10.000 m de D+ dans Paris Intra-Muros ! Le défi complètement débile (mais fun) de l’UTMM – L’Ultra-Trail MontMartre. 

Que la montagne est belle ! Ses paysages remplis de vides, de rocs et de quelques sapins bien solitaires. Ses caprices météorologiques nous ensorcèlent. Son terrain de jeu pour Trailer assoiffé de dénivelé. Oui. La montagne est belle. Chaque Trailer vous le dira. Il l’aime, la convoite, la jalouse. La montagne, c’est sa chose, son graal, son espace vital !

Malheureux, il l’est. Ce Trailer parisien qui n’a autres choix que de se changer en hamster sur les quelques côtes de la capitale pour jouer à la montagne dans Paris.

Chaque côtes, légers dénivelés ou sursauts topographiques de sa tendre ville lumière, il les connaît.

  • Buttes aux Cailles : Altitude max = 63 m. (Ca rigole pas) 
  • Buttes Chaumont : Altitude max = 103 m. (Le mont blanc à côté c’est une colline) 
  • Belleville : Altitude max = 128.5 m. (Autant dire que niveau respiration, en haut, on est limite)
  • Montagne Sainte Geneviève : Altitude max = 61 m. (Ne pas oublier les cordes de rappel) 
  • Butte Bergeyre : Altitude max = 100 m. (Il y neige en ce moment apparement) 
  • Montmartre : Altitude max = 131 m. (LE point culminant naturel de Paris.. un vrai sommet !!) 

Bref. Le constat est simple et rapide à faire. Dans Paris, intra-muros, il y a autant de dénivelé que d’épiceries sur les Champs Elysées !

C’est face à ce CONSTAT TERRIBLE, mais qui ne saurait abattre le Trailer parisien, que quelques uns d’entre eux ont décidé de tenter un pari fou : FAIRE 10.000 DE D+ en un coup dans Paris intra-muros. Ayé, l’UTMM – Ultra Trail MontMartre est lancé.

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Après de long moments de réflexions, ce sont les escaliers de Montmartre qui ont été retenus.. assez élevés pour atteindre (peut être) 10.000 de dénivelé positif (rapidement).. et assez court en distance pour ne pas se faire le Tor des géants de Montmartre.. Ce court segment à proximité du funiculaire sera bel et bien le notre.

Ah. SACRÉ.. sacré cœur ! Ce sont près  de 271 allers-retours qu’il faudra effectuer. Ce sera la quantité à atteindre pour faire nos 10.000 m de dénivelé.

À raison de 37 m de dénivelé en partant du bas de l’escalier, jusqu’au niveau du parvis du sacré cœur, nous accumulerons les montées et descentes sans trop réfléchir.

En termes de distance, nous devrons tourner entre 78 et 80 km.. FUNKY !

Vous l’avez bien compris ce défis est complètement débile (mais fun). Il part d’un délire entre quelques Trailers parisiens.

Si nous arrivons au bout, tant mieux.. si nous n’y arrivons pas, tant mieux aussi.. Nous sommes là pour nous amuser et pour voir « si c’est possible ».

RDV le jeudi 28 décembre vers 23 h pour le départ au pied des escaliers du funiculaire. (Au delta des conditions météo – Les marches de cet escalier se transformant facilement en piste de bobsleigh si pluie, neige ou gel il y a).

Suivi des avancées sur Facebook :

Vous souhaitez participer au projet, sportivement, en assistance ou en observateur, n’hésitez pas à venir nous en parler 😉

Casquettement Verte. 

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Récit CCC 2017 (101 km / 6100 D+) – 14 h 51 min / 123ème au général (87ème Senior Homme) par Casquette Verte.

Difficile de prendre du recul en si peu de temps pour écrire un récit de mon aventure. Voilà maintenant 2 jours que je me demande comment vais-je bien pouvoir décrire les sensations vécues lors de cette course. L’émotion intense du départ.. La concentration profonde tout au long du parcours.. Le ressenti de chacune de ces montées qui n’en finissent jamais. La volonté d’être à bloc, tout en en gardant sous le pied. Cet adorable sentiment de devoir.. pouvoir.. vouloir.. C’est si simple. Si primaire. Enchainé pas après pas. Comme des notes de musique qui s’étalent sur une partition. La montée est sèche je dépose une blanche. Un rocher apparait, je passe l’octave supérieur. Une racine se découvre, j’enclenche une noire pointée. Tiens, voilà un ravito, s’agirait-il d’un couplet. Quelques mètres permettent de courir, je triple croche. Courir, avancer, ne pas s’arrêter, tel est le refrain de ma CCC. Mesure après mesure la musique de la course entre en moi. C’est la symphonie trail. Le requiem pour une course. L’orchestre s’installe. 3 – 4. Courrez.

 

L’AVANT COURSE : 

05:30. Mercredi.

Je me réveille. Mes différents sacs sont faits. Ils m’attendent. Je n’ai plus qu’à les prendre et partir à l’aventure. Je n’ai aucune pression. Ni la distance, ni le dénivelé ne m’inquiètent. Je suis serein. Ma préparation s’est relativement bien passée. J’ai fait beaucoup de kilomètres, mais peu de dénivelé. Je sens que rien ne peut m’arrêter. Cela me rappelle les jours de devoirs sur tables au lycée lorsque sur les bouts des doigts, parfaitement, ma leçon, je connaissais. On n’a pas à s’inquiéter, lorsque l’on est conscient d’avoir tout bien préparé.

Mon collègue passe me chercher. Il s’aligne lui aussi sur la course. Nous n’allons pas courir ensemble. Quelques heures et kilomètres vont rapidement nous séparer. Mais peu importe. Nos deux objectifs bien différents convergent dans le plaisir de partager cette aventure qui nous tend les bras. Nous sommes déterminés.

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Voyage (Mercredi) : 

616 km nous séparent de Chamonix. Je le sais, à certains moments, sur l’autoroute, je vais y penser : « Imagine que tu vas devoir courir de maintenant à dans 100 km.. regarde le paysage défiler.. Les bandes blanches bordant la route s’échappent les unes après les autres. Cela te parait-il long ? Te rappelles-tu du moment où tu as commencé ? Pourtant dans 48 h, ce n’est pas à 130 km/h que tu vas avancer ». Clignotant à droite. Ravito Thé.

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Je l’ai déjà expliqué. Comme à chaque course que je prépare, les trois derniers jours sont synonymes de MALTO à gogo. Pour en avoir un peu débattu avec d’autres coureurs, je ne sais toujours pas si cela a réellement un effet positif. Est-ce que fondamentalement, se gaver de poudre blanche rend votre corps plus résistant à l’effort que vous allez lui infliger ? Pablo Escobar et El Chapo ne pouvant se prononcer, je dirais que c’est avant tout un moyen de rentrer dans la course. Comme on lasse ses lacets avant un match de tennis, comme on foule la pelouse d’un stade avant une rencontre au sommet.. le MALTO-GAVAGE est devenu une tradition sans laquelle j’aurai l’impression de partir diminué.

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MALTO-GAVAGE : Fait de consommer à outrance des litres et des litres d’eau, savamment distillés d’une poudre blanche. Effet recherché = Absorber et capitaliser une grande quantité de glucides sans jamais ressentir d’écoeurement, de ballonnement ou toutes autres sensations d’avoir ingurgité trop de pattes ou de riz. Effet secondaire obtenu = Vessie sous pression, incapable de tenir plus longtemps qu’un album de 15 chansons écouté entre deux aires d’autoroutes. Si j’étais responsable communication de la marque, je lancerais des campagnes d’affichage dans les toilettes d’aires d’autoroute et des stations de trail pendant les grands événements de course avec un visuel simple : Une boite de MALTO et un message : « On vous avait prévenu ! ».

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C’est la première fois pour moi que je découvre les Alpes autrement que lors de la saison d’hiver. Je suis très impressionné. Les seules montagnes que je connais sont celles du Jura ou bien les volcans d’Auvergne. Là, rien à voir. Ce sont de véritables murs qui se dressent devant mes yeux. Le doute m’envahit un instant. La première petite colline au premier plan a déjà plus de dénivelé que ma petite côte tant parcourue à l’entrainement dans le bois de Vincennes. J’entre dans une autre dimension.

Ces montagnes semblent si grandes. L’effort à fournir pour y grimper me parait de suite inconcevable au vu de mon entrainement. Je tente de relativiser en rappelant à mon bon souvenir les dénivelés effectués lors des Templiers (2016). Ils me paraissent si petits maintenant. Des bambinos. Je reprends mes esprits. Ce n’est qu’une première impression. D’accord, elle est réussie. Ok, elle est assez impressionnante. Mais, si je suis là, c’est que je l’ai voulu. C’est que je crois au fond de moi que c’est possible.

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Par « chance » le mont blanc est couvert. Invisible. Absent, mais tout à la fois présent. Je ne peux voir le sommet. Mais je n’ai aucun mal à l’imaginer. J’ai une pensée pour le jeune trailer récemment décédé lors de sa descente. La montagne parait si belle, si paisible. Comment peut-elle en réalité être si violente et imprévisible ?

J’imagine ce sommet majestueux. La mer de glace qui en descend se propage en moi. Si l’eau en descend, me dis-je, mon corps peut bien y monter. Nous entrons dans Chamonix.

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La ville est littérallement transformée en DISNEYLAND pour trailers. Et vas-y qu’il y a des drapeaux UTMB sur chaque poteau.. Et vas-y que toutes les boutiques de sport ont enfilé leurs plus beaux appareils pour accueillir (et faire consommer) les hordes de coureurs assoiffés de kilomètres et de dénivelé.

Je fais remarquer à mon collègue que la population présente est incroyablement internationale.. L’anglais, l’espagnol, le brésilien, le coréen, le japonais, le chinois, l’italien, le bulgare et tant d’autres langages, auxquels, pour la plupart, je suis hermétique, se laissent entendre dans les rues de cette station.

Et d’autres part, nous remarquons que les personnes croisées sont très majoritairement affutées telles des machines de guerre. La moyenne de l’indice IMC sur Chamonix doit friser les 21. Vous aimez les beaux mollets; les bras fins, musclés et affutés; les ventres plats et les silhouettes incurvées. Moi qui pensait que les magazines de Trail avaient la fâcheuse tendance à montrer une image trop parfaite des coureurs, et bien, ils existent, pour de vrai. Ils sont tous là. Au rendez-vous.

Le slogan de l’UTMB « Sommet Mondial du Trail » n’a rien d’une publicité mensongère. Vous y êtes. Pas de culte du corps. Que des enfants, émerveillés par le défis que chacun vont se lancer. Le trail émule, il bouillonne. Fermer le couvercle. Agiter.

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Salon de l’ULTRA-TRAIL (Mercredi) : 

Souvent, dans le running ou le trail, qui dit foule, dit pognon et consommation. J’ai un peu peur de ressentir cette ambiance sur le salon de l’ultra-trail. Je crains d’être déçu par tout ce qui à côté de l’épreuve fait commerce. Les salons qui précédent le Marathon de Paris ou bien l’EcoTrail de Paris me vont fuir à chaque fois. La présence des marques et de leurs stands tourne le plus souvent à l’aggripage de prospect qu’au réel partage autour d’un intérêt et de valeurs communes.

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Ici, rien de tout cela. Je n’ai pas la sensation de traverser un souk. Je ne me sens pas agressé. C’est agréable. Je peux rentrer sur des stands sans de suite avoir un vendeur sur le dos qui me propose d’essayer tel ou tel produit. Je croise même quelques « stars » de la discipline entrain de discuter avec les représentants des marques. C’est réellement sympathique.

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Retrait dossard @Chamonix (Mercredi) : 

Nous repassons à la voiture chercher nos affaires. Un ami trailer présent sur la TDS m’a averti qu’il fallait présenter l’ensemble du matériel obligatoire pour récupérer le dossard de course. Il me manque un bonnet. Je le sais. J’espère que mon buff fera l’affaire.

Nous traversons tranquillement les stands des Trails. J’en reconnais quelques uns déjà effectués, et d’autres qui font partis de la longue liste des « reste à tenter ». Dans un virage, je reconnais le logo du Grand Raid de la Réunion. Je m’arrête un instant. Je sors mon portable. J’ai installé une petite application, permettant de calculer le nombre de jours restant avant une date précise. Mon application indique : CCC = J – 2 / Diagonale des fous = J – 50. J’y pense un bref instant. Puis je continue ma route, me disant que pour le moment l’important est de se concentrer uniquement sur le défi de vendredi.

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Beaucoup de monde font déjà la queue. Mon collègue déteste cela. Moi, j’ai développé un moyen efficace de ne pas exploser à cause d’une attente un peu trop longue : Le rire. Je fais exprès de parler fort pour que des trailers présents à nos côtés réagissent à mes petites phrases : « Et dire qu’on a quitté le métro parisien pour se retrouver bouché ici » – « Tu penses qu’il y a un panneau : Temps d’attente estimé à 45 minutes à partir de ce point ? » – « Ils auraient quand même pu mettre un ravito à mi-queue »… des bêtises, trop peu souvent fines. Mais cela permet de patienter et de rencontrer quelques autres personnes. Nous passons le temps. Le temps qu’il passe.

