6 semaines après l’Ecotrail de Paris (récit ici), 3 semaines après le Marathon de Paris.. Autant dire que je n’arrive pas frais comme un gardon sur cet Ardéchois Trail. J’ai cette sensation de fatigue d’accumulation en moi. Cette sensation d’anti-fraicheur dans les jambes et dans tout le corps. Cela frisonne de sensations molles. Il me faudrait peut-être quelques semaines de repos de plus pour récupérer parfaitement. Ne serait-ce que pour revenir au moins une fois à 100% de mon énergie et de ma forme (musculairement parlant).

Je me lance dans cette édition de l’Ardéchois Trail comme on sort de son lit un lundi matin après un week-end agité. Avec motivation, mais aussi avec pas mal de difficultés.. de faiblesses.. Heureusement, je n’ai aucun stress (contrairement à l’EcoTrail). Le fait d’avoir fait le parcours l’an dernier, et d’en avoir gardé quelques bons souvenirs me rassure.

Je vais y aller au feeling. Sans trop réfléchir. L’idée n’est pas du tout d’aller chercher une perf’. L’idée c’est vraiment deux choses : (1) Profiter. Y aller au feeling. Aux sensations. Ne pas se forcer. Ne pas tenter de découvrir de l’inconnu.. Et (2) Me tester dans le D+. Voir où j’en suis quand je sol devant moi se dresse.

Depuis octobre dernier (2017), je n’ai pas trop l’impression d’avoir travaillé cette partie du trail. Comment ai-je pu faire les 10.000 m de D+ de la Diagonale ? Sérieusement ?! Je me pose encore la question. Depuis cette dernière course de « vrai » montagne, j’ai beau avoir fait quelques trails (SaintéLyon, Urban Trail d’Issy et l’EcoTrail), j’ai distinctement la sensation d’être beaucoup moins à l’aise qu’avant dans le positif. On verra bien. Ces quelques courses un peu trop roulantes auraient-elles mis à mal mon âme de grimpeur ? Ai-je rangé ma tunique blanche aux pois rouges ? C’est ce qu’on va voir.

 

Samedi – 06 h – Veille de course : Départ de la maison. J’ai préparé mes affaires la veille. Vendredi. La météo annonce jusqu’à maintenant la possibilité d’avoir de grosses précipitations. Cela ne m’effraie pas du tout. Je préfère même presque la pluie à la chaleur.

J’ai opté pour un équipement plutôt léger : Salomon S-Slab Sense 6 SG aux pieds. Chaussettes Nike rembourrées. Caleçon Nike Pro Combat. Short Nike avec short de compression intégré. T-Shirt cadeau UTMB 2017 super léger. Petit Buff des Templiers au cas où. Sac Salomon S-Lab ADV Skin 12 L. Ma nouvelle veste Salomon Bonatti Pro WP M. Quelques gels Gü classiques et des gels Overstims Coup de fouet. 3 – 4 pâtes de fruits. La couverture de survie, et le gobelet obligatoire. Ma Garmin Forerunner 235 et puis bien sûr ma Casquette Verte et hop. C’est bon. Je suis ready.

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J’ai toujours un doute au moment de partir. Est-ce que j’ai oublié quelques choses ? Mes pompes ? Mes chaussettes ? Un papier administratif ? J’ai beau être habitué, le doute est là à chaque fois. C’est systématique. Je me dis qu’il faudrait que je me fasse une check-list à respecter pour les prochaines fois. (Même si je sais très bien que je ne la regarderai même pas ^^). Je me prépare une bouteille de malto.

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Aller. On file. J’ai RDV à la Gare de Lyon à 06h40. Mes trains circulent normalement. J’ai eu du bol sur le coup. Ca m’aurait bien désorganiser si j’avais du y aller en voiture. Ca aurait surtout été bien plus fatiguant.

 

06h40 – @Gare de Lyon. Je retrouve un pote d’école de commerce. C’est drôle de se dire qu’il y a quelques années, on organisait des soirées en boite totalement folle qui allaient souvent loin dans les excès et que maintenant, on se rejoint le samedi matin à la Gare pour partir au fin fond de l’Ardèche pour courir sur les sentiers. Les temps changent. Deux de ses amis nous rejoignent. Ils se lancent tous les trois sur le 37 km. Ils ne semblent pas stressés du tout. C’est très cool !

 

09 h – @Gare de Lyon Part-Dieu. Petit changement de train. Sur le quai, je sors mon attirail pour me confectionner une nouvelle bouteille de malto. Bouteille d’eau. Petit entonnoir rouge. Et vas-y que cela verse de la poudre blanche. Il y a un peu de fumée. Les gens doivent me regarder bizarrement. Une des personnes qui m’accompagne me dit : « Fait gaffe. Ils vont croire aux caméras que tu es en train de faire une bombe ». Il n’a pas tord. S’il y a des gens qui surveillent les caméras, clairement, ils ont du zoomer sur moi. « Est-ce un trailer qui joue au petit chimiste ou un terroriste du système D ? ». Le train arrive. Nous plongeons dedans. Direction Valence.

 

10 h – @Gare TGV de Valence. Nous louons une voiture pour nous rendre à Désaignes. A bien y réfléchir, je me dis que cela ne serait pas de trop que l’organisation développe un peu les moyens d’accès à la course sans voiture. Mettre en place un ou deux bus qui pourraient récupérer les voyageurs à la Gare de Valence et les amener sur le site de la course. Cela donnerait plus d’attractivité à la course, quitte à ce que cela coute un peu plus cher à l’inscription. (Avis à l’organisation : Franchement, cela serait réellement utile et cela permettrait aux coureurs non véhiculés de ne pas se mettre la pression pour venir).

 

Jusqu’à 14h30, nous trainons dans Valence. Petites bières en terrasse, en T-shirt au soleil. Petit restaurant sur la place du marché et puis petites courses au Monoprix du coin. Eau, pistaches, fruits secs.. nous sommes prêts. Cette pause a fait du bien. Il va falloir affronter une grosse heure de route à cinq (nous avons récupéré un dernier coureur dans le groupe) dans une Clio sur les routes enlacées de l’Ardèche. ENJOY.

Au fur et à mesure que nous avançons, je me rends compte que la végétation est bien plus avancée cette année. C’est très très très vert. L’an dernier, les bourgeons sortaient à peine à cette époque. C’était à peine la fin de l’hiver. Cette année, nous avons déjà franchi un grand pas dans le printemps. C’est ravisant. Tout ce vert m’indique qu’il a du pas mal pleuvoir et qu’il a du faire assez bons ces derniers jours. J’anticipe déjà la hauteur des ruisseaux grâce à cela.

 

16 h – @Desaignes : Récupération du dossard. Nous arrivons dans le village. On s’arrête à proximité d’un bénévole pour demander où se garer. Il nous lance « Pééééééé-Yun ». On se regarde. « Il a dit payant là ? ». Il nous relance « Pééééééééé-Yun ». On se regarde à nouveau. « AAAAAAAAH. P1. Okay ! ». #LesParisiensEnProvince. Direction, le parking P1 en contrebas du village.

Un petit sentier balisé permettant de remonter jusqu’au coeur de Desaignes met tout de suite dans l’ambiance. Je me fais deux petites accélérations dedans, juste pour me tester. Comme d’habitude, lors d’une veille de course, les sensations sont atroces. J’ai l’impression d’avoir des douleurs lancinantes dans les genoux et dans les hanches. J’ai appris à faire abstraction de ces mauvaises sensations, plus originaires d’un stress que de douleurs réelles.

Petit tour dans le village. Et on file dans l’école en surplomb pour récupérer nos dossards.

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Comme l’an dernier, les bénévoles qui remettent les dossards sont très sympas. Sans prise de tête. On ressent vraiment que l’on est accueilli chez eux. Dans leur village et qu’ils sont plutôt contents de voir du monde venu d’ailleurs.

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Je pioche 4 épingles au passage et c’est reparti. Direction la place du village pour récupérer le T-shirt (participant et non-finisher) de l’Ardéchois. J’adore les ruelles à cet endroit. Le côté petits fanions qui virevoltent à 2m50 du sol donne du cachet.. de l’âme.. on a l’impression de participer à un événement.. à une fête. C’est sympathique.

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Le t-shirt de l’an dernier était plutôt sympa visuellement parlant. Par contre, il avait un gros défaut : Le flocage. C’était le genre de flocage qui reste collé à la peau dès que l’on sue un peu du torse. Celui-là même qui vous amuse lorsque que vous jouez avec votre t-shirt en rentrant chez vous : « Regaaaarde. Sluuuuuuuuurp.. Spaaach.. on dirait une seconde peau… ». L’hiver, l’automne, cela ne dérange pas lorsque l’on court avec plusieurs couches. Mais clairement, l’été c’est pas super super agréable.

Cette année, l’organisation semble avoir pris en compte ce détail et a produit un flocage de meilleur qualité. (Faudra que je le teste dans les jours qui viennent.. je verrai bien). En tout cas, le t-shirt reste toujours aussi sympa visuellement parlant.

Bon. Par contre. Je ne suis pas un expert en Marketing.. et encore moins en Marketing du sport. Mais étant donné que le sponsor officiel de la course est La Sportiva. Je placerai bien le logo de la marque sur le t-shirt. Quitte à demander une redevance un peu plus grande auprès de la marque (qui j’en suis sûr fait déjà un bel effort pour se positionner en partenaire officiel de la course). Mais cela paraitrait logique ? Non ?

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T-shirt récupéré. On va pouvoir aller poser nos affaires à l’hôtel. Je vais surtout pouvoir m’allonger 20 minutes sur un lit. Cela ne va pas me faire de mal. En partant, je croise deux jeunes d’Extra-sport que j’avais déjà croisé sur le Salon du Running il y a quelques semaines. Petite photo du community manager et hop. Je file.

