Casquette Verte et la SaintéLyon 2017 (73.1 km / 1950 D+) – 06 h 56 min 48 sec – 66ème au général.

Casquette Verte et la SaintéLyon 2017 (73.1 km / 1950 D+) – 06 h 56 min 48 sec – 66ème au général.

Et ben voilà. C’est fait. Troisième SaintéLyon finie. C’est drôle comme mes sentiments post-course évoluent avec les années. Je me revois encore, le lendemain de ma première SaintéLyon. J’étais alors totalement halluciné par ma réalisation. Sur mon petit nuage. Fasciné par ce que j’avais entrepris et réussi. L’anormalité de ce que je venais de faire m’apportait le sentiment profond d’être « différent ».. en totale plénitude.. à 15 mètres du sol. Je ne touchais plus terre pendant des semaines. Maintenant, tout à changer. Je suis très heureux. Ca va de soit. Mais je trouve ça étrangement normal. Qu’il y a-t-il de si spécial à courir la SaintéLyon en moins de 7h ? Qu’il y a-t-il d’étonnant à parcourir 73.1 km et quelques 1950 D+ à bonne vitesse sur des chemins et routes pleines de neiges et de verglas ? Est-ce vraiment incroyable de transpercer l’air et le vent glacial dans la nuit sombre entre Saint-étienne et Lyon ?.. Cette course a toujours autant de goût pour moi. Je la savoure avec toujours autant d’entrain. Mais, il est vrai, qu’après 3 ans, et trois SaintéLyon, la sagesse l’emporte sur l’exaltation. Tout est simplement normal en fait. Une normalité qui fait partie intégrale de mon nouveau quotidien. Celle d’un jeune Trailer en devenir dans le monde du Trail. J’entre en Trailibanie. La frontière est maintenant loin derrière moi. Mon visa de course est bien tamponné. Je ne suis plus un sans-papier dans ce monde kilométrique. Les douaniers auront beau me pourchasser pour me ramener à la frontière.. Je courrais plus vite encore. Pour à jamais, leur échapper !

IMG_3322

Je tiens à vous informer tout de suite. Je ne vais pas faire un récit km par km pour raconter mon aventure. Je vais plutôt faire un résumé au feeling. Comme j’ai vécu ma course. Je vous promets que j’ai tenté de faire court et rapide. Mais vous le savez bien dans mon langage.. court et rapide.. ça peut partir en couille à tout moment.

Il faut dire qu’en réalité, je ne suis pas capable (comme lors de mes autres récits) de faire un résumé détaillé et de commenter l’évolution de mon expérience de manière très descriptive. En fait, il y a une raison à tout cela. J’ai décidé dans le SAS de Saint-Etienne de ne pas regarder ma montre lors de la course. De la vivre au feeling. Sans profil de course à surveiller, sans connaissance de mon kilométrage, ni de mes temps intermédiaires. Je vous sers donc un résumé rapide accompagné de son coulis de remarques sur un lit de questions. J’espère que vous avez de l’appétit.

 

Avant-Propos : 

Je ne sais pas si vous avez déjà entendu cette phrase d’Albert Einstein, mais je la trouve assez approprié aujourd’hui pour expliquer ma troisième SaintéLyon :  » La folie.. c’est tenter de faire plusieurs fois la même expérience et d’en attendre un résultat différent. « .

Cette expérience, pour moi, c’est la SaintéLyon. Une course nocturne, de 72 km avec un peu de dénivelé, pas mal de bitume et des conditions météo variant selon les éditions. Quoi de plus pertinent comme valeur d’étalonnage me direz-vous ?

Cette aventure. Ce test annuel. Ce repère dans ma progression. Je l’ai réalisé maintenant 3 fois. Et j’ai obtenu un résultat différent à chaque fois. En physique ou en chimie, on conclurait que l’environnement ou que la préparation de l’expérience n’ont pu qu’être différent pour mener à des résultats si divergeant. Mais en Trail, on peut rapidement analyser que la différence dans le résultat obtenu n’est que le substrat d’une progression d’année en année. 10 h 51 min en 2015. 08 h 25 min en 2016. Et 06 h 56 min cette année.

La courbe est belle. Mais que signifie-t-elle vraiment au fond ? Une évolution ? Un simple retour sur investissement ? Une flatterie d’égo ? Ou plus certainement, le commencement de quelque chose de bien plus fort..? Ayant fait un bac S… Je le sais, chaque courbe atteint un jour une limite. Celle-ci se calcule d’ailleurs. Mais je n’en suis pas encore là. Ma courbe n’est pas encore tracée à l’encre indélébile. Je peux, encore, en un coup de gomme (et quelques entrainements plus spécifiques), appliquer du crayon à papier pour changer sa trajectoire. Pour modeler sa forme. Changer son orbite. Pour qui sait, un jour, atteindre ma lune !

 

21 h 40 : Navette Lyon –> Saint Etienne. 

Le départ de la course est dans 2 h. Le car pénètre aux abords de Saint-Etienne. J’ai pris le tout dernier pour m’y rendre en partant de Lyon. L’ambiance est silencieuse. La lumière du plafond est éteinte. Après avoir jeté un coup d’oeil à la température extérieure diffusée sur un petit écran à l’avant, je nettoie la vitre embuée afin de découvrir le paysage environnant. Je me rends rapidement compte qu’il y a pas mal de neige sur les trottoirs. Cela promet des conditions jurassiques sur le parcours. Je suis heureux.

IMG_3303

IMG_3300

Il est des nuits comme celle de la SaintéLyon, où l’on a pas sommeil. Pourtant, pour la première fois, j’ai réussi à m’endormir sur le trajet. Je n’avais pas réussi à le faire lors des deux dernières éditions. Je suis plutôt chanceux cette année. Je ne suis plus du tout stressé avant mes courses. Je pense que c’est l’habitude qui fait cela.

Ma tête, collée contre la vitre du car, a réussi à trouver le sommeil sans trop de mal. Il n’y a que ce DEBILE (et il n’y a pas d’autres mots), au fond du car, qui a cru essentiel de tester son sifflet de secours qui a réussi à briser mes rêveries. Je me réveille difficilement. Les bâillements et les étirements ne sont pas de trop. La bête sort d’hibernation. Je me donne encore 15 à 20 minutes pour me réveiller totalement.

 

21 h 53 : Hall d’attente @Saint Etienne. 

Après avoir subi une fouille très approfondie de mon sac et de tous ces recoins, je me suis installé dans le hall de gauche. Les autres années, j’arrivais près de 2 h à l’avance. J’avais le temps de me préparer, de me reposer et de grignoter un morceau avant de partir dans le SAS. Cette année, je n’ai pas le temps. J’ai la sensation d’être en retard. Je suis en plein syndrome du lapin blanc.

A peine installé, je sors toutes mes affaires que j’organise méticuleusement en trois blocs : Un pour tout de suite, un pour la course, un pour l’après-course. Celui de l’après-course, avec les affaires chaudes et propres ainsi que les bières me donne déjà très envie. Cela n’a même pas commencé et je m’imagine déjà être au bout. Excès de confiance ou dénis des difficultés à venir. Difficile à dire.

IMG_3412.PNG

Je ne prends pas le temps de regarder autour de moi. C’est dommage. J’adore vraiment cette ambiance de fin du monde qu’on retrouve chaque année dans ces halls. Il y a vraiment matière à de super reportages photos. Certains dorment dans des duvets ultra-techniques. D’autres s’amusent entre amis. D’autres encore, vérifient chaque détail de leur équipement. Avis aux photographes en mal de sensations humaines : Les deux halls d’avant course sont un terreau fertile pour de super clichés !

IMG_3309

 

Il est 22 h. J’hésite encore entre partir en short ou en collant + short. La légèreté apportée par un short pourrait m’être utile. Pour prendre ma décision, je décide de ressortir dehors vérifier la température. En traversant la foule, je remarque certains coureurs qui me reconnaissent et disent à leurs potes « Oh. Regarde. Casquette Verte.. ». Cela me fait rire ! Pas trop le temps de discuter avec du monde avant le départ, je m’empresse de sortir. M’y voici. Le vent qui souffle de la droite vers la gauche me souffle (à l’oreille cette fois) qu’il ne serait pas sage de partir jambes découvertes. Je file rejoindre mes affaires.

IMG_3386

IMG_3385

3.. 2.. 1.. déshabillage. Je suis tout nu. Hihi. Au milieu de cette foule. Et je m’en fiche. Et dire que j’étais ultra pudique, il y a quelques années. Mes fesses profitent de la foule.. et la foule profite (ou pas) de mes fesses. J’enfile mon caleçon. Un caleçon Nike Pro Combat très près du corps, dont les coutures ne risquent en aucun cas d’irriter ma peau sur une grande distance.

J’enchaine ensuite avec mes chaussettes rembourrées (toujours chez Nike) et j’enfile mon collant (Encore un Nike.. décidément). J’ajuste maintenant mon short au dessus du collant en faisant bien attention à ne pas générer de plis. J’ai la sensation d’être plus qu’ultra vêtus. Je vais certainement regretter à un moment ou à un autre la légèreté si appréciable de courir en short. Mais qu’à cela ne tienne, la fraicheur ressentie en sortant dehors m’a convaincu dans ma décision.

Pour le haut, cela sera l’option triple couches. Au niveau de la peau, le T-shirt de l’UTMB très technique, qui permettra de tenir mon corps à bonne température. Ensuite, j’additionne deux t-shirts manches longues en espérant que cela suffise à couper l’impact du vent sur le tissu qui sera rapidement plein de sueur.

Pour ce qui est de mon sac, je décide de partir léger. Dans la grande poche, je glisse simplement mon iPhone et une couverture de survie. Dans les poches latérales, je cale 3 gels de chaque côté (4 gels Gü et deux gels coups de fouet). j’ajoute à cela deux pâtes de fruits. Cela devrait suffire. Je remplis mes deux flasques de 500 ml. A vrai dire, je n’ai pas tellement peur de manquer d’eau étant donné le froid qui va me couper la soif.

Enfin, j’enfile mon Buff des Templiers pour couper le vent au niveau du cou et je vise ma Casquette sur ma tête. Ne reste plus qu’à ajuster ma nouvelle PETZL NAO + sur la Casquette et à enfourner ma veste Salomon Bonnati dans la poche extensible de mon sac. Je suis prêt. Encore en chaussette, mais prêt.

Le choix des chaussures a été simple. Je n’ai pas eu le temps de préparer mes nouvelles Salomon Sense 5 Ultra pour la SaintéLyon. J’ai donc opté pour mes chaussons préférés : Les Salomon SpeedCross 4. J’ai ressorti ma paire qui m’a servi pour la Diagonale des Fous. Ce n’est pas vraiment un grigri, mais je pense les garder longtemps celles-ci. Les crampons sont étonnamment encore en bonnes formes. J’espère qu’ils me seront utiles pour la neige et le verglas annoncés. Je glisse mes pieds dedans. Le coloris extérieur vert pomme lors de l’achat a laissé place à une couleur fade sali par ma dernière sortie boueuse dans le bois de Vincennes. Je m’en fiche totalement.

Pour faire fuir mes derniers doutes, je décide simplement, de trouver une plaque de verglas à l’extérieur pour bien me rendre compte de l’adhérence ou non sur ce type de terrain. Par chance, j’en trouve une à proximité du hall. Je mets le pied dessus. J’agite quelque peu. Cela couine. Je fais quelques pas en arrière, je passe en courant dessus. Ca semble être plus qu’efficace. Ok. Ce n’est pas la stabilité absolue, mais franchement, pour une rencontre entre plastique et glace, je trouve que la date se passe plutôt bien. Sa accroche bien entre eux !

IMG_3312

Je retourne dans le hall. Le speaker annonce le départ dans une heure tout pile. Je n’ai plus de temps à perdre. Je veux vraiment bien me placer dans les SAS pour être au contact de l’élite dès le départ de la course. Je pense que si je pars avec les meilleurs, je peux réellement tenir le rythme et aller chercher une performance de haute volée. Au moins sur les 40 premiers kilomètres en tout cas. Je m’empresse donc de ranger ma valise. Je dis un aurevoir et je souhaite une bonne course à mes collègues, puis je file en direction des cars pour déposer mon bagage.

Arrivé dans la rangée de car pour le dépôt des sacs, je me rends compte que j’ai du mal à lire les petits écriteaux donnant les numéros de dossards. Cela risque de me pénaliser en fin de course si ma vision baisse. Il faudra que je pense un jour à me faire faire des lunettes de course je pense. Je remets mon bagages en prenant bien soin de remercier le bénévole et en lui souhaitant bien du courage.

Je file en direction des SAS. Cela grouille déjà pas mal à l’extérieur des halls. Je trouve qu’il y a déjà beaucoup de monde sur le chemin. Cela ne sent pas bon pour moi.

En entrant dans la ligne droite du départ, je suis littéralement dégouté. Il y a déjà au moins 1000 personnes dans l’allée. Je ne vais pas pouvoir me faufiler pour me mettre tout à l’avant. Je ne me scandalise pas. Je reviens rapidement à la raison en me disant que c’est peu être ça aussi la course en amateur. Sans sponsors, sans être dans l’élite. Il n’y a pas de privilèges et il faut réellement se battre pour être dans les meilleurs conditions au départ. J’avance donc jusqu’à être bloqué par la foule. Vu le nombre de personnes devant moi, je sais déjà que je vais devoir partir dans le second SAS. 10 à 15 minutes après l’élite. Autant dire, que je peux oublier ma stratégie d’accrocher la tête de course pour avancer.

IMG_3315

 

22 h 45 : SAS de départ @Saint Etienne. 

J’ai été prévoyant cette année. J’ai investi dans un plaid qui doit me tenir chaud lors de l’heure d’attente immobile. J’ai bien fait. Je suis dans mon cocon. Je finis de serrer mon short et je prends le temps de grignoter une barre CLIFF. Il est temps pour moi de rentrer dans ma course. Je ne me suis pas du tout concentrer pour le moment. J’ai bien sûr un peu pensé à ma stratégie, mais je ne me suis pas encore décidé sur la tactique définitive.

Je ferme les yeux. Je respire lentement pour rentrer en moi même. J’insuffle par le nez comme à mon habitude. Je l’ai déjà raconté, mais j’adore vraiment cette sensation du vent (glacial cette fois) qui rentre dans mes narines et qui titille le conduit mènant l’air jusqu’à ma gorge. Je commence à me dire : « Bon.. Tu vas partir avec 15 minutes de retard. Tu vas devoir certainement slalomer entre les coureurs sur les 20 premiers km pour trouver ta place.. Ne cherche pas à tout prix à rattraper l’avant de la course sinon tu vas te cramer et tu n’en auras plus sous le pied pour les 20 derniers km. Profite du bitume sur les 7 premiers km pour envoyer comme tu sais le faire.. et une fois hors de la ville, prends ton rythme de croisière. Tu as appris à courir dans les montées.. tu sais le faire.. donc tu te sors les doigts et tu vas le faire.. S’agissant du verglas, c’est simple, tu sais qu’il peut être traitre ! Ta seule façon de ne pas te faire avoir et de l’éviter. Au moindre signal, change ta trajectoire et concentre toi sur tes appuis pour ne pas te mettre en danger. Tu redoutes par dessus tout de tomber et de te blesser.. ok. Donc tu fais attention, mais ce n’est pas une raison suffisante pour te mettre à marcher. 72 bornes.. Ca doit bien être possible pour toi de les faire sans marcher.. juste en courant.. tu as conscience de tes capacités.. cours complètement au feeling. Sans filet. Sans réfléchir. Avance comme tu sais le faire. Tes acquis et la connaissance de ton corps doivent te permettre de le faire.. D’ailleurs.. Tu ne devrais même pas regarder ta montre pendant la course. Cela serait un bon moyen de briser tes repères. Ne fait confiance qu’à toi même ! ».