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Premier barrage à l’entrée du gymnase : « Vous avez bien toutes vos affaires obligatoires ? » – « Oui. Tout est là ! Dans mon sac ».. Oooooh le menteur ! Je n’aime pas tellement tricher, mentir. Mais la tentation est trop grande ici. Continuant la queue, je repère que les barrages et la vérification des éléments obligatoires s’intensifie un peu plus loin. Mon petit mensonge commence à me rogner de l’intérieur. Que risque-je ? Quand même pas une disqualification avant même de partir. Au pire, je dirai que je ne savais pas et j’irai acheter un bonnet sur le salon.. C’est petit. C’est pas beau. Mais j’aime cette sensation d’être border-line.

Premier filtrage. J’arrive devant un bénévole, me demandant carte d’identité et n° de dossard. Je lui fournis. Me tournant vers la droite, je vois un papier sortir de l’imprimante avec la liste des éléments obligatoires dont seulement quatre sont cochés. L’espoir renait. Cela serait pas de bol que le jugement aléatoire m’accuse coupable. Le bénévole souriant et sympathique me rend mon permis de conduire, et me tend la sentence :  » Pour vous cela sera ces quatre éléments là ! ». Je saisis la feuille, regarde les coches sombres : Téléphone / Couverture / Veste / Gants.. YALLAAAAAAAA !

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Comme à l’aéroport, je prends mon petit plateau sur lequel je dépose fièrement les éléments obligatoires qui m’ont été désignés. J’avance dans la queue. On m’indique d’aller voir ce monsieur là bas qui me fait signe. Il a l’air jovial. Je vais tenter l’humour.

J’arrive devant lui, très souriant, en prononçant un YOPLAAAAAAA ! Il me regarde, s’arrête et me demande si je parle français. Je comprends alors qu’un bonjour aurait été plus adéquate. Nous parlons un peu, et rapidement nous commençons à nous chambrer. Je sens qu’il a vraiment de l’humour, alors nous joutons tous deux de nos meilleurs vannes. Ayant compris, que je suis un petit rigolo, ce bénévole souhaite rapidement me faire revenir à la réalité. D’un ton sérieux, il me demande si j’ai bien toutes les affaires obligatoires. Je réponds d’un voix affirmative. Mon ton n’a pas convaincu. Le bénévole commence alors à me titiller sur chacun de mes éléments aléatoirement désignés : « Votre portable fonctionne bien en France, Suisse et Italie ? » « Avez-vous mis le n° de l’organisation dans votre répertoire ? ».. Pas de problème, j’ai tout bien préparé. On passe à la couverture de survie. La vérification s’intensifie : 2m20 sur 1m40. « Aaaah, mon petit monsieur vous avez 20 cm de trop ! ». Avec l’arrogance qui me distingue je lui réponds que « C’est ce qu’elles me disent toutes ». Mon examinateur se retient de rire. Son voisin lui explose. One Point ! Il me demande de lever les bras. « C’est bon, 2m20 devraient largement passés.. n’hésitez pas à accueillir du monde avec vous dans cette couverture, si vous voyez ce que je veux dire ». Parfait. Nous sommes sur le même registre. On passe à la veste. Je sais très bien qu’il a déjà du avoir des centaines de Salomon Bonatti en main. Il le sait, elle est aux normes. Pourtant, il s’échine à trouver les mots Gore-tex ou Dry je ne sais plus trop quoi. Il me reproche de n’avoir pas mis les manches dans le bon sens. Nous rions. Pour finir nous passons aux gants. Je lui fournis ma paire de (là, j’ai envie de faire un jeu de mots, mais on va me prendre pour un sexo-centré…) gants. L’étiquette est toujours présente dessus. Il me demande si je ne les ai jamais essayés. Je lui réponds qu’entre Juillet et Août, je n’ai eu que trop peu pas l’occasion de faire une moufle-party sur les plages privées de la côte d’azur. Il me demande de les enfiler. Ca passe. Nous concluons ce rapport, par un sourire. Je lui souhaite bon courage, il fait de même. 3 minutes sympathiques.

Un peu plus loin, nous récupérons nos dossards. Les bénévoles, quelques femmes (un peu âgées) très souriantes nous glissent quelques crèvent de chaud. Il est vrai que ce gymnase rempli de trailers commence à suffoquer dans son jus. Plus loin, nous récupérons le bracelet de course ainsi que notre sac d’assistance. Allez. Zouuu. On s’en va. 1h30 pour récupérer tout cela. Heureusement que quelques rencontres sympathiques nous ont fait passer le temps.

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Fin de journée et soir d’attente (Mercredi) : 

Nous retournons dans le centre de Chamonix. Petite pizza avalée sur une terrasse en regardant les T-shirts des passants : Oh.. un UT4M. Tiens un EcoTrail. Regarde, là, une casquette MDS.. J’ai l’impression que les touristes portent chacun sur soit leurs CV de courses. C’est assez drôle. Cela peut effectivement paraitre un peu comme de la vantardise, mais c’est en fait un bon moyen de brisser la glace. Un peu comme dans ces soirées étudiantes où l’on affiche fièrement si l’on est « En couple » / « It’s Complicated » / « Célibataire ». Un meetic des trailers.. Cela existe au fait ?

Nous décidons de prendre notre dernière bière avant la course en profitant des rayons du soleil éclaboussant cette fin de journée radieuse. Nous sommes très honnêtement complètement décompressés. Il nous reste deux jours pour être prêts.

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Nous rejoignons notre hotel. Un peu plus haut dans la vallée. A Argentière. La Suunto de mon collégue indique que nous passerons quelques centaines de mètres au dessus à la fin de notre course. J’ai envie d’aller voir le parcours. La nuit commence à tomber. Trop tard.

Notre régime alimentaire de futurs coureurs, se limitant aux pâtes et au riz, nous avons opté pour l’opération camping sur le balcon de notre chambre. En mode système D. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire cuire des pâtes pour deux personnes affamées, avec un petit réchaud en altitude, mais c’est un grand moment de solitude !

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JOUR D’ACCLIMATATION (Jeudi) :

Petit tour dans Chamonix : 

Nous nous réveillons relativement tard. Petit-déjeuner. Douche. Puis nous partons en direction de la gare de train pour rejoindre Chamonix. Il pleut. Il ne fait pas si froid. Autour de 12 / 13 degrés. Les prévisions météo annoncent un temps sec du côté italien, mais un temps très pluvieux en rebasculant du côté de Cham’. De plus, le froid semble être de vigueur sur les sommets. Cela promet. J’ai une pensée pour les coureurs de la TDS qui doivent être littéralement trempés à l’heure qu’il est.

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Arrivée à Chamonix, nous rejoignons la ligne d’arrivée. Les coureurs de la TDS complètement trempés finissent leurs courses. Je vois des visages fatigués, des foulées épuisées, mais tant de bonheur dans le regard de ces finishers. Ca y est. J’ai envie d’y être. Je ne veux plus attendre. Vivement demain.

Nous faisons un tour derrière la ligne d’arrivée. N’ayant pas arrêté la consommation de malto, ma vessie guide mes pas jusqu’à des toilettes installées là provisoirement. Petit soucis, il pleut des cordes et ces toilettes n’ont pas de toit. Je tente un coup avec mon parapluie.. Pas mal. Seems legit !

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Nous retournons sur la ligne de départ, car est annoncée la tête de course (OCC). Je n’ai jamais eu l’occasion de voir l’arrivée de gagnants. Généralement, participant à la course en question, quelques heures me séparent de ce moment intense. Je compte bien en profiter. Marc Lauenstein entre dans le dernier virage. Ses cuisses m’impressionnent. Je suis de plus en plus affuté, mais pour arriver à ce résultat ce n’est pas avec mon niveau d’entrainement actuel que je pourrais m’en approcher. La foule acclame cet homme. Il fait un tour de la ligne d’arrivée pour taper dans les mains. Il semble savourer ce moment. Je suis jaloux.

Nous assistons à l’arrivée du TOP 5, puis nous nous dirigeons vers le salon. Durant la nuit, j’ai cogité. Mon mensonge sur l’absence de mon bonnet m’effraie. J’acquiers celui-ci sur un stand. Maintenant que je suis en toute légalité, je peux me détendre. Oui. Je le sais, la probabilité d’utiliser cet achat pendant la course est faible, mais, ne sait-on jamais. Un coup de mou peut si vite arriver.

Nous nous attablons à une terrasse pour profiter de l’arrivée des premières féminines de l’OCC. La première passe. Un petit bout de femme impressionnante de détermination. Je me demande un instant quel type de préparation elle a du endurer pour atteindre ce niveau. Je suis depuis le matin l’évolution de la course sur mon téléphone grâce à l’application LiveTrail (SUPER BIEN FAITE AU PASSAGE). Je sais qu’Emilie Forsberg, la compagne de Kilian Jornet est en seconde position. Je n’ai jamais eu l’occasion de voir de mes yeux son sourire mondialement connu dans le milieu du trail. Là voilà, traversant la ville, très applaudie. Son sourire n’est pas une légende. Telle Hélène (de la série TV) qui a du faire saliver des générations entières de jeunes hommes dans les années 90′; on ne peut résister bien longtemps au charme de cette jeune femme. Kiki.. quel chanceux.

 

Nous rentrons à l’hôtel. Il est temps de préparer nos affaires pour la course. C’est parti pour 1 heure de concentration ultime, où l’équation est simple : « Comment faire rentrer dans un sac de 12 litres l’ensemble des éléments obligatoires ». Après plusieurs essais, je remporte ma partie de Tetris à l’aide d’élastiques me permettant de réduire au plus stricte espace ma veste, ma seconde couche ainsi que mon sur-pantalon de pluie. Il me reste même de l’espace. Je ne sais pas encore si je vais partir en collants, ou si je tente le coup en short. Je me déciderai demain matin.

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Avant de nous coucher (18h), nous décidons d’aller faire quelques courses ainsi que de passer au ravitaillement d’Argentière. Dernier point d’étape de l’OCC. Au vu du timing, les coureurs qui doivent y passer maintenant vont terminer dans les temps, juste, mais tout à fait dans les temps de la dernière barrière horaire.

Les premiers coureurs apparaissent au loin. Le pas est difficile. La foulée est quasi-inexistante. C’est effrayant. La pluie a malmené tous ces trailers. Beaucoup semblent être tombés dans la boue au vu des longues trainées présentes sur les collants, shorts et fessiers. Nous les applaudissons et les encourageons pour qu’ils finissent la course. Une coureuse retient mon attention. Elle a du faire récemment une coloration rouge car son front, ses oreilles, sa nuque sont roses. Ses cheveux trempés glissent sur son visage fatigué et déterminé. Alors que l’ensemble des coureurs que nous avons vu jusqu’à là prennent le temps de s’assoir sous la tente de ce ravitaillement, je vois cette femme rentrer dans le ravito en trottinant, le traverser aussi vite et en ressortir de plus belle. C’est magnifique. Elle n’a jeté aucun regard autour d’elle. Je pense qu’elle est en auto-pilotage. Les quelques supporters présents surpris par ce passage éclair (à la framboise) l’acclament à la sortie. C’est beau. Bravo Madame.

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Nous rentrons à l’hôtel. Dernier repas. Ce soir c’est riz. Le réchaud arrive tend bien que mal à transformer notre riz cru et riz demi-cuit. Tant pis pour nos papilles, nous le mangeons ainsi. Cela ne peut pas nous faire de mal.

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20 h. Au lit. 20 h 45, je regarde tranquillement France-Pays Bas. Mon collègue s’endort. Je m’oblige à éteindre à la mi-temps. 21 h 30. Nous dormons. D’habitude, je n’arrive pas à dormir les veilles de course. Là, à priori, mon cerveau a vu toute la journée des images fortes.. il est conditionné.. il a bien compris que si mon corps ne se repose pas, alors demain cela sera impossible. Je te remercie toi petit cervelet, et tes compagnons neuronaux.

 

JOUR DE COURSE (Vendredi) : 

Réveil :

J’ai mis mon réveil à 05h15. Je me réveille à 05h10. Assez incroyable cette horloge interne quand on y pense. J’ai curieusement bien dormi. Je sens que mon capital énergie est total.

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Je jette un oeil dehors. Le ciel est couvert, je ne vois pas d’étoiles. Une légère bruine tombe. Il n’y a pas de vent. Je file aussitôt sous la douche. Alors que l’eau chaude glisse sur moi et réveille mes muscles en réchauffant ma peau, je regarde mes cuisses. Je passe lentement les mains dessus. Elles sont molles, mais ne sont pas flasques. Je le sais, cela ne va pas durer longtemps. D’ici quelques heures, elles prendront une forme rectangulaire sur le dessus et seront étirées au maximum sur l’arrière. Je prends mon temps.

Douche finie. J’enfile mes affaires de course. J’opte pour un T-shirt manche longue ayant des trous pour les pouces. J’aime bien cette sensation de serrer quelques choses pendant des heures. Pour le bas, le froid que j’ai ressenti en sortant sur le balcon m’a convaincu. J’enfile mon collant. Cela sera toujours ça de moins à porter dans mon sac. J’enfile mes SpeedCross. Je ne peux m’empêcher de penser au moment où je les enlèverai après la course. Dans 19, 25 ou 30 heures.. peu importe. Pour le moment, mes pieds doivent faire ami ami avec mes pantoufles de montagne.

06 h. Nous entrons dans la voiture. Sur la route vers Chamonix, je me fais la remarque que je n’ai rien à penser pendant la course. D’habitude, je me garde toujours 2 ou 3 sujets pour distraire mon esprit quand cela n’ira pas. Une fille. Un projet. Un événement. Une autre fille. Là. Je n’ai rien. Pas de matière à s’évader. Je vais m’emprisonner dans mon épreuve. Espérons que le quartier de haute sécurité ne sera pas trop mentalement prenant.