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

 

17 h 56 – Hotel @Le Crestet. 

Nous récupérons nos chambres. La gérante de l’hôtel est au petit soin avec nous. C’est agréable. Les chambres sont fonctionnelles, c’est parfait. Je me pose quelques dizaines de minutes sur mon lit. Je suis assez fatigué de la journée de voyage. Je me dis qu’il va falloir se coucher tôt ce soir pour être en forme demain matin.

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La petite sieste me met un sacré coup de fatigue. Alors que j’étais plutôt excité toute la journée, je commence à me sentir physiquement ailleurs. Flippante impression de fatigue à 14 h du départ d’un 57 km. Je me sors du lit et je consulte la météo pour demain. Cela s’annonce mieux que prévu. De la pluie, on en aura, mais cela ne sera pas les orages qu’on nous annonçait. Tant mieux. Je prépare mes affaires pour le lendemain. Je ne veux qu’avoir à les enfiler le matin.

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19 h 48 : Pasta party – @Desaignes.

15 petites minutes de route. Et hop. Direction la Pasta Party. Je n’en ai jamais fait. J’espère que je vais pouvoir prendre des pâtes sans trop de sauces et qu’il n’y aura pas de tentations irrésistibles.

Sur le chemin de la tente « cantine », je remarque une pancarte fléchée.

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Je me dis qu’ils ont du tout mettre dans le D+ et rien dans le DOSSARDS. J’imagine un instant que ce sont les enfants du village qui ont fabriqué ces pancartes. Je n’ai pas de critiques à faire.. niveau orthographe, je n’ai pas de leçons à donner. Cela me fait rire tout simplement.

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Nous voilà à la Pasta Party. Devant, une queue qui s’allonge pour rentrer dans la tente. On se croirai devant un Apple Store le jour d’une sortie de nouveaux produits. Sur notre droite, quelques organisateurs jouent aux boules en buvant des Ricard. L’ambiance est sympa. Ca se chambre pas mal. Nous, nous sommes complètement fatigués. Le passage par l’hôtel nous a mis un sacré coup de barre. Nous n’avons qu’une seule envie. Manger et aller nous coucher.

Nous entrons dans la tente. L’organisation est bien rodée. Sur la gauche, une caisse filtre les entrées. Dans la salle, de longues tables recouvertes de nappes blanches et rouges permettant d’accueillir pas mal de monde. Sur la droite : Les cuisines et surtout le bar. Où certains semblent avoir bien pris bonne position. C’est bon esprit. La salle se remplit vite. Nous devons être facile 200 je pense. Les organisateurs s’activent à fond pour nous servir. Le staff fait des allers-retours à toute bringue entre les cuisines et les tables. Bon. Certains semblent avoir passer une bonne fin d’après-midi au comptoir, mais ils assurent avec sympathie et vitesse. C’est sympa à voir.

Je ne vais pas vous le cacher. Je ne suis pas fana du coup des « lentilles » et du « yaourt » à moins de 12 h d’une course. Les pâtes sont satisfaisantes et le désert donne un petit coup de sucré. Ce n’est pas de la grande cuisine. Mais c’est l’essentiel de ce qu’il faut pour demain.

Pour vous décrire l’ambiance, il faut d’abord prendre en compte que nous sommes totalement épuisé. Les nerfs à vif. C’est de la fatigue mentale. Alors que nous sommes servis, sur la scène à gauche, se lance un groupe de musique. Le même que celui que j’avais vu sur le parcours l’an dernier. Bien déguisé, ultra motivé et avec un répertoire assez marrant.

En face de nous. Les gens commencent à danser assis. Et vas-y que cela se prend par les épaules en allant de gauche à droite… et vas-y que cela tape des mains… On se croirait dans une colo géante pour adulte consentant. Le bruit est relativement fort. Pas facile de s’entendre parler. Le groupe de musique est chaud comme la braise. C’est drôle à voir. Nous, nous sommes mort de rire. Mentalement, nous avons craqué. C’est trop dur de ne pas être pris par l’ambiance. 2 des 5 que nous sommes succombent à la tentation de prendre une bière. Un en prend même trois.  » Respect mec ! Tu risques de les regretter un peu demain « . De mon côté, je reste sérieux. J’ai beau avoir le plus profond respect pour le mépris que j’ai des règles du « bon coureur ».. ce soir.. cela sera flotte et rien d’autre.

Nous repartons. Totalement épuisés. En ressortant, nous croisons l’arrivée du repas de demain. La fameux boeuf à la broche. J’avais jamais vu un aussi gros bout de viande d’un seul tenant. C’est assez impressionnant. (Et clairement, cela donne envie !). C’est assez drôle de se dire que pour la première fois de ma vie, mon repas est transporté au tractopelle.. pourquoi pas !

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21 h 06 : Retour à l’hôtel et au lit. 

Ayé. Nous sommes à l’hôtel. Il fait plutôt bon ce soir. Je regarde à nouveau la météo. Il va faire plutôt frais (mais pas trop) et il devrait pleuvoir (mais pas trop non plus). Pas d’inquiétude. Je fais un petit tour sur la terrasse pour respirer. Je sympathise avec le chien de l’hôtel. Il me regarde l’air de dire :  » Je connais les chemins que tu vas parcourir ! ». J’ai envie de lui répondre « Tu viens avec moi demain ? ».

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Retour à la chambre. J’épingle mon dossard à mon short. Tout est prêt pour demain. Je me glisse dans mon lit. J’allume la télé. Je tombe sur BFM. RAS. J’éteins 45 minutes plus tard. Je m’endors rapidement. Tant mieux.

 

05h55 : Jour de course. 

Le réveil doit sonner dans 5 min. Mais je me suis déjà réveillé. J’ai clairement la tête dans le c*l. Je tente de m’activer un petit peu en sautillant et en m’étirant un peu les bras, le dos et la nuque.

J’avale quelques grands gorgées d’eau. J’ouvre de quoi me ravitailler. Au menu du petit-déjeuner ce matin : Raisins secs – Un paquet de mini bâtons de berger (Justin Bridouuuuuuu) et un paquet entier de pistaches. Je me force. Je n’aime pas du tout manger au réveil. Enfin, le matin en général. Le goût du saucisson à 6 h du mat’, franchement, il y a plus agréable. Les pistaches par contre, c’est ma passion.

La scène qui se joue dans ma chambre est digne d’un film d’auteur sur la misère de l’homme dans sa solitude de son destin. Je suis entièrement nu. Debout. Devant la télé. Je grignote des poignets de pistaches en prenant bien garde à ne pas faire tomber les coques. J’en fait tomber quelques unes. Les coquines, elles se sont glissées sous le lit. Deuxième plan magnifique de la matinée : Moi.. nu.. à quatre pattes.. en train de tendre mon bras sous le lit pour trouver les coques éparpillées. Je vous laisse ne pas imaginer la scène.

Je file à la douche. Juste avant, (désolé d’avance pour ce moment) j’arrive à « poser mon cake ». On le sait.. c’est un sujet un peu « tabou ». Et pourtant.. c’est vraiment un sujet important pour un coureur. D’autant plus pour un trailer qui part sur une moyenne distance. Est-ce que je vais réussir à passer aux toilettes avant la course ?.. d’habitude, je n’y arrive pas et cela me stresse au départ de la course. Là.. cette fois-ci. Ta-dam (je ne suis pas sûr que Ta-dam soit l’expression approprié) cela fonctionne. (fin de la partie pipi-caca de mon récit 😉 ). La douche est agréable. L’eau chaude glisse sur moi. Comme à chaque fois, je profite de cet instant pour prendre mon temps. Respirer un peu. Faire le point sur ce qu’il va se passer dans quelques heures. Je sors de la douche. J’enfile mes affaires. Je suis à l’aise dedans. Petit brossage de dent. Et hop, on range les affaires et on sort.

Arrivé dehors. Surprise. Il pleut. Et puis il pleut bien. Les petites marres d’eau formées dans le paysage m’indiquent qu’il a du pleuvoir plus qu’un petit peu cette nuit. Je me demande si je ne devrais pas mettre mes Salomon Speedcross. La question est vite résolue. J’ai la flemme de réouvrir mon sac et de me changer. Je resterai en S-Lab Sense 6 SG. J’enfile ma veste. La pluie n’est pas trop froide. Elle trempe bien, mais ce n’est pas désagréable. C’est presque parfait comme temps au final.

 

07h22 : Arrivé au parking PééééééYun. 

Nous voilà sur le parking. Il y a déjà pas mal de monde. Les gens semblent s’activer dans tous les sens. Nous, de notre côte, nous semblons encore tout endormis. Mon corps n’a pas encore compris ce qui va lui arriver dans 40 min. J’ai du mal à le réveiller. Je sautille. Mais je n’insiste pas plus que cela. Il y a pas mal de vent. Les nuages pas très hauts avancent vite dans le ciel. Cela promet des bourrasques plus importantes sur les hauteurs. Je me sens bien dans ma veste.

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Je quitte mes collègues pour rejoindre la ligne de départ. J’aimerai bien me mettre à l’avant cette année, pour ne pas me retrouver bloqué dans les premières montées. Je leur souhaite bon courage.

 

07 h 39 : Ligne de départ. 

Bon. Ben.. Cela ne servait à rien de se presser. La place est encore plutôt vide à 20 minutes du départ. Je prends un peu de temps pour vérifier les gels que j’ai pris dans mon sac. Gü à droite.. Overstims à gauche.. et deux pâtes de fruits de chaque côté. Les deux flasques de flotte ne me dérangent pas. Je dois être habitué maintenant. Petit selfie, on met l’Iphone en mode avion, et hop dans le sac. Je suis prêt.

