Récit DIAGONALE DES FOUS 2017 (165.69 km / 9553 D+) – 33 h 30 min / 82ème au général (49ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Récit DIAGONALE DES FOUS 2017 (165.69 km / 9553 D+) – 33 h 30 min / 82ème au général (49ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Dans ma Diagonale vous viendrez
D’ailleurs ce n’est pas ma Diagonale
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n’y avait personne
Seulement des fous habillés de T-shirts jaunes et blancs
Je suis resté longtemps dans cette Diagonale
Personne n’est venu
Mais toutes les heures et toutes les minutes
Je vous ai attendu

Je ne faisais rien
C’est-à-dire rien de sérieux
Quelque fois, le matin, le jour ou la nuit
Je poussais des cris d’animaux
Je gueulais comme un âne
De toute mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C’est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Dans votre Diagonale.
Il faut être fou comme l’homme l’est souvent
Pour dire des choses aussi folles

Dans ma Diagonale tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu’à ça
Et quand tu seras entrée dans ma Diagonale
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout
Comme cette médaille pendue au col de ces t-shirts jaunes et blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
Voilà
Dans ma Diagonale qui n’est pas ma Diagonale tu viendras.

Petite introduction poétique, utilisant les lettres de Prévert à des fins narratives, pour décrire ce qui est et restera indescriptible. Quelle course ! Quelle épreuve ! Quel moment hors norme ! Il va me falloir des bibliothèques entières pour trouver les mots qui sont à la hauteur de la radicalité de ce challenge.

J’ai vécu une expérience de vie qui sort du commun. Quelque chose de réellement exceptionnelle. Ce n’est peut-être pas la lune. Peu-être pas. Mais franchement, cela y ressemble. Qui osera dire qu’il peut rester modeste après une telle course ? Qui arrivera à redescendre sur terre assez vite pour décrire parfaitement ce qu’il s’est passé ? .. Pas moi. Je ne vous promets en rien un récit détaillé, conventionnellement habituel et chronologique. Je vous promets le sel à la lecture de ma plume. Je vous promets le miel à la découverte de mon aventure. Je vous promets le ciel au dessus de ce comte. Des instants et des fragments pour que ma légende soit douce.

 

Lundi 16 octobre – 16 h 09 – @ Aéroport d’Orly – J moins 3 avant la course.

C’est là que tout commence. Dans ce hall d’Aéroport. Je suis propre sur moi. Plein de bonnes intentions. La peur et le doute ne m’atteignent pas. Je suis à des milliers de kilomètres de mon aventure encore. La distance et le temps me permettent encore de me sentir en dehors de tout cela.

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L’aérogare est rempli de personnes attendant leur vol. En me promenant, je remarque pas mal de coureurs. C’est bel est bien le début de quelque chose. Je repère ce groupe de personnes. Les mâles adultes sont affutés et semblent bien attendre quelque chose d’autre qu’un simple avion. Ils sont entourés d’enfants et de femmes tous vêtus de T-shirt bleus marqués des quelques mots : Diagonale Des Fous 2017. Nous sommes là pour la même raison. Il est assez cocasse d’être à Orly et de voir partout des trailers. Il vole dans l’air une ambiance de pré-course. Quelque chose va se passer. Bientôt.

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Dans la file d’attente, beaucoup de passagers « normaux » me regardent curieusement. Ils se posent la question  » Ah lui. Il doit certainement faire la course ! ». Nonchalamment, ils m’épient de la tête aux pieds. Ces mollets sont-ils robustes ? Son torse et ses bras sont-ils bien maigres ? Sa posture et sa concentration prouvent-ils qu’il va le faire ?.. Certains m’adressent la parole pour me demander si je fais bien le grand raid. Je réponds sympathiquement que oui. Nous conversons ensemble. J’explique mon point de vu sur la course. Ils semblent admiratifs tout en ne comprenant pas bien le pourquoi du comment. Un homme agé m’explique que son fils l’a fait il y a quelques années et que je vais souffrir. Je lui rétorque que j’ai beaucoup de respect pour son fils et que je suis bien venu pour cela.

Mon comportement arrogant et sûr de soit semble provoque une curiosité chez mes interlocuteurs. J’attisse l’intérêt tout autant que je créé chez les passagers de mon vol une volonté de dire « Prends garde à toi jeune homme.. tu sembles sous-estimer ce qu’il va t’arriver.. ». J’aime beaucoup me mettre dans cette position. Faire croire que je suis inconscient de ma destiné.. que rien ne n’importe.. alors qu’au fond je suis totalement concentré et au courant des difficultés que je vais rencontrer. Belmondo (dans Itinéraire d’un enfant gâté) m’a appris que ne jamais avoir l’air étonné. Que cette attitude permet d’une part de prendre l’ascendant dans la conversation, mais aussi elle permet d’être admiré. Et je ne vous le cache pas. J’aime briller.

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Jusqu’à présent quand je prenais l’avion c’était pour partir en vacances.. pour aller voir mes grands parents dans le sud.. simplement pour aller quelque part. Maintenant, me voilà dans la salle d’embarquement, et je prends l’avion pour aller courir sur des sentiers à plus de 10.000 km de chez moi. N’est-ce pas déjà fou ? Qu’est ce qui me pousse à faire cela ? Pourquoi partir si loin pour simplement courir ? Les sentiers ne sont-ils pas suffisants près de chez moi ? Que vais-je chercher de l’autre côté du globe que je ne trouverais pas de ce côté ci ? Toutes ces questions, je me les pose. J’ai déjà la douce impression d’être embarqué dans quelque chose qui me dépasse complètement. Se sentir hors de son propre contrôle.. quitter sa zone de confort.. Faire entrer tout son soi dans une zone de turbulence. J’ai cette douce sensation d’être une bouteille lancée à la mer, battue par les flots.. emportée par le courant.. moi qui affectionne tant tout contrôler.. c’est étrange, mais j’aime drôlement cela.

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Me voici à bord. Dans cet avion, je capte quelques conversations. Je me nourris de ce que j’entends pour mieux m’échapper du flots qui doit me guider droit dans ma Diagonale. Un enfant, assis sur le siège devant moi dit « Papa.. Papa.. Il y a un truc pour les pop-corn ! ». Le père répond  » Ce n’est pas pour les pop-corn mon chéri. C’est pour vomir.. Je t’expliquerai ». Dur retour aux réalités pour ce bambin qui de son oeil juvénile arrive encore à trouver de la beauté, là où il n’y a que de la practicité appartenant au monde adulte. Je fais très vite le parallèle avec ma course. Celle-ci voudrait me faire peur. Cette réalité voudrait tout faire pour m’envoyer des signaux de dangers. Et pourtant de mon oeil juvénile je ne vois dans cette course qu’une grande gourmandise tel le pop-corn dans le sac à vomi.

Nous avons décollé. L’écran devant moi affiche 9345 km restant et 10 h 18 de vol.. Nous sommes rapidement à une altitude supérieur à 10.000 m.. C’est le dénivelé que nous allons devoir faire. Je me dis « Bah.. tu vois.. ce n’est pas si difficile.. Si une prouesse technologique munie de deux réacteurs puissants est capable de le faire.. pourquoi pas toi ? ».

Voilà une semaine que je fais attention à mon alimentation. Uniquement du riz, des pâtes et un peu de viande. Le repas Air France nous ai servi. Je le regarde. Il me regarde. Je suppose que de toute façon, je ne peux pas sortir mon réchaud et faire cuire de l’eau entre deux rangées de sièges. Force toi petit bonhomme. Cela semble dégueulasse.. cela l’est très certainement. Mais tu n’as pas d’autres choix. Sort de ta zone de confort et prend des forces. Tu penses bien que de toute façon l’ensemble des autres coureurs, tout comme toi, vont bien s’alimenter de ce médiocre repas.

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Les salops. Sur le plateau qui nous est servi, a été glissé une mignonnette de planteur. Je me suis interdit de boire de l’alcool avant la course. Et je me trouve face à elle. Cette petite bouteille me fait de l’oeil. Elle me dit que ce n’est pas méchant. Que de toute façon, j’aurai largement le temps d’évacuer ses molécules avant de prendre le départ. J’hésite à craquer. La tentation est forte. Puis je regarde par la fenêtre. Je repense à toutes ces heures d’entrainement. A tous ces sacrifices. Ce n’est pas le moment de céder. Dans un geste de bravoure, je ramasse la mignonnette et la glisse dans ma sacoche. Le moi intérieur prononce « Tu pensais être une tentation ma petite.. et bien maintenant tu seras une récompense ». Je garde donc la petite bouteille pour l’après course.

Les heures de vol avancent. Lentement. Très lentement. Je passe une des pires nuits de ma vie. Mon siège est cassé. Je ne peux pas le passer en position allongée. Je ne sais où mettre mes jambes. J’ai froid. Je m’enroule dans la couverture qui nous a été donnée. J’enfile le cache-yeux pour tenter de dormir. Rien n’y fait. Je n’y arrive pas. Je sais que je dois absolument dormir pour arriver en forme à La Réunion. Mais rien n’y fait. Alors je pense. Je réfléchis. Je commence à me faire ma course dans la tête avant que cela soit mes pieds qui la fassent. Je suis encore loin d’imaginer tout ce qu’il va m’arriver. Pour le moment, tout ce que j’imagine c’est le fait d’avancer. Je me vois déjà fatigué. Tentant de courir sur les sentiers. Je ne m’imagine pas arriver au bout.

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Le jour s’est levé.. Sur cette immensité.. Je crois que j’ai rêvé.. que ce soir je mourrais.. (7 notes de piano).. Le jour s’est levé.. Plein de perplexité.. Si ce n’était pas un rêve.. Qui va s’en aller.. s’en aaaaaaaaaller ! Et oui, j’étais au concert de Téléphone il y a quelques semaines alors forcément.. Quand j’ai envie d’écrire que le jour s’est levé, la mélodie de Jean-Louis Aubert me revient droit dedans.

L’Ile de la Réunion se dresse dans mon hublot. C’est magnifique. Nous sommes au milieu de nul part vu de Paris. Au beau milieu d’un immense Océan que beaucoup disent Indien. Les pentes semblent douces vues de haut.  Les montagnes paraissent collines. Les distances paraissent courtes. Avec cette hauteur et ce recul, on ne peut avoir peur. Et puis, c’est tellement beau. Qui peut être effrayé par une belle fleur aux couleurs charmantes, poussant tel un nénufar sur des eaux lisses et claires.

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Atterrissage. « Ladies and Gentleman.. bienvenue à La Réunion.. La température extérieure est de 27 degrés. L’ensemble de l’équipage vous remercie d’avoir fait confiance à notre compagnie.. et encourage tout particulièrement les raideurs du Grand Raid.. ». Petit message sympa. Cela donne le ton.

A la sortie de l’aéroport, je repère une grande banderole « Bienvenu ZOT’ TOUT' ». L’accent Réunionnais me plait déjà. Bagage à l’épaule, je marche en direction deux jeunes femmes habillées aux couleurs du Grand Raid. Elles m’indiquent le chapiteau qu’il faut rejoindre.

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Je file en direction du premier ravito’ de la course. Les quelques passagers que j’avais identifié comme des trailers à Orly se confirment l’être en prenant le même chemin que moi.

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Je suis accueilli par Robert Chicaud. Le président du Grand Raid. Cet homme est une légende pour moi. J’ai vu tant d’interviews de lui en préparant la course. J’ai l’impression de déjà le connaitre. Je m’adresse à lui comme à une vieille connaissance. Je lui explique que je suis très content d’être là pour cette course, car j’ai 25 ans et que la course qu’il préside a le même âge que moi. Nous sommes donc fait pour nous rencontrer.

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Sous le stand, deux réunionnais jouent de la musique et une jeune femme très belle danse pour nous accueillir. Cela fait un peu « Les bronzés 1 » comme ambiance, mais cela reste tout à fait charmant. Une table sur la gauche nous permet de nous ravitailler. J’y prends de l’eau, un café et grignote quelques spécialités locales. Je repère des fruits vers le fond. J’aimerais bien mordre dans ce beau fruit rouge. L’acidité et la fraicheur qui le composent seraient parfaits pour bien commencer mon alimentation sur l’île. En tendant mon bras vers celui-ci, je repère un petit écriteau. J’arrête mon geste net.. je lève les yeux au ciel et rigole.

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Pas mal de raideurs nous ont rejoint sous la tente. Il est tant d’avoir un petit briefing. Robert Chicaud prend la parole. Il accueille avec beaucoup d’humour et de sympathie. Je suis assez fasciné par cet homme. Je me vois très facilement avec 50 ans de plus, dans sa chemise blanche à prononcer les mêmes mots que les siens. Ce sera bien ! Après nous avoir donné les plannings et les rendez-vous importants, Robert nous souhaite une belle course et nous demande d’aller pointer auprès de son collègue placé un peu plus loin.

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En arrivant à la table de pointage, je me rends compte que le Grand Raid n’est en rien une usine à trailers déshumanisée. Le recensement est fait complètement à l’arrache. On ne nous demande pas de formalités administratives, de carte d’identité ou quoi. Juste notre nom qui est recherché dans des feuilles froissées.

Pour la première fois, je prononce la phrase « Alexandre Boucheix.. Diagonale des fous ». Ca en jète. J’ai bizarrement honte de le dire. J’ai presque peur que le bénévole lève les yeux et me demande « Vous êtes sure ? ». Je ne sais pourquoi je garde cette légère timidité. J’ai bien le droit d’être là. Je ne suis pas ici par hasard. On ne me force pas la main. Je suis venu de mon plein gré. Etrange comme sentiment.. n’est ce pas ?

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Je quitte l’aéroport et je rejoins mon hôtel. Le Saint-Denis. Dans le quartier Roland-Garros de la capitale. Stratégiquement placé, à 600 mètres du Stade de la Redoute.

Arrivé à l’hôtel, je défais rapidement mon sac et je sors de celui-ci mon malto. Il faut absolument que je m’y mette maintenant. La course est dans très exactement moins de 3 x 24 h.. Je dois passer en mode Malto-Régime. C’est devenu presque pathologique comme habitude. Je ne sais pas si cela a réellement un effet positif sur ma course. Mais ce que je sais c’est que si je n’en prenais pas avant.. en mode gavage.. j’aurai l’impression de ne pas tout faire pour me mettre dans les meilleures conditions pour réussir ma course.

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Je quitte ma chambre pour faire un petit tour dans la ville et m’habituer à la température locale. Je sue comme un cochon. Je ne sais pas si c’est la nuit blanche que je viens de faire, ou si c’est simplement mon corps qui vit mal le climat local, mais je me sens épuisé.

Lors de mon petit tour, je me rends compte que peu de restaurants sont ouverts le mardi. Il va pourtant bien falloir que je trouve de quoi m’alimenter sérieusement. J’essaie de trouve un italien à proximité de mon hôtel. Je m’imagine déjà bien manger uniquement des pâtes et des pizzas jusqu’à la course.

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Après mon petit tour, je retourne à l’hôtel et je me couche pour faire une sieste. Je me réveille quelques heures plus tard et je ressors car l’air conditionné de ma chambre ne va pas m’aider à m’acclimater. Je m’assis sur le front de mer. L’immensité de l’océan qui me fait face ne m’évoque rien. Je trouve cela simplement magnifique et dépaysant. Comme tout front de mer qui se respecte, celui-ci est emprunté par quelques coureurs le soir venant. Il est 17h30 et la noirceur de la nuit commence à se faire sentir. Je regarde les coureurs qui passent. Je me demande si ce sont des participants du Grand Raid qui font tourner les jambes. Je ne sais pas. Moi, j’ai décidé d’arrêter de courir le jour précédent. Je ne courrais pas avant Jeudi 22h et le grand départ. Voir quelques sportifs, chaussures aux pieds me fait bien sûr me poser la question « Suis-je prêt ? ».. Je préfère ne pas y répondre et me dire que de toute façon, si ce n’est pas le cas, c’est trop tard pour s’en rendre compte. J’évacue rapidement ces idées de ma tête.

Un jeune homme (je pense qu’il est bourré) s’arrête à ma hauteur. Il me salue et en voyant ma bouteille d’eau blanche de malto me demande avec un fort accent réunionnais « Est-ce O glacé dan’a bouteille ? ».. Ah non bonhomme. Ca c’est pas de l’eau. C’est mieux que ça. C’est du malto mon gars.. T’en veux ? Ca fait un peu dealer comme réponse, mais ma réponse n’attise pas sa gourmandise. Il repart comme il est venu.. titubant.

 

Mercredi – 09 h – Veille de jour de course. 

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Je dois aller prendre un bus jaune pour rejoindre Saint Pierre de l’autre côté de l’Ile. C’est là-bas que doivent nous être donné notre dossard et nos sacs assistances. Je longe le front de mer pour rejoindre la gare routière. J’y arrive un peu avant 9 h. La température est déjà très élevée. Je prends un ticket au guichet. Je suis étonné. Il ne me coute que 2 €. Je trouve ça relativement très peu cher pour faire un peu plus de 100 km de bus.

Je retourne en direction de mon bus. Il y a déjà beaucoup de monde qui fait la queue. La foule est composée d’un mélange de personnes qui sont dans leur quotidien et de coureurs qui tentent de rejoindre Saint Pierre. Les deux communautés s’observent. Les locaux semblent se sentir un peu envahis dans leurs habitudes. Les coureurs eux, semblent un peu trop sûrs de leurs faits et ont l’air d’attendre que tout se passe bien pour eux car ils sont « quand même » des coureurs du Grand Raid. Il n’en est rien en réalité.

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Le premier bus arrive. Tout le monde se rapproche de manière complètement désorganisée. Une femme fait le tri à l’entrée. Les gens se bousculent pour monter en premier. Je comprends vite qu’il va falloir jouer des coudes pour monter dedans. Le bus se remplit petit à petit. Je suis encore à 4mètres de la porte. La femme à l’intérieur compte le nombre de places restantes. Il n’en reste plus qu’une dizaine et il est interdit de rester debout dans le bus. Je devrai donc attendre le prochain.

Dans mon attente, je rencontre trois coureurs. Deux français et un anglais. Nous parlons un peu de la course.. des chaussures que nous allons mettre.. des dernières informations que nous avons sur l’épreuve et sur la météo. J’adore ce genre de moment.

Le deuxième bus arrive. C’est à nouveau la foire d’empoignes pour monter dedans. J’y grimpe après que beaucoup de personnes soient montées. Cela fait déjà 50 minutes que je suis là. J’en ai marre. Une fois dans le bus, je me dirige vers le fond. Je ne vois aucune place. Je comprends que cela ne va pas être possible encore une fois. La femme me demande de descendre. Je suis un peu dégouté, mais je ne m’énerve pas. Je devrai encore prendre le prochain. Je serai donc en retard à Saint Pierre.

Nous rediscutons avec les coureurs. Nous parlons maintenant de nos courses passées. Je me rends compte que je n’ai pas un niveau si élevé que cela. Les autres ont déjà fait beaucoup de grandes courses (UTMB – UT4M – TDS – Grand Raid des Pyréennés – Endurance Trail de Millau..) et dans des temps de dingues. Le doute revient en moi. Suis-je bien à ma place ? Ai-je assez de background pour tenter la Diagonale ? .. Moi qui aime tant partager mes expériences avec d’autres coureurs.. là, cela me fait peur.. cela me fait redescendre sur terre.. bien ancré.

 

10h15. Le troisième bus arrive. Je me suis stratégiquement placé au centimètre près de là où la porte du bus doit s’ouvrir. Cette fois-ci c’est la bonne. Je peux rentrer et m’assoir à l’intérieur. C’est parti pour un peu plus de 2 h de bus. J’espère que le paysage sera sympa.

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Le trajet est particulièrement long. Nous nous sommes arrêtés beaucoup de fois sur la route. J’ai découvert des paysages assez incroyables. Que cela soit l’autoroute en construction sur l’eau, les plages de palmiers, les ravines pleines de cailloux où bien les montagnes sur ma gauche.. tout est impressionnant.

Nous descendons à la Gare routière de St Pierre. J’ai terriblement envie de pisser. Merci le malto-régime. Je passe aux toilettes et j’en profite pour me confectionner une nouvelle bouteille de malto. Ca fait un peu l’ivrogne du village qui picole son Ricard en pleine rue, mais aux yeux des coureurs c’est tout à fait normal.

Je reste avec l’anglais. Il est arrivé ce matin à La Réunion après une grosse nuit de vol durant laquelle il n’a pas dormi. Il semble très fatigué. Nous traversons Saint Pierre en direction de la Mairie. La chaleur est très lourde. Je m’imagine devant courir sous celle-ci. Cela va être dantesque.

Nous arrivons au village départ. Nous sommes en retard de 30 minutes sur la fermeture de l’enregistrement pour la Diagonale. Il y a déjà 200 mètres de queue pour la prochaine course.. La mascaraigne je crois. Nous passons devant toute la queue et je demande aux bénévoles comme faire pour récupérer notre dossard. Ceux-ci nous indiquent de passer devant tout le monde et de nous dépêcher.

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Nous entrons dans l’espace réservé aux coureurs de la diag’. Il n’y a plus personne. Nous sommes définitivement très en retard. Si j’avais su, je serai parti plus tôt de Saint Denis. Je donne ma convocation et ma pièce d’identité à la table d’inscription. Les bénévoles souriant et sympathiques me fournissent mon graal. Mon dossard. Ayé. Je l’ai. Cela se confirme maintenant. Le début de mon aventure est proche.

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Je traduis pour mon collègue anglais les informations qui nous sont données. Nous n’avons pas encore couru et il semble complètement perdu. Je pense que cela l’aide beaucoup que je soit là à côté de lui. Je me sens utile.

En arrivant à la tente pour récupérer nos T-shirts et débardeurs de course, on nous informe qu’il n’y a plus de sacs assistances pour le moment et qu’il n’y a plus que du XL en T-shirt. Par chance, je récupère un débardeur en M et je prends tout de même le T-shirt XL. Je ne pourrais pas courir avec, mais cela me fera toujours un souvenir. Je regrette vraiment d’être en retard. Je m’en veux. Moi qui suis pourtant si organisé d’habitude. Là, j’ai merdé grave. Tant pis, il faudra faire avec.

Nous récupérons par la suite la casquette du grand raid. Une super casquette type sahara. Elle est magnifique. Je n’ai pas bien lu le règlement. Je ne sais pas si celle-ci est obligatoire sur la course. Une chose est sûre, je ne la mettrai pas. Elle fera surement le voyage avec moi, dans mon sac, mais elle ne sera jamais sur ma tête. Elle ne remplacera jamais ma tendre Casquette Verte. Il me vient l’idée de commander une casquette verte en mode sahara. Je me le note pour plus tard.

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Il est 13 h. Nous avons une heure à tuer avant de revenir chercher les sacs assistances. Je n’arrive pas à comprendre que l’organisation n’ai pas prévu assez de sacs. Je suis presque sûr que c’est simplement un bénévole qui a du oublier les cartons de sacs quelque part. Ce fait pas bien méchant de désorganisation confirme mon idée selon laquelle la course est organisée un peu à l’arrache. Que cela semble très cadrée, mais qu’en réalité ce n’est qu’un effet de posture. Il est vrai qu’après avoir vécu la machine industrielle qu’est l’UTMB tout parait amateur.

Nous faisons le tour des stands. Nous recevons des dizaines de cadeaux. C’est super sympa. Et vas-y que je récupère des piles, du saucisson, des buffs, des casquettes, des portes-clés.. tout l’univers du marketing de course est là. Les exposants sont très sympas. Nous pouvons discuter avec sans qu’ils nous poussent à la consommation. Ils sont bien là pour les coureurs, mais ne sont pas là pour des prospects. C’est agréable.

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J’ai repéré la boutique du Grand Raid dans les jardins de la mairie. Je veux y passer pour acheter quelques souvenirs. En m’y approchant quelque peu, je repère qu’ils vendent des t-shirts qui ressemblent aux t-shirts officiels de la course. Coup de chance, ce sont exactement les mêmes. Je demande si par hasard, il resterait un T-shirt en M. La personne n’est pas sûre. Elle se retourne. Fouille dans les cartons.. ressort un t-shirt.. « Non.. celui-ci c’est du L.. Cela ne va pas du L ? » .. euh non merci. Vous êtes sûr qu’il n’en reste pas ? Il se retourne à nouveau et demande à Marie-Cécile si elle n’a pas vu le carton des T-shirts M. Elle lui répond que peut-être par là bas, derrière, il a une chance. Il patauge dans quelques cartons à nouveau.. Enfouit ses bras sous une table.. dans un tas de sacs et de d’emballages et ressort de ce bourbier.. tenant à bout de bras.. la dernière tunique qui semble à ma taille.. AAAAAAAH.. c’est encore plus beau que la bartavelle royale dans La Gloire de mon père ! Le voilà mon garçon. Tout chaud ! Il se cachait bien le galopin. Tient. Je suis tout simplement heureux. C’est bête d’être heureux pour quelque chose d’aussi futile. Mais je le suis entièrement.

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Pour finir notre attente, nous allons chercher quelque chose à boire dans la rue qui surplombe le jardin. Les restaurants ont installé un groupe de musique et des stands. C’est un peu l’ambiance kermesse. J’aime beaucoup cela. Au détour d’un restaurant, je repère une connaissance dans un T-shirt vert marqué de la brand Asics. Il s’agit de Xavier Thévenard. Je l’ai déjà croisé du côté de Métabief dans le Jura, lors du Trail du Mont D’or. J’ai beaucoup de respect pour cette machine de guerre. Je regarde ces mollets. Ils sont incroyablement dessinés. Je ne vais pas le déranger. Je sais qu’il est venu ici pour faire une super performance. J’espère pour lui que cela va bien se passer. J’ai pris ce jeune homme en sympathie, pour ne pas dire que je suis fan. J’aimerai beaucoup le voir gagner la course. Cela ne me dérange en rien qu’il me mette 10 – 15 – 20 – 30 h dans la vue. Tant qu’il fait une performance incroyable. Je le laisse concentré et je file prendre un ice-tea frais dans une petite boulangerie.

Nous nous asseyons dans les jardins, à l’ombre d’un arbre. Nous attendons que nos montres affichent 14 h. C’est à cette heure que doivent arriver les sacs assistances. Une américaine nous a rejoint. Une femme de 45 ans, mère de deux enfants qui est venue depuis le fin fond des états-unis pour courir cette course. Elle semblent incroyablement concentrée. Nous échangeons nos impressions. Elle me dit être étonnée par mon âge. Il est vrai, que des jeunes hommes de 25 ans qui partent dans un délire comme celui-ci, nous en avons croisé peu depuis ce matin.

De manière assez maternelle, elle me pose des questions sur ma préparation en faisant bien attention à toujours commencer ses questions par des « Es-tu sûr de bien avoir… » « Je suis sûre que tu t’es bien entrainé, mais … ». Cette femme est une mère et cela se ressent. Avec toute la politesse qu’une américaine peut avoir, elle me fait passer un message de précaution et de tendresse que seule une femme ayant des enfants peut avoir.. Je me sens dorloter dans notre conversation. C’est amusant. Mais je n’ai ni besoin de câlins, ni besoin de réconfort.. je suis grand.. tatoué.. vacciné.. J’ai beau avoir l’air d’un minot.. je vais lui prouver que son affectation maternelle n’est pas fondamentale.. et qu’une relation de compétiteur à compétiteur serait plus convenue. Plutôt que de tuer le père et coucher avec ma mère, je vais mettre à mal monsieur Sigmund Freud et son erroné complexe d’Œdipe en prouvant que l’homme que je suis ne fait en rien une contestation de sa propre existence.. qu’il ne tente pas de cicatriser son narcisse.. qu’il est simplement là pour prouver que l’impossible ne l’est pas et que la fatalité n’existe pas. Désolé pour ce passage digne des commentateurs en bas de page du site psychologie.com, mais bien qu’amicale, la conversation avec cette mère m’a.. avec du recul.. choqué dans mon moi intérieur.. Passons.. nous sommes là pour une course.. pour pas philosopher !

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Nous récupérons enfin nos sacs assistances. Je suis fin prêt ! Maintenant, retour à Saint Denis, manger.. dodo.. et ce sera le grand jour. En rentrant vers la gare routière, l’anglais me demande de m’arrêter dans une boutique de running. Il souhaite s’acheter une veste de pluie. Il me fait rire. Nous sommes à 30 h du début de la course, ses affaires ne sont pas prêtes et il s’en fiche.. VIVE LE FLEGME ANGLAIS. Je joue au traducteur dans la boutique. La vendeuse est charmante (voir SUPER MIGNONNE !!!).. Je tombe sous le charme de son regard.. mais ce n’est pas le moment. Elle me dit qu’elle sera sur un ravito vers le km 100. J’espère la recroiser alors. A la caisse, on nous offre une casquette et une paire de tongs Raidlight. Mais bras sont bien chargés maintenant. C’est vraiment du grand n’importe quoi.

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La température est toujours aussi élevée. Au bord de l’eau, là où nous sommes, le ciel est découvert. Mais ce n’est pas le cas sur les hauteurs. J’ai un peu de mal à imaginer la météo que nous allons avoir. Je repousse à plus tard les décisions que je dois prendre vis à vis de mon équipement.

La ville de Saint Pierre est tout comme Saint Denis, très étonnante. C’est vraiment un petit bout de France à 10.000 km de celle-ci.. au milieu d’un océan indien qui a amené par ces flots un peu d’Asie et d’Afrique dans la culture locale. J’ai énormément de mal à comprendre l’univers dans lequel je suis plongé. Sur ma droite une boulangerie, sur ma gauche un restaurant qui sent bons les épices.. presque antillais.. En face, une boutique au style asiatique.. Sur les torses des enfants des maillots du PSG, de l’OM et des T-shirts aux couleurs de leur île. Je trouve ici un vrai melting pot culturel, quelque chose que je n’ai jamais connu ailleurs. Cela me rappelle, peu être un peu, en forçant le trait, l’ambiance que j’ai pu connaitre à Malte. Je suis fasciné par tout ce qui m’entoure. Mais j’ai beaucoup de mal à en comprendre les tenants et aboutissants. Il me faudrait des semaines pour m’acclimater à une culture si riche me dis-je.