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06 h 19. La voiture est garée dans le parking le plus proche de l’arrivée. Tout autour de nous des centaines de trailers convergent tous vers le même point de ralliement. Une chenille de cars nous attend. Nous les longeons, puis montons dans le second.

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06 h 26. Ce n’est pas du tout la même ambiance quand dans les cars que j’ai pu prendre sur mes courses précédentes (EcoTrail / SaintéLyon). Lors de ces courses, l’ambiance dans le car était électrique. Peu de silence, beaucoup de brouhaha de coureurs qui font la course dans leur conversation avant qu’elle ne commence. Ce matin, c’est très différent. La barrière de la langue inhibe bien sur un peu les rencontres, mais c’est une sensation de concentration forte de tous les participants qui se fait ressentir. Les regards sont horizontaux, presque méditatif.

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Nous arrivons à l’entrée du tunnel du Mont-Blanc. La nuit est bien là. La pluie l’accompagne. Le bruit répétitif provoqué par l’aller-retour des essuies glaces sur le pare-brise rentre en moi et crispe l’ensemble de mes os. Je suis dans un cocon, mais tel le verre qui tremble dans Jurassic Park, je sais que bientôt je n’aurai plus de carrosserie pour me défendre des conditions climatiques. Je vibre en mode silencieux.

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Après la traversée du tunnel, nous ressortons en Italie. A mon grand étonnement, il fait jour. Et surtout, il fait super beau. Quelques nuages sont encore présents dans le ciel, mais ils sont très minoritaires. En redescendant sur Courmayeur, j’observe au loin le soleil éclairer les  sommets qui nous font face. Il fait donc beau dans la vallée d’Aoste; c’est toujours ça de pris.

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07 h 20. L’autocar nous dépose à 800 mètres du vieux village. Nous descendons et suivons la longue file de coureurs portant leur sacs d’assistances à bout de bras. La plupart sont déjà en tenue de course complète, sans pull pour rester au chaud en attendant le départ.

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07 h 40. Un coureur me renseigne sur la logistique du lancement de la course. Nos dossards commencent soit par un 3, soit par un 4, soit par un 5. Il s’agit en fait d’une traduction de notre côte ITRA. Plus votre côte est élevée plus vous avez une numéro de dossard faible. Je suis chanceux, je suis 3742. Je partirai donc avec le premier SAS. Je suis content. Je n’avais pas envie de piétiner sur le début de course, et d’avoir par la suite à doubler tout le long.

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07 h 56. Je me rends compte qu’une de mes flasques fuit. Mon collègue, prévoyant, m’en fournit une autre. Ouf !

08 h. Nous rejoignons l’espace de départ. Les Carabinieri présents me rappellent soudain que nous sommes actuellement en Italie, et qu’aujourd’hui je vais traverser trois pays en courant. Bon, ok. Je suis pas Magellan non plus, mais je trouve ça élégant.

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SAS de départ @Courmayeur :

Le voici, le voilà. L’arche de départ aux couleurs de l’UTMB. Je ne me rends pas bien compte qu’une fois celui-ci passé, cela sera 101 km à parcourir, et en montagne. Moi qui n’ai jamais dépassé les 80 km et les 3400 D+.. je ne sais trop à quoi m’attendre. Je profite de mon insouciance. C’est si rare de n’avoir aucun stress avant une course. Je jouis du moment présent.

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08 h 03. Je préviens, ce n’est pas classe, mais ça fait partie de la course : Je n’ai pas réussi à « poser ma pèche » ce matin. C’est toujours la même chose avant les courses pour moi. Impossible de me libérer. Je me dis que je ferai mieux de me forcer, et étant donné que je viens de boire 1 L de flotte et 500 ml de Powerade il faut de toute manière que j’urine. Il y a 30 mètres de queue pour les toilettes. Je me mets au bout de la file en me disant que cela fera passer le temps avant le départ. Au bout de 5 min, ma vessie est prête à exploser. Je me retiens encore quelques minutes. J’ai à peine avancer de 3 mètres. Cela ne va pas le faire. Je file ni une ni deux trouver un arbre. Tant pis pour la grosse commission.

08 h 20. « Bonjour.. monsieur.. monsieur.. Alexandre Boucheix. Contrôle aléatoire des sacs, veuillez nous montrer l’ensemble des éléments obligatoires. HALLELLUJAH- J’AI MON BONNET !! Les deux contrôleurs s’excusent presque de me faire déplier toutes les affaires de mon sac. Je rigole avec eux. Le contrôle se passe bien. Nous discutons un peu des conditions météo que nous allons rencontrer. Je fais un petit selfie pour me rappeler de ce moment. J’ai gagné le droit d’avoir une petite gommette rouge sur mon dossard.

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Une fois la gommette posée, je fais un trait d’humour en disant au contrôleur que c’est top car maintenant, je vais pouvoir laisser toutes les affaires en trop sur la ligne de départ. Ils rigolent à moitié et m’avertissent que d’autres contrôles auront lieu durant la course. Ok. Je me tais et range méticuleusement mes affaires en silence.

08 h 30. Petite photo avant de rentrer dans mon SAS. Et non… Je n’ai pas sucé un Stroumpchf.. c’est le Powerade 😉

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08 h 32. Ca y est. J’y suis. SAS de départ n°1. Autour de moi, uniquement des mecs et des nanas gaulés comme des athlètes. Indice IMC moyen très faible selon moi.. Je prends le temps de faire un petit selfie pour pouvoir faire la comparaison entre ma tête avant la course et ma tête à la fin de course.

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08 h 35. Peu de français dans mon SAS. Et vas y que ça cause Espagnoins, et va y que ça parlemente en Rital, en Portugech ou en Japonais. Péro nada en frances.. L’aspect internationale de la course lui donne encore plus de caractères, encore plus de cachet. C’est l’élite mondial du Trail qui se trouve ici. Et j’ai le droit d’y participer, c’est grandiose.

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08 h 45. Les speakers tentent de faire monter l’ambiance. Je reconnais « la voix du trail » présent sur toutes les grandes courses, ainsi que la femme qui parlent anglais et espagnol que j’ai déjà entendu sur d’autres évènements. Le dernier animateur, italien, si mes souvenirs sont bons, donne un goût authentique à ce moment. Tous trois ont beau tenté de motiver la foule, cela ne prend pas tellement. Nous sommes tous bien trop concentrés sur la course qui va bientôt débuter.

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08 h 50. Briefing de course. On nous annonce une légère modification sur la fin de l’épreuve due aux conditions météo. La Tête aux vents sera remplacée par la Flégère. Sur le papier cela ne change pas grand chose.. et puis c’est tellement loin tout ça que cela me passe un peu par dessus la tête. Par contre, je retiens les paroles suivantes du briefing :  » Ici, il fait beau. Ils appellent ce côté, le Sunny Side. Mais ce n’est pas le cas sur tout le tour. En particulier, il va faire très froid. La température ressentie sur les crêtes sera de – 3° ! ». Là, dans ma tête ça fait tilt. Je suis actuellement en T-shirt. Je n’ai jamais trop fait de hautes montagnes en été, donc je ne sais pas à quelle vitesse d’ascension la température va descendre. J’espère ne pas attraper froid et par la même devoir m’arrêter de longs moments aux ravitaillements pour me réchauffer. Ces paroles me font réellement rentrer dans ma course. Je ne pense plus à personne, plus à rien. Il n’y a que ma course, l’écoute de mon corps et de mes sensations qui comptent maintenant. Je suis prêt.

(Petit jeu.. Saurez-vous me trouver ?)

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08 h 55. Nous venons d’écouter les hymnes nationaux des trois pays traversés par la course. L’instant se solennelise. Un hélicoptère commence à nous survoler. Il dérape dans le ciel de manière très vectorielle. Les images vont être belles. On se croirait sur le Tour de France. Seulement, nous n’avons pas de vélos. Uniquement nos pieds et notre motivation pour avancer.

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08 h 57. Les sonos commencent à cracher la musique de Vangélis. Cela prend aux tripes. On se demande un peu ce que l’on fait là. Mais on est bien là. Je me dis que je vais le faire. Que je dois le faire. Que je n’ai pas le droit d’abandonner. Il y a trop d’heures d’entrainement, trop de sacrifices durant ces 12 derniers mois pour ouvrir la porte à un échec. Je dois tout donner.

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Dieci..

Nuovo..

Otto..

Sette..

Sei..

Cinque..

Quattro..

Tre..

Due..

Uno..

Zero !! C’est parti. 

 

DEPART DE LA COURSE : 

KM 0 = DEPART (altitude : 1210 m) :

Bon.. y a pas à chier (désolé pour la grossièreté) mais être à l’avant dans le SAS de départ c’est quand même très confortable ! Peu ou pas de bousculades.. aucun risque de glisser sur un bidon perdu ou sur une bouteille laissée à l’abandon.. presque impossible de ne pas voir un obstacle qui générait le passage et que l’on pourrait se prendre en pleine accélération. Bref, devant c’est mieux !

Les premiers 200 mètres sont lunaires, il y a foule sur les bords de la route. Les spectateurs font énormément de bruits.. Les hurlements, bravos, applaudissements et retentissements de cloches sont tous bien présents. Je ne pars pas en sprint. Je vais relativement vite, mais je ne fais pas la bêtise d’envoyer comme une brute épaisse. Le profil de course des 10 premiers km est déjà assez effrayant comme cela. Autant ne pas tenter le diable.

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Nous traversons le village. Tout d’abord par une route assez large qui en fait le tour, puis nous entrons en son coeur par une ruelle piétonne. Les supporters aux fenêtres décorées de drapeaux nous acclament. Que c’est bon.

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Première partie de la montée sur la TÊTE DE LA TRONCHE :

Petit virage sur la droite et nous empruntons une route bitumée bordée à gauche et à droite de deux bandes blanches continues. Comme à mon habitude, je cours sur l’une d’entre elles. J’aime bien cela. C’est canalisant. La route monte légèrement et plus nous avançons plus la montée s’accentue. Généralement, j’ai au bout d’un ou deux kilomètres de très mauvaises sensations. Là, rien de tout cela. Je suis à l’aise. Aucune gène. Aucun point de côté.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais il me vient l’envie d’uriner. Sur les autres courses, je ne m’arrête jamais sur le départ afin de monter rapidement en chaleur et de ne pas trop perdre de places. Mais là, étant donné que tout va bien et que je ne suis pas venu faire un classement, je m’arrête sur un bord de forêt. Je pisse trois gouttes. Comme quoi c’est plus psychologique que physiologique. Je repars, plein d’entrain.

Je dois être dans les 500 / 600ème positions. La foule des coureurs n’est pas trop dense, mais la route est encore large. Cela va très certainement être différent dès que nous basculerons sur du chemin de montagne.

Après 2 ou 3 km, nous sortons de la route bitumée pour rejoindre un sentier. Ce n’est pas encore un vrai monotrace. J’ai doublé pas mal de coureurs dans la partie bitumée. Le rythme est encore assez uniforme, aucun groupe ne se dessine.

Nous croisons quelques supporters qui se sont placés dans la toute première difficulté. 600 mètres plus loin, nous basculons sur un monotrace à flanc de montagne. Nous sommes dans la foret. Trois personnes sont assises sur le dévert’. Je remarque de loin que deux d’entre elles regardent de manière assidue les jambes des coureurs et que la dernière note des choses sur un bloc-notes. A leur niveau, j’entends : « Sportiva.. Salomon.. Salomon.. Hoka.. Hoka.. » AAAAAAAH d’accord, les mecs se font un petit recensement des chaussures portées par les coureurs.. sans pression.. tout va bien. Ils vont s’éclater putain ! 1900 paires de pompes à compter à la mano. Bon, déjà faut s’y connaitre en chaussures de trail. Ca, à la limite ça se fait. Mais à la vitesse où l’on passe, c’est ultra-tendu !! A leur place, je me serais mis au sommet de la première difficulté, là au moins, ils peuvent être sûrs de ne pas en manquer.

Passé cette zone, le silence règne. Pas tellement d’échanges entre coureurs. J’arrive à entendre au loin les départs qui sont encore donnés pour les derniers SAS. J’ai une pensée pour mon collègue. Sa course commence.

Tout le monde court dans la montée. La pente est assez raide, mais les coureurs semblent tous en forme. Moi aussi. Je n’ai aucune difficulté à garder un bon rythme. Un peu plus loin, le chemin à flanc de montagne s’arrête et nous entamons un chemin qui monte en serpentin. Impossible à présent de courir. Soit par ce qu’il y a un peu trop de monde devant, soit tout simplement car la pente est trop forte. Je me retrouve dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Nous allons tous à la même allure. Nous doublons quelques personnes dans les serpentins.

Arrivé en haut de ce passage, nous repartons sur un chemin à flanc de montagne. Cela permet de faire un peu tourner les jambes après cette première difficulté. Ca monte et cela descend sur des touts petits dénivelés. Le monotrace est sec et bien formé. Il n’y a pas de risques de chuter dans le vide sur notre gauche.

 

Deuxième partie de la montée sur la TÊTE DE LA TRONCHE : 

Après avoir traversé ce qui semble être un ruisseau plein de cailloux glissant entre deux  pans de montagne, nous attaquons la deuxième partie de la montée. A partir de maintenant, cela ne rigole plus. Silence dans les rangs.

Je suis toujours dans un groupe d’une quarantaine de coureurs. Je me retourne un moment pour regarder derrière nous. Un petit trou est déjà entrain de se faire. Pas grand chose. 50 mètres. Mais le trou est fait.