Après cette séance de discussion avec mon moi, je suis complètement dans ma course. Le regard est droit. Profond. Mes sourcils sont légèrement froncés. Je suis déterminé. Il m’a fallu simplement 5 minutes pour me mettre dedans. C’est cool. Je suis prêt !

 

23 h 30 : Le premier SAS s’élance @Saint Etienne. 

Savoir que mes concurrents directs que je voulais affronter (et oui.. j’en suis là maintenant ^^) sont déjà en route pour Lyon m’énerve un peu. Je me suis fait à l’idée (et pas Johnny cette fois) (en relisant, je viens de me rendre compte que j’ai écri cela lundi.. Merci pour tout Johnny.. Je continuerai à t’écouter en courant..), mais je suis tout de même un peu dégouté. Pour me faire passer ce goût amère, je parle avec deux nanas à ma droite. C’est leur première SaintéLyon. J’essaie de les rassurer et de leur donner quelques bons conseils. Elles semblent super motivées. C’est très cool. J’oublis un moment qu’à chaque seconde qui passe la tête de la course s’éloigne.

Nous avançons jusqu’à l’arche. Nous allons partir dans 5 minutes. Je me suis rendu compte en avançant que quelque chose me gène dans ma chaussure. Comme une brindille. Je me baisse pour l’enlever. Je suis à genou au milieu du SAS. Le coureur devant moi qui sautille, n’y prête pas attention. Il décide de faire un talon fesse pour s’étirer. ET BIIIIIIIIIIIIIIM. Le talon droit dans la tronche. Par – 4 degrés. Ca réveille. « Surtout ne t’excuse pas hein ! ». Je ne prononce pas ces mots, mais dans ma tête cela résonne. Je n’ai pas envie de m’embrouiller. Je ne dis rien. Ce choc m’a bien agité. Deux ans en arrière, je me serai servi de celui-ci pour expliquer telle ou telle défaillance dans ma course. Mais là, clairement, je passe outre. Cela fait parti de la course.

3 minutes avant le départ. Je sautille pour me réchauffer. Je me suis décidé à partir plutôt vite. Voir très vite. Un bon rythme d’entrainement classique de 10 km. En sautillant, je me rends compte que ma vessie est pleine. Il faut que je prenne une décision est vite. Pas de bouteilles à gros goulot ? Rien ? Je traverse mon SAS en direction du bord. Je saute la barrière et file uriner sur un arbre. Je commence à pisser sur celui-ci. Mais que vois-je ? Un peu de neige sur la droite.. Le souvenir d’avoir uriner sur la gelé lors de la Diagonale revient à moi. Je dessine un Smiley. Le contour de la tête. Petit pinçage. Premier oeil. Deuxième pinçage. Second oeil. Troisième pinçage.. Je lui dessine un sourire. Je lui ai fait un smile incroyable à ce bonhomme. Ce petit pipi m’a permis de me relâcher. Je me marre tout seul. Je gravis à nouveau la barrière. Et hop. Je suis prêt. 30 secondes avant le départ.

Je regarde ma montre. Le GPS est prêt. C’est parfait. Il n’y a plus qu’à. C’est parti pour 73.1 km. Je n’ai aucune pression. Ca va le faire.

10. 9. 8..

J’agite mes bras tendus vers l’avant en direction du sol.

7. 6. 5..

Je teste mon accroche au sol.

4. 3. 2..

Je fais un cercle avec ma tête pour détendre ma nuque.

1. 0…….

C’est parti !

2017-gilles_reboisson-2630-3391819

(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

 

23 h 45 : Départ de ma troisième SaintéLyon. 

Je suis à l’avant de mon SAS. Une grosse centaine de coureurs sont devant moi. Je décide de suite de prendre la corde et d’accélérer. Je galère un peu à doubler et je risque plusieurs fois de percuter des spectateurs. Ca passe. Mais ça passe juste. En à peine 150 mètres, j’arrive à me dépatouiller de la foule pour courir sans être bousculé.

Ma foulée est bonne. J’ai un peu peur de me claquer, partant à froid, mais je ne ressens aucune gène. Alors j’envoie du bois. 500 mètres après le départ, je repère le petit groupe de meneur parti en Sprint. Ils sont 4 ou 5.

Je les rattrape sans forcer 300 mètres plus loin à la sortie d’un virage. Ils sont partis trop vite par rapport à leur niveau. Ils commencent déjà à ralentir. Je ne comprends pas trop leur stratégie. Moi je suis en mode Antoine Guillon.. Dit le Métronome. Je suis lancé sur mon rythme. Je les rattrape et les dépose presque aussi sec. Un coureur s’accroche à moi et nous avançons à deux. Après un virage sur la gauche, et un petit monticule à grimper, le champ de vision est complètement dégagé dans une longue ligne droite qui nous précède. Il n’y a personne devant nous. Les derniers du premier SAS sont tout de même partis 10 minutes plus tôt. Ca serait étonnant de les rattraper tout de suite.

J’adore la sensation d’être seul dès le début d’une course. Ca donne l’impression d’être en tête de course. En réalité, je dois être 1000 ou 1200 ième. Mais peu importe, je déguste le vide devant moi. Il m’attire.

Nous avançons à deux. Le bruits de nos chaussures qui claquent sur le bitume résonnent fort. Ca envoie sec sur les deux premiers kilomètres. Je le sais car mes mollets sont étonnamment douloureux. Je ne me mets jaimais à une telle vitesse dès le départ à l’entrainement. Je crains la blessure idiote.

Après 3 km. Je ressens encore que mes jambes sont un peu froides. Il va m’en falloir un peu plus pour monter en chaleur. Cela tire pas mal. Ce n’est pas agréable, mais si je n’envoie pas, mes jambes vont mettre plus de temps à s’assouplir. Les mollets brulent. Je sens la tension naissante dans les tendons. Je pense à autre chose. Cela fonctionne rapidement. Dans une longue ligne droite, je repère au loin le troupeau formé par l’arrière du premier SAS. Ca a été rapide pour les rattraper. C’est parti pour une grande partie de slaloms et de dépassements.

La route est très large. Je passe sur la voie à contre-sens pour ne pas avoir à slalomer. Le différentiel de vitesse avec les coureurs que je dépasse est assez impressionnant. Le mec qui est parti avec moi du SAS n°2 me dit : « C’est n’importe quoi. On a été obligé de partir dans le SAS n°2, et regarde les coureurs que l’on dépasse. Franchement, ça leur aurait fait quoi de partir un peu plus tard… ». Je lui réponds que « C’est ça aussi la course. Ca en fait parti ». Tout comme il est idiot d’en vouloir aux personnes âgées qui font leurs courses le samedi matin en plein rush, il est idiot de dénigrer les coureurs qui ont eu l’ambition de partir le plus tôt possible pour faire le meilleur classement possible. Peu importe le recul que l’on peut avoir sur l’intérêt de faire partir d’abord les meilleurs, chacun a le droit d’avoir envie. Il faut respecter cela.

Après les 7 km de villes et de bitumes, je suis maintenant chaud. Nous allons commencer les sentiers. Je n’ai pas encore dépassé tout le troupeau. Il va me falloir au moins 4 ou 5 kms de plus. Dès le premier rétrécissement, je me retrouve bloqué dans un petit bouchon. J’espère que cela ne va pas durer.

Dans le premier sentier. Un sentier de 4×4, double monotrace, je découvre la sensation de courir sur la neige. C’est en fait super agréable. Elle est assez damée par le passage des quais et des coureurs me précédant. J’accroche bien dessus. On s’enfonce juste assez pour amortir. J’ai l’impression de courir sur de la moquette en réalité. C’est tout simplement génial !! Seul les passages où il y a 10 cm de neige brassée, dans lesquelles on s’enfonce réellement gênent ma foulée et désorganisent mon rythme. Je comprends vite que je vais pouvoir envoyer tout le long de la course.

Pour le moment, c’est une session de slaloms serrés entre les coureurs. « Je paaaaasse à gauche.. »  » Je passe à droite… » « A droite…. » « A gauche… ». Je vis cette course, comme une scène de poursuite en voiture filmée par Luc Besson. Un bon petit bout, façon Samy Naceri dans Taxi 3 (Oui.. C’est l’instant culture de mon récit ^^). Je vais beaucoup plus vite que les coureurs que je dépasse. Cela donne à ma course une impression de vitesse encore plus grande. Dans ma tête résonne la musique de Dick Tale – Misirlou (-> https://www.youtube.com/watch?v=kjay_sZLSj4).

Je ne me calme pas dans les premières montées, je continue à envoyer comme une brute. J’ai décidé de foncer jusqu’au premier ravitaillement (km 15). Mon souffle est tout à fait dans le rythme. Je n’ai aucune alerte qui me dirait de ralentir. J’envoie. Tout simplement.

Rien de plus à raconter sur cette première partie. J’étais très à l’aise. De temps en temps je suis fait sortir de ma concentration par des coureurs qui m’ont reconnu. « ALLER CASQUETTE VERTE !! ».. Je commence à vraiment adorer cela. Trois coureurs se sont portés à mon niveau « Salut.. Ca va ? T’as l’air d’avoir la pêche. Encore bravo pour ta Diagonale. » Pas le temps de dire plus que cela généralement. Je suis un peu trop rapide pour le début de la course, et les quelques supporters qui m’accostent semblent se mettre en sur régime pour le faire. Je ne veux pas trop ralentir. Je réponds donc poliment, et je leur souhaite une bonne course, avant de repartir vers l’avant.

C’est quand même sacrément kiffant. Vous l’imaginez bien. (Oui. Si vous n’avez pas déjà lu un de mes récits, je vous fait un petit point « ego de la Casquette »).. Je suis assez égocentré comme personne.. J’ai énormément de mal avec le fait d’être faussement humble.. Ou plutôt, je ne suis pas à l’aise avec la fausse modestie.. Faire semblant que « Ce n’est pas si dur ».. dire que « Ce n’est pas grand chose ».. ou bien exprimer le fait que « c’est plus de la chance, que du boulot à l’entrainement » m’énerve énormément. J’ai les pieds sur terre. Je sais très bien que je ne suis pas François D’Haene, ou Kilian Jornet. Loin de là ! Mais si j’ai atteint le niveau que j’ai actuellement, c’est avant tout le résultat d’énormément de sacrifices et d’un nombre immense d’heures passées à m’entrainer. D’après les premiers retours que j’en ai, plus précisément, d’après les premiers retours que vous me faites, cela ne semble pas trop détestable vu de l’extérieur. J’essaie de me contrôler promis. Mais voilà. Je préfère être clair en disant que « Oui.. Cela flatte mon ego que l’on me félicite ou que l’on me reconnaisse.. mais cela ne veut pas dire que j’ai pris la grosse tête.. Il fallait que je le dise pour être transparent avec vous 😀 C’est fait.. revenons à la course.

2017-gilles_reboisson-1883-3391839© crédit photos Gilles Reboisson 

Nous entrons dans Saint-Christo-En-Jarez. Je reconnais maintenant les villages/villes que l’on traverse. C’est quand même pratique d’avoir déjà fait la course. On a l’impression de revenir dans un endroit que l’on connait déjà. Même si j’y passe que quelques minutes une fois par an. C’est toujours un plaisir.

 

Capture d_écran 2017-12-09 à 11.13.35

RAVITO N°1 – SAINT-CHRISTO-EN-JAREZ / 15,8 km / Horaire : 01 H 01 

Etant donné que je n’ai pas regardé ma montre, je ne connais pas le temps que j’ai mis pour faire ce segment. Et je ne connaitrais pas d’ailleurs ni le temps des prochains, ni mon classement à chacun d’entre eux. Je savais juste alors, que j’ai avancé à bon rythme sur les 15 premiers km. Ca a vraiment du bon de ne pas savoir…

TEMPS DE COURSE : 01 H 10 MIN 15 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 495 m. 

Vitesse moyenne sur le segment : 13.46 km/h. 

Classement : 50ème. 

Si j’avais su.. 13.46 km/h.. pour 16 bornes.. alors qu’il en reste 56 à faire. Je pense que j’aurais vraiment ralenti pour me préserver. Bon, par contre, si j’avais su que j’étais 50ième au classement à ce moment là, clairement, j’aurai tenu la vitesse encore pas mal de temps !

Je fais le tour par la droite du ravitaillement. Je cours à fond. Les autres années, en arrivant dans les ravitaillements, je prenais le temps de marcher un peu. Là, il n’en n’ai même pas question ! Je monte les marches en courant pour atteindre les tentes. J’en profite pour tâter mes flasques. Elles sont encore aux 3/4 remplies. Je n’ai presque pas bu pour le moment. Je décide pourtant de zapper le ravitaillement et de traverser la zone à fond. En ressortant, je prends juste le temps d’avaler un gel. Et c’est reparti. Le prochain est dans 12 km. Si j’ai autant soif que sur les 16 premiers.. Je n’aurai pas de problème d’hydratation.

Un bon km après le ravito, j’entends un trailer conseiller son collègue : « Ce qu’il faut faire, c’est de prendre l’eau dans sa bouche.. de la garder un peu.. de la réchauffer.. avant d’avaler.. sinon le froid va te défoncer l’estomac.. ». Bordel. Mais c’est vraiment pas con son truc. Je viens d’apprendre quelque chose. Il faut dire que le vent glacial que l’on se prend en pleine poire, rafraichit à fond les flasques et l’eau qu’elles contiennent. Depuis le début, je bois de l’eau givrée comme un débile. Et c’est vrai que je ressens une petite gène dans l’estomac. Dorénavant, pour chaque gorgée, cela sera 15 secondes au four bucal avant d’avaler. Cela passe tout de suite mieux. MERCI L’INCONNU. Tu m’as appris un truc. Bon. ok. C’est chiant. Car pendant 15 secondes, tu dois désynchroniser ton souffle et respirer du nez. Mais les avantages sur le moyen et le long terme sont certains. Je conseille cette méthode à tout le monde maintenant 😉

Pas trop de souvenir de ce segment. Je sais avoir enchainé pas mal de passage en sous-bois plutôt abrité, me permettant d’accélérer et beaucoup de grands tracés assez droit dans lesquelles il faut rester concentré pour continuer à courir peu importe la pente.

Tous les chemins sont recouverts d’une neige épaisse. Le plus souvent, c’est un tapis de velours. Il n’y a que l’espace entre les deux monotraces au sol qui est recouvert de 15 à 25 cm de poudreuse. J’y plonge un pied de temps en temps lorsque je dois dépasser plusieurs coureurs en diagonale. J’ai de la chance, car jusqu’à présent, mes chaussures ne sont pas humides. Je n’ai pas du tout l’impression d’avoir les pieds trempés, ni même la sensation de froid à leur niveau. Tout va bien, en somme.