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15 h 42 – Me voici de retour à la station de bus. Je prends à nouveau un ticket pour faire le retour. Je passe acheter une grande bouteille d’eau et je me dépêche de faire une mixture de malto avant que le bus arrive. Un vrai petit junky..

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C’est reparti pour 2h30 de bus. Je suis toujours avec l’anglais et nous avons retrouvé un des coureurs avec qui nous avons fait l’aller le matin. Tout le monde est fatigué. Devoir faire cet Aller-retour la veille de la course, ce n’est vraiment pas de tout repos. Je vais devoir faire une grosse nuit pour évacuer tout cela.

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Le paysage défile. C’est interminable. Je n’ai qu’une envie : Passer chercher un truc à manger et rentrer à mon hotel pour me coucher.

Dans le bus, j’apprends la méthode locale pour demander au chauffeur d’ouvrir la porte depuis l’arrière. Vous savez bien. Ce moment, où de manière limite énervée, à Paris, nous crions LA POOOOOOOOOORTE en direction de l’avant de bus.. Ici la méthode est plus sobre et efficace. Il suffit de claquer de manière assez forte ses mains deux fois pour faire la demande. CLAP CLAP. La porte s’ouvre. C’est presque automatique. On pourrait mettre un clapeur cela fonctionnerait aussi bien. J’adhère à cette méthode. Je tenterai le coup à Paris. Cela sera drôle. Les gens me prendront pour un fou.. mais on verra bien.

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Rentré à l’hôtel, je m’empresse de vider mes sacs sur mon lit. C’est une belle collection de cadeaux que j’ai là. J’ai un peu l’impression d’avoir passé ma journée à vagabonder dans la Foire de Paris et de rentrer avec pleins de choses inutiles, mais cela me ravit amplement. Le moi consommateur est comblé.

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Un petit malto pour la route.. et je pars chercher mon dernier diner avant la course. La tension commence à se faire sentir. Je vis ce moment comme l’ultime diner.. le dernier.. celui que l’on ne veut pas louper.. celui qui nourrit autant l’âme que la panse. Je souhaite trouver un endroit qui fait du riz ou des pâtes. Je ne veux vraiment pas faire d’écarts alimentaires maintenant. Cela serait trop idiot. La cuisine réunionnaise me tente bien.. mais clairement c’est trop dangereux de tenter le coup ce soir. Je garde cela pour l’après-course.

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Je vagabonde un peu dans les rues de Saint Denis. L’offre en terme de restauration rapide est vraiment grande. A chaque coin de rue, on trouve des restaurants ou des « bouis-bouis » qui permettent de se restaurer. Je m’arrête devant une devanture dans laquelle je repère du riz et des pâtes. Cela ne semble pas ISO-14001 à fond, mais ça fera amplement l’affaire. Je commande une ration de riz et une autre de nouilles sautées. Cela sera parfait.

En attendant d’être servi je parle un peu avec les deux personnes derrière le comptoir. J’explique que je suis là pour le Grand Raid. Ils me demandent si je suis venu exprès de la métropole ? Ils semblent assez fascinés par le fait qu’un jeune parigo, un peu banlieusard sur les bords ai fait 10.000 km simplement pour venir découvrir une course à pied de dingue sur leur île. Je leur explique ma motivation, le pourquoi qui m’a amené jusqu’à là. Ils comprennent bien la passion que j’ai pour cette épreuve. Ils m’encouragent à aller au bout, tout en n’excluant pas les précautions que je dois prendre face aux difficultés que je vais rencontrer. L’un des deux me dit que j’ai aussi énormément de chance, car je vais découvrir des endroits que même eux n’ont jamais vu. Des endroits paradisiaques, tout droit sortis d’un film fantastique proche de la science-fiction.. Je saisis les deux portions et leur tends mes sous. Ils me regardent. Me demandent si je suis sérieux.. Tu fais le grand raid.. C’est gratuit pour toi. Je refuse et dépose mon argent sur le comptoir. Ils m’expliquent, qu’ils ne le prendront pas. C’est un honneur pour eux. Je reprends ma monnaie et je les remercie mille fois. J’ai un peu du mal à y croire. On m’a offert ma bouffe simplement car je vais tenter le grand raid. C’est super sympa de leur part. Mais étant donné que cela leur parait normal, cela me met la pression. Je suis heureux. Merci les gars. C’est chic de votre part !

Petite pub pour eux : Resto + sur La rue Pasteur à Saint Denis. Merci les gars. Votre générosité et votre bienveillance sont des atouts pour votre île ! Vous êtes tout simplement humainement géniaux. Si un jour je reviens sur l’île, vous pouvez être sûrs que je passerais vous faire un coucou 😀 (Et en plus.. leur bouffe est SUPER BONNE !!).

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Il est maintenant 20 h. La course commence très exactement dans 26 heures. Je suis rentré à l’hôtel et j’ai fini de manger. Je me suis bien gavé. C’est parfait. J’ai en moi toute l’énergie dont j’aurai besoin pour la course. Un petit malto, et je relis la liste du matériel obligatoire histoire d’être bien sûr de n’avoir rien oublié.

1 lampe frontale ou torche avec piles ou batteries de rechange. Ca c’est bon. Mon collégue Ronald m’a prêté sa Petzl NAO et Philippe, un autre collégue m’a prêté une batterie supplémentaire.
1 couverture de survie d’une dimension minimum de 1,4m X 2m. Elle est toujours là. Elle n’a pas bougé depuis la CCC.
1 réserve d’eau d’un minimum d’un litre. Je vais partir avec deux flasques et le camelbag.. je suis large !
1 sifflet. Directement sur mon Sac Salomon S-Lab. C’est good.
2 bandes élastiques adhésives permettant de faire un bandage ou un strapping d’une longueur minimum de 2,50 m. et de 6 à 8 cm de largeur. J’avais déjà un bout à la CCC. Il suffit d’en découper un deuxième me dis-je.
1 réserve alimentaire constante et suffisante pour relier les points de ravitaillement. Vu la quantité de gels que j’ai, je peux même organiser un ravito pirate sur la course !
1 vêtement de pluie imperméable avec capuche, et coutures thermo-soudées. Je sors de ma valise ma belle petite veste Salomon Bonatti. Elle sent encore la pluie de la CCC. Bon. Peu être pas quand même. Mais c’est dans la tête.
1 vêtement chaud type « seconde peau » à manche longues en tissus technique adapté à l’environnement. Comme sur la CCC, ce sera mon t-shirt manche longue des templiers qui jouera ce rôle.
1 gobelet par personne (réutilisable). Bon clairement, c’est pas le plus pratique mais Agnès Duhail (de la boutique Team Outdoor chez qui je m’équipe) m’en a offert un petit Salomon un jour. Ca fera l’affaire pour l’aspect obligatoire en tout cas.
1 pièce d’identité. Ayant récemment perdu ma carte d’identité et n’étant quand même pas assez con pour prendre mon passeport, cela sera mon permis de conduire..

Bon j’ai tout.. enfin.. attend.. Est-ce que j’ai bien lu.. 2 bandes élastiques adhésives de 2.50 mètres de longueur !! C’est quoi ce délire. Je croyais que c’était comme sur la CCC. Qu’une bande d’un mètre suffisait. Je pense pas en avoir assez pour faire 2 mètres 50. Je n’ai pas de mètre en plus. Je m’allonge pas terre, dans ma chambre. Je bloque le bout du rouleau au niveau de mon pied et je tire jusqu’au dessus de ma tête. Cela se bloque au niveau de haut de mon avant bras.. Là, clairement, j’ai un problème. Demain, je mets mon réveil et direction la pharmacie. Je prie pour qu’il en reste encore. Les coureurs ont du se jeter dessus ! Quel con ! J’aurai pas pu lire cela avant ?

 

8 h – Jeudi 19/10 – Jour de course.

Je sors doucement de ma nuit. Je ne me suis pas couché trop tard et j’ai plutôt bien dormi. Je me sens très en forme. Bien préservé. C’est la première fois depuis des mois que je n’ai pas couru pendant 3 jours de suite. Tout mon corps est parfaitement en phase avec le début d’une course. Je ne le sais pas encore, mais la prochaine fois que j’irai me coucher, cela sera dans plus de deux jours.

Je file sous la douche. Je profite de l’eau qui coule sur moi. Cette sensation est extraordinaire. Je le sais. Je n’aurai pas de moments de confort comme celui-ci durant la course. Je profite de la caresse de l’eau. Je rajoute du gel douche plusieurs fois pour me sentir propre comme un sous neuf.

Je sors de la douche. Les gouttes tombent au sol. Une à une. Je prends du temps avant d’attraper ma serviette et de me sécher. Lorsque je le fais, je m’enroule lentement dans celle-ci. Je me fabrique un petit cocon de coton autour de moi. Je tire calmement les bouts de la serviette vers l’extérieur afin de me sécher par appui et non par frottement. Un fois sec, je me brosse les dents comme jamais. J’y passe presque 10 minutes. Je me nettoie les oreilles et je prends de longs moments à me passer les mains dans les cheveux. J’ai du passer 40 minutes en tout dans cette salle de bain. Mais j’ai senti que c’était essentiel. Avant de partir dans une nouvelle saison de mer, on ravale le chalutier.. on frotte bien les ustensiles extérieurs pour leur redonner une apparence neuve. On lustre les bois, jusqu’à ce qu’ils scintillent. J’ai simplement fait de même. C’est très agréable. Et cela fait entièrement parti d’un rituel. Je pense qu’ainsi je dis à mon corps.. Je te préviens.. c’est pas tous les jours la fête comme cela.. tu vas souffrir je le sais.. alors je te dorlote.. j’ai confiance en toi.. Ne me fait pas défaut.

Je pars prendre mon petit déjeuner chez Paul juste en face. Deux pains au chocolat.. (et oui.. on a beau être dans le sud.. ici ce ne sont pas des chocolatines.. comme quoi !) et un café allongé. Je les prends à emporter histoire de relier une pharmacie que j’ai repéré sur google maps.

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J’entre dans la pharmacie. J’espère vraiment qu’il reste des bandes. Je m’approche du comptoir. Je n’ai même pas besoin de demander ce dont j’ai besoin. La pharmacienne me dit  » Grand raid ? ».. je hausse les épaules et souris légèrement pour répondre affirmativement. Elle me relance « Vous avez besoin de bandes je suppose ? ».. Cette femme est devin.. ou sinon nous sommes simplement tous de mauvais lecteurs d’éléments obligatoires.. Elle se retourne et s’en va dans l’arrière boutique. Elle en revient avec deux bandes en me précisant que c’est des spéciales « Grand Raid ». Je passe à la caisse. 22 € ! Ah oui ! Ce sont effectivement des spéciales « Grand Raid ». Ils se gavent un peu, mais je ne leur en veux pas. J’ai mes deux bandes. Je suis maintenant serein. Je vais pouvoir prendre le départ sans problème.

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Il est 10h. La course commence dans très exactement 12h. Plus qu’une demi-journée à attendre. Je dois préparer mes affaires ainsi que mes sacs d’assistances.

Je sors une feuille de papier sur laquelle je fais plusieurs rubriques : Départ / Sac de course / Sac assistance Cilaos / Sac assistance Sans Soucis / Sac assistance Arrivée. Je note scrupuleusement dans chaque rubrique l’ensemble des affaires que je vais devoir prendre. C’est un moment assez stressant. Je reste très concentré pour ne pas me tromper et pour ne rien oublier.

Etant donné la température que j’ai observée ces trois derniers jours, je décide de commencer la course avec :

-> Une paire de Salomon Speedcross 4 assez neuve.

-> Assortie de chaussettes Nike rembourrées, assez neuves elles aussi.

-> Un caleçon Nike Pro Combat.

-> Mon T-Shirt UTMB qui a l’avantage d’être très léger.

-> Et le débardeur de la diagonale par dessus. (Son port est obligatoire du départ au second ravito, puis de l’avant dernier ravito à l’arrivée).

-> J’emporte bien sûr aussi : mon sac Salomon S-Lab dans lequel on retrouve : Ma réserve de gels + Pâtes de fruits / Ma veste Bonatti / Mon t-shirt de sur-couche des Templiers / Mes deux flasques / Mon camelback / La casquette sahara du grand raid / Les deux bandes de strapps / Mon permis de conduire / 50 € / La Petzl NAO de Ronald ainsi que la rallonge pour avoir la batterie dans le sac / Une batterie mobile / Mon chargeur de montre / Mon iPhone et un mouchoir).

-> Ne reste plus qu’à mettre au poignet ma Garmin Forerunner 325.

-> Et bien entendu ma Casquette Verte visée sur la tête.

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C’est la première fois que je dois utiliser des sacs assistances. Je ne sais pas tellement quoi m’être dedans. Je me dis que la stratégie d’en mettre trop plutôt que pas assez doit être la bonne.

Pour m’aiguiller dans mes décisions, je regarde les temps de passage que j’estime faire. Je me suis fixé un objectif de finir la course en 39 h. Cela veut donc dire que d’après mes estimations, le jour se lèvera un peu après que je sois au sommet du Nez de Boeuf (vers le Km 43).. J’arriverai à la première base de vie vers 10 h du matin vendredi. La nuit devrait retomber lorsque je serai au niveau de Grand Place les bas Ecole (km 100). J’attendrai donc la seconde base de vie de Sans Soucis vers 03 h du matin samedi.. Le jour devrait se lever à nouveau au niveau du croisement du chemin Ratineau/Kaala (km136) et je terminerai tranquillement la course pour arriver aux alentours de 13 h le samedi à la Redoute. Avec ces temps de passage en tête, bien que je sache que je peux complètement passer à côté de ceux-ci, je finis de remplir mes sacs assistances. Tout parait si simple dit maintenant. Sur le moment c’était plutôt le stress totale. J’ai failli faire des piles ou faces pour me décider des choix à faire.

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Dans mon premier sac assistance, je place des affaires de rechange au cas où.. Rien de bien compliqué, un short, un t-shirt, une paire de chaussette. Rien de chaud. Que du change. J’ajoute une réserve de gels et de pâtes de fruits.. Des piles et ma seconde batterie de NAO.. Après une longue hésitation, je place dans ce sac ma seconde paire de Salomon Speedcross 4. Je me dis que de toute façon, si ma paire de départ me fait mal, après 12 h de course, je devrais m’en rendre compte et que cela ne servirait à rien de les mettre dans mon second sac. J’ajoute aussi une batterie mobile chargée à bloc. Elle me servira à charger ma montre qui logiquement n’aura pas lâcher avant. Enfin, je glisse ma frontale de rechange dans ce sac. Je me dis que si ma NAO m’a lâché avant, j’en aurai de toute façon bien besoin lors de la deuxième nuit avant d’arriver à Sans Soucis. Ce premier sac m’attendra à Cilaos. Au km 65.

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Dans mon second sac assistance, je mets à nouveau des affaires de rechange. Plus chaudes que les premières. Un t-shirt manche courte ainsi qu’une t-shirt manche longue assez chaud, une paire de chaussette et un buff. Je n’oublis pas de mettre à nouveau une autre réserve de gels et de pâtes de fruits.. Des piles.. une batterie mobile et du saucisson. Cet autre sac m’attendra à Sans Soucis. Au km 126.

Je ne sais vraiment pas si j’ai mis assez d’affaires et d’équipements de rechanges dans mes sacs. Mais au moins c’est fait. Je n’ai plus à me tracasser avec cela.

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11 h 25. Toutes mes affaires sont prêtes maintenant. Je vais juste faire un aller-retour dans mon nouveau restaurant rapide préféré et je ferai une petite sieste par la suite.

Dans la rue, j’estime la résistance de mon corps à la chaleur. Il fait super chaud. Je sue rien qu’en marchant. Les 27 degrés à l’ombre que la pharmacie annonce ne m’étonnent pas. Il fait plus ou moins le même temps que les jours précédents. C’est bien dégagé au bord de l’eau, par contre on voit des gros nuages dès les premières hauteurs à l’arrière plan de la ville. Est-ce qu’il ne fait pas trop froid là haut ? Est-ce que l’on va se prendre un peu de pluie ? Est-ce que cela ne va pas trop être humide et chaud ? J’espère vraiment que j’ai fait les bons choix en terme d’équipement. Cela m’énerverait énormément d’avoir des défaillances à cause de problèmes matériels et pas à cause de mon corps.

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Je retrouve mon copain d’hier soir au service de Resto +. Je prends une simple ration cette fois. Un mélange de pas mal de riz blanc et d’un peu de nouilles sautées. Je ne veux pas non plus être trop lourd ou avoir des problèmes digestifs au départ de la course. Il ne reste plus que 10 h avant le grand départ. La pression monte gentillement. Je commence à être bien concentré, mais je tente de ne pas trop y penser. J’aimerai bien réussir à dormir après manger.

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13 h. Je me mets au lit pour faire une petite sieste de 2h. Je ne m’endors pas vraiment. Je commence à faire la course dans ma tête. Impossible de ne penser à rien. Impossible de ne me concentrer sur rien. J’arrive un instant à tout évacuer. A faire le vide. Puis au bout de 15 ou 20 secondes, cela revient. C’est impossible. Je n’y arriverai pas. Le départ est trop proche maintenant. Cela fait 6 mois que j’y pense jour et nuit, ce n’est pas à 9 h du départ que je vais réussir à faire abstraction.

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15 h. Je n’ai pas réussi à m’endormir. J’estime tout de même que j’ai réussi à me reposer. En faisant un diagnostic complet de mon état aussi bien physique que mental, je pense que je suis prêt. Je ne pourrai pas être plus prêt que cela. Mes jambes, mes fesses et les muscles de mon dos sont affutés et bien reposés. Je n’ai aucune douleur dans les articulations importantes. Je n’ai pas de gêne dans le thorax. Mes voix respiratoires sont libérées. Je ne tousse pas, je ne renifle pas. Au niveau de la caboche, je n’ai pas mal à la tête. Ma nuque, pourtant si raide d’habitude est complètement détendue. Mes tremblements habituels au niveau des avants bras et des mains ne sont pas présents. Je n’ai pas faim et je ne ressens aucun besoin de manger. Je continue à me forcer à boire énormément et cela ne semble pas me gêner. Encore une fois. Je suis bel et bien prêt. Cela me fait très plaisir et me rassure.

J’enfile mes chaussettes et mon caleçon. Je le sais la prochaine fois que je les enlève cela sera dans très, mais alors très longtemps. Je fais bien attention à ce qu’il n’y ait aucun pli, ou que les coutures ne se positionnent pas bien. Je me glisse dans mon t-shirt UTMB et je mets par dessus le débardeur de la course. Je saute dans mon short que je resserre au niveau de la taille sans toutefois le serrer trop fort. Je laisse les fils pendre vers l’extérieur. Cela serait con qu’un si petit bout de tissu technique se loge dans une pliure et m’irrite à force que les kilomètres passent.

Pour finir, je prends mon dossard. Je replis le profil vers l’arrière afin de ne laisser que mon numéro visible (775). Je saisis 4 épingles et je tente d’attacher celui ci au niveau de mon short sur ma jambe droite. Au premier essai, je trouve que celui-ci est bien droit, mais qu’il me gène un peu. Je tente de courir en faisant des allers-retours dans ma chambre en grimpant et sautant de mon lit. Oui. Cela me gène un peu. Je le déplace de quelques centimètres vers le centre de mon short. Je recommence mes A/R. C’est mieux, mais ce n’est toujours pas cela. Je redéplace le tout d’un centimètre et demi (ET OUI.. nous en sommes à ce niveau de précision.. c’est de l’ultra.. pas la course des choux-fleurs organisée par l’amical de Charenton-Le-Pont.. ^^). C’est mieux maintenant. J’espère qu’il ne craquera pas. Je finis en chaussant mes Speedcross que je laisse complètement détendue pour le moment. Je vise ma Casquette sur ma tête. Me voici fin prêt. Allons affronter notre avenir. Allons castagner notre destin. Allons utiliser notre passé afin d’abattre notre futur !

Je passe devant ma glace. Je me regarde le fond du regard. Je m’observe. L’air de dire « Tu sais ce qu’il te reste à faire bonhomme ! ». C’est partiiiiiiiiiiiii !

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Nous avons rendez-vous près de la caserne Lambert afin de prendre les bus qui doivent nous amener à Saint Pierre. D’après l’organisation, le trajet va durer 3h. J’espère que les bus sont assez confortables pour que je puisse me reposer un peu.

En longeant la route qui passe au bord de l’océan, certaines voitures ralentissent à mon niveau. Les occupants me font des grands gestes de sympathie. D’autres crient « ALLEZ LE RAIDEURS ! ».  » BRAVO CHAMPION !! » « COURAGE. ».. Tous ces encouragements s’ajoutent à des coups de klaxons sympathiques. La fête a déjà commencé sur l’île de la Réunion. On sent bien à ce moment que l’on fait parti d’un tout et que ce que l’on s’apprête à faire est énorme. Tout le monde m’avait prévenu en me disant « Tu vas voir.. Le grand raid.. c’est THE événement sur l’île.. Tout le monde est super investi et encourage les coureurs ! ». C’est effectivement le cas. A chaque encouragement, je ne peux m’empêcher de faire un petit signe de remerciement et de rire de manière flattée. Au premier abord, je suis effectivement très flatté.. mais au fond de moi je me dis que c’est un peu abusé. Je n’ai rien fait pour le moment. Je suis juste sorti de mon hotel, habillé en raideur. Je pourrai faire demi tour et aller me coucher, cela fonctionnerait aussi. Loin de moi cette idée. Je prends avec humour et gourmandise l’ensemble des encouragements sur le chemin.

Après avoir traversé un pont passant au dessus d’une rivière je repère au loin sur la gauche les pilonnes du Stade de la Redoute.. Il s’agit de l’arrivée de la course. Voilà où je dois revenir. Voilà où tout doit se terminer. Nul part ailleurs. Je dois absolument revenir là avant dimanche 15 h. L’objectif est visible. Cela le rend concret et atteignable. J’y crois. Je suis motivé. Au loin, sur la droite, je repère un troupeau de T-shirts blancs et jaunes. Je suppose que nous allons attendre les bus là bas. Je me rapproche.

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Je suis assis comme tout le monde dans l’herbe au niveau du bord de la route. J’ai bien fait attention à ne pas me mettre en dessous d’un cocotier. J’ai repéré qu’il y avait des noix en hauteur. Cela serait une histoire drôle (enfin pas si drôle que ça) de se faire assommer par une noix et de ne pouvoir prendre le départ de la course.

Les automobilistes qui passent sur la route sont de plus en plus encourageants. Que cela soit les voitures, les camions, les motos et les passants à pied, tout le monde fait le maximum de bruits pour nous encourager. Les raideurs restent très calmes. Personne ne leur répond. Je commence de mon côté à me prendre au jeu. Je me lève et fais des grands coucou à chaque coup de klaxon. Je ne vais pas vivre de moments comme celui-ci tous les jours. Autant en profiter quitte à perdre un peu d’énergie. Le sourire et la chaleur humaine sont plus forts que les quelques calories perdues en restant debout et en leur répondant.

 

16 h. Les bus arrivent. Au moment de monter dans le mien, j’entends un voix derrière moi « Alexander.. Alexander.. ». Voilà qui voilà mon anglais préféré. (Pour info’ : Il n’y a que 9 anglais qui se lancent sur la Diagonale). Je le salue et nous échangeons quelques mondanités. Je ne veux pas être impoli, mais je veux me reposer durant le trajet. Je m’assoie donc seul. Il fait de même. Je pense que nous sommes exactement dans le même état d’esprit.

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Première constatation.. dans le bus, il n’y a qu’une seule femme. Je sais que sur les courses que j’ai pu faire il y a généralement moins de femmes que d’hommes, mais là c’est l’hécatombe. Bon, okay.. je n’avais pas prévu de faire une séance Tinder pendant la course.. mais c’est dommage je trouve.

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Juste avant que le bus ne démarre, deux réunionnais rentrent dans le car qui est pour le moment particulièrement silencieux. Il s’agit d’un coureur et son pote. Son pote l’aide à s’installer et à porter ces affaires. Avant de repartir, il lui dépose une bonbonne de flotte de 5L. C’est assez cocasse. Tout le monde dans le bus à des flasques ultra-modernes et lui il se trimballe une bonbonne de flotte ambiance tiers monde.

Les deux se marrent énormément. En repartant, son pote lui dit « A vendredi fin d’apres-midi hein.. je t’attends pas apres » ! #CoupDePression. La bonne humeur de celui-ci et la relation d’amitié qu’ils ont me rappellent que je serai de mon côté complètement seul sur la course. Pas d’assistance, pas d’amis, pas de copine sur le parcours ou aux ravitaillements. Je fais abstraction.

 

16h15. La file de bus démarre. Le silence le plus absolu règne dans le notre. Pourtant, il y a pas mal de monde.

Rapidement, nous tombons dans les bouchons. Le Grand Raid et son départ à Saint Pierre doit bien foutre la merde au niveau des transports sur l’île. D’habitude, j’observe tout, j’analyse tout. Je me mets à la place du chauffeur. Dans ma tête, je déploie mes propres stratégies de conduite pour estimer de la conduite du chauffeur. Cette fois, je décide que ce n’est pas mon boulot. Je me laisse aller complètement. Je fais confiance. Je pose ma tête contre la vitre et j’essaie de dormir. Bien entendu, je n’y arrive pas.

Le bus s’arrête à plusieurs arrêts. Au second un réunionnais d’un certain âge (pour ne pas dire vieux) monte dans le car. Au moment de redémarrer, nous entendons sa petite fille lui crier : « Papi.. Papi..fait attention. Te casse pas la jambe !  » Cro’ MEUGNON.. Marrant en plus. Cela détend l’atmosphère une trentaine de secondes. Je retourne dans mes pensées.

Plus loin, au bout d’une heure trente de car, nous nous arrêtons au milieu de nul part. Près de l’océan. Cela ne peut pas être un arrêt pour récupérer des coureurs. Je n’hésite pas une seule seconde, je sors du car pour aller pisser. Je n’en pouvais déjà plus. Merci le malto. En regardant au loin derrière, je me rends compte du nombre de cars. Une vrai chenille. Je pensais qu’il n’y en avait que 3 ou 4. Il y en a plutôt 12 ou 13.

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Je monte une petite colline et me retrouve fasse à l’immensité d’eau. Je pisse tranquillement. En repartant je me cogne bêtement la malléole droite sur un bout de ferraille qui dépasse. Aie. Putin ! Est-ce que ça va ? Oui. Cela semble être simplement un coup. Je suis idiot. Je suis même plus qu’idiot. Je suis un con. Je dois vraiment faire attention. Ne pas me déconcentrer maintenant. Je retourne vers le car et j’en profite pour faire un selfie.

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Nous repartons. A chaque arrêt les coureurs montent. Les cars sont de plus en plus remplis. Pourtant le silence le plus complet continue d’y règner. Ma tête est visée contre la vitre. Je sens le vent qui me souffle sur les paupières fermées et dans les cheveux. J’apprécie ce moment. Quelques kilomètres plus loin, j’entends plusieurs trailers sortir des affaires de leur sac et prendre des photos. J’ouvre les yeux. L’intérieur du car est baigné d’une dense couleur rouge orangée. Je me retourne. Le soleil nous offre un magnifique couché dans les profondeurs de l’océan indien. C’est magnifique.

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Nous quittons la voie rapide et nous empruntons une bretelle de sortie. Nous nous retrouvons très rapidement à l’arrêt complet. Il y a un énorme bouchon. Les voitures sont partout. Tout le monde est garée n’importe comment. En regardant sur la gauche, je vois des raideurs qui sont endormis dans leur voiture. D’autres sont en train de finir de préparer leur affaires avec les personnes qui les assistent. Cela fourmille autour de nous.

Nous mettons 25 minutes à faire 400m. Une fois dans Saint Pierre, les cars s’arrêtent définitivement. Tous les raideurs prennent leurs sacs et nous descendons. C’est l’effervescence la plus totale dehors. On entend au loin la musique d’un concert d’un côté, des tamtams de l’autre. Les voitures sont en file indienne. Il y a des gens partout. Sur les talus, sur la route, sur les trottoirs. Je prends le temps de trouver un petit coin tranquille pour pisser à nouveau.

Plus on se rapproche, plus la musique et le bruit ambiant augmente. Certains raideurs se sont mis à marcher très vite. On se croirait dans le métro un soir du nouvel an. L’ambiance est chaude.

 

19h30. J’arrive au niveau des barrières pour les coureurs. Les bénévoles à l’entrée repère mon dossard et me laisse passer.

Nous devons commencer par donner nos sacs assistances pour chacune des trois bases de vies. Je donne le mien pour CILAOS en faisant bien attention à donner le bon, et je fais de même pour celui à destination de SANS SOUCIS.

En donnant le deuxième je remarque sur ma droite qu’un raideur semble avoir un léger problème. Je l’écoute parler avec les bénévoles : « Je me suis planté. J’ai laissé mon dossard dans un des deux sacs assistances que je vous ai donné ». LOL. Je regarde le raideur. Je regarde le bénévole. Le bénévole regarde le raideur. Il se retourne et regarde les deux camions remplis de sacs qui se ressemblent tous. Là je comprends que c’est la merde. Je n’aimerais pas être à sa place. Ni à la place des bénévoles d’ailleurs. Ne pouvant aider à dénouer la situation je quitte l’espace. Courage mec !

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Après avoir déposé mon dernier sac à destination de l’arrivée, je me dirige maintenant vers l’espace de vérification du matériel obligatoire. Je sais que j’ai toutes mes affaires, mais comme à chaque fois, je redoute un peu ce moment. C’est bizarre.

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J’arrive devant trois bénévoles. Ils ne me demandent pas de liste précise d’objets. Ils me disent simplement « Bon. Montre nous tout. ». Va savoir pourquoi, je suis stressé. Je commence à déballer toutes mes affaires de mon sac de manière assez décousue et pas du tout organisée. Les bénévoles sont jeunes. Ils sont plutôt arrangeants avec moi. Cela se passe bien. Je fais quelques vannes pour me détendre. Ils semblent alors plus stressés que moi au final. J’en rigole. C’est bon. J’ai tout. Je peux passer. En quittant l’espace, je me fais biper. C’est la première fois que je me fais biper depuis ma dernière course.. et ce n’est très certainement pas la dernière fois pour les deux prochaines journées à venir. C’est officielle. La course va commencer.