Mes anciens démons reviennent à moi. Je me fixe sur les mollets de la personne qui me précède et je monte exactement dans son rythme. J’ai accroché deux mollets costauds, ils avancent vite. Presque tous les coureurs ont sorti leurs bâtons. Moi, je cours sans. Je suis d’accord, je pense que j’irai plus vite avec, mais je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas envie d’essayer. J’aurais trop l’impression que cela me faciliterait les choses. Je n’aurais plus l’impression de faire corps avec la difficulté de l’épreuve. Je ne vivrais plus ma course sans additifs.

Mon collègue a pris quelques photos de ce passage. A la différence de ce que j’ai vécu, il y a beaucoup de monde sur ces photos. Lorsque je suis passé, la foule était légèrement plus clairsemée et regroupée en petit ensemble de coureurs.

 

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A mi-hauteur de cette deuxième partie de montée, je commence à être à l’aise. Je n’ai pas eu besoin de poser les mains sur les cuisses depuis le début et je commence à me redresser, voir même à me tenir de plus en plus droit. La personne devant moi n’est plus tout à fait dans mon rythme. J’hésite. Est-ce que j’y vais, je lance les chevaux et je rentre dans mon rythme, ou est-ce que j’applique un principe de précaution et je reste derrière elle pour en garder sous le pied ?..

10 secondes plus tard : « Attention, je passe à droite ! ». C’est parti. Je suis bien. Autant en profiter. Je lance mes pas dans la montée. C’est automatique, le cerveau ne réfléchit plus. Tap.. Tap.. Tap.. Tap.. Tap.. c’est presque systémique. Après une minute à mon régime de croisière, je me rends compte que mon souffle n’est pas tellement accéléré et que je n’ai pas trop augmenté ma chaleur corporelle. Je continue donc à ce tempo. Jusqu’en haut.

 

KM 10.3 = Sommet de la TÊTE DE LA TRONCHE (altitude 2548 m) :

Temps de course : 01 h 54 min / Classement général : 246ème.  

Premier sommet atteint. Nous venons de nous prendre 1435 D+. Et c’est passé comme dans du beurre. Les cuisses ne me brulent pas. Mon dos ne me fait pas souffrir et je ne ressens pas de picotements dans les mollets. Tout va bien. L’entrainement a payé. Je redoutais un peu ces dix premiers kilomètres. Le fait de partir comme cela, à froid. De tout de suite devoir envoyer du pâté. J’avais peur que mon corps ne me trahisse. Il a répondu présent. Je suis fier de toi ensemble d’os, d’organes et de peaux. Maintenant il te reste 90 bornes à tenir !

Le soleil est bien présent. Nous l’avons eu dans le dos une bonne partie de la montée. Le paysage est dégagé. C’est magique comme endroit. Si seulement j’avais l’occasion de courir plus souvent dans de tels lieux !

Trèves d’observations, je me fais Biper au sommet. Je relance de suite. Il y a peu de vent, mais le froid de l’altitude se fait ressentir. Mes jambes qui avaient pris un rythme particulier dans la montée, doivent maintenant s’assouplir pour aller chercher une bonne foulée. Au bout de 300 ou 400 mètres je rentre dans mon rythme.

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Descente sur le Ravito n°1 : REFUGE BERTONE : 

Nous sommes sur la crête. Aucun arbre. Donc aucune racine. Quelques rares rochers sont à éviter. Nous courrons sur des monotraces dans une grande prairie alpine en descente. J’arrive à envoyer. Je double même quelques coureurs. Cela me surprend. Au loin, je repère l’hélicoptère qui capte les images pour les Live UTMB. Il est en vol quasi-stationnaire et remonte doucement la crête. Je me dis que cela serait sympa d’avoir une image de ce moment. Ma foulée s’accélèrent. Au moment d’arriver à son niveau, patatra mon monotrace fait le tour d’une petite butte. L’hélicoptère est là, juste derrière. Je ne le verrai pas, lui non plus. Tantpis. De toute manière je ne suis pas venu pour faire des images. Je retourne dans ma course.

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Etant donné que nous sommes dans une descente les écarts entre les coureurs commencent à franchement se former. Les groupes de plus de dix coureurs ont tous explosé. Il n’y a maintenant plus que des groupes de 2 à 4 coureurs dont l’un s’échappe généralement pour rejoindre celui de devant au bout de quelques dizaines de secondes. Je fais parti de ces coureurs qui font des sauts de puces de groupe en groupe. Je pense que cela me permet de me donner une suite de petits objectifs atteignables. Cela m’aide à bien avancer, tout en faisant passer le temps.

Entre deux groupes, lorsque je me retrouve seul, une chanson que j’ai entendu la veille me revient automatiquement à la tête. Bon, préparez-vous.. c’est pas du Beethoven ou la Traviata. C’est de la bonne grosse musique bien commerciale qui entre bêtement dans la tête sans vouloir jamais en ressortir. Je fredonne :

 » Le monde est à nous, le monde est à toi et moi
Mais p’t-être que sans moi le monde sera à toi
Et p’t-être qu’avec lui le monde sera à vous
Et c’est peut-être mieux ainsi
Mes sentiments dansent la macarena
Donc je me dis qu’si t’es avec lui, tu te sentiras mieux
Mais si tu te sens mieux, tu te souviendras plus de moi
Oh là là
Mon cœur danse la macarena, la la la la la la la la la la
Oh là là « 

Pour ceux qui ne connaissent pas cette chanson très recherchée et avec des paroles dignes des plus grands dialoguistes je vous mets le lien ici -> DAMSO – Macarena

En doublant un coureur, il m’entend fredonner. Tourne légèrement la tête vers moi, l’air de dire « Ah ouais.. quand même.. t’en es là toi.. ». Je garderai ce morceau dans la tête pour les 30 prochains kilomètres.. et trente kilomètres.. c’est LONG ! Mes oreilles dansent la macarena, la la la la la…

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Je repère le refuge en contre-bas. La descente est légèrement plus technique que sur les crêtes. Le fait d’arriver au premier ravito me donne du coeur à la foulée. J’accélère. La technicité du passage ne m’effraie pas. Mes entrainements spécifiques à la descente commencent à payer. Ok, ce n’est pas du Kilian’style mais franchement je suis content. Les supporters placés en bas de la descente qui regardent le passage me donnent encore plus l’envie d’envoyer avec style et souplesse. Je double quelques coureurs en coupant les virages. Mes jambes répondent bien. Les à-coups de mes réceptions un peu forcées ne me font pas mal aux cuisses. J’ai même l’impression que je ne vais pas le payer plus tard. Bref, ça va bien dans le meilleur des mondes.

 

KM 14.5 = Ravito n°1 – REFUGE BERTONE (altitude 1970 m) : 

Temps de course : 02 h 18 min / Classement général : 225ème 

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En entrant dans le ravitaillement, je fais ma traditionnelle blagounette aux bénévoles : « Bon courage pour votre journée.. on croit en vous ». Cela fonctionne.

Ni une ni deux, je file me recharger en eau. J’ai bu mes deux flasques. Il n’y a pas grand monde dans le ravito. Les coureurs se sont déjà bien étalés à l’avant de la course. C’est agréable de ne pas avoir à faire la queue.

Après l’eau, je me dirige en direction du buffet : J’attrape 2 petit Lu, quelques bouts de viandes séchées (Délicieuuuuuuuuux !), un peu de fromage et trois abricots secs. Ma manie de ne pas vouloir rester au ravitaillement reprenant le dessus, je file en direction de la sortie, les aliments dans les mains.

Sur les 300 mètres en sortant, je grignote tranquillement tout en avançant. Quelques supporters se sont placés à ce niveau. Ils nous applaudissent. C’est très sympathique.

 

Liaison avec le Ravito n°2 – REFUGE BONATTI : 

Je n’ai strictement AUCUN souvenir de cette liaison. Sur le papier c’est un enchainement de faux plats, de petites descentes et de petites montées; mais impossible de me souvenir de ce moment là. Oh la la .. (Satané chanson).

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KM 21.9 = Ravito n°2 – REFUGE BONATTI (altitude 2028 m) : 

Temps de course : 03 h 11 min / Classement général : 201ème 

Aucun souvenirs encore une fois ^^. J’ai le vague souvenir d’un refuge d’alpage assez mignon comme on peut en voir dans les films de Randonneurs ou des Bronzés, mais rien de plus. En réalité, très franchement, je pense que je devais être tellement entre la contemplation du paysage et la concentration sur mon état général que je n’ai pas du mettre mon enregistreur en marche.

Je sais juste que j’ai suivi à la lettre ma méthode de ravitaillement : Remplissage des flasques -> 2 petits Lu, viandes séchées, etc.. -> Départ du refuge et consommation sur les 400 mètres suivants.

Bon si, je me rappelle d’une chose. Mais trop tard. 5 minutes après avoir quitter le ravitaillement, je veux prendre une gorgée d’eau pour faire passer la légendaire pâteuse du petit Lu. Là. Horreur ! Mon eau fait de la mousse. Je veux pas être alarmant, mais de l’eau, qui fait de la mousse, on a beau être à 2000 mètres d’altitude, ce n’est pas normal. Le champagne fait de la mousse, le coca aussi, mais pas l’eau ! Je prends une seconde gorgée. Je détecte alors un léger arrière goût de citron chimique. Bordel ! J’ai pris de la boisson énergétique. Quand on ne s’y attend pas c’est surprenant. Heureusement, la personne qui a cuisiné le réservoir de boisson énergisante n’a pas du lire la notice, et semble avoir dilué ce qu’il faut pour un litre dans un réservoir de 30 litres. Effet sur le corps : NADA.. Effet sur le gout : Beurk. La prochaine fois je ferai plus attention. Oh là là !

 

 

Liaison et descente sur le Ravito n°3 : ARNOUVAZ : 

Je me souviens bien de cette partie. Nous avons changé d’axes de course. Nous sommes maintenant à la parallèle parfaite de la vallée. Nous courrons sur un monotrace étroit mais clean qui permet d’envoyer à flanc de montagne. Le paysage est fabuleux. La mer de glace qui descend du Mont Blanc sur notre gauche est impériale. Les falaises sont majestueuses. Du caillou sec et aride sur lequel aucun arbre ne pousse. J’essaie de repérer à plusieurs reprises nos amis les animaux de la montagne. Bouquetins, chamois et autres trailers à quatre pattes ne portant pas de dossards.

Peine perdue. Je suis trop loin pour repérer quoi que ce soit. A force de regarder le paysage, j’en oublis complètement la course et mon état général. Cela fait plus de 20 km que je cours et pourtant je ne ressens aucunes sensations d’épuisement. C’est très cool.

Je reviens vite à la course grâce à un pas mal placé. Mon pied gauche décide que le chemin est surement trop facile pour lui, et glisse tendrement dans la pente à ma gauche. Par réflexe, je m’agrippe au flanc droit de la montagne, ce qui me permet de rester debout. Cette petite alerte me remet dedans. Je me concentre à nouveau. Cela serait vraiment trop con de se blesser par manque d’attention.

La fin de la liaison vers Arnouvaz se termine par une descente assez sèche à travers les bois. Le terrain est encore relativement sec ici. J’arrive à bien envoyer. Avoir la tente du ravito en ligne de mire me donne comme à chaque fois un peu d’entrain à la tâche. J’arrive à ne pas me faire doubler. Décidément, je me surprends moi même.

L’arrivée sur le ravitaillement est géniale. Beaucoup de familles et d’enfants sont présents. J’applaudis les supporters qui me le rendent bien, et je vais claquer la main des enfants qui la tendent. C’est toujours électrisant comme sensation.

Ah. Tiens. Mais. Ne serait-ce mon ami la caméra de ravitaillement ? Qu’est ce que je fais ? Qu’est ce que je fais pour amuser les gens qui me suivent.. Le temps d’y réfléchir.. j’atteins le champs de vision de la caméra. Et là, va savoir pourquoi, je fais Dugarry à la Coupe du monde 98.. Vous noterez, que ça vient tellement de nul part que je suis à deux doigts de me casser la gueule en arrière. Bref, je profite !

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KM 27.0 = Ravito n°3 – ARNOUVAZ (altitude 1779 m) : 

Temps de course : 03 h 47 min / Classement général : 188ème 

Je vous fais pas le résumé du ravitaillement, mais comme d’habitude je tente de faire rire les bénévoles et je prends mon petit paquetage pour les 300 mètres qui suivent.

En quittant le ravitaillement, étant donné que je marche, j’entends mieux les supporters : « Bravissimo » « E fantastico » « Continua ».. J’avais presque oublié que l’on courrait en Italie.

 

Montée sur le GRAND COL FERRET : 

Le ravitaillement passé, nous traversons un lit de rivière presque à sec. C’est assez sympa de bondir de cailloux en cailloux.

Un peu plus loin, une pancarte « PHOTO – Dossard visible » attire mon attention. Je n’ai pas fini mon petit Lu. Je repère le photographe et dans ma tête je me dis « Bon.. tu n’es peut être pas assez bon pour avoir un sponsor équipementier.. mais sans déconner, un pub pour petit Lu.. tu as le niveau.. ». Je passe devant le capteur d’instant vivant, petit Lu légèrement mordillé dans une foulée légendaire tel Hercule gravissant l’Olympe. Dans ma tête ça rendait vraiment bien. Je verrai bien le résultat. Mais quelque chose me dit que je vais être déçu.

