Foulées du 12ème – 10 km – Récit de Casquette Verte

Ce 10 km c’est tout d’abord l’envie de retrouver la compétition. L’envie de retrouver la course chronométrée. Retrouver cette sensation que l’on a pas le droit d’abandonner. Cette sensation qui te pousse à aller toujours plus loin.. plus haut.. plus vite.

J’avais vraiment envie de me tester sur une « petite distance ». Voir si un an et demi d’entrainement pour faire du marathon, du trail et de l’ultra-trail avait assez préparé mon corps pour faire une perf’ sur 10.

Jusque’à là, 10 km est synonyme pour moi de minimum pour une sortie. Je ne fais jamais moins de 10 km. C’est mon prix plancher. Mon cout de revient. Nous sommes un mois avant la compétition. Je ne suis jamais descendu sous 44m 50 sec. Je n’ai jamais tenté de descendre en dessous vraiment pour le moment. Est-ce que mon corps va être capable d’assimiler vite un rythme forcé.. imposé.. par la volonté.. par la nécessité profonde de performer.

Je ne me lance pas dans une préparation particulière. J’ai déjà beaucoup de kilomètres dans les jambes. En mai, j’ai battu mon record de distance. 300 km en 1 mois. Autrement dit : 10 km par jour pendant 30 jours. Autant dire que cette distance je la connais.

En plus de la performance.. je me suis inscris à cette course avec une amie. Elle se lance dans l’aventure marathon 2017 et je me suis dit que c’est un bon moyen pour elle de découvrir l’ambiance de la course. Bon.. mon égoïsme passant par là, je la préviens que je l’attendrai à l’arrivée.

La performance.. le partage.. mais aussi la proximité. Il se trouve que j’habite à Saint-Mandé au bord du bois de Vincennes. Avoir une course organisée à moins de 10 min à pied de chez soi, ça n’a pas de pris. D’ailleurs je pense me servir de la distance qui sépare mon lit de la ligne de départ pour me chauffer. On vera.

Trois semaines avant le départ. Je jette un oeil au parcours. J’ai l’impression qu’il y a des sales virages à 150°. Je décide donc d’ajouter dans mes sorties d’entrainement des changements de rythme avec reprise imposée. Pour le trail, je me suis beaucoup entrainé sur la technicité en descente. J’appréhende de la même manière ces virages lourds et cassants. Travailler la relance, c’est mon leitmotiv pour les trois semaines qui me séparent de la course.

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Deux semaines avant la course. Ce matin, en me réveillant je me suis dit « Bon.. ce soir entrainement vitesse sur 10k.. juste pour voir ».

Les sensations sont bonnes. Même très bonnes. Ca va plutôt vite. Le premier kilomètre passe tout seul.. je suis étonné d’entendre ma Garmin biper aussi tôt après mettre lancé. Un peu comme si j’avais accéléré mon horloge biologique.. mon corps n’est pas habitué.. D’habitude au bout d’un kilomètre il est loin d’être chaud. Kilomètres 2 3 4.. Mon corps me rappelle que ce n’est pas mon rythme. Je ne suis pas à l’aise. Ca devient dur. Je me force à rentrer dans le rythme. Ce sont mes jambes qui me cadencent. Pas mon corps, pas ma tête mes jambes. Kilomètres 5 6 7 .. Ayé.. je suis rentré dans le rythme. Ca avance tout seul. Kilomètre 8. Plus que deux kilomètres à cette vitesse. Je tente d’accélérer. Mes jambes refusent catégoriquement. Je suis en rade d’énergie. Ca me rappelle le kilomètre 39 du marathon. J’ai envie d’accélérer mais cela ne veut pas. Cela ne peut pas. Kilomètre 9.. Je suis à bout. Impossible pour moi d’accélérer. Je limite la casse. 44 min 35. Record personnel.

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Je ne pense pas pouvoir faire beaucoup mieux. J’espère que l’effet compétition va me booster. Mais gagner plus de 30 secondes va être très difficile. En tout cas je suis bizarrement rassuré. Je tiens le rythme. Le rythme me tient.

