Récit Issy Urban Trail 2018 (30 km) – 6ème au général en 02h04min32sec (4ème Senior Homme).

Récit Issy Urban Trail 2018 (30 km) – 6ème au général en 02h04min32sec (4ème Senior Homme).

Et voilà. Premier dossard de 2018 accroché. Un premier dossard un peu particulier pour moi. Une distance relativement courte (30 km) et un trail très urbain. Autant dire que je ne m’attendais pas à jouer les avants postes sur cette course.

Deux boucles de 15 km dans  Issy Les Moulineaux à parcourir de nuit, dans cet fin d’hiver froid et humide que Janvier nous offre. Un tracé pas du tout linéaire. Beaucoup de changements de direction à 180°.. voir 360° parfois.. des passages dans des parcs en slalomant dans les allées.. Quelques remontées sur les hauteurs pour faire un peu de dénivelé.. des trottoirs humides et glissants en plein coeur de ville.. quelques segments boueux.. et la possibilité fréquente de relancer dans des descentes ou des plats tout en bitume.. Bref, l’Issy Urban Trail tient la promesse de son nom. Un trail Urbain !

Vous le savez surement déjà, je termine 6ème de cette course (Et non 4ème comme j’ai pu le penser un temps). Au pied du podium. Je peux ainsi maintenant me présenter comme le Poulidor du Trail.. cela me fait bien rire. Quelqu’un m’a envoyé un message pour me dire qu’au moins Poulidor, lui, faisait toujours deuxième. Et bien là c’est un peu pareil. A quelques places près.

Je ne suis pas déçu. Loin de là. Il y a bien évidemment la frustration de terminer au pied de mon premier podium. Une 4ème place dans ma catégorie. A 3 minutes du podium au Scratch.. Ca frustre. C’est clair. Je pourrais vous expliquer le pourquoi du comment qui m’a amené à ce relatif échec. Mais les explications sont presque toujours des justifications. Et je ne pense pas avoir à me justifier. J’ai pris beaucoup de plaisir sur cette course. A moi maintenant, de vous le partager !

 

 

Vendredi – 18 h – Veille de course : 

Je pars du bureau avec un collègue qui se lance lui aussi sur le 30 km. Sa première fois sur ce genre de distance. Je me sens obligé de l’accompagner dans sa fin de préparation. Je souhaite vraiment qu’il aille au bout.

Nous allons chercher nos dossards dans la Halle C. Guillaume. Je redécouvre avec beaucoup de joie la sensation de participer à une course officielle. Cela m’avait énormément manqué. Le simple fait de me retrouver en face de bénévoles et de dire : « Bonjour.. je viens récupérer mon dossard. Je suis sur le 30 » fait monter en moi cette douce sensation de bien-être et d’excitation pré-course. Je sens déjà que j’ai très envie d’y être. De me lancer.

Cela fait fait toujours bizarre d’aller chercher un dossard et de rentrer en métro chez soi. Maintenant que je suis habitué à faire des courses un peu partout en France et dans le monde, je me suis habitué à être un touriste de la récupération de dossards. J’attends autant de découvertes dans ce moment que dans la course en soit. Et là, être à Issy Les Moulineaux et demander un dossard.. c’est très étrange. J’ai l’impression de jouer à domicile. De ne pas vraiment m’évader.

IMG_4480

L’organisation n’est pas celle de l’UTMB ou de la Diagonale des fous. C’est clair. Mais elle n’a pas à rougir. On récupère rapidement son dossard. Les bénévoles sont très sympas. On peut rire avec eux. La dimension « Rencontre & Partage » est là. C’est un peu artisanal, mais cela fonctionne bien. Je trouve un certain charme à aller dans un gymnase pour me faire stabiloter le nom sur une feuille A4 imprimée et posée sur une table d’appoint recouverte d’une nappe en papier.

IMG_4481

IMG_4483.JPG

IMG_4484

Je n’ai pas suivi de préparation particulière pour cette course. Mon mois de janvier a été assez costaud niveau volume de course (autour de 365 km). Je n’ai pas tellement rencontré de gros pépins physiques.

La semaine précédent la course, j’ai effectué une belle sortie unique le mardi (27 km) histoire de faire tourner les jambes, et j’ai fait repos les jours suivants. Une grosse cure de sommeil (2 nuits de 10 h) afin d’arriver reposé, mais pas de malto cette fois. Uniquement du riz et des pâtes les 2 jours précédent le départ. Bref. Rien de spécial. Pas de secret de prépa à vous distiller.

Si j’avais voulu me préparer spécifiquement pour ce type d’effort, je pense que j’aurai fait 3 semaines avec des enchainements de sorties de 15 à 20 km à bloc sans pause, avec du poids dans le sac et une PETZL sur le front pour être à 100% prêt. Il est vrai que je suis simplement venu repérer le parcours deux semaines plus tôt. Durant cette séance de repérage, j’ai pu me rendre compte que sans balisage, c’est vraiment très compliqué de suivre le tracé. Je flippais déjà de me perdre.. Une sensation prémonitoire ? Qui sait !

 

 

Samedi – Jour de course. 

Je me réveille tard. Cure de sommeil oblige. Je me sens vraiment bien. Je ne ressens aucun stress, aucune boule au ventre. Le fait de savoir que je vais simplement courir autant qu’à l’entrainement inhibe totalement ma peur. Ma seule crainte est sur le rythme qu’il falloir imprimer. Je me connais, je vais vouloir envoyer plus fort qu’à l’entrainement. En fait, pour dire vrai, je sais que l’ambiance course officielle va me donner sans le vouloir des ailes. Je vais me sentir plus fort que d’habitude. Est-ce que je suis vraiment prêt à dépasser mes seuils habituels ? Est-ce que mon corps ne va me dire un « Et coco.. t’es mignon.. mais là.. tu te mets dans le rouge.. je vais te punir.. ça va faire qu’un tour.. et tu vas physiquement le ressentir.. ». Cette crainte me suit toute la journée durant.

IMG_4498

Je prépare mes affaires soigneusement et je fais ma traditionnelle photo d’avant course. J’ai décidé de partir très léger cette fois. Un simple short et mon T-shirt sans manches de la Diagonale. (Promis, je ne l’ai pas mis pour craner. C’est juste que je n’ai pas d’autres t-shirt en mode débardeur à disposition.. D’ailleurs, si un sponsor veut bien m’en offrir quelque-uns.. qu’il n’hésite pas.. hein 😉 ).

Niveau chaussures, je décide de partir en Running. Mes Asics Gel Noostra Tri 11 feront l’affaire. J’adore ces chaussures. Je cours avec depuis maintenant plus d’un an et je m’y suis totalement habitué. Je sais qu’il va y avoir quelques passages un peu boueux, mais je sais aussi que ce ne sont que quelques centaines de mètres sur le parcours. Ca glissera un peu. Mais ça devrait le faire.

Côté sac, je pars avec mon Salomon S-Lab 12L. Dedans, il n’y aura rien à part mes flasques 500 ml, mon iPhone et quelques gels. Pour la PETZL, je la joue royale en prenant ma NAO+. Je sais très bien qu’elle ne me sera pas d’une grande utilité, mais elle a deux grands avantages : 1 – Me permettre de mettre la batterie dans mon sac, pour ne pas avoir le poids à porter sur le crâne. 2 – Je la trouve très stable et confortable en course. Même à grande vitesse, elle ne bouge pas. C’est parfait.

Niveau montre, ma Garmin ForeRunner 325 va m’accompagner. Cela fait maintenant 3 ans que j’ai cette montre. Je suis réellement épaté par sa durée de vie ! Enfin, j’ajoute bien entendu ma Casquette Verte à cet attirail.

Juste après avoir poster la photo sur les réseaux sociaux. Axel Poudes, me fait remarquer que j’ai oublié de prendre des gants. (MERCI MEC). Bonne idée. La météo annonce très frais ce soir. Autour de 2 ou 3 degrés. Déjà que je pars en sans manche et short, l’oubli des gants aurait pu être fatal. (Comme quoi, les réseaux sociaux, c’est vraiment utile).

Je passe le restant de la journée à me reposer. Deux plats de riz, et HOP. C’est parti. Direction Issy Les Moulineaux pour rejoindre mon collègue qui semble par les messages qu’il m’envoie ressentir la lassitude de l’attente pré-course.

De mon côté, j’ai appris à gérer ces moments. A ne pas me laisser prendre par la pression qui monte. A bien prendre mon temps. A réfléchir sur ce que je dois faire ou ne pas faire. A réussir à me déconnecter complètement de l’enjeu. Sur le trajet jusqu’à chez lui, je fais mes traditionnelles exercices de relaxation et de respiration. Je ferme doucement les yeux. Respire par le nez et je fais complètement le vide en moi. Je suis paisible. Il y a beau y avoir un bordel pas possible dans le Tramway. Je suis un moine au milieu de cette jungle urbaine. On pourrait m’agresser à ce moment là que je répondrai par un proverbe tibétain sur la sagesse du corps et de l’esprit. Désolé.. je divague un peu.