Plus de place à la rigolade. C’est parti pour 754 m de dénivelé sur 4.5 km. Du bas de la montée, j’arrive à bien discerner les trailers qui me précédent tout en haut d’un premier pan de la montée. Cela parait déjà tellement haut. Je lève encore les yeux, et je me rends compte qu’il ne s’agit même pas du sommet, mais seulement d’un palier à mi-hauteur. Ca va piquer.

Je suis seul quand je me lance dans la montée. J’ai repéré un trailer qui avance plutôt bien. Il est à deux virages en avance sur moi. Je me donne comme objectif de le rattraper et de monter avec lui. C’est reparti pour le cadencement des cuisses. Je ne réfléchis plus, j’avance. La douleur est surement présente, mais je ne la laisse pas remonter à mon cerveau. Si je pense que cela ne fait pas mal, alors cela ne fait pas mal. Cela fonctionne. Je rattrape rapidement le trailer.

Nous avançons bien tous les deux. Un troisième coureur nous rejoint. Nous montons à trois. Nous n’échangeons pas tellement nos opinions. Nous avons un pacte d’obligation de résultat, pas un pacte d’amitié franche et sincère. Notre petit train rattrape sans trop de difficultés pas mal de coureurs. Certains arrivent à accrocher.. d’autres sont complètement dépassés et doivent vite revenir dans leur rythme.

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A mi hauteur de la montée, notre vision sur le sommet s’améliore. Je me rends rapidement compte que je peux dire adieux au soleil. Nous allons rentrer dans le nuage qui est accroché en haut. La course va définitivement changer.

Sur la fin de la montée, nous croisons quelques randonneurs. Assez poliment (je pense qu’ils sont Suisses étant donné que nous avons traversé la frontière en bas sans que je m’en rende compte), ceux-ci se sont écartés du sentier principal pour laisser passer les coureurs sans difficulté. Certains nous applaudissent, d’autres restent immobiles et nous regardent passer. Sans doute, sont-ils déjà laser d’avoir applaudi la grosse centaine de coureurs nous ayant précédés. (Ou sinon c’est vraiment qu’on les fait chier à prendre leur sentier.. mais ça.. nous ne le saurons jamais).

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La fin de la montée se passe complètement dans le nuage. Il n’y a plus de paysage à contempler. De toute manière cela fait bien 10 minutes que je ne regarde rien d’autre que les chaussettes grises et noires du grand trailer ultra-affuté qui me précède. L’autre trailer qui est monté avec nous me demande de remettre ses bâtons dans sa petite sacoche. Ca semble bien pratique quand même son truc. Mais bon, pas envie d’essayer.

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Crédit photo : @Clairecassoth sur Instagram

 

KM 31.5 = Sommet GRAND COL FERRET (altitude 2528 m) : 

Temps de course : 04 h 49 min / Classement général : 158ème 

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Bon. 1 h pour faire quatre kilomètres. C’est bien la première fois que cela m’arrive. Et pourtant, j’ai l’impression d’avoir super bien monté cette section. J’irai comparer avec la moyenne des coureurs pour me rassurer (ou pas).

Je ne reste pas au sommet. Il fait maintenant trop froid. L’humidité se fait ressentir, il commence à bruiner et le vent souffle légèrement. Et dire que 400 mètres plus bas, il faisait beau. Incroyable.

 

Descente sur le Ravito n°4 – LA FOULY : 

J’enfile ma veste (une salomon Bonatti, tout ce qu’il y a de plus classique). C’est la première fois que je l’essaie en course. On va bien voir si elle vaut son prix. Déjà, j’arrive sans problème à la mettre au dessus de mon sac alors qu’il est plein à craquer. C’est un bon point. Ensuite, j’arrive à facilement soulever le rebord pour récupérer un gel dans une des deux poches arrières de mon sac. Deuxième bon point. Le troisième bon point, elle va le gagner sur les dix premières minutes de la descente, alors que je suis entrain de me refroidir grave. La veste tient très bien la chaleur corporelle, sans toutefois étouffer. J’ai rapidement la sensation d’avoir chaud, mais je ne suis pas mal à l’aise. Vous l’aurez compris, je plusoie ma veste 😀

Un mec qui remonte la course en sens inverse m’annonce 158ème. Je n’avais pas du tout estimer mon classement pour le moment. Je pensais être plutôt dans les 300. D’un côté, cela me rend ravis, de l’autre, cela me met la pression GRAVE. Etre dans le TOP 200 à un peu moins de 70 km de l’arrivée cela veut tout et rien dire. Je me dis qu’en continuant ainsi, je pourrai tenir sous la barre des 200, mais étant donné la longue distance qu’il reste à parcourir, je me dis que tout peut arriver et que je peux très rapidement reculer de plusieurs centaines de places. De toute manière mon objectif est simple : Finir en moins de 20 h. Le reste on s’en fout !

Je double un trailer dans la descente. 157. Un autre s’arrête pour mettre sa veste. 156. Nooooooooooooon ! Ca recommence. Je n’arrive pas à m’empêcher de compter maintenant.

Au fur et à mesure de la descente je commence à avoir un coup de mou. Le prochain ravitaillement de la Fouly est encore loin. Une dizaine de kilomètres. Je me reprends en me disant que de la descente c’est des kilomètres « faciles ».. des kilomètres « donnés ».. J’avale un gel et dix minutes plus tard, cela va beaucoup mieux.

A peu près à mi-chemin, la descente est plus raide. Mes cuisses commencent à prendre cher. Je le sens. J’arrive à tenir le rythme mais je sais maintenant que plus tard cela va faire très mal.

Un peu plus loin, je me surprends à avoir une hallucination. Un bout de bois sur le bord du monotrace se transforme en chien/loup me bondissant dessus. Je sursaute effrayé. Le temps de réaliser qu’il s’agit d’un bout de bois, je suis déjà 5 mètres plus loin. Si c’est comme cela au km 40, ça va être quoi par la suite ?

Nous repassons sur le bitume. Je comprends que le ravitaillement est proche. En arrivant dessus, j’applaudis à mon habitude les spectateurs. Je ne sais pas trop pourquoi, mais cela me fait autant de bien de les applaudir que d’entendre leurs applaudissements.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

Coucou ma copine la caméra. Cette fois-ci, je n’ai toujours pas d’idée, mais par contre on va éviter de faire Dugarry.

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KM 41.1 = Ravito n°4 – LA FOULY (altitude 1600 m) :

Temps de course : 05 h 43 min / Classement général : 160ème 

Le ravitaillement est étrangement calme. Peu de bruits, d’excitations. C’est tout à fait normal en fait. Il n’y a presque personne pour l’instant. Nous devons être 5 ou 6 coureurs grand maximum sous la tente.

Je me ravitaille des éléments habituels, tout en faisant bien attention à prendre de l’eau (et pas de la boisson énergisante).

En sortant du ravitaillement, j’ai repéré une dizaine d’enfants qui s’amusent à faire une Olà. Je prépare mon coup… Je sors d’un coup de la tente en faisant un gros  » Pa..PA..pa..PA..Pa..PO..Po.. PoLALA.. OLEEEEEEE… ». Tout le monde rigole. Et c’est reparti.

Je marche 400 mètres pour manger tranquillement. Je croise un gars de l’organisation. Il me souhaite une bonne fin de course. Je me retourne en disant « FIN de course ? ».. l’air de dire « Euh.. mec, il reste 60 bornes à faire.. je suis même pas à la moitié.. et tu m’annonces déjà que c’est la fin.. tu me spoiles là ! ». Il se marre, je reprends la course.

 

Descente après LA FOULY : 

Tout simplement le pire passage de la course pour moi.. Quelques 7 ou 8 km de bitume en descente. Tout simplement atroce pour mes jambes. J’ai remarqué que peu de coureurs portaient des speedcross comme moi. Ou du moins, j’ai repéré que beaucoup de coureurs avaient des chaussures avec très peu de crampons. Je comprends mieux pourquoi. Cette partie m’use littéralement. Je me dit une nouvelle fois que ce sont des kilomètres offerts, donc je me force à avancer, mais clairement j’ai pas aimé.

Bon, il y a quand même quelques aspects positifs à courir sur la route. Presque toutes les voitures que l’on croise klaxonnent et font des appels de phares. Ca égaille un peu tout ça. En plus je n’ai plus ma musique à la con dans la tête. Oh là là.

Je me sens bien seul dans cette descente. Nous traversons un petit village suisse super mignon. Dommage, il n’y a pas âme qui vive. J’ai du traverser bien trois villages sans voir la moindre personne. Un peu glauque. Je garde tout de même le souvenir d’un petit chalet sur la droite, que j’appellerai « La maison des nains de jardins ».. Il y a plus de nains de jardins là bas que dans Blanche Neige.. C’est assez incroyable. Flippant. Mais incroyable. L’envie de faire un « Amélie poulain » en volant un nain et en lui faisant traverser le monde me vient. Heureusement qu’il me reste beaucoup de kilomètres et que mon sac est plein car j’en aurai bien pris un pour l’humour.

Sur la fin de la descente, je sympathise avec un Irlandais. Nous avons repéré au loin un village en surplomb. Au vu du petit profil de course que mon collègue m’a plastifié, je pense qu’il doit s’agir de notre prochaine destination : Champex Lac. Le saxon ne veut pas me croire. Il ne pense pas qu’il nous reste une montée à faire pour atteindre le prochain ravitaillement. Je lui montre mon profil. Il me le rend un peu dépité. « You’re right ! ». Et il enchaine en me disant « Tell me. It’s a realy realy huge beer after the last climb ! I hope you will finish it too ! ». Nous rigolons ensemble. Et continuons chacun notre course de notre côté.

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Cette longue descente depuis le sommet du Col Ferret a bien tassé mon estomac. Voilà que j’ai envie de passer aux toilettes maintenant (Et oui.. le trailer n’est pas une princesse !). Je ne vois pas d’espace un peu planqué qui me permettrait de faire ce que j’ai à faire autour de moi. Je prends mon mal en patience. J’espère qu’au prochain ravitaillement il y aura des toilettes.

 

J’approche de la montée sur Champex. Je croise enfin quelques habitants à la terrasse d’un bar. Ceux-ci brandissent fièrement leurs pintes de bières en m’applaudissant. Je suis à peine à la moitié, il me reste encore 50 km avant de pouvoir faire comme eux. Les sal*ps !

 

Montée sur le Ravito n°5 – CHAMPEX LAC :

J’attaque la montée sur Champex. J’ai eu tout le loisir d’estimer la longueur de celle-ci pendant toute la descente que je viens de me faire. Je sais quelle va être relativement forte, mais pas trop longue. Je rejoins le trailer que j’avais croiser précédemment (celui à qui j’avais rangé les bâtons). Il avance super bien. Ces bâtons l’aident pas mal. Un ami à lui fait la montée avec nous. Nous avons un bon rythme. Je suis complètement dans ces mollets pendant la moitié de la montée.

C’est sa troisième CCC. D’habitude il l’a fait en plutôt en 24h. Là, il est très content car il est parti pour faire beaucoup mieux. Il m’annonce même que nous sommes dans le rythme pour faire 15 ou 16 h. J’hallucine grave ! C’est 4 heures de moins que mon objectif de départ.

Je lui raconte un peu mon parcours dans le monde de la course, le fait que je m’entraine dans le bois de Vincennes et que j’ai la diagonale dans 1 mois et demi. Discuter avec lui me fait beaucoup de bien. Nous devons avoir sensiblement le même âge. Et pourtant il semble tellement plus mature. C’est agréable. Dans ma tête, il devient mon grand frère de Trail.

A la moitié de la montée, nous avons beau avoir pas mal envoyé sur la première partie, j’ai la folle impression de m’être reposé. J’enclenche mon rythme. Nous nous disons au revoir, et à plus tard sur la course. Je finis la deuxième partie de la montée à bloc. Seul. Je suis très très à l’aise. J’ai pris un gel tout en bas, et je commence à en ressentir l’effet. Malheureusement, le temps commence à se gâter. Il pleut maintenant. Ce ne sont pas des grosses gouttes, mais je suis tout de même trempé.

 

Dernier petit coup de cul avant le ravito. Je finis en courant. Il y a pas mal de supporters à ce moment là, et cela arrive de tous les côtés. En fait, c’est par ce que Champex est l’un des ravitaillements où un coureur peut se faire assister par des personnes extérieurs à la course. Moi. Je n’ai personne. Pas grave.

Ah tiens la caméra. Je suis beaucoup moins inventif que les deux dernières fois, et les 55 km dans les pattes commencent à se faire sentir. Un petit geste, et je passe en courant pour rentrer dans le ravitaillement.

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KM 55.1 = Ravito n°5 – CHAMPEX LAC (altitude 1474 m) : 

Temps de course : 07 h 15 min / Classement général : 152ème 

J’ai repéré que la batterie de ma Garmin était sur la fin. J’enlève pour la première fois mon sac de mon dos afin de prendre une batterie portable et de brancher ma montre. Je clipse le chargeur sur ma montre et je glisse le fil dans ma manche afin de tenir la batterie dans ma main. Cela fonctionne. Top.

Je prends mon ravitaillement habituel, auquel j’ajoute deux gobelets de Coca rouge. Le besoin de sucre et de pétillant se faisait ressentir.

A la sortie du ravitaillement, un orga’ m’arrête et me demande de rejoindre la table de contrôle des éléments obligatoires. Et c’est reparti. Le bénévole me demande de vérifier la présence de mon téléphone, de mes Petzl, des piles de rechange, ainsi que de ma veste et de mes collants.