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Je fais quelques pas chassés dans un sens puis dans l’autre. Deux petites accélérations de 20 mètres. Je rebondis sur mes jambes. Ayé. Je suis prêt. Pas tout à fait réveiller. Mais je suis prêt. Quelques personnes qui me connaissent viennent discuter avec moi ou prendre un selfie. C’est plutôt sympa.

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5 minutes avant le départ. Je me place sur la ligne de départ en plein milieu. Je n’ai plus aucune gène à le faire. Je lance ma montre. Le GPS s’active directement. Parfait. Je n’ai plus rien à penser.

J’entends l’organisateur parler à la foule dans le micro : « Attention.. ne partait pas trop vite.. les 10 premiers kilomètres sont vraiment les plus difficiles…. ». Je ne l’écoute pas trop. Je ne sais pas si c’est de l’arrogance ou la connaissance de mon corps, de mon niveau et du terrain, mais je ne fais plus trop attention aux conseils extérieurs. J’ai l’impression que jusqu’à présent ma méthode de fonctionnement « au feeling » a plutôt pas trop mal marché. Pourquoi en changer.

 

40 secondes du départ. 

Je ne me concentre pas plus que cela. C’est presque devenu normal. Je n’ai pas fait de plan pour cette course. Je n’ai pas anticipé mes temps de passage. J’aimerai bien faire un peu moins que l’an dernier (06h15min), mais cela ne serait pas grave de faire le même temps. Tout ce que je me dis, c’est que je dois voir ces quelques heures devant moi comme un bon exercice, aussi bien pour me tester que pour réapprendre à courir dans le technique.

Pour ne rien vous cacher, j’ai beaucoup moins peur qu’avant. Au final, je n’ai peur que de moi. Je n’ai presque plus peur des choses extérieures, des choses étrangères. La course en elle-même et les difficultés qu’elle propose ne m’effraient pas. Je n’en prends pas compte. La seul chose dangereuse pour moi, c’est moi.

10. Aaaaaaaaah. Cela y est. On va pouvoir partir.

9. Pas besoin de partir en sprint. Il y a le petit tour dans le village d’abord.

8. Pas de bousculades. Surveille tes pieds sur les premiers mètres.

7. Ne suis pas trop longtemps les premiers. Le 57 km part en même temps que le 37.

6. Il ne pleut plus. Je vais rapidement enlever ma veste.

5. Respire à fond.

4. Petit haussement d’épaules pour inspirer.

3. Relâchement des bras pour expirer.

2. Aller.. On y est presque.

1. Prochain arrêt.. Km 23 pour le premier ravito.

0. C’est partiiiiiiiiiiiiii !

Cela ne démarre pas trop vite. L’organisation inhibe un départ au sprint. C’est plutôt bien foutu. Petite montée. Virage à gauche. On redescend. Le bruit des chaussures de trail qui tapent le bitume est assourdissant. J’entends derrière moi : « Héé. Mais pourquoi on part avec les premiers là.. ». LOL.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

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Copyright – CM Ardéchois Trail.

Le flot s’écoule dans les ruelles du village. Je ne tente pas d’accélérer. Je me place sur le côté pour ne pas être gêné et pour bien voir le sol devant moi. Quelques coureurs se positionnent en forçant un peu le passage. C’est totalement inutile à mon avis, mais bref. Virage à gauche. On passe par l’arrivée. Je regarde la route à droite. Je sais que je repasserai par là tout à l’heure. Je suis en 30 – 40ème position selon moi. L’arche est en vue. Je suis à l’extrême gauche du passage. Cela va vraiment commençait maintenant. Petit coupage de route par un autre concurrent qui se positionne. Je crochette à droite pour l’éviter. Je me remets dans l’axe. Et paaaaaaf. Arche passée. C’est partiiiiiiiiiiiiiiiii !

 

 

DEPART : DESAIGNES (Km 0) 

Dès les premiers mètres, je place une accélération afin de rattraper le groupe de tête. En quelques foulées, je les ai rattrapés. Je me positionne dans la queue de celui-ci. Je suis dans les 5 – 10 premiers. Cela me fait bizarre. Mais je n’y pense pas trop.

Je me concentre plutôt sur les kilomètres à venir. Je le sais très bien. Le début de cette course est réellement difficile. Cela part directement dans le D+. Pas un dénivelé violent.. mais simplement un dénivelé piégeant. Il est assez faux-plat pour courir, mais un peu trop pentu pour être à l’aise. Et c’est comme ça pendant quelques kilomètres. Juste de quoi se mettre dans le rouge dès le début.

En soit, c’est simplement 6 km et quelques choses comme 400 m de D+. Ce n’est pas violent. Mais au démarrage. Cela pique grave.

 

Je démarre plutôt bien. Les 500 – 800 premiers mètres sont rassurants. Je ne m’essouffle pas. J’arrive à tenir le groupe de tête facilement. J’ai même l’impression que si je le voulais, je pourrais attaquer pour prendre la manoeuvre de la course. Je m’oblige à me remettre du plomb dans la tête. « Tu n’es pas venu pour ça.. » – « Joue pas au con.. la route est encore longue.. ». « Concentre toi plutôt sur ton souffle.. car même si cela te parait facile maintenant, on en reparle dans quelques km ».

 

J’ai bien raison. A partir du km 1. Mon corps me fait payer. Il se réveille. La grande claque que je viens de lui mettre n’est pas passée inaperçue. Il se venge. J’ai énormément de mal à avancer au rythme des premiers dans la montée maintenant. Je reste à l’affut, mais c’est dans la douleur. Je sais que je dois passer par là, pour être à l’aise dans quelques temps. Mais ce n’est vraiment, mais alors vraiment pas un moment que j’apprécie. C’est un peu la sensation physique que l’on a lorsque l’on se réveille en retard un jour d’examen ou de RDV important. Le corps ne suit pas.. mais toi tu avances.. tu dois avancer. Je continue donc à marche forcée.

J’ôte ma veste, ainsi que mon buff. La fraicheur devrait m’aider. Ou du moins, cela sera plus supportable. Je me rappelle bien de mon départ de l’an dernier. C’était exactement la même chose.. mais en pire. Ce petit « mais en pire » rôde dans ma tête. Et me revoir un an plus tard, au même endroit, en souffrance, mais un peu plus à l’aise.. cela me fait du bien. Je tiens grâce à cela.

 

Km 3. Dans le DUR complet. Je m’oblige mentalement à continuer à avancer pour rentrer dans mon rythme. C’est très éprouvant mentalement et physiquement. Je décide de ne pas jouer au con. Je ralentis de temps en temps pour ne pas exploser. Je me fais un peu doubler. Ce n’est vraiment pas grave. Je m’en fous complètement. Cela ne m’atteint pas. Je ne regarde même pas si je me fais doubler par des 37 km (dossards bleus) ou par des 57 km (dossards rouges). Je ne tente pas non plus de suivre les coureurs qui me doublent. Je tiens vraiment à rester dans mon rythme. Enfin, surtout je tiens vraiment à rentrer dans mon rythme. Cela va encore prendre un peu de temps. Je le sais.

Dans ces moments là, la meilleur façon pour survivre selon moi, c’est de penser à totalement autre chose.. Et si on y arrive pas (comme moi), il faut philosopher :  » L’action n’apporte pas toujours le bonheur, sans doute, mais il n’y a pas de bonheur sans action. » C’est avec quelques phrases de ce type que je continue mon ascension. Cela fonctionne. En serrant les dents. Mais cela fonctionne.

 

Km 5. Bon.. J’ai laissé partir la tête de course. Je suis toujours plutôt à l’avant, mais je dois être dans les 30 – 40ème place. Je fais le point : Je suis toujours très mal à l’aise. Les faux plats montant encore « courables » sont maintenant tous derrière. Tant mieux. Je n’y arrivais vraiment plus. J’ai même eu cette pensée que j’ai toujours dans le lancement des courses : « Aller. Arrête toi. Va faire la course avec tes collègues. C’est pas si important que ça. En plus je suis sur que tu m’amuseras plus ». Impossible pour moi de ne pas l’avoir. Par contre, j’arrive toujours à y résister. « Il est toujours trop tôt pour abandonner ».

Petit km de vrai montée maintenant. La pente permet de passer en marche rapide sans trop perdre de temps. Je l’avale assez facilement. Je commence à suer. C’est normal. Je suis content, car j’ai l’impression de m’économiser en passant en marche rapide. C’est bon signe.

 

Km 6. Le balisage nous fait quitter le sentir de 4×4 et nous mène vers un chemin qui descend en dévert, ambiance monotrace recouvert de feuilles de chataigners. J’envoie un peu sur les premiers mètres pour me tester. Pas de problème. Je discerne quelques grosses pierres à éviter dans les feuilles. Elles sont plutôt visibles, mais il faut faire attention. Premier virage dans le négatif. Je le prends avec aisance. Je suis plutôt content. Je suis relativement à l’aise dedans. Je ralentis un peu le rythme histoire de ne pas me briser les cuisses et les muscles fessiers trop tôt.

Je me fais un peu doubler. Je laisse passer les sauvages du D – en m’écartant bien à l’avance. J’ai appris à ne pas me mettre la pression par ce que quelqu’un déboule derrière. Cela ne sert à rien d’accélérer pour ne pas se faire dépasser. La seule chose que cela peut provoquer, c’est un mauvais appui.. une chute ou une blessure. Et quand tu n’es pas encore rentré dans ton rythme. Ce n’est pas le moment. Alors à chaque fois qu’un taré déboule.. clignotant sur le côté. Je laisse passer.

Sur la fin de la descente. Je me teste à nouveau. Accélération dans les sorties de virages et relance à fond. Je place mon corps en avant. Je prends de la vitesse facilement. Rapidement, je rattrape les barbares du début de descente. J’attends gentiment derrière eux. Je les doublerai dans la remontée.