Je reviens à moi en me rendant compte que j’ai oublié de prendre le ruban rétro-éclairant obligatoire pour la course. J’espère que l’organisation ne sera pas tatillonne et que je ne risquerai pas une disqualification. Les souvenirs de mon bonnet oublié sur la CCC reviennent à moi. Je pense que cela devrait passer cette fois.

Quelqu’un qui me suit sur Instagram m’envoie une photo du parcours. Il l’a fait dans l’après-midi. Il me dit que les passages dans les parcs sont assez boueux et que les escaliers sont glissants. Cela ne m’effraie pas plus que cela. Par contre, je remarque sur sa photo que le balisage au sol et très proche du tournant. Cela peut paraitre mineur, mais lorsque l’on cavale comme un déglingo, voir à la dernière seconde qu’il faut tourner sur tel ou tel chemin, n’est pas chose facile. J’aime bien anticiper mes virages, mes trajectoires. Avec ce type de balisage, je sais déjà que je vais louper des virages et même certainement me pommer. J’espère que les balisages hauts (rubans) seront visibles à l’avance et qu’ils seront rétro-éclairés.

IMG_4499.PNG

Je traverse maintenant Issy-Les-Moulineaux. Je commence à me demander quelle type de performance je peux espérer. Je me suis fixé l’objectif de faire un TOP 15 – TOP 20. J’ai regardé les résultats des autres années. La première place s’est joué en 02h05 l’an passé. Je pense au moins mettre 15 à 20 minutes de plus. Bien sur, dans ma tête je sais que je pourrai faire mieux. Mais est-ce que j’ai vraiment envie de me faire mal. Est-ce que j’ai vraiment envie de pousser le moteur dans le rouge pendant de longues périodes. Je n’aime pas trop cette sensation de dépasser les limites du raisonnable en terme de vitesse. Je pense déjà à mon objectif – de 3 h sur le marathon en Avril. Je n’ai pas hâte du tout. Je me dis que ce soir peut être un bon moyen de me tester sur ce genre de cadence. On verra bien.

J’ai rejoint mon collègue chez lui. Nous regardons le match de Rugby pour passer le temps. Les bières sont au frais. C’est moralement très dur de ne pas en prendre une. J’avale un paquet de pistaches pour faire passer cette frustration. Sur son iPad, installés dans le canapé, nous révisons une dernière fois le parcours. Il l’a bien repéré de son côté. Il m’indique les passages difficiles, les escaliers et les rues en pentes. Je lui dis que je sens que je vais me planter. Il me dit : « Tu n’as qu’à suivre les autres coureurs ».. Je lui réponds : « Euuuh. Et si il n’y a pas d’autres coureurs.. comment je fais ? ^^ ».

IMG_4500

 

 

19h50 – Départ pour déposer le sac dans la Halle C. Guillaume.

Nous nous changeons. Juste avant de partir, nous ouvrons la fenêtre. Il bruine. Ce n’est pas vraiment une averse, mais cela n’est pas l’ambiance Sahara – Tropiques non plus. Mon collègue regarde sur son application météo. Cela annonce 2 ou 3 degrés et l’icône est celui de la pluie et neige mêlées. Je le regarde. Je regarde mon short. Il me regarde. Je regarde mon t-shirt. Je ris. Je sais déjà que je vais me peler GRAVE !

IMG_4501

Sur le chemin qui nous mène à la Halle, nous repérons le balisage de la course. Le ruban est blanc, sans éléments rétro-éclairant. Et merde. Je vais me pommer. Je le sais. Je teste de voir si en éclairant avec ma PETZL je repère de loin le balisage. Clairement, je ne le repère pas. Pause « Conseil à l’organisation ». Si c’est possible, l’an prochain : Essayez de commander du rubalise jaune ou orange fluo. En ville, le blanc est partout. Il se repère mal. Je n’ai aucun reproche à faire sur la quantité de balisages présents sur la course. Juste la couleur.. blanc ce n’est pas stratégique. Je suis sûr en plus que le sponsor « Crédit Mutuel » ne sera pas dérangé.

Dans la halle. C’est l’ambiance de course qui est là. Dans tous les coins, les coureurs se préparent. Je croise quelques airs anxieux.. quelques positions de repos.. Quelques sourires de circonstances et un relatif calme avant la tempête. Nous nous dépêchons de déposer notre sac à la consigne auprès des bénévoles (toujours aussi sympas et encourageants) et nous partons en direction de la ligne de départ qui se trouve sur l’île Saint Germain.

IMG_4507

IMG_4508.JPG

800 mètres à peine nous séparent de la ligne de départ. Sans pull maintenant, le froid commence à nous saisir. Le départ est dans 30 minutes. Il va falloir se réchauffer un peu. Nous trottinons. Je fais une ou deux accélérations pour tester les jambes. Les sensations sont tops. Cela va passer comme dans du beurre.

Arrivé sur l’île. Il fait très sombre. Les lampadaires de la ville ont fait place à un espace sombre plus en adéquation avec mes connaissances de la course nocturne. Je sais qu’il faudra repasser par là au moment du second tour. Je ne repère aucun balisage. Cela m’effraie. Je ne comprends pas trop par où le parcours peut-il bien passer. Au loin, nous repérons des flambeaux. En se rapprochant, nous nous rendons compte qu’il s’agit de jeunes bénévoles qui tiennent à bout de bras des torches enflammées. J’adore l’ambiance que cela créé. Manque plus qu’une musique d’ambiance du style « Grosse secte » et ça me rappellerait presque des cérémonies d’intégration en école de commerce. Un des jeunes nous accueille avec le sourire et beaucoup de sympathie. Nous le remercions et je lui lance un « Bon courage.. Hésite pas à changer de bras de temps en temps avec ta torche car tu vas douiller à force ». Il rigole.

 

 

20 minutes avant le départ – Nous approchons de la ligne de départ.

Elle se situe au milieu d’un grand champ. Comme posé. Presque au milieu de nul part. Les bénévoles aux flambeaux ont dressés une haie d’honneur. Franchement visuellement, et au niveau de l’ambiance c’est top. Je n’ai pas souvent vu cela sur des courses. Bravo à l’organisation pour l’idée ! C’est tout simplement génial.

FullSizeRender

Crédit photo – Instagram – @Issy_Urban_trail

Nous arrivons donc au milieu de ce champ, 20 minutes avant le début de la course. Je suis très surpris. Il n’y a personne. Aucun coureur à l’horizon pour le moment. Tout le monde doit être encore au chaud dans la halle. De notre côté, la musique Electro à fond dans la sono nous motive plutôt bien. Nous sommes là, tels deux couillons à danser comme si nous étions en festival, habillés en trailer, frontale sur la tête. J’apprécie ce moment.

Pour me réchauffer (Et oui.. il fait toujours 2 degrés, il bruine et je suis toujours en débardeur – short) j’entame des accélérations dans le champ. J’allume ma PETZL et j’effectue des grands cercles. Je me prends pour un cheval qui profite de l’espace qui lui ait offert. Libre. Courant comme le vent s’engouffre dans les plaines. Les jambes répondent présentes. J’arrive facilement à dynamiser ma foulée. Je le sens bien.

 

 

10 minutes avant le départ. 

Les coureurs sont arrivés. J’avais peur de ne pas pouvoir être en première ligne. Que la malédiction de ma SaintéLyon recommence. Mais cette fois-ci pas de problème. J’y suis. Et puis j’y suis bien. Je me sens à ma place. C’est étrange. Sur autres courses, j’aurai énormément de mal à me considérer à ma place en première ligne. Là, c’est presque naturel. Comme si j’avais atteint le niveau qui m’y autorise. C’est très con. Mais j’aime cela. 3 ans en arrière, je me serais positionné très en retrait. Je n’aurai pas voulu me montrer. Je me serai fait discret. Là, c’est tout l’inverse. Je m’éclate en première ligne. Je danse. Je saute. Je joue avec mes jambes. C’est le bonheur.

FullSizeRender

Copyright photo : Instagram : @9ariane2

IMG_4537

Le speaker me regarde et me dit un « Alors là.. toi t’as pas froid.. respect mec.. ». En me retournant, je me rends compte qu’autour de moi tous les coureurs sont très chaudement habillés. On dirait qu’ils partent pour la traversée du Mont-Blanc, ou de l’arctique sud. Du triple couche en veux-tu en voilà, avec des collants thermiques et des vestes imperméables. C’est drôle. Je n’ai même pas froid. Est-ce que c’est l’excitation ? Est-ce que je me suis mentalement bien préparer à avoir froid ? Je ne sais pas. En tout cas, je profite à fond !