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Devant moi, un immense terrain recouvert de centaines de raideurs assis. On se croirait dans un festival de musique. Je suis sur-excité. Je tente de faire une petite vidéo sur Instagram afin de publier quelque chose avant la course. Celle-ci n’arrive pas à partir. Le réseau doit être saturé. Dommage. Je ne pourrais plus communiquer avec une connaissance avant quelques jours.

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Après être rapidement passé au niveau du ravitaillement pour grignoter quelque chose, je m’installe dans la zone d’attente. Je repère que beaucoup de coureurs se sont placés vers le fond à droite. Je suppose que c’est à cet endroit que les barrières vont être ouvertes pour nous permettre de rentrer dans le SAS de départ. Bien que ma stratégie n’est pas de partir comme une brute, j’aimerai mieux être à l’avant pour ne pas me retrouver dans les bouchons.

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Je m’assis sur un mélange de terre, de poussière et de cailloux dans un petit espace laissé entre les coureurs déjà présents. J’ai même la place pour allonger mes jambes si j’ai besoin. C’est grand luxe ^^.

Maintenant que j’ai deux heures à attendre avant le départ, je prends le temps de bien ranger mes affaires dans mon sac. La Bonatti dans la poche arrière extensible avec la casquette sahara. Les gels et les pâtes de fruits répartis de manière égale dans les deux poches latérales. Mon sac de congélation pour l’Iphone dans la surpoche de la poche intérieur. Mon vêtement de sur-couche bien enroulé et entouré d’élastiques calé d’un côté de mon sac. Mes bandes adhésives vers le fond. Par dessus, ma couverture de survie et mon permis de conduire. Encore au dessus, dans un autre sac de congélation, ma batterie mobile et la batterie de ma NAO. Je ferme le sac. Le secoue dans tous les sens. C’est parfait. Cela ne bouge pas trop.

Il ne me reste plus qu’à remplir mes flasques d’eau. L’une des deux fuit un peu. Ce n’est pas grave. Cela devrait tenir. Au pire j’ai mon camelbag qui est vide dans le dos au cas où.

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Tout est prêt. Je n’ai plus qu’à attendre. Autour de moi, certains discutent. D’autres dorment. Je tente de m’allonger et de me reposer. Je n’arrive pas à faire abstraction des conversations que j’entends. Les doutes des autres coureurs, leurs rires, leurs paroles résonnent en moi. Tout ce que j’entends me fait me poser des questions. Je tente de ne pas y penser mais c’est définitivement impossible. Je ne stresse pas. Mais la tension est clairement montée. J’y suis. Je suis de l’autre côte du globe. Saint Mandé et mon bois de Vincennes me paraissent si loin maintenant.

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La position allongée est pas mal. Mais au bout d’un moment j’en ai marre. Je bascule en mode assis. Nous entendons le concert (de Camille je crois) et l’animateur habituel du Grand Raid au loin. C’est assez drôle. Il y a une foule de personnes qui accompagnent les coureurs qui sont en train de kiffer un concert et une foule de coureurs qui eux stressent complètement en attendant la course. Ces deux foules bien différentes divergent complètement dans leur comportement. La chanteuse arrive à faire faire du bruit à la foule de spectateurs à l’aide de mécanismes de scène assez simple. Je me rappelle d’un moment tout à fait révélateur de l’ambiance de notre côté. L’animateur prend la parole. Fait faire un maximum de bruit au public, puis se tourne vers les raideurs et dit un truc du style  » Et maintenant je veux que les fous de la Diagonale fassent le maaaaaaaaaaaaaximum de bruiiiiiiiiiiiiiiiits ! « .. Gros bide ! Personne ne crie de notre côté. Tout le monde est bien trop concentré pour répondre à ses avances. C’est assez triste pour l’animateur, mais il le reconnait lui même « Je savais bien que cela n’allait pas marcher. Les fous sont déjà dans leur course. Concentré à 100 %. Restez y les gars. Vous allez mettre la folie sur le parcours tout à l’heure.. pour l’instant.. c’est au public de faire du bruiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiit ». Belle pirouette !

Depuis que je suis rentré dans l’espace d’attente, trois personnes se sont retournées vers moi et m’ont salué « Heeeeeey, Casquette Verte ! ». Cela fait vraiment plaisir à chaque fois que cela m’arrive ça. Je m’en rappelle d’un. Assis pas loin de moi. Il me dit habiter sur Créteil à côté de chez moi et il me suit sur Strava. Nous discutons un peu et déconnons sur le fait que ce n’est pas le bois de Vincennes qui nous attend. C’est vraiment sympatoche cette toute petite notoriété. Cela me fait énormément de bien.

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21h05. La course démarre dans 55 minutes. Quelques coureurs ont commencé à se lever. Ce mouvement a fait se lever d’autres coureurs. Très vite, les 2400 raideurs sont debout, prêts à partir en direction des SAS. La pression est montée d’un coup. L’animateur l’a remarqué. Il fait encore plus monter la sauce.

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Je sens l’énergie du sol et les frissons de cette île grimpés en moi. Ils traversent tout mon corps. En commençant par mes pieds, des orteils au talon en passant par l’ensemble des nerfs et des tendons qui le constituent. Puis cette dynamique empruntent mes chevilles les entourant en tourbillonnant jusqu’au dessous de mes mollets. Je sens qu’à ce niveau les flux prennent leur temps, il grimpe lentement très à l’intérieur et sur le devant de ma jambe. Avant d’arriver au niveau de mes genoux, des boules d’énergies se forment. Tout à coup, je sens un éclair. Cela rentre dans mes mollets. C’est une explosion. Mes mollets s’activent. Les rares poils que j’ai dessus se dressent. Les veines visibles sur leurs côtés semblent en plein afflux sanguins. L’électricité continue à monter, elle prend petit à petit mes genoux en attaquant chaque os et tendons les constituant de manière unique et séparée. Les genoux sont pris. Cela continue, cela grimpe très vite dans mes cuisses, cela suit très exactement la courbure de mes muscles, comme une foulée. Le courant arrive au niveau de l’aine. Il suffit d’un déclic rapide pour sentir que cette partie fait partie du reste maintenant. Petite pause dans son escalade. Je ne sens plus l’énergie monter. Elle est très profond maintenant, puis, sans crier gare elle ressort par le bas de ma moelle épinière au niveau de mon coccyx. A partir d’ici, c’est le syndrome du thermomètre, je sens que cela grimpe graduellement, vertèbre par vertèbre, Zuuuuurb pif, Zuuuuuuuuuurb pif, zuuuuuuuurb pif. Arrivé au niveau de ma cage thoracique, je ressens à nouveau cette sensation de tourbillon qui vient m’entourer, comme un câlin que quelqu’un vous ferait en arrivant dans votre dos. L’énergie fait le tour puis d’un coup atteint mon plexus. Je me sens maitre de ma respiration maintenant. La tension continue en même temps à finir d’atteindre ma nuque, et se disperse dans mes épaules. Dans celles-ci, je ressens un picotement, puis un autre, puis un autre au niveau des bras. Un grand clac dans chaque intérieur des coudes me fait sentir que cela s’étend. Mes avants bras prennent part à ce mouvement. L’énergie s’enroule autour d’eux comme un cable des fonds marins. Piiiiif. Cela gratouille dans le haut des poignées. Un millième de seconde plus tard, je sens chaque métacarpes de mes mains communiquer avec les autres. Les phalanges si mettent aussi. Pour finir l’électricité passe par ma nuque, glisse sous mes oreilles sans les oublier, et arrive au niveau de mes pommettes. Mon nez frétille, puis ma lèvre supérieur. Ma mâchoire s’axe. Mon menton se durcit. Dans un dernier effort l’énergie qui s’est accumulée au niveau de ma nuque forme une sorte de losange qui pousse.. qui pousse encore. Je sens mon rythme cardiaque faire danser ce losange dans un mouvement de va et vient. A la une. A la deux. Et à la troiiiiiiiiiiiiiiiiiiis. Je ressens une immense décharge électrique dans l’ensemble de mon crâne. Cela vibre de partout là haut. Tiiiiine. Tiiiine. Tiiiiine. J’entends ce bruit métallique d’écrous qui finissent de se serrer les uns aux autres. Ma tête bascule légèrement en arrière. Les yeux sont grands ouverts et regardent droit dans les profondeurs du ciel. Mes bras sont tendus. Mes doigts sont droits, complètement étirés les uns par rapport aux autres en direction du sol. Mes jambes sont solidement ancrées dans la terre. Je suis prêt. Je suis entièrement en osmose avec mon moment. Entièrement en osmose avec ma course. Peu importe ce qu’il va se passer. Rien ne peut m’arrêter. Ouvrez les grilles. Je veux avancer dans le SAS. Lâcher l’homme qui est en moi !

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La grille s’ouvre. Un premier mouvement de foule nous fait avancer de 10 mètres. Les organisateurs sont dépassés. Cela devient dangereux. Ils nous arrêtent un temps afin de fluidifier le passage.

Lorsqu’il réouvre le passage, les raideurs poussent. Je me sens porté par la foule. C’est très dangereux. Nous avons fait 50 mètres. J’ai failli tomber 3 fois. Je me retrouve pousser complètement sur le côté droit, impossible de revenir vers le centre. Nous arrivons au niveau des premiers supporters. Ils crient. Ils nous applaudissent. On dirait que c’est un lâcher de moutons.

Tous, nous avançons de manière complètement désordonnée. Cela semble fonctionner. J’arrive à me dépatouiller de la foule et j’avance enfin en courant un peu. Petit virage sur la droite, puis petit virage sur la gauche, dernière ligne droite de 80 mètres avant l’arche de départ.

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Crédit photo : ZotZimages Abraham sur Facebook. 

 

21h40. Je suis à 15 mètres de la ligne de départ. Autour de moi, tout le monde semble très concentré. Nous sommes maitres de nos destins maintenant. Je parle avec quelques coureurs autour de moi. Nous débriefons les quelques mètres que nous venons de faire. C’était super dangereux. Je suis sûr que quelques coureurs se sont déjà blessés dans ce mouvement de foule. Les trois virages que nous avons fait m’ont complètement désorienté. Je ne sais plus de quel côté l’océan se trouve et de quel côté se trouve la terre. La seule chose que je sais c’est que la route est droite en face de moi, et que c’est là que se trouve mon objectif, mon graal, ma destiné.

10 min avant le départ. Je repère mon collègue anglais quelques rangées devant moi. Il se retourne vers moi et me fait une grimace l’air de dire « I have no idea what i’m doing there ! ». Il me fait rire. J’arrête de parler avec mes collègues et je me concentre. Je vérifie que ma PETZL fonctionne bien. Je l’éteins pour l’instant.

Je me baisse lentement en direction de mes chaussures que je resserre afin qu’elles me tiennent bien aux pieds. Je commence à me dire que je dois absolument prendre cette course au sérieux. Dans 10 minutes je partirai. Et ce n’est pas comme d’habitude pour une petite heure dans le bois de Vincennes. C’est pour une durée indéterminée.

Avec ma courte expérience en longue distance, je sais qu’il m’est strictement impossible d’imaginer le vrai temps que je vais passer sur les sentiers. 30 ? 40 ? 50 ? Peu être même 60 heures. Qui sait ? Au fond, je ne préfère pas savoir. Cela me permet de me retrouver dans une zone de flou assez confortable. Est-ce qu’un enfant toucherai une plaque brulante s’il savait précisément le mal que cela allait lui faire ? Je ne pense pas. Je préfère me dire que la plaque est peu être brulante, ou peu être pas.

 

3 minutes avant le départ. Je repère sur ma droite, juste quelques mètres devant moi le compteur. Il est à 00 h 00 min 00 sec. Je l’imagine déjà défiler dans ma tête. A chaque pas que je ferai, les diodes qui le composent se déclencheront afin de former des chiffres nouveaux les uns après les autres. Le nombre de combinaisons va être immense. Le tout est de penser qu’à chaque nouvelle combinaison, on aura avancé et que l’on sera plus proche de la combinaison finale. C’est qui ouvrira la porte d’un repos bien mérité.

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Crédit photo : ZotZimages Abraham sur Facebook. 

 

1 minute avant le départ. Je le sais. Je n’ai pas vraiment de stratégie de course. Je ne me le cache pas. Ma plus longue expérience de course est la CCC. C’est encore frais dans ma tête. Je me rappelle bien de moi à l’arrivée, après les 101 km. J’étais fatigué, mais pas non plus au bout de moi même. Je dois pouvoir aller plus loin que cela. De toute façon, si je veux finir, c’est sûr, je devrais aller plus loin que cela. Je ne me dis pas tellement qu’il faut que je m’économise sur le début. J’ai une telle envie d’avancer que je pense partir au feeling et que si rapidement les premières sensations sont bonnes alors je continuerai à mon rythme sans freiner mon appétit d’avancer. Je souhaite vraiment me laisser aller à la gourmandise de la course.

10 secondes avant le départ. T’es chaud Mireille ! Ca va être bien. Profite à fond. Tu ne vis cela qu’une fois dans la vie. Profite. Profite. Profite.

9. 8. 7. 6. 5. 4. 3. 2. 1… C’est partiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !

depart

Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

 

(1) SAINT PIERRE – Ravine Blanche – Km 0 – Altitude 6m

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 0 km / 0 D+ – Temps de course : 00 h 00 min. 

Je passe la ligne de départ. Je déclenche ma montre. Le GPS m’a rapidement trouvé 5 minutes avant le départ. Je piétine un peu. Il est difficile de rentrer dans son rythme les 400 premiers mètres. La route est relativement étroite étant donné le nombre de concurrents et la masse de supporters sur les côtés.

Au bout de quelques centaines de mètres, l’euphorie monte en moi. Je suis resté très sérieux jusqu’à là. Mais comment voulez-vous rester sérieux alors qu’autour de vous c’est littéralement le feu. Pas à un centimètre n’est disponible sur les côtés de la route. Il y a une foule immense de supporters. Ils crient. Ils soufflent dans des instruments qui font des bruits de klaxons. Ils nous applaudissent et nous encouragent de manière si intense. Je n’arrive pas à rester de marbre face à cette ambiance. Je commence à courir sur les cordes. Je vais taper quelques mains d’enfants et d’adultes. Je me suis déconcentré. Et au final ce n’est pas si mal.

Au bout de 2 km. Je fais un point sur moi même. Je ne suis pas parti en sprint. Mais simplement à un bon rythme. Je commence déjà à doubler pas mal de coureurs et à me positionner. De temps en temps cela ralentit devant moi et je suis obligé de slalomer un peu pour passer. C’est parfois embêtant, mais ce n’est pas non plus l’horreur. Je sens qu’à ce rythme, je vais rapidement pouvoir m’échapper du gros du peloton et me retrouver dans des espaces un peu plus propice à une course solitaire.

Nous longeons l’océan. Il y a toujours autant de monde et de bruit au bord de la course. Cela fait maintenant 3 km que nous avançons et je n’ai pas encore vu un seul trou de plus d’un mètre dans les supporters. C’est incroyable. Mes jambes ont doucement pris le rythme. Je mouline plutôt bien. Les sensations sont très bonnes. Je sue déjà beaucoup. Mais c’est normal. Nous n’avons pas commencer à prendre de la hauteur et il fait relativement très chaud. Je me dis que j’ai bien fait de partir en T-shirt manche courte et sans buff.

J’ai bien avancé. J’ai un peu plus d’espace pour courir sans être gêné maintenant. J’arrive à lever les yeux et à voir loin devant moi. Cela tombe bien, car c’est le moment choisi par l’organisation pour déclencher un feu d’artifice. Toutes ces couleurs, c’est magique. Dans quelle course avez-vous le droit d’être encouragé par un feu d’artifice.. Il n’y en a pas beaucoup selon moi. J’arrive à profiter du spectacle tout en avançant.

Je fais des petits points de fixations du regard de temps en temps lorsque des groupes de supporters sont plus amusants que d’autres. Je me rappelle de quelques groupes. Le premier, une famille réunionnaise légèrement en contrebas de la route. Ils ont des chaises en plastiques pour attendre les coureurs. Là, ils sont tous debout. Les enfants dansent. Les pères de famille sont légèrement en retrait et applaudissent chaudement. Les mères de famille semblent bien excitées. Elles applaudissent et crient avec un timbre de voix assez aigu. C’est la fête à Saint Pierre de La Réunion.

Virage sur la gauche. Nous rentrons dans la ville et le relief commence à s’élever un peu. Je grimpe très facilement ces premières côtes. C’est un bonheur pour moi. Je me teste à ce moment là. Et cela semble répondre présent sans problème. Je ne me fatigue même pas dans la montée. La sensation d’être en apesanteur est totale. A l’entrainement, je serai essoufflé de monter ce genre de petites côtes avec de la cadence. Là, aucun problème. J’avance comme sur du plat.

Après quelques virages, nous sommes à nouveau dans un quartier assez résidentiel. Ma stratégie de partir assez vite pour éviter les bouchons plus tard commence déjà a bien fonctionné. Il y a des trous devant et derrière moi. Encore beaucoup de coureurs sont là, mais je peux courir totalement librement.

Je repère au loin un virage sur la gauche avec énormément de supporters. Cela me donne l’envie d’accélérer un peu. J’arrive à leur niveau. Là, c’est le tour de France clairement. La foule forme un conduit mince où nous ne pouvons que passer à la queue leuleu entre les supporters. Cela dure uniquement 30 ou 40 mètres. Mais c’est grandiose. Les supporters nous tapent sur les épaules et dans le dos. Cette sensation d’encouragement physique est incroyable. Je ne laisse pour le moment rien paraitre de ma joie. Mais elle est immense intérieurement.

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Crédit Photo : GP Photographies sur Facebook. 

Nous sortons de la ville et nous plongeons maintenant dans des champs de cannes à sucre à perte de vue. Les sentiers types routes de 4×4 ont remplacé le bitume. Nous nous retrouvons rapidement dans le noir. Je n’ai pas allumé ma PETZL pour le moment. J’arrive à utiliser la lumière des autres raideurs pour avancer. Je semble être un des derniers à ne pas avoir allumé ma lanterne.

Des petits groupes de coureurs commencent à se former étant donné que le sentier commence à grimper de plus en plus fort. Je ne marche pas. J’arrive très facilement à courir dans les montées. Je me demande un instant si cela ne m’épuise pas. Mais au fond, je m’en fou complètement. Je me dis comme souvent que ce sont des kilomètres faciles et autant en profiter pour bien avancer. Ma stratégie de garder la batterie sur la PETZL commence à faire face à la réalité de la course. Les champs de cannes à sucre dans lesquelles nous sommes ne laissent que très mal passer la lumière. C’est très sombre parfois. Etant donné qu’il y a peu de trous ou de cailloux sur le sentier je ne l’allume toujours pas.

J’avance toujours aussi bien. Je passe d’un groupe à un autre très aisément. Entre deux groupes, je ne vois pas grand chose du chemin. Ouuuups. J’ai failli trébucher. Là, il y avait un trou. Je commence à allumer ma PETZL par intermittence lorsque je suis entre deux groupes de coureurs.

Nous approchons du premier ravitaillement. Je repère au loin une petite tente avec trois tables. Quelque chose de très simple.

 

(2) RT BASSIN PLAT – Km 7 – Altitude 140 m

Cumul D+ = 140 m / Temps de course : ?

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 140 D+ 

Le ravitaillement est plus un simple point d’eau qu’un véritable espace de repos. Je n’ai pas tellement bu dans mes flasques pour le moment. Je n’ai pas besoin de les recharger. Je prends deux gobelets d’eau que j’avale presque cul sec. Pas mal de coureurs esquivent carrément la tente placée dans un virage sur la droite. Voir une trentaine de coureurs passés en simplement 40 secondes me fait dire qu’il faut que je reparte vite. Je remercie les bénévoles et me retourne dans le sens de la marche.

En quittant le ravitaillement, j’ai le souvenir de longer un mur de parpaing. Sur le talus à gauche, pas mal de supporters nous encouragent. Les flashs des appareils photos me rendent aveugle de temps en temps. Je me concentre à nouveau sur ma course. Maintenant plus de rigolades.. le prochain ravitaillement est dans 8 km. Je n’ai fait que courir pour le moment, alors pourquoi pas continuer !

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Crédit Photo : GP Photographies sur Facebook. 

Je pense être dans les 300 premiers coureurs. Etant donné que je suis parti plutôt à l’avant du SAS de départ et que j’ai du doubler 200 coureurs. Cela doit être plutôt pas trop mal. Je n’y pense pas vraiment. En réalité, je pense surtout que nous allons maintenant passer à une autre phase de la course. La phase « BOUFFE DU DENIVELE ».. Je regarde rapidement le profil de la course que mon collègue m’a plastifié. Je ne prends pas le temps de vérifier mes temps de passage. Je regarde simplement la distance jusqu’au prochain ravito’ et le dénivelé à effectuer. A priori, c’est parti pour un + 526 mètres de dev’. C’est sur cette portion que je vais me rendre compte si cela va le faire ou pas. Pour le moment, mes jambes ont répondu présentes sans problème. Je glisse mon profil de course dans une petite poche à droite de mon short.

J’ai peu de souvenirs de cette portion. Les dizaines d’heures de courses qui vont suivre ont malheureusement effacé énormément de souvenirs. Va savoir. J’ai peu être parlé avec des coureurs, fait des rencontres sensationnelles, vécu des moments intenses. Ou sinon, j’ai couru tout simplement. Une chose est sûre cette portion a commencé par de nouveaux longs passages dans les champs de cannes à sucre. J’ai l’impression d’être dans le film Signs. Je n’ai jamais traversé de champs de cannes à sucre en courant jusqu’à là dans ma vie. Je ne pensais pas que cette plante était aussi grande. Bon, ce n’est pas non plus le sapin de Noël du Rockefeller Center, mais cela doit bien faire 2 ou 3 mètres de haut. Cette hauteur à proximité direct de moi me donne une sensation d’être dans un tunnel. Ou plutôt dans une paille. Vivement la fin de ce passage. J’ai envie de sentir à nouveau un léger souffle de vent sur moi. Avec tout ce que je transpire, cela me rafraichira un peu.

Je continue ma stratégie d’avancer de groupe en groupe. J’attrape un petit troupeau. Je reste à l’arrière 15 ou 20 secondes et dès que je ressens qu’ils ne sont pas dans mon rythme j’accélère en doublant par le côté. Rapidement je les dépasse et mets une bonne distance entre nous. Jusqu’à atteindre le prochain groupe. Je ne trouve pas de concurrent qui soit dans le même rythme un peu saccadé que moi. Cela ne me dérange pas outre mesure.

Nous sommes maintenant bien sorti des champs de cannes à sucre. Nous avons attaqué le dénivelé. Parfois, lorsque la route tourne un peu sur notre gauche nous avons une vision dégagée en direction de Saint Pierre. Le départ ne parait pas si loin. Cela doit faire 10 km que l’on court, mais j’ai l’impression que la zone de départ est à 3 ou 4 km à vol d’oiseaux.

Regarder les lumières de la ville me permet d’évaluer la quantité de dénivelé effectuée. Je désespère un peu car j’ai vraiment l’impression que nous sommes encore très bas. Assez bêtement, je regarde si dans les options de ma montre je ne trouve pas l’altitude. Je connais pourtant ma montre par coeur, je sais bien que je n’ai pas cette option. Pourtant à plusieurs reprises, j’essaie de trouver dans les multiples écrans les quelques chiffres qui me permettraient de me situer en terme d’altitude. Au bout de plusieurs échecs, j’opte pour une nouvelle grille de lecture. Je détermine le dénivelé en fonction du temps que j’estimerais mettre si je devais descendre tout droit jusqu’aux lumières du bord de l’océan.

Fin de la seconde portion. Je crois me souvenir que nous arrivons à nouveau dans une petite ville. Nous sommes repasser sur du bitume. Il y a à nouveau pas mal de supporters. Je ne réfléchis plus trop. Je décide de ne pas garder mon calme. Je tape toutes les mains qui me sont tendues. Les pauvres. Je sue tellement. Je pense que toutes les personnes à qui j’ai tapé la main doivent par la suite s’essuyer. Je m’en excuserais presque.

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Crédit Photo : GP Photographies sur Facebook. 

Je repère le ravitaillement un peu plus haut sur la gauche. Il y a énormément de foule à cette endroit là. Je reprends mon habitude d’applaudir le public. J’adore définitivement cela. Tout en courant, je lève mes avants bras afin d’applaudir légèrement au dessus de ma tête du côté gauche. Les supporters semblent adorer cela et m’applaudissent encore plus fort. Quel KIFFE ! 15 mètres avant d’entrer dans le ravitaillement, j’entends sur ma gauche derrière moi. ALLEEEEEEEEEEEEEEZ CASQUETTE VERTE ! Je me retourne légèrement et j’applaudis dans cette direction. Impossible de savoir qui m’a reconnu. C’est vraiment ultra motivant de se faire reconnaitre sur une course. Moi qui n’ai personne pour me faire assistance, j’ai l’impression de ne plus être seul maintenant.

 

(3) DOMAINE VIDOT – Km 14.64 – Altitude 660 m

Cumul D+ = 640 m / Temps de course : 01 h 25 min 27 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 526 D+ 

Classement : 146ème. 

Je pense que j’ai pris un peu de fromage, quelques carrés de chocolat, trois petits LU et quelques rondelles de saucisson. Je tends mes gourdes aux bénévoles devant moi afin de les faire remplir. J’ai bu mon litre depuis le départ et je me suis même retrouvé un peu à cours d’eau. Je ne prends pas le temps de faire remplir mon camelbag. L’excitation est trop forte encore. Je suis assez stressé. J’ai envie de repartir rapidement.

Alors que je termine de viser la tétine de ma première flasque, un raideur s’approche de moi sur ma droite. Je tourne ma tête vers lui. Il me regarde et se servant à grignoter. Je le reconnais. Il s’agit de KABURAKI TSUYOSHI. Le champion international de trail japonais. Je l’ai souvent vu en vidéo. Il fait régulièrement des TOP 5 sur les plus gros trails mondiaux. Je suis un peu halluciné. Je me dis qu’il y a deux possibilités : Soit il est dans le dur et c’est alors tout à fait normal. Soit je suis très bien classé et c’est pas trop normal. Je ne prends pas le temps de discuter avec lui. Je finis de replacer mes deux flasques et je repars du ravitaillement.

C’est parti pour la première vrai grosse difficulté du parcours. Une montée directe dedans de 10 km avec pas loin de 1040 de D+. Ca va pas rigoler dans les rangs. J’ai beaucoup d’énergie à ce moment là. Je ne réfléchis pas trop. Je recommence à courir directement à la sortie du ravitaillement. Nous plongeons rapidement dans une forêt épaisse.

J’ai très peu de souvenir de l’ensemble de cette section. Il n’y a rien du se passer de marquant pour moi. Je me rappelle d’un moment. J’ai un flash. Je suis entrain de courir. Nous sommes dans une montée. Je suis juste derrière un immense bonhomme. Je regarde son short. Il est complètement trempé. Je me dis qu’il a du se jeter un saut d’eau dessus. Puis je caresse avec mes mains mon T-shirt. Houaaaaaaa. Je suis complètement trempé aussi. On dirait que je sors d’une machine à laver. Je saisis alors plus fermement mon short. Il est dans un matière technique très fine qui absorbe peu l’eau. Il est complètement trempé lui aussi. Je prends quelques secondes pour le regarder. Il est luisant. Cela ne m’ait jamais arrivé. D’habitude, ok, mon t-shirt est bien humide. Mais là, je suis entièrement mouillé de la tête au pied comme si je sortais d’un bain de minuit et que j’avais oublié de prendre ma serviette. Le taux d’humidité doit être alors énorme. La jungle autour de nous parait si vivace. Les plantes locales doivent bien aimer ce climat. Pour l’instant, je suis comme ces plantes. Je profite du moment. Cela ne me dérange pas plus que cela.

La montée est très longue et technique. Il y a beaucoup d’obstacles et des trous qui nous empêchent totalement de courir. Même marcher rapidement est difficile. On se croirait au fin fond de la guyane dans un camp d’entrainement de la légion étrangère. Ok. J’en fais peu être un peu trop. Mais dans les flashs de souvenirs qu’il me reste, c’était vraiment un passage très compliqué. Il y a beaucoup de hauteurs sur notre route. Par hauteurs, j’entends des différences de topographies tellement grandes que l’on est obligé d’utiliser nos bras et de prendre appui sur la végétation environnante pour avancer. A chaque grosse marche naturelle, il faut prendre appui et pousser très fort sur les cuisses pour réussir à se hisser et continuer à avancer. Je regarde de temps en temps devant moi. Je ne vois pas à plus de 10 mètres étant donné la densité de végétation. Les coureurs ne le sont plus vraiment. Nous sommes tous des grimpeurs actuellement.

Ce terrain m’est favorable. Bien qu’à l’entrainement, je ne me retrouve jamais dans ce type de situation, je suis très à l’aise. J’avance bien. En tout cas, j’avance plus vite que beaucoup de coureurs. Je double énormément de groupes que je laisse littéralement sur le carreau. Au trois quarts de la montée, je reconnais à nouveau le champion japonais. Je reste derrière lui une trentaine de secondes. Il est incroyablement régulier. Pas un pas, pas une foulée, pas un levé de jambe n’est plus rapide qu’un autre. Il n’y aucune variation dans sa manière d’avancer. C’est très certainement son habitude. Pas la mienne. Je lui lance un « ON THE LEFT ! ».. J’active mon pas. Trois foulées me suffisent pour lui passer devant. Je fais un petit signe de remerciement, car il a pris le temps de s’écarter un peu pour me laisser un espace de passage. Je ne me retourne pas. J’avance à mon rythme et très rapidement. Je me rends compte que j’ai mis de la distance entre nous deux. C’est complètement futile me direz-vous, mais je suis très fier à ce moment là. J’ai déposé un champion de trail sans effort particulier. C’est presque normal. Cela rend la fin de cette montée sèche plus motivante. Je continue à doubler.