 

Km 7.5 : On attaque la première vrai difficulté. On va vraiment voir ce que l’on est capable de faire aujourd’hui là dedans. Si ça casse directement ici, je le sais, derrière cela va être un long chemin de croix jusqu’à l’arrivée. Si cela passe, je n’aurai qu’à gérer mon allure pour aller au bout sans problème.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

Je me débrouille bien. J’arrive à alterner course quand c’est possible et marche rapide. Pas besoin de mettre les mains sur les cuisses. Ca passe tout seul. Le fait de pouvoir repasser en course fréquemment me rassure totalement sur mon état physique. J’ai le souvenir d’avoir lutter l’an dernier en marche rapide dans ce passage. Cette année, j’y suis très à l’aise. Mes jambes sont légères. (Je pense que le choix des chaussures doit jouer aussi). J’y prends du plaisir. Et surtout j’ai l’impression de m’économiser dans ce genre de partie. C’est top !

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Un mec en orange est juste devant moi. Bâtons à la main. Il ne les utilise pas. Je ne vous refais pas mon paragraphe sur l’usage des bâtons selon moi, mais en gros : Si je ne prends pas de bâtons.. c’est exactement la même raison que si je n’écoute pas de musique en course officielle : c’est car je considère que c’est une aide trop grande. Ma pratique du trail et surtout le plaisir que j’y prends passe par des sacrifices, de la sueur et de temps en temps de la souffrance. S’accorder des bâtons ou de la musique ça serait pour moi comme faire un short-cut pour terminer plus vite. (Après, pour les autres. Pas de problèmes hein. Ce n’est que mon avis perso.. par rapport à moi même 🙂 ).

Revenons à mister Orange. Ils les portent donc mains droites ces bâtons. De mon côté, je suis toujours très à l’aise, je trottine dans la montée en prenant des appuis totalement par la pointe des pieds. Je me sens plus rapide, j’essaie donc de le doubler sans me mettre dans le rouge. Je fais 3 ou 4 essais. A chaque fois. Je suis gêné par ces bâtons. Ca me soule un peu.

Je ralentis et reste derrière. Dans un virage. Je le double par l’intérieur. Il s’accroche à mes mollets (pas physiquement hein ^^). Et là (c’est pas de sa faute hein), je commence à entendre sa respiration que je n’entendais pas de derrière. Il respire terriblement fort. Tu sens qu’il est dans la zone rouge complètement. J’entends un boeuf à moins de 1m50 de moi. Franchement, tu te demandes s’il ne va pas exploser en vol. « HeuuuuuuuuuuuuuUUU..FOuuuuuuuuuuuuuu.. HeUUUUUUUUUUU..FOuuuuuuuuuuuuuuuu ». Quand ça dure 15 secondes, ça passe, pas de problème, mais au bout de 2 min. Tu as juste envie de te retourner et de dire : « Mec. Arrête toi deux secondes. Tu es en sur-ventilation totale. Fait un truc. Je sais pas. Prends un Hollywood.. détends-toi.. J’arrive même pas à entendre les éoliennes ». J’accélère un peu pour mettre son souffle à distance. Adios éole orange.

Un peu plus loin, dans une montée en terre bien attaquée par la pluie et le ruissellement. J’arrache un gros bout de terre en prenant un appui. Un trailer est juste derrière moi. Je m’excuse aussitôt. Il me dit en rigolant : « Laisse du chemin pour les autres ». Cela me fait rire. Je me demande si j’aurai eu autant d’humour (et surtout de lucidité pour sortir ce genre de blague à ce moment là).

Sur les 500 mètres suivant, je pense à l’impact du trail sur ce genre de terrain. Je pense que nous avons réellement un impact négatif sur les chemins. Nos crampons créés forcément de l’érosion. Et autant dire qu’avec plus de 2000 personnes qui doivent passer au même endroit, cela doit être un carnage après la course. Je me demande comment régler ce problème pour ne pas détruire les sentiers tout en pouvant en profiter tout de même. Des simples dons aux associations locales de coureurs ne sont pas suffisants selon moi. Il faudrait peu être que je mettre à ma manière la main à la patte. Monter une association de réparateur de chemin post-trail. Pourquoi pas. Penser à ce genre de chose me permet de m’évader. Je finis tranquillement la montée. Plus 800 / 900 m de D+ avalé. Ca m’a réveillé. Cela va commencer à aller mieux maintenant.

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Copyright – CM Ardéchois Trail. 

 

Km 10. Montée finie. On bascule dans la descente. Je peux relancer. Enfin, en réalité, j’ai déjà relancé. J’ai pris l’habitude de me remettre à courir dans les fins de montée. Comme j’arrive à un terrain un peu plus plat, puis dans la descente, la relance est moins difficile. Je ne pense pas que cela puisse être facile pour tout le monde, mais je conseille cette tactique. Cela demande simplement un peu de motivation.

Dorénavant, cela avance très très bien sans forcer. Ma foulée se déroule bien plus naturellement qu’au début. Je vais bientôt rentrer dans mon rythme.

Le début de la descente est synonyme de début de la pluie aussi. Nous sommes dans des espaces plutôt dégagés. Le vent souffle. Parfois de face. Parfois de 3/4 face depuis la gauche. J’ai transpiré. Je vais avoir froid si je reste comme cela. J’enfile ma veste.

En la prenant depuis la poche extensible de mon sac, je fais tomber mon buff. FREIN A MAIN – STOOOOOOOOP. Je m’arrête sec. Aiiiiiieeee. Je le ramasse vite et repart en sens inverse. C’est vraiment atroce ces petits arrêts à la façon frein à main. Les cuisses, le dos et les genoux prennent tellement cher. Je pense qu’un défi avec des stops spontanés comme cela pourrait se monter. Et cela serait vraiment l’horreur au bout de quelques dizaines de fois.

Alors que je gambade de plus en plus tranquillement, un trailer me dépasse. Il est sur le 37 (dossard bleu). Juste après avoir fait cela, il me demande sans me regarder sur quelle distance je suis. Je réponds « 57 ». Il me dit d’un ton paternaliste « Calme moi petit. Tu dois en garder sous le pied. ». Je réponds du Tac-O-Tac. « T’inquiète pas.. Ca avance tout seul ». Je pense que vous l’avait compris, mais j’ai encore beaucoup de mal avec les conseils extérieurs.. qui plus est avec des conseils extérieurs un peu orienté « moralisateur – paternaliste – etc. ». Cela m’énerve un peu d’être pris de haut comme cela. Je ne lui en veux pas hein.. Mais je me pose tout de même pendant une seconde la question : « Est-ce qu’il n’aurait pas raison ? ».. Puis je pense : « Je me suis plutôt économiser jusqu’à là. Je suis entrain de rentrer dans mon rythme. Je sais que je vais accélérer jusqu’au chateau maintenant.. pas d’inquiétude ». Je le laisse partir un peu devant. Il me prends 200 m.

 

Km 11. Ayé. Je suis presque dans mon rythme. Je sens que je peux accélérer maintenant. Je dépasse à fond l’homme au conseil paternaliste. Dans sa tête il doit se dire : « Petit con. Tu vas te cramer ». Je ne le verrai plus.

La machine est chaude. Je déroule. Plus de mauvaises sensations. Je vais pouvoir profiter de ma course maintenant. Cela tombe bien on est sur un passage très roulant. Du 11ème au 17ème. On serait à Paris, je vous dirai de prendre la ligne 2.. mais là, ce n’est pas tout à fait l’ambiance.

Plus trop de souvenirs, je pense que j’ai du m’occuper l’esprit. Je crois me rappeler que je me suis posé la question suivante : « A partir de quel kilomètre, puis-je me dire que c’est la fin ? « . Au moment où je quitte le premier ravitaillement (km 23) ? Au moment de traverser le petit tunnel avec l’eau ? En quittant le dernier ravitaillement ? En haut de l’ultime ascension ? Dans la dernière descente quand j’entendrais le haut-parleur de l’arrivée au loin ? – Je n’y répond pas.

 

Km 17 : Nous arrivons sur une partie que j’affectionne : La descente du château.

Je sais que le terrain va être technique à l’approche du monument. Pour l’instant, le single de terre est simplement devenu un single de pierre (et non ce n’est pas une fable). Rien de trop technique, mais les appuis et la concentration se doivent d’être plus affinés.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Dans le haut, en amont du château. La première féminine du 37 km me double. Je la laisse passer en m’écartant un peu. Elle est sacrément affutée. Je regarde sa foulée. Elle est très différente de la mienne. Etant relativement petite, ces pas sont très rapprochés et sa foulée est rapide. C’est l’idéal pour bien descendre selon moi. Par contre, je sais d’avance qu’elle va avoir plus de mal dès qu’il y aura des rochers avec un peu de hauteur à passer. Je me concentre un peu plus sur mes appuis. Je la laisse partir devant avec un autre coureur.

En fait, je laisse un peu de distance pour avoir une bonne vision sur le single et sur les cailloux qui jalonnent le parcours. Je me suis fait avoir trop de fois à vouloir tenir la foulée du coureur devant moi, et à me faire cacher les obstacles qui surgissent à la dernière minute. S’il y a bien une chose que j’ai appris sur l’art de la descente, c’est de toujours tenter de regarder le plus loin possible devant. Ayant un peu ralenti, j’arrive à lever la tête et à profiter du paysage de temps à autre. Je ralentis encore un peu pour en profiter.