 

24177172_1957867294240298_4806476350862739409_n

(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

24232004_1957400010953693_6393906836181490816_n

(Crédit photo : Facebook – SAINTELYON Page Officielle)

Sur le plat, j’avance vite. Je double quelques coureurs, mais ce n’est pas non plus le même volume que sur le premier segment. En montée, je cours tout le long, je dépasse à chaque fois les personnes autour de moi. Et dès le sommet atteint, je ne freine pas, et je relance. Cela me permet encore de doubler beaucoup de coureurs.

Sur ce segment, je me souviens d’avoir atteint une cime de colline (je n’ose plus dire montagne après la CCC et la Diagonale). Je m’en rends compte car le vent qui vient de la gauche s’est intensifié d’un coup. J’ai déjà mis ma veste depuis 5 ou 6 km. Elle me protège bien des rafales. Et heureusement, car elles sont frigorifiques.

A mon rythme, j’ai de la chance, car la chaleur de mon corps reste naturellement élevée. Par contre, j’ai une pensée pour ceux derrière qui vont devoir marcher sur ce type de partie. Ca va être une toute autre histoire pour eux. Ils vont se peler les miches GRAVE. J’aurais bien aimé vivre cette sensation avec eux.

L' »arrière » des courses et l’ambiance qui y règne me manquent totalement ! A par les quelques personnes qui m’ont reconnu et qui sont venus rapidement discuter.. je n’ai pas prononcé un mot depuis le début. Je suis seul face à ma course. Personne dans mon rythme pour partager ces sensations avec moi. C’est un peu dommage.

Je suis seul, d’accord. Mais en réalité, je ne suis pas seul ! J’ai beaucoup pensé à cette fille que j’ai rencontré depuis quelques semaines. J’aime m’échapper de ma course en pensant à elle. « Et si tu lui demandais de venir dormir avec toi dimanche soir ? Ca serait bien. Bon.. tu serais dans un état pitoyable. Et le moindre câlin serait une souffrance, mais cela serait bien ». « Comment et surtout quand vas-tu la présenter à tes potes ? Est -ce que tu penses que cela va bien se passer ? ». « Tu penses qu’elle voudra bien continuer à te fréquenter quand elle va se rendre compte de la place que prend la course dans ta vie ? Passer après des entrainements dans le bois de Vincennes.. tu comprends bien que ça peut être grisant avec le temps… ». Au fur et à mesure, je me rends compte en pensant à elle que c’est la deuxième SaintéLyon que je fais en pensant à une fille. Etre seul. Face à soit même. Dans la nuit. Cela fait beaucoup réfléchir. Les pulsions masculines ressortent. L’écorché vif que l’on a au fond de soit fait surface. Les sentiments sont brutes. Tu te fais la liste de tout ce que tu voudrais lui dire. Là. Maintenant. Tout de suite. J’hésite d’ailleurs à marcher pendant quelques minutes, prendre mon portable et l’appeler pour lui dire. Dommage. Priorité à la course. On verra en rentrant. (Ps : Je sais que tu lis ces lignes.. donc deux choses. Premièrement : Ne me tombe pas dessus avec un « Ah ouais.. Comme ça.. Tu penses à une fille différente par course.. Merci.. top.. c’est super.. et l’an prochain.. tu penseras à laquelle hein ? ».. Je ne fais que décrire un constat que j’ai remarqué. Et puis regarde.. penser à toi, m’a fait tenir et terminer en 1h30 de moins que l’an dernier.. autant dire que tu es au dessus du lot, pour ne pas dire de l’autre 😉 – Deuxièmement : On se voit tout à l’heure. J’aurai alors tout le temps de te dire ce que j’ai eu envie de te dire 😉 ).. Désolé pour le petit aparté. Revenons au trail ^^.

Le segment se passe plutôt bien pour moi. Je ne me suis presque pas arrêté de courir pour passer en marche rapide. Sur une longue route tout en bitume, je commence à me chanter une chanson. Et puis niveau chanson atroce, qui te tient bien au corps.. celle là fait une entrée fracassante dans le TOP 3 des pires chansons que j’ai eu dans la tête en course officielle depuis que je me suis mis à courir. Pour rappel, les deux autres c’était Damso – Θ. Macarena pendant 50 bornes sur la CCC et Celine Dion – Pour que tu m’aimes encore pendant tout mon Marathon de Paris en 2016. Autant vous dire que cette nouvelle chanson prise de tête a du potentiel ! Je ne sais pas si vous connaissez, mais voilà, il s’agit de : Maurane – L’Un Pour L’Autre. Dites-vous bien que je me suis répété la partie de la chanson que je connaissais en boucle pendant bien 30 km.. Et 30 km de Maurane en BOUCLE.. c’est TRES TRES TRES LONG.

« Ils sont fait L’un pouuuuuuuuuur l’autreeeeeeeeeeeeeeeeeeee ! »

« Séparé.. Séparé.. Sépaaaaré.. Sépaaaaaré.. On ne le pourra jaaaaaaaaaaamais.. Oh Noonnn.. Noooooooooooon. On ne pourra ja – mais les sé – pa – rer !! ». 

EN BOUCLE ! Le fada. C’était terrible. J’ai beau eu tenté de penser à une autre chanson. Elle revenait tout le temps.. « Séparé.. Séparé.. Sépaaaaré.. Sépaaaaaré.. ». Bon ça occupe hein. Tu te demandes bien comment c’est possible d’avoir ça dans la tête, alors que tu ne l’as pas entendu depuis des années.. mais voilà. C’était ma chanson sur cette SaintéLyon 2017. Ca fait rêver… n’est ce pas ?

Descente prononcée dans un couloir assez étroit en forme de demi tube. Je sais où je suis.  C’est la petite descente avant le deuxième ravitaillement. C’est passé tout seul. J’accélère dans le dénivelé pour atteindre rapidement le ravito. En bas, tournant à 90° sur la gauche. Il y a quelques supporters. J’en profite pour les applaudir tout en relançant à fond. Tournant à droite. Un staff me dit de ralentir. Je ne l’écoute pas. Je pénètre dans le ravitaillement à fond. Et je m’arrête net.. devant une flaque d’eau immense… (Un des rares avis négatifs que j’aurai sur l’ensemble des ravitaillements de la course).

 

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.14.20.png

RAVITO N°2 – SAINTE-CATHERINE / 28,2 km / Horaire : 02 H 12 

TEMPS DE COURSE : 02 H 21 MIN 51 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 850 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 10.42 km/h. 

Classement : 74ème. 

Je vais passer pas plus de 2 minutes dans le ravitaillement. Je recharge simplement mes deux flasques. C’est drôle d’ailleurs. Avant la course, j’ai parlé avec mes collègues et lorsque je leur ai dit qu’aux ravitaillement, je me fais remplir mes flasques, ils m’ont dit « Mais WHAAAAAAAT ? » « Nous, on remplit tout nous même… ». En y repensant bien, c’est vrai qu’il y a deux , trois ans.. quand j’étais à l’arrière, je devais me démerder tout seul pour remplir mes flasques. Et vas-y que tu dois choper une bouteille. Et vas-y que tu dois te remplir les réserves en tremblant et donc tu te mets fatalement de l’eau sur les gants.. Ce qui n’est pas super confortable lorsque tu cours par – 7°. J’avais oublié cela.

Maintenant, je ne conçois plus de ravitaillement où je me démerde tout seul. Je donne toujours mes flasques ouvertes et un bénévole me les remplis. J’ai pris gout à ce confort à vrai dire. Et même, j’en viens même à penser que j’aimerai bien avoir une assistance perso’ maintenant. Cela serait pratique. Elle m’échangerait les flasques vides par d’autres remplies.. Je gagnerai bien 1min10 par ravitaillement.. Soit presque 7 minutes sur toute la course. C’est dingue ! Sans trop m’en rendre compte, même cet acte banal est devenu une nécessité première pour moi. Cela en deviendrait même effrayant. Bref.. tout ça pour dire, que je repars avec assez d’eau pour tenir des km.

Je pioche quelques pâtes de fruit, j’avale deux bouts de saucissons et je repars avec une grosse poignée de chips. Vous devez le savoir, sur les 300 mètres en sortant du ravitaillement, je marche assez rapidement pour effectuer mon grignotage. C’est ma petite habitude à moi. Nouveauté : C’est la première fois que je prends des chips sur un trail. Je me suis forcé à le faire en repensant à ma carence en sel sur la Diagonale. Okay. Ce ne sont pas trois chips qui vont me sauver la vie. Mais dans la tête cela change tout. Je finis mon ravitaillement en avalant quelques bouts de mandarines. J’adore cela. Je m’en gave depuis des semaines.

En traversant le village/ville (je n’ose plus marquer uniquement « village », j’ai trop peur de me faire taper sur les doigts par les habitants.. encore pire.. ils pourraient me pourrir l’an prochain en me lançant des tomates dessus à mon passage.. okay.. J’exagère.. mais cela serait drôle quand même..), en traversant donc cette CHARMANTE VILLE TRES BELLE ET TRES ACCUEILLANTE un autre trailer me reconnait.. J’ai envie de discuter.. je lui demande comment ça va pensant bien commencer la discussion.. il me répond « Pas au top du tout. Je pense abandonner ! ».. Et VLAN ! Bon bah, écoute, moi je vais continuer hein.. je voulais simplement parler et rire un peu.. Je l’encourage et je lui dis un « Tiens bon.. ça va revenir.. » puis je repars en courant à mon rythme de croisière.

Je suis reparti plutôt en forme du ravitaillement. J’ai avalé assez rapidement ces 30 premiers kilomètres. Je n’ai pas du tout la sensation d’avoir déjà fait presque la moitié de la course. Je suis très à l’aise. Cela ne va pas durer.

Vers le KM 31 (je pense) et jusqu’au KM 37.. j’ai un gros coup de moins bien. J’ai vraiment du mal à avancer rapidement. Impossible de placer la moindre accélération. Je lutte déjà pour tenir mon rythme. J’ai la sensation d’un manque total d’énergie. Je me trouve même facilement des excuses « C’est normal.. tu as fait une grosse saison 2017.. Tu t’attendais à quoi ? hein ? Finir dans le TOP 100 dans la SaintéLyon.. Franchement.. tu le sais bien.. tu es réaliste.. Ce n’est pas possible d’enchainer une CCC .. une Diagonale.. et une SaintéLyon.. redescend sur terre ! »..

Et puis bizarrement, ce qui est rarement mon cas, je manque d’envie. D’envie d’avancer.. Je le remarque car je passe en marche rapide de plus en plus souvent dans les montées. Au troisième ou au quatrième passage en marche rapide, je me surprends même à me dire.. « Bon, écoute. Il y a un petit feu là bas.. pourquoi tu ne t’arrêterais pas. Tu attendrais tes potes 1 ou 2 h et puis tu finis tranquillement avec eux. Ca pourrait être sympa aussi.. »…

Ah Démon !! Ah Sacripant !! Ah Tartarin !! Qu’est ce que tu voudrais me faire faire.. Ralentir.. mais n’es-tu pas fou ? Qu’est ce qui te prend ? Re-saisit toi petit bonhomme. Il y a encore 6 ou 7 kilomètres tu étais frais comme un gardon.. et là tu voudrais finir en marchant ?! Mais où est ta fougue ? Où est ton arrogance ? Où est la Casquette Verte frifrole et dynamique.. Tu vas avaler un gel coup de fouet, tu vas te forcer à avancer un peu au dessus de ta zone de confort, et tu vas voir d’ici 10 minutes c’est reparti. Je m’exécute. Et effectivement, 10 minutes plus tard cela va beaucoup mieux.

J’entame donc la descente vers Saint-Genou/Chaussan avec de l’entrain. Je suis d’ailleurs très content car je descends avec une aisance de dingue. Alors que les autres coureurs ralentissent du fait de la technicité et des plaques de verglas, moi j’accélère comme une bombe dans les passages techniques. Je redouble pas mal de coureurs. Je pense réellement que c’est la combinaison deux choses qui me permet de descendre mieux maintenant :

(1) L’expérience acquise lors de la CCC et de la Diagonale. On ne va pas se le cacher longtemps. La SaintéLyon n’est pas technique du tout à côté de ces courses. Il y a quelques passages qui sortent un peu du lot. Mais ils sont relativement courts, la technicité n’est pas extreme et les hauteurs à descendre ne sont pas traumatisantes pour le corps. En d’autres termes, les passages techniques de la SaintéLyon ne sont pas des enchainements de trois ou quatre km de descentes ultra techniques où tu finis épuisés par les chocs, les cuisses et les genoux en feu ; et surtout, ton cerveau n’est pas en surchauffe à force de s’être concentré sur chaque millimètre pendant de longues dizaines de minutes. Ces petits passages sont donc un régal pour moi. Je prends énormément de plaisir maintenant. Merci l’expérience.

(2) Les heures d’entrainement pour travailler ma foulée en descente et principalement mes appuis. J’ai énormément bossé là dessus ces 8 derniers mois. Le bon appui. La bonne posture dans la pente. Les enchainements rapides d’appuis tel le jeu de jambes d’un boxeur.. Les coups de pattes sur les bords pour éviter des obstacles.. les appuis très rapides au sommet de pierres pour les dépasser façon panthère.. tout.. j’applique toutes mes connaissances et cela fonctionne merveilleusement bien. Trop bien d’ailleurs. Je déboule à une grosse vitesse et je dois faire attention de ne pas déstabiliser de coureurs sur mon passage. Quel kiffe quand même. Y a encore du taff. Mais c’est une belle réussite pour moi. Une vrai victoire sur mes défauts passés de foulée en descente.

En dépassant certains coureurs, je sens que certains tentent de me suivre. Mauvaise idée. J’ai le souvenir d’un jeune (27 – 30 ans) assez grand, avec des épaules carrés. Je le dépasse, et quelques secondes plus tard, je me rends compte qu’il prend mon allure et effectue les mêmes appuis que les miens. Je pense qu’il ne regarde plus tellement loin devant. Il doit être fixé dans mes appuis et dans mes mollets. Cela ne me dérange pas à vrai dire. Je continue à mon rythme et tant mieux si je peux amener du monde derrière moi.

Tout à coup, bruit de plastique qui glisse.. silence.. et BIM ! Sur le cul. Le mec derrière moi à louper un appui latéral que j’ai fait pour esquiver une plaque de verglas et a mis un pied en plein milieu. Je m’arrête pour l’aider à se relever. Cela semble aller. On repart. Il décide de me suivre à nouveau. Cela tient 60 secondes. Vlaaaaaan. Deuxième plaque de verglas.. Même cause, même conséquence. Je m’arrête à nouveau et je l’aide à se relever. Il se marre. Moi aussi. Je lui dis « Bon, écoute.. c’est pas contre toi.. mais je pense que c’est dangereux pour ta fin de course si tu continues à me suivre.. ». Il me répond « C’est clair. J’arrête. T’es un maboule ! ». On se tape dans la main, on se sourit assez mort de rire et je repars à fond. J’espère qu’il a fini sa course ! Moi, je profite de la fin de descente pour continuer à envoyer. Je me souviens même que j’ai commencé à couper des virages à l’intérieur en sortant du chemin principal et que c’est passé comme dans du beurre. Quel kiffe total ! Malheureusement, on enchaine avec une partie bitumée pour finir la descente. Dommage.

 

Capture d_écran 2017-12-09 à 11.15.08

RAVITO N°3 – SAINT-GENOU/CHAUSSAN / 41,4 km / Horaire : 03 H 38 

TEMPS DE COURSE : 03 H 48 MIN 05 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1277 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 9.21 km/h. 

Classement : 78ème. 