Je rentre chez moi. Ca faisait longtemps que j’avais pas pompé autant dans mon énergie. Je suis un peu HS.

J’apprends que ma pote à décider de ne pas courir le 10 km. Dommage. Je suis un peu déçu pour elle. Elle n’y est pour rien. Encore un satané genou qui fait chier !

Dimanche. 7 jours avant la course. Ce matin le réveil sonne le glas de ma nuit à 05h30. RDV à Charenton. Non, pas pour repérer le tracé du 10km. Mais pour aller à Fontainebleau sur le circuit des 25 bosses. Je n’ai pas encore couru les Foulées du 12 que je suis déjà dans ma prépa pour le Grand Trail des templiers. Je vous passe les détails « 16 km / 900 D+ », en mode Trail et escalade : strictement aucun rapport avec le 10 km.

Mardi matin (J – 6). Je me souviens qu’il faut que j’aille retirer mon dossard ce samedi. Où ai-je pu bien foutre mon bordel de putin de certificat médical ?!

Mardi soir, avant d’aller courir, je recherche mon certif’. Il était bien là où je pensais. En le lisant je me rends compte que mon médecin l’avait fait pour la SaintéLyon. Pas du tout pour un 10 km. Je me demande, une seconde, une seule, si je ne suis pas au bord de l’illégalité. C’est vrai. Cela prête à rire, mais cardiaquement parlant je pense réellement que les risques sont plus élevés sur un 10 que sur un 72. Aurait-il dit OK ?! Tout cela me rappelle que je dois absolument aller voir un cardiologue. #ObjectifDiagonaleDesFous

Mardi soir. Je devais aller courir ce soir. C’était dans le programme de la semaine. Mardi petite sortie. Mercredi match de l’équipe de France. Jeudi petite sortie. Vendredi & Samedi soirées et repos. Un peu léger comme entrainement mais je pensais que cela allait le faire. 19 h ce mardi soir : Je m’apprête à partir du bureau. Catastrophe ! Une énorme averse tombe. J’ai encore oublié mon parapluie. Je suis bloqué au bureau. Si à 19h30 cela ne s’est pas arrêté, je prends ma b… et mon couteau et j’y vais. 19h30.. la pluie redouble d’intensité. Je suis définitivement bloqué. J’abdique. Et au final, je me dis que ce n’est pas plus mal. Cela faisait maintenant 3 – 4 heures que j’avais mal à gauche de mon tendon d’Achille droit. Ce soir cela sera donc simplement abdos – altères et pompes.. Cette pluie aura peu être arrosée ma motivation, mais elle aura certainement fluidifier mon exercice de réserve. Ô pluie.. Tes gouttes.. ont peu être sauvé Achille de l’inflammation.. Ô pluie.. Dimanche.. Mon allure te remercie !

Mercredi matin. J’ai toujours mal à gauche du tendon droit. J’aurai du certainement voltaréner tout ça !

Finalement, jeudi j’enchaine un deuxième 10km de vitesse. Second RP. J’ai envoyé du lourd sans m’en rendre compte. 43 min 24 sec. C’est terrible mentalement. Plus je me sens faible, plus je me sens fort ! Jusqu’où la progression ira-t-elle ?

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Vendredi soir. Contrairement à d’habitude je ne refuse pas de sortir faire la fête. L’alcool coule à flot. J’ai oublié de manger. Le lendemain va être difficile.

Samedi 10 h. Il l’est. Je me lève difficilement. Aspirine. 1 L de flotte. Petite douche. J’enfourche un vélib direction le vélodrome de Charenton. Arrivé devant l’entrée, je repère les flèches directionnelles RETRAIT DOSSARDS. Ca me fait très bizarre. Drôle de sensation de retirer un dossard à côté de chez soit. Les organisateurs sont super sympas. Je papote 3 minutes. Récupère mon dossard. Un des organisateurs me signale que j’ai oublié de prendre des épingles. Je lui réponds que j’en ai pleins à la maison me restant d’autres courses. Je prends un coup de vieux runnistiquement parlant.