Traversée de la route. La féminine devant moi a failli se louper sur un rocher avec un peu de hauteur. C’était prévisible. Il y a pas mal de supporters à cet endroit là. Je crois me souvenir de quelqu’un avec une cloche. Cela me rappelle la CCC. C’est top. Route traversée, je me dis qu’il est temps d’accélérer un peu. En 50 m, j’accélère fort. Je rattrape la première féminine et je la double en prenant des distances de sécurité. Le single est assez technique. Pas mal de rochers et de cailloux mouvants. Le chemin n’est pas roulant du tout. Il est tracé un peu à l’arrache. Ce n’est pas naturel comme un cours d’eau qui ruissèle. J’enquille et prenant garde à ne pas me viander.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

Cela passe tout seul. Les quelques marches en descente cassent un peu mon allure de navigation. Pas de problème, je relance. Je traverse le château. Tout comme l’an dernier je m’imagine qu’il y a plusieurs centaines d’années, ce ne devait pas être tout à fait la même ambiance ici.. Plus proche du « Messire » que tu « Trailer ».. C’est sûr.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

J’ai rattrapé un petit groupe dans les cuisines de château (bon.. ce ne sont certainement pas les cuisines, mais ça aurait été mon château, je les aurais mises là.. laisser moi rêver bordel ^^). Je ralentis un peu pour ne pas avoir à pousser derrière et à forcer le dépassement. En sortant des ruines, j’ai la musique des visiteurs dans la tête. Je vois tout à fait Jacquouille la Fripouille et le Hardy de Montmirail se balader dans ce décor. J’adore.

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Copyright Photo – Phil Marc (Flickr)

Je sais qu’il y a une rivière à traverser pas loin. Je ne sais pas s’il y a beaucoup d’eau cette année. La végétation est tout de même bien verte. Il a du pas mal pleuvoir ces dernières semaines. Au loin, j’entends la cascade. Je n’avais pas le souvenir de l’avoir entendu l’an dernier. Je pense qu’on va y avoir le droit cette année. Ca va être flotte jusqu’au cuissot. Et puis pas ambiance balnéothérapie.. plutôt cryothérapie selon moi.

J’approche du passage. Je relève la tête une seconde pour savoir si je vais avoir le droit à un petit bain et à des chaussettes qui font Spaaaaalsh Spaaaaalsh sur quelques km. Je vois que cela va passer sans mettre les pompes dans l’eau. Youpiiiiii ! Je retourne très vite les yeux droits dans le chemin devant moi. Je fais très attention dans cette partie. Les gros pans de rochers en dévert’ sont très humides. L’humidité dessus rend la roche totalement non adhérente. Mes crampons ne suffisent pas à me stabiliser. Je ralentis encore.

(Ce que l’on a évite cette année >>>)

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Copyright : U-Trail. 

Petit bon sur le rocher. Petit bon sur la planche. Je frotte la ficelle qui forme le pont de l’intérieur de ma main droite. Et hop, la rivière est traversée. Parfait ! Plus de soucis à se faire pour le trempage de pieds avant d’arriver au tunnel sous la route.

Ayant bien ralenti, le petit groupe m’a mis 50 m. J’accélère donc pour les rejoindre dans ce monotrace sympa à flan de montagne. Rapidement je les rejoins. Et me voilà bloqué. Je suis presque au pas. Cela bouchonne étant donné la technicité du terrain. Les coureurs devant moi ne semblent pas tous à l’aise dans cette partie. Dommage, j’aurai pu envoyer. Je regarde loin devant pour identifier des espaces de dépassement. C’est complètement impossible selon moi sans gêner tout le monde. J’abdique. Je me dis que de toute façon, ce n’est pas sur ce genre de segment que je peux perdre beaucoup de temps. Et puis cela me permet de profiter un peu du paysage. C’est tant mieux. Pour ne rien vous cacher, dans ma tête j’ai une petit voix qui a très envie de crier. « Bon les gars.. On est pas là pour enfiler des perles ». Mais je ne dis rien. Je tente même d’échanger quelques mots avec les personnes devant et derrière moi. Ce moment va vite passer.

Virage à gauche. Fin de single à flan de montagne. Cela remonte sur 15 mètres. C’est un peu plus large. J’en profite pour relancer et doubler les quelques coureurs en difficulté. En haut, le champ de vision s’ouvre. Cela va être roulant maintenant.

 

Km 19. Cela descend tranquillement. Le chemin est un mix entre route de campagne, petit passage sur le bitume et sentier large dans les sous-bois. La descente est légère mais suffisante pour se laisser entrainer par l’inertie. Je me force à me mettre un peu en avant pour ne pas trop subir les chocs du terrain. J’y arrive facilement. Dans chaque passage dégagé, le vent nous attaque 3/4 gauche. Cela ne me ralentit pas tellement.

 

Km 20. On rattaque la montée. Autour de 300 ou 400 D+ jusqu’au ravitaillement. J’ai bien géré ma consommation d’eau jusqu’à présent. Je me suis forcé à boire un peu, mais comme à mon habitude, j’ai un peu fait le dromadaire. Il m’en reste beaucoup. Je peux boire plus que de raison maintenant. Cela me donne de la fraicheur. Je décide de ne pas ralentir jusqu’au ravitaillement. J’enquille à fond les trois prochains kilomètres. Et comme à chaque fois que j’enquille.. pas trop de souvenirs.

Plus loin, je reconnais la prairie en dessous du village de Saint Jean Roure. Le ravitaillement est juste au dessus, je le sais. Je repense à la jolie jeune femme que j’avais croisé l’an dernier à cet endroit là. Cela m’occupe un peu.

J’enleve ma veste. Les averses par intermittence se sont arrêtées. Le soleil a même fait sont apparition. C’est assez féerique. Je sais que cela va chauffer un peu dans la montée sur ravitaillement. Je me force à finir l’eau présente dans mes flasques.

Descente dans le champ. Un arbre est au sol. Je grimpe facilement son gros tronc. J’ai un coureur juste derrière moi que je viens de doubler. Je sais qu’il y a une bonne petite montée en zigzag pour atteindre le ravitaillement. Je me force à la courir tout le long. Je double 3 ou 4 coureurs dans cette partie très courte. Lorsque je me retourne en haut. Je me rends compte, que je leur ai mis très rapidement de la distance. C’est un bon signe. Je suis en forme.

Dernière montée dans l’herbe. Je lève la tête pour regarder la distance qui me sépare du ravitaillement. Il y a beaucoup de supporters au loin. Cela me motive grave. Je finis à fond. Les applaudissements galvanisent ma foulée. J’avale l’escalier. Et hop. M’y voilà. Ravitooooooo !

 

 

RAVITO 1 : SAINT JEANROURE (Km 23.7 – Cumul D+ = 0 m) 

Temps : 02h22min52sec

Classement : 13ème

Je tends mes flasques afin de les faire remplir d’eau. J’en avale une presque cul sec. Je fais presque toujours cela maintenant. Une flasque pour bibi de suite. Puis remplissage pour départ immédiat. Je prends le temps de vider mes poches dans la poubelle. Je n’ai pris qu’un gel et une pâte de fruits pour le moment. Je n’ai pas ressenti le besoin d’en prendre plus. Je me dis que je suis encore une fois de plus parti trop chargé. Je vais en ramener à la maison. Ca sera ça de moins à acheter pour la prochaine course.

Je me retourne en direction de la table avec le ravito solide. Je n’ai envie de rien. Je ne sais pas si c’est le petit-déjeuner saucissons – pistaches qui m’a calé, mais je n’ai vraiment pas d’appétit, et en faisant un bilan, je me dis que cela ne sert à rien de me forcer à ce moment là de la course. Je décide donc de repartir. En quittant la table. Je pioche deux petits bouts d’orange. Je me force un peu, je mords dedans et je jette les écorces dans la poubelle. Le gout et l’acidité me fait du bien.

Sortie du ravitaillement, je regarde ma montre pour la première fois depuis le début de la course. 02h23min.. Oui.. et alors ?.. Je n’ai aucune idée de si c’est bien ou pas. La seule chose que je sais, c’est que j’avais le souvenir d’être reparti déjà bien amoindri l’an dernier. Et là, tout va bien !

Mes jambes sont fraiches. Je redémarre sans aucune difficulté à un bon rythme. Un peu plus loin, il y a deux chemins devant nous. Pas de balisage. Je crois me rappeler que c’est à droite. Un coureur à côté de moi me dit : « C’est par où ? ». Je dis « Je crois que c’est à droite. » Il me répond : « T’es sûr ? ».. Je ne réponds pas et je file à droite. Que répondre à cette question : « Bah non. Je ne suis pas sûr. Je suis comme toi mec.. Mais bon.. on va pas rester planter là.. Ecoute.. ce qu’on fait.. Tu prends à gauche.. Je prends à droite.. et on en reparle à l’arrivée. « . Je pense que mon déterminisme de partir à droite l’a rassuré. Il me suit de loin.

Je finis la descente légère en faisant le point sur mon état. Tout es ok. J’ai l’impression que la course va commencer.

 

Km 24. Re-attaque dans la montée. Je ne faiblis pas. Je l’enquille comme si c’était du plat.  Je n’en fait qu’une bouchée. Cela me parait facile. Je suis très content. Je me rappelle de l’an passé. Je commençais déjà à devoir mettre les mains sur les cuisses dans cette partie. Là je passe en mode écolier comme j’aime le faire. C’est à dire, le dos droit, les pouces à l’intérieur des anses de mon sac au niveau de la poitrine et le museau fière. Dès que c’est un peu moins pentu, je repasse en mode course. Vraiment cette montée se passe bien. Je pense qu’elle passe aussi facilement car je pense à ma copine aussi. J’hésite à prendre le temps de sortir de mon téléphone et lui passer un petit coup de fil. Je me dis, que « ça se trouve, il n’y a même pas de réseau dans ce coin et que je vais me débattre avec mon sac pour rien ». Pas d’imprudence. Pas de coup de fil (Sorry 😉 ).