Aucun souvenir du ravitaillement. Non pas que j’étais fatigué. Ce n’était pas le cas. Mais je crois l’avoir fait en mode « Eclair ». J’ai déboulé à fond dedans. M’arrêtant de courir uniquement devant une table. Remplissage d’une flasque sur deux. Et je suis reparti en courant directement. Et dire que l’an dernier, j’avais pris le temps de faire un selfi à cet endroit là ^^. Certaines choses se perdent !

Je fais un rapide point de mon état. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Mon passage a vide est maintenant terminé. Je suis bien dans ma course. J’ai fait plus de la moitié. J’ai encore les jambes fraiches. Je sais qu’il me reste trois segments de plus ou moins 10 km. Ca va se faire tranquillement. Je n’ai pas de soucis à me faire.

« Ils soooooont fait. L’un.. Pour.. L’autreeeeeeeeeeeeeeee ! »… Bordel ! Elle ne me lache pas la coquine ! Chanson de m*rdeeeeeee !

Rien à dire sur ce segment. 11 km assez facile. Sans trop de difficultés. Un peu trop roulant dans mon souvenir sur la fin. On commence à avoir un ratio bitume / sentier de plus en plus grand. Le bitume est synonyme de deux choses pour moi : L’obligation de courir et des douleurs dans les genoux. D’ailleurs, après quelques bons km de bitume, je ressens une douleur dans la hanche droite qui me lance de temps en temps lorsque j’essaie d’allonger un peu. Je reste dans un bon rythme, tout en prenant garde à ne pas déclencher la douleur.

On traverse des villages/villes complètement vides. Okay. Il est plus de 4 h du matin. Mais c’est un peu tristounet je trouve. Je ne souffre pas tant que ça, donc j’ai le temps d’observer les maisons et le paysage éclairés par ma PETZL. Les autres années, j’avais déjà des douleurs assez terribles à ce moment de la course.. cela me rendait aveugle de l’environnement. Là, je profite du paysage. J’éclaire fréquemment les maisons sur le bord, ainsi que les champs avec les arbres fruitiers. Tout est encore blanc autour de moi. Cela ne va pas durer.

En haut d’une colline, un peu avant le 50ième km, je vois au loin les lumières de Lyon. Ca sent déjà la fin. C’est arrivé plus vite que prévu me dis-je. Toujours en comparaison des autres années, je me rappelle que le prochain ravitaillement était un point d’ancrage bien identifié dans mes deux précédentes éditions. La première année, c’est là que j’avais lâché mes collègues et que j’avais lancé un semi-marathon ultra rythmé pour finir. Et l’an dernier, je mettais appliqué la stratégie d’avancer le plus vite possible jusqu’à ce point et de voir après avec les forces qu’il me restait pour finir. Cette année, cela semble être un passage comme un autre. Pas du tout un point crucial de ma course. Je m’étonne même à jouer au commentateur de ma propre course.. « Et oui.. Jean michel.. Casquette Verte ne semble pas surpris par ce qu’il est entrain de faire.. Cela semble facile.. tout à fait normal.. Sa stratégie de courir tout le long est la bonne.. il est en parfaite adéquation avec sa tactique de départ.. Il semble ne pas douter.. ».

Ce manque total de doute, est vraiment le commentaire le plus important pour comprendre ma course. En dehors de mon petit passage à vide, vite écarté. Je n’ai jamais douté une seule seconde de mes capacités. Je n’ai jamais eu l’impression de me mettre en danger.. de me faire mal.. J’ai plutôt pris énormément de plaisir. D’habitude, je prends du plaisir, par ce que je me fais mal. Là, je prends du plaisir car j’arrive à faire facilement ce que je sais faire. C’est drôle cette sensation de maitriser son sujet. J’ai beau avoir 50 km dans les cannes. Je sais très bien que j’en ai encore sous le pied pour tenir à ce rythme sur les 20 derniers km et que je vais même pouvoir accélérer si je veux. Ajoutons à cela une paille, un diabolo grenadine et quelques grains de raisins et c’est limite le paradis pour moi.

Après ce constat que TOUT VA BIEN. Je me remets un peu en selle et je commence à accélérer pour relier rapidement le ravitaillement. C’est assez bizarre, je commence à doubler des personnes qui sont en mode randonnées avec des bâtons. Ils ont un dossard avec le numéro en vert. Je pense qu’il doit s’agir des personnes qui sont sur le 44 km. Pour moi, plus de marche rapide. Que de la course. Je traverse la ville à fond les ballons. Quand je reconnais au loin les rues qui doivent m’amener au ravito je commence même à me mettre dans le rouge en sprintant.

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.16.10.png

Je finis mon sprint à l’intérieur de la salle. Les personnes présentes, pas mal de coureurs en relais et pas mal de coureurs du 44 km me regardent un peu étonnés. Tout est au ralenti dans le gymnase. Il y règne un silence monacale. Et moi. Je déboule comme une furie au milieu d’eux en mode « Heeeeey, Comment ça va bien Soucieu-En-Jarrest ? Est-ce que vous êtes chauuuuuuuuuuds ? ». Pas de réponse. Tant pis.

 

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.16.47.png

RAVITO N°4 – SOUCIEU-EN-JARREST / 52,3 km / Horaire : 04 H 44 

TEMPS DE COURSE : 04 H 53 MIN 50 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1521 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 9.94 km/h. 

Classement : 80ème. 

Remplissage des flasques. Un bout de chocolat. Une poignée de chips. Quelques quartiers de mandarines.. et OH SURPRISE.. Il y a des Pim’s. GAVAAAAAAAAAAGE. J’en prends trois ! Ce n’est que de la gourmandise. Je repars en courant depuis le milieu du gymnase. Je le sais.. c’est bientôt fini.

Je prends un peu de temps en courant au ralenti pour réussir à manger mes chips et pour boire un peu d’eau. Il fait beaucoup moins froid maintenant. Je n’ai plus besoin de réchauffer l’eau pour l’avaler. C’est déjà ça de gagner.

A la sortie de la ville. Je m’arrête 30 secondes. Pause pipi. Il n’y a plus de neige. Dommage, j’aurais tenter d’écrire C(asquette)V(erte)… Je repars avec un coureur. Il a un dossard avec les numéros en rouge. Cela fait bien 25 km que je cours avec les personnes qui ont ce type de dossards. J’ai compris à leur façon de courir qu’il s’agit de personnes qui font la SaintéLyon en relai. Je le sais, car beaucoup font du yoyo au niveau de leur vitesse. Ils ne sont pas tellement régulier. Ils arrivent à placer des accélérations à des moments, où un coureur en solo ne peut pas (ou plus) les placer. Et à d’autres moments, ils sont obligés de ralentir en conséquence de leurs accélérations. Cela ne m’a pas du tout aidé de courir avec eux. Il a été impossible pour moi de trouver des bons repères pour étalonner ma forme. Quand, à de rares moments, je tombe sur un dossard solo, je prends le temps d’analyser sa foulée, sa forme. De faire des comparaisons dans le mouvement des bras. C’est très instructif de regarder les autres coureurs. Cela permet vraiment de se jauger.

J’ai l’impression, mais ce n’est peu être qu’une impression. Mais je suis de plus en plus droit et métronomique dans mes mouvements. Chaque mouvement de bras est précis. Chaque foulée est strictement égale à la précédente. En comparaison avec les autres coureurs, j’ai l’impression de gagner en énergie du fait de moins me perdre dans gestes improbables. Il me faudra plus de courses et d’heures de comparaison pour me rendre compte de la véracité ou non de cette remarque, mais c’est la première fois que je m’en rends un peu compte. Si quelqu’un a couru avec moi, je suis très intéressé par son avis sur ma posture, et sur la régularité ou non de ma foulée.

Rien à raconter de spécial sur ce segment non plus. (A chaque fois que je marque cette phrase, 20 secondes plus tard je me rappelle de deux ou trois souvenirs et c’est parti pour 5 ou 6 paragraphes.. là, pour une fois je n’ai qu’un seul souvenir qui me revient.. et il n’est pas des plus intéressant).

4 ou 5 km après le ravitaillement. Je vois un panneau « Poubelle à 400 M ». Je dis OUIIIIIIIIIIII !! Bravo l’organisation ! Enfin des poubelles en dehors d’une zone de ravitaillement. Cela fait bien deux ans que j’en rêve. Je me trimballe tout le temps mes déchets et ceux que je ramasse, que cela soit des gels ou des papiers d’emballage.. A chaque fois, aux ravitos, je suis tellement dans mon objectif de récupérer de l’eau que j’oublie souvent de les jeter. Là, c’est parfait. Ces poubelles tombent à point nommé. J’ai oublié de vider mes poches lors des quatre ravitaillements passés. Elles sont pleines et commencent à me gêner. Je prends le temps de m’arrêter et de tout jeter. C’est mineur me direz-vous de jeter proprement ces déchets. Mais pour moi, c’est important. Si seulement, on pouvait voir ce principe appliqué sur chaque course. Cela serait le rêve ! (A BON ENTENDEUR.. SALUT..).

Chose promis. Chose due. Je n’ai pas d’autres paragraphes qui me viennent à l’esprit. Je pourrais inventer des rencontres.. inventer des pensées.. mais je n’ai rien à vous offrir de vraiment vécu. Simplement à vous raconter, comme à chaque récit, que je cours, et que je cours encore.

En arrivant aux abords du ravitaillement de Chaponost.. (Aaaaaaaaah.. peu être que j’ai quand même un petit souvenir qui traine… MOUAHAHAHAHAHAHAAHAHAH), je me rappelle que des caméras sont présentes à l’entrée. J’ai envie de faire un salut magistral avec ma Casquette. Petit oubli de ma part, j’ai une PETZL accrochée sur la casquette avec un fil qui part dans mon sac pour ne pas avoir à porter le poids de la batterie sur la tête. Me voilà donc, 10 mètres avant la porte. Je soulève d’un coup ma Casquette.. et je sens une résistance.. Le con.. J’essaie de faire quand même quelque chose.. Je sautille en faisant une petite virgule du talon.. Je m’imagine déjà bien ridicule sur les vidéos. Bordel.. J’aurai du y penser avant.

Capture d_écran 2017-12-09 à 11.17.48

En regardant la vidéo sur le site Livetrail. Je suis très déçu. L’extrait de 30 secondes a du être mal calibré. Je ne me vois même pas. Je me rappelle que je suis arrivé en sprint. A fond les ballons. Je pense que la caméra s’est déclenchée trop tard. Dommage ^^. J’avais terriblement envie de vous faire vivre ce moment de solitude.

 

Capture d_écran 2017-12-09 à 11.18.32

RAVITO N°5 – CHAPONOST / 62,1 km / Horaire : 05 H 42

TEMPS DE COURSE : 05 H 51 MIN 45 SEC. 

D+ DEPUIS LE DEPART : 1696 m. 

Vitesse moyenne sur le segment, ravito précédent compris : 10.14 km/h. 

Classement : 72ème. 

La course est bientôt finie. C’est passé tellement vite. C’est dingue. Je tends mes flasques aux bénévoles, en demandant, comme à mon habitude, « Un GRAND whisky et un PETIT Ricard ». Comme souvent, les bénévoles sont un peu surpris.. puis rigolent l’air déstabilisés. Je leur demande s’ils savent qui a gagné de la course. A priori, l’information n’est pas arrivée jusqu’à eux. J’avais mis une pièce sur Thibaut Baronian. J’aimerai bien qu’il remporte une course un de ces quatre. Et si cela pouvait être aujourd’hui, en terre lyonnaise, sur cette emblématique SaintéLyon, cela serait magique ! J’ai commencé à suivre un peu ce coureur. Je me retrouve pas mal dans sa mentalité.. entre performance et sur-entrainement.. entre déconnade et expertise trailistique.. Entre plaisir et passion.. bref. J’aime bien ce type !

Je repars chaud comme une baraque à frites pour les 11 derniers kilomètres. Je pourrais envoyer du sale dès le début, mais j’ai envie d’en garder un peu sous le pied pour enchainer à fond les 4 derniers. Je repars donc à un bon rythme, mais légèrement en dessous de ma zone rouge.

J’ai bien en mémoire la fin du parcours. Un petit bout de bitume. Un passage entre les maisons sur des chemins en montée et en descentes. Je le sais, ces routes sont assez larges pour doubler sans problème. Ensuite, ce sera un moment culte de la SaintéLyon : Une FAT descente tout en bitume et une FAT montée (double montée attention.. pas mal se font piéger par le deuxième bout que l’on ne voit pas du bas) à côté de l’aqueduc.. Un peu de navigation dans l’accrobranche et puis on traverse une zone bien urbanisée.. un petit square.. quelques immeubles.. des escaliers qui piquent après 70 bornes.. Les quais.. Les ponts.. et puis la délivrance..

Je le connais par coeur ce segment. Cela va me permettre de le gérer sans problème. Bon, je le connais par coeur okay.. mais pas de nuit ! Même si je n’ai pas regardé ma montre, je fais rapidement le constat que l’an dernier il faisait jour à ce moment de la course. Et là, on devine encore mal la fin de la nuit. J’ai envie d’arriver à la Halle Tony Garnier avant que le jour se lève. J’en ai parlé avec mes collègues avant de partir. On ne s’est pas lancé le défi.. mais je me le lance maintenant. J’espère qu’il n’est pas trop tard. Je ne cède pas à la tentation de regarder ma montre.

Sur les 5 premiers kilomètres.. j’envois tranquillement. Je dépasse beaucoup de coureurs en relais et énormément de coureurs du 44 km (les dossards aux chiffres verts). Je suis vraiment très en forme. Je m’imagine devoir refaire 70 kilomètres dans le sens inverse.. Je ne dirai pas non.

Dans une petite montée cassante, juste avant d’attaquer la grande descente en bitume où l’on peut envoyer, je me fais rattraper par un coureur. Il a un dossard aux chiffres noirs. Ma compétitivité revient alors à moi. Je le laisse prendre 10 mètres d’avance. J’analyse sa foulée. Puis je me mets en chasse.

Très rapidement, je le dépasse et prends les commandes. Il a accéléré lui aussi. Je ne veux pas encore lancer mon accélération final. Je me retiens encore un peu. Nous allons très vite, mais je ne suis pas à bloc. Il me dépasse à nouveau. Je me demande s’il fait parti des coureurs du premier ou du second SAS. S’il s’agit d’un coureur du premier, alors j’ai 15 minutes d’avance sur lui (à peu près). S’il s’agit d’un coureur du second SAS. C’est un concurrent direct. C’est drôle de dire cela. Je ne connais ni mon temps, ni mon kilométrage exacte, ni ma vitesse, ni mon classement et pourtant, je suis en mode compétition.

A chaque fois, sur les fins de course, j’ai tendance à les vivre comme une vrai compétition, mais là, cela n’a presque aucun sens. Je ne sais même pas si je suis 70 / 150 / 200 ou 300ième.. Je me bats pour quoi ? Pour l’honneur ? Je n’y songe même pas. Pour le classement ? Franchement.. tant que tu n’es pas dans le TOP 10, tu n’es pas à une place près. Est-ce un concours de (désolé pour l’expression) « bite » ? Je ne pense pas non plus. Cela serait trop bestial.

Je pense que je me bats, car on joue. C’est réellement un jeu à ce moment là, de se concurrencer. De se tester.. de faire sentir à l’autre qu’on est soit plus fort.. soit qu’on bluffe en lui faisant croire qu’on est dans le rouge avant de mettre une grosse accélération..