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Journée de samedi. EURO 2016 oblige. J’enchaine les pintes. Me voilà à 23 h au Flow sur les bords de Seine a sifflé ma dernière bière. Je parle nutrition et course avec un mec rencontré quelques minutes auparavant. Je ne suis pas pressé. Je me dis qu’au pire demain ça sera dur mais ça passera.

Dimanche matin. Réveil en retard. Je pense être à la bourre pour la course. C’était 09 h ou 09 h 30 ? Je ne me rappelle plus. Je regarde sur le site. 09 h 30. Je suis LARGE ! J’enfile un short, un T-shirt et mes pompes. Je prends une bouteille d’eau pour la route. Casquette verte visée sur la tête.. C’est parti.

Je descends dans ma rue. Je commence à trottiner. Tout va bien. J’ai un peu mal au crâne mais ça va.

J’approche du Zoo. Je traverse le parcours. Je connais tellement chaque centimètre du parcours. Je me dis que pour le fun, je pourrais limite le courir les yeux bandés. Mais bon, pas cette année. Cette année c’est performance obligée.

J’arrive proche de la Cipale. Beaucoup de coureurs font des longueurs. Je décide de faire pareil. Etonnement, à mon rythme d’entrainement je double les autres coureurs. Suis-je en train de m’épuiser ou suis-je simplement dans mon rythme. Peu importe. Je continue.

15 min avant la course. Je pars dans les sous bois. Beaucoup de coureurs urinent à ce moment là. C’est pas super ISO. Le bois est transformé en urinoir pour coureurs fluos. Pas très sexy quant on sait que dans 2 heures les enfants du quartier seront entrain de se rouler dans l’herbe.

Je décide de rejoindre la ligne de départ. Je suis étonné. Il y a des SAS. Je ne pensais pas que cela serait aussi bien organisé. Je me positionne derrière le fanion 45 min. Je regarde autour de moi. Aucun coureur à casquette à l’envers. Les coureurs ont l’air chauds bouillants et bien équipés. Moi, je suis mal réveillé et j’ai un look d’ado en pleine révolution identitaire.

Qui ne tente rien, n’a rien. Cette phrase fait en moi, ni une, ni deux. Je m’extraie du SAS 45 min et rejoint le fanion 40 min. Mon objectif : rester à 50 mètres grand maximum des fanions et tenter de les suivre. Je risque d’être en sur-régime complet mais je n’y pense pas.

Petit « Où est Charlie ? » version Casquette Verte >>

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2 minutes avant le départ. Je ne suis pas prêt. Cela manque un peu de musique. Je ne suis pas dans ma course. En plus, j’ai déjà réussi à me refroidir. Derrière moi, j’entends une voix un peu frêle mais motivée : « 86 ans.. Pas mal le papi ». Je me retourne. Le regarde de bas en haut, même si le haut est plutôt bas. Je le félicite. Il me réponds qu’il a déjà gagné. Je ne comprends pas. Il me lance deux fois « V5.. V5.. ». « Oui.. mais encore ? ». « Vétéran 5.. J’ai déjà gagné.. Je suis le seul ». Je lui tape dans la main, le félicite, me retourne, droit, en direction du départ. Il m’a motivé !

3 2 1 .. c’est parti. Les premiers coureurs se sont élancés. J’attends que cela parte un peu devant moi pour passer la ligne de départ à fond. Je me retiens. Je piétine. Trop tard, j’y suis. Il faut se lancer. Goooooooooo. A bloc ! Les 200 premiers mètres sont atroces. Trop de monde. Pas moyen d’aligner mes foulées. Je tente de passer sur l’herbe. On dirait la pelouse du vélodrome. Cela glisse comme une patinoire un soir humide fin décembre. Je reste dans le troupeau. Double quelques coureurs. Les fanions 40 min sont à 20 mètres. Tout à coup j’entends un biiiiiiiip sur ma droite. ET MERDE !! J’ai oublié de lancer ma montre. Clic Clic Clic .. GPS PRET.. C’est lancé.