A mi-montée, on bascule sur une longue ligne droite en direction d’une maison. Nous allons l’esquiver par la gauche dans mon souvenir. A 100 m de celle-ci, je repère une jeune femme juste devant. Il pleut un peu à ce moment là, et le vent souffle fort (de la droite maintenant). Je me dirige vers elle. Je commence à entendre ces encouragements. Elle est seule devant cette bâtisse. A l’abri des intempéries, sous une porte. J’ai la drôle d’impression d’avoir déjà vécu ce moment. Je sais très exactement quand. C’était lors de l’EcoTrail, il y a quelques temps. Exactement le même scénario. Une ligne droite en montée. Un finish sur un sol dur. Un virage à gauche pour esquiver une maison (ou un château je crois sur l’EcoTrail). Des conditions météo pas super cool pour une supportrice. Des encouragements. Ce moment est un peu lunaire pour moi. Très appréciable.

 

Km 25. Montée finie. On a mangé un peu plus de 400 D+ en 5 km. Ce n’était pas trop violent. Je relance dans le plat / faux-plat. Je suis bien. Je tourne autour de 4:40 min au km. Je ne force pas. On repasse à côté des éoliennes. J’avais passer du temps à les regarder l’an passé. Cette année, je n’y prête pas trop attention. Je les regarde de temps en temps. Je me dis qu’étant donné le vent que j’ai eu sur les deux éditions, elles sont clairement au bon endroit.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Jusqu’au 29ème km, ce sont des kilomètres « offerts » (enfin, c’est moi qui les appelle comme cela pour positiver). C’est très roulant. Je suis seul depuis le départ du ravitaillement. Je repère au loin un coureur. Il semble courir beaucoup moins vite que moi. Je pense qu’il cale. J’arrive à son niveau et ralenti un peu pour discuter. Il est sur le 37 (dans mes souvenirs). Il a du partir un peu trop vite et il va terminer comme il peut. Je lui demande si ça va. Il a l’air très fatigué et me dit qu’il va aller au bout. J’ai un peu du mal à comprendre. De mon côté, je suis frais comme au départ, et lui parait complètement dans le dur. Je l’encourage. Puis je repars à mon rythme. Cela sera la dernière fois que je verrai un coureur aujourd’hui.

 

Km 29. Hiiiiiiiiha. C’est parti pour la descente bien franco. Je n’ai que des souvenirs vagues. Je suis trop concentré dans le fait de bien avancer dans le négatif courrable et de faire attention à mes appuis dans le négatif plus technique.

Je ne suis pas sûr que cela soit à ce moment là, ou un peu après, mais je me rappelle bien du fameux moment où tu es sur un sentier de forêt. Genre, tout à fait praticable. Et d’un coup, il y a un panneau qui t’indique TRAIL sur la gauche vers nul part. Enfin si.. vers quelque part. Vers le précipice à gauche de la route. Ce moment, et toujours aussi sympa. Avant de me jeter dedans, je regarde un petit coup en arrière pour voir si cela revient derrière. Une mauvaise habitude, que je remarque faire de plus en plus souvent. Personne à l’horizon. Hiiiiiha c’est parti. Je fais complètement mumuse. Comme si j’étais en ski. Stratégie du double appui sur le côté dès que je prends un peu trop de vitesse. Ca descend bien. Mes cuisses n’ont pas mal. Je suis à l’aise. Et dire que l’an dernier j’avais limite peur dans ce passage. Il y a du chemin parcouru depuis 🙂

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

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Copyright – Photo Ronald B. (2017)

Bon. Que l’on soit clair. Pour moi le ravito « PETITES SAGNES » qu’indique Livetrail, ce n’est pas du tout un ravitaillement, mais c’est la séparation entre le 37 et 57. J’ai le souvenir de mettre fait biper d’ailleurs à ce passage là. Donc, vous m’excuserez si vous connaissez le coin, mais moi, entre mes souvenirs pas tous frais, le livetrail et le Strava, j’essaie de faire une purée à peu près cohérente. Et puis, si je me loupe. C’est pas grave. Ca serait pas la première fois que je loupe une purée.

 

 

Pointage 2 : PETITES SAGNES (Km 31.8 – Cumul D+ = 1130 m) 

Temps : 03h06min32sec

Classement : 12ème

Perso. Je crois que le RAVITO n°2 c’était plutôt vers SAUTEREAU, au Km 35. Mais bon.. je fais ma purée hein ;).

Nous sommes donc à la séparation du 37 et du 57. La petite pensée « Allez.. vas-y.. fini sur le 37 au final.. c’est pas grave.. » ne me passe même pas par le tête. J’ai encore super envie de courir. J’arrive au niveau de deux bénévoles. Je me fais biper. Je crois demander « Juste pour information : Le prochain ravitaillement est dans combien de km ? ». Je crois entendre « Euuuuuuh. 12 km je crois ». Je me dis : « Whaaaaaaaaaaat ? ». C’est totalement illogique. Bref, je fais comme si je n’avais pas entendu, ou plutôt comme si j’avais mal entendu. Je continue. La descente est technique dans le sous-bois. Je la gambade comme une petite biche. Sans pression.

 

Du km 32 au km 35. Je crois me souvenir que j’ai croisé pas mal de marcheurs qui allaient dans le sens inverse du mien. Ils avaient un dossard doré dans mon souvenir. La plupart m’encouragent. Certains ne se poussent pas. Je fais attention à ne pas les bousculer, ou les gêner en passant. Revoir du monde me fait du bien. Je me demande si je vais rattraper un coureur ou si un coureur va me rattraper. Je ne regarde pas ma montre donc je suis incapable de me rendre compte de si je vais vite ou si je me traine. Impossible de connaitre mon classement.

Etant donné qu’au départ de la course, après avoir ralenti, je me suis fait dépasser par 25 – 30 coureurs. Etant donné qu’il y avait max 7 coureurs devant moi au tout début. Et sachant que j’ai doublé quand même un peu de monde entre le 10 et le 23ème. Je pense que je dois être dans les 20 premiers facile. Mais pas plus de précisions. Ce que je sais, c’est qu’il y a relativement, peu de coureurs qui sont passés avant moi. Je le sais car à certains moments, nous courrons dans des champs où l’herbe n’est pas coupée. J’arrive presque à compter le nombre de trace dans ces cas là. D’après moi, il y en a maximum une quinzaine. Bref. Trêve de suppositions. J’avance bien.

 

Km 35.5 – Arrivée au RAVITO de SAUTEREAU (Je suis quasiment sûr que c’était là bas). Pas de pointage dans mon souvenir. Cela doit donc être cela.

Je me souviens de ce ravitaillement. L’an dernier, ils étaient au Ricard dans mon souvenir. J’arrive en trombe. Je sors mes flasques et les tends à bout de bras vers les bénévoles qui ont l’air de bien se marrer. Je dis « Alors.. Du whisky (en agitant la flasque droite) et du Coca (en agitant la flasque gauche) ». Cela les fait rire. Un des bénévoles me dit « Mais, il y en a.. ». Je réponds « Mais, je sais 😉 ». On rigole un peu.

Je finis de faire remplir mes flasques. Je leur souhaite un bon dimanche et je les remercie. En partant, je demande : « C’est après le tunnel humide sous la route ? ». Ils me répondent que c’est juste après, un peu en contre-bas. Youpi. C’est reparti.

Je continue à croiser des marcheurs en sens inverse. Je ne me rappelle plus s’ils avaient des dossards. Ils m’encouragent.

Flèche à gauche. On quitte la route de campagne. Je rejoins vite la forêt. De haut, je repère la route qui circule en dessous. Je le sais. Le fameux tunnel n’est pas loin.

 

Km 36.5 – Le passage du tunnel

Je redoute un peu ce passage. L’an dernier, le difficile moment des chaussures dans l’eau ne m’avait pas fait kiffer du tout. Je vais tenter d’y aller précautionneusement. Une femme est assise à gauche. Je la salue, puis je plonge dans le ruisseau qui passe par le tunnel.

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Copyright Photo – Ronald.B (2017)

Je tente de ne pas mettre mes pieds dans l’eau. J’y vais tout doucement. Deux mètres après l’entrée, on ne voit presque plus rien. Je le sais, il y a un trou de 40 à 50 cm à cet endroit très précisément. Je prends le temps pour bien positionner mon pied. Je tente d’esquiver le trou d’eau. Je m’aide de mes bras en m’accrochant aux deux parois. Grand pas en avant avec le pied gauche. Et hop. Le trou est passé. Je n’ai plus qu’à avancer vers la lumière en prenant garde de ne pas glisser. Deux foulées et me voici à l’extérieur. C’est idiot. Mais je suis content de ne pas mettre mouillé les pieds. J’enchaine.

 

Jusqu’au km 41. Aucun souvenir.

J’avais oublié cet endroit. Je traverse un champ en légère pente. Il y a très peu de traces de passage. Je dois vraiment être pas trop mal au classement. Je n’y pense pas plus que cela. Pourquoi ? Tout simplement car je repère qu’à la fin du champ coule une rivière (Oui, c’est presque le nom d’un film ça…). Je l’avais complètement oubliée. Elle est un peu plus costaud qu’un ruisseau celle-ci. Dans mon souvenir, je mettais bien débrouillé l’an dernier. Cette année. Cela ne va pas se passer pareil.

Je ne prends pas trop le temps de regarder loin devant moi pour identifier le meilleur passage. J’y vais un peu à l’arrache. Sur les cailloux glissants, je fais surtout attention à ne pas me foutre en l’air (dans l’eau). J’arrive à traverser le premier bras sans problème. Le petit îlot sur lequel je me trouve est recouvert d’orties. Je tente de passer sur le bord sans mettre mes jambes dedans. Trop tard. L’avant de mes jambes a déjà embrassé les feuilles urticantes. Ca va piquer. Je décide donc de tenter de mettre rapidement mes pieds sur des cailloux pas trop profond. Ca passe. Mais ça passe juste.

