas dans le D- me scie en deux. Je tente de ne pas m’arrêter. A chaque appui droit, au moment de l’impact et du rebondissement.. je gémis deux fois : Suuuuuuuuuurp… Aaaaaaarh. C’est une douleur interne. Je tente de faire abstraction, mais cela ne passe pas. Il va falloir gérer les derniers kilomètres avec.

Sur le plat, cela fait légèrement moins mal. Je peux avancer sans trop gémir. De temps à autres.. pour décompresser. J’hurle un bon coup. AAAAAAAAAAAAAAAARGH ! Un cri qui vient du fond des tripes. Cela me fait du bien. J’essaie de le faire quand je suis sûr que personne ne peut m’entendre. Je n’ai pas envie qu’on me demande d’arrêter.

 

Km 51. Nozières. Je me rappelle qu’il y avait un petit ravitaillement improvisé dans ce village l’an passé. C’est encore le cas. Je ne m’y arrête pas cette année. Je suis trop concentré et trop en souffrance pour remercier oralement les personnes qui m’encouragent. Je vais des petits signes de la main en serrant les dents.

Maintenant, cela va être l’enfer pour moi. Je le sais. C’est parti pour 4 ou 5 km de vrai descente avec 500 m de D-. Ca va être atroce. Je vais douiller graaaaaave. Je le sais d’avance. Heureusement, je monte des subterfuges pour ne pas trop y penser. Enfin du moins, pour tenter de penser à autre chose. Je me pose la question suivante : « A quel moment tu considères que c’est fini ? » « A 2 km de l’arrivée ? 3 km de l’arrivée ? Disons que c’est à 2 km de l’arrivée. Ca veut dire que dans dans 2 x 2 km tu considèreras que cela sera fini. Ca va vite 2 x 2 km.. C’est presque comme 15 min + 1 km.. ». Et je continue les opérations comme cela dans ma tête en avançant. Je pense que c’est un bon indicateur de quand ça commence à être dur pour toi : Quand tu te mets à faire des multiplications de petits entiers pour décomposer la distance. Là.. vraiment c’est que tu es dans le dur.

C’était sur. C’est clairement l’enfer dans la descente pour moi. Je me force à avancer, mais je n’arrive plus à m’empêcher de m’arrêter pour m’étirer. Ce n’est même pas un problème de résistance à la douleur, c’est tout simplement que je n’arrive plus à respirer. Les crispations font si mal, que cela me bloque complètement mon cycle normal d’inspiration-expiration. Je me force. Je sers les dents. J’hurle pour décompresser. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ! De toute manière, il va bien falloir que je descende.

 

Vers le Km 54.7, j’en ai tellement marre de gueuler de douleur, que je commence à fredonner. Va savoir pourquoi c’est cette chanson qui est sortie, mais c’est la seule qui m’est venue :  » Moi si j’étais un homme… je serai capitaine.. D’un bateau.. V.. AAAAAAAAAAAAAAAAAARGH putin que ça fait maaaaaal !!! et blanc ». Je n’arrive même plus à fredonner. Je suis totalement crispé. Heureusement, mes chevilles, mollets, genoux et cuisses sont super frais. Je ne ressens aucune douleur à leur niveau. Je tente de faire continuer à avancer le bas de mon corps, tandis que le haut douille. Heureusement, quelques choses va me réconforter : J’entends au loin le speaker de la ligne d’arrivée. Si le son s’entend de là, ce que je ne suis plus très loin. Continue mon petit bonhomme.

Traversée d’un dernier petit village. Un habitant me donne la direction et m’encourage. Je le remercie d’un geste du poing (je n’arrive plus à me dé-serrer la main droite crispée par la douleur). Plus qu’un km à descendre. Je me dis : « Aller.. Tu ne t’arrêtes plus quand ça fait trop mal. Tu t’arrêtes quand c’est terminé ! GO ! ». J’applique ma décision. C’est douloureux, mais cela fonctionne.

Je repère en dessous de moi le pont à traverser pour rentrer dans Desaignes. C’est réellement la fin. Je dois sécréter une hormone particulière car j’arrive à ce moment là à me décrisper et à envoyer pour le finish dans le monotrace. Cela fait toujours terriblement mal, mais cela ne me pose pas de problème.