Nous avons mis fin à la montée très dure. Le terrain est toujours pentu, mais nous pouvons accélérer la foulée maintenant. Il reste 3 km de pente un peu plus douce jusqu’au prochain ravitaillement. Je relance bien. Je commence à me retrouver seul de temps à autres. Je pense avoir doublé 25 coureurs dans la montée. Et maintenant que je suis sur le plat j’en double encore plus.

Nous sommes sortis de la jungle. C’est un peu plus dégagé dans ce coin. Il commence à faire plus froid, voir frais. J’approche du ravitaillement numéro 3.

 

 

(4) NOTRE DAME DE LA PAIX – Km 31.53 – Altitude 1565 m

Cumul D+ = 2071 m / Temps de course : 03 h 02 min 03 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 10 km / 1040 D+ 

Classement : 95ème. 

Je n’ai pas le moindre souvenir de ce ravitaillement. C’est atroce. J’ai beau chercher. J’ai beau me concentrer très fort. Aucune image ne me vient.

J’avais estimé faire la dernière section en un peu plus de 2h. Au final, je regarde ma montre, et j’ai mis 40 minutes de moins que prévu. Est-ce que j’ai sous-estimé mes capacités ? Ou est-ce que je suis en train de me cramer totalement et mettre en péril le reste de mon aventure ? Je n’en ai pas la moindre idée. Et puis je m’en tape. Je suis bien pour le moment. Je n’ai pas la sensation d’avoir déjà couru pendant 03 h et d’avoir fait plus de 30 km. J’ai l’impression que la course n’a pas réellement commencé. C’est étrange.

Je ne remplis pas encore une fois mon camelbag. Je me dis qu’avec l’humidité ambiante, je n’ai pas non plus besoin de trop boire. Ce sont 14 km et 756 de D+ qui m’attendent maintenant. Cela devrait passer sans.

J’ai à nouveau peu d’images de la portion suivante. En dénivelé absolu, nous grimpons encore. Mais ce n’est plus une montée sèche et unique. C’est un enchainement de nombreuses petites montées dans des monotraces, des plats de quelques dizaines de mètres et des descentes assez raides mais courtes. Nous jouons au grand jeu du cardio maintenant. L’alternance entre course sur le plat et en descente, suivi de marche rapide dans les montées peut jouer des tours. Pas à moi. Je suis au taquet. Je souffle légèrement plus fort qu’au commencement de la course. Mais je ne fais pas non plus un bruit de boeuf.

De temps en temps, le monotrace s’arrête et nous rejoignons des traverses de quelques centaines de mètres sur des chemins de 4×4. Avant de replonger sur du monotrace. J’ai le souvenir de passage assez dangereux d’ailleurs. Les monotraces sont en fait des bords de champs qui doivent servir aux vaches.

Qui dit vaches dit deux choses : Bouses et barbelés. Le premier B ne me pose pas temps de problème que cela. Je fais attention à ne pas glisser dedans. Je crois me souvenir avoir plongé le pied droit entièrement dedans lors d’une foulée trop engagée. Je me rappelle m’être dit « Pas de bol.. Rappelle toi absolument de ne pas lécher tes chaussures ou de les embrasser à la fin de la course. » Pourquoi le ferai-je ? Cela serait bétasse !

Le deuxième B.. de barbelés me pose plus de problèmes. Les monotraces sur lesquels nous sommes sont légèrement creusés. Un pas un peu trop dévié sur le côté et nous sommes certains de faire un écart. Je me reprends quelques fois. J’avance à une assez grande vitesse. Lorsque je fais un écart, je me retrouve à vive allure avec le coude qui passe à 20 cm des barbelés. A chaque fois, c’est un énorme flippe. Je me concentre énormément pour éviter le pire. Pourtant je l’imagine. Je m’imagine, loupant un virage, partant totalement dans le barbelé sans pouvoir l’éviter. Et j’imagine la souffrance provoquée par les déchirures d’abord de mes T-shirts puis de ma peau entaillée par ce démon métallique. J’ai peur. Concentre toi. Bordel. Concentre toi. Si tu fais attention, cela ne peut pas arriver. Pour rajouter de la semoule dans le couscous (paye ton expression en carton), j’ai rejoint un groupe de coureurs qui avancent super bien. Les gars relancent forts à la fin de chaque montée. Je reste avec eux. La vitesse moyenne du groupe est légèrement au dessus de ma zone de confort. Je ne m’essouffle pas, mais je suis obligé de me forcer à accélérer pour tenir l’allure. Les barbelés défilent encore plus vite à côté de moi.

Après la première bosse, je me rends compte que lorsque j’éclaire l’herbe sur le côté celle-ci est blanche. Comme s’il avait neigé. Est-ce une hallucination ? Est-ce un simple effet d’optique ? D’accord, il fait froid maintenant, mais cela ne peut pas être de la neige.

Je m’écarte lentement du sentier central pour courir dans l’herbe. Sur quelques foulées, je racle avec l’avant de ma chaussure l’herbe mi-haute. J’essaie d’estimer si c’est simplement trempé, ou si l’herbe est dure et gelée. Après quelques sensations de résistances à mes raclages, je fais le constat que c’est du gel. Plus nous avançons et plus ce gel est présent. D’abord, simplement l’herbe verte transformée en tapis blanc. Puis les touffes à mi-hauteur sont elles aussi très réfléchissantes dans le faisceau de la frontale. Et enfin, après encore quelques kilomètres de plus, les branches des arbres semblent figées. Ce n’est pas non plus l’hiver jurassique, mais c’est troublant. Je vous rappelle que quelques heures auparavant, j’étais tranquillou biloute entrain de courir au bord de l’océan indien, avec des supporters en maillots de bain, marcels et tongs aux pieds. Rentrer dans une phase totalement nouvelle de course me donne enfin l’impression d’avoir déjà parcouru un bon petit paquet de chemin.

Entre les champs réservés à nos amis à quatre pattes, nous arrivons de temps à autres à des barrières qu’il faut passer pour continuer notre chemin. J’ai le souvenir d’avoir passé 5 ou 6 de ces passages. Les uns semblables aux autres. Quatre petites barres métalliques ou en bois sur une échelle pour monter. Un palier sur le sommet et à nouveau quatre petites barres pour redescendre. Ces passages me permettent de respirer. Nous avançons à grande vitesse. Je me retrouve seul régulièrement.

En haut d’une de ces barrières, je prend le temps de regarder derrière moi. Je ne vois personne à 300 mètres au loin. L’envie un peu débile et très masculine d’uriner me vient. Me voilà, sortant mon ustensile, me tenant droit au sommet du passage faisant pipi et jouant avec la trajectoire du jet. Ah gah gah.. C’est con. Mais cela fait penser à autre chose. En tombant au sol, mon urine chaude fait fondre le gel sur l’herbe. Rapidement, de la fumée ressort de ce petit espace de quelques centimètres. On s’amuse bien. Hein ? .. Ce petit temps d’arrêt m’a refroidi. Je suis trempé et la fraicheur environnante a pris part de mon corps. J’enfile rapidement ma Salomon Bonatti pour garder la chaleur. Puis je reprends ma route. L’esprit et la vessie vide.

 

 

(5) NEZ DE BOEUF – Km 38.36 – Altitude 2040 m

Cumul D+ = 2406 m / Temps de course : 05 h 01 min 28 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 397 D+ 

Classement : 74ème. 

Bon. Autant vous prévenir tout de suite. Le premier ravitaillement dont je me rappelle c’est au kilomètre 65. Dans trois ravitaillements ^^. De toute façon, si vous avez déjà lu un de mes récits, vous savez comment je fonctionne. Je passe le moins de temps possible sous les tentes. Je remplis rapidement mes flasques d’eau. J’avale brièvement quelques petits trucs à grignoter et je file en direction de la sortie avec trois quartiers d’oranges et 3 ou 4 petit Lu. Sur les 200 ou 300 mètres suivants le ravitaillement, je grignote tranquillement ce que j’ai pris en prenant bien soin de garder mes épluchures avec moi.  J’ai gardé mes habitudes. La seule différence je pense se trouve dans le fait que je profite de chaque ravitaillement pour prendre des petits blocs de sucre dans lesquelles je croque et que j’avale rapidement. Sinon rien de nouveau. On ne change pas une équipe qui gagne hein.

Je regarde rapidement mon profil de course. Nous devons encore finir la montée afin d’atteindre le sommet de Piton Textor (je crois) et ensuite cela sera que de la descente qui semble douce jusqu’à Mare à Boue. Ce profil me convient parfaitement. Je ne suis pas encore rentré dans un mode de course séquencée. C’est à dire que je ne me donne pas encore comme objectif de simplement rejoindre le prochain ravitaillement. J’arrive à voir plus loin pour le moment. Le prochain ravitaillement, n’est qu’un point d’eau pour moi. Pas un but en soit.

Il fait froid dans cette dernière montée. S’arrêter même 3 minutes dans un ravitaillement et repartir au combat dans la nuit devient de plus en plus tranchant. Il est un peu plus de 3 h du mat’ je pense. Et à 3 h du mat’.. à 2300 m d’altitude. Ben c’est pas les tropiques, la piscine et la chaleur réunionnaise. C’est la nuit et il fait sacrément froid.

J’atteint seul le sommet rapidement. Pas grand monde derrière. Je repère assez loin devant quelques lumières. Je vais tenter d’envoyer un peu sur le début de la descente pour les rejoindre. J’ai rapidement un super rythme. Le début de la descente n’est pas vraiment uniforme et facile à courir. C’est de la vrai navigation, j’adore cela. Moi qui suit une sacré quiche en descente technique, là c’est parfait pour moi. Nous courons dans des rigoles. Il faut bien entendu faire très attention à ne pas faire d’écarts, au risque de voir la sanction des barbelés venir, mais cela se passe bien. Je prends beaucoup de plaisir dans cette partie. Je rejoins le groupe qui a accéléré lui aussi. Je vais rester un peu avec eux. Nous sommes 5 ou 6 coureurs. Cela faisait un moment que je ne mettais pas retrouver avec pas mal de monde comme cela.

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Après cette première partie de descente que j’ai adoré, je prends les commandes du groupe. La suite est plus cool et facile. Par cool et facile, j’entends simple et sans navigation. Cela en deviendrait presque monotone. On se croirait sur certaines sections de la CCC. C’est très roulant je trouve.

C’est la première fois depuis le début de la course que je cours pendant une vrai bonne durée sans m’arrêter ne serait-ce que 10 secondes. J’ai trouvé ma foulée de course. Légèrement moins rapide qu’à l’entrainement, mais je suis dans le haut de mon rythme. Les jambes basculent bien dans la pente qui est légère. Les seuls obstacles que l’on rencontre sont des espèces de rondins de bois placés en travers de la route qui forment des marches de peu de hauteurs. Je ne ressens pas les à-coups en descendant. Ces marches ne le sont pas en fait.

Même si je reste bien concentré afin de ne pas louper une fausse marche, je tourne ma tête de temps en temps vers la droite et vers la gauche. Ma frontale éclaire au loin. Je repère quelques vaches sur la droite. Je lance un vieux « Meuuuuuuuuuuuh » tout pourri. Pas de réponse. Je dois pas avoir l’accent.

La descente continue. J’ai le souvenir d’un sol particulièrement dur. Le gel a bien fait son travail pendant la nuit. Cela permet d’avancer vite, mais cela ne va pas être terrible pour les fibres musculaires des jambes qui vont se voir un peu traumatisées à la fin de celle-ci.

J’essaie de bien positionner mon corps face à la pente. Le point d’équilibre légèrement en avant. 3 à 5 cm devant mes jambes. Me pencher légèrement comme cela me donne de la vitesse. Au niveau des appuis j’essaie de toujours être bien sur le point le plus haut de la descente à tout moment. C’est difficile à décrire à l’écrit comme technique, mais en soit, si vous imaginez un sentier qui descend. Celui-ci n’est jamais vraiment plat sur la largeur. Il y a toujours un endroit qui est légèrement plus élevé que les autres. Par habitude, j’ai repéré que c’était souvent l’endroit où lors de la montée, les personnes passent peu dessus. Etre toujours lègérement en hauteur me permet de garder mon équilibre tout en étant bien dynamique. Enfin je fais bien attention à ne pas attaquer du talon. Je ne veux pas trop traumatiser mes genoux, mes cuisses et surtout mon dos. Je ne suis pas encore un grand descendeur et c’est toujours mon vrai point faible. Mais vous voyez bien que je fais beaucoup d’efforts pour passer au mieux ce genre de passage.

Le sol était dur. Et bien maintenant, il va l’être encore plus. Nous rejoignons une route tout en bitume. C’est d’un coup beaucoup moins agréable. Cela me rappelle mon entrainement dans la petite côte de Saint Maurice. Je me débrouille bien dans ce genre de passage maintenant. Mais clairement, c’est pas ce que je préfère.

Nous avançons vite. Je ne slalome pas sur la route. Je remarque même que je commence à aller chercher l’intérieur dans chaque virage. C’est ridicule. Mais dans ma tête je me dis « Pourquoi faire quelques centimètres en plus, si je peux gagner du temps en coupant tel Schumacher dans les épingles.. ». Je me prends au jeu. Si bien qu’au bout d’un moment, je relève la tête car j’ai l’impression de n’avoir pas vu de ruban de balisage depuis un bon moment. Je continue une bonne centaine de mètres. Pas de trace de ruban. Je me retourne vers les deux coureurs qui sont avec moi. Ils hésitent aussi. Notre vision est bien dégagée à cet endroit. Nous lançons les faisceaux de nos frontales dans la descente devant nous. Pas de traces de rubans.

Arrêt d’urgence…….. Aie, cela heurte les cuisses de s’arrêter comme cela. Nous faisons demi-tour et remontons la route en courant. Après 50 mètres je repère une lumière au loin sur ma gauche. Ca doit être par là bas. Nous remontons encore et croisons un réunionnais. Il connait par coeur la route. Il nous montre du doigt un ruban que nous n’avions pas vu. Il fallait sortir de la route sur la droite pour rejoindre un chemin qui passe juste au dessus. Franchement. Heureusement que nous nous en sommes rendu compte de notre erreur assez vite. J’aurais été dégouté de faire trop de kilomètres en plus à cause d’un petit passage mal balisé.

Nous reprenons notre course en descente sur le chemin. Qui finit lui même par couper une route en asphalte que nous rejoignons. Cette route va nous mener droit jusqu’au ravitaillement de Mare à boue.

Je ne connais toujours pas mon classement à ce moment de la course. Etant donné que j’ai du doubler seulement huit ou neuf personnes depuis le Nez de Boeuf, je pense que je suis à l’avant. Vers la 160ème place.

 

 

(6) MARE A BOUE – Km 48.69 – Altitude 1594 m

Cumul D+ = 2446 m / Temps de course : 06 h 10 min 20 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 10 km / 54 D+ 

Classement : 65ème. 

En entrant de le ravitaillement, on me donne mon classement.  » Tu es 65ème petit ! ». J’hallucine complètement. Je tape sur le TOP 100 à l’aise de la Diagonale Des Fous. Okay, j’ai l’impression d’avoir bien avancé, mais quand même. Je n’ai pas non plus forcé mon savoir faire. Je n’ai pas tapé dans mes réserves. J’ai fait pas loin de 50 km et j’en ai encore pas mal sous le pied. Je suis intégralement envahi par un sentiment de puissance. Je reviens vite à la raison en me disant.. attend Coco. Ok. C’est top. Tu pourras dire à tes enfants plus tard « Tu sais Papa il a été dans le top 100 de la Diagonale des Fous.. Who’s your Daddy ?! « .. Mais ça serait quand même mieux de pouvoir dire qu’il a terminé ensuite la course. Je n’ai même pas encore fait le tiers de ce que je dois effectuer. Cela fait plus de 6 h que je cours, et je il me reste 115 km à faire. Concentre toi !

Le ravitaillement était vide à mon arrivée. Nous sommes maintenant trois dedans. Aucun coureur ne nous a rejoint en plus. En repartant de celui-ci, je jette un coup d’oeil. Pas de trace d’autres coureurs qui arrivent. C’est dingue. Je ne pensais pas avoir aussi bien descendu que cela la précédente partie.

Maintenant direction la Mare à Joseph. Ca va être totalement autre chose. Un bon gros 700 D+ qui nous attend avant de plonger en direction de CILAOS, là ou m’attend mon premier sac assistance.

Je n’ai pas de souvenir du début de la montée. D’après le profil de course, cela monte légèrement pour finir en apothéose avec de la montée bien rude comme on aime. Avant de quitter le ravitaillement, j’ai vu que d’après mes calculs je devais faire cette section de 12 km en un peu plus de 2h30. Ca risque d’être un peu long. Mais au moins, au prochain ravitaillement, il fera jour.

J’ai un trou de mémoire d’une grosse heure. Impossible de me rappeler du moindre souvenir. Ma mémoire revient simplement lorsque nous attaquons le dur de la montée. Le jour s’est bien levé. Le soleil va bientôt piquer le bout de son nez. Nous sommes au dessus d’une mer de nuage. De temps en temps, je prends quelques secondes pour la regarder. C’est magistral.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

(Je crois que cette photo et la suivante sont en faite plus loin dans le parcours, mais dans ma tête nous avons passé ce genre d’endroit à ce moment là). 

Nous avançons dans une végétation qui est à hauteur de coureur. 2 mètres de haut. Pas plus. Ceci permet à la lumière du jour d’éclairer de plus en plus notre chemin. D’ailleurs ce n’est pas vraiment un chemin. Ni un sentier. C’est une sorte de tranchée tout en rochers qui fend la nature en deux. On se sent tout petit à ce moment là.

Je ne connais pas cette végétation. C’est la première fois pour moi que je découvre un tel paysage. L’instant est magique. Il va devenir fabuleux. En 10 secondes, le soleil est sorti de l’épaisse couche de nuages que nous surplombons. La lumière est rose, violette et légèrement orange. Rasante. Elle éclaire les mollets du coureur devant moi. Je lui dis. « Retourne toi. Retourne toi deux secondes ! ». Il prend appui sur le haut d’un rocher. S’arrête et se retourne. Il ne prononce aucun mot, mais pourtant j’entends distinctement un « Ah ouais. Quand même. » J’en profite pour me retourner aussi. Le point de vu est hallucinant. Nous sommes dans le premier tiers de la montée mais nous sommes assez haut pour être au dessus de la végétation. La mer de nuage est laitaise. Accrochée à une altitude fixe. Certains sommets dépassent légèrement de celle-ci en face de nous. Au loin, le soleil monte. il parait si proche. Un peu comme s’il n’était là que pour nous. Avec le paysage que je verrai plus tard depuis le Taïbit. C’est LE PLUS BEAU moment visuellement parlant de ma course.

Pas le temps de nous arrêter faire de photos. C’est dommage. Mais j’ai cette vision profondément enregistrée en moi. Pas besoin d’un iPhone pour m’en rappeler. Le soleil commence à faire son boulot. Il réchauffe nos corps refroidis par la nuit. Nous sommes maintenant 5 ou 6 coureurs bien rassemblés. Nous montons ensemble dans cette partie très très technique. Le passage est formé par de gros rochers, sur lesquels il faut prendre appui et rebondir pour atteindre les suivants. Je dois utiliser mes mains de temps en temps. Lorsque je le fais, je prend le temps de bien laisser ma pomme capter la fraicheur de la pierre. C’est électrisant. Nous continuons de monter en zig zag dans cette pente qui est pourtant assez droite. Le souffle n’est pas court. Je n’ai pas l’impression d’atteindre 2400 m d’altitude.

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(Crédit Photo : https://damiencloarec.com/)

Le seul bémol est que je commence à être à court d’eau. Le ravitaillement ne doit être plus qu’à 1.5 km maintenant. Mais je suis à sec. Cela fait bien 2 h que nous avons quitté Mare à Boue. Le litre est rapidement parti. Il faudra que je fasse plus attention par la suite. Je me dis aussi qu’il va falloir penser à remplir le camelbag maintenant.

Le sommet est presque atteint. Nous passons les fameuses échelles de la forêt de Duvernay. Une simple échelle métallique qui descend droit avec 8 barres assez glissantes. J’ai une petite pensée pour ZinZin reporter qui les a si bien montrées dans ses vidéos.

Le ravitaillement est légèrement plus bas. Dans la descente. Et quelle descente ! Je vous en parlerai après le prochain ravitaillement. Mais imaginez vous avoir monté une montagne très haute en altitude et d’un coup d’un seul devoir redescendre par une face presque à pique. Les jambes ne sont pas prêtes pour faire cela. C’est comme à l’école quand on sort d’un cours d’anglais et qu’on enchaine avec un cours d’Espagnol. Vous pouvez être sûres qu’à chaque fois que vous allez prendre la parole vous allez dire « So….. ». Là, c’est pareil. Le corps est désorienté. Heureusement que le ravitaillement vient rapidement couper ce changement d’univers.

 

 

(7) MARE A JOSEPH – Km 61.27 – Altitude 1401 m

Cumul D+ = 3150 m / Temps de course : 08 h 28 min 23 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 12 km / 700 D+ 

Classement : 57ème. 

A vrai dire. Je pense que je confonds. En regardant le profil et le descriptif de la course. J’ai l’impression que le ravitaillement était après la pire descente de toute ma vie. Pourtant, dans ma tête j’ai plutôt le souvenir que nous avons eu un ravitaillement puis que nous avons fait la descente. Bon. Etant donné que c’est mon récit. Que c’est moi qui raconte. Ben, vous aurez ma version. C’est très certainement la fausse. Mais c’est pas grave.

Au ravitaillement, je ne perds pas de temps. Je range la PETZL dans le sac. Le fait que la batterie ait tenu sans me lâcher pendant 7 h me fait plaisir. Je pense que la stratégie de ne pas trop l’allumer depuis le départ à jouer. Il fait complètement jour maintenant. Mes yeux se sont bien habitués à la lumière. J’ai un peu la sensation de sortir du métro, mais ça va vite s’arranger. La température est douce. Il fait même plutôt bon. Le soleil a bien réchauffé l’atmosphère et m’a fait quitter la sensation d’engourdissement que je commençais à ressentir sur la fin de la nuit.

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Je quitte le ravitaillement et nous attaquons donc la descente. (Bon.. plus j’écris.. plus je me dis que le ravitaillement était après la descente.. mais c’est pas grave). Nous voici donc dans du bon gros dénivelé négatif comme je n’aime pas.

Imaginez être à aqualand. En haut d’un toboggan qui descend tout droit. Imaginez vous maintenant entrain de courir dessus. Ajouter à cela des rochers, des marches de 60 cm de haut, des racines grosses comme mes cuisses et enfin un terrain en dévert’. Vous y êtes. J’y étais aussi. Qu’est ce que c’est technique. Qu’est ce que c’est difficile. A chaque pas, vous faites en réalité une petite chute. C’est très traumatisant pour les cuisses. Je commence à me faire doubler. Je n’arrive pas à comprendre comment les gens font. C’est inconcevable pour moi de prendre de la vitesse dans ce genre d’endroit. C’est tellement dangereux. Si un crampon de mes chaussures s’agrippe en dépassant un obstacle, c’est la lourde chute assurée.

La descente continue comme elle a commencé. Cela fait 15 minutes et c’est déjà interminable. Il faut souvent sauter, parfois se freiner au maximum pour chercher un angle de passage entre trois rochers. C’est violent. C’est cruel. C’est le trail. Le vrai.

En franchissant un gros rocher, je prends de la vitesse, je suis obligé d’accélérer mes deux prochains appuis pour ne pas terminé dans le ravin. Sur le premier appui, pas de problème. Sur le second, mon pied glisse sur le côté extérieur de la chaussure. Je ne peux me rattraper avec mes mains. Je tente alors de me lancer légèrement en arrière afin de ne pas tomber tête en avant. Joli 180. ET BIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIM. Je chute pour la première fois, très brutalement sur la fesse gauche directement sur un rocher.

Je m’arrête une seconde de respirer pour estimer ma douleur. C’est bien piquant. Mais je pense que le sciatique n’a pas pris de décharge. Je me relève. J’ai la sensation d’avoir pris une bonne béquille (excusez la prochaine expression) dans le cul.. et comme vous vous en doutez. Ce n’est pas bien agréable. Le coureur devant moi s’est arrêté en m’entendant tombé. Il me demande si ça va. Je lui dis que ça va le faire. Je repars. Plus lentement encore. Surtout plus prudemment. Cette première chute sans trop de gravité m’a servi d’alerte. (Ps : Trois jours plus tard, j’ai un bleu.. Que dis-je un noir/jaune/vert sur la fesse gauche d’une bonne quinzaine de centimètres de diamètre. C’est MA-GNI-FAI-QUE mon chéri !).

Je suis prudent maintenant. Je m’arrête presque quand l’obstacle est trop dangereux. Je me fais à nouveau doubler. Mais comment font-ils. Je tente d’accrocher le coureur qui me devance maintenant. J’ai du mal à tenir son rythme. C’est dangereux. D’un coup, le raideur dévise. Et FLAAAAAN. Sur la cuisse. Je m’arrête et l’aide à se relever. Il s’est bien défoncé aussi. On rigole ensemble. L’air de dire.. Mais c’est quoi ce bordel. C’était pas marqué dans le roadbook qu’on allait se prendre des gamelles pourtant.. remboursé !

Un peu plus tard, j’entends une autre chute un peu plus haut. Décidément, cela n’arrête pas. J’émets la théorie que le sol est aimanté. Cela fait bien rire le mec devant moi. Le temps de rigoler et nous croisons un coureur complètement à l’arrêt. Il semble blessé. Nous lui demandons si cela va. Il nous répond « Entorse ! ».. Je lui demande s’il veut de l’aide pour descendre. Il me dit que c’est bon. Il va finir la descente doucement. Je prends alors conscience qu’à tout moment ma course peut s’arrêter. Je dois faire absolument attention. Cela serait triste d’arrêter maintenant après un début de course si réussie.

La dernière partie de la descente est moins accidentés. Le passage ressemble plus à un monotrace à peu près normal (c’est à dire sans rocher de 50 cm de haut au milieu tous les 40 cm). Nous alternons les ZigZag pour descendre. C’est comme dans les virages alpins pour monter ou descendre à Val Thorens. Un petit goût de rallye WRC. Sans frein à main.. ni amortisseur derniers cris.

Les virages serrés à 180° sont l’occasion de freiner et de relancer. De temps en temps ces virages sont remplacés par des petits escaliers métalliques. Il y a même une petite barrière pour se tenir. Ce n’est plus les marches de 60 cm de haut que l’on a connu sur la première section. D’ailleurs franchement. Qui est le con qui c’est dit que faire des marches de 60 cm était une bonne idée. Je suis pas ingénieur, loin de là. Mais étant donné que la taille moyenne d’un humain doit être autour de 165 cm. Les genoux ne doivent que rarement dépassés les 50 cm du sol. Est-ce que c’est vraiment logique de faire des marches aussi grandes. Les gens doivent être très grands dans la région, c’est pas possible. Ou sinon autre possibilité. Les mecs qui ont posé  les marches avait du retard sur le chantier. Et à la place de faire des marches de 20 cm, le chef de chantier s’est dit « Bon les mecs, il nous reste 3 ans à la place de 9 pour finir la portion haute. Je vous propose qu’on se casse pas trop le cul.. et qu’on ne fasse que des marches de 60 cm.. Les passants ne remarquerons rien.. vous verrez ! ».. ESCROCS ^^

Je m’amuse dans les virages sur la dernière partie. C’est déjà un peu plus à mon goût. Bon je m’amuse un peu trop d’ailleurs. Dans un virage à 150° sur la droite, je prends la courbe un peu trop à l’extérieur. Mon pied chasse dans la pente. C’est déjà trop tard. I’m fucked ! Me dis-je. Je crois me souvenir que j’ai du faire un bruit du style  » Ooooh .. Oooh .. Ohhhhhhh PUTIIIIIIIIIIIN !  » Tout en tentant de m’accrocher aux arbres présents dans le précipice. Ma chute s’arrête deux mètres sous le sentier. A vrai dire, je ne me suis pas fait mal. Juste je me suis fait très peur. Sans les arbres, je pense que je partais droit dans le vide. Assez flippant. Deux coureurs qui déboulent d’un peu plus haut m’ont vu. Ils s’arrêtent et m’aident à remonter. Je leur lance un « Merci les gars ». Je ne sais pas pourquoi je suis mort de rire. Je repars en courant, en leur faisant signe et en disant « Allez.. c’est repartiiiiiiiiii HiiiiHaaaa ! » (tout en imitant la voix d’un conducteur de manège à la foire du trône). Je pense qu’ils m’ont pris pour un taré.

Je finis la descente avec un coureur nord européen. Danois je pense. On débriefe ensemble la descente en anglais. Je n’ai pas trop de vocabulaire technique de course en anglais. Par contre, niveau vocabulaire de la peur, je suis armé.. Et vas-y que c’était dangerous, hazardous, insecure, perilous, precarious, risky ! Mon ami Danois (qui n’est l’est très certainement pas) semble être d’accord avec moi. Nous rejoignons la route, Maintenant nous fonçons vers Cialos. Cela fait du bien de recourir sur du plat. Nous avons même le droit à un peu de bitume. C’est agréable. Je crois avoir le souvenir que j’ai tellement accéléré que j’ai lâché mon collègue. D’après ma montre, j’ai la meilleur allure de toute ma course sur ce segment là. Proche du 4 min au km.

Si je ne me trompe pas, nous sommes accueillis dans les rues de Cilaos par des danseuses. Je prends un petit moment pour danser avec elles. C’est super cool. Elles sont en tenues locales (je pense), c’est très coloré. Cela change des mecs avec leur veste fluo avec lesquels j’ai passé mes 9 dernières heures. Il y a pas mal de foule. Je suis frais. Je recommence à applaudir la foule qui me le rend bien.

Ayé. Le premier point d’assistance est là. Je le vois. Je rentre sur le stade en courant. Je suis sur une piste de course. Cela ne m’arrive jamais. J’accélère comme un fou dans le virage. Cela rebondit presque. Je crâne un peu. Je finis mes petits bonds au niveau d’une tente. J’y repère les sacs assistances. Je vais pouvoir faire les changements de matériels nécessaires.