IMG_4523

 

 

Départ dans 10 secondes. Je ne suis pas du tout concentré sur la course. Vite. Vite. Rentre dedans. J’ai déjà souhaité bon courage à mon collègue. Je peux me focaliser sur ma course maintenant.

9. Fait ce que tu sais faire.

8. Pas d’excès de confiance.

7. Si tu sens que ça pique.. teste toi avant de prendre une décision.

6. Aller. Un top 15 c’est faisable.

5. Oulà. Les deux mecs à gauche ont l’air super chauds.

4. Courir 30 bornes à fond. T’es vraiment prêt ? De toute façon c’est trop tard.

3. Un pas avant. Un pas en arrière. Pas en avant. Pas en arrière.

2. Ca y est. Cela recommence comme à chaque début de course. Respire une dernière fois.

1. Eclate toi. C’est que du bonheur.

0. GOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!

IMG_4520.JPG

 

 

21h00 – Départ de l’ISSY URBAN TRAIL : 

Je démarre à fond. Je ne pars pas en sprint. Mais je suis très dynamique. Au bout de 25 – 30 mètres. Je prends la tête. Cela me fait bizarre. Personne devant moi. Par contre, je sens bien une foule qui me courre après. J’ai l’impression de fuir en avant. De cavaler pour ne pas me faire manger par une horde de coureurs affamés.

Vers la fin du champ, je sens déjà que ce n’est plus une foule derrière moi. Cela doit être une ligne d’une dizaine de coureurs partis à balle. Je ne sais pas ce que je fais. Je ne réfléchis pas. Juste j’avance. Ma foulée est systémique. Pas réfléchie. Nous traversons une zone un peu inondée dans le champ. Pas le temps, ni l’intelligence de course pour l’esquiver. On passe droit dedans. Je pense à la boue et à l’eau qui rentrent dans mes chaussures. En temps normal, j’aurai fait un détour, ou, du moins, quelques pas de côté pour éviter cette sensation, mais là je continue. Droit dedans. Cela ne me dérange pas.

Deux vélos me précédent. Ils pédalent dur. Nous avons rejoint un sentier. Je peux réellement envoyer. D’ailleurs, je n’ai même pas besoin de me le dire. Je le fais automatiquement. La sensation d’être le premier est très étonnante. Je ne sais comment la décrire parfaitement. Ce n’est pas de la fierté, car je sais que ce ne sont que les premiers mètres, mais c’est plutôt une sensation de « devoir » et de « respect ». Comme si être premier sous entend devoir être à la hauteur de la course et du rang. S’écrouler ou faiblir serait presque manquer de respect aux autres coureurs. C’est avec ces images en tête que je continue à envoyer juste derrière les vélos.

Suivre des vélos qui pédalent à bloc. C’est très drôle comme sensation. J’ai l’impression d’être un animal. Je ne pense pas que le sens de la vie humaine soit d’être en débardeur dans le noir, sur des chemins boueux, une nuit de février, à courir frénétiquement en poursuivant deux bonhommes sur des engins mécaniques. Ce n’est définitivement pas le sens de la vie selon moi.. mais c’est pour cela que cela me plait. Cette image reste gravée en moi.

Nous tournons les jambes à fond. Je termine presque le premier kilomètre en tête. Ma montre bipe. 3min40 secondes au km. Ooooh putin. Je suis parti fort. Même à l’entrainement, lorsque je veux faire de la vitesse je ne pars pas comme cela. Je me résonne un peu. « Mon grand.. tu as encore 29 km à faire.. ne te crame pas tout de suite. C’est pas grave de lâcher la première place.. de toute façon ce n’est pas ton objectif.. rentre dans ton rythme sans te soucier des autres ». Je ralentie un peu.

J’ai beau ralentir. Nous rattrapons les vélos qui mènent la course. Un des deux vélos se loupe dans un virage. Le chemin est très glissant à cet endroit. Si le mec à vélo s’est foiré, autant dire que de notre côté c’est Holiday On Ice. Et vas y que chaque foulée part totalement en couille, et vas-y que tes appuis et rebonds finissent en savonnette à chaque fois. Si des observateurs nous regardent, ils doivent se marrer. Un troupeau de coureurs qui tentent d’envoyer comme des brutes et qui ont le pas qui glisse à chaque foulée. Pour vous faire une image, je vous propose de regarder un épisode de dessins animés du style « Bip Bip le Coyotte » lorsque le coyote tente de courir sur de la glace. Vous l’avez ?

Fin de la première section boueuse. Nous repassons sur du bitume. Les coureurs autours de moi se demandent entre eux :  » Tu es sur le 30 ? Tu es en solo ? Ou tu es sur le relai 2 x 15 km ? ». Je ne comprends pas. Je pense qu’ils doivent être là pour la gagne. A vrai dire, personnellement je m’en tape. Je réponds à la question, mais ne la pose pas en retour. Je suis concentré sur le fait que je cours beaucoup plus vite que d’habitude, et cela me prend déjà beaucoup d’espace au niveau des neurones.

Je suis maintenant en 2 ou 3ème position. Virage à 90° à gauche. Virage à 90° à droite. Et c’est parti pour l’ambiance trottoir qui va rythmer la soirée. Le premier coureur à doubler le vélo. Je me retrouve juste derrière lui. Ca pédale fort. Il me gène quelques fois dans ma foulée. J’ai envie de lui demander de passer sur la route, mais ma respiration m’empêche de prononcer la moindre parole audible.

Après le terrain de foot, dans un virage à 90° sur la droite, une meute d’enfants crient au loin. Je sais que que Bertrand Lellouche (l’auteur de Trails et Ultras Mythiques) m’attend à cet endroit. Je l’ai rencontré sur l’UTMM en décembre dernier. Je le discerne à peine. Il m’encourage « Aller Casquette Verte !! ». Cela fait beaucoup de bien.

IMG_4538.JPG

Encouragements pris. Je continue à avaler le parcours à pleine bourre. La vitesse que nous avons tamponné au départ est restée notre vitesse de croisière. Ma montre BIP le deuxième kilomètre. Je prends le temps de la regarder. 3min41 au kilomètre. Ce n’est pas possible. J’ai un peu du mal à y croire. Je cours depuis 2 km à plus de 16.4 km/h. WTF !! Je dois me résonner et ralentir un peu.

IMG_4539.JPG

Nous longeons maintenant l’ile dans le sens inverse. J’ai l’impression que nous avons déjà fait un trou avec le reste de la course. Je n’ai plus la sensation d’avoir une dizaine de coureurs derrière moi. Je ne me retourne pas pour vérifier. Mais je le sens, je l’entends. Il n’y a pas de bruits derrière moi. Aucun clapoti de d’urban trailer sur bitume. Je suis en troisième position. La tête de course commence à s’éloigner un peu devant moi. A peine quelques dizaines de mètres.

A la fin de l’île, je dois avoir 150 à 200 mètres de retard sur le premier. J’ai ralenti en 3min47 du km. Le leader a du garder le rythme de départ. Costaud le mec ! Nous traversons le pont pour quitter l’île et rejoindre Issy Les Moulineaux. Une grande ligne droite tout en bitume, très plate me permet de faire le point. Je regarde de temps en temps sur l’île. Je vois peu de coureurs. Pourtant c’est à peine 500 ou 600 bons mètres derrière moi. Je me dis qu’il faut maintenant gérer mon effort car les premières difficultés en terme de dénivelé vont commencer.

J’avance. Un coureur n’est pas loin derrière moi. Il me double sur cette section plane. Il me dit que nous sommes peut être parti un peu vite. Je rigole. Et tente de lui répondre un « C’est clair ». Mais j’ai encore beaucoup de mal à parler. Il est devant moi maintenant. Il prend rapidement un peu de distance. Il est vêtu d’une belle tenue rouge et bleu de triathlète. Ce genre de tenue que je n’oserai pas porter. Je m’évade dans son déguisement de course. Je l’analyse. J’ai l’impression qu’il n’a pas de réserve pour boire. Je me demande comment il va tenir.

Je repère les bénévoles au niveau d’un feu (tricolore) un peu plus loin. Nous devons traverser l’avenue qui longe la Seine. Je suis seul. Le coureur devant moi, m’a mis 50 mètres. Je n’ai pas faibli sur mon rythme depuis le départ. Mes jambes qui ont été un peu douloureuses sur le deuxième km (le temps qu’elles se réchauffent quoi) commencent à avoir compris ce qu’il va leur arriver.