D’ailleurs.. Je bluffe.. Dans la grande descente en bitume.. je fais mine d’accélérer puis de ralentir d’un coup en soufflant.. il me dépasse alors rapidement.. je reprends son rythme en restant assez loin pour qu’il ne m’entende pas.. une bonne quinzaine de mètres.. Au milieu de la descente, je décide de le laisser envoyer jusqu’en bas.. j’attaquerai dès le début de la montée tout en bitume.. droit dedans..

En bas, de la descente, je suis juste derrière lui. On traverse une zone de travaux. Je demande gentillement avec une voix reposée et aimable aux coureurs du 44 km de nous laisser passer. En écoutant ma voix, je pense qu’il s’en rend compte. Il s’en rend compte qu’en fait de mon côté, tout va bien. J’ai pris l’ascendant psychologique. Ne reste plus qu’à prouver dans le début de la montée, que ma voix fait échos de ma bonne forme. Lorsqu’il s’est retourné pour me jeter un regard, j’ai remarqué directement qu’il semblait bien épuisé par ses dernières accélérations. Nos regards se sont croisés. Je pense qu’il sait très exactement ce qu’il va se passer.

En attaquant les premiers mètres de la montée, je le laisse partir devant. Juste 3 ou 4 mètres. Histoire de prendre de l’élan. Je pense qu’il met tout dans la bataille. Trop tard. Je lance la machine. Droit dedans. Les montées tout en bitume avec un bon %, c’est devenu maintenant une passion. Je suis très très à l’aise dedans. En à peine 40 mètres de distances, je lui mets 15 mètres. Je ne me retourne pas pour vérifier. Je suis déjà passé à autre chose. Je veux gravir ce passage le plus rapidement possible. Cela tourne à fond. Les cuisses ne sont pas douloureuses. Je profite du moment. Mon souffle est régulier, mais il n’est pas stressé. Je suis encore une fois très content de réussir à passer ce genre de passage après 67 km sans aucune difficulté.

Contrairement à la première année, je sais que cette montée est double. Elle s’effectue en deux temps. Il ne faut pas tout envoyer dans la partie visible d’en bas, car après un tournant sur la gauche, un deuxième bout se dresse devant nous. Et ce n’est pas un petit bout.

Juste avant le tournant.. j’entends un mec qui se speed « Heeey Casquette Verte… » Je lui sers la main.. Je suis tout sourire. Lui aussi, semble-t-il. Il me dit qu’il a accéléré pour me dire bonjour. C’est super cool. On discute un peu (je ne me rappelle plus trop de quoi), et nous nous souhaitons une bonne fin de course. Sympa ce genre de rencontre au milieu d’une difficulté finale de course.

Je finis la montée. Je suis très serein. Enfin plutôt, je suis sûr de mon fait. Je ne me dis pas qu’il faut absolument aller vite. Et pourtant j’avance vite. Je ne suis pas du tout affolé. Je ne souffre pas du tout. Je sais que c’est précisément à cet endroit là, juste après un virage à droite à 90° que je vais lancer mon sprint final. 4 km à fond les ballons. Sans retenue. Là.. je vais souffrir. Là.. on va pousser la bête dans les cordes. Là.. on va titiller le cardio’ à pleine main.. Là.. on va aimer souffrir !

Virage sur la droite. J’ai relancé le rythme depuis une dizaine de mètres. Ce changement d’orientation me propulse dans mon finish. Je décide d’enlever ma veste. A quoi peut bien me servir un coupe vent. Je vais le fendre.. je n’ai pas besoin qu’on me le coupe. Les manches et mon torse légèrement humide récupèrent rapidement la fraicheur de la nuit. J’ai presque un peu froid. Cela me motive à accélérer. Ma foulée est étonnamment naturelle. On pourrait croire que je commence à peine ma course. Je n’ai aucune retenue dans mes mouvements. Tout est limpide. Presque trop simple.

Après quelques virages en ville où j’ai bien fait attention à prendre les intérieurs pour garder de la vitesse, nous arrivons dans une zone que j’affectionne particulièrement sur le parcours de la SaintéLyon. Le passage dans les bois remplis d’installations d’accro-branche. Le sol y est assez mou. On peut envoyer sans trop de problème. Plusieurs monotraces sans technicité s’offrent à nous. Je peux exprimer totalement mes talents de navigation. Cela tombe bien, car il y a du monde. Les coureurs du 44 km et ceux des relais n’avancent plus très vite. J’arrive à regarder assez loin pour anticiper mes dépassements. A gauche. A droite. Les coureurs s’écartent. Je peux avancer sans être ralenti. Je déguste chaque mètres de cette descente. Je suis étonné par forme. Dans un virage en dévert sur la gauche, je me surprends même à couper droit dans la pente tout en accélérant. J’ai la drôle d’impression d’avoir un moteur qui me pousse à avancer. Presque une assistance électrique qui décuplerait ma vitesse trop humaine.

Les quelques rondins glissés en travers du chemin forment des petites marches hautes d’à peine quelques dizaines de centimètres. Je me rappelle avoir tant souffert sur celles-ci il y a 2 ans. Chaque bonds qu’elles me faisaient faire étaient une épreuve tant physique que mental. Là. C’est tout à fait différent. Je m’en amuse presque. Ma foulée est rythmée par les chutes provoquées à leurs passages. J’en viens presque à appuyer le pas pour ressentir un peu plus de douleur dans les cuisses. J’ai envie de me sentir souffrir. J’en envie que cela fasse mal. J’ai envie que la douleur m’emporte en dehors de la course. Qu’elle m’amène à me transcender. Qu’elle me fasse oublier la simplicité. Qu’elle m’emporte, dans ce joyeux monde des sensations extrêmes.. celui-ci même qui doit faire de moi, un autre moi.

Fin de la zone d’accro-branche. Virage sur la gauche. On rejoint le bitume pour une dernière mini-montée un peu cassante. Je décide de la faire en courant normalement. Sans sprinter. Un autre coureur du 72 km me double. Il est plié en deux. Les mains sur les cuisses. Il est dans ce joyeux monde des sensations extrêmes. Je l’envie presque.

J’entends son souffle lourd. Je le sens très atteint par la fin de sa course. Moi, je suis complètement à l’aise. Entre deux souffles très prononcés de sa part, je tente d’ouvrir la discussion en le faisant rire : « Tout doux…. l’animal… Tu vas nous faire une syncope là ! ». Il ne bronche pas. Reste dans la même position. Mains sur les cuisses et grandes enjambées. Il tourne légèrement sa tête vers moi en commençant sa phrase, puis la remet dans l’axe de la montée. « Heeee..eeeeeeuheee..he..euhuhhhee.. Je veux terminer sous les 7 h 15… ». Il a eu beaucoup de mal à me dire cela. Il est déterminé. Mais je sens dans sa voix de la détresse. Comme s’il sentait que ce n’était déjà plus possible. Je comprends de suite que cela ne sert à rien de lui parler plus longtemps. Je vais le déranger. Il avance un peu devant moi. Une fois 5 mètres devant, je prends son rythme. Droit comme un I. Je n’ai pas besoin de mettre mes mains sur les cuisses.

En le suivant, je réalise qu’il m’a dit vouloir faire moins de 7 h 15. C’est dingue. Moi qui visait un objectif 8h. Je n’ai pas forcé mon talent de toute la course et je suis sur cette base horaire. Ni une ni deux, je décide d’accélérer et de finir à fond. Je déclenche mon ultime accélération. En 20 secondes, j’ai rattrapé le souffleur de l’extrême et je file devant lui. Me voilà parti pour finir la course à bloc.

Je cours comme à l’entrainement. Je suis très concentré. 3 minutes ont passé et je n’ai pas réfléchi une seule seconde à m’en garder sous le pied pour finir en sprint total sur le dernier kilomètre. Je suis entrain d’avancer dans ma zone rouge. C’est le kiffe. Je traverse une rue gardée par un bénévole que je salue et remercie. Il m’indique le chemin en direction d’un petit square. A l’entrée de celui-ci, il faut esquiver un passage anti-scooter. Lorsque vous marchez c’est le genre de truc déjà chiant. Lorsque vous courrez à fond.. c’est une séance de danse du ventre que vous devez interpréter. Zlllllllip.. Zliiiiiiiiiip. Je me suis complètement déformé, mais c’est passé à fond. En entrant dans ce petit square bénéficiant d’une légère montée, je commence à pousser mon premier cri d’extase et de douleur. Ce genre de cri qui vient du fond du corps. L’expression du dépassement de soi. Cela ne sera pas le dernier.

Zliiip..Zliiiiiiip. Je ressors du square comme j’y suis entré. Nous sommes dans une zone très résidentiel. Avec quelques immeubles comme simple décors. Ma PETZL est encore allumée. Elle ne sert plus à rien. L’éclairage public est suffisant. Nous sommes définitivement en ville maintenant. Je traverse la zone résidentielle à fond. Mes cris commencent à se faire entendre de plus en plus. Je ne lache rien. Je déboule comme jamais. Les coureurs qui marchent, me regardent arriver. Un peu étonné. Puis m’entendent passer. Je peux presque me mettre à leur place et sentir la perturbation d’air légère que je déclenche à leur niveau. Ma foulée est déterminée. Je finis de grimper dans les lotissements.

Si vous n’avez jamais fait la SaintéLyon et que vous compter la faire : MERCI DE SAUTER CE PARAGRAPHE. Il va vous spoiler une particularité plutôt sympa de la fin de course.

(Bon je vous aurai prévenu…). La fameuse série d’escaliers pour descendre au fleuve. Je ne sais de combien de marches cette descente est fournie. Tout ce que je peux vous dire, c’est que si vous êtes déjà au bout de vos limites, cet escalier va tout simplement vous achever. Heureusement, je suis en pleine forme. je vais pouvoir pour la première fois descendre à fond les marches. Je me lance dedans comme on se lance dans une piscine un après-midi d’août dans la région d’Aix en Provence. Splaaaaaaaash. Je suis dedans. Je prends tout de suite le rythme qui sera le mien jusqu’en bas. Une marche par une marche. De manière ultra cadencée. Chaque pas résonne. Les crampons de mes SpeedCross semblent préférer les sentiers enneigés. Je commence à pousser des cris plus petits.. plus chuchotés. Des cris de douleurs. Infimes. Que seul moi et les coureurs que je double peuvent entendre. Des petits « hain.. hain.. hain.. ». Chaque marche dispose de son cri. Pas de jalouses. Je relève rapidement la tête entre deux séries de marches. Je suis déjà presque en bas. C’est dingue. La première année, j’avais eu l’impression de passer des minutes entières dans cette descente. Là.. j’ai du avaler la difficulté en quelques dizaines de secondes. Le temps de faire ce constat et me voici en bas.

Je relance comme un dingue. Cette relance me fait hurler. Deux trailers qui marchent, se fichent de moi. Je les entends quelques dizaines de mètres derrière imiter mes gémissements. Cela m’énerve un peu. J’aurai envie de leur expliquer. Qu’ils comprennent. Mais je préfère me dire qu’ils ont raison. Que c’est étrange ce que je fais. Que c’est moi qui suis dans l’irréel et eux dans la réalité.

Tournant à 180° à droite. Je rejoins les quais. Je tiens bien ma vitesse. Je ne suis pas tout  à fait au maximum de ce que je peux faire, mais j’avance bien. Je repère que que la Saône est haute cette année. Quelques 20 cm de plus et on aurait les pieds trempés. Le temps d’y penser et me voilà déjà dans l’escalier pour remonter sur le pont qui longe l’autoroute. J’enchaine les marches à fond. Je m’aide pour la première fois de ma course de mes mains en saisissant les barrières pour m’assister dans leur franchissement. Cela fonctionne terriblement bien. Je repense à ma conviction absolue de ne jamais utiliser de bâtons en course. Quand je vois à quel point cela peut m’aider sur un si petit escalier, je me dis que dans l’ultra long, cela pourrait me servir un jour. Ma conviction n’est plus absolue.

Le bénévole et une nana qui l’accompagne en haut de l’escalier m’encouragent et me félicitent. Je les remercie tout en relançant en direction du pont. Je le sais c’est presque fini. Il ne manque plus qu’un petit kilomètre avant d’atteindre la fameuse arche d’arrivée. Je ne pense plus à rien. J’essaie juste de tenir mon rythme. Sur le pont, un couple de passants, pas du tout au courant de la course, ne m’entendent pas arriver. A 5 mètres d’eux, j’appuie ma foulée afin qu’ils me laissent passer. Rien n’y fait. Je dois faire un bon sur le côté gauche en passant complètement de travers pour les éviter. Cela fonctionne. Juste juste. Mais cela fonctionne. Je m’excuse en atterrissant. C’est drôle. Je continue droit vers l’arrivée.

Deuxième pont. J’ai l’impression qu’ils ont changé le revêtement. J’avais le souvenir d’un revêtement en latte de bois, qui humides, ressemblaient plus à des savons glissants qu’à un sol de fin de course. Je ralentis sur les 10 premiers mètres pour prendre le pouls de mon adhérence. Cela tient parfaitement. Pas d’inquiétude à avoir. C’est parti. A bloc jusqu’à la fin.

Pont traversé. Je ne comprends pas bien. Des barrières me guident vers la droite. La fin du tracé a été modifié. Je pense que c’est à cause des problèmes de circulation causés les années précédentes. Qu’à cela ne tienne. Je prendre la courbe. Devant moi, un bon troupeau prend toute la largeur de la chaussée. Je dois les prévenir de mon arrivée. Cela tombe bien, j’ai encore envie de crier. Je lache un grand cri de souffrance. Le troupeau se retourne. Etonné. Ils s’écartent vite. L’un crie « C’est génial ce que tu fais ! » « Courage ! » « T’es au bout ! ». Ces paroles simples. Déjà presque trop entendues, ont toujours de l’effet sur moi. Je me déchire. J’accélère encore.

Virage sur la gauche. Je traverse la route dont la circulation est coupée et j’entre dans la zone de la Halle Tony Garnier. Je ne lache rien. Je continue à sprinter. Second virage à gauche. Je rentre de l’enclos. J’ai bien sûr repéré la caméra. Mais je suis bien trop concentré cette fois pour effectuer un petit signe à mes amis qui regardent le live sur LiveTrail.

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.20.12.png

Virage à droite. Ayé. La voilà la Halle. J’y pénètre à fond. Les applaudissements résonnent. Je le sais. Encore 15 mètres et c’est définitivement terminé. Devant moi, un groupe de quelques coureurs finissent leurs courses tranquillement. Je décide de ralentir pour pouvoir lancer ma figure de fin sans être gêné.

Me voilà donc. A 6 mètres de l’arche de l’arrivée. Complètement à l’arrêt. J’attends que le groupe soit passé. Je mime le mouvement avant-arrière des sauteurs en longueur. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je me lance (PROFITE BORDEL.. PROFIIIIIIIIIIIIIIIIIIIITE). Trois pas et m’y voilà. Je le lance. Mon traditionnel 360 de l’arrivée !!!