Je n’ai plus que 3 mètres à faire pour rejoindre l’autre rive. Mais là, clairement, je n’ai pas d’autres solutions que de traverser avec les jambes dedans. J’hésite une seconde, je regarde à droite, à gauche. Pas d’autres solutions. Aller j’y vais. Spllllllllllllaaaaaach.. Splaaaaaach.. Splaaaaaaaaaach… Splaaaaaaach. J’ai traversé. J’ai les pieds complètement trempés mais c’est fait. Le problème ne réside pas tant dans mes chaussures, mais plutôt mes chaussettes. J’ai des chaussettes rembourrées, assez épaisse. Des vrais éponges une fois passées dans l’eau. Je remonte le petit single pour sortir de cette zone. A chaque pas, je sens toute l’humidité se remplir et se vider de mes chaussettes. Outre le bruit qui n’est pas bien agréable, ce sont surtout les sensations qui sont atroces. Je fais abstraction. De toute façon c’est trop tard. Avance.. ça va bien sécher de toute manière, me dis-je.

Je suis sur une route en bitume. Je la prends sans trop d’hésitation. J’avance vite dessus afin que l’eau sorte rapidement de mes pompes. Je regarde plus mes chaussures que le parcours. C’est amusant de voir l’eau qui gicle à chaque pas. Bon c’est amusant, mais quand je relève la tête.. surprise.. plus de pois oranges sur la route. Plus de balisage. Je continue à avancer au cas où. J’arrive au niveau de quelques bâtisses. Je comprends que je me suis perdu quand je vois une voiture prendre la route sur laquelle je suis. C’est bizarre qu’il y ait des voitures sur la course. J’avance encore un peu. Il y a quelqu’un au loin. Je cris : « C’est par où ? ». La personne me répond « Pas par là. Vous vous êtes trompés ». Demi-tour toute. C’est reparti en arrière. Je n’ai pas du faire tellement de distance en plus.. peut être 800 m. De toute façon, je le sais, cela m’arrive à chaque fois maintenant. Je ne colère même pas.

Effectivement, en retournant en arrière, je retrouve bien le parcours. Il y avait une énorme flèche orange qui nous faisait sortir de la route. Comment n’ai-je pas pu la voir ? Sérieusement.. bref. J’avance.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 42. Dans mon souvenir, on remonte sur un coin plutôt joli. On longe des vergers. C’est plutôt bucolique comme endroit. En tout cas cela me plait bien. Je pense reconnaitre de loin le dernier « sommet » à gravir. Le ravitaillement ne doit plus être très loin.

Ah. Bah. Le ravitaillement n’est plus au même endroit que l’an dernier. Il est plus tôt. Dans un village. Devant l’église, si mes souvenirs sont bons. En le voyant, j’accélère.

 

 

RAVITO 3 : LABATIE D’ANDAURE (Km 43.8 – Cumul D+ = 1419 m) 

Temps : 04h18min53sec

Classement : 10ème

Me voilà au ravitaillement. Les bénévoles sont toujours aussi sympas. Je remplis mes deux flasques et j’avale un verre de coca. Je repère un gel Isostar sur la table. Je le prends, l’ouvre d’un coup de dents et je l’avale aussi sec. Je finis mon coca. Petits remerciements aux bénévoles. La jeune femme bénévole devant moi me propose de manger quelques choses. Plusieurs fois. Je refuse avec le sourire. Je m’arrête à la poubelle. Je vide mes poches, et c’est reparti. Les encouragements sur ma relance me font du bien. J’adore ce moment. J’arrive presque à me mettre à la place des bénévoles qui me voient partir de dos. C’est motivant.

En repartant, je me demande s’il y a monde derrière moi ou devant moi. Devant moi, cela me parait improbable étant donné que je me suis pommé. J’ai beau avoir bien avancé, je n’ai aucune idée de la distance qui me sépare du coureur de devant. C’est pour derrière moi que je m’inquiète un peu plus. Mon détour m’a fait perdre du temps. Même si à chaque fois que je croise des bénévoles, j’essaie d’écouter s’ils applaudissent d’autres coureurs après, je ne suis pas sûr qu’il n’y ait personne loin derrière. J’arrête de me poser des questions. Et j’avance.

Je repasse à l’endroit où était le ravito l’an dernier. La sorte de préau est complètement vide. Par réflexe, je passe à côté. Comme si c’était le parcours normal de passer juste au bord de celui-ci. Je me rappelle bien du km à venir. La traversée du pont, la montée en bitume où j’avais ramassé un coureur crampé et puis le tout droit à travers les champs en mode FAT montée.

 

Km 44.5 – Traversée du pont.

En traversant celui-ci j’ai une vue bien dégagée sur plusieurs centaines de mètres derrière moi. Je me retourne de temps en temps pour regarder. Personne à l’horizon. Je continue.

J’attaque la dernière montée du parcours. Un +500 m D+ en 4 km. Je suis encore en très très bonne forme. Je vais la manger. Je vais n’en faire qu’une bouchée. C’est sûr. La montée commence par un bon passage à gros pourcentage. On monte droit dans ces champs (genre champs d’agriculture de terrasses). Je m’aide de mes mains en les plaçant sur les cuisses pour passer rapidement. Je me surprends même à trottiner dans ces gros %. Je suis très content de réussir à faire cela après un peu de kilométrage. Cela me motive pour continuer. A la fin du tout droit dans les champs, on rejoint un sentier qui monte dans la forêt. Juste avant celui-ci, je remarque une caisse en bois sur le sol. Il y a une inscription dessus : « RAMASSAGE DES CHATAIGNES INTERDIT ! ». Bon, je ne prends pas le message pour moi. De toute façon, ce n’est pas la saison.

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Copyright Photo – Plume de trail. 

 

Km 45.6 : Je continue la montée. Cela se passe bien. Après la fôret. Virage à droite, puis à gauche pour rejoindre une route de campagne qui monte jusqu’à une bâtisse un peu plus haut. Je n’ai pas fait un mètre sur celle-ci que pleins de chiens se mettent à aboyer. Pas de trace d’humains à l’horizon. Je m’approche. Je repère pleins de Toutous, légèrement excités dans des cages sur la droite. Dans ma tête, je me dis que je vais vite passer pour ne pas les déranger. Mais je me rends compte que mon parcours traverse un ensemble de trois ou quatre maisons. Et sur mon chemin, il y a un chien bien affuté qui me regarde fixement. Je repère qu’il a une chaine attaché au cou. Je ne suis pas sûr à 100 % qu’elle soit attaché de l’autre côté. Le chien aboie. Il défend son territoire. Il a raison. Je lui parle : « Hello bonhomme. Je ne fais que passer. Pas d’inquiétude.. ». La chaine se tend. Et le chien se fait stopper. Il a peu d’espace de liberté. C’est un peu triste pour lui. Mais c’est rassurant pour moi. Je ne prends pas le temps de lui faire un câlin. Je disparais comme je suis arrivé. Peut-être à l’an prochain sacré toutou.

 

Km 46.6 : Je rattaque la montée. Le vent souffle de plus en plus fort. Au sol, il y a quelques pommes de pain qui dansent au gré du vent qui souffle. Je me rends compte que je commence à perdre la raison lorsque je confonds une pomme de pain avec un hérisson. Je me ressaisis. Petit gel. Ca va bien se passer.

Pendant toute la montée, je pense à une seule chose : le final dans le maquis. J’adore ce passage. J’en garde un très bon souvenir de l’an dernier. Une vrai difficulté que les personnes sur le 37 n’ont pas la chance de connaitre (et rien que pour celle là, je vous conseille de faire le 57). Le vent souffle fort à nouveau. Il fait frais, mais je pense que je vais avoir chaud avec ma veste. Je reste en t-shirt. Cela me motive à bien avancer.

Je cours dès que le % le permet. Je repère le moment où l’on passe dans le maquis. Le balisage est clair. Je sors du chemin. M’y voici. Ca va piquer un peu les jambes, mais ça vaut clairement le coup. Cette endroit est tout simplement magique. Je vise comme il faut ma casquette sur ma tête. Le vent pourrait presque l’emporter. Le chemin que l’on suit n’en n’est plus vraiment un. Le parcours n’est pas très visible. On repère juste en levant les yeux, les balisages bleus et blancs qui dépassent de certains buissons. C’est juste magique comme passage. En levant encore plus les yeux on se rend compte que l’on va devoir monter droit dedans jusqu’aux pics rocheux. Ca motive énormément. J’avance très bien dans cet endroit.

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Copyright photo – Danielle Autier

J’attaque la dernière partie de la montée. Le moment de la course, où tu as clairement besoin de tes mains pour ne pas partir en arrière. C’est vraiment top. Je ne suis pas si essoufflé. J’avance vite, mais pas trop. Arrivé sur la première crête, je prends deux secondes. Je m’arrête, je me retourne, je regarde le paysage. Je regarde le passage que je viens d’emprunter. Outre le fait que cela soit magnifique, je vois surtout qu’il n’y a vraiment personne derrière moi.. Comme le silence des chiens après mon passage dans les précédentes bâtisses me l’avait suggéré.

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Copyright Photo – Nathalie Barbet. 

 

 

Km 47.7 : Arrivé au sommet. Une femme toute seule à l’abri du vent me félicite et m’encourage pour continuer. Je lui dis : « Ca.. c’est fait.. bon dimanche.. » et je file.

C’est parti pour 10 km de descente et de « roulant ». Je le sais. Ca va être rapide maintenant. Dans le début de la descente, je ressens une légère douleur dans le bas du dos. Je ne m’en inquiète pas trop. Je pense que j’ai du faire un faux mouvement dans la partie escalade de la montée. Cela devrait partir tout seul.