En débarquant au niveau de la route à traverser, les bénévoles me demandent de m’arrêter. Clairement, c’est pas cool. Je me retrouve à l’arrêt le temps qu’une voiture s’arrête au feu. Ok. Je comprends le besoin de sécurité. Mais là, clairement, m’arrêter à 0 km/h. C’est un peu difficile à encaisser. Aussitôt la voiture arrêtée, il faut redémarrer. Qu’est ce que c’est dur. Faire 3 km à bloc. S’arrêter sèchement et devoir redémarrer aussi fort. Je prends sur moi.

 

 

Kilomètre 3. 

L’arrêt au passage piéton m’a tout de même permis de reprendre mon souffle. Je passe de 187 bpm à 176 bpm. C’est déjà ça de gagner. Mon coeur vous dit merci.

On attaque une petite côte. Je suis très à l’aise dedans. Ma relance se passe finalement très facilement. En haut de celle-ci, un bénévole indique de tourner à gauche et de rester sur le trottoir. Je m’exécute. A fond.

Là, je le sais, c’est tout droit pendant un petit moment. Je renvoie sévère. J’ai en ligne de mire le triathlète rouge et bleu. Je souhaite rapidement le rattraper pour courir à deux. 30 secondes plus tard, je suis à son niveau. Je rentre dans sa cadence. On échange quelques mots. Je ne sais pas si c’est lui qui parle mal, où mes perceptions qui ne sont pas bonnes ; mais j’ai beaucoup de mal à la comprendre. C’est étrange. Mon accélération pour le rattraper m’a obligé à rester un peu derrière lui. Dans son rythme. Je ne réfléchis plus du tout au parcours. Je le suis. Sottement.

Nous traversons un carrefour. Les bénévoles ne semblent pas nous demander de changer de direction. Nous continuons tout droit. Nous avançons à fond sur le trottoir en ville. Mon esprit est concentré sur les petits poteaux à éviter. La simple pensée d’en prendre un dans les jambes à pleine allure m’effraie un peu. Je suis complètement focalisé. Cela fait maintenant un bon moment que nous allons tout droit. Je ne suis pas étonné. Je suis encore complètement dans un suivi du coureur qui me précède. Je ne prête pas attention à mon environnement.

Tout à coup. Arrêt net devant moi. Des bénévoles sont là. Ils nous arrêtent. « Vous vous êtes trompés ! ». « Là, c’est l’embranchure après les escaliers qui redescendent. Vous avez loupé le virage sur la droite en direction de la montée de la Pucelle »… ET – MEEEEERDE ! Ca recommence. Je m’en veux. Pourquoi je n’ai pas fait attention. Pourquoi j’ai suivi bêtement les autres coureurs. C’est la seconde fois que cela m’arrive dès le début de la course. (Souvenir du Trail du Mont D’or).

C’est terrible comme sensation. Avoir fait un super début de course et savoir que tu peux prendre les 15 dernières minutes, les rouler en boule et les jeter dans la corbeille. A ce moment là, il faut avoir une grande force d’esprit pour se dire de repartir. Vaille que vaille. Faire abstraction de la frustration créée. Bien entendu, au fond, tous les rêves de classement s’échappent. Tu as envie de grogner, d’engueuler tout le monde. Tant d’entrainement pour tout gâcher sur une erreur. Raaaaaaaah. Oui. C’est rageant. Oui. C’est frustrant. Oui. Cela vous transforme en un éternel déçu.

Et c’est là que l’on voit réellement si quelqu’un a du mental selon moi. Si tu repars, la tête basse. Vexé. Enervé. En ressassant pendant toute ta course cette erreur. Tu peux être sûr que cela va mal se terminer. Tu vas faire d’autres erreurs. Tu vas te laisser submerger par les émotions. Tu vas laisser une personne qui n’est pas toi prendre le contrôle. Tu ne vas plus rien contrôler. Bref.. tu vas ch*er dans la colle ! Alors qu’au contraire, si tu repars avec le sourire. En te disant que c’est un fait de course, que cela arrive. Que la course ne serait pas la course sans cela. Que c’est une bonne raison pour tout donner maintenant et prouver que même en faisant des erreurs tu arrives à cartonner. Bref. Si tu prends la chose comme elle est : C’est à dire quelque chose de non dramatique.. et bien je pense profondément que tu mets toutes les chances dans ton panier pour réussir une nouvelle course qui commence tout de suite pour toi.

Vous l’avez surement compris. Je suis plutôt du deuxième type de réaction. Je grogne un peu. Mais rapidement, je relativise et je me dis qu’il y a pire dans la vie que de se planter de 900 m sur un trail. (Personne ne pourra me dire le contraire). Bref. Je fais un CTRL A + Suppr de mon début de course et je repars à la conquête.

900 m de plus c’est tout simplement 4 minutes de perdues et un peu de fatigue accumulée en plus. J’estime qu’en revenant sur mes pas et en reprenant la course, je vais reprendre le bon sentier autour de la 40 / 50ème place. Il ne faudra plus faire sa course en fonction de la tête qui sera irrattrapable. Mais il faudra tout simplement faire SA propre course. Remonter patiemment les coureurs. Les uns après les autres. En ne tentant pas à chaque coureur passé de recalculer le classement. Le classement n’a plus aucune importance. Il faut se faire plaisir maintenant. Aller chercher un chrono sur 30 + 0.9 km. Au feeling. Au sensation. A l’envie.

Sur le retour qui nous même à l’embranchure loupée. Je discute rapidement avec mon collègue d’infortune. Il râle. C’est de la faute des organisateurs. C’est de la faute des bénévoles. C’est de la faute des rubans. Bref. C’est de la faute de tout le monde sauf de lui. Il semble très frustré. Je décide dès les premiers pas dans la montée des Pucelles de le laisser partir un peu devant. Non pas qu’il me gène. Mais je ne suis pas dans le même état d’esprit à ce moment là. Je n’ai pas envie de cela. J’ai envie de profiter sans trop me poser de questions. Je le retrouverai surement un peu plus loin me dis-je.

 

 

Première montée des pucelles – 4.5 KM. 

Je rentre dedans assez calmement. (Par pitié. Pas de double sens. J’adore l’humour grivois. Mais là.. c’est un peu tendu en ce moment.. donc motus et bouche cousue). Ma foulée se ralentie d’elle même. Je me mets en mode économie d’énergie. Je ne vais pas la monter à fond comme j’avais pu le faire à l’entrainement. Je veux pouvoir renvoyer directement à son sommet.

Il y a du monde devant et derrière moi. C’est la première fois depuis le début de la course que je vois autant de coureurs. Ils montent moins rapidement. Je n’ai pas trop de mal en marche rapide ou en renvoyant une accélération à les doubler et à laisser derrière.

Un photographe attend en haut de la montée. Je ne prends pas le temps de me mettre dans l’axe de son objectif. Je coupe le virage dans le % fort et je continue sur la pointe des pieds, en course, comme j’aime le faire depuis une grosse année. Ce n’est pas tout à fait du Dawa Dachhiri Sherpa.. mais cela tente clairement de l’être.

Je finis la montée en reprenant de l’allure. L’idée est de revenir très rapidement à un rythme convenable et à renvoyer de la vitesse dès le plat atteint. Cela fonctionne. Dans la ruelle qui redescend me voilà à nouveau à fond.

En bas de la ruelle, il faut tourner à 90° sur la gauche pour rester sur le trottoir. Autant dire que je me loupe complètement. J’arrive pleine balle depuis la ruelle et je fais un virage très large sur la route. (Avis aux organisateurs, si la rue est passante niveau voiture, je vous conseille de mettre un bénévole à cet endroit).

Ce virage très large me permet de repasser sur une foulée aérienne. J’apprécie ce que je fais à ce moment là. J’aimerai qu’une caméra avec un sacré ralenti me filme. Je mettrai l’image en noir et blanc avec la musique du Professionnel à fond. Ca ferait quelque chose de beau. (Je pense réellement à ce genre de truc quand je cours de temps en temps ^^).

Virage à 180° à gauche. Nous entrons dans le jardin botanique. Il s’agit d’un tout petit parc. Je l’ai déjà repéré lors de mon entrainement.

Pour bien le commencer, c’est direct dans une sacré pente tout en bitume qui se termine par un enchainement de marches basses d’une soixantaine de centimètres de long. Ce genre de marches où tu ne sais clairement pas trop comment courir.