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.21.10.png

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.21.25.png

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.21.45.png

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.21.56.png

Capture d_écran 2017-12-09 à 11.22.06

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.22.17.png

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.22.34.png

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.22.50.png

Capture d’écran 2017-12-09 à 11.23.04.png

Et ben voilà. C’est fait. Troisième SaintéLyon finie. C’est drôle comme mes sentiments post-course évoluent avec les années. Je me revois encore, le lendemain de ma première SaintéLyon. J’étais alors totalement halluciné par ma réalisation. Sur mon petit nuage. Fasciné par ce que j’avais entrepris et réussi. L’anormalité de ce que je faisais m’apportait le sentiment profond d’être « différent ».. en totale plénitude.. à 15 mètres du sol. Je ne touchais plus terre pendant des semaines. Maintenant, tout à changer. Je suis très heureux. Ca va de soit. Mais je trouve ça étrangement normal. Qu’il y a-t-il de si spécial à courir la SaintéLyon en moins de 7h ? Qu’il y a-t-il d’étonnant à parcourir 72 km et quelques 1700 D+ à bonne vitesse sur des chemins et routes pleines de neiges et de verglas ? Est-ce vraiment incroyable de transpercer l’air et le vent glacial dans la nuit sombre entre Saint-étienne et Lyon ?.. Cette course a toujours autant de goût pour moi. Mais, il est vrai, qu’après 3 ans, et trois SaintéLyon, la sagesse l’emporte sur l’exaltation. Tout est simplement normal en fait. Une normalité qui fait partie intégrale de mon nouveau quotidien. Celle d’un jeune Trailer en devenir dans le monde du Trail. J’entre en Trailibanie. La frontière est maintenant loin derrière moi. Mon visa de course est bien tamponné. Je ne suis plus un sans-papier dans ce monde kilométrique. Les douaniers auront beau me pourchasser pour me ramener à la frontière.. Je courrais plus vite encore. Pour à jamais, leur échapper !

IMG_3322

Distance : 73.1 km

Dénivelé : 1950 m D+

Temps de course : 06 h 56 min 48 sec. 

Allure moyenne : 10.52 km/h.

Classement général : 66ème. 

Classement dans ma catégorie (Senior Homme) : 49ème.

IMG_3348

Publicités

Bref. J’ai couru la SaintéLyon 2016. Récit de course.

Bref. L’avant course c’est déjà la SaintéLyon.

  • Samedi 12:24. @Gare de Lyon à Paris. 

Je sors tranquillement du métro. Je porte mon sac lourd sur l’épaule gauche. Celui-ci me pèse. Il est rempli de toutes mes petites affaires que j’ai sérieusement préparées hier soir. Ma bouteille de Malto à la main, je monte les escalators centraux de la gare. J’aperçois les trains au départ. La course approche. Je rejoins un collègue au Montreux Jazz Café. Nous prenons un thé. C’est devenu une tradition avant chaque SaintéLyon.

 

unnamed

Nous nous dirigeons vers le train. Nos craintes s’expriment « Tu vois, moi ce qui me fait vraiment peur c’est le tronçon entre le deuxième et le troisième ravito ». Une femme, dernière nous, nous écoute. Elle s’immisce dans la conversation « Vous faites la SaintéLyon ? ». « Oui et vous ? ». « Oui, en relais ». Après quelques échanges, nous nous séparons. J’adore cette sensation lorsque je suis à Paris et que je croise un ou une traiteur/traileuse qui se lance dans la même aventure à des centaines de kilomètres de là. Je me sens moins seul. Je me sens moins fou.

Dans le train, mon grand jeu est de deviner qui participe à l’épreuve et quel temps il va faire. Lui, là bas, en jogging c’est un Solo 72. Ses joues creuses et ses cuisses fines laissent à penser qu’il va faire autour de 9 h. Les deux filles dans le fond du wagon qui rigolent, elles se sont des relais. Elles font fuir leurs doutes en vérifiant que l’organisation d’avant course qu’elles ont scrupuleusement mise en place suit parfaitement son rail. Le train avance. Nous rigolons. Ca chambre. Un de mes trois collègues participe à sa première SaintéLyon. Son stress me rappelle ma première SaintéLyon. Se lancer dans l’inconnu. Prendre toutes les informations de ceux qui ont vécu cette course pour minimiser le doute. Ses yeux sont ouverts. C’est une éponge qui absorbe toutes les informations. Je pourrais lui faire croire que dans la nuit, nous allons devoir traverser une rivière avec de l’eau à mi-cuisse, mais que cela ne sera pas le pire du trajet. Il me croirait. J’espère qu’il va terminer.

 

  • Samedi 14:56. @Gare de Lyon Part Dieu.

Nous sortons de la Gare. Les quelques marches qui descendent vers le métro nous laissent deviner la foule de trailers qui tentent d’acheter des tickets de Métro pour tous lyonnais. Des vendeurs à la sauvette ont monté un petit business. Etant donné, qu’il y a 5 minutes de queue pour utiliser les automates et que tout le monde à la flemme, ils vendent des tickets de métro aux trailers. Le trailer est méfiant. Il prend son mal en patience et utilise l’automate. Dans le métro, arrivés sur le quai, nous ne voyons aucun coureur. C’est étrange.  Nous nous sommes tromper de sens. Changement de quai et c’est reparti.

unnamed.png

Arrivés à la Hall Tony Garnier, l’arche SaintéLyon nous accueille. Au loin, le pont que nous allons devoir parcourir sur les derniers mètres de la course le lendemain. Vivement demain. Nous laissons nos sacs à la consigne.

unnamed-2.jpg

Délestés de nos sacs, nous entrons dans le salon. Des stands.. des stands et des stands. Je m’arrête chez CLIFF acheter une barre. White chocolate Macadamia nut, ma préférée. J’en ai déjà une. Mais on ne sait jamais. Je retire mon dossard auprès de deux jeunes femmes. Un petit sourire. Elles me souhaitent bonne course. Je leur souhaite bon courage. Nous récupérons le cadeau SaintéLyon de cette année. Une belle paire de chaussette customisée aux couleurs de la course. Nous traversons les stands des trails. Je regarde les petites pancartes blanches pour repérer des futurs défis. Pas de CCC et pas de Diagonale des fous en vue. En sortant du salon, nous passons à côté de la fameuse arche d’arrivée. Petit selfie oblige.

unnamed-2.png

Notre ticket pour le bus qui doit nous amener à Saint-Etienne pris, nous ressortons de la Halle. Nous nous dirigeons vers notre repère pré-SaintéLyon. Un restaurant italien qui fait de bonnes pâtes. J’en ai marre de bouffer des pâtes et du riz depuis une semaine. Mais bon c’est la dernière fois. J’y vais avec le sourire. Sur le chemin, nous nous arrêtons faire quelques courses. Saucissons, bouteilles d’eau, Coca, pistaches. Nous sommes équipés. En approchant de notre restaurant, nous remarquons que la devanture à changer. Notre restaurant est devenu un pub anglais. Tant pis pour les pâtes. La tentation de prendre une bière est grande. J’opte pour un diabolo grenadine. Sage décision. Le classico Espagnol Barça/Real et PSG/Montpellier accompagnent les quelques heures qui nous restent avant la course.

 

  • Samedi 19:10. @Abords de la Hall Tony Garnier.

unnamed-3.jpg

Nous entrons dans le car qui doit nous déposer à Saint Etienne. Je m’assoie à côté d’une femme qui semble très stressée par la course. Je n’engage pas la conversation car j’ai peur que son stress me contamine. J’ai jusqu’à présent dans cette journée réussi à ne pas penser à mon défis, à mon challenge. Je ne suis pas du tout focalisé. Je garde cet effort mental pour plus tard. Juste avant que le bus ne ferme ses portes, deux femmes devant moi se lèvent et fouillent dans leur sac. L’une s’écrie : »J’étais sûre de les avoir mis là dedans ! ». Elles ont perdu leurs dossards. Elles fouillent et re-fouillent leurs affaires. Pas de traces de dossards. Les portes du bus se ferment. Les gens autour de nous les conseillent. Je regarde sous leur siège, espérant pouvoir leur offrir une solution. Rien. Le bus démarre. Elles crient au chauffeur « Attendez ». Le bus s’arrête au feu rouge. Elles prennent rapidement leurs affaires et descendent. Pour elle, la course a déjà commencé. J’apprendrai plus tard, qu’elles ont bien récupéré leurs dossards. Sympa le coup de stress.

Sur le trajet qui nous amène à Saint Etienne, je ferme les yeux. Je commence doucement à penser à ma course. L’objectif que je me suis fixé est-il atteignable ? Quelle stratégie de course dois-je suivre pour tenir mes délais ? La tension monte. J’adore ce moment. Je fais le tour dans ma tête des quelques pensées que je vais pouvoir explorer quand ça ira mal. Des vacances entre copains en programmation… Les bonnes lignes que je vais pouvoir écrire sur mon blog… cette fille à laquelle je pense beaucoup… bref, pas mal de cartouches pour les moments de doute.

 

  • Samedi 20:28. @Gymnase de Saint Etienne.

unnamed-5.jpg

Nous nous installons dans le Hall A. L’ambiance de fin du monde que j’avais découvert l’an passé est toujours là. Des tas de trailers sont à même le sol. Couvertures de survie, tapis de sol, duvets.. tous les moyens sont bons pour trouver un peu de confort. Je prépare mes affaires : Tenue.. ok. Alimentation et électronique dans mes petits sacs de congélation.. ok. Puce LiveTrail.. ok. Profil de course.. ok. Je suis prêt. Il ne reste plus qu’à attendre. Je n’arrive pas à m’endormir. Je pense à la course. Je m’imagine en train de courir. Les quelques souvenirs de segments parcourus l’année précédente me reviennent en tête. Je me vois les parcourir. Je regarde le profil de course qu’un collègue m’a plastifié.

unnamed-7.jpg

unnamed-6.jpg

Je me suis peut-être un peu enflammé sur les temps de passage aux ravitos. Je calcule et recalcule l’allure que je dois tenir sur chaque segment. C’est quand même très rapide. J’ouvre la porte à l’échec de mon défis. Ne pas faire moins de 10 heures ne serait pas dramatique. Je serai déçu bien sûr. Mais ce ne serait fondamentalement pas grave.

unnamed-4.jpg

 

22:40. Le speaker annonce le départ de la course dans une heure. Je me change. J’hésite à prendre mes guêtres. Les annonces météo précédentes prévoient une terre gelée. Je me dis que les portions boueuses seront très rares. Je décide de ne pas les prendre. Je sors du hangar pour vérifier la température. Ca meule sévère ! J’élimine définitivement l’option Short. Ca sera Legging + short fluo en bas. Double manches longues et veste Gore pour le haut. Buff autour du cou. Et bien entendu ma Casquette Verte visée sur la tête.

unnamed-3.png

Nous sommes à 35 minutes du départ de la première vague. Petit pipi et je laisse mon sac aux transporteurs. Je dis aurevoir à mes collègues. J’espère que la course va bien se passer pour eux. Je pense plus particulièrement à celui qui tente la course pour la première fois. J’espère vraiment qu’il va la finir. Ils me souhaitent bonne chance, me disent de « faire gaffe quand même ». En les quittant, j’en entends un me lancer « Tiens bon. Craque pas ! Tu peux le faire ! ». C’est la première fois, que l’on me souhaite de réussir mon défis et qu’on ne tente pas de me dire de faire attention. Cela me motive. J’arrive dans la ligne droite des SAS.

Capture d’écran 2016-12-05 à 20.54.13.png

Crédit photo : Instagram. @nathanael42

Je me faufille au plus proche de l’arche de départ. Je veux partir dans les premiers SAS pour ne pas être ralenti. Je me fais bloquer à 250 mètres du départ. Impossible d’avancer plus. Je m’arrête. Je gobe ma barre CLIFF. Ca y est. J’y suis. Je suis dans ma course. Je me concentre. Il va falloir courir. Rien que courir. Pas de place au repos. Pas de place à la détente. Je m’apprête à courir moins de 10 h. Ca va être difficile, mais je suis venu pour ça. La fatigue.. ah tu verras.. tu verras.. Les doutes.. ah tu verras.. tu verras.. La course c’est fait pour ça.. tu verras.. tu verras. Je verrais la peur surgir dans la nuit.. Je verrais mes jambes me dire non-merci.. tu verras.. tu verras.. Mes jusqu’au bout j’irai.. tu verras.. tu verras.. au mental, je tiendrai.. tu verras.. tu verras !

Bref. Ma SaintéLyon 2016. C’est partiiiiiiii !

 

  • Samedi 23:51. @Arche de départ. Saint Etienne.

Le départ est donné. Je suis au milieu du SAS. Je surveille mes pieds tout en avançant jusqu’à l’arche de départ. J’ai pris l’habitude de surveiller le sol sur les départs. Tous les sacs, bouteilles et autres déchets qui jonchent le sol sont d’un danger aussi grand que les cailloux que nous allons rencontrés sur les chemins de montagne. Je passe l’arche. Je ne peux pas me lancer à mon rythme sur les premiers 400 mètres. La foule est trop dense. Je tente de me glisser sur le côté pour rentrer dans mon rythme. Je me suis donné 1 h 45 minutes pour faire les 15.6 km qui me séparent du premier ravito. C’est rapide. Peu être un peu trop, mais c’est mon objectif.

Au bout d’un ou deux kilomètres j’entends des groupes de trailers parler entre eux. Je retiens quelques phrases : »J’y suis pas.. Part toute seule.. je vais te ralentir.. » « On part trop vite pour moi là.. je vais devoir freiner.. » « C’est pas super le décor de zone industrielle pour l’instant, mais tu vas voir dans 3/4 kilomètres on sort de tout ça ». Je suis obligé d’écouter les autres, car pour la première fois, je me lance dans un ultra-trail seul. Personne à qui parler. Je vais bien sûr sympathiser avec des inconnus sur le parcours. Mais je vais surtout être seul. Me parler à moi même. Me jauger. Me faire mes propres retours en live. M’analyser. Un gros travail sur moi est en prévision pour les 72 km à venir.

Je me refuse à penser tout de suite aux choses qui me font du bien. Je garde ça pour plus tard. Je remarque qu’en ville, j’adore courir sur les bandes blanches de la route. Lorsqu’elle est continue, je suis un vrai funambule. Lorsqu’elle est pointillée, je deviens un mathématicien qui calcule la foulée parfaite pour faire deux pas sur chaque bande. On s’occupe comme on peu.

Les sept premiers kilomètres se passent bien. Je cours à un bon rythme. Peu à peu, j’ai terriblement froid sur le haut du front. Ayant ma casquette verte et aucun buff à ce niveau là, le froid tape brutalement cette surface. J’ai l’impression d’avoir violemment heurté le bitume de pleine tête. Le froid me brule. Je me concentre pour oublier cette douleur en me disant que cela va passer. J’envisage de m’arrêter pour mettre un buff sous ma casquette. Mais s’arrêter, c’est casser le rythme, c’est perdre du temps. Je continue. Kilomètre 7. Nous quittons la ville pour entrer dans des sous-bois. J’enfile ma frontale. Au bout de quelques minutes, les piles ayant chauffé, mon front ne souffre plus. Joindre l’utile à l’agréable n’a jamais aussi bien fonctionné.

Les premières difficultés commencent. Quelques belles pentes se présentent devant moi. Je les franchis sans problème. Une sale bulle d’air coincée dans le haut de mon estomac me fait cruellement souffrir. Les liens de mon sac qui me serrent à ce niveau ne font qu’accentuer la douleur. Je deserre la tension de mon sac. Cela frotte un peu plus, mais au moins la douleur n’est plus insupportable. Je me concentre sur autre chose pour oublier le mal. Je serre mon poing droit et je régule mon souffle lentement afin que la douleur disparaisse. Cela marche un peu. J’espère que cela ne va pas s’intensifier. Je ne veux pas avoir à m’arrêter pour cela. Mon sac frotte déjà beaucoup et je ne peux pas plus le déserrer.

unnamed-8.jpg

Résultat du frottement de mon sac. 