Le bénévole est super sympa. Me voyant un peu fatigué, il m’aide à lui montrer les éléments. Le collant sur moi, la veste dans la poche extensible du sac, le portable calé dans une poche lisse et les frontales dans un sac de congélation. Tout est ok. Je peux repartir.

A la sortie du ravitaillement, j’ai très froid. Mes habits sont trempés et mon corps est refroidi. Je remets ma veste trempée. Elle fait rapidement effet. Je longe le lac en marchant afin de manger les aliments pris lors du ravitaillement. PAUSE CONSEIL A L’ORGANISATION : Je fais toujours très attention à ne rien jeter sur le parcours. Je ramasse assez souvent les gels que je vois sur les chemins afin de les déposer au ravitaillement. Mais serait-il possible de simplement mettre des sacs poubelles quelques centaines de mètres après les ravitaillements, même discrètement, afin que l’on ai pas à se trimballer les déchets sur nous. Je prends l’exemple des peaux d’oranges. M’imaginer jeter des peaux d’oranges m’énerve. Je les garde donc avec moi, mais franchement, garder des peaux d’oranges pas bien mangées, c’est pas le confort absolu. Surtout que la plupart du temps, j’oublis au prochain ravitaillement de jeter mes déchets et je repars avec une double dose pour un trajet de plus. Voilà. C’est pas grand chose. Mais cela rendrait la course un tout petit peu plus confort. (Oui.. je suis quand même une princesse !).

Je reprends la course. Les 200 premiers mètres sont très durs. Ca y est. Je commence à être musculairement atteint. Cela revient vite, mais il faut vraiment s’obliger à recommencer. On sert les dents et cela repart. Quelques temps plus tard, cette reprise douloureuse est déjà oubliée. Sur cette partie, je croise énormément de personnes faisant des assistances qui arrivent sur le ravitaillement, ils vont en sens inverse de mon chemin. Ils sont sympas et m’encouragent. Cela me fait du bien. Moralement, je commençais à avoir un petit passage à vide.

Nous empruntons maintenant des chemins forestiers pour 4×4 qui descendent. Je n’arrive plus tellement à accélérer à fond sur du faux plat descendant. Ce n’est pas grave. J’arrive tout de même à avancer.

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas couru un petit moment avec quelqu’un. Je sais qu’une grosse montée arrive. J’aimerais bien rattraper un coureur pour ne pas faire la montée seul.

 

Montée sur LA GIETE : 

C’est parti pour la troisième grosse difficulté de la journée. Un bon + 860 découpé à la moitié par un petit passage roulant pour changer de flanc de montagne.

Je suis seul dans la première partie de la montée. C’est très dur. J’ai un gros passage à vide. Je suis obligé pour la première fois depuis le début de la course de m’arrêter 20 secondes pour reprendre de l’énergie. Ce petit arrêt m’est salvateur. Je vois au loin, le trailer avec lequel j’ai fait la montée sur Champex. Il a l’air en forme avec ces bâtons. Je m’accroche à lui à son passage. Nous montons ensemble. Tout de suite, cela va mieux. Mes jambes reviennent. Nous parlons peu. Mais le peu de paroles que nous échangeons nous suffisent à nous évader de la difficulté de la montée. Avec le recul, qu’est ce que c’est dur ces moments là physiquement. Heureusement que le mental est là pour tenir la cadence. Je pense que si je devais faire le même style de côte hors-course officielle, je m’arrêterais tous les 50 mètres du fait de la douleur qui se propage dans les cuisses. La tension de la course et la volonté d’aller au bout fait tenir le tout. Va savoir comment. Ca tient. Oh La La La .. (Ah bah t’es encore là toi :D).

Nous voyons le bout de la montée. Comment nous le savons ? Tout simplement car il n’y a plus beaucoup d’arbres. Plus d’arbres. OK. Mais côté hallucinations, c’est le début du grand n’importe quoi. A partir de maintenant et jusqu’à la fin de la course, j’ai vu (imaginé) des supporters qui applaudissent à peu près partout.. où il n’y en avait en fait pas. Je le sais pourtant. Il n’y a personne qui se met dans ce genre d’endroit, sous la flotte pour applaudir les coureurs. Mais dans ma tête c’est le tour de France sur le bord de nos mono-traces. C’est grave docteur ?

Enfin… On bascule sur la descente. Cette montée a été terrible pour moi. Je pense m’économiser dans la descente. Pourtant après quelques centaines de mètres, va savoir pour quelles raisons, mes jambes repartent comme si elles n’avaient rien fait pour le moment. Je pars en solitaire dans le dénivelé négatif. A partir de maintenant, cela sera pluie forte tout le long de la descente.

 

KM 66.4 = LA GIETE (altitude 1888 m) : 

Temps de course : 09 h 12 min / Classement général : 130ème.  

Si je ne confonds pas, ce petit ravitaillement est mon préféré de toute la course. Une toute petite bergerie dans une espèce de grande clairière à la sortie d’un bois. J’entre dedans d’un bond en criant un grand TADAM !! Les bénévoles me bipent et me proposent de l’eau. J’hésite un instant, puis me dirige vers les réservoirs. Un des bénévoles me dit : « Sinon, le gros ravito est à 5 km, avec que de la descente ». Dans ma tête ça fait tilt. Je me retourne dans la bergerie et je me mets à courir vers la sortie. Bon courage et merci.

 

 

Descente sur le Ravito n°6 – TRIENT : 

Me revoilà dehors.  J’ai le souvenir vague de quelques centaines de mètres très boueux. Ma capuche est visée sur ma tête. Ma casquette est à l’abris de ce ruisseau qui tombe du ciel. De toutes façon je suis déjà crade et trempé.. Je continue à envoyer.

Je rejoins rapidement un Italien d’une quarantaine d’année.. Je n’ai pas besoin de regarder son dossard pour savoir que sa mère patrie est celle de la pizza et de la Juventus de Turin. Sa manière de courir, ses fringues bleu ciel proches du corps et sa belle petite chaine en or qui s’agite font lieu et place de sa carta d’identita. Mes souvenirs de la coupe du monde 2016 refont surface. Laisser un italien devant moi, cela serait pardonner à Materazzi. Alors que je suis déjà à bloc, j’accélère à nouveau pour le distancer. Je le sens très proche derrière moi. On se tire la bourre. C’est génial. Cela nous fait avancer comme jamais. Je le sème sur la fin de la descente. Mon envie de passer aux toilettes n’est plus tenable. Cela tombe bien le gros ravitaillement n’est plus loin.

Et non. Pour une fois, je ne fais rien de spécial. Je n’ai pas remarqué la caméra.

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KM 71.3 = Ravito n°6 – TRIENT (altitude 1305 m) : 

Temps de course : 09 h 48 min / Classement général : 134ème 

Ce ravitaillement est un peu particulier. Il se situe à 200 mètres du parcours de la course. J’y arrive en courant. J’entre sous le chapiteau. Il y a beaucoup de monde, mais relativement peu de coureurs. Je commence par prendre deux verres de Coca. Le goût sucré qui glisse dans ma gorge me fait énormément de bien.

Alors que je sélectionne mon ravitaillement je repère une nouveauté que je n’avais pas vu pour l’instant. Je ne sais pas qu’elle est la personne de l’organisation qui a eu cette idée, mais c’est un génie auquel je suis prêt à payer ma pinte. Vous vous attendez certainement à quelque chose de dingo.. qui sort de l’ordinaire.. et bien … non. Pas tellement : C’est tout simplement de la PASTEQUE !! C’est drôle comme un aliment aussi banal peut devenir à ce moment précis un élément aussi exceptionnel. Voilà presque 10 h que mon appétit s’abreuve de quelques petit lu, et autres aliments sans trop de goûts particuliers. Et voilà qu’un simple bout de pastèque me redonne la vie, et l’envie. J’avale 4 bouts sur le champ et je quitte le ravitaillement deux bouts à la main.

Ces pastèques m’ont fait oublier de remplir mes flasques. Idiot va. Au moment où je m’en rends compte, je passe juste à côté de toilettes, d’où un supporter sort. Ni une ni deux, j’entre dedans, et je remplis mes flasques (au robinet je vous rassure). Je passe ensuite par la case cabinet (EN-FIN). J’ai un peu peur que d’effectuer mes besoins maintenant ne me donne à nouveau l’envie d’y retourner rapidement par la suite. Tant pis. Il le faut maintenant.

Je repars des toilettes, et file vers la sortie du ravitaillement. Cette fois, je ne loupe pas la caméra.

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Montée sur LES TSEPPES : 

Quelques mètres après la caméra, je dois sauter un petit muret de 60 cm de haut et me réceptionner sur du bitume. Cela peut paraitre minuscule sorti du contexte, mais après 70 bornes et 10 minutes d’arrêt ce genre de mouvement n’est pas des plus fluides. A la réception, je sens les deux muscles supérieurs de mes cuisses me dire :  » Houla.. Houla.. Houla.. mec ! Ca va pas le faire. On va pas être copains tous les deux. Tu te calmes. On veut bien continuer à avancer tranquillement, mais tu ne nous mets pas ça dans la tronche directement après une petite période de repos. Est-ce que l’on te réveille la nuit nous ? Non. Ben un peu de gentillesse ne te fera pas de mal. Tu te calmes ! ». Oui. Reines ! Promis, je vous chauffe un peu avant de repartir sur du technique..

Tout de suite après le ravitaillement, je traverse un pont et je suis un chemin qui monte tranquillement. Je cours dans celui-ci, cela me permet de reprendre le rythme ainsi que de me réchauffer.

J’effectue les premiers mètres de la montée seul. Personne devant pour me motiver. Je me fais rapidement rattraper par un coureur qui semble avoir le même âge que moi. Voir, quelques années de plus. Il commence à me parler en anglais avec un accent parfait. Je tente de répondre, mais impossible de trouver les mots les plus basiques. Mon cerveau ne fonctionne plus que dans sa langue maternelle. Me voyant hésitant, le coureur me demande « Where are you from ? ». Je réponds « Paris ». Il enchaine alors en disant : « Ah bah, on va pouvoir parler en français c’est plus simple ». T’aurais pas pu commencer par ça ? ^^ Tu m’as fait totalement  buggué en voulant parler anglais.. alors qu’en réalité tu viens de pas très loin de chez moi. La bonne blague. Nous continuons a avancé ensemble. Rapidement, je me rends compte qu’il est plus en forme que moi et me dépose complètement dans cette grosse montée.

Je prends un gel. Là, c’est le trou noir. Impossible de me rappeler quoi que ce soit. Un peu plus haut, je retrouve mon collègue de montée (celui des bâtons). Avec lui, cela fonctionne bien. Je reprends le rythme. Malheureusement, je commence à être à court d’eau. Je ne sais pas du tout si le point de passage des Tseppes dispose de réservoirs de flotte. Par chance, nous croisons une ferme d’alpage. Le fermier local a prévu le coup et à laisser couler un peu d’eau d’un tuyau en direction d’un abreuvoir. Je prends le temps de remplir mes deux flasques.

Nous sommes à nouveau dans les nuages. La pluie n’est pas très intense, mais elle suffit à remettre mes fringues à l’état de liquéfaction. Mon collègue à continuer son chemin. Impossible de le rattraper. Je finis la montée seul.

 

KM 74.6 = LES TSEPPES (altitude 1941 m) : 

Temps de course : 10 h 44 min / Classement général : 125ème 

Je me fait biper sans m’arrêter. A droite, une toute petite tente, dans laquelle je repère un trailer assis, tête dans les mains, coudes sur les genoux. Il est cuit. Il lève les yeux à mon passage. Nos regards se croisent, j’essaie de lui faire passer en une fraction de seconde un « On finit ensemble ? ».. pas de réponse. Je continue mon chemin.

Il reste encore un ou deux kilomètres avant le sommet. La montée que je viens de faire a été terriblement épuisante. 680 m de D+ en un peu plus de 3 kilomètres. J’ai puisé dans mes réserves pour la passer le plus vite possible. Je commence à sentir la fatigue m’envahir. Je ne cède pas à la tentation de marcher. Je me remets à courir. Le dénivelé est plus honnête sur cette fin de côte. J’ai envie de l’avoir derrière moi celle-ci. Rapidement.

Arrivé en haut. Nous passons une barrière. Je m’arrête en haut de celle-ci, et va savoir pourquoi, je me dis que c’est un bon endroit pour pisser. Je m’arrête un instant, respire un coup. J’urine. J’hume l’air. Là. Je suis bien. Je me rendrais compte plus tard (en écrivant ce récit en fait) qu’il s’agissait de la frontière qui nous ramenait en France. On pisse quand même vachement mieux dans son pays !

 

Descente sur le Ravito n°7 – VALLORCINE : 

J’entame la descente. Toujours seul. La luminosité commence à baisser, mais la nuit est encore assez loin. Une grosse demi-heure je dirais. Je commence à envoyer dans cette descente. Mes jambes sous à nouveau là. Je me sens revivre. Mes muscles et mon corps fonctionne à nouveau à plein régime.

Je vérifie dans les minutes qui suivent que tout roule. Un petit caillou (de merde !) s’est glissé dans l’avant de ma chaussure gauche. Juste devant mon gros orteil. A chaque pas, je reçois une décharge électrique dans tout le pied remontant jusqu’à la fesse. Chaque pas et une petite souffrance. Etonnement, je préfère ne pas m’arrêter pour l’enlever, au final j’aime bien cette sensation crispante. Elle me garde éveillé. Conscient. Elle me fait cette petite piqure de rappel qui suffit à me dire que sans elle mon corps se serait assoupi petit à petit. Je garderai ce caillou jusqu’à l’arrivée. 25 km de piqures. Qui dit mieux ?