Ayé. Me voici sur le bitume. Je ne m’arrête pas. Je file en direction du pont. Je jette un petit coup d’oeil derrière moi. Pas de trace de poursuivants, je vais pouvoir m’éclater dans le finish. J’arrive dans l’axe du pont. J’ai repris une bonne vitesse de course. Je serre les dents pour oublier la douleur, j’ai le regard qui part droit devant. Très concentré. Quelques supporters au loin m’encouragent. Cela me galvanise. J’accélère encore. Me voici dans le village. La route monte un peu, ce n’est pas grave, j’accélère encore. Le parking est rempli de coureur du 37 km qui ont terminé leur course. Ils m’applaudissent et me félicitent. C’est très agréable. Je repère le dernier virage. J’y fonce. J’arrive à oublier la douleur sur 200 mètres. J’applaudis les supporters qui m’applaudissent.

Virage à droite, voici l’arche. Je prends le virage suivant à gauche de manière très large. Je le prépare. BIM.. BAM.. BOOOOOOUM.. 360° d’arrivée. C’est fait !

 

ARRIVEE : DESAIGNES (Km 57 – Cumul D+ = 2200 m) 

Temps : 05h46min56sec

Classement : 10ème

Classement SH : 8ème

Je me plis en deux un instant. La douleur est bien présente. Je me redresse en criant un immense : YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Ca fait du bien !

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Je rejoins mes collègues à la terrasse du café. C’est parti pour une bonne récupération à la bière. Après quelques dizaines de minutes, il se met à pleuvoir. Je suis content d’en avoir terminé. Des crampes se lancent dans ma cuisse droite. Je la retiens pour ne pas renverser la table. En la retenant des crampes se lancent dans la cuisse gauche.. Mouahahahahahaha. Ca pique bordel. Et je suis bloqué dans ma chaise en plastique. Après quelques instants douloureux, j’arrive à faire partir les crampes. Il me faudra encore quelques bières pour parfaitement récupérer.

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Je serai bien rester à la terrasse plus longtemps pour célébrer l’arrivée des autres coureurs, mais nous devons nous dépêcher. Notre train est à 17h41 à Valence. Nous quittons la terrasse et filons en direction du Boeuf à la broche. Je crève la dalle ! Le bout de viande passe tout seul.. les bières aussi. Pas trop de temps pour se reposer, ni de se changer d’ailleurs (tant pis), il est temps de partir.

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Me voici donc dans le train. Il est 17h41 et je suis toujours en Sense 6 / Short / Dossard. La classe. Les autres passagers paraissent un peu étonnés. Mais cela ne semble déranger personne. Tant mieux.

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Je regrette un peu d’avoir du partir aussi vite après la course.. J’aurai bien aimé un peu plus en profiter, prendre le temps de partager avec les autres coureurs, prendre le temps de décompresser.. enfin bref, prendre le temps de prendre le temps quoi..

Dans le train, j’ai deux minutes pour moi, je repense à aujourd’hui. Je me fais le résumé de ce qui c’est passé : Une course comme je l’avais imaginée. Au feeling.. sans regarder la montre.. sans se forcer.. A l’intuition.. à l’envie. J’avais un peu peur de me retrouver à la rue dans le D+, mais finalement cela c’est plutôt très bien passé là dessus. J’ai encore du boulot sur la descente pour gagner en vitesse, mais niveau relance et montée je suis plutôt réellement satisfait. La grosse alerte au dos me motive à reprendre les travaux de gainage que j’avais laissé tomber après la Diagonale des fous. C’est une simple alerte. Que cela m’arrive sur 57 km ne me pose pas trop de problème. Je sais serrer les dents et continuer sur 10 km.. par contre, clairement, il m’arrive la même chose sur une distance beaucoup plus longue, je pense que la voie de l’abandon est possible. Cela ne doit pas arriver. Au boulot. C’est parti pour du gainage en plus de l’entrainement classique. Il y aussi un autre point d’alerte selon moi : Le côté fatigue avant la course me fait dire que j’ai peut-être un peu trop accumulé les courses sans réelles semaines de repos. Je vais enchainer rapidement sur le trail des forts de besançon dans moins de deux semaines, et après je pense faire une micro-pause avec d’attaquer le Trail du mont-d’or mi juin. Cela ne peut pas me faire de mal.

Pour ce qui est de la course en soit, j’ai adoré. Comme l’an passé. L’organisation est sérieuse et appliquée. Le balisage est vraiment très bon. Le parcours est varié et permet de particulièrement bosser les changements de rythmes. J’aimerai toutefois beaucoup que le format long (>90 km) soit réouvert pour varier un peu le parcours. Je ne suis pas sûr à 100 % de pouvoir revenir l’an prochain étant donné le calendrier de la saison 2019 que je suis en train de me monter, mais si je suis disponible, c’est sûr, je reviendrai. Et surtout, je resterai avec les bénévoles le dernier soir, pour la fête qui selon moi, doit être super bien (arrosée).

Casquettement Verte.