Je me reconcentre sur ma stratégie de course. Quand c’est plat : Tu cours à un bon rythme. Quand ça descend, tu cours vite en faisant gaffe à ne pas tomber. Quand ça monte légèrement : Tu te forces à courir. Quand ça monte un peu plus : Tu passes en marche très rapide. Quand ça monte à bloc : Tu mets les mains sur les cuisses et tu ne t’arrêtes jamais. Ces quelques règles sont maintenant les miennes. Je les respecte.

Dans les premiers sous-bois, je suis étonné de trouver de beaux passages boueux. Le speaker avait annoncé un terrain pas très visqueux. Menteur ! Les milliers de coureurs avant moi ont du malaxer pas mal le sol car la boue est belle et bien là. Sur certain espace, le passage par la case gadoue n’est pas évitable.

unnamed-9.jpg

Deux options s’offrent alors. Première option : Suivre la file de coureur et éviter la boue en prenant le dévert et en ralentissant. J’opte pour cette option dans 90 % des cas. Deuxième option : Rien à secouer ! Je passe par la boue en accélérant. J’opte parfois pour cette option, car s’arrêter est plus douloureux que la centaine de mètres à regretter la boue et l’eau dans les chaussures.

 

  • Ravito 1 : Saint-Christo en Jarez : Km 15.6 / Temps de course : 1 h 38 min.

J’arrive au premier ravitaillement. Je sens que je suis sur une meilleure allure que l’an dernier en voyant que beaucoup de relayeurs sont encore là. Je surveille mon objectif sur mon profil plastifié. Je suis dans les temps. J’avais prévu d’être là pour 1 h 45 min. Je monte les quelques marches qui me séparent de l’espace de ravitaillement. Celles-ci sont complètement gelées. Mes Salomon Speedcross 4 glissent comme sur la banquise. Je vais devoir faire attention sur les chemins et en descente par la suite.

Sous le chapiteau, je ne perds pas de temps. J’attrape une bouteille d’eau et je remplis rapidement mes deux bidons. Je repose la bouteille; remercie un bénévole et je file. Sur les 200 mètres de montée sèche après le ravito, je marche rapidement en avalant un gel et une pâte de fruit. A partir de maintenant, ce sera un gel tous les 10 km et 10 minutes avant chaque grosse montée. La bulle d’air dans mon estomac est toujours là. Je la ressens cette coquine. Elle me hante. Je ne la laisse pas prendre les rennes de mon ambition. En faisant un check-up de mes organes, je comprends vite que je n’arriverai pas à m’alimenter avec du salé. La moindre bouchée dans un tuc, un bout de fromage ou du saucisson serait punie par des nausées. Dommage, j’ai dans mon sac 20 petits batons de berger. Ils vont faire la balade jusqu’à Lyon avec moi, mais pas dans moi. Les quelques supporters à la sortie du ravitaillement lancent des « Bravos » « Alleeeez ». Je finis mon gel et je repars en courant.

Les 13 km qui me séparent de Sainte-Catherine ne sont pas les plus difficiles selon moi. Une belle montée au niveau du kilomètre 20 devrait abaisser ma moyenne, mais je dois bien courir sur cette section pour rester dans mon objectif. Je vise 03 h 05 au prochain ravitaillement. Soit 1 h 25 pour faire 13 km. Va falloir ne pas faiblir et envoyer sur le plat.

Dans un descente bitumée avec un beau pourcentage, deux kilomètres après le ravitaillement, j’ai l’impression que mes chaussettes ont glissé dans mes chaussures. J’hésite à m’arrêter pour les remettre. 300 mètres plus loin. En repassant sur un chemin de tracteur.. Spliiiiiiiiiiiiiitche ! Cette sensation de double peau sous mes pieds n’avait pas pour origine la glissade de mes chaussettes. Deux belles ampoules s’étaient formées entre mes gros orteils et leurs voisins ainsi que sur la pliure du gros orteil sur la paume du pied. Pied gauche.. pied droit.. pas de jaloux ! Chacun son ampoule. C’est très douloureux. Elles ont explosé l’une juste après l’autre. Ma montre biiiip le kilomètre 18. Il me reste 64 kilomètres à parcourir et les ampoules que j’ai aux pieds pourraient éclairer Lyon pendant la fête des lumières. Je me force à faire abstraction du mal. Je me concentre sur le halo de lumière que ma frontale forme dans la brume dense. Après quelques minutes, j’ai surmonté la douleur. Cela ne m’empêchera pas de courir sur le reste de la course.

Pendant 5 minutes, je me retrouve à l’avant d’un petit groupe. Je donne le rythme. Je sens que les trailers derrière moi ont accroché mes mollets. Je fais le vide de cette sensation d’être tiré en arrière et j’avance. Ma respiration forme de large nuage de fumée. Signe que le froid est bien présent sur cette portion non abritée. Nous sommes sur une petite route qui remonte. Une flèche indique la sortie de la route pour redescendre dans un chemin. Le trailer qui me suit me double et prend le relai sur les derniers mètres de la route. Il s’engage fort dans la pente à droite. Trop fort. Il est à deux mètres de moi quand son appui gauche glisse. Il se rattrape du droit. Malheureusement, sa vitesse le propulse sur un appui gauche forcé. Ce second appui lui est fatal. Zliiiiiiiiiiiiippe.. Sur le cul ! Je m’arrête pour l’aider à se relever. Ca va aller. Pas de bobos. Je repars devant. Le terrain est complètement gelé. Le froid a fait durcir la boue à tel point qu’en passant dessus la sensation de marcher sur une racine ou sur un caillou apparait. Chaque surface plane et légèrement en pente est devenue un danger. Je ne veux pas me faire mal. Je me concentre d’autant plus sur les 2 / 3 mètres devant moi afin de ne pas glisser.

 

  • Ravito 2 : Sainte-Catherine : Km 28.2 / Temps de course : 3 h 06 min.

En entrant dans le ravito, je commence à comprendre que mon corps s’épuise. Ma concentration et mon discernement ne sont plus parfaits. A force de me concentrer sur le sol devant moi, ma vision à 10 m / 15 mètres n’est plus très bonne. Je m’en rends compte car j’ai du mal à m’orienter dans le ravitaillement. Les panneaux sont pourtant assez grands, mais j’ai du mal. Après tout c’est normal. Je viens de faire 28 km en un peu plus de 3h. Je respecte presque mon objectif temps.

Comme dans le premier ravito, je ne perds pas de temps. Remplissage de bidons. Pas de place au salé. Je vois de beaux bouts de mandarine. Cela me tente bien. J’en prends une grosse poignée que je mange en repartant. L’acide et la fraicheur du fruit sont un délice. J’aurais du en prendre plus.

La portion dans laquelle je m’engage maintenant est celle qui me fait le plus peur sur le papier. Je me suis donné 1 h 55 min pour parcourir les 12 km qui me séparent de Saint Genou. Je pense que la réussite de mon challenge se joue en grande partie maintenant. Soit je tiens mon allure sur cette partie et ça passe. Soit je craque et la fin va être très difficile pour rattraper le temps perdu. Mes craintes sont grandes. D’autant plus que j’ai repéré qu’au km 34 une nouvelle difficulté qui n’était pas présente l’an dernier a été rajoutée. Pas de panique. Je relance plus doucement sans toutefois prendre mon temps.

Les calculs de temps s’arrêtent net sur un petit monotrace à la sortie de Sainte Catherine. Ce chemin étroit légèrement en pente est bordé d’un trou de 2 mètres sur la droite. Le fil barbelé qui arrêterait ma chute ne me rassure pas. L’image du coureur cycliste au tour de France qui est tombé dedans ne fait ni une ni deux dans ma tête. Le sol est complètement givré. J’irai plus vite avec des patins à glace. Je me concentre pour ne pas glisser. Un ESPECE D’ABRUTI me double par la gauche en me donnant un coup d’épaule. Je suis déstabilisé. Mon pied droit glisse vers le trou. Par réflexe, j’attrape du bras gauche un bout d’arbuste qui dépasse de la butée. Pendant un centième de seconde je me vois dans le barbelé. L’arbuste tient. Ouuuuuuf. Je reprends appui et je continue mon chemin.

Sur le faux plat montant entre le km 29 et 34, je me retourne fréquemment pour observer la belle chenille de lumière formée par les coureurs. J’hésite plusieurs fois à m’arrêter pour prendre une photo. C’est tellement beau. C’est tellement unique. J’aimerais tellement que mes amis, ma famille et mes proches puissent voir cela. Pour comprendre. Pour comprendre pourquoi cette course est sans aucun pareil.

9f1dd.jpg

Crédit photo : medias.lequipe.fr

Ce fil de lumière me fait oublier la course. Mes jambes avancent toutes seules. Elles appliquent les règles que je leur ai précédemment fixées. Cette portion est pour mon corps moins difficile que ce que j’attendais.

 

  • Km 34. 3 h 52 min de course. La nouvelle difficulté de la SaintéLyon 2016.

Après quelques centaines de mètres sur un chemin de sous-bois se dresse tout à coup un virage sur la gauche.. droit dans la pente. En arrivant devant, je lève la tête pour regarder au loin. Je n’ai pas plier ma nuque dans cet angle depuis les Templiers. Imaginez une pente en fôret qu’un beau lacet de 1.5km vous ferait éviter et tracez y une droite partant d’un point A jusqu’à un point B 200 mètres plus haut. Vous y êtes. Et bien j’y étais.

Je me lance dans la montée. Depuis les Templiers, j’affectionne de plus en plus le dénivelé positif. Je suis plus performant sur ces portions. Je double énormément de personnes qui pourtant montent bien. Si je continue à m’améliorer sur cette technicité, je pense me faire un maillot blanc à point rouge. Le temps du grimpeur est arrivé. Mains sur les cuisses j’avance droit. Je double. Ma respiration est cadencée mais je ne surventile pas. Je suis très à l’aise. A la mi-montée, j’ai doublé une trentaine de trailers. Sur la droite un poste de secours. Le silence le plus total règne dans la montée. Les arbres ne sont plus éclairés qu’à mi-hauteur par les frontales des coureurs. Si Laz de la Barkley était apparu à ce moment là, cigarette au bec, avec un rire démoniaque cela ne m’aurait pas étonné. Deuxième partie de la montée, j’ai dans mes mollets une quinzaine de trailers qui ont pris mon rythme. Nous doublons le peloton. Je suis très fier d’aussi bien vivre cette difficulté. J’ai l’impression que ce passage va devenir mythique pour la SaintéLyon. J’espère tout du moins un jour, le retrouver.

En 12 minutes, j’ai bouclé l’ascension. Il est temps de relancer. Un beau plat et une grosse descente technique jusqu’à Saint-Genou. Etrangement, je n’ai aucun souvenir de cette partie. Ils ont disparu. Comme-ci rien ne s’était passé sur cette section. Pourtant j’en suis sûr j’ai du réfléchir.. j’ai du souffrir.. j’ai du vivre des sensations.. mais pas de traces dans mon esprit de quoi que ce soit qui sort de l’ordinaire. Un black-out mémoriel sans alcool.. qui l’eut cru venant de moi.

 

  • Ravito 3 : Saint-Genou : Km 40 / Temps de course : 4 h 36 min.

J’avais prévu d’arriver à 5 h du matin à ce ravito pour être dans les temps. J’ai 25 minutes d’avance. Je vais pouvoir me permettre de m’arrêter 4/5 min. Je remplis mes bidons d’eau. Je sors de mon sac de nouveaux gels et des pâtes de fruits afin de les glisser dans des poches plus accessibles. Je profite de ce petit temps d’arrêt pour prendre une photo et un selfie.

unnamed-13.jpg

unnamed-10.jpg

Dans ma tête, les 32 kilomètres qui me séparent de l’arrivée vont être longs, mais bizarrement, j’ai l’impression que le plus dur est fait.

Sac qui me cisaille en place sur le dos. Ampoules sous les pieds. Douleur dans les genoux. Tout le monde est là ? On est reparti. Je me suis donné 1 h 45 min pour effectuer les 12 prochains kilomètres. Ma stratégie de course n’est plus du tout globale. Elle est séquentielle. Je ne pense pas à ce qui va se passer après le prochain ravito. Je me fixe des challenges sur des portions et non globalement. Cela trompe les perceptions de mes organes et je pense que cela me permet d’aller plus vite. Petit à petit la stratégie fait son nid !

En dehors de deux montées, cette portion est plate ou en descente. Je commence à faire dans ma tête la comparaison entre la SaintéLyon et les Templiers. La grande différence est que (ironiquement pour les personnes qui ne font pas de l’ultra) la SaintéLyon est très roulante. On peut globalement courir 80 à 90 % du temps. Et ce n’est pas forcément une bonne nouvelle. J’en viens à préférer les montées aux plats et aux descentes. En montée, j’ai l’impression de me reposer. Oui, musculairement cela travaille. Oui, cela tire sur les cuisses. Mais cela n’use pas l’endurance fondamentale. Dans les plats, je m’oblige à envoyer.. dans les descentes : c’est pareil. Mais en plus je dois faire attention. Chaque appui est de plus en plus douloureux avec les kilomètres qui s’accumulent.

Heureusement, avec la fatigue mentale, sur les portions où il faut courir mon cerveau trouve que la solution la plus simple est de me mettre dans les mollets d’autres coureurs. Je m’explique. Dans un ultra, au bout d’un certain moment, je n’arrive plus trop à réfléchir, mon esprit est ailleurs. Je cours à la troisième personne. Je ne cours pas. Mon corps court. Moi je l’observe courir. Pour se faciliter la tache, mon corps se glisse 2 / 3 mètres derrière un autre coureur. Mon regard scrute uniquement ses appuis. Il peut m’arriver de ne pas relever la tête pendant 10 à 15 bonnes minutes. A chaque instant qui passe mon cerveau travaille. Dans le premier quart de seconde, mes yeux identifient si l’appui du coureur qui me précède est bon. S’il est bon, dans le quart de seconde suivant mon cerveau décide de suivre son pas. Si par contre, le message envoyé à mon cerveau est que l’appui n’est pas bon, dans le quart de seconde suivant, je cherche une autre solution plus confortable. Et ce schéma se répète des dizaines de minutes durant. Aaaah la course.. quelle aventure.. quelle découverte.. quelle dynamique de l’esprit pour avancer.. mon cul sur la commode, ouais ! Mon schéma bête et méchant fonctionne bien. Tellement bien, que si je devais vous redessiner tous les mollets que j’ai suivis je pourrais le faire là, maintenant, tout de suite, et je suis sûr que les propriétaires se reconnaitraient.

Petit check-up sur mon état de forme. A part les pépins avec mon sac et mes ampoules, tout fonctionne. Je commence à avoir mal en descente mais c’est tout à fait normal. Je m’imagine pour la première fois atteindre mon objectif moins de 10 h. Je me dis qu’avec le super temps que j’ai fait sur les 47 premiers kilomètres, je ne peux pas, je n’ai pas le droit de m’arrêter. Je pense au film Forest Gump. Lorsque Forest traverse le pays en courant. Il n’a de cesse, à chaque point d’étape, de se dire  » Puisque j’étais déjà aller aussi loin, autant courir jusqu’à …. ». Cette phrase s’incruste en moi. Puisque j’ai aussi bien couru sur les précédents segments, autant courir de même sur les prochains !