Je passe étonnement bien dedans. Elles me rappellent les marches après le Maïdo sur le Grand Raid. Bon.. clairement dans une autre mesure.. mais la saveur du souvenir revient bien à moi. Virage sur la gauche, petite remontée qui casse bien le rythme. Virage à droite. Quelques marches d’escaliers pour redescendre. Elles sont en bloc de pierres style marbre bien humide. Je me teste sur les 4 – 5 premières. Elles sont glissantes, mais j’ai connu pire à Montmartre. Je peux envoyer. Fin de l’escalier, chicane à gauche, puis deux fois à droite. Ca relance droit jusqu’à la sortie du parc. Je pense que sur les 200 mètres de « navigation » dans le parc, j’ai du doubler facile 5 coureurs. J’ai un peu du mal à comprendre pourquoi je passe aussi bien ce genre de difficulté. Je ne m’y entraine pourtant pas du tout. En tout cas, je prends.

 

 

Sortie du jardin botanique. Virage à 90° à gauche. Et là c’est un enchainement d’escaliers qui se dresse devant nous.

En bas, je repère les bénévoles qui nous ont indiqué notre erreur auparavant. Et dire qu’il y a 10 minutes j’étais là bas. Bref. J’entame l’escalier avec de l’entrain. Il ne s’agit pas d’une succession de marches, mais plutôt d’une succession de plateaux de 1m50 à 2m50 ponctués de séries de 3 à 5 marches. Dans la première série de marche, je lance mon pied gauche en direction de l’avant dernière afin de me donner un appui. Cela saccade ma foulée, mais cela fonctionne.

6D2B0933.jpg

Copyright – Photos Issy Urban Trail.

Je tente sur la seconde série de sauter les 4 – 5 marches. Cela passe. Assez facilement. Je prends même de la vitesse. Cette inertie, me pousse à continuer à sauter les autres séries venant. Me voilà.. à fond les ballons dans l’escalier.. en train de sauter les marches comme s’il s’agissait de petites racines. A partir d’une certaine vitesse, je commence à croiser les doigts. Pourvu qu’il n’y ait pas de séries de marches avec 6 ou 7 marches. Cela deviendrait dangereux. Heureusement, je suis déjà en bas. Les bénévoles nous indiquent « Attention à la plaque. Elle est glissante ». Ils ajoutent à mon passage « Ah. C’est celui qui s’est trompé ». Merci bonhomme. J’avais besoin de ça. Je fais abstraction.

On traverse maintenant une longue avenue en direction du pont du RER. J’envoie un gros rythme. Je suis habitué à courir en ville sur les trottoirs. Je suis donc vigilant aux sorties de magasin, à l’allure des passants et aux voitures qui passent. Cette habitude me permet d’éviter un caddie à triple roues qui se retournent sur moi, un petit jeune en trottinette qui décide de faire une figure à mon passage, et une voiture qui se gare à l’arrache sur un bateau. Bref. La ville quoi.

Virage à droite. On passe sous le pont de RER. Et on continue tout droit. Lors de mon entrainement, j’avais pris directement à droite dans une petite ruelle qui monte bien. Je vérifie alors le marquage au sol. C’est bien tout droit. Je pense que l’organisation a préféré ajouter du kilométrage tout en simplifiant l’impact du dénivelé. Cela tombe bien. Les faux plats montants. C’est ma passion. Je file dedans.

Depuis la montée de la pucelle, je double aussi des marcheurs. Ce sont les marches nordiques 10 et 15 km je présume. Ils font plutôt très attention aux coureurs qui arrivent et s’écartent rapidement du chemin. C’est sympathique de leur part. Je les remercie à chaque fois.

 

En haut du long faux plat qui m’a permis de doubler à nouveau quelques coureurs et de rattraper un petit groupe qui s’est formé.. En haut de celui-ci donc, j’entrevois le Parc Rodin. Lors de mon repérage, j’avais tourné un peu dedans. Le dénivelé est assez faible, mais cassant sur la fin. Je vais en profiter pour prendre mes premières gorgées d’eau. Sluuuuuuurp. Ah. C’est pas de l’eau ça. J’avais déjà oublié. Une de mes deux flasques est remplie de Powerade. Pourquoi pas. Mais avec le recul. Franchement, je ne le conseille pas. C’est très bien lorsque l’on a des ravitaillements en eau sur le parcours, mais sur ce type de tracés, je conseille plutôt de partir simplement à l’eau clair. C’est amplement suffisant et l’effet hydratant est meilleur selon moi. Au moins.. psychologiquement parlant.

Je gravis les marches du parc en courant, et j’enchaine bien la fin de la montée. J’esquive les passages anti-voiture et anti-scooter avec dextérité et je relance. Je ne sais pas trop où se trouve la sortie. Je sais que l’on doit redescendre sur la rue du dessous. Mais impossible de savoir par où. Heureusement un bénévole nous indique qu’il faut tourner à 180° sur la gauche et prendre un chemin en pente. J’entre dedans comme on démarre sur un tire-fesse. Promptement.

Un peu trop d’ailleurs. Je me retrouve très rapidement en bas. En tout cas, un peu trop tard pour bien prendre le virage en direction d’un escalier qui descend sur la droite. Arrêt net. Demi-tour. Et saut dans l’escalier. Les marches sont trempées. La matière en briques plates rouges (dans mon souvenir) du revêtement semble glissante dans mon esprit. Je prends garde. Ma main droite se positionne 2 cm au dessus de la rambarde longeant le mur. Je suis très concentré. A la moindre sensation de glissade, mon cerveau va envoyer un signal à grande vitesse dans ma main pour quelle me permette de retrouver l’équilibre. Je plane au dessus de l’escalier. Ultra concentré. Cela fonctionne. M’y voici en bas.

Long faux plat montant en direction du prochain parc. J’adore cela à nouveau. Je profite du moment pour faire un point sur mon état de forme. Tout semble OK. Mes jambes sont très fraiches. La sensation de brulure que j’ai pu ressentir sur les premiers kilomètres au démarrage n’est plus. Aucune mauvaise sensation. On peut continuer. Virage à gauche indiqué par deux bénévoles. J’entre dans le parc Henri Barbusse.

J’ai bien en souvenir le début du chemin. Un serpent tout en descente qui fait des virages en S pour mieux faire profiter de l’espace qui s’offre aux promeneurs. J’attaque chaque épingle de manière très agressive. J’arrive par l’extérieur. A 2 mètres de l’angle du virage, je prépare ma foulée à basculer. A 1 m 50 du virage, je bascule mon poids en direction du point de chute en sortie de virage. L’inertie tout à coup modifiée, j’axe alors mes épaules vers la pente. Puis plus rapidement en direction d’une diagonale formée par mon regard qui cherche le bout du tournant. Mon épaule droite prend encore un peu de temps avant de basculer d’un coup sec dans le virage. Ma foulée est en pleine pente. Il me suffit simplement encore de mettre un coup de pattes et me voilà sorti. Je n’ai même pas besoin de relancer fort. Une foulée plus tard, je suis déjà dans le rythme. Près à attaquer la prochaine épingle.

Après les quelques épingles enchainées, je continue dans le parc. Je suis seul à ce moment là. Je repère au loin devant, une lumière revenir dans ma direction, juste au dessus de moi. Il y a donc encore un demi-tour un peu plus loin. Je fonce. Je profite de ce terrain relativement plat. J’arrive au virage. Deux bénévoles m’encouragent : « C’est bien ! Belle foulée ! Ca relance fort dans le virage ». Bon.. J’avoue. A ce moment là, je me sens totalement invincible. J’attaque dans le virage juste devant les bénévoles. Cela monte un peu tout de suite après en direction d’un escalier pour sortir du parc. J’accélère dans la montée. Arrivée sur les marches, je les grimpe deux par deux. Savoir qu’il y a un coureur pas loin devant me motive beaucoup. Je vais le croquer.

Je sors du parc. Plutôt frais. Nous sommes à nouveau en ville. C’est relativement calme ici. (Non pas que c’était la Java en bas.. mais au moins.. on ne croise pas de passants à tous les coins de rues). J’attaque à nouveau un faux plat en direction du fort. Je sais qu’il n’est pas très loin. J’en profite pour bien respirer en reprenant une foulée régulière. Le coureur qui me précède n’est plus qu’à quelques dizaines de mètres. Je me fixe dans son rythme un instant. Puis j’enclenche. Je le double en traversant la rue. Virage effectué. Nous sommes presque au niveau du terrain sportif qui précède le fort.

A vrai dire. A ce moment là. J’ai beau faire une belle course. Je ne suis pas à 100 % de mes capacités. Je ne pousse pas la machine. L’erreur et le km de trop parcouru me frustre encore un peu. J’ai du mal à avoir envie de me faire mal. J’ai beau doubler pas mal de marcheurs et de coureurs.. j’ai l’impression que la tête de course est encore très loin. Ces pensées quelques peu négatives s’effacent lorsqu’à un tournant longeant le Fort d’Issy-Les-Moulineaux un coureur me reconnaît. Il me demande « Tu t’es perdu ? » « Ouais ». « Ah merdeeeeee ». « En tout cas bravo pour ta progression c’est impressionnant ». Je continue à discuter quelque peu. Je suis flatté. Je ne le montre pas. Mais intérieurement j’ai rougi.