Je croise les hommes de la sécurité civile stratégiquement placés. Je les salue. Je semble un peu pressé. Enfin plutôt, tout simplement déterminé. Dans le faux-plat suivant jusqu’à un petit village. La douleur dans le dos revient. De plus en plus saisissante. Je m’arrête 5 sec. Je m’étire. D’un côté.. de l’autre.. vers le bas.. et je repars. 100 mètres plus loin cela revient. Cela devient de plus en plus douloureux, mais le vrai problème c’est surtout qu’à chaque pas droit, cela me coupe la respiration. C’est très désorientant. Je commence à serrer le poing et les dents. Il n’y a plus beaucoup de kilomètres à faire. Je dois pouvoir tenir.

 

Km 50. Avant l’arrivée dans Nozières, cela descend un petit coup. Là. Clairement cela passe de douloureux à atroce. Chaque pas dans le D- me scie en deux. Je tente de ne pas m’arrêter. A chaque appui droit, au moment de l’impact et du rebondissement.. je gémis deux fois : Suuuuuuuuuurp… Aaaaaaarh. C’est une douleur interne. Je tente de faire abstraction, mais cela ne passe pas. Il va falloir gérer les derniers kilomètres avec.

Sur le plat, cela fait légèrement moins mal. Je peux avancer sans trop gémir. De temps à autres.. pour décompresser. J’hurle un bon coup. AAAAAAAAAAAAAAAARGH ! Un cri qui vient du fond des tripes. Cela me fait du bien. J’essaie de le faire quand je suis sûr que personne ne peut m’entendre. Je n’ai pas envie qu’on me demande d’arrêter.

 

Km 51. Nozières. Je me rappelle qu’il y avait un petit ravitaillement improvisé dans ce village l’an passé. C’est encore le cas. Je ne m’y arrête pas cette année. Je suis trop concentré et trop en souffrance pour remercier oralement les personnes qui m’encouragent. Je vais des petits signes de la main en serrant les dents.

Maintenant, cela va être l’enfer pour moi. Je le sais. C’est parti pour 4 ou 5 km de vrai descente avec 500 m de D-. Ca va être atroce. Je vais douiller graaaaaave. Je le sais d’avance. Heureusement, je monte des subterfuges pour ne pas trop y penser. Enfin du moins, pour tenter de penser à autre chose. Je me pose la question suivante : « A quel moment tu considères que c’est fini ? » « A 2 km de l’arrivée ? 3 km de l’arrivée ? Disons que c’est à 2 km de l’arrivée. Ca veut dire que dans dans 2 x 2 km tu considèreras que cela sera fini. Ca va vite 2 x 2 km.. C’est presque comme 15 min + 1 km.. ». Et je continue les opérations comme cela dans ma tête en avançant. Je pense que c’est un bon indicateur de quand ça commence à être dur pour toi : Quand tu te mets à faire des multiplications de petits entiers pour décomposer la distance. Là.. vraiment c’est que tu es dans le dur.

C’était sur. C’est clairement l’enfer dans la descente pour moi. Je me force à avancer, mais je n’arrive plus à m’empêcher de m’arrêter pour m’étirer. Ce n’est même pas un problème de résistance à la douleur, c’est tout simplement que je n’arrive plus à respirer. Les crispations font si mal, que cela me bloque complètement mon cycle normal d’inspiration-expiration. Je me force. Je sers les dents. J’hurle pour décompresser. AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA ! De toute manière, il va bien falloir que je descende.

 

Vers le Km 54.7, j’en ai tellement marre de gueuler de douleur, que je commence à fredonner. Va savoir pourquoi c’est cette chanson qui est sortie, mais c’est la seule qui m’est venue :  » Moi si j’étais un homme… je serai capitaine.. D’un bateau.. V.. AAAAAAAAAAAAAAAAAARGH putin que ça fait maaaaaal !!! et blanc ». Je n’arrive même plus à fredonner. Je suis totalement crispé. Heureusement, mes chevilles, mollets, genoux et cuisses sont super frais. Je ne ressens aucune douleur à leur niveau. Je tente de faire continuer à avancer le bas de mon corps, tandis que le haut douille. Heureusement, quelques choses va me réconforter : J’entends au loin le speaker de la ligne d’arrivée. Si le son s’entend de là, ce que je ne suis plus très loin. Continue mon petit bonhomme.

Traversée d’un dernier petit village. Un habitant me donne la direction et m’encourage. Je le remercie d’un geste du poing (je n’arrive plus à me dé-serrer la main droite crispée par la douleur). Plus qu’un km à descendre. Je me dis : « Aller.. Tu ne t’arrêtes plus quand ça fait trop mal. Tu t’arrêtes quand c’est terminé ! GO ! ». J’applique ma décision. C’est douloureux, mais cela fonctionne.

Je repère en dessous de moi le pont à traverser pour rentrer dans Desaignes. C’est réellement la fin. Je dois sécréter une hormone particulière car j’arrive à ce moment là à me décrisper et à envoyer pour le finish dans le monotrace. Cela fait toujours terriblement mal, mais cela ne me pose pas de problème.

Ayé. Me voici sur le bitume. Je ne m’arrête pas. Je file en direction du pont. Je jette un petit coup d’oeil derrière moi. Pas de trace de poursuivants, je vais pouvoir m’éclater dans le finish. J’arrive dans l’axe du pont. J’ai repris une bonne vitesse de course. Je serre les dents pour oublier la douleur, j’ai le regard qui part droit devant. Très concentré. Quelques supporters au loin m’encouragent. Cela me galvanise. J’accélère encore. Me voici dans le village. La route monte un peu, ce n’est pas grave, j’accélère encore. Le parking est rempli de coureur du 37 km qui ont terminé leur course. Ils m’applaudissent et me félicitent. C’est très agréable. Je repère le dernier virage. J’y fonce. J’arrive à oublier la douleur sur 200 mètres. J’applaudis les supporters qui m’applaudissent.

Virage à droite, voici l’arche. Je prends le virage suivant à gauche de manière très large. Je le prépare. BIM.. BAM.. BOOOOOOUM.. 360° d’arrivée. C’est fait !

 

ARRIVEE : DESAIGNES (Km 57 – Cumul D+ = 2200 m) 

Temps : 05h46min56sec

Classement : 10ème

Classement SH : 8ème

Je me plis en deux un instant. La douleur est bien présente. Je me redresse en criant un immense : YAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH. Ca fait du bien !

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Je rejoins mes collègues à la terrasse du café. C’est parti pour une bonne récupération à la bière. Après quelques dizaines de minutes, il se met à pleuvoir. Je suis content d’en avoir terminé. Des crampes se lancent dans ma cuisse droite. Je la retiens pour ne pas renverser la table. En la retenant des crampes se lancent dans la cuisse gauche.. Mouahahahahahaha. Ca pique bordel. Et je suis bloqué dans ma chaise en plastique. Après quelques instants douloureux, j’arrive à faire partir les crampes. Il me faudra encore quelques bières pour parfaitement récupérer.

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Je serai bien rester à la terrasse plus longtemps pour célébrer l’arrivée des autres coureurs, mais nous devons nous dépêcher. Notre train est à 17h41 à Valence. Nous quittons la terrasse et filons en direction du Boeuf à la broche. Je crève la dalle ! Le bout de viande passe tout seul.. les bières aussi. Pas trop de temps pour se reposer, ni de se changer d’ailleurs (tant pis), il est temps de partir.

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Me voici donc dans le train. Il est 17h41 et je suis toujours en Sense 6 / Short / Dossard. La classe. Les autres passagers paraissent un peu étonnés. Mais cela ne semble déranger personne. Tant mieux.

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Je regrette un peu d’avoir du partir aussi vite après la course.. J’aurai bien aimé un peu plus en profiter, prendre le temps de partager avec les autres coureurs, prendre le temps de décompresser.. enfin bref, prendre le temps de prendre le temps quoi..

Dans le train, j’ai deux minutes pour moi, je repense à aujourd’hui. Je me fais le résumé de ce qui c’est passé : Une course comme je l’avais imaginée. Au feeling.. sans regarder la montre.. sans se forcer.. A l’intuition.. à l’envie. J’avais un peu peur de me retrouver à la rue dans le D+, mais finalement cela c’est plutôt très bien passé là dessus. J’ai encore du boulot sur la descente pour gagner en vitesse, mais niveau relance et montée je suis plutôt réellement satisfait. La grosse alerte au dos me motive à reprendre les travaux de gainage que j’avais laissé tomber après la Diagonale des fous. C’est une simple alerte. Que cela m’arrive sur 57 km ne me pose pas trop de problème. Je sais serrer les dents et continuer sur 10 km.. par contre, clairement, il m’arrive la même chose sur une distance beaucoup plus longue, je pense que la voie de l’abandon est possible. Cela ne doit pas arriver. Au boulot. C’est parti pour du gainage en plus de l’entrainement classique. Il y aussi un autre point d’alerte selon moi : Le côté fatigue avant la course me fait dire que j’ai peut-être un peu trop accumulé les courses sans réelles semaines de repos. Je vais enchainer rapidement sur le trail des forts de besançon dans moins de deux semaines, et après je pense faire une micro-pause avec d’attaquer le Trail du mont-d’or mi juin. Cela ne peut pas me faire de mal.

Pour ce qui est de la course en soit, j’ai adoré. Comme l’an passé. L’organisation est sérieuse et appliquée. Le balisage est vraiment très bon. Le parcours est varié et permet de particulièrement bosser les changements de rythmes. J’aimerai toutefois beaucoup que le format long (>90 km) soit réouvert pour varier un peu le parcours. Je ne suis pas sûr à 100 % de pouvoir revenir l’an prochain étant donné le calendrier de la saison 2019 que je suis en train de me monter, mais si je suis disponible, c’est sûr, je reviendrai. Et surtout, je resterai avec les bénévoles le dernier soir, pour la fête qui selon moi, doit être super bien (arrosée).

Casquettement Verte. 

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Une réflexion sur “Récit Ardéchois Trail 2018 (57 km – 2200 D+) – 10ème au général en 05h46min56sec (8ème Senior Homme).

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