Dans le début de la descente, je rattrape un coureur. En le doublant, je lui demande si tout va bien. Il ne me répond pas. Je comprends alors qu’il écoute de la musique. Sur les 500 mètres suivants, je me demande pourquoi je n’en ai pas pris. A l’entrainement j’ai toujours du son dans les oreilles. Mais en course jamais. Je me l’interdis. C’est un peu comme les bâtons. Si je mets de la musique, j’ai l’impression de tricher. Et puis, c’est si sympa d’entendre les bruits des montagnes.. dans les nuages.. alors que la nuit tombe.. sous la pluie qui redouble d’effort.. dans la gadoue qui commence à devenir de plus en plus épaisse.

Après un tiers de la descente, alors que ma casquette est sous ma capuche. La pluie étant trop forte pour rester à crâne perméable. Je remarque que toutes les 3 minutes j’ai le réflexe, nous pouvons même dire le toc, de retirer ma capuche, de retirer ma casquette et de me passer la main dans les cheveux. C’est étrange. Cela ne sert à rien. Mais ça me fait du bien.

Je me rappelle d’un moment assez lunaire. J’espère que ce n’était pas une hallucination, car c’était vraiment trop étrange pour ne pas être vrai. Le sentier sur lequel je cours jusque là est relativement boueux, mais tout à faire courable. Celui-ci forme une sorte de grande boucle autour d’une vielle bâtisse. Sur cette vielle maison, j’ai l’impression, et je suis quasiment sûr que c’est le cas, qu’il y a un homme vêtu d’un haut orange fluo qui se tient debout. Et il regarde. Il regarde passer les coureurs. Je pense que c’est quelqu’un de l’organisation qui surveille ce passage de la descente. Je suis quasiment sur de l’avoir vu s’orienter vers moi tout au long du tournant. Si ce n’est pas le cas, j’ai fait une énorme hallucination et il faut tout de suite faire placer l’Ultra-Trail dans la liste des substances illicites.

Après ce passage déconcertant, je me rends compte que je commence à ne vraiment plus voir grand chose. Et puis c’est pas le moment car les chemins sont de plus en plus impraticables. Imaginez pleins de monotraces formés par des tracteurs qui s’entrecroisent, tout en boue, alors qu’il pleut comme lors des grandes eaux de Versailles. Impossible d’avoir une foulée constante. Tout le temps obligé de changer de trajectoire, de réfléchir au bon endroit où placer le pied. Avec la vitesse et la fatigue tout cela devient de plus en plus difficile.

Je rattrape un trailer un peu plus loin. Il enfile sa frontale. Je décide de continuer encore un peu sans. Quelques centaines de mètres plus bas, je croise à nouveau un coureur arrêté qui enfile lui aussi sa frontale. Cette fois-ci, je décide de faire la même chose. Je plonge le bras dans mon sac, attrape mon sac de congélation spécial « électronique ». Je saisis ma Petzl, mets les piles dedans. Je vous raconte tout en détails, car très bizarrement je me rappelle très précisément de ce moment – C’est très inutile me direz-vous, mais je me rappelle de tout ! La première pile, je la change de côté deux fois avant de me rendre compte que le + c’est en haut et que le – c’est en bas. La seconde pile je la pose à l’opposé, avant de me rendre compte que si je l’insère d’abord, je ne pourrais plus mettre la dernière. Tout devient compliqué après 78 km. Même mettre des piles dans une lampe, c’est vous dire. Pour le fun, il faudrait faire passer des tests de QI aux trailers finissant un ultra, les résultats pourraient être alarmant sur l’avenir de l’humanité.

Frontale enfilée. Un clic (petit luminosité), deux clics (moyenne luminosité), trois clics (pas besoin de vous écrire le résultat). Me voilà donc, avec ma frontale pour voir mieux.. et je vois MOINS BIEN ! La frontale éclaire trop le brouillard et les gouttes de pluie. Avant je voyais mal le sol devant moi, maintenant je ne vois plus le sol devant moi. C’est pratique quand il s’agit de courir ! Je tente tout de même le coup, en me disant que selon les principes du Darwinisme, si je compte survivre, ma vue devrait s’adapter.

Je repars. Un peu plus lentement. Je me fais rapidement rattraper par une jeune femme en jupe Salomon et frontale allumée. Ainsi que par un coréen (chaud de la night) qui préfère descendre sans frontale.

Nous commençons à descendre à trois. Je réaccélère avec eux. Je ne vois rien ! Le parcours s’est transformé en piste de boue mélangée à des mottes d’herbes. Et nous courrons gaiement là dedans. Le trailer coréen se vautre devant moi. Je l’aide à se relever. Il passe derrière moi et m’explique par la langue universelle des signes qu’il suivra mes pas.

Ok. D’accord. Donc avant j’étais responsable de mes pieds, et maintenant je suis responsable de quatre pieds. Cela devient compliqué. De toute façon je ne vois rien. J’avance à fond sans trop savoir si je vais mettre le pied dans un trou, dans un dévert ou sur un monticule de boue. Assez rapidement, mes deux pieds coréens supplémentaires décident d’abandonner la partie de colin-maillard. La jeune femme est 200 mètres plus bas, je veux la rattraper pour finir la descente à deux. J’accélère.

Dans un virage, je fais une sortie de route glissade dans la boue. Voilà. Je suis trempé, fatigué, mentalement atteint et j’ai assez de boue sur moi pour faire une reproduction du penseur de Rodin. Je repars.

La jeune femme a ralenti. Je continue la descente avec elle. Nous repassons dans une zone de forêt. La frontale éclaire mieux le tracé. On voit au moins à 4 mètres. Les balisages sont bons et bien placés. Cela permet de ne pas nous perdre. Nous trouvons notre rythme sur cette fin de descente technique. Elle m’impressionne. Sa manière de prendre les virages est très différentes de tout ce que j’ai pu voir pour le moment. Elle doit faire beaucoup de ski selon moi. Alors que tous les trailers que j’ai pu observer depuis le début de la course épousent la courbure des virages pour mieux les prendre, elle au contre pique dedans et d’un bon latéral se remet dans l’axe de sortie. C’est difficile à décrire, mais de derrière franchement c’est pas mal !

Arrivé en bas de la descente, un homme attend la jeune femme. Je pense que c’est son entraîneur. Il nous pace jusqu’au ravitaillement.

En arrivant à celui-ci, j’entends un « Alexandre ? Casquette Verte ? ». Il s’agit de @Florianrauline. Un mec que j’ai rencontré sur Instagram et qui m’a dit qu’il se trouverai là. Je le salue, un peu hébété. Je suis à 100 % dans ma course à ce moment là, et dire des choses censées devient de plus en plus difficile. Dans mon souvenir, je crois lui avoir demander mon classement. Va savoir pourquoi. Mais en tout cas, le fait que quelqu’un me fasse un coucou sur la course me fait revenir à la vie réelle. J’entre dans le ravitaillement.

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KM 82.0 = Ravito 7 – VALLORCINE (altitude : 1263 m) : 

Temps de course : 11 h 48 min / Classement général : 129ème 

Reprenant mes esprits, je fonce vers les robinets d’eau. Je remplis une flasque que je bois cul sec. Je la remplis à nouveau et me vide la moitié de l’eau sur la nuque. Je suis déjà complètement trempé, donc un peu plus, un peu moins.. on s’en cogne. Après avoir fait mes réserves d’eau et alimentaires pour repartir, je m’arrête au stand de Coca. Les bénévoles sont super bienveillants avec moi. Je pense qu’ils voient bien que je ne suis plus à 100 % de mon état normal. Leurs paroles sont douces et les mots qu’ils utilisent sont rassurants. Ils me posent quelques questions sur cette dernière descente. Je leur en fait un récit court, mais pointu. Alors qu’un des deux me ressert du Coca, je reprends mes esprits et lui demande s’il n’a pas une goutte de whisky avec. Il lève la tête, étonné et cherche dans mon regard si c’est une blague ou si c’est une vraie question. Je n’ai pas du assez bien l’accentuer celle là. J’avale mon Coca et je file.

En sortant du ravitaillement, l’ensemble des personnes qui sont présentes et qui nous observent sans que l’on s’en rende compte applaudissent. Cela fait énormément de bien. Je croise à nouveau ma connaissance d’Instagram. Je crois que sa copine me prend en photo (mais j’ai un doute). Je le remercie et repart seul dans la nuit.. trempé.. sous la pluie 😀 On dirait une chanson de Brel.

 

Liaison avec le COL DES MONTETS : 

Je prends le temps de me ravitailler sur les 400 mètres qui suivent. Le ravitaillement m’a bien sorti de mon petit nuage. L’acidulé des oranges me pique certains points précis du palais. Je suis bien réveillé. Je prends à nouveau un gel. Il m’en restera un pour l’ultime montée. C’est parfait.

Pendant que je marche, trois ou quatre coureurs m’ont dépassé. Je me remets à courir. Je me rends compte que sur ce faux plat montant je cours plus vite qu’eux. Je les rattrape facilement, puis les dépassent. Un seul. Grand. Short rouge et nouveau sac Salomon bleu ciel (ou les couleurs à l’inverse je ne sais plus trop) me résiste. Il est 100 mètres devant moi, mais impossible de le rattraper. Après un bon kilomètre, il s’arrête pour pisser. J’arrive à son niveau. Il redémarre aussi sec. Je le sens. Il veut finir. Et il veut finir rapidement. Cela va être un partenaire parfait de fin de course.

Il est 20 mètres devant moi. Je remarque qu’il se retourne fréquemment pour voir la distance qui nous sépare. A chaque fois que je me rapproche, il accélère à nouveau.

Le chemin passe par un parking. Sur celui-ci, trois ou quatre de ses potes l’attendent. Ils l’encouragent « Fafa l’homme de la montagne » .. « Il est chaud mon Fafa ».. je suis juste derrière. C’est un peu dur d’être seul à ce moment là, sans supporter pour soi. Je profite donc du spectacle. Ses potes semblent bien chauds. Alors qu’ils le quittent pour retourner à leur voiture, j’arrive à son niveau. Nous courrons l’un derrière l’autre maintenant.

Nous avançons bien. Nous nous sommes toujours pas adressé la parole. Nous sommes concentrés sur le fait de courir et de terminer. Quelques centaines de mètres plus loin, notre parcours surplombe de deux ou trois mètres la route qui descend jusqu’à Chamonix. Une voiture arrive à notre niveau, klaxonnant à réveiller les marmottes les plus somnamphiles. Ils sont chauds comme la braise. Ils hurlent. L’encouragent. C’est assez drôle comme moment. J’en profite pour lui dire « Putain, mais ils ont carburé à l’apéro tes potes ? ».. Il rigole. La liaison se créée.

Le chemin descend. Nous traversons la route et nous nous faisons biper.

 

KM 85.8 = COL DES MONTETS (altitude 1467 m) : 

Temps de course : 12 h 28 min / Classement général : 124ème.  

Les bénévoles nous crient au passage : « Bravo les gars. Vous y êtes presque. Dernière montée et dernière descente sur Chamonix ! ». Les mots derniers résonnent en moi.

 

Première montée sur LA FLEGERE : 

Deux de ses potes sont descendus de la voiture et s’embarquent dans la montée avec nous. L’un tient son chien en laisse. Juste dernière moi. Nous nous présentons. Alors, moi je m’appelle Alexandre, je viens de Paris, je m’entraine dans le bois de Vincennes, c’est mon premier 100 km et dans 45 jours je fais la Diagonale des fous. Ils sont morts de rire.

Nous avançons à fond dans la montée. Lui devant, moi derrière. En y repensant, c’était vraiment lui qui donnait l’allure. Je ne faisais que le suivre. Sans lui, je pense que j’aurais bien mis 20 minutes de plus à effectuer la montée sur La Flégère.

Ses amis nous encourage : « C’est super ce que vous faites les gars » – « Vous avez un bon rythme » – « Ca relance après les virages.. PowPoPO ! ». Ces encouragements me galvanisent. Je suis en mode terminator maintenant. Rien ne peut m’arrêter. Le chien (d’ailleurs je crois que c’est une chienne mais j’ai un doute) est au taquet juste derrière moi. Franchement, à la vitesse où l’on a fait cette montée, il faudrait une veste Finisher rien que pour elle !

 

Redescente avant la dernier montée sur LA FLEGERE : 

Fin de la première partie de montée. On ne comprend pas trop pourquoi mais cela redescend. Peu importe. On envoie du bois. Dans la montée nous avons doublé deux coureurs et nous les avons déposés sur place. C’était assez impressionnant. Maintenant nous sommes uniquement tous les deux, avec les potes et la chienne.

La descente est très technique. la pluie est terriblement forte. La plus forte depuis le début du parcours. On ne voit pas grande chose. Le chemin est devenu une vraie petite rivière. Deux stratégies, soit tu passes au milieu : les pieds dans l’eau. Soit tu passes sur les bords dans la boue au risque de chuter dans le précipice. J’opte pour la deuxième solution avant de rapidement n’en avoir plus rien à fichtre et de passer les pieds dans l’eau en mode sous-marin.

Nous croisons un coureur dans la descente, il est seul dans cette partie technique et prend vraiment son temps pour passer les obstacles. Nous, c’est différent. Nous tentons de passer rapidement pour ne pas glisser sur les rochers et racines glissantes. Jusque là, cela fonctionne. C’est un peu inconscient. Mais on cartonne.