 

(8) CILAOS – Km 65.40 – Altitude 1210 m

Cumul D+ = 3256 m / Temps de course : 09 h 01 min 46 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 4 km / 110 D+ 

Classement : 54ème.

Une immense tente est placée au milieu du stade. Sur la pelouse. Il y a deux coureurs déjà installés. Le premier debout attend son sac. Le second assis, d’une quarantaine d’années est en train de se changer. Il semble déjà bien fatigué. Je donne mon numéro de dossard au bénévole. Il se retourne et récupère mon sac d’assistance dans le tas de sacs présents.

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Crédit photo : Réunion 1ère sur Facebook.

On me propose de m’assoir. Et puis quoi encore ? Vous avez pas un cocktail de fruits, une paille et un cupcake ?.. Je m’énerve un peu sur le noeud fait pour fermer mon sac. Mes mains tremblent et sont humides. J’ai du mal à défaire le tout et à l’ouvrir. Un des bénévoles m’aide.

Je commence tout d’abord par récupérer ma réserve de gels et de pâtes de fruits. Sur la première partie de course, je me suis forcé à en prendre un avant chaque grosse difficulté. Niveau gel, je suis équipé en deux types : Des gels GU que je prends 5 minutes avant les montées ou à mi-hauteur et les gels Overstim fruits rouges qui me donne un sacré coup de fouet lorsqu’il faut relancer. Je dispose 4 gels GU dans mes deux poches latérales et 2 gels coup de fouet.

J’enchaine ma petite logistique en enlevant la batterie de ma NAO et en récupérant une batterie neuve. Niveau fringue, je ne change pas. Je suis plutôt bien dans mes affaires depuis le début. Je n’ai pas l’impression de puer la mort. Cela devrait encore tenir sur les 60 prochains kilomètres jusqu’à Sans Soucis. Avant de rendre mon sac, je sors une batterie mobile ainsi que le fil pour recharger ma montre. Elle est à 40 %. Je vais tenter de la remonter à 100 % lors de la prochaine heure.

Je discute avec le bénévole assis à la table. Nous parlons des premiers qui sont passés depuis un bon moment maintenant. Il me dit que je parais autant en forme qu’eux. Cela me ravit. J’explique alors qu’au dernier pointage que je connais, j’étais dans les 65 au classement. Le coureur assis derrière moi me dit :  » Tu dois être beaucoup mieux maintenant. Moi je suis 35ème à l’entrée de CILAOS.. Tu dois être pas loin de 40″. Cela me laisse songeur. Entre temps, un caméraman s’est rapproché de moi, et me fait une petite interview. (D’ailleurs, si tu te reconnais, je veux bien récupérer la vidéo). Tout en finissant d’ajuster mon sac Salomon, je lui réponds que si je suis pas loin des 40 alors je vais repartir vite. Ce que je fais. Je n’accroche pas mon sac entièrement et je file.

En sortant du stade, je regarde sur la droite. Il y a 4 ou 5 coureurs en pleine assistance personnelle assis sur le bord. Nous nous regardons de manière amicale. Je m’arrête un peu plus loin au niveau du ravitaillement. Je prends uniquement 3 petits cubes de sucre et je me recharge en eau. Un des bénévoles me montre au loin le trajet que nous allons emprunter pour sortir du cirque de Cilaos. Il me montre très précisément le col du Taïbit. Cela me parait être un sacré morceau vu d’ici. Je décide alors de remplir mon camelbag d’un bon litre d’eau en plus de mes flasques. On ne sait jamais. Et vu la chaleur que l’on se tape maintenant. Je pense que cela va mettre utile. Une des filles présente derrière le stand me demande alors : »Mais tu as quel âge ? ».. je réponds « 25 ans.. mais j’en fais 14.. je sais ! ». Elle sourit. « Effectivement ! Courage à toi ». Sur les 14 prochains ravitos. On me demandera mon âge à chaque fois. Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes qui participent à ce grand délire.

Je repars du ravitaillement. Dans ma main gauche, je tiens la batterie mobile reliée tout droit à ma Garmin. Coup de chance. Mon pote le danois repart en même temps que moi. Nous discutons un peu. Il semble plutôt frais. Mon sac est bien rempli. Il ne me gène pas, mais c’est la première fois depuis un moment que je sens réellement un poids conséquent tirant sur mes épaules. Je tate l’arrière de mon sac avec ma main droite afin de voir si tout est bien en place. Quel con. J’ai oublié de déposer la casquette sahara du Grand Raid. Pas le temps de faire demi-tour. Je vais devoir encore me la trimballer pendant 60 km pour rien.

J’ai mal regardé mon profil. Je pensais que nous allions attaquer de la montée directement. Ce n’est pas le cas. Nous devons tout d’abord descendre au fond du cirque. L’altitude sera alors uniquement de 920 m. La descente est assez simple. Le monotrace est bien formé. Aucun risque de se faire mal. Nous envoyons bien avec mon pote le danois. J’entends fréquemment les hélicoptères nous passer dessus. J’essaie de les repérer afin de faire un sourire à la caméra.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

Nous traversons une première rivière. Il faut sauter de cailloux en cailloux pour ne pas risquer de plonger une jambe dans l’eau. Au milieu de la rivière, je m’arrête. Je décide de lancer ma casquette dans l’eau afin de me rafraichir un peu. L’eau glisse sur mes cheveux et me goutte dessus. Cette fraicheur toute naturelle m’est particulièrement agréable. J’oublis pendant un instant la chaleur folle qui nous cuit depuis 30 minutes.

Nous remontons de la rivière et longeons le flan de montagne sur un monotrace toujours aussi praticable. Les seuls risques sont dans les tournants. Nous arrivons à fond dedans, et ils sont généralement bien fournis en gros rochers. Généralement, je suis 2 mètres derrière mon collègue sur les portions roulantes et je laisse un peu d’espace dans les virages pour éviter tout freinage intempestif. Après une accélération forte sur un passage roulant, s’offre à nous un gros virage sur la gauche à 180°. Ma course va basculer.

Je tape du pied droit un premier rocher. Ce choc me destabilise complètement. J’ai toujours ma batterie mobile dans ma main gauche. Impossible de me rattraper en lançant mon bras devant moi. Je chute lourdement au sol sur mon flan droit un gros mètre plus bas. Aiiiiiiie. C’est mon genou qui a tapé en premier. Et sur un rocher bien bondé et coupant. Je reste au sol.

La seconde que je passe allongé, le bras droit coincé dans le dos, dure 1 minute dans ma tête. Je réfléchis. J’essaie de savoir si cela va. Je suis complètement secoué. Je sens que j’ai mal à l’épaule, à la tempe, et je sens surtout que mon genou est engourdi. Le coureur danois s’est arrêté en m’entendant tombé. Il remonte vers moi en me demande si tout va bien. Il m’aide à me relever. Nous regardons tous les deux mon genou. Puis il me regarde dans les yeux l’air de dire « Pas de bol ! ». Je respire un grand coup. Je suis debout. Je frappe le sol du pied droit. Mon genou est très douloureux, mais je sens que je peux continuer à avancer. Je ne veux pas faire perdre de temps à mon ami. Je lui dit : « Ok. Let’s go. Keep Running. I’m OK ». Il repart.

(Photos à l’arrivée – clairement ça a eu le temps de bien cicatriser)

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Je redémarre tout doucement. Je teste de voir si cela tient. 100 mètres de presque plat m’aident à cela. J’arrive à nouveau à un virage sur la gauche identique à celui de ma chute. Je le passe précautionneusement. Easy. C’est passé. J’ai conjuré le sort.

Le danois m’a rapidement distancé. J’ai repris un peu d’allure mais ce n’est pas ça non plus. Je pense énormément à ma chute, à ma course, aux kilomètres qu’il reste à faire. Je me dis que c’est ça aussi la course. Que ce n’est pas la faute au destin. C’est normal. Cela fait parti de l’épreuve. S’il n’y avait pas des moments comme cela, cela ne serait pas le grand raid. Je suis venu pour cela bordel. Je regarde à nouveau mon genou. Mon sang coule sur ma jambe qui est maintenant rouge et très poussiéreuse. Je m’arrêterais bien 2 minutes pour nettoyer tout cela avec l’eau de mes flasques.

Coup de chance, nous arrivons à nouveau à un passage de rivière. Le danois est entrain de remplir sa casquette d’eau. Je prends un peu de temps pour m’enlever la poussière sur l’épaule, et la terre que j’ai sur les bras et dans les mains. Je fais bien attention à ne pas mettre d’eau de la rivière sur ma blessure. Je nettoie rapidement cela avec l’eau de mes flasques. Cela me fera moins d’eau pour la montée qui m’attend, mais ce n’est pas dramatique.

Nous repartons. J’arrive presque à tenir l’allure de mon ami. Je fais complètement abstraction de ce qu’il m’ait arrivé. Lorsque la réalité est dure.. cruelle.. on essaie d’en échapper. Toujours. On l’affronte un temps. Et peu importe si on gagne ou pas l’ascendant psychologique, humainement, le réflexe est d’en échapper. C’est très intéressant de voir comment notre imaginaire peut être sélectif. Il pourrait convertir ce genre de situation dans un état de stress des plus complets, pourtant il arrive à l’occulter. J’adore ce genre de moment. Cela me rend plus fort. J’ai mal. Très mal. Mais je vais si bien. Je suis si vivant.

J’ai repris mon rythme. Je suis légèrement moins rapide qu’avant mais j’avance plutôt pas trop mal quand même. Nous croisons une route bitumée. J’accélère. Je double même mon petit danois. Au loin, je repère un quad qui fonce dans notre sens. Je me dis que c’est une caméra de la course. Je vais pouvoir faire un joli sourire. Je me concentre sur la beauté de ma foulée. Arrivé à mon niveau, je comprends qu’il n’y a pas de caméra, lorsque je vois le champion japonais descendre du quad et repartir dans le sens inverse. Cela fait 300 mètres que j’ai loupé le chemin que nous devions prendre. Je fais demi tour et je suis le champion japonais. Rapidement, il me sème. C’est un vrai métronome ce bonhomme. Assez incroyable.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

(Photo prise à autre moment. Mais il s’agit bien de ce bonhomme :D)

Maintenant, nous sommes dans la montée. La vrai. La dure. Celle qui s’avale uniquement avec de la labeur et de la volonté. Je n’ai plus d’eau. J’espère que le prochain ravitaillement n’est pas loin. Je regarde mon profil. Je comprends vite que nous sommes à 1500 m du prochain. Par contre, il est très certainement 300 m D+ au dessus de nous. Je ne réfléchis plus. J’avance. Le décor est tout simplement magnifique à ce moment là. Ayant repris un peu de hauteur, nous voyons de temps en temps le cirque de Cilaos qui s’offre à nous sur notre droite. Je n’ai rarement vu quelque chose d’aussi majestueux. C’est un paysage de carte postale. Le décor permet de m’évader de la difficulté de la montée.

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Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

Je ne pense même plus à ma chute. Je monte au mental. Droit dedans. Je regarde ma montre. Je suis à 71 km et pas loin de 10 h de course. Je suis épaté par moi même. Ma fierté m’aide à continuer. Plus nous montons, plus la chaleur s’accentue. Il n’y a pas d’air, pas de vent. Je sue énormément. Je suis complètement trempé par la sueur. La dernière centaine de millilitres d’eau dont je dispose me permet de me refroidir la nuque. Je suis à nouveau seul. Je sens que le ravitaillement est proche. J’ai entendu un scooter ou une moto passer dans un virage juste avant. Ca va le faire bonhomme tient bon.

 

 

(9) DEBUT TAÏBIT – Km 72.03 – Altitude 1280 m

Cumul D+ = 3753 m / Temps de course : 10 h 19 min 19 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 454 D+ 

Classement : 45ème. 

J’arrive bien éreinté au ravitaillement. Les bénévoles repère rapidement que j’ai le regard un peu vide, et que je suis plein de terre. Une médecin s’approche de moi et regarde mon genou. Elle me propose de m’assoir pour me désinfecter. Je refuse poliment.  Elle me dit de faire tout de même attention à ne pas choper une maladie locale un peu bizarre. Je lui promets de faire très attention en passant les rivières. Elle respecte mon choix. C’est agréable.

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Je remplis entièrement mes deux flasques et fait mettre un bon litre d’eau dans le camelbag. Je ne veux absolument pas être en rade d’eau dans la montée du Taïbit. Le ciel est dégagé d’arbres au niveau du ravitaillement, j’arrive à voir que les sommets du coin sont relativement proche en distance, mais très éloignés en terme de dénivelé. Ca va être dantesque !

Avant de repartir. Je presse 4 bouts d’orange dans ma bouche. La fraicheur du fruit, et le gout de la fructose me font énormément de bien. Je pioche une poignée de saucissons que j’avale instantanément et je pique un Mars que je glisse dans ma poche. Je me retourne. Je regarde pendant 2 secondes la suite du chemin. Ca commence fort. Un escalier se dresse devant moi. Celui-ci semble nous faire gravir 20 mètres de dénivelé en à peine une centaine de mètres de distance. Le défi m’attire. Je crie mes remerciements aux bénévoles et les applaudis en partant dedans. La vingtaine de personnes présentes m’applaudissent et m’encouragent. C’est tout ce dont j’avais besoin. Je suis ressourcé. Je repars dans la course avec énormément de motivation.

Je ne me souviens pas bien de la montée. Tout ce dont je me rappelle c’est que j’y suis allé avec mes tripes. Les cuisses chauffent rapidement et nous supplient de s’arrêter. Il faut faire abstraction des signaux physiques et avancer au mental. Je suis plutôt à l’aise à cet exercice. La plus grande difficulté est le soleil qui tape sur les épaules, dans le dos et sur la tête. Je perds énormément d’eau. Rapidement mon corps est trempé. Je fais très attention à bien boire régulièrement. Deux gorgés. Pas plus. Par contre des grandes gorgées qui alimente mon corps. J’ai besoin de prendre des grandes gorgées. C’est presque psychologique. Si je sens que cela passe dans ma gorge et que cela prend du temps, j’ai l’impression d’avoir assez bu. Par contre, en prenant pleins de petites gorgée, je donne l’impression à mon corps que je ne l’alimente pas. C’est un peu louche, pas très legit’. Mais cela fonctionne. Que demande le peuple ?!

Au niveau du tiers ou de la moitié de la montée je dirais, j’ai déjà rattrapé 1 coureur et j’ai rejoins mon ami le danois. Décidément, on ne se lache pas. Après de nombreux escaliers interminables, nous arrivons ensemble dans un endroit complètement lunaire.

Dans la forêt, au milieu de nulle part, nous tombons sur une espèce de cabane à droite du sentier. Il y a plusieurs personnes qui nous attendent. Je repère très rapidement, le chef de la meute. Il s’agit d’un homme, assez grand, déguisé en chevalier du roi, voir en roi Dagobert. D’ailleurs je l’appelle ainsi.

Je connais en réalité cet endroit. Je l’ai découvert dans une des vidéos de Zinzin reporter (alias Denis Clerc). Effectivement, c’est quelque chose. Le roi Dagobert, nous propose un peu d’eau et des tisanes magiques. Autant vous dire que le coup de la tisane magique, je vais éviter. Par contre, le tuyau qui laisse couler un large filet d’eau me fait rêver. J’attends que mon danois finisse de s’arroser et je plonge ma tête dessous. J’y reste une vingtaine de secondes. Cela peut paraitre court comme cela, mais pour moi cela à durer bien 10 minutes dans ma tête. J’apprécie silencieusement le liquide qui coule sur mon crâne, glisse sur ma nuque, rentre sous mes omoplates et fuie sur mes côtes. C’est génial. Je sors ma tête de là. Remets ma casquette. Je goutte. Je repars en direction du chemin en tapant dans la main d’un enfant présent. Je remercie le roi. Il me dit « Repassez quand vous voulez.. ». Sans m’arrêter je lui dis « Alors.. là.. c’est pas prévu dans les jours à venir.. mais un jour qui sait ! Allez Tchao mon roi ! ».

Je prends mon temps après cet arrêt qui m’a enchanté. Je suis seul. Je continue mon ascension sans forcer. Escalier par escalier. Enchainement de rochers par enchainement de rochers. Non pas que je ne peux plus avancer rapidement. Mais je profite du moment.

Ce long moment est comme un werther’s original. Au début cela n’a pas trop de gout. Rapidement, le gout se répand et l’on meurt d’envie de croquer dedans. Si on le fait, le plaisir est intense mais disparait vite. Le mieux, si on souhaite en profiter à fond, c’est de le sucer lentement. D’aspirer de temps à autre le liquide qu’il laisse échapper. Jusqu’à ce que le bonbon soit très fin. De plus en plus fin. Cela prend pas mal de temps. A la fin, à la toute fin, le bonbon est une fine couche. Presque aussi fine qu’une feuille de papier. Il faut alors un dernier coup de langue pour plaquer la feuille sur son palais et le laisser disparaitre. C’est à cette vitesse que je termine de monter les 850 D+ du Taïbit. C’était succulent !

Les marches de la montée m’ont bien cassé les cuisses. Je n’ai plus un rythme de coureur. La bascule dans Marla est d’autant plus difficile. Nous redescendant très légèrement jusqu’à atteindre le ravitaillement.

 

 

(10) MARLA – Km 77.93 – Altitude 1580 m

Cumul D+ = 4572 m / Temps de course : 11 h 57 min 54 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 842 D+ 

Classement : 47ème. 

A ce stade de la course. Je suis très précisément à la moitié du parcours. 12 h pour faire la moitié du parcours. Je m’épate. Je sais très bien que la suite va être totalement différente. Je n’aurais pas du tout le même rythme, je vais mettre des heures à faire quelques kilomètres, là où j’avalais ça rapidement auparavant, mais cela ne me fait pas peur.

50 % de fait.. cela ne laisse que 50 % à faire. Chaque pas de plus vers l’avant est un pas de moins à faire faire l’arrivée maintenant. A vrai dire, je ne me rappelle même plus du départ. C’est déjà tellement loin tout ça. Je pense à l’avenir. Je pense aux prochaines grosses difficultés. Je suis d’ailleurs assez content car je ne suis toujours pas rentré dans un mode  » Objectif prochain ravito « . Je vois toujours plus loin que cela. C’est motivant pour continuer à bien avancer.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

Alors là. C’est simple. Déjà vous avez pu remarqué que je ne décris pas le ravitaillement. Pour cause. Je n’ai pas le moindre souvenir de celui-ci. Mais ce n’est que le début. Les 6 prochains kilomètres c’est pareil. 3 km de descente sèche, puis 3 km de montée avec pas loin de 506 m de D+.. Je n’en ai pas le moindre souvenir. J’ai du courir. C’est sur. C’est du marcher aussi. C’est certain. Mais le cerveau n’a pas stocké cela. Je pense que je commençais à avoir ma période de moins bien. Elle va durer jusqu’au Maïdo. 30 à 35 km plus loin. Je devais être dans le dur pour ne plus me rappeler de rien. Dans la concentration totale sur la course et sur le fait qu’il faille absolument que j’avance.

Passons.

 

(11) PLAINE DES MERLES – Km 85 – Altitude 1805 m

Pas de pointage selon le site SFR Grand Raid.

D’après mon application, j’arrive à la Plaine des Merles après 13 h 11 min de course. Soit vers 11 h du matin. J’ai du faire les les 7 km et les 500 de D+ en une grosse heure et quart. Cela me semble assez possible. Cela veut dire que j’ai quand même plutôt pas trop mal avancé.

C’est drôle, cela me rassure avec le recul de s’avoir que j’ai bien avancé sur cette partie dont je n’ai aucun souvenir. C’est un peu comme ces lendemains de soirée, où vous n’avez pas le moindre souvenir de comment vous êtes rentrés et vous retombez sur un ticket de Vélib ou de CB qui vous indique le chemin probable emprunté.

Je n’ai à nouveau pas le moindre souvenir du ravitaillement. Je vous l’ai dit. Nous sommes en plein dans mon trou noir qui dure 35 km. Ne vous attendez pas à des descriptions de la couleur de la nappe posée sur la table sous la tente du ravitaillement. Ce n’est pas possible. Bon dans le doute, je dirai bleu. Mais vraiment dans le doute.

J’ai quelques souvenirs qui me reviennent de la portion suivante. Celle-ci fait 10 km. Pas mal de descentes et de plats. Les premiers flashs qui me reviennent sont des randonneurs croisés. Pas mal de couples, et des familles.

Je me vois les dépasser sans trop de problèmes ou les croiser de face. Lorsque c’est le cas, ceux-ci s’arrêtent. Plombés par leur lourds sacs de randonnée et ils m’applaudissent ou m’encouragent dans toutes les langues. Chaque encouragement m’est très sympathique. Je me rappelle avoir de plus en plus de mal à leur répondre. A leur passage, je ne lève plus tellement la tête. Un merci presque inaudible sort de ma bouche.

Parfois, quelques mètres après les avoir dépassé je les entends parler de moi. « Oh. Il a l’air très fatigué celui-là… » –  » Il est jeune. Tu as vu !  » –  » Je ne sais pas comment il fait. « . Ces bribes de conversation volées résonnent en moi. Je les garde quelques centaines de mètres à chaque fois. L’accent, l’intonation et le timbre de voix qu’ils ont utilisés sont sauvegardés pendant une durée courte mais suffisante pour que j’analyse leurs pensées. Bref, je m’occupe comme je peux.

Par moment, j’arrive à accélérer de nouveau. Je me vois encore en train de passer sur des petits pontons de bois. Courir sur ceux-ci fait un bruit amusant. Le scratch scratch scratch de mes Speedcross est très différent sur ces pontons. C’est assez difficile à décrire, mais j’ai la sensation d’avancer plus vite en passant sur ce parquet d’extérieur. Pourtant ce ne sont que des vibrations de plastiques sur du bois. Mais ces vibrations énoncent un rythme. Une vérité sur mon allure. Sur mon état de forme. J’analyse chacune d’entre elles. Mieux que la dernière montre sortie dans le commerce qui vous fournit des indicateurs sur votre état de forme, je vous propose d’écouter les vibrations. C’est quand même plus sexy. N’est ce pas ?

Nous sommes dans le cirque de Mafate dorénavant. CIR – QUE – DE – MA – FATE. Ces syllabes me charment. Dommage que mes souvenirs soient vagues. Je devrais garder dans mon fort intérieur la résonance de celles-ci pour palier au manque visuel. Cela me va bien. Globalement, j’ai le souvenir d’une sensation de petitesse par rapport à l’environnement. De maintenant jusqu’à la sortie du cirque en haut du Maïdo, je sens bien que je suis une fourmi dans un environnement fort et maitre du lieu. Les hommes n’ont pas travaillé l’espace. Les aménagements ne sautent pas aux yeux. Il n’y en a presque pas. Seul le sentier, qui lui même est peu usé, laisse imaginer une présence humaine.

Vers le km 90, je me souviens avoir traverser un endroit enchanté. Quelque chose de féérique. Le sentier n’est presque plus visible. Les arbres sont assez élevés et ils sont éloignés les uns des autres d’une vingtaine de mètres. Cela donne de l’espace au champ de vision. Je crois que nous traversons une forêt de Tamarins tapissées de touffes d’herbes mi-hautes et de quelques fleurs. Il y a un peu de vent qui souffle de la gauche vers la droite. Je redresse un peu la tête dans ce passage de manière à prendre le vent sur mes deux joues. La joue gauche reçoit énormément de fraicheur. Je regarde de temps en temps le ciel au travers des branches d’arbres. On dirait un plan séquence d’un film de Terrence Malick (Style The Tree of Life ou La ligne Rouge). Les oiseaux chantent. Enfin, je sais, ils ne chantent pas. Ils sont simplement entrain de communiquer. « Et t’as vu ce couilon qui passe en courant. Qu’ils sont bêtes ces humains ! ».

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

Fini les rêveries. Nous repassons dans une zone de descente. Le sol y est assez mou. Cela permet d’allonger un peu la foulée. Il y a peu de cailloux. Par contre niveau racines c’est la fiesta. Mes yeux sont rivés dans le sol. Deux mètres devant moi. Je repasse en mode navigation. Ce mode de course permet de bien avancer, par contre, il est très prenant en terme d’énergie et de concentration.

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Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

Dans cette descente courte pour rejoindre le ravitaillement de Sentier Scout, je suis obligé de m’arrêter de temps en temps (toutes les 5 minutes) pour respirer 30 secondes et surtout pour reposer mes jambes. La descente commence à faire mal aux cuisses. C’est le début de la fin niveau physique. Je le sais. Je ne pourrai plus accélérer. J’ai rejoins 3 ou 4 coureurs. Nous nous croisons et nous dépassons selon les arrêts de chacun.

Cette stratégie d’arrêts réguliers fonctionne bien. Je repère cela car un coureur réunionnais, habillé tout de rouge vêtu qui coure plus rapidement que moi depuis une dizaine de km commence à faiblir. Avec mon système de Stop and Go, j’arrive facilement à le dépasser. Au bout d’un petit moment, je semble même en meilleure forme que lui. Il a bien repéré que cela fonctionne. Il me demande si c’est ma montre qui m’indique quand m’arrêter. Je lui réponds, que c’est le feeling. Il me dit qu’il va essayer dorénavant.

 

 

(12) SENTIER SCOUT – Km 92 (?) – Altitude 890 m

Pas de pointage selon le site SFR Grand Raid.

D’après ma montre. J’atteins ce point après 14 h 55 min de course. Soit vers 13 h. Cela voudrait dire que j’aurais mis 1 h 40 min pour faire 10 km et 900 de dénivelé négatif. Mais qu’est ce que j’ai bien pu branler bordel ? ^^

Avec le recul, je me dis.. bon okay. Tu étais dans le soucis à ce moment là. Tu as du t’arrêter régulièrement. Ceci explique cela. Mais bon. Cela fait mal à l’égo de s’en rendre compte. Si un jour je retourne sur la Diagonale. Clairement, je garderai de l’énergie pour exploser les temps de passage à ce niveau.

Hashtag PAS DE SOUVENIR DU RAVITAILLEMENT.

Hashtag AUCUN SOUVENIR DES 3 PROCHAINS KILOMETRES qui doivent m’amener au ravitaillement de l’Ilet à Bourse.

Ah si, je me rappelle de deux choses sur ce petit segment. La première : un petit pont suspendu qui rebondit. Blooong.. Blooong.. Bloooong.. Qu’est ce qu’on se marre. Suivi de mon second souvenir : des escaliers de dingues avec une barrière blanche sur la gauche. Je me vois encore grimpant les escaliers sans utiliser ma position des mains sur les cuisses, mais simplement en m’aidant de la barrière pour soulager mes jambes.

C’est light comme souvenir.

 

 

(13) ILET A BOURSE – Km 95.38 – Altitude 650 m

Cumul D+ = 5447 m / Temps de course : 15 h 23 min 28 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 3 km / 0 D+ ? 

Classement : 55ème. 

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(Crédit photo : Franck Oddoux pour Test4Outside.com)

Encore une fois. Je n’ai pas de souvenir du ravitaillement. Je crois que c’est celui avec simplement de l’eau et peu de nourriture. Un raideur demande a une bénévole s’il peut récupérer une bouteille en plastique car ses flasques sont trouées. J’ai envie de te dire.. pas de bol : « Pas de bol ! ». Ca va être galère pour lui de continuer. Si je me rappelle du bon ravitaillement, c’est la première fois que je rencontre Fernanda Maciel. Elle est magnifique, juste à droite de moi. Elle avale une grande quantité d’eau. Je ne vous la décrirais pas plus pour le moment. Vous attendrez la montée du Maïdo 😉

J’ai rejoint 2 km avant d’arrivée au ravito, un petit groupe de 4 ou 5 coureurs. Tout le monde semble plutôt en forme. Je pense que je suis le plus fatigué du groupe. Ils s’arrêtent moins longtemps que moi. Je n’ai pas fini de faire remplir mes réserves d’eau. Ils sont déjà repartis. Tant pis, je continuerai seul sur la prochaine section.

Je quitte le ravitaillement. Seul. Comme je viens de vous le préciser. Il faut suivre un peu ! Logiquement, on repart pour un tout petit segment. 3 ou 4 km. Pas plus. Une belle descente suivi d’une montée sèche en plein cagnard ! Quelque chose comme 300 D+ à avaler sans se plaindre.

Je ne me rappelle pas non plus de ce segment. Je sais que je commençais à être très faible. Je ne levais presque plus les bras. Ils tombaient droit comme deux poireaux qui n’auraient pas vu d’eau depuis quelques jours. J’ai les premiers signaux de malaise. Mes yeux picotent. Je vois les décharges électriques passées dans les nerfs sur ma rétine. J’essaie de me résonner. Je m’arrête de courir. Je marche. Prends un gel. Et je tente de relancer la machine.

La montée vers grand place les bas école m’aide à revenir à un niveau élevé de concentration. Je n’ai pas tellement, voir pas du tout d’énergie pour galoper. Je marche de plus en plus. Mon genou est assez douloureux. Je l’avais oublié ce coquin ! A chaque appui sur la jambe droite, je suis maintenant obligé de poser ma main sur la cuisse pour rendre le geste moins douloureux. Cela reste supportable.

Je ne sais pas comment. Mais j’arrive à rejoindre le ravitaillement suivant. J’y arrive même en courant dans mon souvenir. J’ai mis 45 min pour faire 3 km. J’ai beau ne pas avoir de souvenir. Maintenant que je suis lucide, je m’imagine bien en train d’avancer tel un zombie en fin de soirée. C’est beau !

 

 

(14) GRAND PLACE LES BAS ECOLE – Km 98.49 – Altitude 560 m

Cumul D+ = 5573 m / Temps de course : 16 h 07 min 16 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 3 km / 302 D+ 

Classement : 55ème. 

J’arrive seul au ravitaillement. Il y a 2 raideurs qui sont déjà installés. Ils ne faisaient pas partis du groupe que j’ai quitté tout à l’heure. Le groupe a du bien avancé maintenant. J’étais sûr qu’il ne fallait pas que je les lache ceux-là.