Le compliment m’a redonné envie. Je relance ma foulée à un gros niveau. Je me mets rapidement dans le rouge. Mais dans le bon rouge. Le rouge qui tache. Le rouge dynamique et enivrant. Celui dans lequel on glisse le bout des pieds, mais dans lequel il faut prendre garde à ne pas chavirer. Le coureur reste avec moi quelques dizaines de mètres, puis me lâche en me souhaitant une bonne fin de de course. Je fonce. Il m’a redonné la pêche. C’est pour ça au final que je partage mon expérience. C’est pour aussi avoir cela en retour. Pour avoir de l’envie. Pour avoir de l’énergie. Pour me sentir redevable. Obligé. Pour courir pour d’autres que pour moi.

IMG_7936.JPG

Copyright – Photos Issy Urban Trail

IMG_7940.JPG

Copyright – Photos Issy Urban Trail

Fin des virages autour du fort. Je n’avais pas du tout repéré ce coin à l’entrainement. C’est assez insolite comme endroit pour courir une course officielle. On a un peu l’impression de passer dans une résidence privée. On craint presque de croiser une poussette ou quelques enfants en trottinette. Heureusement pour nous, il pleut et les familles du coin ne sont pas de sortie.

Je repère un escalier au loin. Il faut l’emprunter pour redescendre au niveau de la rue. Une bénévole me conseille de prendre garde à ne pas glisser dans le virage. Je ne l’écoute pas plus que cela. Je passe à fond. En bas de l’escalier, plus de fléchage. Plus de balisage. Je ne comprends pas par où est le chemin. Sur ma gauche trois petits tunnels. J’hésite. Est-ce tout droit ? Ou faut-il emprunter un tunnel ? Je suis maintenant à l’arrêt. Je crie « C’est par où ? ». « C’est par où bordel ? » (désolé pour le bordel..). Une femme me répond. « Par là sur la gauche.. prends le tunnel ». Et Hop. Je redémarre. Je plonge dedans en relançant fort. Ce deuxième arrêt ne m’a pas permis de respirer. C’était plutôt angoissant. J’ai déjà assez perdu de temps une fois, je ne veux plus que cela recommencer.

Je file. Le balisage est meilleur dans cette partie du parcours. Et j’ai bien en tête le trajet à effectuer. Un gros virage sur la gauche.. puis quelques centaines de mètres plus loin, gros tournant sur la droite dans des escaliers pour attaquer une longue ligne droite légèrement en descente. J’ai bien repéré ce coin. Je me suis même dit que s’il y avait du temps à gagner sur cette course.. c’est bien à cet endroit là. J’applique mon plan. Je suis dans cette pente légère et j’envoie comme un bourrin. Sur le kilomètre tout droit je repasse au dessous des 4min du kilomètre. Cela fait du bien. Je n’ai même pas l’impression de taper dans les réserves. Arrivé en bas de la descente, un bénévole m’a reconnu. Il m’encourage. Je fais un petit signe de la main et je le remercie avec le peu de voix que j’arrive à émettre.

150 mètres plus loin. Virage à gauche, il faut rentrer dans le Square de l’Abbé Derry. Je ne comprends strictement rien au parcours. Il y a des rubans dans tous les sens. On se croirait dans une fil d’attente d’un festival un peu cheap. Je cherche des flèches au sol, j’en repère une. Elle m’oriente plutôt en direction de la gauche. Très bien. Faisons comme ça.

Il y a tellement de rubans. Une vrai file d’aéroport pendant les vacances scolaires. C’est par où au prochain virage ? Je comprends rien. On ne suit même plus un chemin au sol. Je n’ai pas le temps, et je vais trop vite pour bien percevoir tout mon environnement. Dans le fond gauche du parc, je ne comprends pas le tracé à prendre, je commence à passer entre deux barrières avant de comprendre qu’il faut faire le tour d’un arbre et repartir dans l’autre sens. Clairement.. A fond.. La première fois.. Quand tu ne connais pas.. C’est impossible de le faire tout en courant au feeling. Je finis tant bien que mal à quitter ce square. Petite descente d’escalier, et on plonge dans le Parc Jean Paul II.

On entre dans ce parc en passant par un mini-monotrace. Le seul de tout le parcours. Cela fait 5 m de long et pourtant j’ai les sensations qui montent. Trop rapide. Trop court. C’est déjà fini. Il faut maintenant aller chercher au bout du parc et faire demi tour. Tout le budget ruban étant passé dans le premier square. Ici.. Plus de traces de quoi que ce soit. Tu pourrais couper 200 m du parcours personne ne te dirait rien. Je prends bien garde de mon côté à bien suivre les quelques balisages que je discerne. Je n’ai pas envie d’être disqualifié pour triche. Je profite du peu de boue que j’arrive à trouver. Cela me permet de ralentir un peu le rythme.. de respirer. Sur la fin du Parc, on repasse sur du bitume légèrement en descente. Cela permet de remettre un peu de vitesse en visant la sortie. Je double encore quelques coureurs.

Traverser de la route à fond. Je saute dans le parc d’en face. En réalité c’est simplement un chemin de traverse (Le chemin du bois vert). Il faut naviguer et bien anticiper les virages serrés mais cela passe à fond si on tente la prise de risque. Je ressors par une sorte de parking. Etrange comme partie du parcours. Esquive de la barrière. Virage à gauche. J’affute ma relance afin de ne pas tamponner les deux grosses bennes de poubelles grises laisser là par mégarde.. et je repars.

Nous sommes à nouveau clairement en ville. Je crois reconnaitre l’arrière de la Mairie d’Issy-Les-Moulineaux sur la droite. Je ne prends pas le temps de refaire mes papiers d’identité et je double à nouveau quelques coureurs. J’ai un peu de mal à me positionner. Je n’arrive pas à savoir si mon erreur du début m’a couté 40, 60 ou 80 places. Peu importe. J’enlèverai 4 minutes à mon temps final, me dis-je. Et je verrai bien mon temps si je n’avais pas fait la boucle de trop.

Virage sur la gauche. Cela grimpe un peu. J’aime définitivement beaucoup courir en ville dans les rues en pente. C’est presque devenu une passion. J’envoie comme sur le plat. Cela me permet de doubler beaucoup de coureurs. En haut de la pente, j’ai distancé tous les coureurs qui me précédaient en la commençant. Cela continue comme cela pendant 400 à 500 mètres. Un virage à gauche. Montée. Un autre virage à droite. Plat. Puis grosse descente dans laquelle on peut envoyer du bois. J’ai effectué le dernier kilomètre autour des 4min06 au kilo.. J’attaque celui-ci bien en dessous de 4min/km à nouveau. Et ça passe. Je m’étonne moi même. Fin de la descente. Virage à 90° à droite. Longue ligne droite toute plate. Il s’agit tout simplement de ne pas faiblir sur ce genre de portion. Ca tourne bien.

Je repère les deux bénévoles prochains qui m’indiquent de tourner à gauche au loin dans le virage. Je prépare mon coup bien à l’avance. Je vais tenter de le couper à fond. J’ai repéré une zone avant le trottoir qui devrait me permettre de passer. Une sorte de terrasse de restaurant (Je suis passé voir sur Google depuis.. Il s’agit bien d’une terrasse. Celle du restaurant « Pilou » pour les locaux ^^).

Bref. Je prends du large avant le tournant pour piquer dedans. Je bascule mes épaules dans le virage. Lorsque soudainement. Je me rends compte qu’il s’agit d’une terrasse en bois. Et il pleut. Je ne vous fais pas un dessin. Je n’ai pas le temps de ralentir ma foulée. Mon pieds gauche fonce inexorablement dessus. Complètement en biais. L’appui va être savonneux. Je m’y prépare. Mes bras se tendent tel l’aigle royal survolant les carrières arides. Le quart de ma chaussures frôle le revêtement. Il est déjà trop tard. L’adhérence est trop faible. Mon pied part complètement vers l’extérieur. Je suis entrain de faire une grosse savonnette.

J’ai deux options. Soit je tente de reprendre le dessus et j’appuie le pied afin de tenter une reprise osée. Soit je me laisse glisser avec l’inertie en espérant que ma vitesse me permettre de lancer ma jambe droite vers l’extérieur de la planche, tout en me stabilisant avec la main gauche au niveau du sol. C’est bien la deuxième option qu’il advient.