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Le premier kilomètre passe très vite. Je suis à 4 min du kilomètre. SUR REGIME complet. Ma casquette est déjà trempée. Premier gros virage sur la droite. Je manque de me bouffer un  poteau. Je reprends directement mon accélération. Mes entrainements virages à 150° ont été utiles. Ma reprise n’est pas douloureuse. J’enchaine bien.

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Kilomètre 2. Je suis largement au dessus de ma vitesse habituelle. Mes jambes tournent plus vite. Mais au final, je me dis qu’avec beaucoup d’abnégation cela peut encore tenir.

Kilomètre 3. Je double beaucoup de coureurs. Est-ce moi qui suit mieux ou est-ce les autres qui sont moins bien ?

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Kilomètre 4. Gros moment de moins bien. Je vois les fanions s’éloigner. Je tente de relancer pour les reprendre. Cela fonctionne une fois.. deux fois.. La troisième fois je bloque. J’ai épuisé mon capital relance. Je décide de gérer ma course maintenant. 4 km autour de 4 min / 4 min 10 secondes au kilomètre. Si je craque pas je ferais quand même un bon temps.

Juste avant de passer le kilomètre 5, je vois l’horloge digital. 20 min 40 secondes. C’est mon RP sur 5km. Je n’y pense pas. Gros tournant sur la gauche. Je récupère une bouteille au ravito. On repasse sous l’arche. Je vois une caméra au loin sur la droite. J’attends la dernière seconde. Face à la caméra. Je me vide la bouteille d’eau sur la tête. Le caméraman s’est bien marré. Moi, cela m’a fait oublier les douleurs. Espérons que les images sortent. Ca sera sympa.

Kilomètre 6 – 7. Je ralentie pour tenir la cadence. J’ai trouvé un groupe de 6 / 7 coureurs qui sont dans le même rythme que moi. C’est agréable. On se fait des relais. Une nana super mignonne me passe deux trois relais. Je lui rends.

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Kilomètre 8. La montre de la fille sonne son kilométrage. Tout à coup, elle ralentit. Comme si elle avait décider que la course est finie pour elle. Je continue 50 m. Me tourne vers elle. Elle me voit. Je décide de l’attendre un peu. Je me cale devant elle et lui lance un « ALLER. TIENS BON, C’EST GENIAL CE QUE TU FAIS ». Pendant 600 mètres, elle tient et accélère avec moi. En accélérant, elle s’est mis à hurler toutes les 15 secondes. Des grands gémissements. Si ce n’était pas une course de running j’aurais eu des idées mal placées. Mais là respect. Elle va au bout d’elle même. Je ne sais pas qui tu es mais BRAVO !

Kilomètre 9. Je n’accélère pas. Je suis maintenant seul. Elle a craqué. Je tiens mon rythme. On longe le bois côté Charenton. Je cherche les spectateurs du regard. Je souris. Je suis bien. Je vois la Cipale au loin. 300 mètres. J’entame mon sprint. Je suis à l’aise. Tournant à 90° à gauche. Ligne droite pour rentrer sur le vélodrome. Tournant à 90° sur la droite. Dernière ligne droite.. Quelle est belle cette arrivée. On se croirait au tour de France dans les grandes années. Je tape un 70 mètres de folie. Et pour finir la course en beauté j’enchaine un 360° sur la ligne d’arrivée.

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Ayant 200 mètres manquant sur ma montre, je continue sur le vélodrome. Les autres coureurs ne comprennent pas. Mais moi je sais.. Je sais que si je m’arrête là mon record ne sera pas comptabilisé par la montre rédombteuse ! BIIIIIIIP 10 km. Je jette un dernier regard, sur ma femme, mon fils et mon domaine. Hakim, le fils du forgeron est venu me chercher il a un super temps a m’annoncé…..

42 min 08 secondes. RP BATTU. 

Je n’essaierai plus de le battre.. quoi que j’ai rien à faire cet été ?!

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