Je m’alimente peu. Uniquement des quartiers d’oranges. Le reste ne me donne pas envie. Les deux gels que j’ai avalé sur les trois derniers kilomètres m’ont dégouté de toute alimentation pour un bon moment.

Trois filles se jettent sur moi. (ET JE PEUX VOUS LE DIRE.. CELA NE M’ARRIVE PAS TOUS LES JOURS.. bon un jour sur deux :p). Ces nanas m’aident énormément. Elles prennent mes flasques et les remplissent en une vitesse record. Elles font de même avec mon camelbag. Je n’ai rien à faire. C’est trop bien.

Après ce chouchoutage en règle, je repars avec le sourire. A la sortie du ravitaillement, un bénévole réunionnais de 50 / 55 ans s’adresse à moi : « C’est pas mal ici tu as vu ? Les filles sont mignonnes. Elles t’aident comme si tu étais un demi dieu.. C’est pas à moi qu’elles feraient ça. ». N’étant plus du tout lucide, je n’arrive pas à trouver une bonne vanne. J’ai cherché pourtant. Je me vois buguant complètement devant lui, incapable de sortir la moindre phrase construite. Je crois m’être échappé avec un « Oui. C’est vrai. Elles sont vraiment sympas ! ».. OOUUUUUAH. Ca c’est du partage d’expérience. Ca c’est une phrase bien utile. Molière, Shakespeare et Racine doivent être cloués devant tant d’audace verbale de là haut !

Première partie de la montée vers « Ecole Roche plate ». Cela commence par un petit hors d’oeuvre d’une quarantaine de mètres de dénivelé. Puis nous redescendrons tout au fond d’une ravine avant d’attaquer un bloc de 679 m de D+. Je n’ai pas conscience que cette partie de la course est une des plus costauds pour mon organisme. Je vais être mis en PLS par le parcours.

Dans cette toute première difficulté, qui n’en n’est pas une pour la plupart des coureurs. Je cale complètement. Impossible d’avancer. Je m’arrête trois fois en 200 m. Obligé de m’assoir en restant à moitié debout et d’attendre que cela revienne. Quelques coureurs me doublent. Arrivé en haut de cette première bosse, je m’arrête à nouveau. J’ai follement envie d’un Ice Tea frais.

Après 5 secondes d’arrêt, je relance ma foulée sur 8 mètres. Le premier pas et le suivant sont fermes. Au troisième, je ressens une grosse perte d’énergie d’un coup. Mes yeux se ferment lourdement. Je me force pour les réouvrir. Mon pas suivant est hésitant. Je suis en train de trébucher. Le dévert de la montagne sur la gauche se rapproche de moi. Je suis en train de tomber. Je fais un malaise. Je ralentie afin de me laisser chuter presque debout sur la paroi. J’arrête ma chute en calant mon épaule contre la paroi. Je suis KO.

Allo.. Houston.. Houston.. On a un problème. Je respire fort. Lentement. Je suis complètement perdu. Mon esprit divague. Je me souviens alors d’un malaise vagale que j’ai fait il y a quelques années en sortant de table. Cette fois-ci je ne convulse pas. Je ne tremble pas. Je suis tout simplement inerte. Aucun coureur n’est devant, et il n’y en a pas qui arrive derrière. Je suis définitivement seul face à moi même. J’ai vu un banc 10 mètres en arrière. Coup de bol. C’est le premier depuis 100 km que je croise sur le sentier.

Je me lève précautionneusement afin de ne pas retomber de fatigue. Je marche dans la direction du banc. Très lentement. Chaque pas me demande un effort hors du commun. Arrivé à celui-ci. Je commence à m’assoir dessus. Cela tourne. Je ne suis pas à l’aise du tout. Je glisse alors mon dos sur la planche. Mes pieds basculent légèrement et ne touchent plus le sol. Je suis allongé. Je ne me rappelle plus bien de mes pensées à ce moment là. Je crois que pendant une ou deux minutes, j’ai pensé que c’était la fin. Que je n’allais plus pouvoir avancer et que j’allais devoir abandonner au prochain ravitaillement. Je reprends mes esprits. L’abandon n’est pas envisageable. J’ai passé trop de temps à m’entrainer ces 6 derniers mois.. J’ai sacrifié beaucoup trop de choses dans ma vie perso’ pour arrêter. Resiiiiiiiiiiiste ! Prouve que tu existes.. cherche ton bonheur partout.. va.. refuse ce monde Egoïste.. Résiste ! Suis ton coeur qui insiste. Ce monde n’est pas le tien, viens. Bats-toi, signe et persiste !

Voilà près de 10 minutes que je suis allongé. Un seul raideur est passé pas loin de moi. Il ne s’est pas arrêté. A vrai dire, je m’en cogne. J’essaie de revenir à moi même. De me recentrer sur l’essentiel. Je me mens. Je me dis qu’il n’existe qu’une seule échappatoire, me mentir à moi même. Me dire que ce monde a beau être faux, cruel, contradictoire séduisant et dépourvu de sens, Il est le monde réel actuellement. Si je veux le conquérir, j’ai uniquement besoin de mensonges pour affronter cette réalité, pour créer ma propre vérité. Celle dans laquelle je continue mon chemin. « Ca va aller » « Tu vas repartir et ça va aller mieux au bout d’un petit moment ». Ok. C’est dangereux. Cela risque de t’arriver à nouveau. Mais n’y pense pas.

Je quitte mon banc. Pour la première fois depuis que je me suis arrêté, je regarde autour de moi. Il y a un magnifique panorama. C’est l’endroit idéal pour choper une nana me dis-je. Faudra que je m’en souvienne. Ne sait-on jamais ! Je repars le sourire aux lèvres. Même si cela ne se voit pas sur mon visage.

Je finis de descendre au fond de la ravine. Je me sens vraiment pas bien. A vrai dire, je pense que tenter de continuer sans faire quelque chose de concret pour aller mieux va me mettre en danger. Par chance, j’atteint rapidement un ravitaillement de secours. Les bénévoles de la sécurité civile sont au bon endroit au bon moment. Ils ont installé leur stand au point le plus bas par lequel nous passons. 560 m d’altitude. Il y fait très chaud et humide. J’entends l’eau qui coule un peu plus loin. En regardant plus bas, je repère que nous allons à nouveau devoir jouer à saute mouton pour traverser la rivière. Au bord de celle-ci, je repère 4 tentes. Ce sont celles des bénévoles qui vont passer la nuit ici.

Ravito securité civile

Crédit photo : http://www.peignee-verticale.com

J’explique ce qu’il vient de m’arriver au chef de l’équipe. Il me fait assoir et me regarde. Je le sens en train d’effectuer un diagnostic. J’ai un peu du mal à parler de façon audible et compréhensible. Je suis faible. Je ne veux pas qu’ils me demandent de m’arrêter longtemps.

Le chef de l’équipe me demande « Tu n’as pas manger salé depuis un moment non ? » .. Paaaaaaaaaf ! Il a visé dans le mille. C’est vrai que j’ai très peu manger salé depuis le début de la course. Quelques saucissons par ci par là, mais pas vraiment en quantité astronomique. Il me dit « Attends. Bouge pas. Je vais te faire un verre d’eau salé. Ca ira mieux tout de suite après ». Il se retourne. Prépare la mixture et me la tend. Je trempe mes lèvres dedans. POUAAAAAAAAARFFFFF. Le mec ne m’a pas fait un verre d’eau salé.. il m’a fait un verre de sel avec un peu d’eau. C’est imbuvable. Je replonge ma lèvre dedans et je me force à avaler une grande quantité. Mais.. dis donc.. Je kiffe en fait. Bon, je n’en commanderai pas un en terrasse, mais là, à ce moment très précis.. c’est exactement ce dont j’avais besoin.

Je reste encore 3 minutes avec l’équipe. Nous parlons un peu des heures qui vont venir. Pendant ce temps, un hélicoptère se rapproche de nous. Les turbulences qu’il provoque font vaciller les tentes. Une des trois se déplace soudainement d’un gros mètre. Je me retourne en direction d’une des nanas.. « Tu feras gaffe.. ton lit se fait la malle ! ». Elle rigole. Moi aussi. Ca va mieux. Que cela soit dans la tête ou physiquement, je sens que ce verre d’eau salé m’a fait beaucoup de bien. Je le finis. La mixture de sel mouillé au fond me dégoute. En descendant au niveau des cailloux pour traverser la rivière, je bois une gorgée d’eau et la recrache. Tout en sautant de rochers en rochers, je passe ma langue sur mes dents. J’essaie de me faire un brin de toilettage bucale. Je franchis la rivière.

Maintenant c’est droit dans la montée. Je repars en forme et avec le sourire. Je n’avance pas à une grande vitesse mais au moins j’avance. C’est cool. J’arrive à passer la première partie de la montée sans trop de problèmes. Je prends soin de m’arrêter deux ou trois fois afin de respirer.

Au niveau d’une nouvelle ravine, je retrouve un coureur qui parle avec un couple. Le couple, habillés en randonneurs de la tête au pied attend un coureur. Il arrive. Il est juste 100 mètres derrière moi. Je ne sais pas si c’est son état normal, mais il me parait complètement dingue. Limite fou. Etonnement, il me fait peur ^^. Je repars avec lui avant de le laisser s’échapper dans la deuxième partie de la montée.

Montée vers roche plate.jpg

Crédit photo : Jean Pierre Vidot

Cette montée est très très très rude. Il y a pas mal de marches.. vous savez les bonnes vieilles marches de tout à l’heure. Celles de 50 cm. Ca calme. J’ai bien repris mes esprits. Je double un promeneur qui porte sur son épaule du matériel photo. Il semble bien douillé pour franchir cette pente sous la forte chaleur.

Plus haut, je suis rejoins par le couple de randonneurs. Je parle avec la femme. Elle est super sympa. Nous discutons du Maïdo qu’il va falloir grimper tout à l’heure. Elle me dit de ne pas m’inquiéter. Si j’y vais « Ti pas Ti pas » selon elle, cela devrait le faire. Pas de quoi s’en faire une montagne ! Un peu plus tard, je l’entends téléphoner à une amie. Cette amie doit ravitailler leur coureur à Sans Soucis. Elle prend des nouvelles. « Il court ? Il marche ? ».. Il court. Ne t’inquiète pas. « Si.. justement je m’inquiète. J’ai peur d’être en retard pour son passage. Quand tu dis il court. C’est il court normal ? Ou il court plus que normal ! ». La réponse de la nana me fait rire. « Bah tu sais.. maintenant.. quand on dit qu’ils courent. C’est plutôt ils avancent. Une course d’escargots si tu préfères. ». Je me sens l’âme d’un escargot. Szzzzurpe Seeeeeurpe.. Je continue la montée sans laisser de traces au moins.

Nous arrivons en haut de la pente. Je commence à en avoir marre. Je me surprends à râler. Moi qui suis d’habitude si souriant et plein de bon esprit. Là, j’en ai un peu raz le bol. J’ai envie de m’arrêter 5 minutes au prochain ravitaillement.

J’ai repris une foulée de course. Nous traversons un petit village. Le couple de randonneurs court avec moi. Cela m’aide, mais je ne leur dis pas. Le mec me fait un signe en direction de la droite. Regarde. Là bas. Juste derrière les arbres. C’est le ravitaillement. D’ici 15 minutes maximum tu y es. Cela me redonne un peu d’envie. J’accélère. Je double le couple. Je les remercie et je pars à fond en direction du ravitaillement. J’ai complètement oublié les douleurs de mon genou. Mes cuisses, si lourdes dans la montée ne sont plus douloureuses. Mes mollets semblent très frais. Mon énergie est bien remontée. Je reprends totalement la main sur mon corps et sur son fonctionnement.

Je déboule au ravito comme une balle. Pointage. Félicitations des bénévoles. Ayé. Ca c’est fait !

 

 

(15) ECOLE ROCHE PLATE – Km 106.79 – Altitude 1110 m

Cumul D+ = 6519 m / Temps de course : 19 h 02 min 53 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 679 D+ 

Classement : 73ème. 

A l’entrée du ravitaillement je demande mon classement. On m’annonce 73ème. Je suis plutôt content. Vu le temps que j’ai mis pour arriver ici, c’est même étonnant pour moi. Je n’ai perdu que 18 places. Pourtant, j’ai trouvé le temps tellement long. Pas loin de 3 heures pour faire 8 km. Si c’est pas long ça c’est quoi !

Le ravitaillement est super étonnant. Très dépaysant. Nous sommes dans une petite cour de récréation. L’école est juste à notre gauche. Quelques mètres plus haut. Il y a quelques bénévoles qui sont assis dans l’escalier. Ils sont jeunes. Je me sens l’âme d’un fanfaron. Je leur demande « Est-ce que ça vaaaaaaaaa Roche Plaaaaaate ? ».. façon chauffeur de salle dans une foire aux boudins.

Je continue mon chemin en direction de la table du fond. Je fais remplir mes deux flasques et mon camelbag. Pendant ce temps, je bois quelques verres d’eau pétillante et de coca. Je suis au taquet. Je discute avec les deux jeunes femmes. Nous parlons de l’état de forme des premiers à leur passage. D’après elles, Antoine Guillon était en super forme. Par contre, l’américain Jim Walmsley est arrivé au bout de sa vie au ravitaillement. Elle me dise, qu’il a pris une bouteille qu’il s’est vidé dessus avant de repartir. Le regard complètement vide. Parler de cela permet de m’échapper un temps de ma course.

Je retourne du côté du ravitaillement alimentaire. Je m’assoie sur une petite chaise. Je pose mes coudes sur mes cuisses. Je suis quand même bien attaqué physiquement. Je sens que mon dos commence à me faire mal. C’est rare que cela m’arrive pendant une course. Généralement c’est plutôt le lendemain que j’ai des sales courbatures. Là, je pense que le gros enchainement de blocs positifs et la combinaison d’un sac alourdi par le camelbag joue beaucoup.

J’ai rejoint quelques coureurs à ce ravitaillement. C’est pas la grande forme à priori. Je suis plutôt content. Je pensais vraiment m’être fait complètement distancé. A ma droite, je retrouve ma future copine de Maïdo. Fernanda Maciel. Elle semble bien attaquée. Je discute un peu avec elle en Espagnol. J’avale deux bouts de bananes, deux bouts de fromage et quelques quartiers d’oranges. Juste avant de me lever. Je demande si par hasard, ils n’auraient pas un peu de sel pour moi. « Si. Regarde. Il y en a une pleine assiette juste là ! »… Une assiette de sel. Sérieusement, il y a que sur de l’ultra trail que tu peux voir ça. Je picore dedans. 5 ou 6 pincées assez fournies que j’avale rapidement.

Je me lève. Petit verre de coca pour faire passer le gout. Et je repars. Je remercie chaleureusement les bénévoles. Je sais que j’ai fait une blague en partant, mais je ne me souviens pas du tout du contenu. Dommage. Ils ont bien ri. En quittant le ravito, j’entends qu’une des bénévoles dit « Lui. C’est alexandre. Il fait des résumés sur son site de toutes ses courses. Faut absolument que vous alliez voir.. ». Raaaaah LaLa. LA STAR quoi. C’est sur ce dernier ravitaillement en égocentricité que je file. En courant.

Je grimpe plutôt pas trop mal pour le moment. Ce n’est pas du Jim W. dans ses grands moments, mais je suis plutôt fier de moi. Mon malaise est loin maintenant. Cela tombe bien car c’est parti pour la montée mythique du Maïdo. 7 km avec pas loin de 1000 mètres de dénivelé. Je crois que c’est une des plus grandes difficultés de tout le parcours sur le papier. En regardant mon profil, je vois que je me suis donné 3 h pour effectuer ce segment. Cela risque d’être long. Mais j’ai du temps de toute façon. Etre encore dans le Top 100 m’a étonné. Je souhaite y rester et je sais que ce genre de terrain est propice pour moi.

Après deux bons kilomètres passés seuls, je repère sur ma droite une magnifique paroi rocheuse qui tombe droit sur 90 ou 100 mètres je pense.

Bon. Si quelqu’un connait le coin, il pourra me dire si j’ai bien vu ce que j’ai vu.. ou si j’ai juste eu une hallucination totalement folle. Je suis sûr et certain qu’il y a un loup dessiné en immense sur la partie droite de la paroi. Et sur la partie gauche, j’arrive aisément à reconnaitre un visage de sorcière. Alors ? Folie ? Hallucination ? Ou ces dessins sont-ils des vrais. A chaque fois que je peux regarder cette paroi, je vois toujours ces deux dessins. Ils ne me paraissent pas naturels. Je suis presque sûr que ce sont des humains qui les ont dessinés. J’essaie même d’imaginer comment ils ont pu le faire. En rappel en partant du haut ? Ou avec des immenses échelles en grimpant façon escalade sur la paroi. Cela semble plausible. Très compliqué, mais plausible. Plus tard, quand je confronterai ma vision avec d’autres coureurs. Ils souriront. L’air de dire « Je sais pas ce que tu prends.. mais c’est de la bonne ». Je laisse planer le doute. Je préfère croire que ces dessins existaient bien. Cela me rassure. Je ne suis peu être pas fou.

Après cette première partie en solo, je suis rejoint par Fernanda qui remonte fort. Je m’accroche à elle. Nous allons faire toute la montée ensemble. Au début, nous ne parlons pas trop. Puis de temps en temps, nous nous posons des questions. Tu viens d’où ? Comment tu te sens ? C’est ta première diagonale ? Tout cela en anglais bien sûr. Je n’ai pas trop conscience de qui est Fernanda. Je vois à la forme de ces mollets qu’elle doit vachement courir. Ils sont tous simplement parfaits. Magnifiques. Affutés comme jamais je n’ai pu voir. Ce ne sont pas non plus des mollets masculins. Ils sont féminins. Doux, mais sculptés. Je passe de longues minutes à regarder le jeu de sa jupe de course virevolter au gré des zigs zags de la montée. Ce moment est assez majestueux. Cela me rappelle cette scène dans les Poupées russes. Quand Xavier regarde sur le fond sonore de quelques trompettes et saxophones, sa copine mannequin marcher au milieu d’une rue aux propositions parfaites. Une femme parfaite, au proportion parfaite qui avance dans un espace parfait. C’est tout à fait ce que j’ai devant les yeux.

La montée est très longue. J’avale un gel coup de fouet au milieu. Fernanda a un rythme de malade. Nous avançons sans réfléchir. A un moment, nous doublons un coureur. Rapidement, il n’est plus derrière nous. Whouaaaaah. Ca envoie grave là. De temps en temps, elle se ravitaille. Je la vois prendre un sachet dans lequel elle capte quelques petits morceaux légèrement blancs. Je fais un peu d’humour. « Do you believe you are at the cinéma. Don’t eat pop corn ! ». Elle rigole. Nous continuons à discuter. Je ne me doute pas du tout de qui elle est en fait. Je lui demande si elle a des enfants. Elle me dit que je non. « .. Ok. I understand your pace now ! ». Dans la discussion, elle me glisse qu’elle est un peu fatiguée. Ces jambes sont lourdes aujourd’hui. « You know, i have done the ascent record of the Kilimanjaro two weeks ago. I’m a little tired ». Ah bah.. Tout va bien. La nana est juste une championne hors catégorie.. Je deviens automatiquement fan. Déjà que je l’aimais bien. Là, je suis une groupie maintenant.

La nuit tombe. Nous avons quitté Roche plate vers 17 h 20. Logiquement, nous allons finir l’ascension une fois le soleil largement couché. La lumière commence à faiblir progressivement. Je me rends compte que je ne vois plus très précisément les blocs rocheux à passer devant moi. Je tiens 25 minutes sans sortir ma petzl. Nous sommes presque en haut. La lumière de Fernanda me suffit amplement. Je garde son rythme de fou pour ne pas avoir à sortir ma frontale. En restant 2 mètres maximum derrière elle, j’arrive à repérer les obstacles qu’elle évite.

Le dénivelé est légèrement moins fort maintenant. Nous sommes à moins de 10 minutes du sommet je pense. Dans cet endroit moins pentu, Fernanda envoie très fort. Trop fort. Je ne vois vraiment plus rien. Cela devient dangereux. En plus, nous sommes maintenant sur un monotrace qui serpente en montée. Le précipice est juste à droite. Un pas de côté et c’est la chute. Stop. J’arrête les bêtises. Je dis bye bye à ma copine de montée. J’ai adoré. C’était super cool. Je défais mon sac et cherche ma frontale dedans. Je perds une ou deux minutes pour l’installer parfaitement.

Me voilà reparti. Je suis maintenant seul. Je ne vois pas la lumière de Fernanda au loin. Ce n’est pas grave. J’entends par contre les applaudissements des spectateurs au sommet. Je ne suis vraiment plus très loin. Je finis en accélérant. Je cours dans la montée comme un fou. Putin. Que c’est bon. J’ai l’impression d’être revenu à mon niveau du début de course. J’entrevoie enfin le sommet. J’ai vu et revu 1000 fois, les François D’Haene et Kilian Jornet passer le sommet. Je le connais déjà.

Il y a foule. Je déboule comme un dingue. Je suis acclamé. C’est très chaleureux comme ambiance. On a vraiment l’impression d’être un demi dieu dans les moments comme ceux là. Au sommet, je suis un peu désorienté, cela fait bien 5 ou 6 heures que je n’ai pas vu autant de monde. On m’indique le chemin à suivre. Je ne m’arrête pas. J’applaudis la foule tout en courant. Je repars comme une furie.

Cela descend maintenant. Je peux envoyer du pâté. Rapidement, je rattrape Fernanda et deux autres coureurs. Nous arrivons au ravitaillement ensemble. Une tente de taille moyenne perdue au milieu de nul part dans la nuit. C’est assez lunaire comme endroit.

 

 

(16) MAÏDO TETE DURE – Km 113.53 – Altitude 2030 m

Cumul D+ = 7598 m / Temps de course : 21 h 15 min 51 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 790 D+ 

Classement : 72ème. 

La nuit est tombée rapidement. C’est la deuxième maintenant. Je n’ai plus aucune, mais alors plus aucune notion d’heure. Il peut être 19 h comme 04 h du mat’. Je n’en ai pas la moindre idée. Tout ce que je sais, ce que j’ai avalé le Maïdo sans problème. En un peu moins de 2 h je pense. Cette réussite m’enchante. Je suis de retour dans le game !

Je m’assoie sur un petit tabouret à proximité de la nourriture. M’arrêter me fait me rendre compte que j’ai tout de même un grand niveau de fatigue. Mon rythme de parole et les mouvements que je fais pour saisir de quoi manger sont lents, mous, presque sans buts. A ma droite, il y a Fernanda. Nous nous regardons un instant. Nous rigolons. Elle me dit que c’est drôle, car nous nous suivons depuis plus de 15 bornes maintenant. Je rigole avec elle.

Il y a un peu de musique dans le ravitaillement. Un groupe placé à gauche derrière les tables joue un peu. Je n’arrive pas du tout à m’y intéresser. C’est un bruit de fond pour moi. Je m’écoute. J’écoute mon corps. Je n’entends pas le rythme musical. C’est un peu comme quand vous avez des écouteurs et qu’une discussion à côté de vous est plus intéressante. Vous occultez totalement votre musique pourtant plus forte, et vous ne vous focalisez que sur la discussion. Là, c’est la même chose. La musique n’existe pas. Je me focalise sur la discussion de mes organes entre eux. De temps en temps, des bénévoles s’adressent à moi. Je ne suis plus bien lucide. J’ai du mal à leur répondre. Il fait froid. Nous sommes à plus de 2000 mètres d’altitude et la tente est restée ouverte aux quatre vents. J’ai la chair de poule. Une bénévole le repère. Elle me propose une couverture. LOL. Sa proposition me fait revenir à la course. « Ne vous inquiétez pas pour moi. Je repars maintenant. ». J’enfile ma Salomon Bonatti en ressortant du ravitaillement. Les manches sont humides. Fernanda et les autres coureurs sont déjà repartis depuis 3 ou 4 minutes. Les bénévoles applaudissent mon départ.

Le début de la descente est étrange. Et il le devient encore plus dans une espèce de forêt.. J’ai beaucoup d’hallucinations. J’imagine des visages sur des arbres et sur des rochers. Ici, c’est le visage de Roosevelt.. Là, celui de Stéphane Bern. Là celui de Jim Carrey. Je délire complètement. Cette forêt me semble hantée. Je vois de temps en temps des masses fuir lorsque j’arrive. Comme des troupeaux de sorciers.. Un peu plus loin, j’imagine des gens assis. Immobile. Ca va plus du tout là haut. J’ai du prendre trop d’eau pétillante. Le chemin est assez roulant. Il serpente sur une pente douce. J’arrive à bien avancé. J’ai un gros rythme. Je recommence à suer énormément. Je m’en rends compte car de l’eau s’accumule dans mes manches. Je dois régulièrement agité mes bras dans tous les sens.. en espérant que la force centrifuge et la gravité fassent fuir l’eau qui me refroidit les avants-bras.

Qui dit gros rythme, dit grosse fatigue. J’ai besoin de m’arrêter deux fois. Je me rappelle bien de la deuxième. Je m’arrête sur un tronc. Je prends vraiment mon temps. Personne ne me rattrape. Je rêve de manger un Kinder Bueno là.. maintenant.. tout de suite.. Dommage je n’en ai pas. Ce sera gel GU goût limonade à la place. Beurk. Je me retourne et j’urine. Il n’y a pas un bruit autour de moi. Bizarrement, je commence à avoir peur en ne bougeant pas.

Je repars. En continuant dans la forêt, je commence à m’ennuyer. L’envie de Kinder Bueno me pousse à une réflexion forte de décomposition de la fabrication de cette gourmandise. J’imagine toutes les étapes qui permettent d’en fabriquer un. J’imagine les longs bâtons de Kinder Bueno. Ceux-ci sont coupés par une machine avec une lame chauffante qui permet de faire couler le chocolat sur les cicatrices. Puis, les petits bouts passent dans un tunnel dans lequel ils sont mis dans le petit sachet transparent qui les enferme. Tac. Tac. Le sachet est refermé. Puis il y a une longue enfilade de tapis roulants permettant d’amener les bâtonnets à un trieur. Le trieur regroupe les bâtonnets par deux. Dernière étape. Le packaging. Les bâtonnets sont regroupés côte à côte et la machine vient englober le couple ainsi formé dans un sachet coloré. Clip. Clip. Le robot referme le sachet. C’est fini.. On s’éclate en Ultra.. C’est moi qui vous le dit ^^.

Après avoir passé la forêt, j’entre dans un espace complètement dégagé. Nous sommes encore vraiment proche du sommet. La descente va devenir plus franche. En tout, celle-ci fait 13 kilomètres. Et je peux vous promettre qu’après 113 km.. 13 Km de descente c’est une éternité.

J’ai rattrapé Fernanda et une japonaise. On avance bien tous les trois. Je sens Fernanda un peu KO. Je sens qu’il y a de la compétition entre les deux femmes. La japonaise accèlère.

Depuis notre montée, j’ai vraiment pris en sympathie Fernanda. Alors que la japonaise s’éloigne devant nous, je me retiens de partir pour rester avec Fernanda. Je lui passe devant et je tente de la ramener vers la japonaise. Je ne dis rien, mais je pense bien qu’elle a compris le message. Reste derrière moi. Je dégage le passage et on récupère l’autre. Cela ne fonctionne pas bien. Je la sens freiner dans mon dos. J’opte pour une autre stratégie. Lui montrer qu’en une petite accélération nous pouvons rattraper la japonaise. Je quitte donc fernanda et rattrape très rapidement la japonaise 200 mètres devant nous. Elle m’a entendu arriver. Elle accélère encore plus. J’ai complètement les jambes pour la déposer si je veux. Mais je me gare derrière elle. De temps en temps, lorsque le chemin se dégage sur 5 à 6 mètres devant moi, je regarde vers l’arrière. Je n’arrive plus à voir la lumière de Fernanda. Tant pis. J’enchaine avec la japonaise.

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Crédit photo : https://damiencloarec.com/

(Photo prise à autre moment. Mais il s’agit bien de ce petit bout de femme :D)

Cette coureuse est complètement différente de Fernanda. Elle est particulièrement petite. Si elle tape le mètre 60 c’est la fiesta. Ces jambes sont ultra fines. Elle n’a presque pas de muscles au niveau du mollet. Pourtant elle envoie sacrément fort. Je trouve sa façon de courir très rigolo. Pleins de tous petits pas. Les uns semblables aux autres. Cela me rappelle un peu le champion japonais que j’avais croisé il y a maintenant 80 km. Je pense qu’ils doivent s’entrainer ensemble. C’est flagrant. Bon rigolo ou pas. La fusée nippone ne faiblit pas. Je me retiens de la dépasser, mais clairement on descend à fond maintenant. Cela faisait des heures que je n’avais pas couru. Une vrai foulée de course. C’est si bon.

Le terrain est très poussiéreux. La lumière de la PETZL éclaire plus la poussière que le chemin. Ma vision se limite à deux ou trois mètres devant moi. A la vitesse ou nous allons, ce n’est pas assez pour se sentir en sécurité. Il commence même à pleuvoir un peu. Une pluie très fine. Cela ne me trempe pas. Par contre, le terrain est devenu un peu glissant. Heureusement, cette portion est plutôt large. Il y a un nombre phénoménal de rondins qui coupent le sentier et forment des espèces de petites marches. Ce n’est pas bien agréable pour courir.

Nous doublons 3 ou 4 coureurs et on les dépose littéralement. Ca va très bien à ce moment là. Je redeviens entièrement lucide. Je repère au loin, beaucoup plus bas les lumières de la ville. La descente devient interminable. Le fait de voir que notre but est encore loin aiguise ma patience. J’ai appris lors de la CCC à être patient. C’est une qualité nécessaire pour ce genre de course.