Je glisse à fond sur le tranchant de ma chaussure gauche. L’inertie m’attire vers l’extérieur du virage. Je bascule petit à petit mon poids sur le côté afin que ma main gauche touche gentiment le sol. Avant que cela n’arrive, je lance ma jambe droite dans le sens de l’inertie. Dans un moment de grace qui arrive peu souvent. Je me sauve de la chute par un rattrapage parfait. En règle. Presque divin. (Bon OK. J’en fais beaucoup trop). Mais c’était vraiment magique comme moment. Le poids de ma jambe lancée me permet de m’extirper de la terrasse. Je remets un pied d’appui au sol. C’est reparti. Les bénévoles présents, qui me regardent, ont du halluciner. Je suis mort de rire. Je relance.

Je fonce. La truffe au vent. Très concentré sur la ligne d’horizon. Je cherche le prochain passage au loin. J’ai un peu de mal à bien l’identifier. Heureusement qu’un coureur me précède. Il faut en fait passer dans un couloir urbain. Fermé par des anti-scooters. Pour le glamour, on repassera.

Un peu de mal à me rappeler des 500 prochains mètres. Mes souvenirs reviennent uniquement au moment de boucler le premier tour. Je reconnais la Halle C. Guillaume. En passant à côté, j’entends « Ravitaillement sur la gauche ». LOL. Et puis quoi encore ? Un petit massage ? Un brushing et les ongles ? Faut pas déconner non plus. Je continue sans broncher.

PS : Je vais passer plus vite sur le deuxième tour car j’ai déjà passé beaucoup de temps à décrire le parcours sur le premier. 

Le fait qu’il y ai un ravitaillement organisé me rappelle tout de même qu’il faut que je m’alimente un peu. Je saisis dans la poche arrière de mon sac une pâte de fruit et un gel au fruit rouge. J’avale d’abord le gel. Trop vite ! Je m’étouffe un peu avec. Petite gorgée d’eau pour me rincer. Et j’entame ma pâte de fruit. Je sens déjà l’effet du sucre monter en moi. Je n’étais pas à sec, mais il est vrai que c’est le timing parfait pour reprendre un peu de ce glucose défendu. En grignotant, je m’évade un peu. Je ne pense plus trop à la course. Je profite du moment présent. Heureusement, j’atteins rapidement la Seine sans m’en rendre compte. Un enfant placé sous une tente avant de traverser l’avenue compte : 14ème .. 15ème..

Bon. C’est mon objectif de départ. C’est cool. C’est pas suffisant à mon goût mais c’est cool. Fini de grignoter. Je range soigneusement mes déchets dans ma poche et j’accélère en entrant sur l’île. Je vais la faire à bloc. C’est parti.

RAS sur l’île. J’envoie bien. Je rattrape 3 ou 4 coureurs sans forcer. J’ai un peu de mal à savoir si ce sont des coureurs du 30 km.. Du 15 km.. des gens lambdas ou des imaginations de mon esprit. Au pire.. à ce moment là, je m’en fous éperdument.

Une douleur intercostale en mode point de côté se décide à venir me saluer. Je sers le poing. Je respire calmement. Cela part presque. J’ai appris à lutter contre ce genre de gène. Je pense à cette fille. A nous deux. Nus. A nos nuits. Et cours, et cours jusqu’à perdre haleine.. je vais la retrouver. Cela fonctionne. Je n’ai plus de douleur. C’est déjà oublié.

Le parc de l’île est passé tout seul. Les passages boueux m’ont plutôt amusé. Je repasse au niveau du stade. Je me rappelle lorsqu’au début de la course j’étais dans le trio de tête à ce moment là. C’est déjà loin tout cela. Il y a un coureur devant moi.

Au loin, dans un virage à droite j’entends à nouveau des enfants qui nous supportent. Je vais faire le show. Je me décale légèrement à gauche du coureur afin d’être vu de loin. Puis j’attaque. En quelques foulées je suis à son niveau. Quatre de plus et je l’ai dépassé. J’ai très précisément calculé mon coup afin de finir mon dépassement juste devant les supporters. J’en profite pour les applaudir. (Petit souvenir de la CCC).

Je finis l’île comme je l’ai commencé. Avec le sourire. Dans ma tête je me dis que c’est déjà presque terminé. Je dois encore un peu en profiter. Je trace mon projet de course pour la grosse dizaine de kilomètres restants : Jusqu’au Fort… je gère. A partir du fort… J’envoie. Tape là. Ou-A-Ka-Té-Pé Ba-Boun ! C’est parti.

Je finis de traverser le pont pour revenir sur le continent. Je longe maintenant la Seine en direction du feu (toujours tricolore) auquel je me suis fait arrêté au tout début. Je repère au loin le coureur en tenue de Triathlète rouge et bleu. Il a déjà traversé. Il se créé un peu son propre chemin. Il a raison. Moi je suis trop obéissant pour oser ce genre d’interdit. En arrivant au feu rouge, je l’ai presque rattrapé. Il va me falloir encore 100 mètres pour le faire.

Lorsque j’arrive à son niveau, je lui lance « Bon.. On se loupe pas cette fois » avec le sourire. Il grogne encore. Dommage. J’avais envie de rire un peu. Je décide que je ne finirai pas en duo avec lui. J’avance sans me soucier de son allure. Au premier tour, j’étais dans sa foulée. Cette fois-ci c’est l’inverse. Une chose est sûre. Au virage de la Pucelle, je ne me tromperai pas. Ma montre bipe. Km 19. 3min30 sur le dernier kilomètre. Heureusement que j’avais dit que j’y allais molo jusqu’au fort.

J’enchaine les difficultés et les parcs sans aucun problème. Je ne suis pas du tout en souffrance. Je dépasse de temps en temps des coureurs. Mais ils ne semblent pas faire parti de la même course que moi. C’est dommage. Je me sens fort et bien dans ce deuxième tour. Presque plus en forme que lors du premier coup. Je pense que c’est la connaissance du terrain qui fait cela.

J’ai le souvenir vague de supporters avec une cloche à la fin du dernier parc avant de monter en direction du fort. J’ai un doute hein. Ca m’est déjà arrivé d’entendre des supporters avec des cloches en course. Mais généralement c’est à partir de 70 km. (Ps : Si quelqu’un peut me rassurer et me dire qu’il y avait bien un supporter à la coche, cela ferait plaisir, et je serai rassuré pour mon bien être mental).

Je fais le tour du fort, comme on fait le tour d’un IKEA pour atteindre les caisses. Ra-pi-de-ment et sans trop observer ce qui se passe autour. J’ai l’esquive des buissons facile. J’ai le zigzag de l’anti-scooter gracieux. Je suis devenu maitre en 1h30 du territoire urbain. Ce n’est pas non plus très valorisant, mais ayant toujours eu de l’affection pour le « parcours » et les Yamakazi, je m’imagine.. filmé en contre plongée. Accélérant. Cherchant les bonnes trajectoires. Le geste parfait.. C’est agréable comme sensation de maitriser.

Re-descente. Tunnel. Je fonce tout droit. Virage à 90° sur la gauche sans visibilité. Eeeeeeeeeeeeeeeeeeet ESQUIVE d’organisateurs à vélo qui n’a pas fait gaffe. Ca passe. Ca passe juste.. mais ça passe. Je ne m’énerve pas. Cela me fait même rire. Je continue à envoyer. Remontée de l’avenue. Des marcheurs au loin vont me bloquer. Impossible de basculer sur la chaussée. Je leur cris « Coureur – Je passe à gauche – A GAUCHE ». Ce qui était prévisible arriva, les marcheurs se sont poussés… malheureusement.. à gauche. J’ai anticipé. Petit coup de cul, je passe à droite.

Virage à droite. Les bénévoles me disent « Attention escalier ». Je me dis « Tooooop un escalier ». Je le défonce littéralement. Ca passe juste. Mais ça passe. Maintenant c’est mon gros tout droit en descente sur 1 km. Je repasse en 3min52 au kilomètre. Je n’ai pas l’impression de trop pousser pourtant. Mon esprit commence à divaguer. Je sais qu’il ne reste plus que deux petits parcs. Puis cela sera uniquement des enchainements de rues. Plus de place à la concentration. On laisse les jambes prendre le contrôle.

Premier parc. La mascarade de rubans ne me fait plus peur. Je l’affronte. Chaque couloir est un étui. J’ai l’impression qu’il me compresse. Cela me force à toujours accélérer. Second parc. Je tombe sur un petit groupe d’étrangers qui a tout de même réussi la performance de se pommer derrière un arbre. Je n’arrive pas à sortir un son de ma bouche. Je tente donc je les éclairer avec ma PETZL pour leur indiquer le chemin. Ils semblent avoir réagi. Je reviens dans ma course. Je passe le second parc sans aucune difficulté. Je m’étonne même à aller chercher les mêmes appuis que lors de mon premier passage.