Forrest_BiggestBeard_end.jpg

Crédit photo : Film Forest Gump. 

Il n’est pas loin de 05 h 40 du matin, quand je commence à me rendre compte que ma frontale est en fin de vie. Les piles sont usées. La lumière est faible. Je dois redoubler d’efforts pour pouvoir faire les bons choix en descente comme sur le plat. Les coureurs autour de moi sont des vrais phares. A certain moment, les rayons de lumière sont si intenses que j’ai l’impression que c’est une moto qui arrive. J’opte pour la stratégie de rester à proximité d’autres coureurs pour tous les passages techniques quitte à devoir sortir de mon rythme de course en accélérant ou en ralentissant. Je préfère bouleverser mon endurance que me prendre un gadin à cause d’un caillou ou d’une racine mal anticipé.

Je pense être plutôt bien classé. Je dois bien être dans les 2000 premiers. Si je crois cela c’est car je double pas mal de coureurs et je ne me fais doubler que rarement. Les seuls personnes qui me doublent ne portent pas de sacs. Se sont pour la plus part du temps (je l’espère pour mon ego) des relayeurs. Leurs foulées n’est pas celle de quelqu’un qui a 50 bornes dans les pattes. Dès que j’entends « Attention Droite » « A Gauche ». Petit regard dans l’angle mort. Clignotant. Vas-y, passe bonhomme.

En arrivant à Soucieu, sans le savoir, je suis bien dans le TOP 2000. A 20 km de l’arrivée je suis très exactement 851 ème. Mais ça.. Je ne le sais pas encore. Je fais l’idiot. J’espère qu’une caméra filme. C’est le cas.

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.01.25.png

 

 

  • Ravito 4 : Soucieu en Jarrest : Km 52.2 / Temps de course : 6 h 11 min.

J’ai 40 minutes d’avance sur mon objectif. Je ne suis pas sous pression. Cela va me permettre de continuer sans trop y réfléchir. Dans le gymnase, c’est le même tintouin qu’à chaque ravito. Bouteille d’eau > Bidons > Clémentines et c’est reparti.

En sortant du gymnase, je marche à côté d’un homme d’une bonne quarantaine d’années buvant un thé bien chaud. La fumée sort de son verre. Je lui dis « Ca fait du bien ? ». Il me répond « Un délice ». Nous échangeons sur nos états de forme. RAS. Il me demande si c’est ma première SaintéLyon. Je lui réponds que non, et que c’est étrange pour moi car en 2015 il faisait grand jour lorsque j’en étais au même niveau d’avancée. Je lui fais part de mon objectif moins de 10 h. Il réagit un peu étonné en me disant « Ah, mais là mon garçon, tu es parti pour faire 9h ! ». Intérieurement, je suis très fier. Mais je ne le montre pas. Je feins d’être étonné. Je ne veux pas me résoudre au fait que c’est fait. Que c’est bon. Que la course est déjà terminée. Il me reste 20 kilomètres à parcourir et puisque j’ai aussi bien couru sur les précédents segments, autant courir de même sur les prochains ! Décidément, Forest Gump ne veut pas me lâcher.

Globalement, les 10 km qui me séparent de Chaponost sont plats ou en descente. Merde ! Je vais pouvoir courir. Alors, qu’est ce que je fais ? Ben je cours. Kilomètres après kilomètres, mon esprit divague. Je commence à avoir des hallucinations. Je me surprends plusieurs fois à imaginer sur le chemin ou sur les côtés des animaux. Ah tiens, un renard. Oooh, un sanglier. Ce ne sont que des pierres ou des souches immobiles. Mais mon cerveau n’a plu la force de certifier. Alors, dans ma tête, tous ces animaux, par un gros raccourci synaptique, je les ai croisés.

Devenant gaga, je me force à sortir de ma folie. Pour cela, je m’offre enfin toutes ses pensées que je me suis gardées. Il y en a une qui marche mieux que d’autres. Je pense à une fille. A cette fille. Y penser, c’est me dire un gros truc. Quand je cours, j’aime être sauvé de ma gagaitude par elle. Si je cours, c’est pour qu’elle me sauve. Faut qu’elle fasse que ma course soit supportable. Faut que je ne sois plus déprimé. Faut que je ne sois plus un individu. Je veux qu’elle me sorte de moi. Je veux qu’elle m’enlève de moi. Je veux qu’elle me libère de moi. Je ne veux plus supporter plus rien. C’est elle qui doit me supporter. Je veux qu’elle me fasse un miracle. Je veux qu’elle soit miraculeuse. Faut qu’elle me sorte de moi. Qu’elle me sorte de ma douleur de courir. Malheureusement, sur le long terme, ce n’est pas possible. Personne ne peut me sortir de moi.. et je replonge dans ma folie. Entre temps, j’ai avancé. La stratégie a marché ! Merci miraculeuse.

Avec ses pensées, j’avance. Sur mon visage, mes traits d’habitude si enthousiastes ont été remplacés par ceux de la douleur et de la fatigue. A un croisement de rue, un bénévole lance un « Allez tiens bon. C’est magnifique ce que tu fais ! Bravo. ». Je l’ai entendu 100 fois cette phrase sur tous les trails et courses que j’ai fait. Mais, vraiment je ne m’en lasse pas. Cela me motive. Cela me donne du baume au coeur.. du baume à courir. Je pleurs rarement. Mais lorsque j’entends des phrases comme cela, l’émotion me monte aux yeux et c’est par pure pudeur que je ne verse pas une larme de bonheur.

Ces 10 kilomètres sont passés tout seul. J’approche du ravito. J’ai repéré la caméra. Comme d’habitude je fais le con.

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.03.10.png

 

  • Ravito 5 : Chaponost : Km 61.9 / Temps de course : 7 h 11 min.

J’ai plus d’une heure d’avance sur l’objectif que je m’étais fixé pour ce dernier ravito. Je calcule que je peux faire moins de 9 h en ralentissant un peu. Et si je me chauffe je peux approcher les 08 h 30 min de course à l’arrivée. Pas le temps de finir mes calculs. Bouteilles de Cristaline. Remplissage de bidons. Poignet de clémentines et c’est reparti.

Je me rappelle en détail du dernier segment. C’est parfait. Cela va me permettre de gérer mon effort. Je me dis que je dois pouvoir le faire en courant sans m’arrêter. Je me lance.

A la sortie du ravito, sans discuter je me mets dans les mollets d’un coureur. Il avance bien. Je reste 3 minutes derrière lui. Je sens peu à peu qu’il faiblit. Comme si un accord tacite s’était installé entre nous deux. Je passe devant et je prends mon relais. Nous avançons comme cela pendant 20 minutes. Nous n’avons pas échangé le moindre mot. Le silence valait acceptation. Je prends tes mollets.. tu prends mes mollets et on avance. Nous nous quittons sans avoir échangé un regard. Pourtant, trailisquement parlant, nous avons énormément échangé.

Je suis en bas de la dernière difficulté. La montée de Sainte-Foy. Un beau dénivelé qui ne finit pas, tout bitumé. Je mets mes mains sur les cuisses et je monte droit dedans. Mes mains sont ouvertes sur le dessus de mes cuisses. Mon majeur est posé militairement sur la couture de mon short. A chaque pas, mon majeur frotte de haut en bas, puis de bas en haut cette couture. Plus le frottement est long, plus le dénivelé est fort. J’ai appris à analyser ma montée grâce à ce frottement. C’est presque sexuelle comme sensation. Si l’on faisait des analyses, je suis sûr qu’en montée mon circuit de la récompense fonctionne à plein régime. Et vas y que je t’envoie de la dopamine.

Derrière descente dans le parc avec les structures en bois. Je regarde ma montre, 08 h 14 minutes de course. Si je me dépêche, je dois pouvoir terminer sous les 08 h 30. Traversée des barres d’immeubles. Descente des fameux escaliers qui piquent. Passage au bord du Rhône qui pue. Remontée sur le quai. Panneau indiquant l’entrée dans Lyon. Première traversée de pont. Deuxième traversée de pont. Les émotions commencent à monter. Pas de larmes. Pudeur oblige. Les supporters sont de plus en plus présents. Comme l’an dernier je lance un dernier sprint. Je longe la Halle Tony Garnier. Je ne repère pas la caméra.. dommage j’en avais une bonne à lui montrer.

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.04.12.png

J’entre dans la Halle. Les supporters sont présents. Les cris me font du bien. Comme d’habitude, je le sais, sur la ligne, je vais le lancer. Mon beau 3 6 d’arrivée.

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.04.56.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.05.18.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.05.39.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.05.57.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.06.17.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.06.34.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.06.49.png

Capture d’écran 2016-12-05 à 21.07.28.png

Ayé. Terminé. Je m’effondre sur le tapis bleu. Je suis à genou. Les mains plaquées contre le sol. Ca c’est fait. Je me bascule sur le côté. Je respire. Assis sur le sol. Je veux me souvenir de ce moment. Je prends une photo. J’aimerais sourire plus franchement, mais la fatigue m’en empêche.

unnamed-4.png

Je suis fier de ce que je viens de réaliser. Mon objectif était de finir en moins de 10h. J’ai réussi. Je l’ai fait ! Avant la course, j’ai un moment pensé que cet objectif était peu être un peu trop dur à atteindre. Je l’ai explosé.

Résultat : 08 h 25 min 13 sec. 

unnamed-12.jpg

Classement général : 680 ème. 

Classement dans ma catégorie : Senior Homme : 368 ème. 

Vitesse moyenne de déplacement : 9 km/h.

Allure moyenne de déplacement : 6.5 min/km.

En finissant je me suis dis. Bon l’an prochain, je reviens pas. Cette perf’ je ne pense pas pouvoir l’améliorer. Je préfère rester sur ce bon souvenir. Mais après mon retour à Paris, une bonne nuit de sommeil et un bon grec avalé…

unnamed-5.png

…après seulement 24 h. Je suis déjà tenté. Je suis déjà tenté d’y retourner. SaintéLyon 2017 à nous deux. Objectif : Faire mieux que 08 h 25 min 13 sec !

SaintéLyon 2016 – Objectif moins de 10 h !

Dans la nuit du 3 au 4 décembre, la Casquette Verte s’aligne sur la fameuse SaintéLyon. 72 km et 1800 D+ entre Saint Etienne et Lyon de nuit. L’occasion pour moi de franchir un nouveau cap.. de me fixer un nouveau type d’objectif. Plus que finir.. Finir vite !

2009-parcours-saintelyon.jpg

Au douzième coup fermant un jour pour en ouvrir un autre, il faudra s’élancer. Lâcher la corde pour mieux se laisser tomber dans les jambes de Morphée. C’est parti pour une belle nuit à parcourir les monts du Lyonnais.. C’est parti pour de longs sentiers de moyenne montagne.. entrecoupés de large espace bitumé roulant.. d’escaliers à franchir et de villages à traverser. Tout cela me convient parfaitement.

saintelyon

Fréquemment accompagné de conditions météorologiques hivernales (neige – froid – brouillard), le parcours peut s’avérer piégeant pour les moins attentifs.. surprenant pour les moins préparés.. et cruel pour les plus arrogants. Je le sais.. Une Casquette Verte avertie en vaut deux. Ca tombe bien, elle sera là pour m’accompagner.

saintelyon24-960x540

Cette course éprouve les jambes, mais pas seulement. Mon regard, mes perceptions, ma capacité à rester attentif vont être mis à rude épreuve. Une pierre discernée à la dernière seconde.. un dévert’ mal anticipé.. une traversée boueuse dangereuse.. Tout est bon pour se blesser.

saintelyon9.jpg

Je ne serai plus le puceau de la course cette année. La gloire de mon premier finish’, le château de ma première perf’ et le temps des découvertes n’écriront pas le roman de ma course. En effet, j’ai déjà découvert ce challenge nocturne. Il m’avait alors fallut 10 h 51 min et 53 secondes pour en venir à bout. Bon, d’accord, les conditions météo étaient super claimantes. Mais j’ai envie, pour la première fois sur un trail, de me fixer un objectif Chrono. En ajoutant un challenge temps, j’espère pimenter ma course.

OBJECTIF MOINS DE 10 HEURES. La grand aiguille ne devra pas faire plus de 9 révolutions avant que je franchise les portes de la Hall Tony Garnier. Je vais devoir changer de régime. Prendre cette Bastille du Trail. Défiler tel un avion de chasse un matin du 14 juillet. A scellera scellera scellera.. Le chronomètre à la lanterne ! A scellera scellera scellera ce chrono on le pendra !

Ayant dernièrement couru le Grand Trail des Templiers et n’ayant que 4 semaines devant moi, je ne prévois pas d’entrainement spécifique. Une seule nécessité selon moi : Gommer les pertes de temps de l’an passé. Pas de départ en fond de SAS m’obligeant de piétiner assez fréquemment.. Quelques premiers kilomètres appuyés afin de ne pas avoir à doubler à l’arraché. Pas d’arrêt plus long que de raison aux ravitos. Un rythme soutenu en montée et de la course réelle en descente. Sur le papier.. Ca parait faisable. Il n’y a plus qu’à appliquer !

Les barrières horaires que je me fixe sont les suivantes :

  • Ravito Saint-Christo-en-Jarez – Km 16 : 2 h 13 min.
  • Ravito Sainte-Catherine – Km 28 : 3 h 52 min.
  • Ravito Chaussan / Saint Genoux – Km 36 : 5 h 7 min.
  • Ravito Soucleu-en-Jarrest – Km 47 : 6 h 38 min.
  • Ravito Beaunant – Km 59 : 8 h 10 min.
  • Arrivée Hall Tony Garnier – Km 72 : Peu importe.. mais moins de 10 h !

Jusqu’à présent tous les trails de plus de 70 km sur lesquels je me suis alignés se sont déroulés en deux actes sans entracte. Acte 1 : Economie d’énergie sur les 40 à 60 premiers kilomètres. Acte 2 : Lâchons le fauve sur les dernières sections.

Me mettre le pied à l’étrier dès le kilomètre zéro va-t-il être une stratégie payante ou les raisons de ma perte ? Réponse le 4 décembre.

 

 

SaintéLyon 2016 – Inscription faite

Capture d’écran 2016-04-04 à 14.28.05

Aujourd’hui, je me suis inscrit à la SaintéLyon 2016 qui aura lieu le 3 décembre 2016.

Capture d’écran 2016-04-04 à 14.15.29

 

Pour ma deuxième participation, mon objectif est simple : FINIR (vivant) !

L’an dernier, il m’avait fallut 10 h 51 min et 53 secondes pour venir à bout de cette course mythique.

 

Mythique, car cette course n’est pas comme les autres :

  • Départ à minuit de Saint-Etienne..
  • Pour 72 km de routes et de sentiers..
  • Un dénivelé positif de 1730 mètres..
  • Une arrivée sur Lyon le lendemain en fin de matinée..
  • Des conditions météorologiques souvent hivernales (neige & froid)..
  • Des chemins de montagne.. et s’il a plu avant l’épreuve : des torrents de boue #LeBonheur.

Je ferai un topo complet sur cette course dans les mois qui viennent.

Prix de l’inscription : 61 €.