Quelques passages plus étroits m’empêchent de doubler la coureuse nippone. Les rochers qui tapissent le sol de ces passages sont maintenant très glissants. La pluie a fait son boulot. Pour elle, pas de problème. Sa toute petite foulée très rapide, et son centre de gravité proche du sol rendent son avancée agile sur ce genre de terrain. Pour moi, c’est une autre affaire. Je dois faire très attention à chacun de mes appuis. Je ne veux surtout pas être mis à terre. Chacun de ces passages me fait perdre 8 à 10 mètres sur elle. Je comble le trou dans les relances. Cela fonctionne bien. C’est un peu trop yoyo à mon goût. Je pense que je m’épuise un peu à faire cela.

Fin de la partie technique. Nous virons sur la droite. Nous rejoignons un chemin de 4×4. Ni une ni deux, j’accélère dans celui ci. Je passe à droite de la coureuse japonaise. Je me vois encore en train de passer à une foulée très aérienne. Je lève plus les pieds. Je vais chercher des appuis plus loin. Mes mollets remontent vite derrière moi. J’ai une très bonne vitesse et cela me fait du bien. Très rapidement, j’ai dépassé ma concurrente. Je n’y réfléchis pas trop. 50 mètres après un large virage sur la gauche, je me retourne. Elle n’est déjà plus là. Je pourrais vous dire que je ne suis pas un grand fan de déposer des coureurs.. que mon ego n’en est nullement nourrit. Mais cela serait mentir. J’adore cela. On n’attaque pas seulement pour faire du mal à quelqu’un, mais peut-être aussi pour le seul plaisir de prendre conscience de sa force. Je prends bien conscience que je suis fort. Cela me ravit.

Dernier petit bout de descente. Je déboule à fond dans Sans Soucis. Il y a énormément de monde. Je prends du plaisir à applaudir les spectateurs présents. Je m’imagine à leurs places me voyant arriver. Descendant de la nuit, frontale en tête. Fendant le bitume. Courant comme un fou.. au deux tiers de sa Diagonale.

 

 

(17) ECOLE SANS SOUCI – Km 126.42 – Altitude 350 m

Cumul D+ = 7665 m / Temps de course : 23 h 24 min 22 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 13 km / 68 D+ 

Classement : 67ème. 

J’entre dans le ravitaillement par l’arrière. Nous sommes bien à l’abris dans un préau d’une école. Il fait chaud. Le fait d’être à seulement 350 mètres du niveau de l’océan joue énormément. Je m’assoie. Les bénévoles présents insistent pour que l’on mange un vrai repas et que l’on se repose. Je refuse poliment. J’ai besoin de me ressourcer un peu. De prendre un peu de temps pour évacuer la fatigue. En face de moi, derrière la première rangée de tables, je repère deux jeunes femmes en train de préparer de la pâte. Je ne rêve pas. Elles sont en train de faire des crêpes ! Je surkiffe ! Je leur demande si je peux en avoir une. Elles me répondent : « Pas de problème ! ». Etant donné que nous sommes dans la ville de Sans soucis. C’est un comble.

J’avale une première crêpe au sucre bien chaude. Qu’est de que c’est bon bordel. Un vrai délice. Je me lève. J’en récupère deux de plus et je me rassois pour les manger. Je fais ensuite remarquer aux deux filles qui préparent les crêpes, avec un brin de moquerie, qu’elles font des crêpes aussi belles que mes pancakes. En effet, elles ne sont pas très fines. Etant un piètre cuisinier, je me permets cette petite attaque. Elles rigolent. « Attend.. tu vas voir la prochaine. Elle sera parfaite. » Je n’en doute pas.

Me voilà depuis 5 minutes assis sur mon banc. A gauche, un autre coureur est assis. Il semble exténué. A droite, un autre vient d’arriver et tremble un peu de fatigue. Les 13 kilomètres de descente avec 1700 m de dénivelé négatif ont fracassé notre corps. J’ai avalé cette section en moins de 2 h. Mes cuisses, dorénavant au repos, commencent à se refroidir. Je regarde mes mollets. Les muscles bougent. C’est pas très beau à voir. C’est très troublant comme sensation. Le corps s’exprime, alors qu’on vient de le faire taire. Je n’ai pas bougé depuis 5 minutes, mais j’ai l’impression que mes mollets ne s’en sont pas rendus compte. Ils courent encore. C’est troublant. Nous débriefons la descente avec 2 ou 3 raideurs.

Je me relève. J’enfile ma veste. Elle est trempée. Ce n’est pas bien grave. Je ne suis plus du tout à ça près. Avant de quitter le préau, je prends quelques pincées de sel et j’avale une dernière crêpe. Je sors par la gauche de l’école et je pars en direction du stade quelques centaines de mètres plus bas. Je souhaite récupérer mon second sac assistance. J’ai envie de me changer.

Je rejoins le stade en marchant. Je récupère rapidement mon sac et file dans les vestiaires. Une fois dans ceux-ci. Bien au chaud. Mon odorat me fait dire que soit le vestiaire sent énormément la transpiration, soit c’est moi. Mais si c’est moi, c’est chaud. Je ne laisse que rarement une forte odeur de transpiration. Là, c’est proche de l’irrespirable.

Je décide de changer uniquement mon T-shirt directement en contact avec ma peau. J’enlève mon T-shirt UTMB et j’enfile un t-shirt nike manche longue. C’est la première fois que je me change pendant une course. C’est tout simplement ULTRA agréable. Après mettre rhabillé, je récupère des piles pour ma frontale. J’ai peur que la batterie ne me lache dans la nuit. Enfin, je finis par récupérer ma dernière réserve de gels. J’ai fini mes réserves faites à Cilaos. Je ressors du vestiaire. Je réfléchis. N’ai je rien oublié ? Ai-je bien laissé tout ce dont je n’ai plus besoin ?.. Je tâte mon sac. EUREKA. La casquette Sahara que je me suis trimballé pour rien depuis 126 km. Je la récupère et la glisse dans mon sac assistance. Ce ne sont que 100 grammes en moins, mais psychologiquement, je me sens plus léger.

Juste avant de repartir, je passe au niveau des cuisines. Toute une équipe de bénévoles sont en train de faire cuire de la bouffe dans des casseroles et des poeles surdimensionnées. Cela sent incroyablement bon. Je décide de ne pas me laisser tenter. Voilà déjà 20 bonnes minutes que je suis là. Je ne veux pas perdre plus de temps. Un coureur affamé et semblant super fatigué s’arrête à une table. Il a pris une grande assiette. Je discute rapidement. Il me dit qu’il va tenter de bien s’alimenter et de dormir une petite demi-heure. Je ne comprends pas la stratégie. Ce n’est pas du tout la mienne. Je file.

Je redépose mon sac assistance. Je me tourne en direction de la sortie. Je repère le coureur danois qui m’avait largué dans le haut du Taibït il y a une grosse dizaine d’heures. Il est plié en deux sur un lit de camp sous une tente. Je lui parle 2 minutes. Il me dit avoir des problèmes intestinaux et ne pas pouvoir s’alimenter. Je lui dis de bien se reposer et que d’ici une grosse heure, il peut repartir et finir tranquillement. Je sens une grande détresse dans son regard. C’est assez triste. Je le quitte et me dirige vers la sortie du stade. Quelques bénévoles et supporters m’applaudissent. « Bon.. C’est par où maintenant la Redoute ? ». On m’indique le chemin. Je repars.

Je me force à relancer. C’est devenu particulièrement difficile de courir. Après tant d’heures de course et tant de kilomètres parcourus, s’arrêter 20 / 25 minutes et tenter de repartir est une vrai épreuve. La route en bitume m’aide un peu. Je me force. Chaque foulée est atroce. Je suis un peu rouillé. Je vais mettre presque 5 minutes à reprendre une allure et une foulée à peu près normale. Et puis, c’est pas 5 minutes sympathiques. C’est vraiment 5 minutes de souffrance. Au mental. Il faut oublier la douleur et se dire que si on se force, cela va revenir. Il faut y croire. Très très fort. Et puis au bout d’un petit moment cela marche. Mais quel petit moment !

Je suis encore en ville. Un petit groupe de supporters est positionné dans un virage. Je repère qu’un des garçons porte un maillot du PSG. Je crie « ALLEEEEEEEEEEEEER PARIS ». Ils rigolent. Je ne m’arrête pas. Je suis toujours entrain de réapprendre à courir. J’entends derrière moi « Ici c’est ? ».. Je crie « PAAAAAAAAAARIS.. fuck l’OM.. ». C’est très con. Ce petit moment de détente ma fait sortir de ma souffrance. Je suis à nouveau bien dans mes pompes.

Je quitte la ville et rejoins une descente. J’ai regardé mon profil avant de partir, je sais que nous devons descendre jusqu’à une rivière. Presque au niveau de l’océan, puis nous allons nous manger une énorme montée (+ 631 m) avant d’atteindre le prochain ravitaillement.

Cette descente est plus compliquée que prévue. Le chemin est dangereux, piégeant. Les lumières de la ville encore proche n’éclairent presque plus le chemin. Ma PETZL semble être moins puissante. Je vois mal les difficultés qui se projettent sous mes pieds. Ce moment est difficile. Je tente de le faire passer le plus rapidement possible en me forçant à courir. Les herbes sauvages, coupées à hauteur de genou graillent du terrain sur le sentier. Je passe régulièrement mes jambes dedans. Je sens des éraflures. Je ne suis plus du tout à cela prés. C’est même étrangement une bonne chose. Ces petites douleurs régulières tiennent mon corps en éveil. Cela fait mal. Juste assez pour faire du bien. En bas de la descente, je me retourne. Je repère 3 PETZL encore très loin derrière. Ils commencent à peine la descente. Je vais être seul pendant un moment.

Nous sommes maintenant tout en bas. La chaleur est presque suffocante. Je dois m’asperger d’eau à plusieurs reprises. Je suis complètement en nage. Je sens ma sueur couler de mes cheveux, glisser sur mes tempes, atteindre mes joues et lentement tomber sur mon t-shirt au rythme de ma foulée. Je sers celui-ci de temps en temps avec ma main droite au niveau de mes hanches. C’est une vrai éponge.

La route de 4×4 sur laquelle je me trouve est très plate. Le sol est assez lisse. Seuls, quelques cailloux trainant ici et là m’empêchent de courir à fond. J’ai récupéré une super vitesse. Je continue à longer ce que je devine être une rivière sur ma droite. Le chemin fait pour moi plus d’un bon km. J’avance à une super allure. Je suis sûr qu’à cette vitesse, je ne peux être rattrapé. Je suis très content. Car même si physiquement, je suis plus qu’atteint; ma tête arrive encore à faire courir mon corps sans trop de problème. Je suis encore maitre de moi même et en pleine maitrise de mon destin. J’ai appris à faire courir mon corps. Les signaux qu’il m’envoie restent lettre morte face à ma volonté d’aller au bout.

CROOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOA. J’entends depuis un long moment un sacré bruit assourdissant. Une sorte de renaclement de gorge puissance 1000. Je pense que c’est une pompe industrielle au niveau de la rivière. Le bruit est tellement fort, que je n’entends plus mes chaussures frotter le sol. C’est perturbant.

Jonction sur la droite, je me rapproche de la rivière de galets. Cette rivière est presque à sec. Si vous aimez les cailloux, si vous aimez les rochers, je vous souhaite la bienvenue au paradis. C’est l’enfer. Il est strictement impossible de courir ici. Il faut patiemment sauter de rocher en rocher pour avancer. Tout en prenant bien garde à s’appuyer sur des pierres qui sont ancrées dans le sol. C’est un peu la loterie. Parfois, cela passe. D’autres fois, tu mets le pied sur le rocher et vlan, il se décale d’un coup. Ma montre bip. Je vois que je cours maintenant depuis plus de 24 h. C’est complètement dingue !

On me fait remonter ce champ de galet jusqu’à un passage un peu plus haut. Le bruit est toujours aussi fort. J’éclaire avec ma frontale ce qui se trouve à gauche de moi. Je souhaite voir la quantité d’eau à traverser. Faisant cela, le bruit s’arrête net. Je ne comprends pas au premier coup. Après plusieurs coups de tête en direction de la rivière, je commence à comprendre. Il ne s’agit pas en fait d’une pompe industrielle. Il s’agit de crapeaux. Alors, soit mes oreilles ne fonctionnent plus du tout, soit ces drapeaux sont des vrais choristes. Je n’exagère pas quand je dis que le bruit est assourdissant. Je pense que cela doit être terrible pour les gens qui habitent pas loin. La technique de la frontale a arrêté ce bordel sonore ambiant, mais elle m’a aussi permis de repérer le passage à prendre pour traverser la rivière. Cela coule pas mal quand même. La petite pluie qui s’est offerte à nous en descendant du Maïdo a sûrement eu un petit impact là dessus.

Mieux vaut ne pas se louper. Il va falloir sauter de rocher en rocher pour traverser. Un peu comme à la marelle. Une marelle avec beaucoup de cases quand même ! Je m’arrête juste avant de sauter sur le premier roc. Je décroche le cable que j’avais branché pour recharger ma montre. Je ressers mon sac, et je me lance. Mes jambes ne sont plus du tout agile. Elles tremblent. J’arrive tant bien que mal à traverser en m’aidant de mes mains. Le bénévole présent, doit avoir pitié de moi. Je pense que je fais peine à voir. Mes mouvements ne sont pas fluides. Je tombe plus qu’un rocher à l’autre que je ne les sautent.

(De jour cela donne quelque chose comme cela =>)

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Crédit Photo : Emmanuelle Villeneuve

Fin de la traversée, maintenant cela remonte dur. Nous devons passer entre trois gros tuyaux. Ils sont glissants. Je prends garde à ne pas tomber. Au niveau du troisième, ma tête se retrouve à 25 centimètres d’un crapeau. Je me fige. Lui aussi. L’instant est celui d’une rencontre. Nous nous regardons. Je choisis de l’écarter gentillement du sentier en lui disant « Reste pas là bonhomme.. tu vas te faire écraser par le troupeau qui arrive ! ». Oui. Je parle aux crapeaux. Et alors ? Vous n’avez jamais lu de comtes pour enfants ? Vous ne savez pas qu’il s’agit surement d’un coureur qui s’est fait changer en invertébrés par les sorciers que j’ai croisé tout à l’heure ?

Plus haut dans la montée, je regarde sur ma droite, de l’autre côté de la rivière. Je compte 5 PETZL qui avancent en direction de la rivière de galets. Je dois avoir 4 minutes d’avance sur eux. Ils vont rapidement me rattraper. J’entends à nouveau les crapeaux, qui à l’abris de ma lumière repartent de plus bel. C’est l’enfer ce truc. Pire que les scooters sur Paris.

La remonté est assez difficile. Ce n’est pas Montmartre un jour de présence touristique, non plus. Je n’arrive pas pour autant à courir. La progression est lente. Le % est trop fort. Je passe sur un mode de course en marche rapide. Je sens que je ne m’épuise pas trop comme cela. Nous passons tout à côté d’un stade. Quelques supporters sont présents.

Nous allons maintenant avancer dans une zone assez résidentielle. J’arrive à relancer. A la fin d’une route, je perds le balisage de vu. La route s’arrête à un portail. Impossible de trouver le chemin. Il y a bien un champ sur la droite, mais cela ressemble plutôt à un terrain vague qu’à la suite de la Diagonale. Je commence à faire plusieurs fois demi-tour. J’entre même dans un jardin privé. Non ce n’est pas par là. Mais c’est où bordel de putin de merde. Je commence à m’énerver. Je tourne en rond comme cela pendant près de 5 minutes. Je suis rejoins par un autre coureur. Il est plus lucide que moi. En moins de 30 secondes, il repère le bon chemin. Je le suis.

Nous repassons à proximité de maisons. Il y a plusieurs groupes de personnes qui font des fêtes dans celles-ci. En même temps, nous sommes vendredi soir. Il n’est pas loin de 23 h. C’est normal. Parfois, cela sent bon le barbecue. C’est assez cruel comme odeur. Je n’y prête pas plus attention qu’il ne le faut. Je continue à avancer avec mon nouveau collègue. Nous attaquons une montée un peu plus franche maintenant. Nous sommes dans un chemin qui passe entre les maisons. Ce n’est pas que c’est moche, c’est juste que par rapport aux paysages qui nous ont été offerts jusqu’à présent, ce n’est pas fameux. Il y a quelques détritus sur le bord du chemin. Je me dis que j’ai plutôt de la chance. Je passe ce secteur de nuit. De jour, cela ne doit vraiment pas être terrible.

Il fait très chaud. Pourtant, j’ai presque froid. Mon corps ne doit plus avoir assez d’énergie pour maintenir une température confortable. Un autre coureur nous rejoint. Il semble en très grande forme. J’arrive à prendre sa foulée. Nous courrons en montée. C’est complètement dingue.

Nous avons quitté le chemin résidentiel. Nous sommes maintenant dans des champs de cannes à sucre. Comme au tout début de la course. C’est un éternel recommencement. Je n’ai plus aucune notion du temps, de l’heure qu’il peut bien être. Je suis complètement perdu dans l’espace temps. Heureusement, le coureur que je suis imprime un bon rythme. Je le tiens facilement. Je le sens très énervé. Il n’arrive pas bien à lever ces pieds. Il n’arrête pas de se prendre les jambes dans les cannes à sucre qui trainent au sol. Je suis obligé de garder quelques mètres entre lui et moi, car il ne fait pas attention aux branches qui sont à hauteur de visage. Si je reste au contact, je risque à tout moment de me prendre un retour de bambou dans la tronche et j’aimerai éviter cette sensation.

Fin de la montée. Deux bénévoles nous attendent. Ils nous bippent et posent une petite gommette verte sur le dossard. Maintenant, cela va descendre jusqu’au prochain ravitaillement. Je suis plutôt content de ma performance sur le dernier segment. J’arrive à avancer plutôt très rapidement en montée. Je sens que cela va être différent en descente. Je me relance. C’est parti.

La descente est sèche et devient très très rapidement ultra technique. C’est humide en plus. Je n’y arrive plus du tout. Je m’arrête très rapidement. J’ai besoin de souffler. Je pisse tranquillou sur le bord du chemin. Désolé pour les détails, mais en me tenant le sexe afin d’uriner, je le sens très froid. Je pense que le corps est intelligent. Il a décidé que cela ne me serait pas utile de l’alimenter en sang chaud. Il a bien raison. Je finis d’uriner et j’avale un gel. Je n’ai plus trop de motivation maintenant. J’ai juste envie d’atteindre rapidement le prochain ravitaillement et d’oublier ce qu’il va m’arriver.

Je crois que je suis sur le Chemin Ratineau. Je ne sais pas qui a décidé d’appeler cela un chemin.. mais clairement il n’a jamais vu un sentier. Là c’est tout bonnement l’enfer absolu. Cela descend terriblement. Il n’y a aucun espace plat. Uniquement des rochers de bonnes hauteurs et des grosses racines qui empêchent de prendre de la vitesse. Je suis obligé de passer presque tous les obstacles en me servant de mes mains. Qu’est ce que ce passage est dure. Je commence à me dire que ce n’est pas grave. J’ai le droit de ralentir comme cela. Je ne finirai pas dans le Top 100. Je ferai un top 200. C’est déjà énorme. Je ne m’en veux pas. Mon moral est au plus bas, et pourtant je ne déprime pas. Je me dis que c’est aussi ça la Diagonale. Cela serait trop simple si la fin de la course était plate, roulante et pas technique.

J’arrive tant bien que mal à finir la descente. Je me fais rattraper par 3 coureurs qui avancent à un bon rythme. Je ne comprends pas comment ils font. Je remarque toutefois qu’il s’agit de 3 coureurs qui me mettent 2 têtes de hauteurs. Est-ce que cela aide ? Je ne sais pas. J’arrive à tenir leur rythme sur la fin de la partie technique. Nous rejoignons le bitume. Le coin est très mal balisé. Heureusement un des coureurs connait la route. Cela nous permet d’avancer sans se soucier du chemin. Un bon kilomètre de bitume en descente et hop. Nous voici au ravitaillement.

En disant, ce « Et Hop ». Je vous laisse croire que c’est sans difficulté. En réalité, je suis exténué. La descente a fini de m’achever. J’ai mal partout. Mon dos qui m’avait laissé tranquille jusqu’à là s’y met aussi. Mes cuisses sont littéralement en feu. Je ressens pour la première fois depuis le début de la course que je commence à avoir des ampoules aux pieds et des brulures au niveau du talon. Le diagnostic est simple maintenant. Il reste 30 km à parcourir. Cela fait 26 h que j’avance. Cela va être l’enfer aussi bien physiquement que mentalement.

 

 

(18) INTERSECTION CHEMIN RATINEAU/KAALA – Km 136.21 – Altitude 430 m

Cumul D+ = 8265 m / Temps de course : 26 h 06 min 38 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 10 km / 631 D+ 

Classement : 63ème. 

Je suis complètement HS. Je m’assoie. J’ai besoin de 10 bonnes minutes. Je regarde mon profil de course. Encore 30 bornes. Une section de descente, une petite bosse de 360 D+, une derrière montée de 821 D+ pour atteindre le Colorado, et enfin 4 km de descente pour atteindre l’arrivée. Je tente de faire le calcul pour estimer le nombre d’heures qu’il me reste à courir. Je n’y arrive pas. Je recommence 4 ou 5 fois mes calculs. Impossible. Je suis beaucoup trop fatigué. Une simple addition est devenue infaisable. C’est terrifiant.

Les trois coureurs avec qui j’étais sont repartis. Je reste seul un peu dans le ravito. Sur un banc. Je prends des forces. Un gel, des bouts de bananes, du sel et beaucoup d’eau pétillante. J’attends que quelques coureurs arrivent et je repars. Seul. En me disant qu’ils vont vite me rattraper de toute façon. En quittant le ravito, j’ai discuté 20 secondes avec un accompagnateur. Il m’indique qu’il y a une difficulté très prononcée dans quelques centaines de mètres. C’est très court me dit-il, mais par contre c’est ultra prenant physiquement. Une montée façon escalade, et une descente façon varappe. Cela ne m’enchante pas plus que cela.

J’entame la petite descente sur le bitume. La difficulté que j’ai ressenti à la sortie de Sans Soucis pour me remettre à courir est tout simplement décuplé. Mes jambes sont deux bouts de bois.. je passe mes mains sur l’arrière de mes cuisses. Elles sont en bétons armés. Ca va être très dur, voir impossible de ramollir cela. Je commence à philosopher. Ressaisis toi. C’est énorme ce que tu es en train d’accomplir. De réussir. De faire. Il y a 3 ans, tu ne courrais pas 500 mètres. Maintenant, tu es dans une des courses les plus dures au monde, au km 137, tu as déjà gravi plus que l’Everest en terme de dénivelé et tu avances toujours. Tu es incroyable. Tu dois absolument devenir l’homme que tu es. Va au bout de toi même ! Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maitre, le sculpteur de toi-même.

Trêve d’auto-encouragements. Je découvre le passage décris par l’accompagnateur. Un mur se dresse devant moi. Je n’imaginais pas que cela puisse être aussi impressionnant. Il a beau faire nuit, je me rends bien compte de la rudesse du parcours. Je me lance dedans. Les quelques coureurs que j’avais quitté au ravitaillement m’ont rattrapé. Je les laisse passer.

J’affronte l’escalade. J’ai clairement autant besoin de mes mains que de mes pieds pour avancer. Pour ceux qui connaissent, imaginer le moment le plus technique des 25 bosses en forêt de Fontainebleau.. et ajoutez-y encore des rochers et des racines pour agrémenter cela. Vous y êtes. Moi aussi. Je décide que cette montée devient officiellement LA PIRE montée de toute ma vie. C’est littéralement de l’escalade. Au bout d’un petit moment, je relève la tête. Je suis étonnement en train de rattraper les coureurs devant moi. Mince ! Ne serais-je pas si mal que cela ? Mon cerveau se serait-il conditionné en mode sous-estimation totale ? Je le crois bien. Voir que je rattrape des coureurs me transcende. Je finis gaiement la montée. Mains sur les cuisses et la tête dans le sol. Un vrai trailer en fin de course.

Cette pire montée est derrière nous. Mais malheureusement, nous enchainons avec LA PIRE descente de toute ma vie. Encore une fois, ce n’est pas la distance de cette descente qui est horrible, car elle est très courte. Tout comme la montée. Mais la technicité extrême du passage en fait une vrai difficulté infranchissable. Il m’est impossible de trottiner. Même en marchant c’est dangereux. Cela me rappelle un peu les Templiers sur la fin de parcours.

Pour descendre, il faut se tenir aux cordes, aux lianes et aux arbres pour ne pas tomber. Je me lance dans chaque trou en priant pour que la branche ou la corde saisi ne cède pas. Je me retrouve souvent dos à la descente. Complètement retourné par le mouvement. Je me fais beaucoup doubler dans cette partie. Ma vitesse de progression est pittoresque.

Cela redevient presque plat maintenant. OUUUUUUUUUUUFF. Je n’en pouvais plus du tout ! Je relance ma course. Etonnement, le passage très technique à casser la tension des fibres musculaires de mes jambes. Je suis assez souple sur mes appuis et j’ai la relance plus facile. Après quelques kilomètres a bien avancé. J’ai réussi à doubler quelques coureurs. Je suis à nouveau ravi.

Ma progression s’arrête seulement lorsque ma frontale clignote trois fois. Je ne sais pas si elle va encore tenir longtemps. J’avance de 200 mètres. Elle reclignote 3 fois. Merde. Cela ne sent pas bon cela. J’avance à nouveau. D’un coup. La lumière s’éteint. Je ne vois plus rien. Je suis dans le noir. Nous sommes dans une forêt assez basse, mais très épaisse. La lumière extérieure ne passe pas. Je m’assoie au milieu du chemin. Je saisis mon sac. Je prends mon iPhone que je passe en mode flash. Afin de garder les mains disponibles, je me mets mon iPhone dans la bouche. Qu’est ce que je dois avoir l’air idiot à ce moment là. Je trouve les piles que j’avais gardé au fond de mon sac. J’ouvre la batterie de la NAO, retire la grosse pile et positionne les deux petites. Je clipse le tout et remet la batterie dans mon sac. Je me lève et allume ma frontale. Le faisceau de lumière est très léger. Cela sera suffisant pour avancer.

Je n’ai plus aucun souvenir du reste de la section. Je me rappelle souffrir. Pas physiquement (enfin très certainement que si). Mais mentalement. Je commence à être proche de ma limite de craquage. J’arrive encore à me forcer à courir. Mais je suis proche de basculer sur un mode de course : marche lente. J’ai toujours envie. Mais je crois que je ne peux plus. Enfin presque plus.

 

 

(19) POSSESION (Ecole Evariste de Parny) – Km 143.73 – Altitude 15 m

Cumul D+ = 8391 m / Temps de course : 28 h 19 min 10 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 8 km / 172 D+ 

Classement : 71ème. 

Je n’ai pas le moindre souvenir d’être arrivé à ce ravito. Mes souvenirs reprennent avec une image. Celle d’une bouteille de grenadine. Mais ce kiffffffffff visuel absolu. Même dans mes rêves les plus fous, je ne m’imagine pas en boire. J’en demande un verre. Ultra dosé. On me le sert. Je l’avale cul sec. J’en demande un second. Je prends cette fois-ci mon temps pour profiter de la saveur. C’est extraordinaire. Les bénévoles présents me demandent si je veux m’assoir. Je refuse catégoriquement. Si je m’assois, je ne me relèverai plus. Je reste 5 minutes pas plus au ravitaillement. Je veux en finir maintenant.

Plus vite je repars, plus vite j’en aurais fini. Il reste 23 km à parcourir. Ce n’est pas le moment de faire une sieste. Un bénévole me dit que je semble plutôt en forme. Qu’on ne dirait pas que j’ai couru 144 km. Cela me fait rire. Je lui promets qu’à l’intérieur, je le sens bien moi. Il rigole aussi. Je remercie avec beaucoup d’entrain les bénévoles présents. Je fais un pas en arrière et me retourne d’un coup. Je me mets tout de suite à courir. Les trois premiers pas sont atroces. Je sers les dents et je ferme les yeux. Je ressens des douleurs jusqu’en haut de ma colonne vertébrale. C’est terrible de difficulté.

Je vois l’océan sur ma gauche. Nous longeons la route du bord de mer. C’est clairement encore un passage pas terrible visuellement. Heureusement, il y a très peu de circulation. Il est 02 h 30 du matin. Tu m’étonnes qu’il y a personne. Mon horloge interne n’est plus réglée que sur le nombre d’heures qu’il me reste à courir. Impossible d’en faire l’estimation. Je me rends simplement compte que je vais finir la nuit et courir un peu de jour par la suite. Le jour va me faire du bien. Je suis plus qu’exténué. Ma fatigue n’a pas d’égale. J’ai du mal à faire tenir mes bras à hauteur de mes côtes. Les sensations d’épuisement sont fortes.

Le long de cette route je m’évade un peu. Je me force à avancer. Comme souvent sur le plat, je me dis que ce sont des kilomètres qui me sont offerts. Je n’ai pas le droit de ne pas les courir. Je dois le faire. Je dois continuer. Peu importe les douleurs. Peu importe que j’ai envie que cela se finisse. Chaque pas me rapproche de l’arrivée. C’est tout ce qui compte. Un prisme intérieur me force à voir le possible partout.

En continuant sur ce bord de route, je ne repère pas de balisage. Je ne comprends pas où je suis. Ai-je loupé un virage ? Dois-je continuer tout droit. Je ne vois pas de frontale au loin devant moi. Je m’énerve. C’est pas possible. Ce n’est pas par là. Je fais des grands mouvements avec mes bras. Je crie. C’est par où ? J’espère peu être qu’un voisin ou qu’un passant m’entende et me guide dans mon périple. Une voiture passe. Elle ralentie à mon niveau. « T’arrête pas. Tient bon. Continue tout droit. La redoute est proche ! » Cela me rassure. Je suis sur la bonne route. Allez. On lache rien. Tu y es presque !

Je regarde ma montre : 26h30 de course. Et il reste encore 20 km. Je n’en peux plus. J’arrive à la fin de la route. Je repère un panneau. « Bienvenue sur le chemin des anglais ». Je m’arrête pour pisser et je regarde la longue ligne droite pour trouver des raideurs derrière moi. Il y a une frontale, mais elle est très très loin. 400 mètres derrière je dirai. J’avale un gel. Je me lance dans le chemin. J’ai souvent vu des vidéos de François D’haene sur celui-ci. Je pense le connaitre. Qu’avec cette connaissance, cela va être moins dur. Je me trompe complètement.