Petite traversée à fond. DESOLE DEVANT… JE PASSE… Sortie par le parking. Virage à Gauche. Arrière de la mairie. Remontée. Virage à droite. Légère descente. Virage à gauche. Remontée. Plat. (Dans ma tête, cela c’est vraiment passer aussi vite que cela). Au milieu de ce plat je rattrape deux coureurs. Le premier est assez lent. Il ne fait pas le 30 km c’est sur. Par contre. Le deuxième est beaucoup plus rapide. Et il est habillé en stuff de Triathlète bleu foncé et clair dans mon souvenir. Je le prends en chasse comme le guépard guette la gazelle.

J’attends la fin du plat avant de m’activer. Je l’observe à distance raisonnable. Il est légèrement plus petit que moi. Sa foulée est très proche du sol. Ce n’est pas un sprinteur, mais plutôt un coureur de fond. Je pense qu’il est capable de tenir à haute vitesse pendant un bon moment. Mais je pense que sa faiblesse est le sprint total, le dynamisme et la relance après les virages.

Nous tournons sur la droite. La route descend quelque peu. Je décide de me rapprocher à 1 mètre de lui. Il a senti mon petit manège. Il accélère. Je fais de même. En quinze mètres je me place juste devant lui. Nous sommes sur la chaussée. Des bénévoles nous engueulent. J’attends encore un peu avant de déposer ma première attaque. Je sais que cela va descendre franchement dans 20 mètres. Il suffit d’attendre le léger virage sur la gauche.

5 mètres avant celui ci. J’accélère d’un coup. Il m’a senti venir. Il accélère au même moment. Je pose une mine dans la descente. Il fait de même. Ma stratégie est de le perdre à la relance après le prochain virage à droite. Dans le plat.

Fin de la descente. J’applique ma tactique. Il commence à lâcher. Je tiens le rythme. J’en profite pour prendre deux gorgées d’eau. Il recolle à mes mollets. Mais je sens que c’est déjà fini pour lui. J’en ai encore sous le pied. Je peux accélérer à tout moment. Je décide d’y aller progressivement. Sans a-coups. En le débranchant très lentement.

Je commence à y arriver très vite. Un peu avant le tournant de la terrasse glissante (que j’évite cette fois). Dans la relance, je sens qu’il n’est plus là. J’applique le coup de grâce. J’entends un « Casquette Verte » prononcé par un coureur que je double.. Je tends le bras gauche pour faire un petit coucou amical. Je continue à envoyer. C’est la fin de toute façon.

Passage des anti-scooters au niveau de la médiathèque. Je prends mon temps. Je l’entends revenir. J’entame mon sprint final. Je vais le perdre définitivement. Plus aucun souvenir de ce moment jusqu’au 200 derniers mètres. Je reconnais la Halle. Je fonce dans sa direction. Je ne ressens rien de particulier. Ce n’est définitivement pas une course ordinaire pour moi. Le manque de distance doit jouer. Je ne connais pas mon classement. Peut être 12.. Peut être 8.. Peut être mieux..

Virage à droite, on monte un petit escalier. Zig zag pour rentrer dans la halle. J’ai bien semé mon concurrent.. Je peux profiter. J’entre dans le bâtiment. Cela fait très bizarre de courir en intérieur. Il y fait très chaud tout à coup. On a l’impression d’entrer dans une piscine en arrivant de l’extérieur (où je le rappelle, il fait 2 degrés et il pleut). Je ne sprinte pas à fond. Le sol est glissant. Dernier escalier traitre. L’arche d’arrivée est sur la gauche. Dernier virage. Je laisse les coureurs qui me précèdent (ceux du 15 km je pense) finir tranquillement. Je ne veux pas les gêner. Et je ne suis pas à 10 secondes près.

FullSizeRender_2.jpg

J’attends qu’ils aient passés la ligne.. et je me prépare.

Pied droit. Pied gauche.

Re-Pied droit. Impulsion du pied gauche.

Et bim. GROS 36′ d’arrivée ! HiiiiiiiHa c’est fait.

IMG_4533.PNG

IMG_4534.PNG

IMG_4535.PNG

Je m’arrête totalement de bouger. Je suis droit. Complètement inerte. Mon corps bug. Je viens de lui mettre cher. Il ne sait pas si c’est vraiment fini. J’ai besoin de lui expliquer. Je reste dans cette position 15 seconds durant. Puis je cris. HIIIIIIIIIIIIIIIIHHHHHHHA ! Ca fait du bien. C’est bon. J’ai récupéré. Je suis prêt pour le moment post-course. Le speaker me reconnait. J’en profite pour kiffer un peu le micro. C’est devenu mon petit plaisir de fin de course depuis la Diagonale.

IMG_4526.PNG

IMG_4529.PNG

Je ne connais pas mon classement. J’ai vu que mon temps est de 02 h 04 min 32 sec à ma montre. L’an dernier avec ce temps là, j’aurai gagné la course. Je pense être dans le top 10 c’est sûr. Mais impossible de savoir combien. Je regarde autour de moi. Pas de classement digital affiché. Je fais le tour de la table d’arrivée. Je pose la question « Bon.. alors ça fait combien ? ». Le mec regarde sa feuille griffonnée. Me regarde. « 4ème »… Aaaaaaaaaaaaaah. Mais non.. Quelle blague.. pas 4ème.. pas la porte du podium. Ca fait tellement longtemps que je l’attends celui là. Je suis intérieurement mort de rire. 4ème. Quelle blague. Pour un peu, tu vas voir, me dis-je, le troisième est à moins de 4 minutes devant. Sans mon erreur ça aurait pu le faire (Confirmation, le troisième est à 2min30 devant.. Shééééééé !).

(Ps : j’apprendrai 3 jours plus tard, que je suis 6ème au général en réalité. Uniquement 4ème dans ma catégorie. Mais, avec mon erreur en moins, le podium aurait tout de même était à ma portée…)

Je me dirige en direction du ravitaillement. Je vais décompresser en attendant mon collègue maintenant. (Il arrivera quelques temps plus tard.. Bravo à lui pour son premier 30 km.. Vivement ton premier Marathon 😉 ). J’en profite pour faire un petit Big Up à Antoine et Jean-Alexis qui m’ont fait la douce surprise de passer me voir. Cela fait plaisir 😀

IMG_4521

Petite conclusion sur cette aventure. Tout d’abord, comme je l’ai dit, je ne pense pas être fait pour ce type de course relativement courte. Il faut trop aimé se mettre dans le rouge pour se sentir à l’aise sur ce type de format. Même si je fais un bon temps, je pense que je peux être réelement performant sur des distances 2 ou 3 fois plus grandes. Là, c’est vraiment trop court.

Pour ce qui est de la course, de l’organisation et des bénévoles. En dehors de la couleur du balisage.. tout a été parfait. L’accueil est rapide. Il n’y a pas de problématiques administratives chiantes. Les bénévoles sont très sympas. Ils encouragent tous les coureurs. Du meilleur au un peu moins meilleur. L’arrivée mériterait peut être d’être un peu mieux éclairée, mais franchement je pinaille. Pour ce qui est du parcours, je le trouve assez parfait comme parcours d’entrainement. Beaucoup de changements de direction. Beaucoup de petits passages qui cassent le rythme. Aucun long passage rectiligne de plus d’un kilomètre. Des croisements de chaussées très bien sécurisés. Bref. Un URBAN trail qui tient la promesse de son nom. Le fait que cela soit de nuit donne encore un peu plus de cachet à la ville. C’est une bonne idée. Il faudrait peut être jouer avec des éclairages pour magnifier un peu les parcs. En tout cas.. Je conseille cet urban à tous les parisiens qui souhaitent se tester sur autre chose qu’un semi classique. C’est une bonne formule. Entre le bitume et l’urbain trail. De là, à appeler cela du Trail. Il y a des marches que je ne suis pas prêt à franchir.

Sur ma course. Que dire. Bien sur il y a une pointe de déception à terminer au pied du podium. (Bon.. au contre pied du podium finalement). Bien sur, je sais que sans cette erreur au départ j’aurai pu soulever ma première coupe. Ca aurait été cool. Mais je pense que cette erreur fait partie de la course. Cela serait trop simple si c’était trop simple justement. On n’apprend bien qu’à force de se tromper. La prochaine fois, ou la suivante, je ne ferai pas l’erreur et cette fois, j’irai titiller les marches numérotées. En attendant, je retourne m’entrainer. La saison 2018 est encore longue. Prochain RDV : L’EcoTrail 80 km de Paris. Cela va être déjà autre chose. Une chose est sûre. Moi et Casquette.. Nous serons prêt !

image1.JPG

Casquettement verte !

 

Publicités