 

Deuxième montée sur LA FLEGERE : 

Fin de la descente. L’un des deux potes semble avoir du mal à nous suivre. En attaquant la montée, je l’entends dire « C’est des tarés. Ils ont 90 bornes dans les pattes et je n’arrive pas à les suivre ». Intérieurement, je suis fier.

La deuxième montée est encore plus difficile que la première. La pente me semble plus forte. J’avale un gel. Devant moi, ce sont des patates douces qui font le régale de mon camarade de fin de course. Nous doublons à nouveau deux coureurs. Rapidement, nous ne voyons plus leurs frontales derrière nous. Mais qu’est ce qui nous arrive ? ^^

La fin de la montée est terrible. Nous sortons de la foret pour terminer sur ce qui semble être une piste de ski. Nous sommes à découvert. L’eau tombe du ciel à grosses gouttes. C’est apocalyptique comme instant. Je suis au bout de moi même. Nous venons de nous prendre 732 m de D+ dans du chemin technique et nous sommes montés à plus de 5 km/h. Lu comme cela sur un blog, cela peut paraitre pas grand chose, mais je peux vous promettre que j’ai rarement dans ma vie atteint un tel niveau dépassement de soi.

Ca y est. Nous voyons 200 mètres plus haut la lumière de la petite tente de ravitaillement. Nous finissons en courant. C’était complètement dantesque comme instant de vie.

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KM 92.9 = Ravito 8 – LA FLEGERE (altitude 1868 m) : 

Temps de course : 13 h 54 min / Classement général : 119ème. 

L’ambiance sous la tente est indescriptible. La pluie lourde qui tombent sur le plastique du toit produit un bruit assourdissant. Autour de moi, les bénévoles semblent être en lévitation à 20 centimètres du sol. Il doit y avoir quelques neurones qui se connectent plus bien là haut. Je suis un peu perdu dans la tente, alors que celle-ci doit faire à peine quelques mètres de long sur encore moins de large (ce qui est très précis !).

Je m’approche des réservoirs d’eau et demande à un bénévole si c’est bien de l’eau. (Bah non banane.. Il y a marqué EAU en caractère 300 dessus, mais pour le délire on a mis de la chartreuse dedans. Que penses-tu de notre initiative ?). Le bénévole me répond gentillement et calmement : « Tout à fait.. tu en veux un peu ? ». Je prends mes flasques, les débouche et vide le reste dans la tente au pied de la table. Je regarde le bénévole.. « Au putin.. je suis con. Désolé. C’est la fatigue. » – « T’inquiète pas. On est habitué. Donne les moi, je vais te les remplir. » Pendant ce temps, je cherche dans la tente mon collègue de montée pour le remercier et lui proposer de faire la descente ensemble. Il n’est déjà plus là.

Je finis de reboucher mes gourdes et je file vers la sortie. En repartant, je demande combien de kilomètres reste-il.  » 7 km mon gars. Et que de la descente ! ». C’est parti…

 

Descente sur CHAMONIX : 

Je rallume ma frontale. J’avance en marchant sur 10 mètres avec une démarche de guerrier. J’ai l’impression d’être fort à ce moment là. Rien ne peut m’arrêter. Je suis entrain de réaliser quelque chose qui me parait complètement fou, tellement loin de mon quotidien. Ca passe crème !

Je me mets à courir. La descente commence par un début de piste de ski. Ca calme tout de suite les ardeurs de vitesse. Je temporise un peu, mais mes cuisses me font rapidement comprendre que cela ne va pas être possible de se prendre 800 D – à toute vitesse. Je les comprends. Je ralentie un peu.

J’entre dans la partie forestière de la descente, qui va durer jusqu’en bas. Etant seul, ma frontale éclaire relativement peu d’espace. Je fais très attention. Ce n’est pas ultra technique, mais c’est dangereux. Beaucoup de boue. De trous d’eau. De racines et de pierres sont sur le monotrace qui descend en zigzag pendant quelques kilomètres.

Ayant tout le temps la tête penchée vers le sol, je ne repère pas bien à quel moment il va falloir tourner au loin, ou quelle est l’intensité de la descente. Heureusement, les balisages sont là et reflètent bien de loin. Ils me permettent en un levé de nuque de repérer la distance et le dénivelé des 100 prochains mètres. J’avancerai selon ce principe pendant toute la durée de la descente.

Je me fais rattraper et doubler plusieurs fois. Je n’ai plus les moyens physiques de faire la course, ou bien simplement de m’accrocher. Ce n’est plus important du tout. Je suis presque au bout. D’ailleurs j’ai repéré depuis quelques virages les lumières de Chamonix qui semblent se rapprocher inexorablement au fur et à mesure que les tournants passent.

Nous traversons un ou deux ruisseaux. Je ne les vois pas. Mais je le sais. Le bruit s’entend de loin, et permet d’ailleurs d’indiquer au cerveau qu’il va falloir faire attention aux quelques pierres qui peuvent parsemer le chemin.

Je traverse un chalet. Ca semble super mignon (de jour, par beau temps.. là il fait nuit et les conditions sont cataclysmiques). C’est la fin du monotrace. Je rejoins une route de montagne en terre et petit gravier. Elle avance sur un bon gros km. J’avance avec elle. Ca sent la fin.

Une dernière coureuse me double. Cette fois-ci, je m’accroche. Je vais terminer avec elle. Je vois au bout du chemin des lumières intenses. Ce sont des lampadaires. Je n’ai jamais été aussi heureux de voir du mobilier urbain.

 

Arrivée dans CHAMONIX : 

Nous entrons dans Chamonix. Quelques femmes sont massées à cet endroit. Juste sur la gauche du passage. Elles attendent leur mari pour finir avec eux je pense. Elles ont du courage, il pleut orage, mais sans tout le tintouin des éclairs et du tonnerre.

Je ne sais pas si nous sommes loin de l’arrivée. Ce n’est pas important. Mon cerveau est hors ligne, la seule connexion qu’il peut faire est celle de la ligne d’arrivée. Nous sprintons presque.

Je laisse la jeune femme 50 mètres devant moi, je veux profiter égoïstement de mon arrivée. Je reconnais au loin le petit pont qui traverse la rivière passant au centre de Chamonix. C’est le dernier kilomètre. Virage sur la droite. Je longe le torrent. L’émotion monte.

J’arrive au croisement devant le salon de l’Ultra-Trail, les bénévoles me félicitent. Je remonte l’avenue. Il n’y a pas grand monde à minuit sous la pluie à cet endroit là. Virage sur la gauche, j’entre dans la voie piétonne de Chamonix. Deux bars sont encore ouverts. Pas mal de mecs (complètement I-VRES) sont sur la terrasse, protégés de la pluie, ils nous acclament, ronds comme des pelles. Je finis de traverser Chamonix, les rares passants applaudissent. Quel pied. Virage sur la gauche, petit tour du pâté de maison, j’entrevoie l’arche au loin.

200 mètres. Tu vas le faire putin !

150 mètres. Tu es entrain de le faire putin !

100 mètres. Tu le fais putin !

50 mètres. Tu l’as fait putin. PROFITE BORDEL.

Je me vois tournoyer sur moi même… hurler de joie… reprendre mes esprits. Courir en direction de la ligne d’arrivée.. le préparer.. et le lancer.. ce fameux 3 6 d’arrivée !

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KM 100 = LIGNE D’ARRIVEE – CHAMONIX :

Temps de course : 14 h 51 min 48 sec / Classement général : 123ème 

Après l’arrivée. Je m’arrête. 10 secondes. Qui semblent durer des heures. Toutes la course et les émotions qu’elle m’a procurées remontent en ultra-accéléré. Cela fait un immense PAN dans ma tête. Un déclic. Un choc. Les filets tremblent. La respiration prend le temps. Mes yeux s’ouvrent. Mes mains se détendent. Je suis bien.

C’est fait. Tu peux passer à autre chose maintenant. Je me relève et je prends en photo l’écran d’arrivée. J’ai un peu du mal à y croire. 14 h 51 min 48 sec !! 5 h de moins que prévu et un super classement en prime. YALLAAAAAA !

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Je file devant la ligne d’arrivée pour demander une petite photo. J’en aurai deux.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

J’en profite pour faire ma traditionnelle photo que je fais à toutes mes sorties Running. La photo symbolique, de cette Casquette, qui commence à en avoir fait des kms avec moi.  Elle peut être fier d’elle la petite. Elle a assuré !

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Et voilà, l’envers du décor. N’ai-je pas l’air intelligent comme ça ? ^^ Bon, au moins, cette photo aura le mérite de montrer à quel point je suis trempé.

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Crédit photo : @Sucre_dit_maitre_yoda sur Instagram.

Reportage photo effectué. Je file dans le ravitaillement post-course. J’avale 3 thés en débriefant la course avec quelques coureurs croisés tout au long. Je suis resté assis 15 minutes. Erreur fatale. Mes jambes se sont refroidies, maintenant c’est lenteur et douleur  qui vont accompagner mes trois prochains jours. Mais c’est de la bonne douleur. De la douleur qui rappelle le chemin accompli. Tel l’enfant qui montre fièrement ses cicatrices, je serai content mardi matin d’aller au boulot en marchant un peu anormalement.

Je récupère ma veste Finisher. Il ne pleut plus. Sans déconner ? Ca fait 45 bornes que je me prends la piscine olympique sur la tronche et maintenant que c’est fini, le ciel se dit « Allez.. c’est bon.. il en a eu assez ! ».. ARRRRRRRRRRRGH ! Je file récupérer mes affaires.

 

L’APRES COURSE : 

J’entre dans le gymnase pour aller me reposer en attendant mon collègue. Je viens d’allumer mon téléphone. Il est à Champex. Je vais pouvoir dormir un peu. J’espère qu’il va pouvoir passer sous les barrières horaires. Cela gâcherait tout mon plaisir s’il se faisait sortir.

Le gymnase est rempli de quelques morts-vivants. Tous suivent le même scénario. Ils arrivent complètement à l’ouest. Sont amenés par un bénévole super sympa jusqu’à un lit. S’assoient. Prennent leurs affaires de douche. Filent sous l’eau (chaude cette fois). Reviennent. S’habillent et se couchent. Pas de bières. Pas de « Allez, on trinque à notre aventure ».. Je suis un peu déçu. Mais je comprends. Je m’enfile une bière.

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Tout en profitant de ma bière, je décide de faire un état des lieux. Serais-je capable d’en rajouter 70 (km) et 4000 (D+) à la Diagonale des fous ? – Franchement. Pourquoi pas. Pas à cette vitesse. Mais pourquoi pas. Je suis rassuré.

Le dos, pas de problème. La tête et la nuque, nickel ! Pas d’irritations.. parfait ! Les cuisses tirent un peu mais c’est normal. Les mollets.. franchement après un 10 km ils sont pareils. Par contre au niveau des pieds, il y a un peu de taff’.

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03 h 16. Je suis mon collégue sur LiveTrail. L’application l’annonce à 5 h 15 au prochain ravitaillement. Je vais tenter de dormir un peu.

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Je me réveille comme une fleur deux heures plus tard. Bon.. ok.. comme une fleur fanée sur laquelle on aurait fait tomber une bouteille de Cola marque distributeur en fin de soirée.

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05 h 34. HORREUR ! J’ai oublié de prendre des chaussures de rechange. Mes speedcross sont complètement trempées. Je suis prêt à faire beaucoup de sacrifices à ce moment là, mais mettre mes pieds torturés dans des chaussures trempées pour aller voir l’arrivée de mon collégue, je dis NON.

06 h 01. Je cherche une solution. J’entreprends de demander à des amis trailers de me prêter leurs tongs pour aller m’acheter des chaussures. Si j’arrive à me faire comprendre, je m’offre une glace.

06 h 03. Ils dorment tous. Je laisse tomber. De toute façon, rien n’ouvre avant au moins trois heures.

07 h 10. J’ai une idée. Je fais les poubelles.

08 h 30. Le Mac Giver qui se cache en moi réalise l’oeuvre de système D parfaite. Voici les premières chaussettes post-trail imperméables ajustables pour toutes les pointures.

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09 h 26. Je me pavane dans Chamonix avec ce chic propre au créateur néo-moderniste.

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09 h 30. Après avoir fait sensation dans les rues. Je décide de garder mon prototype secret.. et d’acheter une paire d’espadrilles.. car quand même j’aurai l’air moins con.

09 h 56. Je m’installe à proximité de l’arrivée pour attendre mon collégue et je déguste un petit déjeuner bien mérité.

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Voilà voilà. Ce récit a été très compliqué pour moi à écrire. J’ai vécu ma course de manière tellement intense, que de ressortir par écrit des sensations si fortes n’est pas toujours facile. Il y aussi le fait que la longueur et la difficulté de l’effort m’ont fait oublié, temporairement je l’espère, pas mal de détails sur les instants vécus. Mais globalement, vous l’aurez compris, j’ai vécu une aventure de vie sensationnelle. L’une de celles qui vous fait grandir, évoluer, avancer. Je vais vite récupérer et me lancer dans la préparation rapide de mon prochain défi, d’encore plus grosse envergure, celui-ci. Le Grand Raid de la Réunion. Je me laisse une semaine pour descendre de mon petit nuage. Et je m’y mets. En attendant, je vous remercie tous pour les messages de soutien et de félicitations que vous m’avez envoyés. Cela fait énormément de bien, avant et après la course. J’ai l’impression comme cela, d’un peu, à ma manière, courir pour vous.

Casquetement Verte.