Je commence le chemin. Tel un écolier du samedi matin. Tête baissée. Droit dedans. Pour vous décrire le sol, c’est une espèce de large damier de dalles volcaniques. De la lave quoi. Parfois les dalles sont très bien alignées. D’autres fois, c’est le chaos le plus complet. On ne peut plus faire un pas sans trébucher. C’est très usant pour les pieds. Les ampoules que je ressens depuis une bonne dizaine de kilomètres se réveillent. Je sens que j’en ai deux grosses. Juste au niveau de la pliure du gros orteil jusqu’au milieu du pied. C’est très douloureux.

La montée est franche. Le chemin monte en zig zag. Un enchainement interminable de v .. enfin de w.. en boucle. On avance 20 mètres. Virage à 180° sur la droite. 20 mètres. 180° sur la gauche. Je ne peux vous dire combien de fois j’ai du tourner. C’est impossible de les compter. Je commence à vaciller terriblement. Je n’arrive plus du tout à avancer droit. Chaque pas devient de plus en plus dur. J’ai une position d’écolier. C’est à dire que je mets mes mains au niveau de mes pecs’. Les pouces dans les trous du sac. Et j’avance. J’ai déjà utilisé cette technique sur la fin de la CCC. Je sais qu’elle me demande plus d’efforts sur le dos, mais elle me permet de respirer. Je tiens le coup.

Je regarde tellement mes pieds dans la montée que je loupe chaque virage. Pour vous faire un schéma c’est simple. Alors que la route tourne vers la droite à 180°. Je continue tout droit. Mes objectifs de marche rapide sont simples. Chaque pas va chercher une dalle et demi devant moi. Je ne cherche pas un objectif plus lointain. Ainsi je me retrouve dans chaque virage complètement à l’extérieur. Il n’y a plus de cailloux. C’est le mur. Je m’arrête alors et je me dis « Merde putin. T’es con. Au prochain virage, tu feras plus attention ! ». Puis je me remets dans l’axe du chemin et je recommence à avancer dalle par dalle. Arrivé dans le prochain virage, j’ai déjà oublié ce qu’il m’est arrivé et je me retrouve encore complètement dans le mur. C’est impossible. Je n’y arrive pas. Tant pis. Je me traite de con à chaque virage. Ca marche quand même.

Un coureur me rattrape. Je lui demande si je peux m’accrocher à lui. Il me dit qu’il est sur une course en relai. Je me disais aussi qu’il allait vite pour un mec de la diagonale. Il ne pouvait pas avoir 145 km dans les pattes. Je le vois rapidement partir devant moi. Cela faisait un moment que je n’avais pas croisé quelqu’un. Cela m’a fait du bien. Mais le fait qu’il disparaisse me replonge dans ma solitude.

Je continue à me parler à moi même un petit temps. Puis je n’y arrive même plus. Je perds conscience. Je suis entrain de m’endormir. Cela fait très bizarre de s’endormir debout, alors que je suis entrain de courir. Mes yeux se ferment. Ma tête lourde tombe. Je la reprends trois fois. Je me dis que ce n’est plus possible. Je dois faire quelque chose. Je prends une flasque. Je l’ouvre et me lance de l’eau dessus. Cela marche pendant 1 minute. Je m’endors à nouveau. Je serai maintenant obligé de répéter cette opération toutes les 5 minutes. Etre obligé de se lancer de l’eau dessus pour rester éveillé. J’en suis là !

Un raideur me rattrape. Je ne le sais pas encore, mais nous allons faire les 15 prochains km ensemble. Il a pas loin de 50 ans je pense. Il a fait pleins de courses de tarés et a fait de sacré chrono à chaque fois. Un top 30 sur l’endurance trail des templiers dans mon souvenir. Autant dire qu’il envoie du pâté impérial. Nous sympathisons et parlons beaucoup. Ca aide à tenir.

A deux nous avançons mieux. Nous empruntons le chemin des anglais par le milieu et par le côté. Là ou les cailloux sont le plus alignés. Comme je le disais précédemment. Ce chemin est un vrai puzzle. Il faut vraiment être stratégique dans le choix de son chemin au risque de devoir faire des efforts plus durs que d’autres pour continuer à gravir la pente.

Après être descendus dans plusieurs ravines et avoir du remonter de celles-ci nous atteignons la fin du chemin. Cette partie en descente vers Grande Chaloupe est un chaos complet. Le puzzle qui a été parfois si parfait est maintenant un champ de dalles. Les hauteurs sont différentes. Les pierres n’ont plus aucun alignement. J’opte pour la stratégie de placer mes appuis sur la hauteur des dalles. Je perds pas mal de temps ainsi, mais je suis presque sûr de ne pas me faire de cheville par cette méthode. Les appuis sont rudes. J’ai terriblement mal aux pieds à ce moment là. Je pense au jeu qui est apparu sur internet il y a quelques mois « Floor is lava ! ». Là. Le floor is vraiment de la lava. Bon ok. Elle est froide. Mais le frottement provoqué par la descente a énormément chauffé mes pieds. Nous finissons de franchir ce ghetto complet. Plus on s’approche de la fin du chemin plus c’est l’enfer. On dirait qu’une moissonneuse batteuse à tout chambouler.

(De jour cela donne quelque chose comme ça =>) 

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Crédit Photo : Emmanuelle Villeneuve

Enfin la fin. Nous sommes à plat. Nous prenons un petit chemin de fer pour finir et rejoindre le ravitaillement.

 

 

(20) GRANDE CHALOUPE – Km 151.02 – Altitude 10 m

Cumul D+ = 8701 m / Temps de course : 30 h 14 min 52 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 7 km / 361 D+ 

Classement : 76ème. 

2 h pour faire 7 km. J’ai pourtant eu l’impression d’avancer à bonne allure. C’est vous dire la difficulté du terrain. Je pense de temps en temps aux personnes qui vont devoir faire cette section sous la chaleur plus tard dans la journée. Ca va être terrible pour eux.

Je ne m’assois pas. Je change aussi rapidement que possible les piles de ma PETZL. Il est 4 h 15 du matin. Je sais que le jour va se lever d’ici 2 h. C’est mon dernier changement de pile. Cela tombe bien. Car je commençais à ne plus rien voir. Mon compagnon n’avait plus de lumière non plus. Sa batterie l’a lâché vers la fin en approchant du ravitaillement.

Nous sommes 3 dans ce ravitaillement. Je prends le temps de boire un petit café. Je ne pense pas que cela puisse me faire du mal d’un point de vu digestion. Je n’ai eu aucun problème jusqu’à là. Malheureusement, ce café ne suffit pas à me réveiller. Je suis beaucoup trop fatigué et mes phases d’endormissement ne s’arrêtent plus. Je plonge ma tête sous un robinet.

On repart à 3. Je suis en seconde position du petit train. Le mec derrière « Jean Luc » ne va pas prononcer un mot pendant 30 minutes. Mais il s’accroche bien.

Nous repartons pour un peu de chemin des anglais. Cela ne me fait plus peur maintenant. Nous attaquons l’ultime grimpette de la course.. un bon gros + 821 mètres de dénivelé. 9 kilomètres de montée, puis ce sera la délivrance avec 4 petits kilomètres de descente. Je vois le bout. Cette montée n’est plus qu’une formalité.

Je n’ai pas trop de souvenirs du début de la montée. Nous sommes en mode automatique sur le chemin des anglais. Nous avons décidé de courir à deux devant et JeanLuc derrière entre nous deux. Si nous ne sommes pas les uns derrière les autres, c’est car la lumière de nos frontales fait de l’ombre pour celui de devant. Nous sommes fatigués au point que la moindre petite ombre devient un obstacle géant à notre avancée.

A la fin du chemin des anglais, le jour se lève. Je n’ai plus aucune notion de jour ou de nuit. Je pourrais enlever ma frontale, mais j’oublie complètement de le faire. Il nous reste encore 400 m de dénivelé positif à effectuer. Nous arrivons à voir le sommet de loin. Cela ne me parait pas bien haut. Je n’ai plus peur. Ma seul inquiétude est maintenant, et va devenir de plus en plus forte, de me faire rattraper par assez de coureurs pour être sorti du top 100. Je serai dégouté d’échouer si près de cette barre mythique.

Les deux raideurs avec qui je suis me propose de nous remettre à courir. J’ai énormément de mal à le faire. D’un côté, je me dis qu’ainsi nous ne serons pas rattrapés, d’un autre côté je ne peux physiquement plus le faire. Je tente tout de même le coup.

Nous sommes sur une partie lisse. Un bitume pas très neuf, mais très roulant. C’est terriblement douloureux. Je commence à sortir des cris de douleurs. J’essaie de basculer sur une marche très très rapide pour atteindre la même vitesse que mes compagnons. Cela ne fonctionne pas. Je suis obligé de courir. Avec le recul, je pense que c’est le moment le plus douloureux de toute ma course. Voilà 5 minutes, que derrière mon ordinateur j’essaie de trouver les mots pour décrire à quel point j’avais mal. Mais je ne trouve rien. Si vous vous êtes déjà tordu ou déplacé un membre, ou si tout simplement vous avez déjà fait ce que l’on appelle un faux mouvement, vous connaissez cette douleur. Elle dure 2 secondes, mais est tellement intense qu’elle vous crispe tout le corps. Voilà, c’est à peu près ce que je ressens à chaque pas. Je beugle régulièrement.

Dernière montée vers le colorado. J’ai beau voir à peu près où se trouve le sommet. A chaque fois que je crois que c’est terminé. Cela continue. Nous sommes dans des sentiers de terre rouge creusés par l’érosion. Je suis obligé d’appuyer fort sur mes cuisses avec mes mains pour passer les difficultés. Dès que je suis obligé de faire un pas avec la jambe droite, c’est mon bras qui me fait monter.

La blessure que je me suis fait au genou, m’empêche toute foulée uniquement à la force de ma jambe. Au milieu d’un dénivelé poussiéreux rouges. Nous entendons un raideur débouler à fond derrière nous. Il s’agit du mec qui avait décidé de s’arrêter manger un vrai repas et faire une petite sieste à Sans Soucis. Il nous a rattrapé facilement. Il galope comme un jeune lapin. Sa foulée est parfaite. Il nous dit vouloir finir en moins de 33 h. Il est au taquet. Je suis très impressionné. Je me note pour plus tard, que la stratégie d’un arrêt réel au ravitaillement peut être une solution.

Ca y est c’est presque la fin. Il y a une zone de pointage. Le vent s’est un peu levé. Cela fait du bien. Je demande notre classement. 77 – 78 – 79. Bordel. Il suffit qu’une grosse vingtaine de coureurs me dépassent et je ne serai plus dans le top 100. Le lapin qui vient de nous dépasser m’a bien montré que c’était possible. Je ne le vois même plus devant nous. Je veux absolument rester dans le TOP 100 maintenant. Je ne le dis pas. Mais je le veux. Je me force à courir jusqu’au ravitaillement. Toujours avec autant de souffrances qu’auparavant.

 

 

(21) COLORADO – Km 161.2 – Altitude 683 m

Cumul D+ = 9532 m / Temps de course : 32 h 36 min 47 sec. 

Cumul depuis le dernier ravitaillement : 9 km / 821 D+ 

Classement : 79ème. 

Nous nous arrêtons que brièvement au ravitaillement. 5 à 7 minutes pas plus. Juste le temps de recharger mes flasques en haut et de rigoler un peu avec les bénévoles. Je leur parle de l’immense bière que je vais me faire après l’arrivée. Ils m’envient un peu. Je leur propose de descendre rapidement, et de remonter avec une pinte d’ici quelques heures. Ils me prennent aux mots. Je leur dis que je ne suis pas sûr d’arriver à le faire. On verra bien. Qui sait ? Pourquoi n’aurai-je pas envie de remonter 700 de D+ en 4 km juste pour faire rire quelques inconnus..

Aller. Fini de rigoler. Ne reste plus que 4 km. J’applique ma méthode de la bouse de dernière minute et je serai en bas. Cette méthode est simple. Je l’ai apprise durant mes années universitaires les veilles de gros dossiers à rendre. Je me concentre sur l’essentiel. Je passe en mode Cavani. L’efficacité avant tout. Pas de place à la beauté du geste ou aux fioritures. On y va comme un guedin. Vaille que vaille. C’est la fin de toute façon. Je me force à repartir en tentant de courir dans la descente. Cela fait atrocement mal.

Encore plus mal que précédemment. Mais là c’est différent. Le dénivelé est négatif. Et les hauteurs à passer sont souvent grandes. C’est le retour final des marches de 50 cm. Je reçois des signaux de mon cerceau en haut de chacune d’entre elles. « HOOOOLA HOLA. Ne te jette pas dedans. Pose ton pied sur le côté. Passe lentement. » Pas le temps de l’écouter. Je me lance dans chacune d’entre elle comme si je me lançais dans le vide. A chaque réception, je me demande si mes jambes ne vont pas se disloquer. C’est effrayant.

L’entame de la descente est littéralement fait à fond. Le plus vite possible dans l’état qu’est mon corps. Je me suis fait larguer par Jean Luc et mon collégue d’aventure depuis 15 km. Chaque foulée est une vraie torture. Mais le fait de me faire doubler trois fois est encore plus dur. Je sens qu’à tout moment je peux sortir du top 100. Interdiction de faiblir. Donne tout ce que tu as. Je tente de limiter la casse en envoyant ce qu’il me reste. Avec mes armes. Avec mes capacités. Avec mon coeur.

Dans un virage, je repère le stade de la redoute de loin. J’envoie comme un taré. je relance après les virages. La descente est très technique. Je cours presque aussi vite qu’au tout début. Il y a plus de 33 h maintenant. C’est incroyable de se dire qu’on peut toujours se dépasser. Il suffit juste d’être conditionner à cela. La simple vue de la zone d’arrivée, même à deux kilomètres de la fin, m’a enthousiasmé. Je ne peux plus faiblir maintenant. J’ai beau souffrir si profondément, je ne le sens plus. C’est tellement loin de moi tout cela.

A 1 km de la fin de la descente, je rattrape un coureur. Je commence à me dire que cela va le faire. Ce n’est plus possible que 20 mecs me dépassent. A moins d’une catastrophe. Je vais y arriver.

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Je fonce maintenant. Je coupe les virage. C’est très dangereux ce que je fais. Mais ça passe donc je continue. Tous les virages nous font perdre 2 bons mètres de hauteur. Ils sont uniquement en rochers coupant.

2 h plus tôt j’aurais pris mon temps pour bien en faire le tour en m’assurant de ne pas tomber. Là c’est lunaire ce que je réalise. Je m’appuie avant le virage à gauche sur mon pied gauche très en surplomb, je saute vers la mi-hauteur du tournant. Durant mon saut, je me positionne dans le sens de la sortie du virage en me retournant en l’air. Mon pied droit se réceptionne et prend un appui ultra rapide sur le rocher coupant. Pas le temps de poser mon talon, j’amortie et me sers du rebond pour sauter vers la sortie du virage. Je bondis et fuis le danger. C’est hallucinant. Mon prochain appui sur le pied gauche n’est pas celui d’un ralentissement, mais plutôt celui d’une relance. Je repars à fond. Putin. Que c’est beau. J’aurais adoré avoir des vidéos de mes virages dans cette fin de course.

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J’arrive à une zone de pointage. La bénévole est au taquet. Elle arrive à me pointer sans m’empêcher de courir. Voilà. Citerne avant Pont Vinson est passée. 164.88 km de course. 33 h 21 minutes et 44 secondes de course. Il reste moins d’un kilomètre à faire. Je suis 84ème.

Je continue mon rythme hallucinant dans la fin de la descente. Je fonce. Je double deux coureurs. J’y suis. Je vais terminer dans le top 100 de la Diagonale des fous. Même dans mes rêves, je n’ai jamais osé penser que cela pouvait être possible. Dernier virage avant d’atteindre une route.

Je vois l’entrée du stade de La Redoute au loin. Plus que 200 mètres avant d’y pénétrer. Je change mon t-shirt tout en courant. Je ne sais pas pourquoi mais je me vois finir en débardeur. Je tiens mon sac dans une main. Enlève mes deux T-shirts de l’autre. Je suis torse nu. Des spectateurs assistent à la scène. Je pense qu’ils ne comprennent pas ce que je fais. J’enfile le débardeur. Je me rends compte que je suis complètement brulé au niveau de mes aisselles. Qu’est ce que j’en ai à foutre. RIEN. Je remets mon sacs. Je suis fin prêt à terminer cette aventure.

Virage sur la gauche. J’entre dans le stade. Il y a pas mal de supporters. Je suis très applaudi. Cela fait énormément de bien. On passe une petit arche et on rejoint la piste.

Mes premiers pas sur celle-ci me font remonter toutes les émotions. Je commence à pleurer de joie. Je ne me dis rien. Pas un « Bravo.. tu l’as fait ». Pas un  » C’est fini ». Juste un  » PROFITE.. BORDEL PROFITE !! ». Je suis à 100 mètres de l’arche final. C’est magique. Je sèche mes larmes. J’étends mes bras. Ca fait un peu Miguel Pauleta.. mais je m’en tape. Je profite à fond de cet instant. Je m’en rappellerai longtemps.

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J’entame un sprint ultime. Je donne tout ce que j’ai. Tout ce qu’il me reste. M’y voici. M’y voilà. J’avais peur de n’avoir plus de force pour le faire, mais je sens que ça va le faire.. Un appui à gauche.. un autre à droite.. j’enroule mes bras sur ma droite. Je prends appui sur la borne de passage placé au sol et je le lance.. Le beau.. le magnifique.. le traditionnel 360 d’arrivée.

(Désolé, on voit pas grand chose.. mais promis je l’ai rentré !) 

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Je l’ai fait !!!!

(22) SAINT DENIS – LA REDOUTE – Km 165.69 – Altitude 53 m

Cumul D+ = 9553 m / Temps de course : 33 h 30 min 30 sec. 

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CLASSEMENT GENERAL FINAL : 82ème. 

CLASSEMENT SENIOR HOMME FINAL : 49ème. 

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Vitesse moyenne : 4,95 km/h

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Je ne vous raconterai par écrit pas ce qu’il m’est arrivé ensuite. L’après course. Ce que je vous propose c’est que lorsque vous me croisez dans la vie, sur une course ou à l’entrainement arrêtez moi et demandez moi la suite. J’ai quelques bonnes histoires à vous raconter 😉

Voilà maintenant deux semaines que tout cela est fini. Que cette aventure est terminée. J’ai déjà pas mal tenté de raconter ce qu’il s’est passé. Ce que j’ai vécu. Ce que j’ai ressenti. Je me suis rapidement rendu compte qu’on a beau raconté avec la plus fine description possible l’ensemble du parcours, il est impossible d’expliquer les états par lesquels on passe. La seule façon pour que quelqu’un comprenne ce que j’ai vécu, c’est qu’il fasse lui même cette course pour se rendre compte. Pour faire face à toutes ces difficultés. Pour se trouver soit même dans un état physique et mental poussé au bout du possible. Je m’attendais à quelque chose de difficile. Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi difficile. Comme beaucoup, le lendemain de la course, je n’avais qu’une envie, de ne plus jamais y retourner. De ne plus jamais retenter cette folie. Mais au bout de quelques jours, cela me titille déjà. Peut être pas dès l’an prochain. Mais en 2019 pourquoi pas. J’ai encore beaucoup de rêve à accomplir dans le monde du trail. Le fait d’avoir performé sur cette Diagonale, me donne encore plus envie de continuer. Encore plus envie d’aller de l’avant. Encore plus envie de découvrir ce moment où l’on atteint l’impossible. Mes rêves en termes de trail me font peur. Certe. Mais il faut toujours se dire que lorsque tes rêves ne te font pas peur. C’est qu’ils ne sont pas assez grands ! 

A bientôt pour de nouvelles aventures. Casquettement Verte.

Et maintenant que vais-je faire
De tout ce temps que sera ma vie
De tous ces gens qui m’indiffèrent
Maintenant que tu es partie

Toutes ces nuits, pourquoi pour qui
Et ce matin qui revient pour rien
Ce cœoeur qui bat, pour qui, pourquoi
Qui bat trop fort, trop fort

Et maintenant que vais-je faire
Vers quel néant glissera ma vie
Tu m’as laissé la terre entière
Mais la terre sans toi c’est petit

Vous, mes amis, soyez gentils
Vous savez bien que l’on n’y peut rien
Même Paris crève d’ennui
Toutes ses rues me tuent

Et maintenant que vais-je faire
Je vais en rire pour ne plus pleurer
Je vais brûler des nuits entières
Au matin je te haïrai

Et puis un soir dans mon miroir
Je verrai bien la fin du chemin
Pas une fleur et pas de pleurs
Au moment de l’adieu

Je n’ai vraiment plus rien à faire
Je n’ai vraiment plus rien

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Casquette Verte au rendez-vous de la Diagonale des fous 2017 (167 km / 9700m D+) – Grand Raid de la Réunion.

Petit message pour annoncer une nouvelle pleine de fooooooolie ! Je ne m’y attendais pas.. Je ne pensais pas que dès la première tentative cela marcherait.. Je n’ai jamais eu tellement de chances aux tirages au sort.. mais la nouvelle est belle est bien tombée à 11 h 30, heure de la métropole :

J’AI … ETE … TIRE … AU SORT … pour la DIAGONALE DES FOUS 2017 !!!

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Je vais pas vous mentir. Je vais pas me la jouer : « Ok. C’est bien. Mais il va falloir beaucoup de travail maintenant ».. Je suis juste tellement.. mais tellement HEUREUX ! Je suis littéralement SUREXCITE ! C’est complètement dingue. Je n’y crois toujours pas. Mais pourtant si. C’est fait. Ce 19 octobre, je me lance dans le Grand Raid de La Réunion. Incroyable ^^

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Bon. Ok. Je suis un peu en avance sur mon calendrier. C’était mon objectif 2018 (voir l’article Objectif Diagonale des fous 2018…) pas 2017. Mais attendre encore une année de plus, ça aurait été trop simple.. ou plutôt trop compliqué.. trop calculé.. trop sage.. pas assez imprévisible.. trop linéaire !

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En m’inscrivant à l’édition de cette année, j’ai voulu sortir de ma zone de confort. Celle-ci même dans laquelle je commençais à lentement me reposer. J’ai voulu rompre le sort de la monotonie. Briser les cycles. Me mettre en danger. J’ai voulu ajouter un peu de folie pour avancer. Une pincée de culot, d’audace et beaucoup de motivation. Voilà ce qu’il me fallait ! Ca y est ! C’est fait. Dans 7 mois, j’y serai ! C’est complètement fou ^^ Il va me falloir quelques jours pour redescendre sur terre ! Avec Thomas Pesquet, nous sommes maintenant deux français en orbite ! Houuuuston .. We got le Grand Raid 😀

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Je vais partager ici ma prépa’ physique.. mentale.. mes moments de doutes.. de certitudes.. La découverte de cette aventure qui me tend les bras. C’est parti pour quelques mois fantastiques. Ca va être bien. Ca va être très bien !

Vous pouvez aussi suivre mon aventure sur :

-> Mon Instagram : @Cheixbou

-> Mon Twitter : @a_bchx

-> Ma page Facebook : @Casquette Verte

En attendant, pour ceux qui ne connaissent pas et qui ont un peu de temps (1 h) devant eux : La Diagonale des fous, ça ressemble à ça :

Casquettement Verte ! Bise.

Objectif DIAGONALE DES FOUS 2018 (167 KM – 9700 D+)

Depuis maintenant plusieurs mois, je suis à la recherche de nouveaux défis personnels. De nouveaux caps à passer. De nouvelles histoires incroyables à raconter.

En terre de Running et de Trail, la frontière de l’impossible se situe du côté de la Réunion. 167 KM – 9700 D+. Une diagonale pour transpercer l’île en traversant le Piton des Neiges, Cilaos, le cirque de Mafate et j’en passe.

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Impossible pour un jeune parisien fêtard me direz-vous. C’est ce que je croyais. L’évidence est là.. elle l’a toujours été.. et je m’y rends. Lorsque l’évidence s’appelle Diagonale des fous on ne peut que se rendre à elle.

Il a bien sur fallu me convaincre qu’Impossible is nothing, qu’Impossible n’est pas français, qu’à coeur vaillant.. rien d’Impossible.

Dorénavant. Profondément convaincu. Ne sachant pas que c’est impossible, je le fais. Je m’inscris à la Diagonale des fous 2018.

 

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La stratégie du toujours plus. 

Au commencement, j’ai toujours eu la volonté de courir un peu plus que la dernière fois. « Aller.. cette fois je cours 2 km sans m’arrêter. » – « Aujourd’hui, peu importe mes poumons qui implosent je fais 5 bornes. » – « Pour cette sortie, ces deux chiffres minimum. » – « Si j’ai fait 10.. Je peux bien faire 15 » – « Un semi-marathon, ce n’est que 6 km de plus finalement » – « 30 bornes .. doucement.. ça devrait le faire. » – « Marathonien.. C’est la classe quand même. » – « SaintéLyon.. Un premier défis de taille. » – « EcoTrail 80.. le plus dur sera de monter la tour Eiffel ».

Cette stratégie du « Toujours plus » est ancrée en moi.. Un maillon indissociable de mon ADN. Mon humour, ma présence sur les réseaux sociaux, mes relations affectives.. tout a toujours été guidé par le toujours plus !

Souvent, si n’est ce n’est à chaque fois, le toujours plus m’a joué des tours. Une blague finalement pas drôle, une exposition narcissique sur les réseaux sociaux mal interprétée et des rencontres amoureuses gâchées sont le lot quotidien résultant de ma façon d’être. Quand on sème toujours plus, on récolte toujours trop. Mais peu importe. Si je ne le fais pas je vais regretter. Quoi qu’il puisse arriver.. je préfère avoir des remords que des regrets !

 

Dans le trail, toujours avoir un coup d’avance. 

C’est un collègue de bureau qui m’a mis le pied à la course. Il m’a beaucoup appris. L’entrainement, la gestion de course, le mental.. beaucoup de bons conseils. Mais celui que je préfère, que j’ai adopté avec le temps, c’est de toujours avoir un coup d’avance.

Toujours avoir un coup d’avance, c’est tout simple. C’est de toujours être inscrit à une ou deux courses dans le futur. Avoir des points de mire, avoir des points de chute.. c’est avoir un objectif auquel se rattacher, pour, en tout temps se motiver à s’entraîner.

D’ores et déjà, je suis inscris au Grand Trail des Templiers fin octobre, à la SaintéLyon en Décembre, à l’EcoTrail 80 de Paris en Mars et au Marathon de Paris en Avril. Finir ces courses pourrait être un objectif en soit. Mais maintenant, cela rime plutôt avec un simple plan d’entrainement pour atteindre mon toujours plus.. ma Diagonale des fous 2018.

En 2017, je vais donc rajouter encore quelques cordes à mon arc : La CCC, petite soeur de l’UTMB (101 km et 6100 D+), un deuxième Grand Trail des templiers et une troisième SaintéLyon. Pour l’instant, je ne sais pas quel va être mon plan d’entrainement pour les 10 mois qui me sépareront d’octobre 2018. J’ai encore un peu de temps pour y réfléchir.. pour garder mon coup d’avance.

 

Zinzin Reporter. 

Le défi Diagonale des fous, n’est pas arrivé par hasard. Il s’est construit en moi. Petit à petit, comme une addiction qui cache son nom et qui se déclare lorsque c’est déjà trop tard.

En grande partie, ce sont les vidéos de Denis Clerc (alias Zinzin Reporter) qui m’ont appâté. Principalement, les trois vidéos embarquées sur ses Diagonales.

Diagonale 2013Diagonale 2014Diagonale 2015 

Je vous conseille mon coup de coeur « Doublement Zinzin » la vidéo de 2014.

 

En regardant ces vidéos embarquées, on comprend rapidement la difficulté de la course .. le bonheur d’y participer .. le défis humain sans comparaison possible que la diagonale représente.

Là où beaucoup se dirait « C’est sur-humain, jamais je ferai un truc comme ça ».. moi.. cela a attisé ma curiosité. Cela m’a donné soif de découverte. Dépendant d’une boisson nommée Diagonale, je me suis laissé aspirer. « Garçon.. une diagonale s’il vous plait ! »

 

Killian Jornet. 

En découvrant la diagonale des fous, j’ai aussi découvert les extra-terrestres de l’Ultra. François D’Haene.. et surtout Killian Jornet.

Quelque soit les passions que j’ai pu me découvrir. J’ai toujours eu un exemple, une idole, une étoile pour me guider. Pour le foot, c’est Zizou qui s’en ai chargé. Pour l’humour, Pierre Desproges a bien fait l’affaire. Pour le cinéma, Jean-Pierre Jeunet s’est porté volontaire.. pour la diagonale c’est Killian qui me passe le relais.

 

Voir, ce jeune homme, survoler cette épreuve ; c’est me donner du « A respecter ». Quand je ne sais pas faire, j’admire. Quand j’admire, que je veux réaliser. Quand on me prouve que c’est réalisable, je suis tenté.

Par cet article, j’annonce officiellement que je vais le tenter. Sur un malentendu, ça peut passer. Je publierai régulièrement, les avancées de ma préparation. Je tenterai d’évoquer tous les aspects : L’entrainement physique et sportif – La prépa mentale – L’organisation et la logistique – Le financement. J’espère que ma soif de diagonale ne va pas vous souler. Les gars, désolé  d’avance pour hier soir.. d’avoir fini à l’envers .. Je suis ivre du Grand Raid.. Promis ce sera la dernière !

Tout.. tout.. tout..

Vous saurez tout sur ma diagonale..

Mes vérités, mes faux désespoirs

La laideur de mes pieds, la beauté de mes cuisses

La dureté de l’entrainement, les coups de mou mental

Qui ne seront m’affecter

Le gros dénivelé

Les p’tits moments de doutes

Le grand espoir

Le moi exacerbé

TOUT TOUT TOUT TOUT

Je vous dirai tout sur ma diagonale !